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Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

2 Juin

 

A Istanbul, la place Taksim se trouve au sommet de la colline de Galata, l’ancien quartier génois de Constantinople sur l’autre rive de la Corne d’Or par rapport à l’antique Constantinople et aux palais impériaux. C’est le cœur de la ville moderne et laïque, celle de Mustafa Kemal.

Depuis quelques jours une bonne partie de la jeunesse stambouliote s’y retrouve pour contester un régime à la fois despotique et de plus en plus islamisé. Voila une nouvelle facette d’un printemps méditerranéen qui touche cette fois ci non pas une dictature à bout de souffle comme en Egypte ou en Tunisie mais un véritable pays émergent, et – avec Israël – la seule véritable démocratie du Sud de la Méditerranée.

A nombre d’égards, la Turquie est un cas d’école : un système laïc dominé par une armée garante du kémalisme mais minée de l’intérieur par la corruption ; des partis religieux arrivés démocratiquement au pouvoir et re-islamisant peu à peu le pays ; une jeunesse fortement occidentalisée et qui à la chance de profiter d’un indéniable dynamisme économique ; un dirigeant enfin dont la réussite  a quelque peu limité ses capacités à se remettre en cause.

La place Taksim n’est ni la place Tahrir du Caire, ni Benghazi. Mais elle montre bien les limites d’un « modèle » turc qui pose fondamentalement le problème de la laïcité en terre d’Islam. De la réponse turque dépendront bien d’autres suites dans le monde arabe.

 

 

3 Juin

 

Le Prélude à l’après-midi d’un faune dans la chorégraphie de Nijinski à Garnier. C’était en 1912, il y a donc un siècle. Héritier de la grande tradition des écoles de danse de la Russie impériale, Nijinski se plongea dans une mythologie idéalisée et hiératique directement issue des céramiques grecques que l’on redécouvrait alors. L’année suivante il ira encore plus loin avec le sacre du printemps de Stravinski.

Mais quelle modernité déjà dans un monde qui brille des derniers feux d’un véritable Ancien Régime : c’est pourtant une Belle Epoque bien cruelle marquée au coin des inégalités les plus profondes, dans l’empire russe bien sûr mais aussi en France. Le contraste est toujours violent entre la barbarie et la violence des forces politiques et économiques et au même moment le raffinement de sociétés qui dansent sur des volcans. Bientôt les danseuses impériales disparaitront, Nijinski lui-même sera broyé par la maladie mentale. Il restera la musique de Debussy et le souvenir de quelques pas et de costumes merveilleux reconstitués ce soir.

 

 

4 Juin

 

François Hollande a donc tranché : c’est le quotient familial qui sera raboté ainsi que quelques menus « nichettes » comme la déduction d’impôts pour les enfants scolarisés dans le secondaire et le supérieur. L’effet sera le plus marqué pour les familles nombreuses des classes moyennes, celles là même qui ont manifesté contre le mariage pour tous. 

Pourtant une réforme était nécessaire car l’égalité devant les allocations familiales est en réalité inéquitable. Le plus légitime – sans toucher au quotient familial – eut été de réintroduire toutes les allocations dans la base imposable : non seulement les allocations familiales mais aussi l’APL et maintes autres subventions dont l’état providence à la française a le secret.

L’avantage de la réduction du quotient familial saute aux yeux du point de vue du politique : il repousse la mauvaise nouvelle à l’automne 2014 et on peut espérer que les intéressés eux même y prêteront moins d’attention. Mais cela revient, au-delà de l’abandon d’une promesse récente, à une politique de gribouille alors que c’est une véritable réforme fiscale globale qui est attendue. Pourquoi frapper justement les familles nombreuses, les seuls français qui font preuve d’un peu d’optimisme et d’espérance. Pourquoi surtout les frapper elles seules en rendant encore un peu plus injuste notre système fiscal. Curieuses méthodes …

 

 

5 Juin

 

« Je suis comme un végétarien qui se met à manger de la viande : j’étais « bearish » sur le dollar et me voila « bullish ». Voila ce que nous déclare un des principaux économistes de la banque HSBC en ouverture d’un brillant exposé à Genève.

Pendant longtemps, nous explique-t-il, il a parié sur la faiblesse du dollar tiré vers le bas par des taux plus faibles que partout ailleurs, par des déficits écrasants, par d’évidentes faiblesses institutionnelles aussi à l’image du « fiscal cliff ». Mais voila, aujourd’hui le dollar apparait presque comme un refuge face à des politiques monétaires jouant ouvertement à la baisse de monnaies comme le yen ou le franc suisse, face aussi aux doutes qui continuent à peser non pas sur l’avenir de l’euro mais sur la dynamique économique européenne.

En un sens, il est vrai que les Etats Unis sont en avance sur le reste des pays avancés en ce qui  concerne la reprise économique et la normalisation monétaire. On peut désormais envisager que la Fed abandonne bientôt sa politique de taux zéro. A l’horizon de quelques mois le dollar devrait s’apprécier (vers 1.25 contre l’euro) et cela d’autant plus que les Etats Unis peuvent user et abuser de leur position d’emprunteurs de dernier recours. A plus long terme, c’est une autre histoire…

 

 

6 Juin

 

« Plus les peuples sont riches, plus ils ont peur ». Cette remarque de Pascal Lamy au cours d’une conversation au siège de l’OMC à Genève fait mouche. Pascal Lamy faisait référence à l’émergence de nouvelles barrières dans le commerce international fondées sur des peurs plus ou moins rationnelles notamment dans le domaine sanitaire.

Mais en y réfléchissant bien, on voit la portée beaucoup plus globale de cette remarque : les peuples riches n’ont plus que peu à gagner et beaucoup à perdre. Ils sont frileux et se protègent derrière d’illusoires principes de précaution. Jean Paul II avait au fond raison avec son célèbre « N’ayez pas peur » adressé aux jeunes. La peur paralyse les nantis comme elle paralysait le « jeune homme riche » des Evangiles. Les peuples riches font passer leur peur avant toute considération et se raidissent donc face à la moindre innovation, au plus petit changement : des OGM au gaz de schiste, des champs à l’assiette, il est facile de jouer des peurs pour bloquer une société, pour la figer en protégeant en quelque sorte les avantages acquis. Un pays comme la France en est une véritable caricature alors même que les Etats Unis doivent probablement à leur héritage protestant d’avoir une plus grande confiance en l’avenir. Notre histoire est ainsi faite de peurs et d’espérances.

 

 

8 Juin

 

Fortes tensions au cœur des relations commerciales internationales. L’Europe a décidé de taxer les panneaux solaires chinois. En soi la mesure parait légitime et intervient presque trop tard tant l’industrie européenne des panneaux solaires a pu souffrir d’une concurrence chinoise bien proche du dumping. Mais voila la Chine désormais ne se laisse plus morigéner sans réagir et elle s’attaque en rétorsion au vin (visant la France) et aux voitures de forte cylindrée (visant l’Allemagne). C’est donc la guerre commerciale entre l’Europe et la Chine alors que des conflits semblables opposent aussi la Chine, les Etats-Unis et le Japon.

Les temps changent donc : à la fin du XXe siècle les grandes pages du GATT furent écrites par les Etats-Unis et l’Europe à propos des bananes et des viandes aux hormones. Cette époque est bien révolue et alors que l’on parle même de libre échange transatlantique, c’est la Chine membre de l’OMC depuis 2001 qui focalise toute l’attention. Il ne s’agit pour l’instant que d’escarmouches car les vrais sujets, ceux de la convertibilité du yuan, des déséquilibres des balances de capitaux et plus largement de la présence de la Chine sur la scène économique et financière mondiales ont à peine été abordés. Ces conflits mineurs permettent au fond aux adversaires de se mesurer tout en étant bien conscients qu’à un moment ou un autre il leur faudra bien se mettre autour de la table pour élaborer un nouvel ordre économique mondial. Plus tard …

 

 

10 Juin

 

L’affaire Tapie n’en finit pas d’éclabousser l’entourage de l’ancien président de la République. Stéphane Richard en examen, l’ancien ministre de l’intérieur Claude Guéant menacé, c’est maintenant Nicolas Sarkozy qui est en première ligne alors que ressortent de vieilles histoires de financements occultes, de Karachi à la Lybie.

Après l’affaire Cahuzac, tout ceci ne manquera pas de renforcer le doute qu’entretiennent les français vis-à-vis de leur classe politique. Soyons honnêtes pourtant les français ont une grande capacité de tolérance vis-à-vis des turpitudes – réelles ou supposées – de leur dirigeants. Aux Etats-Unis le moindre écart est sanctionné par la disparition politique de l’intéressé. En France les retours à meilleure fortune sont monnaie courante à l’image d’Alain Juppé ou d’Henri Emmanuelli (qui à tort ou à raison portèrent la responsabilité du financement de leurs partis respectifs) ou dans un genre plus sulfureux de Patrick Balkany ou de Bernard Tapie lui-même. Qui sait si Jérôme Cahuzac ne rêve pas déjà de pareil retour ? Mais ce n’est là que menu fretin : la vraie question concerne un ancien président de la République présenté avec quelque exagération comme un ultime recours. Est-ce là bien raisonnable ?

 

 

12 Juin

 

Voila une batterie de chiffres bien décevants sur la croissance chinoise. En Mai le commerce extérieur de l’Empire du Milieu a pratiquement stagné alors que la production industrielle augmentait de moins de 10 % et que l’indicateur avancé de l’économie était à nouveau en zone rouge. Manifestement le ralentissement économique chinois perdure alors que l’on espérait un rebond après un premier trimestre marqué par la fin de la transition politique. Comment interpréter cette – relative – contre performance ? Certains y voient le résultat de la lutte contre la corruption initiée par la nouvelle équipe au pouvoir dont la conséquence serait les retards ou même l’annulation de nombreux projets d’infrastructures publiques : un mal pour un bien soit ! Mais la réalité est probablement beaucoup plus complexe : la Chine est en train de connaître une inflexion de son modèle de croissance : dans nombre de secteurs les surcapacités sont manifestes alors que malgré son potentiel, le marché intérieur peine à se développer. Pour la première fois dans l’histoire du décollage chinois, les simples politiques de relance à coup de subventions publiques ne suffisent plus. L’équation économique chinoise devient plus complexe et il n’est pas sûr que les nouvelles autorités sachent la résoudre.

 

 

13 Juin

 

Encore un colloque sur l’Afrique. Celui-ci réunit des assureurs maritimes qui se penchent sur un continent largement encore à l’écart des grands flux mondiaux (le seul véritable « hub », Tangermed, est plus méditerranéen qu’africain). Que retenir d’exposés de tant d’africanistes reconnus ?

L’Afrique, c’est d’abord l’exubérance démographique qui explique plus que tout défis et échecs : un enfant sur quatre dans le monde nait aujourd’hui en Afrique même si la mortalité infantile y est aussi la plus forte de la planète (à un peu moins de 100 ‰elle est le double de la moyenne mondiale). C’est l’urbanisation la plus forte et la plus rapide de l’histoire : les vieilles villes coloniales sont dépassées et l’un des principaux défis est celui des infrastructures urbaines : les bus ont cédé la place aux motos-taxis ! Certes grâce à la croissance la pauvreté  régresse mais en même temps le nombre de pauvres augmente. Et l’Afrique sort à peine d’une véritable « décennie du chaos » marquée d’innombrables conflits alors que s’affichent de nouveaux clivages religieux.

Et pourtant il suffirait de bien peu, ce que Sylvie Brunel résume par « la paix, les pluies, les prix », les prix pour les produits agricoles de paysans qui devront demain nourrir les mondes africains. L’Afrique reste «  en réserve de développement ». Pour combien de temps encore ?

 

 

15 Juin

 

Difficile d’échapper aux célébrations du cinquantième anniversaire … de l’hypermarché. Il y a cinquante ans donc un grossiste alimentaire originaire de l’Isère ouvrait le premier Carrefour (2500 m², un gros supermarché actuel) en région parisienne à Sainte Geneviève des Bois. Quelques temps plus tôt NCR (les caisses enregistreuses) avait invité Marcel Fournier  à un séminaire à Nashville dans le Tennessee où le « gourou » de la distribution américaine, Bernardo Trujillo, avait appris aux petits français ce que serait la distribution de demain : Les bas prix certes (mais en France Leclerc était déjà passé par là) et surtout l’impact de la voiture avec de grands parkings entourant un magasin où il serait possible de faire l’intégralité de ses « courses ». Car la vraie révolution est bien là : grâce à la voiture que les français découvrent alors en masse, on échappe à l’épicerie de proximité et aux commerces de centre-ville. La voiture bouleverse le paysage urbain et surtout périurbain en permettant les implantations commerciales en périphérie des villes. A cette idée américaine, les français ajoutèrent rapidement le concept du « grand magasin », le modèle au fond du « Bon Marché » du XIXe siècle : l’hypermarché à la française était né. Il eut peu de succès aux Etats-Unis mais conquit le monde avant de connaître un coup de « blues » lié justement à la voiture.

 

 

17 Juin

 

La FAO vient de publier des prévisions record pour la production céréalière mondiale en 2013/14. Pour la première fois de l’histoire, on frôlerait la barre des 2.5 milliards de tonnes (riz compris) en hausse de 6.5 % sur la médiocre campagne précédente. Blé, maïs, riz, pratiquement toutes les céréales battraient des records de production. Le conditionnel est bien sûr de rigueur : d’une part la FAO n’est pas une grande autorité en matière de prévisions. Et puis surtout il faut tenir compte des aléas climatiques. Certes, pour l’instant tout va bien ! La mousson – en avance – promet de belles récoltes en Inde. Sur la Mer Noire les moissons ont commencé et promettent d’être abondantes. Aux Etats-Unis, les pluies ont un peu retardé les emblavements de maïs et de soja mais rien de bien grave pour l’instant. Mais tout dépendra des pluies de l’été sur les grandes plaines américaines et puis ensuite de la situation dans l’hémisphère sud.

A court terme et à climatologie optimale, les prix devraient chuter à l’automne (€ 150 la tonne pour le blé). Mais les marges restent faibles. La FAO n’anticipe un excédent mondial que d’un peu plus de 50 millions de tonnes : à peine de quoi reconstituer des stocks qui seront au 30 Juin, à la fin de la campagne 2012/13 au plus bas de l’histoire. Alors gare au moindre accident climatique.

 

 

18 Juin

 

Manifestations au Brésil. Le miracle du troisième grand pays émergent semble au bord de l’explosion alors que se préparent les grandes « fêtes » de la Coupe du monde de football et des Jeux Olympiques. Le monde qui avait rêvé avec Lula comme d’une sorte de Mandela brésilien, découvre une réalité faite d’inégalités que seule une croissance exceptionnelle avait pu masquer ces derniers années. Mais voila le Brésil n’a pas dépassé 1 % de croissance sur les derniers trimestres : la force du real a bridé les exportations alors que reculaient les prix du minerai de fer, du sucre et même du café. Ce ralentissement brutal a fait sauter un vernis déjà bien écorné par les affaires de corruption qui ont touché ces derniers mois hiérarques du PT et proches de Lula.

Mais au fond le Brésil est confronté surtout aux déséquilibres provoqués par une croissance forte qui a certes produit des richesses mais qui a exacerbé les inégalités. Malgré les promesses de Lula celles-ci seront longues à résorber dans un Brésil encore marqué au coin des féodalités provinciales. La révolte de la rue est légitime et Dilma Roussef devra la prendre en compte : la normalisation de la démocratie brésilienne est trop récente pour que l’on ne puisse craindre une dérive autoritaire qui renverrait le Brésil à ses vieux démons.

 

 

20 Juin

 

Discussions dans l’Indre avec des éleveurs. Malgré la hausse nette des prix de la viande bovine ces trois dernières années, les systèmes allaitants souffrent et les éleveurs couvrent à peine leurs prix de revient sans même chercher à rémunérer le capital et le travail. Les primes diverses qu’ils perçoivent de Bruxelles leur permettent tout juste de garder la tête hors de l’eau.

On peut toujours expliquer que les comptes des industriels et des bouchers ne sont guère plus brillants, que les consommateurs trouvent déjà la viande bien chère, les éleveurs ont l’impression – justifiée – d’être les sacrifiés de politiques agricoles qui les oublient alors même que ne cessent de se renforcer les contraintes en matières d’environnement ou de bien être animal. Dimanche, les éleveurs vont manifester à Paris pour faire pression au moment où la négociation sur la nouvelle PAC entre dans sa dernière ligne droite.

Mais nous ne sommes plus là dans le seul cadre d’un débat agricole. La fonction de l’élevage bovin ou ovin est avant tout d’occuper un espace autrement voué à la désertification, d’être un outil dans la conservation de paysages qui restent marqués de la main de l’homme. Voila qui justifie la pérennité d’aides intelligibles et intelligentes. Est-ce trop demander ?

 

 

21 Juin

 

L’alliance entre les trois grands du transport maritime mondial par conteneurs a de quoi interpeller. A eux trois le danois Maersk, l’italo-suisse MSC, et le français CMA-GGM, représentent près de la moitié de la flotte mondiale. Dans leur « Réseau P3 » ils ont décidé de mettre en commun 235 navires sur les trois grandes routes Asie/Europe, Europe/Amérique du Nord, Amérique du Nord/Asie. La gestion commune de ces lignes et des navires devrait leur permettre de maitriser l’offre et donc les prix dans un contexte de forte baisse depuis plusieurs mois. D’une part en effet on assiste à la modernisation de la flotte et à la montée en puissance du gigantisme des navires au-delà de 20 000 « boîtes ». D’autre part la croissance des échanges mondiaux est plus faible et ceci se traduit par des surcapacités.

Ceci étant l’alliance mise en place s’apparente purement et simplement à un cartel. Autrefois il en existait sur toutes  les lignes que l’on appelait les « conférences maritimes ». Fort critiquées les conférences ont disparu à la fin du XXe siècle au profit de la libre concurrence sur un marché des conteneurs qui explosa à l’époque avec le boom de l’économie mondiale. Les armateurs ont vu alors trop grand et nombre d’entre eux ont été proches de la catastrophe en 2008/10. De là à revenir aux bons vieux cartels …

 

 

24 Juin

 

Les doutes s’accumulent sur le sort de l’économie chinoise. Alors que la Banque Centrale de Chine a annoncé son intention de ne pas réamorcer la pompe à liquidités et que le système bancaire chinois se retrouve en quelque sorte au régime sec, les économistes revoient à la baisse leurs prévisions et les marchés accusent le coup avec par exemple le cuivre à $ 6500 la tonne.

La décision de la Banque de Chine est en tout cas la preuve que les autorités chinoises ne cherchent pas à jouer la carte de la croissance pour la seule croissance. Il y a manifestement une volonté d’assainir les fondements même de l’économie et le dossier des créances douteuses (bad debts) de l’appareil bancaire doit figurer en bonne place. Le nettoyage passe aussi par les marchés financiers dont la régulation n’a jamais été le souci majeur des autorités. Ainsi l’autorité monétaire vient-elle d’interdire les montages complexes de swaps utilisant du cuivre pour jouer des différentiels de taux entre le yuan et le dollar, ce qui peut d’ailleurs expliquer en partie la baisse des prix du métal rouge.

C’est en effet pour les matières premières industrielles – agricoles ou minières – que l’impact d’un éventuel refroidissement chinois serait le plus grand. Le cuivre mais aussi le minerai de fer, le coton ou le caoutchouc sont au fond le meilleur reflet de l’encéphalogramme chinois, pour le meilleur et pour le pire.

 

 

25 Juin

 

En Thaïlande le gouvernement vient d’annoncer la baisse de 20 % du prix garanti du riz à

$388 la tonne. C’est là le signe de l’échec de la politique suivie par le gouvernement pour tenir ses promesses électorales. Pour être élue, le premier ministre s’était engagé à garantir un prix plancher aux producteurs de riz. Ceci s’est traduit par des achats publics et la constitution de gigantesques stocks. Premier exportateur mondial, la Thaïlande s’est en effet refusée à vendre à perte sur un marché mondial plutôt bien approvisionné et où les prix (fob Vietnam par exemple) étaient une bonne centaine de dollars inférieurs au fob Bangkok, jusque là la référence du marché mondial. Les autorités thaïlandaises attendaient manifestement un retournement du marché mais celui-ci n’est pas venu et au contraire la mousson a été excellente en Inde qui est devenue un exportateur majeur.

Les stocks s’accumulèrent, les coûts ne cessaient d’augmenter et le marché était à la baisse anticipant justement le retour du riz thaïlandais. La baisse des prix annoncée est un premier pas mais il n’est pas sûr qu’il soit suffisant pour écouler les stocks thaïlandais. A moins que la Chine, qui sera cette année le premier importateur mondial  ne vienne politiquement au secours de la Thaïlande.

 

 

26 Juin

 

Marc Rich est mort aujourd’hui en Suisse. Il était une légende pour le petit monde du négoce international des matières premières dont il fut la vedette incontestable dans les années soixante dix et quatre vingt. Marc Rich « inventa » le négoce moderne profitant du grand choc sur les marchés mondiaux de 1974 pour bâtir la plus importante entreprise de négoce au monde, reléguant Cargill au second plan et étouffant Philips Brothers, la société de négoce de métaux où il avait fait ses débuts dans les années cinquante.

Responsable de Phibro à Madrid il eut l’intuition du développement des marchés et donc du négoce de pétrole. Il fonda sa propre société à Zug en Suisse et devint rapidement un acteur incontournable des marchés de l’énergie. Banni des Etats-Unis du fait de fraudes et surtout d’avoir travaillé avec l’Iran à l’époque des otages de l’ambassade américaine de Téhéran, Marc Rich bâtit un véritable empire qu’il céda à ses collaborateurs qui en firent Glencore.

Génie du « trading » certainement, Marc Rich fut toujours à la limite de toutes les légalités ce qui le condamna à son exil doré en Suisse. Il laissa de nombreux héritiers, passés par son « école », et qui ont souvent contribué à la réputation sulfureuse d’un négoce fort contesté, y compris en Suisse.

 

 

27 Juin

 

Une page vient de se tourner : celle de la « vieille » Politique Agricole Commune, conçue à six en 1958, mise au monde en 1962, réformée en 1993, 2000, 2003 et donc finalement enterrée en 2013. Elle a bien servi et c’est à la PAC que l’Europe doit sa seule véritable politique commune. Malheureusement ses réformes furent trop tardives et partielles et l’Europe lui doit aussi bien de ses crises.

Le principe de base de la PAC fut longtemps la garantie des prix aux producteurs assortie pour certaines productions de quotas. Depuis déjà plusieurs années (2006 notamment pour les céréales) le système de stabilisation des marchés avait été assoupli et la réforme actuelle ne fait qu’entériner un état de fait. La disparition des quotas laitiers et même sucriers était elle aussi programmée depuis longtemps.

La nouvelle PAC s’articulera donc autour d’aides directes plus ou moins « verdies », en partie renationalisées. Elle va être probablement plus complexe à gérer et les équilibres entre pays, productions et exploitations seront plus difficiles à respecter. Mais la révolution majeure pour le monde agricole c’est bien le passage de la stabilité de prix administrés à l’instabilité des prix de marché. Il n’en reste pas moins que pour l’élevage notamment, les aides de « Bruxelles » restent indispensables.

 

 

28 Juin

 

Il y a quelques semaines, un immeuble d’ateliers de textiles et de vêtements s’effondrait au Bangladesh provoquant la mort de plus d’un millier d’ouvrières. Dans les décombres, parmi les cadavres, on découvrir des vêtements aux marques des plus grands distributeurs de la planète, de Mango à H & M en passant par Auchan. L’indignation première a été suivie d’un grand concert de protestations hypocrites sur fond de « chartes d’éthique » des entreprises concernées. On renforcera peut-être un peu les contrôles liés à la RSE mais les ouvrières de Dacca seront vite oubliées.

Ce drame doit-être analysé à deux niveaux. D’une part le Bangladesh  commence à décoller en utilisant son seul atout, une main d’œuvre peu onéreuse. Il le fait de la même manière que l’Europe au XIXe siècle et les conditions de travail à Dacca ne sont pas pires que celles du Lancashire, des Vosges ou de Roubaix à cette époque. Condamner le « modèle » bengali n’a pas de sens. Par contre on peut s’indigner du « modèle » européen, notamment celui des grandes chaines, dont les méthodes d’approvisionnement sont devenues de véritables « pousse au crime ».  On doit aussi constater l’aveuglement de consommateurs obsédés par le prix et qui réfléchissent bien peu aux hommes derrières les étiquettes.

 

 

29 Juin

 

La centième édition du Tour de France commence en Corse. C’est une première et les paysages promettent d’être superbes. Au fil du temps la retransmission télévisée du Tour s’est muée en un véritable parcours de découverte de la France et de ses richesses. Et puis, au bord des routes, même dans les étapes de transition durant lesquelles les coureurs roulent en peloton et passent en quelques secondes, l’enthousiasme ne se dément pas.

Malgré toutes les « affaires » qui ont meurtri le cyclisme – et récemment encore Amstrong, Ullrich et même une icône nationale comme Jalabert – l’engouement du public ne se dément pas. En réalité il est probable qu’à une époque au moins tous les coureurs cyclistes se sont dopés et que ce dopage primitif et dangereux a été peu à peu remplacé par un suivi « scientifique » à la limite permanente de la légalité. Personne ne roule à l’eau claire (mais n’en est-il pas de même pour tous les autres sports).

Et pourtant le Tour garde son aura. C’est probablement parce que les cyclistes – même les plus célèbres – n’ont pas été dévorés par la gloire médiatique. Souvent issus de la campagne, du monde rural, ils en véhiculent les valeurs dans lesquelles se reconnaissent des français nostalgiques de cette France profonde qu’ils redécouvrent devants leur poste ….