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LES MARCHES MONDIAUX

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Pour qui sonne le glas ?

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20 mai 2015 - Paris

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LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

7 janvier

L’économie américaine semble bien repartir : 155 000 emplois créés en décembre, malgré – à l’époque – les menaces du « fiscal cliff ». La première économie de la planète profite de la dynamique de la révolution énergétique grâce au gaz de schiste dans le croissant allant du Texas à la Pennsylvanie et au pétrole plus au nord dans les états comme le Dakota. Les entreprises américaines grâce à leur abondante trésorerie ont repris le chemin de l’investissement. Il reste bien sûr le problème fiscal et toutes les « haies » qui vont jalonner l’année au fil du bras de fer entre la Maison Blanche et le Congrès. Mais Obama, réélu et non rééligible, a les coudées plus franches et après un premier mandat d’une franche médiocrité voudra certainement marquer l’histoire. Faute d’une vision planétaire, peut-être aura-t-il à cœur de régler au moins quelques-uns des déséquilibres majeurs qui pèsent sur l’économie et la société américaine, du port d’armes à la dette publique.

Quel contraste en tous cas avec le Japon où le nouveau premier ministre annonce un nouveau plan de relance aussi peu inspiré par l’avenir que ceux qui l’ont précédé. Alors que les États-Unis redémarrent, le Japon s’enfonce dans la stagnation. Les uns sont jeunes, l’autre vieillit doucement. Quant au bonheur…

 

9 janvier

Corrigé des prévisions de CyclOpe faites il y a un an sur l’évolution des marchés de matières premières. Celles-ci ont été relativement bonnes, notamment en ce qui concerne le pétrole et les métaux. La prévision d’un prix moyen du Brent de $ 110 le baril a été même presque parfaite ! Mais il est plus intéressant d’analyser les principales erreurs. Celles-ci ont avant tout concerné le secteur agricole et tout particulièrement celui des grains. C’est là en effet que les hausses ont été les plus fortes en 2012 du fait d’une exceptionnelle sécheresse qui a frappé les États-Unis et qui a affecté les récoltes de maïs et de soja tandis que celles de blé souffraient de problèmes identiques dans la région de la Mer Noire. Bien sûr, l’économiste ne peut faire de prévisions climatiques et une baisse anticipée s’est transformée en hausse constatée ! Le même scénario va se reproduire pour les prévisions 2013 et de manière encore plus sensible dans la mesure où les marchés agricoles vont vivre une fin de campagne « sur le fil du rasoir ».

L’autre erreur majeure concerne le fret maritime. À partir de taux très bas, on pouvait espérer une légère reprise. Il n’en a rien été et au contraire les taux de fret se sont effondrés un peu plus avec l’arrivée de tous les navires commandés au moment où les marchés étaient au plus haut : une erreur plus difficile à justifier.

 

11 janvier

En quoi croient les Chinois ? Quels sont et surtout quels seront à l’avenir leurs repères spirituels ? À l’origine, les Chinois pratiquaient deux cultes, celui des ancêtres et celui de dieu du sol et du territoire, ce dernier étant plus ou moins identifié dans ce que nous appelons aujourd’hui le chamanisme. Là-dessus se sont greffés une religion étrangère, le bouddhisme, une philosophie, le confucianisme et enfin une véritable synthèse chinoise, le taoïsme. Si le confucianisme mettait en avant le culte des ancêtres et le taoïsme un panthéon de multiples dieux, l’un et l’autre avaient en commun la soumission au pouvoir du prince et la légitimation d’un système bureaucratique dont le modèle fut celui de la Chine impériale des grands siècles puis de l’époque communiste.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui après quand même un demi-siècle d’athéisme ? La statue de Confucius est désormais en face de la Cité interdite, non loin de celle de Mao. Le régime actuel hésite à s’appuyer sur l’héritage confucéen. Celui-ci marque malgré tout la société chinoise.

Mais la vraie question est de savoir si l’on assistera à un renouveau spirituel en Chine. Les Chinois en éprouveront-ils le besoin ou se contenteront-ils de passer du matérialisme athée à la société de consommation.

 

12 janvier

Accord sur la réforme du marché du travail en France. Tout le monde ce soir salue ce qui est une véritable ouverture dans laquelle un peu plus de flexibilité est compensé par une meilleure prise en compte des droits sociaux. L’avancée est notable, mais elle reste une caricature du « modèle » social français : l’irresponsabilité.

D’une part, l’accord n’a été signé que par trois syndicats « représentatifs » sur cinq, la CFDT étant le seul vrai poids lourd parmi les signataires. FO et la CGT qui ont pourtant participé aux négociations ont refusé de signer l’accord comme on pouvait s’y attendre. Rassurés par le fait que l’accord puisse entrer en vigueur, ils peuvent camper dans leur vieille posture revendicative prenant ainsi l’opinion à témoin de la « trahison » de la CFDT.

Mais tout n’est pas fini. L’accord doit aller devant le Parlement. En France, il en est ainsi : l’état doit rester le maître de toutes choses. Reconnaissons que le gouvernement s’est engagé à ce que le texte ne soit pas modifié. Mais les députés notamment de la gauche radicale ne l’entendent pas de cette oreille et exigent le droit d’amender ce malheureux accord au risque de le rendre caduc. Voilà comment fonctionne la cogestion à la française.

 

13 janvier

La manifestation contre « le mariage pour tous » a-t-elle réuni un million de personnes à Paris comme le pensent ses organisateurs : difficile de le dire, mais tard dans la journée, les défilés continuaient à déverser vers le Champ de Mars une foule sympathique et bon enfant. Contrairement à ce que pensaient et qu’écriront probablement nombre de journalistes, la foule était beaucoup moins homogène qu’anticipé. La France « profonde » était montée de province dans toute sa diversité. Certes, les « troupes » catholiques étaient nombreuses, mais sans véritables marques distinctives (le cortège des traditionalistes de Civitas et celui du FN étaient heureusement distincts).

À la tribune, sur le Champ de Mars, aucun dérapage non plus : on baignait même en pleine homophilie avec des prises de parole nombreuses d’homosexuels ainsi que de représentants du courant des « poissons roses » du PS. Peut-être d’ailleurs cette hétérogénéité des organisations participantes a-t-elle nui au message porté par la manifestation. Réclamer d’être reçu par le Président de la République était un peu court et l’idée même de pacte civil ne faisait manifestement pas l’unanimité que l’on retrouvait seulement sur la question de la PMA. La manifestation était belle et François Hollande aurait tort de ne pas en tenir compte. Mais jusqu’où faut-il aller ?

 

15 janvier

Pic de pollution à Pékin selon les statistiques officielles. Quand on connaît la capitale chinoise en temps « ordinaire », il n’est pas difficile d’imaginer la scène : une sorte de brouillard jaune pesant sur la ville comme une chappe de plomb sans que le moindre souffle de vent ne vienne l’agiter. On y voit à peine à quelques dizaines de mètres et le sommet des immeubles disparaît à la vue. Il y a probablement toujours autant de voitures dont on ne distingue que les phares dans l’invraisemblable encombrement des périphériques qui enserrent Pékin. C’est le « smog » et Pékin doit ressembler à ce qu’était Londres à la fin du XIXe siècle lorsque la ville était polluée par les émanations des usines de production de gaz de charbon.

Pour les autorités chinoises, le défi environnemental n’est pas une simple lubie écologique. La croissance actuelle a dépassé en bien des endroits les limites du supportable. Certes, les États-Unis polluent plus, mais là c’est la vie même des Chinois qui est menacée. Alors qu’au XIXe siècle, la Révolution industrielle put se faire en Europe sans préoccupation aucune de l’environnement, la Chine au XXIe siècle ne peut y échapper et les chinois, de l’homme de la rue à Xi Jin Ping en ont bien conscience.

 

16 janvier

Nicolas Sarkozy avait eu la Libye. François Hollande aura donc le Mali. Dans l’un et l’autre cas, le président profite d’une occasion extérieure pour sortir d’une situation politique intérieure difficile : le Mali permet de faire oublier un peu les tensions liées aux manifestations contre le mariage pour tous.

Reconnaissons toutefois que l’intervention française au Mali a quelque légitimité, mais qu’elle est sur le plan matériel autrement plus complexe à gérer. Il s’agit ici de projeter une force armée dans un milieu hostile et difficile. François Hollande a su décider vite et prendre ses responsabilités. Rester en effet l’arme au pied en attendant une fort hypothétique force africaine revenait à condamner le régime malien en pleine déroute.

En Libye, la France avait contribué à la chute d’un régime exsangue : le chaos actuel montre bien que c’était là le plus facile. Au Mali, il s’agit au contraire de sauver un état qui est lui-même au bord du chaos. Mais ensuite, il faudra tout reconstruire et cela risque d’être au moins aussi compliqué qu’en Libye sauf à trouver quelque homme providentiel qui aujourd’hui n’existe ni dans l’armée ni encore moins dans la classe politique. Au Mali, le vrai défi sera celui du fossé grandissant entre « blancs » et « noirs ». Mais c’est là la très vieille histoire du Sahara et de ses bordures.

 

17 janvier

Il ya quinze jours, la France comptait 65,8 millions d’habitants et affichait le plus beau dynamisme démographique européen. En 2012, le taux de fécondité (le nombre d’enfants par femme durant leur période de procréation) a été de 2,01, à peine inférieur au taux de renouvellement de la population (2,1) et bien supérieur au taux allemand, un des rares domaines où la France affiche des résultats supérieurs à ceux de son voisin d’outre-Rhin.

Contrairement à ce que l’on peut penser – et bien souvent écrire – ce n’est pas là le résultat d’une démographie galopante des populations immigrées. Au contraire, au fil de leur intégration – celles-ci connaissent un ajustement souvent brutal de leur taux de natalité, cela à l’exception de quelques minorités. C’est chez les Français de souche qu’il faut trouver la principale explication du dynamisme démographique français : dans les mêmes milieux sociaux, ceux de la bourgeoisie, les familles de trois enfants, qui étaient plus ou moins la norme dans la génération précédente, dépassent facilement les quatre enfants. Ce constat s’applique de plus en plus hors du cadre classique du mariage : une naissance sur deux a lieu hors mariage !

Voilà en tous cas un beau signe d’optimisme qui vient éclairer la morosité hexagonale. La France reste un pays d’espérance pour les Français moins désespérés qu’ils ne le pensent.

 

18 janvier

La prise d’otage sur un site gazier en Algérie exploité par BP touche en fait une entreprise française peu connue, mais qui est un des leaders mondiaux du « catering » (hôtellerie, restauration, bases-vie) sur les grands projets miniers, énergétiques ou de travaux publics dans le monde. CIS (Catering International Services) est une entreprise familiale basée à Marseille qui emploie plus de dix mille personnes dans le monde : elle gère les bases-vie de très nombreux complexes miniers, pétroliers ou gaziers de par le monde : gaz naturel en Algérie, cuivre en Mongolie, nickel en Nouvelle-Calédonie… Elle est un des trois acteurs majeurs au niveau mondial de cette activité d’aventuriers ! Il faut en effet avoir un certain goût de l’aventure pour aller faire de l’« hôtellerie-restauration » au milieu de « nulle part » dans des endroits parmi les plus inconfortables du monde. La réussite de CIS n’en est que plus exemplaire et elle a quelque chose d’exceptionnelle dans une France si souvent « hexagonale ».

Plus de cent cinquante employés de CIS – la plupart algériens – ont été victimes de cette prise d’otages. Les risques existent en un monde où l’exploitation des matières premières reste un facteur profondément déstabilisant des économies et des sociétés. Cette prise d’otages nous le rappelle cruellement.

 

22 janvier

Il y a cinquante ans Charles de Gaulle et Konrad Adenauer signaient le Traité de l’Élysée. Ils mettaient ainsi fin à près d’un siècle de conflits marqués par trois guerres (1870, 1914, 1939). Peu de pays se sont autant combattus sans parvenir au fond à se haïr. Au contraire même, il est frappant de voir combien la culture française fut beaucoup plus germanophile qu’anglophile, combien Goethe a compté plus que Shakespeare. Pour ma génération – celle de l’allemand première langue – nous avons été élevés dans la passion du « Sturm und Drang », nous avons lu Thomas et Heinrich Mann, Herrmann Hesse, nous avons été bercés par les grands musiciens allemands de Beethoven à Wagner !

Au lendemain de la guerre, il y avait des deux côtés du Rhin les mêmes démocrates chrétiens et l’espoir revanchard de 1918 (« l’Allemagne paiera ») n’avait pas lieu d’être dans une France qui n’avait pas vraiment gagné cette guerre : entre vaincus on pouvait se tendre la main d’autant que d’un côté comme de l’autre on avait fait table rase des politiques d’avant-guerre.

Malgré tout, il fallait un sacré « culot » à Robert Schumann, poussé par Jean Monnet pour proposer de réaliser au début des années cinquante une communauté du charbon et de l’acier, cet acier dont quelques années plus tôt, on avait fait des canons Krupp ou Schneider. Plus que le traité de l’Élysée qui en découle, c’est ce premier pas qu’il faut célébrer.

 

23 janvier

« Nous vivons à l’époque et dans les pays les plus humains et les plus justes que l’humanité ait connus ». Voilà ce que rappelle le philosophe André Comte Sponville à l’occasion du débat que nous avons ce soir ensemble à Évreux.

Qu’il est bon d’entendre pareil constat tant, en cette période de crise, nous sommes enclins au pessimisme. Les historiens ont beau évoquer l’envers du décor de la Belle Époque, nos contemporains persistent à porter sur les temps présents un regard critique. La mise en perspective historique est d’autant plus nécessaire : oui, au début du XXe siècle, au cœur justement de la Belle Époque, la vie était dure pour les travailleurs et les pauvres : la notion de prolétariat avait alors un sens. Il en était de même dans la société qui n’était ni juste ni humaine pour les pauvres qui pouvaient à juste raison chanter l’Internationale.

De ce point de vue, nous sommes bien, dans une certaine mesure à la fin de l’histoire. Cela ne veut pas dire que dans nos « vieilles » sociétés tout soit parfait : pauvreté et exclusion ont pris aujourd’hui un autre visage. La cassure avec une partie des populations est de plus en plus nette, et cela, malgré les efforts d’un État-providence omniprésent. Philosophe pessimiste, Comte Sponville ne croit guère en la morale. Pour lui « l’homme n’est pas Dieu » et l’amour du prochain n’a pas de sens. C’est pourtant à ce niveau que nous pouvons poursuivre notre histoire dont le chantier est un éternel recommencement.

 

24 janvier

Incorrigibles Britanniques ! De l’Europe, ils veulent bien le beurre, surtout l’argent du beurre, mais pas les contraintes du crémier ! David Cameron vient encore de nous en administrer la preuve. Il vient de promettre aux Britanniques un referendum sur l’Europe après les élections qui doivent avoir lieu en 2015 et donc aux alentours de 2017. Pendant cinq ans, les Britanniques vont pouvoir faire du chantage à l’Europe : si vous n’acceptez pas nos conditions, si vous ne nous « rendez pas notre argent » (le chèque britannique de Margaret Thatcher), nous abandonnerons l’Europe en accentuant le sentiment europhobe des Britanniques. Déjà David Cameron a commencé à indiquer ses conditions : moins de contrôle, pas de régulation financière et bien sûr plus de PAC ! Eh bien qu’ils partent !

Ce n’est pas là, faire de l’anglophobie que de constater que toutes les avancées de l’Europe – de la PAC à l’euro – se sont faites sans les Britanniques, que ceux-ci ont su par contre peu à peu prendre le pouvoir dans les couloirs de Bruxelles (où l’anglais a triomphé) et imposer une vision de plus en plus libérale au vieux projet social chrétien des pères de l’Europe.

David Cameron vient ainsi de rouvrir un vieux chantier, celui d’une guerre de Cent Ans que l’entente cordiale n’avait pu faire oublier. Mais comment vider l’abcès britannique ?