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Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

3 Septembre

 

L’opération « mains propres » se poursuit en Chine. Après le procès de Bo Xi Lai c’est son « parrain » en politique, Zhou Yong Kang qui serait menacé. Jusqu’à il y a un an, il était un des neuf sages à la tête du pays, en charge notamment de la sécurité et on peut imaginer qu’il dispose de nombreux dossiers sur ses « camarades ».

Zhou fait notamment partie de ceux que l’on pouvait – il y a peu encore – qualifier d’intouchables du régime chinois. Sa position a été certainement affaiblie par l’affaire Bo Xi Lai dont il avait fait à un moment son candidat pour lui succéder au sommet de la hiérarchie du parti. Cette fois ci c’est un autre de ses protégés, ancien patron de Petro China qui est touché.

La corruption n’est pas une affaire nouvelle en Chine où il y a bien longtemps que l’on ne s’étonne plus des fortunes accumulées par les familles des « princes rouges ». Ce qui est un peu nouveau c’est la dénonciation de cette corruption et la publicité donnée aux mesures prises par les autorités.

Ceci étant la corruption n’est peut-être qu’un prétexte à ce qui serait en réalité la poursuite de conflits entre les différents « clans » qui règnent sur la Chine : civils et militaires, Beijing et Shanghai, technocrates et fils rouges, conservateurs et libéraux… Ce qui est clair c’est que les têtes qui commencent à tomber sont les plus grosses depuis la bande des Quatre et Tien An Men. A suivre pour essayer de comprendre.

 

 

5 Septembre

 

Ambiance tendue au G20 de Saint Petersbourg sur fond de possible intervention occidentale en Syrie, un pays soutenu notamment par la Russie de Poutine. Au large des côtes libanaises, syriennes et de la Mer Rouge, les principales flottes montent en puissance. Le bruit des bottes fait grimper le prix de l’or tout comme celui du pétrole…

La Syrie est de toute manière un prétexte facile pour disqualifier un G20 dont l’inutilité est devenue flagrante. Le dernier né de la gouvernance internationale a en effet perdu toute crédibilité quelques années à peine après sa création. L’idée, on s’en souvient, était d’élargir le G7, devenu le G8 une fois la Russie sortie de la gangue soviétique, en lui adjoignant des pays émergents devenus incontournables notamment pour tenter de trouver une solution à la crise de 2008. Mais une fois les premières tensions de 2008 et 2009 passées, le G20 est tombé très rapidement dans les pires travers du G8 : une rencontre de deux jours ultrasécurisée dont les programmes ambitieux tiennent peu ou pas du tout leurs promesses : la France qui présida le G20 en 2011 en sait quelque chose. Au mieux on parlera à Saint Petersbourg de transparence fiscale et financière ce qui ne manque pas de sel quant on sait l’usage immodéré que font les oligarques russes des paradis fiscaux à l’image de Chypre. Syrie ou pas, le G20 ne sert à rien dans la vacuité profonde de la gouvernance mondiale.

 

 

6 Septembre

 

Fin de partie pour Nokia ! Le prodige finlandais jette l’éponge et vend son activité de téléphones portables pour quelques dizaines de millions de dollars à son partenaire Microsoft. Il y a quelques années encore Nokia réalisait plus du tiers du marché mondial des mobiles. Mais c’était une autre époque, celle où un téléphone servait simplement à téléphoner, ce qui semblait extraordinaire pour les générations du « 22 à Asnières » et plus encore pour les pays qui n’avaient pas connu les systèmes filaires. Nous avons tous eu, il y a vint ans, un Nokia ou son équivalent et on s’émerveillait du parcours extraordinaire de cette ancienne papeterie finlandaise reconvertie dans les nouvelles technologies. La Finlande devenait un modèle et d’ailleurs elle est toujours dans le « top 5 » du classement de Davos (dans lequel la France vient encore de dégringoler de deux places…)

Las, Nokia n’a pas compris l’évolution des portables : aujourd’hui cet objet est avant tout un appareil photo, un « gameboy », une base de données, un accès à toutes les merveilles du web et de manière accessoire un outil de communication vocale. Les bons vieux téléphones Nokia ont été dépassés par les Smartphones et la révolution Apple. Là où Samsung a réagi, en faisant parfois du « copié-collé », Nokia a trop attendu et le rideau vient de tomber en Finlande.

 

 

8 Septembre

 

C’était aux arènes de Bayonne mais pas pour une corrida comme la semaine dernière (une dernière réunion de la saison bien décevante) mais pour un spectacle imaginé autour de Carmen par l’imprévisible pianiste François René Duchable : un récitant lisait la nouvelle de Mérimée trop souvent oubliée, le pianiste jouait des pièces d’Albeniz, Falla et même Garcia Lorca et puis trois femmes, une chanteuse et deux danseuses de flamenco reprenaient le fil éternel de la passion de Don José, le navarrais, pour la gitane Carmen : une histoire éternelle que l’opéra de Bizet a déformé en faisant de Don José, l’amoureux éperdu un faible sans personnalité.

Les arènes étaient presque vides et il y avait à peine une centaine de spectateurs dans la nuit qui ont eu le privilège de cet instant magique qui rappelait ce moment, au XIX siècle, où la France redécouvrit l’Espagne avec un nouveau mariage espagnol (celui de Napoléon III avec Eugénie de Montijo dont Mérimée fut un des favoris). Musiciens espagnols et français de la fin du siècle furent très proches bien au-delà de « l’effet Carmen ».

Sur les gradins de ces arènes, dans la pénombre du soir, les notes du piano égrenaient l’histoire de ces hommes en habits de lumière et de leurs passions. C’était beau

 

 

10 Septembre

 

Discussion avec un industriel allemand disposant d’usines en Russie et aux Etats-Unis et dont une partie de la famille vit en France. A la question de l’implantation d’une usine en France, il répond par la négative la plus véhémente. « Je ne suis pas fou », me dit-il, « vous avez la bureaucratie la plus complexe et la plus irrationnelle de la planète ». Et d’ajouter : « en Russie il y a de la corruption mais au moins on connait les règles du jeu » !

Triste réputation donc de ce pays qui essaie pourtant aujourd’hui de retrouver son destin industriel avec un ministre pour le moins volontariste. L’application souvent aveugle d’un arsenal réglementaire confinant parfois à l’absurde s’ajoutant à la mise en œuvre du désormais célèbre principe de précaution rend la création d’une activité industrielle en France un véritable parcours du combattant.

Le paradoxe est que s’il  est difficile de créer en France une « usine », il est presque inconcevable d’en fermer ! Ceci est d’ailleurs quelque peu lié à cela. On consacre des efforts considérables à maintenir en vie des activités industrielles souvent condamnées mais en même temps des secteurs à forte potentialité, des gaz de schiste aux biotechnologies végétales sont interdits de cité par une dictature tant écolo-citoyenne que sociale.

La France a mal à son industrie mais se ferme trop de portes dans les secteurs innovants tout simplement par peur de l’avenir …

 

 

11 Septembre

 

Anniversaire ! Le 9/11 bien sûr mais aussi il y a quarante ans le coup d’état de Pinochet au Chili et la chute du régime d’Allende. A l’époque je faisais partie de ceux qui manifestèrent leur indignation. Travaillant alors avec l’abbé Pierre, je me souviens qu’il avait calmé nos ardeurs juvéniles car au même moment il s’efforçait de sauver les militants d’Emmaüs au Chili.

Avec le recul que penser ? Il est clair que le régime d’Allende était dans une véritable impasse tant politique qu’économique et que la radicalisation du régime commençait à menacer les fondements même de la démocratie. Mais on ne peut oublier ce que fut la répression du régime de Pinochet et la chape de plomb qui s’abattit sur le Chili.

A bien des égards le Chili de 1973 fait penser à l’Espagne de 1936 : même dérive de la gauche au pouvoir, même violence de Franco et de Pinochet mais aussi, bien plus tard, même sortie vers la démocratie. Et si, aujourd’hui, le Chili fait partie de l’OCDE et s’il est un exemple dans sa gestion de la rente du cuivre par exemple, il le doit un peu à ce général si terne qu’Allende avait pu croire qu’il ne craignait rien en lui confiant la tête des armées.

Comme en Espagne, le Chili a bien du mal à faire son travail de mémoire. Deux femmes en briguent la présidence, deux filles de généraux que le coup d’état de 1973 opposa. Tout un symbole.

 

 

13 Septembre 2013

 

De bonnes nouvelles en provenance de Chine sur le front économique : en Août la production industrielle a progressé de 10,4 %. La plupart des indicateurs sont repassés au vert et il devient de plus en plus concevable d’anticiper un retour de la croissance chinoise au dessus de 8 %. Au même moment des nouvelles positives parviennent d’Inde et du Brésil et semblent confirmer l’idée que le passage à vide des pays émergents du début de 2013 serait en train de s’estomper. Les marchés de matières premières confirment en tout cas cette fermeté.

Le cas chinois  est bien sûr le plus emblématique tant les doutes à propos de la Chine étaient monnaie courante ces derniers mois. Gardons nous cependant de tout optimisme excessif : même si nous pensons que sur la fin de 2013 et en 2014, la croissance chinoise se tiendra entre 8 % et 9 %, nous devons garder en tête un scénario de crise – sur le modèle de la crise asiatique de 1997 – liée à tous les déséquilibres qui s’accumulent au sein de la société et de l’économie chinoise. Le problème n’est d’ailleurs pas de savoir s’il y aura une crise chinoise mais quand ! A notre sens pas dans les prochains mois et on ne peut qu’être impressionné par le « fine tuning » orchestré par les autorités chinoises qui disposent de marges de manœuvre sans commune mesure avec les contraintes occidentales. En la matière la démocratie et sa transparence ne sont pas des avantages …

 

 

17 Septembre 2013

 

En 2013 les dépenses publiques en France vont représenter 57,1 % du PIB, un niveau record, dépassant les 56,8 % de 2009, au cœur de la crise économique. Ceci a un corollaire avec des prélèvements obligatoires qui dépassent là aussi pour la première fois les 46 % du PIB. Au-delà des chiffres, il nous faut prendre conscience de cette réalité d’une France dont le secteur public représente près des trois cinquièmes de l’économie nationale.

Bien sûr on peut estimer que la France est confrontée à une crise sans équivalent depuis la guerre (ce qui est vrai…) et que les dépenses liées à l’intervention de l’état providence se doivent d’augmenter. D’autre part il n’est pas nouveau que plus de la moitié du PIB français ressorte de la dépense publique : c’est là le résultat d’un long processus entretenu par tous les gouvernements – de droite comme de gauche – et correspondant d’ailleurs à la demande des français : et ceux-ci bénéficient encore de services publics et de garanties sociales de qualité.

Ce qui est inquiétant c’est le fossé grandissant entre les demandes exercées à l’état (à tous les niveaux) en matière de transferts et de garanties (RSA, CMU, gratuités en tout genre …) et la capacité contributive de prélèvements arrivés dans nombre de cas aux limites du supportable. Au-delà des discours des politiques, c’est aux français eux-mêmes de le comprendre.

 

 

19 Septembre 2013

 

Polémique autour du nombre de foyers fiscaux assujettis à l’impôt. Du fait du gel du barème de l’impôt et notamment de la fiscalisation des heures supplémentaires, il y aurait en 2013 entre 1,2 et 1,6 million de ménages de plus à acquitter l’impôt sur le revenu.
Le paradoxe est que l’on s’en indigne alors qu’en 2012 il y avait autant de foyers payant l’impôt sur le revenu que de foyers en étant exempté (18,2 millions de chaque côté, mais en  2009 on comptait 15,8 millions de foyer imposés  contre 20,6 millions de non imposés). Est-il en effet normal que la moitié des français soient exemptés de l’impôt le plus juste, l’impôt progressif sur le revenu, quitte d’ailleurs à ce que le fisc se rattrape avec les impôts indirects comme la TVA ou la TIPP.

En réalité tout le monde en France paie des impôts mais on se voile la face à propos de celui qui est le plus juste et le plus responsabilisant. Augmenter le nombre d’imposables devient une faute politique d’autant plus que de nombreux avantages (crèches, cantines scolaires …) sont liés au statut de non-imposable.

La transparence démocratique passe par le paiement par tous les citoyens de leur contribution au fonctionnement de l’état et cela de manière visible et responsable. L’impôt direct devrait être un honneur, l’éthique même d’une société. Malheureusement en France on lui préfère le déni et l’obscurité de la fiscalité indirecte.

 

 

20 Septembre 2013

 

La transaction énergétique est une impérieuse nécessité ! Voilà une affirmation que tout le monde peut et doit partager. Le monde – en ce début du XXIe siècle reste largement dans l’âge du pétrole et du charbon qui pesaient encore en 2012 63 % de la consommation mondiale d’énergie. Nous rêvons tous d’une fin de siècle avec une planète qui se sera débarrassée des énergies fossiles, non renouvelables et polluantes. C’est une nécessité à la fois économique (l’épuisement des ressources), géopolitique (la dépendance vis-à-vis de certaines régions du monde parmi les plus instables) et environnementale (le réchauffement de la planète). Mais la route sera longue pour réaliser ce rêve puisque les énergies renouvelables ne représentent aujourd’hui que 9 % de nos besoins. Raison de plus pour s’y atteler dès maintenant et c’est pourquoi le débat actuel en France est le bienvenu.

On ne peut toutefois que regretter ses nombreuses ambiguïtés. La première est de confondre transition énergétique et transition écologique, c’est-à-dire de se limiter à un seul terme du débat avec pour ses tenants une incontestable vision malthusienne flirtant avec les thèses de la décroissance. La deuxième est de raisonner en tenant insuffisamment compte des progrès scientifiques et technologiques : penser demain avec le regard scientifique – et donc énergétique – d’aujourd’hui est une erreur courante de nombre de prévisionnistes. Le temps de la science peut être très rapide surtout lorsqu’il peut profiter des incitations des marchés et donc de la demande des hommes. Il y a enfin, la particularité française. À la différence du reste du monde, la France fonctionne sur un couple nucléaire-pétrole qui couvre 72 % de nos besoins en énergie. Grâce au nucléaire, la France est sortie de l’âge du charbon et dispose de l’une des électricités les moins carbonées de la planète à un coût inférieur à nombre de ses voisins tout en disposant d’une incontestable indépendance énergétique. Le vrai problème français est celui du pétrole, en particulier dans la fonction transports.

Les énergies renouvelables actuelles ne peuvent assurer à elles seules une transition qui serait post-pétrolière et aussi post-nucléaire. En sortant du nucléaire de manière quelque peu émotionnelle au lendemain de Fukushima, l’Allemagne a simplement augmenté sa consommation de charbon. Quant à l’Espagne, son soutien à l’éolien et au solaire s’est avéré intenable du point de vue économique. Le vent et le soleil peuvent être des sources d’énergie intéressantes pour certaines régions du monde : le soleil par exemple là où il correspond à des pics de consommation d’électricité liés à la climatisation. Tel n’est pas le cas d’un pays comme la France.

Il y a par contre une énergie qui sera probablement le chaînon manquant de la transition énergétique de la planète : c’est le gaz naturel, certes fossile, mais beaucoup moins polluant que le charbon et le pétrole. Le développement des gaz de schiste aux États-Unis y a complètement modifié la scène énergétique. Certes, le scénario américain n’est pas reproductible tel quel en Europe. Mais on touche là, de toute manière, en France à un véritable tabou. La France dispose peut-être de gisements exploitables, dans des conditions probablement plus onéreuses qu’aux États-Unis, mais qui permettraient de s’affranchir en partie de la dépendance qui est la nôtre vis-à-vis de la Russie, de l’Algérie ou… du Qatar ! Mais il n’est pas question même d’en parler à gauche comme à droite.

Avec le nucléaire et les gaz de schiste « hors champ », on voit bien que le débat français est biaisé puisque deux des facteurs essentiels qui rendraient la transition économiquement soutenable sont tenus à l’écart au nom d’un principe de précaution qui vire à l’absurde.

Malgré tout, il reste encore nombre de domaines sur lesquels des orientations communes peuvent être trouvées : les nouvelles technologies tout d’abord qu’il s’agisse de la biomasse de deuxième ou de troisième génération (et ce gisement extraordinaire que représentent nos déchets), de la gestion des réseaux et bien sûr des économies d’énergie en particulier dans le bâtiment. Il y a enfin la question du transport routier, celui des individus, mais surtout celui des marchandises pour lequel la France a régressé et que feue la taxe diesel aurait au moins pu aborder. Mais les échéances électorales courtes sont d’une toute autre importance.

Et puis comment agir ? En France, on a très vite le réflexe fiscal dont on le sait l’efficacité reste douteuse sauf si l’on est capable d’en faire un outil de prise en compte des coûts sociétaux d’une énergie. La meilleure incitation reste celle du marché : celui du carbone est mort, il reste heureusement celui du pétrole qui, à plus de cent dollars le baril reste le meilleur aiguillon à la poursuite d’une transition énergétique nécessaire, mais qu’il faut souhaiter intelligente et absente de préjugés. Ce n’est pas le cas du débat actuel en France.

 

 

22 Septembre 2013

 

L’Allemagne a voté et comme prévu, la CDU-CSU d’Angéla Merkel l’a largement emporté. Pendant quelques temps en début de soirée on a même pensé qu’elle allait renouveler l’exploit de Konrad Adenauer et remporter la majorité absolue au Bundestag. Finalement il s’en faudra de trois sièges et « Angie » va devoir former une coalition avec les socialistes ou les verts puisque les libéraux du FDP n’ont pas passé la barre des 5 %.

Coalition, voila une expression de la maturité politique allemande, analogue à la cogestion que savent pratiquer dans les entreprises patronat et syndicats. Angela Merkel va probablement se tourner vers le SPD, dont le score a été correct, et négocier avec lui une « grande » coalition. Sinon il pourrait y avoir l’alternative verte qui ne choquerait personne à droite.

Belle maturité qui fait rêver dans le cas français où à droite comme à gauche c’est la division qui prévaut. Finalement il est presque heureux que « Mutti » n’ait pas obtenu la majorité absolue tant l’exercice de la coalition va permettre que se dégage un peu plus un véritable consensus allemand. C’est là la force d’une Allemagne dont les gouvernements successifs ne s’acharnent pas – comme en France – à défaire de manière stérile ce que leur prédécesseur a fait. La continuité Schröder/Merkel dans la refonte du modèle rhénan est de ce point de vue impressionnante. Voila un exemple à méditer pour notre village gaulois.

 

 

24 Septembre 2013

 

Il y a quelque chose de surréaliste à voir quelques uns des principaux dirigeants de la planète se congratuler à la Tribune des Nations Unies à New York. Rarement en effet l’impuissance du «machin » aura été aussi grande. Sur les questions essentielles, le Conseil de Sécurité est de facto bloqué. Sur le terrain, les troupes des Nations Unies sont la plupart du temps impuissantes. La Syrie brule, le Kenya, le Centre-Afrique, la Somalie et tant d’autres saignent et les résolutions des Nations Unies s’empilent comme autant de lettres mortes. L’Iran fait une opération de séduction dont il est difficile d’apprécier les arrières pensés alors que son soutien au régime syrien demeure entier.

Quant aux Etats-Unis, la volte face du président Obama a de quoi inquiéter tant sa diplomatie parait velléitaire et pour le moins irresponsable.

Il n’y a là rien de bien nouveau nous dira-t-on et l’ONU ressemble plus que jamais à cette société des Nations dont Albert Cohen fit une description savoureuse dans quelques pages de « Belle du seigneur ». Mais nous sommes au XXIe siècle et la  carence de la gouvernance mondiale face à tant de guerres de religion n’en est que plus dramatique. Le bonheur des hommes est-il un rêve si fou que nul ne songe à y œuvrer ? Les petits pas dans les couloirs de New York sont en tout cas bien insuffisants.

 

 

26 Septembre 2013

 

Dans les grands débats français, le gaz de schiste a remplacé les OGM et en partie le nucléaire comme cause écologique nationale. Faute de champs à faucher et même de centrales nucléaires à pénétrer, nombre de militants se sont reportés sur la menace – bien virtuelle encore – que pourraient représenter les gaz de schiste pour l'environnement hexagonal.

Sans remettre en cause leur enthousiasme, on peut se demander s'ils ne se trompent pas de cible dans leur volonté – partagée par tous – de travailler à une transition énergétique harmonieuse et économiquement supportable.

Parlons tout d'abord du gaz naturel. Certes, c'est une énergie fossile et donc épuisable, à l'horizon probablement de la fin du siècle prochain. Ses réserves sont fort inégalement réparties pour l'essentiel dans l'ex-URSS et dans le golfe arabo-persique. Son transport est plus complexe que celui du pétrole dès lors qu'il y a des océans à franchir et une chaîne de liquéfaction à gérer. Mais de toutes les énergies fossiles, le gaz naturel est de loin la moins carbonée, à peu près quatre fois moins que le charbon et deux fois moins que le pétrole. Pour l'instant, le gaz naturel représente un quart de l'énergie consommée sur la planète (15% en France, la totalité importée). C'est que le monde reste dominé par le couple « infernal » pétrole/charbon, de loin le plus polluant. Les énergies peu ou pas polluantes (hydro-électricité, renouvelables et... nucléaire) ne représentent que 13% de la consommation mondiale. La plupart des énergies de demain étant encore dans les cartons, il est logique de penser que dans le moyen terme, le gaz naturel sera un des supports majeurs des objectifs de réduction des émissions de CO2 de la planète.

Cela dit, n'est-ce pas là pour l'Europe passé de Charybde en Scylla, troquer une dépendance contre une autre : le gaz naturel est importé en Europe à des prix largement indexés sur ceux du pétrole de Russie, d'Algérie et du Qatar notamment (ces trois pays représentent 30% de l'approvisionnement français qui continue à profiter du gaz norvégien et néerlandais). Remarquons aussi que le gaz naturel importé est beaucoup moins compétitif que le charbon, ce qui explique l'évolution de la consommation allemande « post-nucléaire ».

Grands consommateurs de gaz naturel (30% de leur énergie), les Etats-Unis étaient jusqu'à il y a peu de temps confrontés à l'érosion de leurs réserves. En 2006, à l'occasion d'un hiver rude et donc d'un pic de consommation, le prix du gaz avait ainsi passé la barre de 100 dollars le baril équivalent pétrole. La « révolution » des gaz de schiste a changé la donne.

Parler de révolution technologique est quelque peu exagéré : il s'agit en fait de la mise en œuvre de techniques déjà utilisées comme les forages horizontaux et la fracturation des roches (cette dernière pour le gaz de Lacq par exemple). En quelques années, la production américaine sur le déclin a rebondi, en augmentation d'un tiers entre 2005 et 2012, précipitant les prix à la baisse, aux alentours de 20 dollars le baril équivalent pétrole, entre un tiers et un quart du prix d'importation européen. Les gaz de schiste, par la compétitivité nouvelle qu'ils ont donné à l'industrie américaine, sont au moins autant responsables que la politique de la Fed du rebond économique américain.

Pourrait-il en être de même en Europe ? Des études de potentiels géologiques laissent penser que des réserves non négligeables se trouvent sur le continent européen, notamment en Pologne et... en France. Mais – on le sait – depuis une loi, proposée et votée par la droite en juillet 2011, une chape de plomb est tombée sur les gaz de schiste qui ne peuvent être pour l'instant que l'objet d'un débat théorique.

Le principal reproche adressé aux gaz de schiste est lié à leur modèle d'extraction et aux risques de pollution engendrés notamment par le circuit de l'eau utilisée pour la fracturation hydraulique. Au-delà des caricatures (le célèbre clip de Gasland tourné sur d'anciennes mines de charbon avec du grisou...), le problème est réel. Aux Etats-Unis, du fait du droit foncier qui donne au propriétaire foncier la propriété du sous-sol et donc de l'exploitation minière, « la ruée vers le gaz » a été le fait de nombre de petits opérateurs aux techniques souvent mal maîtrisées. Dans un pays comme la France, avec le régime des concessions, tel ne devrait pas être le cas. Quant à la présence de nombreux sites de forages, elle ne « polluera » guère plus les paysages que certains champs d'éoliennes ou autres fermes solaires. Ceci étant, même avec toutes les précautions et garanties possibles, le risque zéro n'existe pas. D'autre part, il ne faut pas rêver : du fait de la structure géologique des régions françaises les plus prometteuses, du fait aussi des contraintes environnementales qui seront légitimement imposées, le coût de production des gaz de schiste en France pourrait être de l'ordre du double de celui des Etats-Unis. Cela resterait quand même inférieur au prix actuel d'importation, renforcerait un peu notre indépendance énergétique, tout en réduisant le déficit commercial français et en dynamisant l'activité économique des régions concernées.

Voilà quelques arguments mesurés qui plaident au moins pour que l'exploitation du potentiel français en gaz de schiste puisse reprendre. En matière d'énergie, il y a souvent loin entre le rêve et la réalité : le « pot » de gaz de schiste de notre Pierrette est peut-être vide et notre débat sans objet. Pour l'instant, en dehors des Etats-Unis, aucun pays n'est parvenu à produire de manière économique : mais on cherche au moins en Pologne et au Royaume-Uni.

Les gaz de schiste ne sont ni la panacée qui permettrait de résoudre les problèmes énergétiques français et de sortir notre pays de la « panne » économique, ni la « nécro-technologie » que certains se plaisent à fustiger. Pour l'instant, il reste une interrogation que nous nous devons de lever. Il est dommage que leur instrumentalisation de basse politique les cantonne au statut de « terra incognita » à la fois technologique et scientifique. Ce n'est pas en tout cas ce qui fait progresser la cause de la transition énergétique. Oui, vraiment dommage...

 

 

27 Septembre 2013

 

Voici donc le nouveau rapport du GIEC sur les mutations du climat au XXIe siècle. Au-delà de polémiques stériles, c’est bien là un cri d’alarme qu’il faut entendre. A priori la température moyenne de la planète augmenterait de 1° à 3,7° suivont des hypothèses plus ou moins pessimistes. La nouveauté du rapport porte sur le niveau des océans, dont la montée serait alimentée par la fonte glaciaire avec toutes les conséquences que l’on peu imaginer sur les régions et les plaines côtières.

Ce rapport ne surprend guère et ses conclusions étaient attendues. Mais sa tonalité contraste avec l’immobilisme de la gouvernance internationale en la matière. Certes la crise de 2008 est passée par là et puis aussi le doute des politiques face aux certitudes scientifiques du GIEC. Nul ne prétend détenir la vérité mais les faits sont là de plus en plus difficiles à manipuler : nous payons deux siècles d’une croissance économique marquée au coin du gaspillage. Le choc des pays émergents sur les trente dernières années n’a fait qu’aggraver les choses. Bien sûr il ne faut pas prendre les projections du GIEC « au pied du chiffre » dans la mesure où elles sous-estiment l’impact de progrès scientifiques et technologiques que nul n’imagine. Mais il serait suicidaire d’ignorer ces menaces : la planète change et il nous faut préparer celle de nos enfants.

 

 

28 Septembre 2013

 

Pour un historien du commerce mondial, une promenade à Venise est un grand moment de nostalgie, mais une nostalgie cette fois empreinte de tristesse tant Venise aujourd’hui est morte. Certes la ville continue a être un fabuleux concentré de trésors artistiques et chaque église contient son lot de toiles du Titien et du Tintoret, de Véronèse et de Tiepolo. Ses palais, trop souvent en ruines abritent encore de merveilleuses collections au carrefour de toutes les cultures que Venise a su rassembler pendant quelques siècles.

Mais voila Venise est vide : des 150 000 habitants qu’elle comptait encore au XVIIIe siècle, il n’en reste plus que 50 000. Les activités économiques sont parties depuis longtemps vers la Terre Ferme. Quelques vieilles familles y conservent tant bien que mal leurs palais ; beaucoup de nouveaux riches, italiens et étrangers, y ont un pied à terre ; et puis les touristes passent au rythme surréaliste des paquebots géants qui empruntent le canal de la Giudecca. La « Fondacio dei Tedeschi », l’ancien entrepôt des marchands allemands de la Hanse est en train d’être transformé par la chaine de magasins La Rinascente en un multiplexe pour marques de luxe, et cela à  deux pas du pont de Rialto. Venise ne vit plus que du tourisme même si elle compte encore une université importante (Ca Foscari).

Il reste au promeneur à rêver du temps où les galères de Venise ramenaient poivre et épices de l’Orient.