PARUTIONS

CyclOpe 2022

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le monde d'hier »

Publication du Rapport Cyclope 2022

8 Juin 2022 - Paris

CyclOpe 2021

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Cette obscure clarté qui

tombe des étoiles »

Publication du Rapport Cyclope 2021

26 Mai 2021 - Paris

 

CyclOpe 2020

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Allegoria ed effetti
del Cattivo Governo -Ambrogio Lorenzetti 
»

Publication du Rapport Cyclope 2020

09 juin 2020 - Paris

CyclOpe 2019

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Les illusions perdues »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2019

15 mai 2019- Paris

CyclOpe 2018

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le ciel rayonne, la terre jubile »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018

16 mai 2018 - Paris

CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

31 décembre

 

Clap de fin pour l’année 2021, un millésime de transition à vite oublier. Il y a un an, en effet, tous les espoirs semblaient autorisés et 2021 devait marquer la fin de la pandémie. Et puis, vague après vague se sont succédé. On a retrouvé les chemins du confinement, du distanciel et du télétravail pour ceux qui le pouvaient.

Au total, l’économie mondiale aura fait preuve d’une incontestable résilience au moins sur les trois premiers trimestres. Les choses se sont gâtées en fin d’année avec des ralentissements, des stagnations, voire des récessions de la Chine au Brésil, des États-Unis à l’Allemagne et au Japon. Et puis surtout, une puissante vague d’inflation s’est fait jour. Elle a été provoquée certes par les trois crises qui ont marqué le monde des commodités : le fret maritime, l’énergie (et surtout le gaz naturel), l’agriculture et dans une moindre mesure les minerais et métaux. Et si l’inflation mesurée au stade de la consommation demeure supportable, que dire surtout des prix industriels ! Ajoutons à cela les prix des actifs, immobilier, art et surtout bourses de valeurs qui ont terminé l’année en fanfare.

En 2021, le monde a traversé la crise, mais à un prix que l’on ne commencera à mesurer que dans les années à venir. On danse sur un volcan et pour l’instant un peu partout, ce sont les inégalités qui se sont creusées alors même que le grand élan de solidarité qui avait marqué les premiers mois de la crise en 2020 s’est bien essoufflé. 2021, année de tous les égoïsmes ?

 

 

27 décembre

 

En cette fin d’année, c’est une véritable frénésie d’Omicron qui domine l’actualité. Le nombre de Français testés positifs explose et tutoie désormais les 200 000 cas quotidiens en France. Mais la situation est à peu près identique dans la plupart des pays d’Europe occidentale.

Omicron galope certes, mais semble moins virulent. Le nombre de patients en réanimation, celui de décès n’augmente pas dans les mêmes proportions. L’ouragan Omicron a succédé à un ouragan Delta de force 5. À cette aune, Omicron ne serait plus que de force 3, une vulgaire tempête hivernale comme chaque année la grippe en apporte. C’est au moins l’espérance que l’on peut en avoir. La couverture vaccinale paraît dès lors suffisante, même si Omicron continue à se répandre. Le problème reste alors celui des irréductibles qui se refusent à la vaccination pour des raisons diverses mélangeant religion, complotisme ou défense des libertés individuelles. C’est là d’ailleurs un problème de riches, tant, dans nombre de pays, c’est l’accès à la vaccination qui reste un frein déterminant.

En cette fin d’année, le Covid en serait, d’après les calculs de The Economist à 18,6 millions de victimes dans le monde : la pire pandémie depuis la grippe espagnole certes, mais un impact économique bien plus important, sublimé par la peur qui domine nos sociétés.

 

 

22 décembre

 

Certaines élections peuvent être des signes d’espérance et de bonne santé démocratique. D’autres malheureusement ne sont que de tristes mascarades. Dimanche, quel contraste entre la maturité chilienne et la reprise en main chinoise à Hong Kong ! Au Chili, Gabriel Boric, candidat de la gauche, soutenu par le parti communiste a battu nettement Jose Antonio Kast qui se voulait dans une certaine mesure être l’héritier de Pinochet qui, en 1973, avait mené un coup d’État sanglant contre Salvador Allende dont le gouvernement était alors presque l’otage des communistes. Entre-temps, le Chili est redevenu une démocratie et a même connu une incontestable réussite économique qui lui a permis d’être le premier pays d’Amérique du Sud à intégrer l’OCDE. On a souvent accusé le Chili d’avoir été l’un des laboratoires de Milton Friedman et des tenants du libéralisme économique. Force est de constater que le résultat en a été positif sauf en ce qui concerne les inégalités et les carences de l’État-providence. C’est d’ailleurs la feuille de route de Gabriel Boric qui aura au moins la chance de profiter de prix élevés du cuivre qui reste la principale ressource du pays.

À Hong Kong par contre il n’y a plus rien à dire. La mise au pas est complète. Il n’y a plus d’opposants dans une Assemblée élue par seulement un tiers des inscrits. Et symboliquement à peine les urnes vidées, les autorités décidaient de faire disparaître le monument aux victimes de la place Tien An Men. Hong Kong n’existe plus.

 

 

21 décembre

 

Il y a trente ans disparaissait l’URSS. Avec le recul de l’histoire, on peut voir là le premier grand recul de l’impérialisme russe depuis Pierre Le Grand. À la différence, en effet, des pays européens, la Russie n’eut pas besoin de franchir les mers pour se créer un empire. Il lui suffit de pousser vers l’Est et le Sud. Pendant que les Européens se partageaient l’Afrique puis le Moyen-Orient, la Russie regardait vers les Balkans et l’Asie centrale. Certes, en 1917, elle perdit à l’Ouest la Pologne et les pays baltes, mais Lénine, aidé d’un Géorgien nommé Staline sut garder d’une main de fer toutes les nationalités par-delà l’Oural. Après 1945, l’URSS porta même l’impérialisme russe à son zénith en prenant de facto le contrôle du glacis européen, en absorbant à nouveau les pays baltes et en s’imposant même en Orient face à une Chine affaiblie. L’apogée, mais aussi le chant du cygne de l’URSS ce fut l’invasion de cet Afghanistan qui, au XIXe siècle avait été au cœur du « grand jeu » entre l’Empire britannique des Indes et la Russie.

Il y a trente ans donc, la Russie se retrouva seule, amputée de pays comme l’Ukraine qui, sans elle, n’avait jamais existé. Mais patiemment, Vladimir Poutine a entrepris de reconstituer l’Empire russe en s’appuyant sur les nouvelles dynasties au pouvoir, en jouant du bâton, mais aussi de la carotte. Il est aujourd’hui aux portes de l’Ukraine dans les bottes des tsars qui l’ont précédé.

 

 

20 décembre

 

C’est un niveau historique : sur le marché espagnol de l’électricité (« la luz »), les prix ont atteint € 340 le MWh et même € 375 au moment de la plus forte demande entre huit et neuf heures du soir. L’Espagne n’est pas une exception et à l’autre bout de l’Europe, le Nordpool scandinave est lui aussi en effervescence. Quant au cœur de l’Europe électrique – France et Allemagne –, il affiche lui aussi des prix records (plus de € 400 en pointe), mais le plus spectaculaire ce sont les prix à terme sur janvier 2022 à € 1 100.

La raison de cette effervescence est simple : ce sont les prix du gaz naturel et dans une moindre mesure ceux du carbone (€ 75 la tonne de CO2) qui renchérissent d’autant le coût de l’électricité produite à partir du charbon. En ce qui concerne le gaz naturel, ce sont les tensions à la frontière de l’Ukraine. L’approvisionnement européen est menacé alors que commence l’hiver et que, selon toute vraisemblance, Nordstream II ne pourra commencer à transporter du gaz en provenance de Russie avant l’été 2022.

Cet hiver risque donc d’être tendu sur les marchés du gaz et de l’électricité en Europe. N’est-ce pas là une bonne occasion pour reconsidérer le nucléaire, une énergie décarbonée et permettant de limiter les dépendances européennes.

 

 

15 décembre

 

La préoccupation de l’inflation est en cette fin d’année le souci majeur des gouvernements et des banques centrales. On connait les chiffres : + 6,8 % aux États-Unis, + 4,9 % dans la zone euro (allant de 7,1 % en Belgique à un peu plus de 3 % en France). Il y a là de quoi s’inquiéter, mais le pire n’est pas là : il est plus en amont au niveau des prix industriels pour lesquels les hausses sont de 10 à 15 % avec pour les demi-produits et bien sûr les matières premières des chiffres de 20 à 40 %. Pour l’instant, ces hausses sont contenues au stade de la consommation, mais elles sont déjà sensibles dans des domaines comme la construction. Un peu partout dans l’industrie en Europe, on parle certes de hausses des prix, mais surtout des pénuries. À la crise énergétique qui s’aggrave encore pour le gaz naturel et donc pour l’électricité en Europe, il faut bien sûr ajouter la crise logistique qui, faute d’approvisionnements, paralyse nombre de sites industriels. C’est là le cœur de l’épisode inflationniste que connaissent les pays avancés et qui n’a pas d’équivalent depuis presque un demi-siècle. Les tensions les plus fortes ne sont ni au stade des matières de base ni au niveau du consommateur final, mais au cœur des filières industrielles avec une forte érosion des marges de secteurs déjà fragiles. Inquiétant !

 

 

14 décembre

 

Au sein de l’Église catholique, le débat autour de ce que l’on appelle, du nom du président de la CIASE (Commission Indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), le rapport Sauvé se fait de plus en plus virulent.

C’est au lendemain de l’affaire Preynat à Lyon et de l’écho que lui donna le film « Grâce à Dieu » que l’Église catholique française s’est lancée dans un exercice inédit consistant à mesurer l’ampleur des actes de pédophilie depuis 1950, d’en entendre les victimes et d’en tirer les conclusions nécessaires. La Commission fut composée de membres issus d’horizons divers en lien avec la pédophilie, catholiques ou non, sous la houlette de l’ancien vice-président du Conseil d’État, Jean-Marc Sauvé.

Ses conclusions rendues publiques le 5 octobre ont fait l’effet d’un coup de tonnerre. Le public en a retenu un chiffre – 330 000 victimes présumées –, une exigence de réparations et des critiques, souvent assez dures, sur le fonctionnement de l’Église face à ces problèmes au long des décennies. Rapidement, des voix critiques se sont faites entendre, au sein de certaines institutions tant sur les méthodes que sur les conclusions et la polémique est remontée jusqu’à Rome où ce matin le pape François a reçu les dirigeants de l’épiscopat français.

Nul, bien sûr, ne nie l’ampleur du mal qui a profondément marqué les membres de la commission qui ont, chacun, auditionné des victimes qui, bien souvent, s’étaient jusque-là tenues silencieuses. Le chiffre avancé est l’objet de contestations d’autant plus virulentes qu’il est le résultat d’extrapolations réalisées à partir d’un sondage qui évalue d’ailleurs à plus de 5 millions le nombre de Français qui ont été victimes d’actes de pédophilie depuis 1950 que ce soit dans un contexte familial, sportif, amical, scolaire… Il s’agit là bien sûr d’un ordre de grandeur à manier avec précaution, le nombre de cas avérés et instruits étant beaucoup plus faible tant nombre de victimes – ou leur entourage familial – ont préféré se taire et essayer d’oublier. On doit aussi tenir compte du contexte de l’époque – des années cinquante aux années quatre-vingt – qui était beaucoup plus permissif, certains allant même jusqu’à souhaiter la décriminalisation de la pédophilie. La responsabilité de l’appareil ecclésial n’en reste pas moins entière et surtout son incapacité au fil du temps à traiter le mal à la racine.

Les critiques avancées, qui dans certains cas sont à la limite du déni portent tant sur la responsabilité de l’Église en tant qu’institution que sur les réformes souhaitables. Une partie – pas la plus représentative – du monde catholique s’est placée dans une position de rejet alors même que la Conférence des Évêques de France en a accepté les grandes lignes.

On peut certes regretter quelques maladresses de la CIASE qui n’a pas pris en compte la réalité de l’évolution récente du catholicisme français assez loin du progressisme qui domina au lendemain de Vatican II. On peut même critiquer certains chiffres, mais comment balayer d’un revers de la main, comme certains le souhaitent, pareil exercice de transparence dont nulle institution – publique ou privée – n’a été capable au niveau mondial. Ce rapport est aussi un immense acte d’espérance en la capacité des hommes et dans ce cas d’une institution, l’Église catholique, à mettre un terme à ce qui a brisé tant d’enfances et d’adolescences.

Il mérite en tout cas mieux que des polémiques stériles, que des arguties juridiques, que des replis sur le cléricalisme le plus borné. Il ouvre une porte. De grâce, ne la refermons pas.

 

 

11 décembre

 

Il y a vingt ans exactement, commençait le XXIe siècle ! Le 11 décembre 2001 ? Oui, car ce jour-là, la Chine est devenue membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Pour les historiens, la question du début et de la fin d’un siècle (en tant qu’époque historique) est toujours difficile à trancher. Le XXe siècle a commencé en août 1914 dans le fracas de la Première Guerre mondiale. Mais quand s’est-il terminé ? Certains avaient pensé à 1990 et à la chute du communisme faisant de ce court XXe siècle celui des idéologies. D’autres avaient proposé le 11 septembre (9/11) ou encore la crise de 2008.

Mais en réalité, c’est bien le 11 décembre 2001 qu’une nouvelle page s’est ouverte : avec son adhésion à l’OMC, la Chine entre – ou plutôt fait son retour – dans l’histoire du monde. Certes, le tournant économique chinois remonte à 1978 avec les réformes de Deng, « le petit timonier », mais pendant ses vingt premières années, la Chine n’avait occupé qu’un strapontin dans le concert des nations tant économique que politique. À partir de 2001, c’est une tout autre histoire : la croissance économique, mais surtout celle du commerce extérieur de la Chine devient prodigieuse et elle s’affirme aujourd’hui presque comme l’égale des États-Unis. Elle a su aussi profiter de l’ouverture offerte par l’OMC, tout en n’en respectant pas toujours les règles. Avec Xi Jinping, l’économie a aussi cédé le pas à la politique et même à une forme d’impérialisme. Le XXIe siècle sera chinois !

 

7 décembre

 

À côté des crises énergétiques et agricoles qui ont marqué 2021, une autre crise se poursuit et risque de s’étendre encore jusqu’en 2023. Il s’agit de la crise logistique au moins en ce qui concerne le trafic intercontinental des conteneurs. Non seulement les taux de fret n’ont pas baissé (tout au plus ont-ils plafonné) et continuent à être cinq à six fois plus élevés que durant la décennie précédente, mais la congestion des ports ne diminue guère, notamment en Asie et en Amérique du Nord, immobilisant des navires (400 à 500 porte-conteneurs sont en attente de place et de quai dans un port au niveau mondial) et les délais de livraison s’allongent souvent de plusieurs semaines.

Tout ceci va durer. Certes, les armateurs ont commandé des navires à ce qui reste dans le monde de chantiers navals, c’est-à-dire en Asie et surtout bien sûr en Chine. Mais il faut deux à trois ans pour construire un navire et la flotte mondiale n’augmentera guère en 2022 d’autant que les capacités portuaires resteront saturées.

Tout ceci, bien sûr, a un impact économique. Le FMI estime que la crise logistique a diminué en 2021, le commerce mondial de 4,5 %, la production industrielle de 3,5 % et le PIB de la planète de 1 %. On peut imaginer qu’il en sera presque de même en 2022.

 

Certes, il faut construire des ports et des navires, mais il faut aussi réfléchir un peu à cette mondialisation des chaînes de valeur devenue un vecteur de dépendance pour l’Europe.

 

5 décembre

 

La situation politique en France commence, bien légèrement à s’éclaircir même si la pléthore de candidats « sur le marché » pourrait faire penser que la France est plus proche d’une jeune démocratie du Tiers Monde que d’un pays politiquement adulte. Ce que l’on peut qualifier de « populisme de droite », avec ses trois candidats potentiels, représente un bon tiers de l’électorat français selon les sondages. La « Macronie », qui évolue autour d’un centre pour le moins fluctuant, pèse à peu près un quart de l’électorat. À gauche, le rose, le vert et le rouge ne parviennent pas à s’unir, ce qui au fond n’a rien d’étonnant. Mais tous ensemble (cinq à sept candidats potentiels) : ils ne comptent au plus qu’un quart de l’électorat. De ce panorama, il reste la droite classique qui vient, de manière relativement harmonieuse, de choisir un candidat unique en la personne de Valérie Pécresse. Celle-ci partage avec Emmanuel Macron un avantage incontestable : celui d’être le seul candidat d’un parti et même au-delà d’un courant de pensée. Il n’est pas certain que cela lui sera suffisant pour passer le « cut » du second tour et comme dans un tournoi de football organisé par poules, cela dépendra du match Le Pen/Zemmour. Un match nul entre les deux dispersant les voix populistes serait bien sûr l’idéal. Mais il y a quatre mois encore et tant d’imprévus possibles.

 

 

3 décembre

 

Jamais le monde n’a autant commercé ! D’après la CNUCED, les échanges mondiaux de biens et services devraient atteindre $ 28 000 milliards (28 trillions !) en 2021, une progression assez logique de 23 % sur 2020, mais aussi de 11 % sur 2019. Certes, les prix des matières premières ont augmenté, mais la croissance en volume est au rendez-vous même si elle est quelque peu freinée par les embarras logistiques et portuaires qui risquent de se prolonger encore en 2022.

Ce rebond des échanges mondiaux a de quoi surprendre tant la crise a mis en évidence les faiblesses provoquées par une mondialisation excessive des chaînes de valeur. La prise de conscience est une chose, mais le changement des flux et la relocalisation de certaines activités sont affaires plus complexes.

Mais tout ceci intervient en un moment où l’Organisation mondiale du commerce (OMC), longtemps citée en exemple parmi les organisations internationales, connaît un passage à vide illustré par l’annulation de sa réunion plénière qui devait avoir lieu ce week-end à Genève. Cela fait quatre ans que l’OMC n’a pas eu de « ministérielle ». Plus personne ne parle du cycle de Doha (entamé il y a exactement vingt ans). L’Organisme de règlement des différends est toujours paralysé par les États-Unis. Les litiges s’accumulent… Et pourtant plus que jamais, la mondialisation a besoin de règles du jeu.

 

 

1er décembre

 

Ce mois de novembre avait presque bien commencé malgré le froid qui, gagnant l’Europe, poussait les prix du gaz naturel – et donc de l’électricité – à des niveaux record. Les chiffres de croissance économique étaient plutôt bien orientés avec quand même quelques ratés au Japon, au Brésil (en récession !) et surtout en Chine où il fallait bien parler de stagnation. Mais enfin, la vie reprenait et la perspective des fêtes de Noël et/ou de fin d’année semblait prometteuse.

Et voilà donc que tout s’effondre et que l’Avent (pour les chrétiens…) se transforme en carême universel. C’est d’abord, en Europe, une « cinquième » vague touchant d’abord l’Autriche et l’Allemagne puis le reste des pays plutôt du nord vers le sud. Et puis, surtout, c’est l’apparition d’un nouveau variant, Omicron, sur lequel les laboratoires pharmaceutiques semblent se casser les dents. Résultat, un véritable « Black Friday » sur les marchés boursiers et pour nombre de matières premières à commencer par le pétrole qui perd $ 10 le baril en une seule journée. Que penser désormais des prévisions économiques publiées par les uns et les autres ? Omicron va-t-il tout balayer ? En ce début de décembre, l’incertitude est totale. Une chose est certaine, toutefois. 2022 sera encore une année marquée par la pandémie, moins violente peut-être qu’en 2020, mais d’autant plus persistante qu’une bonne partie de la population de la planète n’a toujours pas accès à la vaccination soit du fait de sa pauvreté (Afrique), de l’incompétence des politiques publiques (Brésil) et aussi des peurs et incompréhensions.

Dans ce contexte, l’autre mauvaise nouvelle c’est l’inflation, et de plus en plus l’inflation sous-jacente. Les cyniques pourront dire que c’est une manière élégante de gommer peu à peu les dettes accumulées – pour la bonne cause certes – ces deux dernières années. Mais les Banques centrales n’aiment pas ce genre de discours et il faut bien anticiper un resserrement de leurs politiques monétaires déjà pratiquement acquis aux États-Unis (ce qui a contribué à renforcer le dollar, au moins face à l’euro). Il est possible qu’Omicron provoque une pause dans ce retour à l’orthodoxie (dont le futur ministre des Finances allemand, issu du FDP, sera un avocat farouche). Bien entendu, l’une des causes de l’inflation et surtout de la hausse des prix industriels (qui un peu partout est de l’ordre de 10 à 13 % auxquels il faut ajouter l’augmentation des taux de fret et des délais logistiques) est quand même l’accumulation de crises qui ont marqué les marchés de commodités.

L’année 2021 a été faite de vagues qui ont successivement porté tel ou tel produit au plus haut avant que le ressac ne les fasse reculer. En cette fin d’année, les « vedettes » sont l’étain, le blé et le café tandis que le gaz naturel et le fret conteneurs restent soutenus. Par contre, il semble bien que les pics et sommets atteints par le minerai de fer, le maïs et le soja, l’aluminium, le pétrole et le vrac sec soient pour de multiples raisons derrière nous.

Trois « crises » en fait marquent cette fin d’automne. Il y a d’abord – et toujours – la crise logistique sur le marché des conteneurs tant en termes de prix que de délais liés à l’engorgement des ports. Cette crise devrait se prolonger fort avant 2022 et on en sait les conséquences sur les chaînes de valeur.

La crise énergétique – en Europe et en Asie – durera ce que durera l’hiver. « Grâce » à Omicron, le pétrole en est sorti, mais l’élément essentiel cette année est le gaz naturel dont la dimension géopolitique – avec les menaces russes sur l’Ukraine – aggrave encore les tensions. Les prix du gaz resteront tendus au moins jusqu’au printemps et avec eux donc, le marché spot de l’électricité en Europe : le 26 novembre, l’indice Nordpool a battu un record historique à € 228 le MWh.

Est-il exagéré de parler d’une crise agricole ? Les indices de CyclOpe tout comme ceux de la FAO sont au plus haut depuis 2011. Les tensions sont incontestables pour le blé (€ 300 la tonne à Paris, un record soutenu par la baisse de l’euro sur le dollar) et en particulier pour le blé « de force » : en de nombreux pays (Australie, Canada, France), la qualité n’est pas au rendez-vous malgré des tonnages élevés. Les récoltes de l’hémisphère sud s’annoncent en effet exceptionnelles et pour l’instant, les emblavements de l’hémisphère nord se déroulent correctement. Mais là aussi, il faudra surveiller le jeu russe et la tentation pour Poutine d’utiliser l’arme du blé à l’instar de celle du gaz. Mais la question essentielle, pour presque tous les produits agricoles, à l’exception quand même du café et du cacao, est celle qui concerne les importations chinoises : du maïs et du soja certes, mais quels tonnages de blé, mais aussi de viande porcine, de poudre de lait… ? La Chine détient maintenant – là aussi – la clef des marchés mondiaux.

Quant aux minerais et métaux, les tensions demeurent donc pour l’étain (qui a franchi la barre des $ 40 000 la tonne pour la première fois de l’histoire (le précédent record, de $ 33 000 était de 2011) qui profite de la demande pour les soudures dans l’électronique. L’ensemble des marchés des métaux « électriques » demeure soutenu à l’image du lithium, du cobalt, mais aussi du nickel. Mais c’est la situation de fer et de l’acier qu’il faut surveiller. Depuis ses sommets du mois d’août, le minerai de fer a perdu plus de la moitié de sa valeur et évolue désormais autour des $ 100 la tonne : l’offre est abondante et la demande chinoise plus hésitante.

Enfin, un secteur échappe à toute forme de morosité et affiche, en ces temps de doute sanitaire, des résultats presque « indécents » : c’est celui de l’art. Les ventes d’art contemporain à New York ont réalisé plus de $ 2 milliards en quelques soirées : Rothko, Giacometti, Van Gogh, Cézanne ont mené le bal. De cette crise, les riches et les puissants sortent presque indemnes.

L’art tout comme les métaux précieux demeurent des valeurs refuge en ces temps marqués aussi de nouvelles tensions géopolitiques attisées par toutes les dictatures (sous couvert plus ou moins démocratiques) qui, de l’Éthiopie à la Turquie ou à l’Iran, de Xi Jinping à Vladimir Poutine, se rapprochent dangereusement de points de tension de non-retour.

 

Il en est ainsi du monde en cette fin d’année : bien des incertitudes, bien des risques et des marchés qui en sont le fidèle reflet. Mais qui donc avait parlé de « la fin de l’histoire » ?

 

29 novembre

 

Omicron, que voilà un joli nom qui en plus enrichit notre connaissance de l’alphabet grec, au moins par son versant sanitaire. Mais voilà, ce mignon petit Omicron, sorti d’Afrique du Sud, qui sème la terreur sur un passage encore limité à l’Europe. On le dit beaucoup plus dangereux que son cousin Delta, allergique aux vaccins actuels et doté d’une capacité de reproduction rapide qui a pris de court le monde entier.

À la seule annonce de son existence, de sa propagation et de la relative impuissance des laboratoires pharmaceutiques, les bourses de la planète ont brutalement plongé, le pétrole a perdu $ 10 le baril et un vent de panique a commencé à souffler. Depuis quelques jours déjà, le retour du Covid était manifeste avec son cortège de confinements et de restrictions : l’Autriche, l’Allemagne faisaient la chasse aux non-vaccinés et en France on généralisait la troisième injection. Mais là, on change de dimension et Omicron sème la panique dans son sillage. À nouveau, les interdits pleuvent et la vie ralentit : les avions commencent à se vider et partout le « présentiel » à peine reconquis cède à nouveau la place au « distanciel ».

Il est bien trop tôt pour en mesurer l’impact économique, mais il faut savoir écouter les marchés. Omicron a taillé dans le vif de leur exubérance quelque peu irrationnelle, mais l’alerte est bien là. Le monde n’en a pas fini avec le Covid dont ce n’est pas encore la fin de l’histoire.

 

 

26 novembre

 

Être septuagénaire, c’est parfois aussi chercher le goût de quelques madeleines qui nous renvoient un instant en des temps oubliés. Aujourd’hui, en sortant d’un des théâtres des grands boulevards (qui ont perdu d’ailleurs bien de cette magie qui fut la leur au temps des « Enfants du Paradis »), nous sommes allés chez Chartier, au bouillon Chartier plus exactement.

À Paris, les « bouillons » étaient à la fin du XIXe siècle des restaurants populaires où les ouvriers pouvaient se restaurer de manière fort modique. La plupart ont disparu à moins que leurs propriétaires n’aient profité de leurs décors pour en faire des établissements plus haut de gamme. Dans les années soixante-dix, le Bouillon Chartier était l’un des survivants de cette époque et les étudiants et jeunes professionnels du quartier (l’hôtel Drouot en est très proche) s’y retrouvaient pour partager des repas qu’ils payaient une dizaine de francs. Dans ce cadre de la fin du XIXe dont rien ou presque n’avait changé, des serveurs en grand tablier nous régalaient de plats simples et solides.

Un demi-siècle plus tard, rien n’a changé. On fait toujours la queue (pas de réservations possibles) et la carte est presque est la même. Certes, les prix ont augmenté, les chiffres en francs passant aux euros, mais le ratio entre l’addition de Chartier et un ticket de « Resto U » n’a pas changé. On trouve du potage à un euro et du foie gras à sept euros. Le septuagénaire y a revisité, ému, ses souvenirs des harengs pommes à l’huile à la coupe Mont-Blanc. La salle était comble, bruyante, le service d’une extraordinaire rapidité tant il faut faire tourner les tables.

Rien n’a changé, si ce n’est les rêves qui étaient alors les nôtres lorsque sortant de Chartier pour aller au Quartier latin chez Maspero, nous courrions puisque « le vieux monde était derrière nous ».

 

 

24 novembre

 

Confrontés à la hausse des prix de l’essence à la pompe ($ 3,40 le gallon soit 60 % de plus en un an), les États-Unis ont décidé d’agir directement sur le marché du pétrole. La seule « arme » à leur disposition réside dans la disponibilité de leurs réserves stratégiques qui contiennent actuellement un peu plus de 600 millions de barils de pétrole (probablement les plus importantes de la planète, même si on ne connaît pas celles de la Chine). Joe Biden a donc décidé de libérer 50 millions de barils (mais 30 millions sont seulement un « prêt » que les compagnies de raffinage devront restituer en 2024). Mais les États-Unis ont entraîné d’autres consommateurs (Japon, Inde, Corée, Royaume-Uni) qui ont annoncé des prélèvements dans leurs réserves de près de 15 millions de barils. Enfin, la décision a été préparée avec la Chine dont on attend la position officielle. Au total, ce pourraient être près de 100 millions de barils supplémentaires qui arriveraient sur le marché dans les prochaines semaines : un peu moins d’une journée de consommation mondiale, mais sur deux ou trois mois, un gros million de barils/jour supplémentaire, ce qui accélèrerait le retour du marché du pétrole à une situation légèrement excédentaire.

Dans un premier temps, le marché a réagi à la… hausse ! C’est que la décision américaine avait déjà été anticipée et que maintenant la crainte est celle d’une remise en cause par l’OPEP+ de son programme d’augmentation de quotas (400 000 bj par mois). Le pétard américain étant un peu mouillé, on attend maintenant les artificiers chinois.

 

 

23 novembre

 

Le Parlement européen vient d’adopter la réforme de la Politique agricole commune avec un budget de 387 milliards d’euros pour les cinq années à venir. Peut-on encore parler d’une PAC ? Certainement pas si l’on songe à la PAC des origines, celle des années soixante qui administrait les prix de la plupart des produits agricoles. Ce temps-là est révolu et il n’en reste qu’une petite réserve de crise que la Commission ne sait même plus utiliser. La PAC est devenue une politique ruralo-environnementale dont les aides directes demeurent toutefois indispensables pour la survie de nombre d’exploitations agricoles.

Que retenir de ce millésime 2022/2027 ? Il y a d’une part un accent un peu plus marqué sur les conditionnalités environnementales : équilibré pour les uns, insuffisant pour les autres qui parlent de « green washing ». Si les dispositifs demeurent d’une redoutable complexité, la grande innovation est de laisser aux différents états une certaine latitude d’organisation avec des programmes nationaux, contrôlés toutefois – ex ante et ex post – par Bruxelles.

Mais en fait le vrai débat n’est plus là. L’Europe a en fait adopté la partie agricole de son « Green Deal » avec la stratégie « From Farm to Fork » (du champ à l’assiette) dont l’échéance (2030) est redoutablement rapprochée : 25 % d’agriculture bio, une baisse de 20 % de l’utilisation d’engrais, de 50 % de phytosanitaires et d’antibiotiques dans l’élevage. Ses conséquences en seront dramatiques d’après nombre d’études plus ou moins neutres (université de Kiel, de Wageningen et même USDA). Les productions diminueraient et dans nombre de secteurs l’Europe deviendrait importatrice et dépendante des marchés mondiaux. Il est bien loin le temps de la sécurité alimentaire et du pétrole vert !

 

22 novembre

 

On croyait en avoir fini et voilà le Covid qui, à nouveau, sonne à nos portes. C’est l’Europe du Nord, celle qui jusque-là donnait une image exemplaire du traitement et de la prévention de la pandémie, qui est la plus frappée : Autriche, Allemagne, Pays-Bas reprennent le chemin du couvre-feu et de confinements. En France, la « cinquième vague » est aussi à l’œuvre affectant, en priorité, les irréductibles de l’anti-vaccination, un curieux salmigondis regroupant catholiques plus ou moins intégristes, gilets jaunes et de manière de plus en plus violente populations ultramarines. C’est paradoxalement au moment où le Covid semblait presque jugulé que le parti des « anti-vax » a repris quelque vigueur.

On nage là dans l’irrationalité la plus totale tant le refus de la vaccination confine à l’absurde sauf à l’intégrer à des convictions religieuses fondamentalistes (comme les Témoins de Jéhovah qui refusent toute transfusion sanguine) qui restent quand même marginales et qui sont peu cohérentes puisque d’autres vaccinations sont acceptées en particulier dans la petite enfance.

Cette situation n’est pas propre à la France puisqu’un pays jusque-là cité en exemple comme l’Allemagne affiche un considérable retard de vaccination. Moins létale, la cinquième vague fait, en tout cas, son chemin et fragilise un peu plus une reprise économique qui était déjà fort timide outre-Rhin. La page du Covid n’est décidément pas tournée.

 

 

17 novembre

 

À qui a profité la crise ? Alors qu’un peu partout le débat fait rage autour de l’augmentation des inégalités favorisée par la pandémie et les politiques économiques mises en place pour la contenir, il ait un domaine où l’argent coule à flots sans retenue aucune : celui de l’art.

Les ventes de novembre à New York viennent de se terminer avec un bilan qui dépasse les $ 2 milliards chez Christie’s et Sotheby’s. Chez Sotheby’s, la collection Macklowe (un promoteur immobilier qui divorce) a réalisé près de $ 700 millions avec un Rothko à $ 82 millions et un Giacometti à $ 78 millions. La veille Christie’s avait vendu des Van Gogh (dont l’un à $ 71 millions), Cézanne et même un « jeune homme à la fenêtre » de Caillebotte à $ 55 millions ; sans oublier bien sûr Warhol, Basquiat et des « objets » plus difficiles à décrire, mais signés par quelques-unes des nouvelles signatures d’un monde de l’art avide de sensations fortes. Les acheteurs sont souvent asiatiques, mais aussi issus de ces « nouveaux riches » américains dont la fortune a explosé ces dernières années.

Au-delà des qualités intrinsèques – mais bien souvent discutables – des œuvres présentées (surtout dans le domaine contemporain), au-delà aussi de la dose de spéculation inhérente à la financiarisation du marché, le monde de l’art est bien le reflet de toutes les vanités, la porte d’entrée dans le monde des puissants. Les prix peuvent y être le reflet de la rareté et de la beauté, mais avant tout celui des égos de ceux pour qui les millions de dollars ne comptent guère.

 

 

15 novembre

 

€ 300 ! C’est le prix qu’a frôlé la tonne de blé sur le marché à terme de Paris. C’est le prix d’exportation européen, le « fob Rouen ». C’est aussi le prix le plus élevé depuis une douzaine d’années, la barre des € 300 ayant déjà été touché en 2008 au moment de la grande canicule en Russie. Cette hausse intervient alors que les prix du maïs et du soja sont en net repli du fait d’une excellente récolte américaine.

Pourtant, à regarder les chiffres de production et de consommation mondiale, le marché du blé semble à peu près équilibré : en léger excédent pour la campagne 2020/2021 (les campagnes commencent le 1er juillet) et en probable léger (aussi) déficit pour 2021/2022. On parle là d’une dizaine de millions de tonnes au plus pour une production mondiale estimée autour de 790 millions de tonnes. Et de plus, on s’attend à d’excellentes récoltes dans les semaines à venir dans l’hémisphère sud en particulier en Australie.

Le problème, en réalité, est celui des échanges mondiaux (190 à 200 mt). D’un côté, le premier exportateur mondial, la Russie, a mis en place un système de taxes à l’exportation et commence même à évoquer un système de quotas. Parmi les autres exportateurs, l’Europe souffre de problèmes de qualité et l’Amérique du Nord a été affectée par une véritable canicule. Du côté de la demande, la hausse des prix du pétrole et du gaz favorise les acheteurs traditionnels (Algérie, Nigeria…) et puis il y a surtout la Chine dont la réalité des besoins reste difficile à mesurer.

Voilà en tout cas, la Russie en position de force. Après l’arme du gaz, peut-être l’arme du blé !

 

 

12 novembre

 

Dans les années soixante-dix, les grandes réunions internationales attirant à la fois les gouvernements et ce que l’on appelle aujourd’hui la société civile portaient sur les questions de développement à l’image des conférences de la CNUCED. Par la suite, l’attention se concentra sur le commerce et ce furent les sommets de l’OMC qui attirèrent les foules et aussi déjà la contestation des « alter mondialistes ». Ce fut aussi le temps de Davos et de Porto Alegre. Tout ceci est bien oublié. Ce sont désormais les COP qui sont devenues les rendez-vous des activistes et manifestants de la planète. Au passage, l’idéologie a cédé la place au réalisme climatique. Pour le reste, c’est toujours le même scénario : à l’intérieur, les délégations nationales dont l’objectif majeur est de parvenir à une déclaration finale dont chaque terme est pesé de manière à pouvoir être interprété par chacun dans le sens qu’il souhaite ; dans les coulisses, les ONG désormais quasiment institutionnelles et composées de véritables professionnels à la fois du climat… et de la communication ; dehors, les militants plus radicalisés (à l’image de la chère Greta) soucieux de manifester… devant les caméras.

À Glasgow, la COP26 n’a pas dérogé à la règle. Chacun est venu faire son petit discours dégoulinant de guimauve, mais le résultat final est bien mince : peu de véritables engagements au-delà de ceux pris à Paris. Pour la première fois cependant, les énergies fossiles ont été montrées du doigt, ce qui n’empêchera pas la COP27 de se tenir à Charm el Cheikh (en Égypte, producteur de gaz naturel) et surtout pour la COP28 aux Émirats arabes unis, au cœur de ce golfe qui ne vit que du pétrole et du gaz. Le pardon du pêcheur a quand même quelques limites !

Sur le plan de l’aide aux pays les plus pauvres, la barre, fixée à $ 100 milliards par an à Paris, n’a toujours pas été franchie. Il est vrai que les pays riches ont d’autres soucis avec la pandémie.

C’est peut-être sur les mécanismes de marché des quotas carbone que les avancées techniques ont été les plus grandes. Mais on est bien loin d’un prix mondial dont le FMI fixait le niveau optimal à $ 75 la tonne. L’Europe y est, mais elle est bien seule.

Au total, on peut s’interroger de l’intérêt de ce grand barnum annuel. Faut-il d’ailleurs se réunir ainsi chaque année. Certes, notre planète ne peut attendre, mais à fixer ainsi des objectifs de négociation dont on est certain qu’ils ne seront pas atteints, ne risque-t-on pas de banaliser la démarche et d’encourager les mauvais élèves à ne rien faire ?

 

Mais pour une fois, il faut convenir que la petite Greta n’avait pas tort : les adultes ne sont vraiment pas sérieux !

 

 

11 novembre

 

En ce mémorial de l’Armistice de 1918, le mont Valérien accueille le dernier Compagnon de la Libération, ultime témoin de l’autre grand conflit du XXe siècle : deux affrontements majeurs, nés des rivalités européennes et qui sonnèrent le glas de l’Europe sur la scène mondiale.

Par la suite, le monde échappa de peu à un troisième conflit mondial au temps de la rivalité entre l’Occident et le monde communiste. L’affrontement eut lieu, mais sur des terrains secondaires, de la Corée au Vietnam ou à Cuba. Ce fut ensuite le tour de « guerres de religion » marquées par la résurgence de l’islam, mais aussi celle d’autres identités religieuses. Et aujourd’hui encore, le monde n’en a pas fini avec les guerres et les bruits de bottes que ce soit en Éthiopie et au Yémen, au Sahel ou aux confins de l’Inde et de la Chine. Et puis, ce sont ces réfugiés que le dictateur biélorusse lance sur la frontière polonaise, sans oublier les menaces chinoises sur Taïwan.

Le rêve universel de la paix entre les hommes est encore bien éloigné. Les idéologies qui ont tant fanatisé le XXe siècle se sont effacées même s’il en reste plus que des traces. Les religions les ont remplacées en partie dans leur folie destructrice. Les unes comme les autres justifient encore les pires dictatures contre lesquelles les peuples se rebellent en d’innombrables guerres civiles. L’Occident qui avait rêvé de « la fin de l’histoire » montre toute son impuissance quand il ne souffle pas sur les braises. Le temps des guerres n’est pas achevé…

 

 

9 novembre

 

C’était l’une des plus anciennes entreprises de la planète fondée à la fin du XIXe siècle au temps de la seconde révolution industrielle et de la « découverte » de l’électricité par Thomas Edison qui avait su capitaliser sur ses inventions (à la manière d’un Bill Gates ou d’un Steve Jobs un siècle plus tard).

General Electric avait connu la grande époque conglomérale du capitalisme américain de l’après-guerre, mais avait échappé au démantèlement dont furent victimes des entreprises comme ITT ou RJ Reynolds (la proie des « barbares » des fonds). Au contraire, même sous la houlette de son charismatique président de 1981 à 2008, Jack Welch, General Electric devint même la plus grande entreprise du monde ; leader dans nombre de secteurs industriels comme les appareils médicaux, l’énergie ou l’aéronautique sans oublier les services financiers et même les médias.

Les deux successeurs de Jack Welch ont affronté les vents contraires des crises financières, ont cherché – souvent à contretemps – de nouvelles voies, mais le « modèle » congloméral ne parvenait plus à se renouveler. Larry Culp, aux manettes depuis 2018, a donc décidé de l’éclatement en trois métiers, la santé, l’énergie et l’aéronautique. Le nom de General Electric ne survivra que pour les moteurs d’avion. Ainsi se terminent 130 années d’aventure industrielle.

Il en fut ainsi en France de la CGE dont aurait rêvé Ambroise Roux et dont quelques lambeaux avaient été rachetés par GE. Mais au même moment, d’autres conglomérats comme Amazon apparaissent…

 

 

5 novembre

 

Alors qu’en octobre, la FAO a enregistré les prix alimentaires les plus élevés depuis juillet 2011 (tirés en particulier par le blé, l’huile de palme et les produits laitiers), le Programme alimentaire mondial a annoncé que 45 millions de personnes dans le monde souffraient « d’insécurité alimentaire ». Derrière le caractère aseptisé de cette expression, il y a tout simplement la faim. Et malheureusement, la hausse des prix mondiaux n’en est pas responsable, ou sinon de manière marginale. Ces 45 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui meurent de faim le doivent à la folie des hommes, aux guerres civiles en Éthiopie, au Soudan, en Afghanistan, à l’incurie des gouvernements en Syrie et dans nombre de pays africains.

L’une des plus sérieuses et efficaces agence des Nations unies, le PAM estime à $ 7 milliards le coût de l’aide d’urgence nécessaire pour nourrir ces malheureux. La somme paraît si dérisoire à l’aune des capitalisations boursières et des fortunes mesurées en milliards de dollars que le patron du PAM, un Américain venant des milieux républicains, a interpellé les riches de la planète. Elon Musk qui s’interroge sur la vente possible de 10 % de ses actions de Tesla (ce qui représenterait plus de $ 20 milliards) a balayé cette supplique d’un geste de la main. On lui demandait seulement quelques « miettes tombant de la table des riches ». Il préfère garder la tête dans les étoiles que de se pencher sur cette faim qui tue plus sûrement encore que le Covid.

 

 

4 novembre

 

Alors qu’Angela Merkel fait sa tournée d’adieu, il est à peu près certain que c’est Olaf Scholz, à la tête d’une coalition, dont les Allemands ont le secret, alliant SPD, Verts et libéraux du FDP, qui va lui succéder. Mais pour beaucoup d’observateurs, bien au-delà de la seule Allemagne, la vraie question est de savoir qui va succéder à Olaf Scholz comme ministre des Finances. En cette période d’atterrissage post-pandémie des finances publiques, le choix est presque cornélien. Le favori serait le leader du FDP, Christian Lindner. Celui-ci est un libéral à l’allemande, partisan des équilibres des finances publiques et du zéro-déficit. Avec lui, ce serait un retour à l’orthodoxie budgétaire, aux antipodes du « quoiqu’il en coûte » à la française. La perspective de l’arrivée de Lindner aux Finances a déclenché une réaction indignée outre-Atlantique avec une tribune – publiée dans Die Zeit – de Joseph Stiglitz et Adam Tooze, deux professeurs à Columbia, le second étant un spécialiste reconnu de l’histoire économique allemande depuis les années vingt : ils estiment que ni l’Allemagne ni l’Europe ne peuvent s’offrir le luxe d’un retour à des politiques « antediluviennes ». Et dans une conclusion bien digne d’un Stiglitz, porté aux nues en France par la gauche et les Verts, ils estiment que le poste des Finances doit aller à un Vert. L’idée n’est peut-être pas là absurde tant les verts allemands ont su par le passé faire preuve de réalisme, tant l’Allemagne est aussi en retard paradoxalement sur le front du climat.

 

 

3 novembre

 

Il était une fois un petit pays que les hasards de la géographie avaient placé aux confins de l’empire soviétique et des Balkans. Il connut la domination ottomane, russe, soviétique et par moments bulgare et roumaine. Au moment de l’éclatement de l’URSS, la présence d’une armée russe empêcha la Moldavie de rejoindre le mouvement qui permit aux pays baltes et plus tard à ceux des Balkans d’adhérer à l’Union européenne, ce qui reste un rêve pour les Moldaves ; un rêve partagé par la majorité de la population qui a porté au pouvoir aux élections tenues en juillet dernier un gouvernement solidement pro-européen. Moscou ne voit bien entendu pas cela d’un très bon œil et profite maintenant des circonstances pour utiliser l’arme du gaz.

Gazprom serait prêt à fournir du gaz à la Moldavie à des conditions favorables, mais en échange, la Moldavie devrait abandonner son accord de libre-échange avec l’Union européenne, renoncer aux réformes, négociées avec Bruxelles, de son secteur énergétique (Moldovagaz, filiale de Gazprom, est en situation monopolistique) et au contraire se rapprocher de l’Union économique eurasienne dominée par Moscou. À la différence de la Hongrie et de la Bulgarie, elles aussi concernées par la diplomatie du gaz, la Moldavie est bien isolée, en butte déjà au soutien que la Russie apporte à sa minorité russophone de Transnistrie.

L’Europe devrait bien sûr venir au secours des Moldaves, mais il est peu probable qu’elle réagisse autrement que par des déclarations solennelles. Mourir pour Chisinau, personne n’y pense vraiment à Bruxelles.

 

 

1er novembre

 

À Glasgow s’ouvre – enfin – la COP26. Enfin, car en réalité, il faut remonter à la COP24 de 2018 pour avoir tenu ces grandes assises du climat. Entre-temps, la pandémie est passée par là : on a moins pollué en 2020 (mais on se rattrape déjà en 2021…), mais cette période exceptionnelle a été surtout marquée par une forte prise de conscience environnementale de la planète, par une volonté de tendre vers une sorte de « mondialisation heureuse » allant bien au-delà des activistes verdâtres qui convergent aujourd’hui sur Glasgow.

Pour l’instant, l’affaire est plutôt mal partie : à Rome, le G20 a accouché d’une souris. La Chine et la Russie traînent des pieds et la somme des engagements risque – in fine – de ne pas faire le compte. La seule mesure dont l’efficacité serait certaine, la fixation d’un prix minimum du carbone à l’échelle de la planète ($ 50 la tonne au moins), ne sera probablement même pas discutée.

 

La COP26 s’ouvre le jour de la Toussaint. En cette fête (qui n’a rien à voir avec les sorcières américaines d’Halloween), la liturgie catholique offre un des plus beaux textes des Évangiles, celui des Béatitudes : « Heureux, les cœurs purs, Heureux les miséricordieux… Heureux les artisans de paix… » Heureux ceux qui s’engageront enfin pour la planète. 

 

28 octobre

 

Alors que Microsoft a repris la tête à Apple dans la course à la plus forte valorisation boursière de la planète, un autre chiffre interpelle : les $ 1 000 milliards de valorisation atteints par Tesla. Au passage, Elon Musk, le fondateur de Tesla est solidement installé au premier rang des fortunes mondiales avec $ 289 milliards (en parti virtuels certes, mais quand même…).

Tesla a donc une valeur supérieure à tous les constructeurs automobiles de la planète cumulés et cela avec seulement 1,2 % de la production mondiale ! Incontestablement, le pari du tout électrique de Tesla a réussi. Personne n’eût imaginé qu’il serait possible en ne partant de rien de mettre en œuvre une chaîne automobile capable de sortir des véhicules de série qui occupent désormais les premières places des chiffres de vente en Europe. On peut ne pas apprécier l’ego du personnage, mais on doit lui reconnaître un génie d’organisation remarquable ainsi que sa capacité à utiliser à son profit les aspirations de la société post-covid ainsi que les aides publiques en faveur des véhicules électriques. Sa mégalomanie le pousse vers d’autres aventures, comme Space X, pour l’instant plutôt réussies.

Musk est au fond une sorte de héros schumpétérien lancé dans une course en avant à laquelle il ne donne aucune limite sinon celle de sa propre folie. A côté de lui, Mark Zukerbergh (qui sombre maintenant dans le « meta ») reste un doux adolescent rêveur. « Quo non ascendam », jusqu’où ne monterai-je pas ? Telle pourrait être sa devise… avant la chute ?

 

 

27 octobre

 

L’Europe brinquebale de toute part et a rarement paru aussi vulnérable. Au sein du bloc des eurosceptiques de l’Est, si Viktor Orban continue son petit bonhomme de chemin et a réussi à faire du « pèlerinage de Budapest » un point de passage obligé des nationalistes européens de tout poil, c’est maintenant la Pologne qui joue ouvertement avec la menace d’un « Polexit » par son refus de donner à la jurisprudence européenne la précédence sur les lois polonaises. Mais les Polonais posent – mal et de manière outrancière dans un climat politique local délétère – une vraie question à laquelle les institutions européennes sont incapables de répondre. Que voulons-nous faire de l’Europe ? Le sens de l’histoire est celui d’un état fédéral. La réalité politique est celle d’États-nations. Entre les deux, il n’y a personne pour porter une vision. Sans les accabler, les personnages à la tête des institutions européennes sont bien falots. On leur donne par courtoisie un strapontin au G20, mais ils ne font guère illusion tout comme d’ailleurs la plupart des membres du Parlement européen, pour la plupart seconds couteaux de leur scène politique nationale.

 

Et bien sûr, face aux agressions extérieures que ce soit des Britanniques sur la pêche, ou des Russes sur le gaz, c’est le chacun pour soi qui redevient la règle. Triste Europe.

 

 

25 octobre

 

Après l’essence, voici la baguette ! La polémique sur le prix des carburants était à peine éteinte avec le « chèque de Noël » que les boulangers, arguant de la hausse des prix du blé, parlent d’augmenter de 5, voire de 10 centimes, le prix de notre chère (au propre et au figuré) baguette.

Certes, le prix du blé a fortement augmenté : il cote à Rouen € 270 la tonne contre € 200 il y a un an et € 175 à l’automne 2019. Mais dans l’histoire récente, il y a eu des prix plus hauts (€ 300) et d’autres bien plus bas (€ 160) pour des coûts globaux de production estimés entre € 170 et € 190. Depuis 2006, le marché européen du blé fluctue librement comme une des composantes du prix mondial.

Tension donc et hausse de 30 % du prix du blé. Mais le blé ne représente que 6,5 % du prix de la baguette : en 2020, la baguette « moyenne » coûtait 88,5 centimes d’après les données de l’INSEE. La part du blé était de 5,5 centimes et la hausse actuelle ne représente donc – au plus – qu’un coût supplémentaire de 1,65 centime. On est loin des hausses annoncées surtout que celles-ci, dans la tradition boulangère, ne seront pas compensées lorsque le prix du blé baissera. Que les coûts de production de la boulangerie augmentent, c’est probable du fait en particulier de l’énergie. Que l’équilibre de certains magasins (ou chaînes de franchisés) qui font plutôt de la néo-restauration, soit précaire, certes, mais profiter de la hausse du blé pour ajouter une dose à l’anxiété inflationniste des Français, c’est malhonnête !

 

 

22 octobre

 

70 ans ! Qu’il soit permis à l’auteur de ces lignes un petit moment d’émotion au moment où il franchit cette barrière et intègre le cercle – de plus en plus étoffé – des septuagénaires.

Mesuré à l’aune longue de l’histoire, 70 ans est un bel âge qui fut longtemps celui de la vieillesse, de l’hiver. C’est aujourd’hui à peine l’automne, même si les conversations à ces âges portent aussi sur les maladies, et notamment les plus pernicieuses de Parkinson à Alzheimer. Mais pour la grande majorité, c’est un âge heureux, délivré – enfin – du travail, une époque de loisirs et, pour ceux qui le peuvent, d’autres engagements à commencer par ceux auprès des petits-enfants qui arrivent désormais plus tard dans la vie.

Chaque année, un quotidien économique publie quelques noms du « club » du 22 octobre. Notre doyen, le dramaturge et poète René de Obadia tient bon à 103 ans. Je me trouve maintenant le troisième plus âgé après Catherine Deneuve (78 ans…, mais on ne devrait pas le dire). C’est que les plus anciens disparaissent avec leur carte de visite ! Des petits nouveaux apparaissent : une footballeuse (35 ans), un milliardaire saoudien (33 ans), une secrétaire d’État (45 ans)…, curieusement un seul « start-upper ».

Un jour aussi mon nom disparaîtra d’abord de la scène puis de la vie. Mais à 70 ans, il y a encore tant de mondes à rêver, tant de mains à saisir…

 

 

21 octobre

 

Le gouvernement a donc tranché face à la crise de l’énergie en général et des carburants en particulier. Il a fait le choix d’un curieux cadeau de Noël : un chèque de 100 euros pour tous les Français gagnant moins de 2 000 euros nets par mois. L’addition va donc se monter à 3,8 milliards d’euros compensés quand même par un gain d’un milliard d’euros sur la TVA des carburants.

La bonne nouvelle est que le gouvernement n’a pas cédé à la tentation de réduire la fiscalité sur les carburants. Les sommes qui auraient été englouties (€ 500 millions par centime à la pompe) pouvaient être balayées par la première hausse du pétrole venue.

Le choix est donc celui d’une aide au revenu : un chèque. Et pour éviter complications et retards, la seule conditionnalité est donc celle du revenu mensuel individuel. Les salariés auront leur cadeau pour Noël, les fonctionnaires et les retraités en janvier. On sent bien que le gouvernement a fait le choix de la simplicité, mais aussi d’une certaine universalité, les classes moyennes plus que les gilets jaunes avec un œil aussi sur les échéances électorales.

Il fallait, dit-on, répondre aux angoisses des Français en matière de pouvoir d’achat. Mais en réalité, celui-ci a augmenté en 2021 (+ 1,9 % d’après l’INSEE) même si ce n’est pas là la perception qu’en ont les Français. C’est donc un sentiment qu’il fallait soigner en cette veille des vacances de la Toussaint. Le choix du saupoudrage n’a guère de sens économique et il n’est même pas sûr que les dividendes politiques en soient durables.

Il eût été plus courageux d’expliquer aux Français qu’après avoir tenu la France hors de l’eau pendant la pandémie, l’État devait se concentrer vers les vrais besoins de ceux qui souffrent de cette crise de l’énergie. Courageux, mais guère politique…

 

 

20 octobre

 

La Chine commencerait-elle à vaciller de son piédestal ? Les derniers chiffres publiés peuvent en tout cas inquiéter. Au troisième trimestre, la croissance en rythme annuel n’a été que de 4,9 % et en fait avec seulement + 0,2 % par rapport au deuxième trimestre, on peut estimer que pour la première fois depuis 2009, la Chine fait du surplace, ce que corroborent les indicateurs avancés (PMI) à notre disposition. C’est là le résultat de la crise sanitaire certes, des problèmes logistiques et surtout d’une crise énergétique que les autorités peinent à maîtriser. Ainsi, le prix du charbon s’est littéralement envolé et la puissante Commission du Plan a dû intervenir pour calmer la spéculation. Mais nombre d’usines ont dû réduire leur production faute de disponibilités électriques. Et puis, l’affaire Evergrande commence à faire tache d’huile et c’est tout le secteur de l’immobilier et du bâtiment qui commence à en pâtir.

Xi Jinping est confronté à sa première crise économique majeure. La Chine, à l’origine de la pandémie, avait bien négocié le passage à vide de 2020 et son rebond dès l’été avait pu faire illusion. Le retour sur Terre n’en est que plus douloureux. Les autorités ont certes encore les moyens de continuer à balayer la poussière sous les tapis et d’amuser leurs galeries en tenant des discours de plus en plus nationalistes notamment vis-à-vis de Taïwan. Mais les faiblesses sont réelles et cet éternuement chinois ne peut qu’inquiéter le reste de la planète.

 

 

18 octobre

 

Il ait un vilain mot qui fait depuis quelques semaines son chemin dans les esprits, celui de stagflation, qui renvoie les plus anciens presque un demi-siècle en arrière. Ce fut en effet l’issue de la crise des années soixante-dix : une diminution par deux de la croissance potentielle du monde occidental (1 à 2 %) et un choc inflationniste déclenché par la hausse des prix du pétrole, mais qui, en réalité, couvait sous la cendre depuis les années soixante. Le monde occidental mit au moins une décennie à s’en sortir grâce à la révolution industrielle et technologique de la fin du siècle.

Et nous revoilà dans une situation un peu identique. Passée l’euphorie du rattrapage post-pandémie, le retour sur terre se fait plus rapide que prévu de la Chine à l’Allemagne. Poussée par le prix des matières premières, l’inflation mondiale atteint les 6 % : en Chine, l’indice des prix à la production a bondi de 10,9 % en septembre ; aux États-Unis, l’inflation est de 5,4 %. Ajoutons à cela qu’avec des taux d’intérêt réels faibles, voire négatifs pour les meilleures signatures, les taux d’intérêt sont dans le rouge à des niveaux oubliés depuis des décennies. Parallèlement, les actifs (valeurs mobilières, immobilier) ne cessent de battre de nouveaux records, ce qui est au fond assez logique.

Dans les années quatre-vingt, c’est un choc d’offre, celui des nouvelles technologies et de la mondialisation des chaînes de valeur qui avait permis de sortir de cette mortifère stagflation. Il en sera peut-être de même aujourd’hui avec la transition environnementale : c’est un espoir que ne partagent pas ceux qui parlent de décroissance dont la stagflation serait au fond l’antichambre.

 

 

15 octobre

 

Noël approche et alors que l’on espère que les ménages vont délier les cordons de leur bourse et relancer un peu la consommation, c’est l’angoisse : les rayons ne vont-ils pas rester vides et manquer de tous les produits « made in Asia » qui d’habitude emplissent nos souliers ! Même les libraires s’inquiètent de ne pas être livrés de ces livres cartonnés « made in china » qui font la joie de nos enfants. Jamais en effet les congestions maritimes n’ont été aussi fortes, ceci se traduisant en termes de délais et de coûts. Pour transporter un conteneur de 40 pieds d’Asie vers l’Europe, il faut compter au moins $ 10 000 là où il en coûtait $ 1 500 il y a deux ans. Et au fil des saturations de ports engorgés, les délais ne cessent de s’allonger. La chaîne du commerce international est au bord de la paralysie avec des files de navires attendant d’être déchargés, limitant un peu plus les capacités maritimes et empêchant une rotation fluide des conteneurs pleins ou vides. Les raisons en sont simples à comprendre : des prix longtemps déprimés qui ont limité l’effort d’investissements tant en termes de navires que de capacités portuaires ; l’impact du Covid qui a empêché la rotation des équipages et qui entraîne encore la fermeture partielle de certains ports en Asie ; et puis l’augmentation de la demande liée à la reprise de la consommation en Amérique du Nord et en Europe. Et il est inutile d’espérer quelque retour à la « normale » que ce soit avant le milieu de 2022 au plus tôt. Bien entendu, cette crise renforce les arguments de ceux qui espèrent un véritable mouvement de réindustrialisation. Malheureusement, il faut plus de temps pour bâtir une usine que pour construire un navire. Mais au moins, l’avertissement est-il là.

 

 

13 octobre

 

Voilà donc le pétrole tiré à la hausse par les folies du gaz naturel. Le baril de Brent est maintenant solidement ancré au-dessus des $ 80 et avec lui ce sont les prix à la pompe qui flambent.

À six mois des élections présidentielles, on s’en émeut bien sûr d’autant plus que l’on se souvient – dans les allées du pouvoir – que les gilets jaunes furent les enfants des hausses de prix sur le diesel.

Reprenons justement le prix du diesel, € 1,54 le litre actuellement, un peu moins dans la grande distribution, beaucoup plus sur les autoroutes. Sur ce prix moyen, 84 centimes sont des taxes et le reste se partage entre le prix de marché du diesel sur le marché physique à Rotterdam et des frais de distribution particulièrement limés dans la grande distribution qui fait du carburant un produit d’appel pour ses magasins. La seule marge de manœuvre du gouvernement sur les prix porte sur les taxes : 59 centimes de TICPE et 25 centimes pour la TVA, dont 13 centimes de TVA sur la TICPE, une taxe sur la taxe, ce qui est quand même un peu vicieux ! Mais toucher à cette fiscalité a un coût : € 500 millions par centime de prix à la pompe ! Et tout cadeau peut être balayé en quelques jours par la poursuite éventuelle de la hausse du prix du baril.

Alors, comme il faut agir, on pense à des « chèques carburants » pour les plus nécessiteux sans mésestimer la complexité du mécanisme et le temps nécessaire pour le mettre en œuvre. À tout prendre, on pourrait préférer des « tickets carburants » analogues aux tickets restaurant, mais impliquant les entreprises. Le sujet est sur la table… mais la table bouge !

 

 

10 octobre

 

En France, la réaction des catholiques à la publication du rapport de la « commission Sauvé » sur la pédophilie dans l’Église est pour le moins mitigée. Une partie non négligeable des pratiquants, souvent issue des milieux les plus conservateurs adopte en effet une position critique, parfois même à la limite du déni. Ils estiment les chiffres produits grossièrement surévalués, minimisent le nombre de prêtres concernés, s’enferment dans l’aveuglement de leurs certitudes et font cercle autour des quelques dernières soutanes. Le trait est un peu forcé, mais il illustre un peu plus la véritable cassure à l’œuvre parmi ce qu’il reste de catholiques en France.

Heureusement, à l’inverse, le rapport a déclenché pour d’autres la volonté d’un véritable aggiornamento, allant bien au-delà des seuls problèmes de pédophilie, mais dans le sillage de l’une des lignes de force du pontificat de François qui a fait de la lutte contre la « cléricature » son obsession majeure. Un peu partout, des synodes vont associer les laïcs – hommes et femmes – pour penser ce que devrait être l’Église demain. Les plus radicaux ont réclamé la démission de l’ensemble des évêques, certains estimant que face à la faillite (financière) annoncée le « management » doit changer. Cela n’aurait guère de sens même si l’on peut souhaiter l’ouverture des « comex » (comité exécutif) et une plus grande transversalité. Au fond, ni déni ni révolution, mais une nécessaire remise à plat.

 

 

8 octobre

 

La semaine, qui vient de s’écouler, a été historique pour le marché du gaz naturel en Europe. Sur le marché désormais de référence, le TTF néerlandais, les prix ont fait preuve d’une extraordinaire volatilité : le 6 octobre, dans la matinée, ils sont passés de € 130 à € 160 le MWh avant de terminer la journée à € 110 après quelques paroles apaisantes du président Poutine. Mais, il y a un an, on était à moins de € 10 et les prix actuels ramenés en équivalent baril de pétrole sont supérieurs à $ 200, le double du prix d’un pétrole, lui-même aspiré par cette flambée du gaz naturel.

Bien sûr, il s’agit là d’un marché « papier », mais la plupart des contrats physiques sont indexés sur des moyennes de prix spot. Et puis, les tensions sont à peu près identiques en Asie, le marché du gaz naturel liquéfié étant lui aussi sous pression et en plus les taux de fret des méthaniers se sont envolés.

La Russie bien sûr, joue sur du velours : Poutine peut se montrer compréhensif. Gazprom ouvrira ses robinets, mais en passant par Nordstream II (à charge pour le régulateur allemand d’accélérer les procédures de certification) ou par les Balkans en évitant la Pologne et surtout l’Ukraine. Ce gaz, il faudra le payer en espèces, mais aussi en concessions politiques. La Russie est d’ailleurs déjà à la manœuvre avec la Hongrie et la Bulgarie.

Car en aval, c’est certes l’électricité et le chauffage des ménages qui sont concernés, mais aussi la chimie, les engrais surtout avec le triplement du prix des engrais azotés, cela au moment même où les agriculteurs doivent les acheter.

À court terme, il n’y a malheureusement rien à faire, sinon espérer que l’hiver ne soit pas trop rigoureux et que l’on puisse « passer » avec les stocks actuels et un minimum de casse chez les distributeurs d’énergie qui, appâtés par la dérégulation, se sont lancés souvent de manière fort légère dans cette activité. Au Royaume-Uni, par exemple, l’hécatombe promet d’être sévère.

Au-delà, deux réflexions s’imposent : la première rejoint les préoccupations du ministre français de l’Économie. Il faut encadrer à nouveau le marché européen de l’électricité, en faire ce qui aurait dû rester sur le modèle français, un service public (et l’exemple des chaos américains au Texas ou en Californie aurait dû être analysé). L’électricité est un produit trop complexe pour être un bien de marché (et c’est un économiste libéral qui parle…). Les prix du dernier kWh peuvent satisfaire la théorie économique, mais ils se heurtent à la logique et même à la justice.

Ceci étant, il faut reconnaître au gaz naturel qu’il va jouer un rôle crucial d’énergie de transition dans les décennies à venir. Le charbon peut faire illusion – même avec les prix actuels du carbone – mais convenons que c’est là une aberration et que l’Allemagne utilise le charbon – et pire encore la lignite – comme première source de production d’électricité dépasse l’entendement. Le charbon doit disparaître et le gaz restera déterminant. Or, l’Europe n’en produit plus et les rêves sur les gaz de schiste – au-delà des polémiques – ne se sont pas concrétisés. Pour son gaz, l’Europe dépendra donc de voisins (Russie, Algérie) qui lui feront payer cher sa dépendance. La fermeté actuelle du ton algérien face à Paris et Madrid est quelque peu indexée sur le prix du gaz naturel ! On peut et on devra certes importer plus de GNL, mais là, le prix est mondial, lui aussi d’une extraordinaire instabilité : de $ 2 à $ 40 le million de Btu sur une année !

Le gaz naturel sera donc une pilule un peu amère à avaler pour des Européens qui se sont précipités dans ce piège à l’issue d’une transition énergétique pavée de bons sentiments et d’aveuglements écolo-idéologiques. Il faudra aussi en tirer les leçons. Les énergies renouvelables de première génération sont par essence intermittentes et le tout solaire ou éolien est une absurdité. Il faut aller par contre plus loin sur la deuxième génération, celle de la biomasse et de l’hydrogène. Enfin, et cela concerne particulièrement la France, il faut admettre que le nucléaire est un atout non carboné et non pas une malédiction. L’  «alliance nucléair e» que la France vient de constituer avec neuf pays d’Europe de l’Est et du Nord va dans le bon sens.

Au fond, cette crise du gaz peut être salutaire en nous rappelant que l’énergie est un enjeu trop important dans ses dimensions climatiques, économiques et géopolitiques pour le laisser à l’arbitraire des seules forces du marché et encore moins à celui des idéologies de la décroissance, fût-elle verte.

 

 

6 octobre

 

On avait beau s’y attendre et penser que les affaires apparues ces dernières années tant pour les enfants que pour les adultes n’étaient que la partie émergée des turpitudes sexuelles de l’Église catholique, le rapport de la Commission Sauvé est un choc : plus de 300 000 victimes et des milliers de prédateurs, la plupart demeurés impunis couverts par une hiérarchie mélangeant déni et secret de la confession.

Longtemps, l’Église catholique fut en France une institution de référence, la gardienne envers et contre tout d’un ordre moral fondé sur des valeurs qui étaient encore celles de la société française. Renforcées par l’élan du concile Vatican II, ses institutions caritatives jouent encore un rôle essentiel au côté de l’État-providence. Même dans une France déchristianisée qui continue à enterrer religieusement ses aînés, mais qui ne baptise plus ni ne catéchise guère, elle conservait encore une certaine autorité.

Longtemps aussi, elle préféra garder le silence sur les déviances d’une partie de ses pasteurs. Des scandales à répétition, dans les paroisses, mais aussi au sein des communautés nouvelles, ont obligé à un effort de transparence dont il faut saluer la radicalité. Le travail qui vient d’être publié est à la fois exemplaire et unique par la capacité de ses commettants à ouvrir ainsi le plus profond de leurs vies. Le résultat en est bouleversant et chacun en tirera les conclusions qu’il souhaitera. D’innombrables questions se posent quant au célibat des prêtres, à l’ordination des femmes, à la vie pastorale, à la place même des laïcs dans une église gangrénée par le cléricalisme (une des préoccupations majeures du pape François).

Au-delà des réparations matérielles et des problèmes économiques pour une église de France, certes riche en biens (souvent difficiles à réaliser), mais pauvre en moyens, le risque est immense de voir le catholicisme un peu plus marginalisé dans une société française qui perdrait là une de ses racines majeures.

Plus de la moitié des Français se disent aujourd’hui sans religion et les autres ne pratiquent plus guère. Longtemps, la laïcité à la française s’est définie contre l’emprise du catholicisme. Ce temps est bien révolu et voilà l’Église catholique touchée au plus profond de ses entrailles. Elle a eu cependant assez d’énergie pour se livrer à cet exercice qui peut être salvateur : reconnaître publiquement ses fautes, faire pénitence, couper aussi les branches mortes. Rien ne pourra pardonner tant de vies sacrifiées, mais au moins la lumière est là. Peu d’institutions en ont eu, répétons-le, le courage.

C’est ce courage qu’il faudra encore pour reconstruire et surtout pour ne pas se replier, comme certains le voudraient, sur des rites et des traditions d’un autre âge. D’un pareil choc, il peut aussi venir une étincelle d’espérance.

 

 

4 octobre

 

Quelle rentrée en fanfare ! Rarement, les tensions sur les marchés auront été aussi fortes à la hausse, mais aussi à la baisse. En Europe, c’est bien sûr la crise énergétique qui fait la une avec le gaz naturel dans le rôle-titre, entraînant dans son sillage le charbon et dans une moindre mesure le pétrole et, en bout de chaîne l’électricité. Mais la crise énergétique est aussi chinoise et le gaz naturel liquéfié est proche des $ 200 l’équivalent baril de pétrole. Soudain, la transition énergétique prend une nouvelle dimension : les énergies renouvelables de première génération sont par nature intermittentes et celles de l’avenir (biomasse, hydrogène) sont encore lointaines. Entre-temps, il faut bien assurer les pics de consommation avec du gaz, ou pire même, du charbon. Quant au nucléaire, il fait l’objet d’un anathème politique nourri du populisme écologique.

Peu à peu donc « l’arme du gaz » remplace celle bien émoussée du pétrole. La Russie est à la manœuvre pour maintenir l’Europe sous allégeance, mais l’Algérie a la même attitude vis-à-vis du Maroc et de l’Espagne.

 

 

2 octobre

 

Avec le décès de Bernard Tapie, c’est un morceau de la « petite » histoire de France qui disparaît. Il y avait en effet chez lui du Robin des bois (voler les riches pour donner aux pauvres… des rêves) et de l’Arsène Lupin prêt à tous les déguisements de chanteur à chef d’entreprise, de ministre à comédien, de plaideur à pensionnaire des Baumettes. On lui doit quelques grands moments comme la mesure du temps de trajet entre Paris et Valenciennes ou les coulisses de l’arbitrage sur la vente d’Adidas. On a oublié qu’à la tête d’une liste aux Européennes, il fit un score remarquable (comparable à celui d’Éric Zemmour dans les sondages aujourd’hui) et contribua à déstabiliser Michel Rocard. En ce jour où se court Paris/Roubaix, on a oublié aussi le temps de son équipe cycliste avec Bernard Hinault et Laurent Fignon. Que garder au fond de Bernard Tapie : certainement pas la carrière d’un homme d’affaires qui n’a su que faire des coups, qui n’a tenu aucune de ses promesses et qui a été incapable de laisser sa marque à une entreprise. Il n’a rien créé et de ce qu’il a repris tout – ou presque – est parti en fumée.

Non, c’est l’homme des dernières années qu’il faut admirer : celui qui se battait contre le cancer, qui voyait la vie filer entre ses doigts et qui ne regrettait rien, si ce n’est peut-être d’avoir été souvent le jouet de manipulations politiques qui le dépassaient.

 

 

1er octobre

 

C’est donc la fin d’une époque en Allemagne et les Allemands ont tellement de mal à imagier leurs pays sans Angela Merkel qu’ils ont éparpillé leurs votes en un paysage politique qui ressemble à celui de la France : les deux partis historiques qui ont alterné à la tête de l’Allemagne depuis 1945 ne pèsent plus chacun qu’un quart de l’électorat ; les Verts, les libéraux du FDP et puis les deux extrêmes, l’Afd et Die Linke se partagent l’autre moitié de l’électorat.

À la différence de la France, on sait discuter en Allemagne et négocier des coalitions. Cela va prendre du temps, mais en attendant Angela Merkel reste aux manettes. « Mutti » continue à veiller sur les siens.

 

 

Quel bilan faire du « règne » d’Angela Merkel ? Sur le plan économique, il est excellent, mais en fait le gros des grandes réformes avait été réalisé par son prédécesseur Gerhard Schröder. C’est lui qui avait fait évoluer le modèle allemand. Au niveau diplomatique, Angela Merkel a manqué de constance : elle aurait pu faire beaucoup plus sur l’Europe et elle a été d’une insigne faiblesse face à la Chine et à la Russie. Son grand moment de courage est intervenu au moment de la crise syrienne. Elle a ouvert les frontières allemandes, elle a accueilli des réfugiés au moment où toutes les portes se fermaient et par la suite elle a tenu bon. En cela, elle a réhabilité une Europe bien lâche.

 

30 septembre

 

La rentrée énergétique est bien difficile à gérer et on peut imaginer que le gouvernement se serait volontiers passé de cette flambée historique des prix du gaz naturel qui a entraîné dans son sillage l’électricité et même un peu le pétrole (et donc l’essence). Martial, le Premier ministre français a parlé de bouclier en annonçant une sorte de lissage des prix du gaz et en espérant compenser au printemps lorsque, fort probablement, le marché se sera retourné.

De son côté, la candidate – battue, mais avec 49 % des suffrages – des Verts lors de leur primaire a, avec une certaine logique, réclamé des prix élevés pour accélérer la transition énergétique. Au fond, elle n’a pas tort et ce n’est que sous la contrainte (« la somme des égoïsmes » chère à Adam Smith) que nous agissons. Avec du gaz à l’équivalent de $ 150 le baril de pétrole, du pétrole à $ 80 et même du carbone à € 65, l’incitation sera d’autant plus forte à financer la deuxième génération des énergies renouvelables, moins intermittentes et aléatoires que le vent et le soleil. Certes, ces hausses touchent en proportion les pauvres plus que les riches et certaines des mesures annoncées vont dans le bon sens (mais à quel coût ?). Mais peut-on encore laisser croire que le politique reste le maître des horloges énergétiques ? Face aux forces du marché, les boucliers ne sont que fétus de paille. À moins que de parler du nucléaire !

 

 

28 septembre

 

Le paysage politique français frémit sous le choc d’un trublion que nul n’attendait, mais dont la candidature se fait de plus en plus probable au point de bouleverser toutes les certitudes : Éric Zemmour pointe désormais à 13 % dans les sondages. Son ascension entraîne le repli de Marine Le Pen et du Rassemblement national, accentue les divisions de la droite, commence même à inquiéter les partisans du Président de la République qui savent ce que peut faire un homme seul.

Avec habileté, Éric Zemmour pointe du doigt dans la plaie les souffrances réelles et parfois amplifiées de la société française. Il se drape dans le souverainisme, fustige l’islam et au passage réécrit à sa guise le roman national. Ce fut longtemps son registre « sur scène » (à l’écran), il veut en faire un programme et séduire les électeurs du RN, lassés de soutenir une perdante, et ceux de la droite classique en mal de champions. Le voilà lancé, mais il n’est pas sûr qu’il tienne la distance. Il y a dans l’histoire de France qu’il aime tant maints feux de paille qui ne brûlèrent qu’un soir du général Boulanger à Poujade ou Bernard Tapie.

Reconnaissons-lui seulement le courage d’aller au bout de son rêve, de quitter le confort ouaté des studios de télévision pour entrer sur un « ring » dont il risque de sortir brisé. C’est là le seul compliment qu’on peut lui faire.

 

 

26 septembre

 

Le vocabulaire utilisé aux Nations-Unies pour désigner ce qu’Alfred Sauvy qualifiait de « Tiers monde » (entre, à l’époque, Ouest et Est) est admirable d’hypocrisie économique. On parla d’abord de « pays sous-développés » puis dans un grand élan d’optimisme de « pays en voie de développement » (PVD). Vers la fin du siècle, alors que certains décollaient et devenaient « émergents », que d’autres profitaient de la rente pétrolière, il fallut bien traiter le reste ; on inventa donc les « pays les moins avancés ». L’expression qui se voulait quand même un peu positive fut utilisée à partir de 1971 pour les 26 pays les plus pauvres de la planète (mesurés en termes de revenus par habitant). Le groupe des PMA compte aujourd’hui 46 pays dont le revenu est inférieur à $ 1 222 per capita : 33 d’entre eux sont africains.

En un demi-siècle, le nombre de PMA a donc doublé, grâce, il est vrai, aux ultimes indépendances. Mais quel constat d’échec ! Ce sont là plus d’un milliard d’hommes dont la situation a en réalité empiré, dont l’écart avec le reste du monde est devenu un gouffre. Ce sont aussi les pays les plus propices aux guerres civiles et aux coups d’État, à la malgouvernance et à la corruption. L’échec des efforts de développement y est patent et les exceptions bien rares. Pour ces pays, la pandémie est une plaie supplémentaire, mais tant d’échecs l’ont précédée. En réalité, ces PMA n’ont jamais avancé…

 

 

24 septembre

 

Le monde respire, les marchés financiers rebondissent. Depuis plusieurs jours on craignait la catastrophe en Chine : la faillite du principal promoteur immobilier local, le groupe Evergrande qui croulait sous le poids de $ 280 milliards de dettes. Certes, l’essentiel de cette dette était domestique, mais une partie se trouvait quand même libellée en dollars (à hauteur de $ 20 milliards) et avait été souscrite par la plupart des grands noms de la gestion d’actifs internationale.

Alors que des petits épargnants manifestaient en voyant leurs rêves immobiliers se fracasser, le gouvernement chinois a réagi en aidant à négocier un rééchelonnement d’au moins la partie la plus sensible de la dette d’Evergrande. Il fallait surtout éviter une contagion et même un krach du marché immobilier chinois.

Au-delà, cette affaire – qui n’est pas close – met en évidence ce qui est le véritable talon d’Achille de l’économie chinoise : le montant colossal des créances douteuses et autres « bad debts » cachées dans les bilans du système bancaire chinois. Il y a quelques années, un rapport de l’un des grands cabinets comptables de la planète le chiffrait au-delà de $ 3 000 milliards, l’équivalent à l’époque des réserves de change du pays. La réalité est probablement bien supérieure aujourd’hui.

Evergrande n’est pour l’instant qu’une alerte : la paille qui cache la poutre.

 

 

21 septembre

 

En Europe, les prix du gaz naturel n’ont jamais été aussi élevés. On est à peu près au même niveau que pour le gaz naturel liquéfié en Asie, c’est-à-dire à plus de $ 25 le mbtu, cinq fois plus cher que sur le marché américain (où les prix ont doublé à la suite de la tempête Ida).

La situation en Europe est le résultat de plusieurs facteurs : la baisse de la production en Europe (et la fin du gaz néerlandais de Groningue, à l’origine autrefois de la célèbre « Dutch disease »), la dépendance plus forte aux importations et, faute de GNL, à celles en provenance de Russie. Or la Russie limite ses envois par les gazoducs passant par l’Ukraine et pour l’instant Nordstream II n’est pas encore disponible. Et puis, on s’interroge sur les capacités de la Russie à satisfaire la demande à la fois de l’Est (la Chine) et de l’Ouest (Europe). Gazprom joue sur du velours alors que les stocks européens n’ont pas été reconstitués à hauteur suffisante à l’approche de l’hiver.

Avec la hausse du gaz naturel, c’est tout l’équilibre énergétique européen qui se trouve remis en cause. En Allemagne, les centrales à charbon tournent à plein, mais cela n’a pas empêché les prix de l’électricité de battre des records. Au Royaume-Uni, l’arrêt de plusieurs usines d’engrais fait craindre une pénurie de gaz carbonique utilisé notamment pour l’abattage de volailles. On pourrait même manquer de dindes pour Noël !

Cette crise du gaz a au moins l’avantage de faire prendre conscience aux Européens de leur dépendance, des avantages que la Russie va en retirer, des conséquences aussi du choix irréfléchi pour des renouvelables bien aléatoires.

 

 

20 septembre

 

Tout a été dit sur « le coup de poignard dans le dos » dont la France a été victime de la part des États-Unis dans l’affaire des sous-marins australiens. Le manque de « doigté » américain, l’absence de quelque diplomatie que ce soit et le coup de pied de l’âne britannique, il n’y a rien à ajouter.

Mais mettons-nous un moment dans la peau australienne. L’Australie est en effet en première ligne face à la Chine. Son économie est dépendante de ses exportations de matières premières et depuis quelques mois elle est en butte à des restrictions d’exportation vers la Chine qui touchent des produits comme l’orge, le charbon, le vin… (pour l’instant, le plus important – le minerai de fer – n’est pas touché, la Chine en a trop besoin !). L’Australie paie là sa critique de la politique chinoise à propos de la pandémie. Face à la Chine, l’Australie avait besoin de renforcer ses liens avec les États-Unis, et quoi de mieux que de lui acheter des armes. Malgré sa présence dans la zone indopacifique, la France ne faisait pas le poids. L’offre américaine de transferts de technologie nucléaire ne pouvait se refuser d’autant plus que le « paquet-cadeau » intégrait les Britanniques certes sur un strapontin, mais Élisabeth II règne encore sur l’Australie ! Arrêtons donc de tirer sur ces malheureux Australiens qui d’ailleurs n’auront pas leurs sous-marins nucléaires avant 2040 au mieux.

Joe Biden a-t-il précipité le monde dans une nouvelle « guerre froide » ? Si tel est le cas, soyons sûrs que ce n’est pas là le résultat d’une stratégie diplomatique réfléchie. C’est au mieux un acte manqué.

 

 

17 septembre

 

Il n’aura pas fallu longtemps pour que l’on découvre en Europe que le gentil Monsieur Biden a une vision tout aussi étroite de la géopolitique mondiale que son illustre prédécesseur Barack Obama (dont il fut le servile vice-président).

Après la pitoyable sortie des États-Unis d’Afghanistan, l’administration Biden, avec le prétexte de se renforcer dans le Pacifique face à la Chine, a donc rallié Britanniques et Australiens en torpillant au passage (c’est le cas de le dire…) un contrat français pour la fourniture de sous-marins à l’Australie. Joe Biden s’est appuyé là sur deux personnages sulfureux, Boris Johnson, bien sûr, et le Premier ministre australien, Scott Morrison qui s’était illustré par le passé avec son soutien indéfectible pour la production de charbon. Il se reforme là un bloc anglo-saxon profondément hostile à l’Europe. Au lieu d’unir face à la Chine, on préfère diviser !

C’est là, bien sûr, une gifle pour la France, mais il en eût été de même si l’Allemagne avait remporté le contrat. La malheureuse réalité est celle de l’indifférence totale des États-Unis pour une Europe qu’ils piétinent allègrement. Au moins, avec Trump les choses étaient claires. Mais Biden, comme Obama, préfère l’ambiguïté : l’hypocrisie des discours la main sur le cœur et les coups fourrés par derrière. L’Europe n’a rien à en attendre.

 

 

15 septembre

Les trois dernières décennies du XXe siècle furent marquées en France par la réussite de quelques groupes familiaux fortement marquée par des figures d’entrepreneurs : Francis Bouygues, Marcel Dassault, Jean-Luc Lagardère et un peu plus tard Bernard Arnault, François Pinault et Vincent Bolloré. Partis de leurs métiers d’origine, ils ont construit des groupes souvent tentaculaires présents en particulier dans les médias tandis que leurs familles prenaient quelques lettres de noblesse dans l’art ou les vignobles.

La France retrouvait là un capitalisme familial qui avait presque disparu dans l’après-guerre à quelques exceptions près (Michelin, Peugeot…). Mais voilà, les fondateurs vieillissent ou même disparaissent. L’heure est celle des héritiers. Leur tâche n’est pas facile tant souvent la figure du père demeure prédominante. Certains s’en sont fort bien sortis (Bouygues, Pinault), d’autres sont encore « en formation » (Arnault, Bolloré). Mais voilà l’un d’eux qui vient de sombrer. On ne peut en effet anticiper ce qu’il adviendra de l’OPA de Vivendi sur Lagardère tant les obstacles en matière de concurrence vont en faire un parcours complexe qui ne se conclura au mieux que fin 2022. Mais une chose est sûre, le groupe Lagardère n’existe plus et dans le pire des cas ses pépites seront vendues à l’encan. Triste fin pour la brillante aventure lancée par Jean-Luc Lagardère et que son pâle héritier a contribué à saborder. Il va pouvoir maintenant faire ce qui lui réussit le mieux : vivre de ses dernières rentes !

 

 

13 septembre

 

En ces temps de rentrée, le mot de pénurie fait la une des journaux et autres radios. Il y a bien sûr les hausses de prix de nombre de matières premières et surtout plus récemment de produits agricoles (blé dur, café…). Il faut compter par ailleurs sur des augmentations de 20 à 30 %, voire plus pour papiers, cartons, plastiques sans oublier le bois ou l’acier.

Mais là n’est pas l’essentiel tant le véritable goulot d’étranglement responsable de « pénuries » se situe au niveau de la logistique et plus précisément dans le transport maritime par conteneurs. La crise n’est pas nouvelle, mais elle ne cesse d’empirer tant en termes de tarifs que de délais. Il faut maintenant compter bien plus de $ 10 000 pour expédier un « 40 pieds » d’Asie vers l’Europe ou l’Amérique du Nord. Mais si les prix ont quintuplé, les délais ont au moins doublé : nombre de ports sont saturés, les navires attendent au large, les flux de conteneurs vides sont perturbés. Les armateurs eux-mêmes commencent à s’en préoccuper : ainsi CMA-CGM et Hapag Lloyd viennent d’annoncer le gel de leurs tarifs (aux niveaux actuels quand même…). Ce sont toutes les chaînes d’approvisionnement en biens manufacturés « made in Asia » qui se trouvent bouleversés et on ne peut espérer de retour à la normale avant 2022. Voilà en tout cas une bonne occasion de prendre conscience de ce Talon d’Achille de la prospérité occidentale.

 

 

11 septembre

 

Vingt ans après ! Les images sont toujours là de ces deux avions percutant les tours jumelles du World Trade Center de New York. Le monde découvrait alors avec horreur Ben Laden et la folie de l’islamisme, jusque-là limité à quelques pays lointains du Moyen-Orient à l’Afghanistan. Le « choc de civilisations » prophétisé par Samuel Huntington était bien là et la « fin de l’histoire » imaginée par Francis Fukuyama était oubliée (pour reprendre les titres de deux livres majeurs de cette époque).

Vingt ans après… et l’islamisme est toujours là. Les talibans sont de retour à Kabul et Daesh a dépassé en horreur Al-Qaeda. Certes, les États-Unis ont tenu une part de leur vengeance en retrouvant et abattant Ben Laden au Pakistan. C’est là malheureusement leur seul succès tant ils n’ont apporté que chaos et dévastation en Afghanistan, en Irak et même indirectement en Syrie. Au passage, ils y ont perdu toute crédibilité et ont laissé l’Europe en première ligne face à un islamisme plus virulent que jamais.

À l’époque, sous le choc, nombre d’analystes pensaient que 9/11 marquerait une rupture profonde : « j’ai vu tomber le monde ancien », titrait Alexandre Adler dans un essai publié quelques mois plus tard. En réalité, il n’en fut rien : le monde connut même au lendemain de 9/11 un sursaut de croissance, les États-Unis sortirent de récession et la troisième révolution industrielle favorisa sept années supplémentaires d’euphorie économique et financière jusqu’à la crise de 2008.

Le XXe siècle ne se termina pas en ce 11 septembre 2001, mais plutôt quelques semaines plus tard en novembre à Doha lorsque la Chine devint membre de l’Organisation mondiale du Commerce. Et ce n’est pas un hasard si la Chine aujourd’hui se précipite pour tirer quelques marrons du brasier afghan.

Vingt ans après, l’Occident, plus sécularisé que jamais, doute, les printemps arabes sont oubliés et les foules musulmanes restent silencieuses face à un islam d’un autre âge. Le rêve d’une mondialisation heureuse d’une fin de l’histoire puisque « les peuples heureux n’ont pas d’histoire » s’est dissipé. Un peu partout, des guerres de religion ensanglantent le monde et ses banlieues. Du haschich des « assassins » à l’opium, cher à Karl Marx, les excès des fanatiques ont prospéré sur les inégalités et la désespérance économique.

Vingt ans après, rien n’a changé…

 

 

10 septembre

 

L’hommage national aux Invalides pour Jean-Paul Belmondo a-t-il un sens ? Franchement non et ce n’est pas là remettre en cause la carrière de l’intéressé, l’empathie qui fut la sienne et qui en a fait pendant plusieurs décennies une icône du cinéma français. Il est de la même stature que d’autres grands acteurs comme Gabin, de Funès et dans une moindre mesure Noiret, Brasseur, Rich et quelques autres de sa génération (sans oublier Delon, mais qui est toujours de ce monde).

Mais voilà, Belmondo est mort au bon moment, en un instant où la France doute d’elle-même et regarde dans le passé. Belmondo est un enfant des Trente Glorieuses ou du moins de ces dernières années durant lesquelles il n’était pas désagréable de contester la société tout en profitant de la croissance. Il connut ses premiers succès avec la « Nouvelle vague », mais rapidement enchaîna des réussites commerciales certes sympathiques, mais qui pour la plupart furent vite oubliées.

 

 

En 2021, la France se cherche et a besoin de symboles de son unité, de son existence même. La mort de Jean-Paul Belmondo était une occasion unique de réunir les Français, des gilets jaunes aux insoumis, autour d’un homme et, au-delà, de l’image d’une France « rebelle et fidèle ». Emmanuel Macron a bien compris quel profit politique il pouvait tirer de cette sacralisation du décès de Jean-Paul Belmondo. L’intéressé n’avait plus son mot à dire…

 

25 août

 

Joe Biden reste ferme dans ses bottes et c’est bien le 31 août que le dernier soldat américain quittera l’aéroport de Kabul. Les membres du G7 n’ont obtenu aucun délai de la part des États-Unis. Il n’y aura pas de rémission dans cette véritable débâcle qui est aussi celle des Occidentaux pour la plus grande joie de la Chine, de la Russie et de l’Iran. Les talibans profitent de la situation pour durcir leurs positions et limiter drastiquement l’exil des Afghans. Ceux-ci n’ont de toute manière guère où aller tant les portes se ferment au-delà de quelques bonnes paroles. Dans peu de jours, le rideau va tomber même si les combats se poursuivent dans quelques vallées perdues.

Malgré le problème ouïghour, la Chine va chercher à placer ses pions et on parle déjà des ressources minières afghanes (terres rares, cuivre…). Avec l’Iran chiite, les relations promettent d’être plus complexes. Mais qu’en sera-t-il de la négociation en cours sur le dossier nucléaire entre les États-Unis – décrédibilisés – et l’Iran – radicalisé ? La parole américaine a-t-elle encore quelque poids, quelque valeur ?

Au-delà, il reste la chape de plomb qui s’abat sur le peuple afghan, la désespérance de ceux et celles qui vont regarder les derniers avions occidentaux quitter Kabul.

 

 

23 août

 

En France, c’est la rentrée politique et avec elle le temps des « universités d’été » et des rendez-vous où – à la mode mitterrandienne – des personnalités qui s’imaginent un destin invitent leurs amis à gravir quelque colline.

À quelques mois de la présidentielle, les yeux sont bien entendu rivés sur les candidatures potentielles et sur l’exercice nouveau des primaires. Celle des Verts est lancée avec quatre candidats. Chez les socialistes, la candidature « naturelle » d’Anne Hidalgo ne semble pas faire l’unanimité. De toute manière, la gauche ne partira pas unie et devrait compter au moins quatre candidats (socialiste, communiste, insoumis, vert) et peut-être plus. À droite, le principe même de la primaire est remis en cause par l’un des principaux candidats tandis que les autres restent l’arme au pied. Tout ceci fait bien sûr le jeu des deux pions majeurs que sont le président de la République et la candidate de la « droite nationale », dont on voit mal aujourd’hui qui pourrait empêcher l’affrontement au second tour en 2022.

Il reste cependant bien des incertitudes, la principale étant celle de la rue et l’improbable convergence entre gilets jaunes et « antivax et pass ». Ce sera à la limite la vraie rentrée, celle des samedis et de la tentation des Français de s’éloigner un peu plus des joutes politiques traditionnelles. Inquiétant…

 

 

21 août

 

Longtemps, le prix du minerai de fer fit l’objet de négociations annuelles entre mineurs et sidérurgistes. Ce système fut balayé en 2008 par la montée en puissance de la Chine dont la croissance de la production d’acier s’est nourrie d’importations qui ont maintenant largement dépassé le milliard de tonnes en provenance pour l’essentiel d’Australie et du Brésil. Depuis une dizaine d’années, le prix du minerai de fer dont la référence est la tonne à 62 % de teneur coût et fret port chinois (Qingdao) fluctue au jour le jour avec une influence grandissante des marchés à terme chinois.

Début 2020, la tonne de minerai de fer valait moins de $ 80, un prix déjà confortable pour les mineurs dont les coûts de production – fret compris – n’excèdent pas en Australie les $ 30. La reprise chinoise et la croissance de la production d’acier (+ 11 % encore au premier semestre 2021) ont propulsé les cours au plus haut début mai à plus de $ 230 et ils étaient encore supérieurs à $ 210 en juillet. Les mineurs ont poussé leurs feux alors que la demande chinoise commençait à plafonner à la suite de mesures prises par les autorités en matière d’environnement. Résultat, dans le courant du mois d’août, le marché a perdu quelques $ 80 et la tonne est même tombée le 19 août à $ 132 ! Au même moment, les taux de fret flambaient.

Pareille instabilité pour un pondéreux comme le minerai de fer est nouvelle et illustre bien la « commodisation » des marchés dont il faut prendre conscience tout au long de filières de plus en plus mondialisées.

 

 

18 août

 

Sécheresse au Canada, pluies dans le nord de l’Europe et puis surtout gelées historiques au Brésil où il a même neigé ! Le résultat de ces intempéries, ce sont des révisions drastiques des prévisions de productions mondiales de blé, de café et de sucre et puis bien entendu des hausses de prix qui concernent donc presque toute la table du petit déjeuner ! Il faut y ajouter la situation tendue du blé dur, utilisé dans la semoulerie et les pâtes alimentaires.

Dans un climat de tension sur les marchés de matières premières, ces accidents climatiques tombent à pic. Au moment où un certain ralentissement chinois provoque un affaiblissement général des prix des matières premières, les produits agricoles assurent le relais dans un climat d’anxiété provoqué par les hausses de prix anticipées pour la rentrée.

Ceci étant, il faut relativiser, le blé tendre ne pèse que 7 à 8 % du prix du pain. Quant au blé dur, il ne représente au plus que 30 % du prix de nos chères « nouilles ». Enfin, la hausse des prix du café (autour de $ 2 la livre) reste de l’ordre du rattrapage.

La vraie question est celle de l’appétit chinois dans les mois à venir : céréales, soja et oléagineux, viandes et produits laitiers dépendent toujours plus des humeurs de l’Empire du Milieu.

 

 

16 août

 

Le 16 août 2021 devrait rentrer dans l’histoire des États-Unis au même titre – honteux – que le 30 avril 1975. Ce jour-là, le dernier président sud-vietnamien (nommé deux jours plus tôt, car celui qui avait dirigé le pays, Nguyen Van Thieu, avait fui dès le 21 avril) remit les clefs du palais présidentiel de Saïgon au FLN et au Nord-Vietnam. Ce jour-là, la panique régnait sur l’aéroport de Tan Son Nhut et des hélicoptères faisaient la rotation depuis l’Ambassade des États-Unis et le toit d’un immeuble occupé par la CIA. Deux ans plus tôt, en janvier 1973, avaient été signés les Accords de Paris actant du retrait américain. Les États-Unis avaient continué à soutenir financièrement et en matériel militaire le Sud-Vietnam et poursuivirent un temps leurs opérations aériennes. Mais miné par la corruption et la mal-gouvernance, le régime sud-vietnamien fut balayé en à peine deux années. Les États-Unis en sortirent humiliés et ne purent que pleurer leurs 58 000 morts et leurs 300 000 blessés. Ce fut paradoxalement la dernière grande victoire du communisme alors que le monde soviétique allait s’enliser dans la gérontocratie et qu’en Chine, au lendemain, quelques mois plus tard, de la mort de Mao, une nouvelle voie ne tarderait pas à être ouverte par Deng Hsiao Ping, une voie d’ailleurs que suivrait le Vietnam avant la fin du siècle.

Voilà donc l’histoire qui se répète en Afghanistan. Vingt ans déjà que les États-Unis y ont renversé le régime des talibans, coupable d’avoir soutenu Oussama Ben Laden et les attentats du 11 septembre. Vingt années qui se sont révélées d’une bien cruelle inefficacité dans la tentative de construction d’une démocratie afghane. À Kabul, les gouvernements n’ont tenu que grâce au soutien militaire occidental, et surtout américain. L’effort de création d’une armée afghane, équipée des matériels les plus sophistiqués, fut manifestement un échec. À la tête du pays, Hamid Karzai fut un peu l’équivalent de Nguyen Van Thieu. Expert en manipulations ethniques et tribales, il chercha, au prix de la corruption, à maintenir un fragile équilibre entre factions et seigneurs de la guerre. Des fanatiques aux pieds nus ont balayé tout cela. Le château de cartes s’est effondré deux mois à peine après la décision américaine de retirer les troupes d’Afghanistan, un mois à peine avant l’échéance qui avait été fixée symboliquement au 11 septembre. Le 15 août, le dernier président afghan s’est enfui en abandonnant son peuple. L’aéroport de Kabul est plein d’une foule en panique tout comme l’avait été celui de Saïgon et on retrouve la même noria d’hélicoptères.

Une fois de plus, les États-Unis ont trahi leurs alliés, ou du moins les impératifs de la politique intérieure américaine l’ont encore emporté sur leurs engagements internationaux. En 1972/1973, Richard Nixon visait sa réélection et faisait face à une forte opposition à la guerre au Vietnam. Après la crise du Watergate, son pâle successeur, Gerald Ford, ne disposait d’aucune marge de manœuvre face au Congrès.

Joe Biden, quant à lui, se situe dans la droite ligne de Barack Obama et de Donald Trump qui, pour des raisons différentes, ont poursuivi la même politique de retrait des troupes américaines que ce soit en Irak, en Syrie et maintenant en Afghanistan. Rien sur le plan militaire ni financier ne pressait un retrait américain aussi précipité. On est confondu de l’erreur de jugement des services américains – et donc aussi de la Maison-Blanche – quant à la solidité de l’armée afghane. Les États-Unis viennent là de perdre toute crédibilité et ceci aura des conséquences sur bien d’autres terrains, du Golfe à l’Afrique sans oublier les négociations nucléaires avec l’Iran. Et la France, empêtrée à sa mesure, dans un conflit identique au Mali (y compris l’incapacité et la corruption des dirigeants locaux) devra en tirer les conséquences.

Mais pour l’instant, comment ne pas frémir devant la chape de plomb qui va s’abattre sur le peuple afghan, victime de la lâcheté et de la cupidité.

 

 

15 août

 

Il y a cinquante ans, la planète monétaire changeait de régime, sans que nul à l’époque n’en ait vraiment pris la mesure. Richard Nixon, contraint par les difficultés budgétaires liées à la guerre du Vietnam, décidait de mettre fin à la convertibilité du dollar en or. Nul n’imaginait alors qu’il signait là l’arrêt de mort du système de changes fixes qui malgré de nombreuses crises avait formé, depuis le XIXe siècle, la matrice des relations monétaires internationales. Il y avait eu le Gold Standard avant 1914, le Gold Exchange Standard dans l’entre-deux-guerres puis depuis Bretton Woods une sorte de Gold and Dollar Exchange Standard. C’était en fait une pyramide de la confiance. Au sommet, le dollar tenait sa parité de $ 35 l’once. Toutes les autres monnaies se référaient à l’or, mais au travers du dollar, « as good as gold ». Aux États-Unis de respecter leurs équilibres. Pendant vingt-cinq ans, ce fut le cas. En 1971, cela n’était plus possible. Les États-Unis n’avaient plus les moyens d’être les gendarmes monétaires de la planète. Le dollar était leur monnaie, mais de plus en plus le problème des autres. Les tentatives de colmatage échouèrent les unes après les autres tout comme plus tard les accords de concertation entre les banques centrales. L’inimaginable se produisit : la généralisation des changes flottants et avec elle l’explosion des marchés monétaires et financiers mondiaux. 

 

10 août

 

Il arrive ! Son jet privé a atterri au Bourget devant une multitude de journalistes et des supporters en transe. Enfin, la bonne – la grande – nouvelle dont rêvaient Emmanuel Macron et ses ministres. Lionel Messi vient de signer au PSG, une entreprise de football (dans ce cas le terme de club n’a aucun sens) propriété de l’Émirat du Qatar, dont l’effectif est pour l’essentiel international et qui loue un stade parisien pour exercer ses talents…

Le lecteur comprendra que l’auteur de ces lignes n’éprouve que peu d’intérêt pour le football professionnel devenu un marché aux esclave planétaires. Affranchi depuis peu, Lionel Messi a pu se vendre au plus offrant pour un salaire « net » estimé autour de 40 millions d’euros (l’histoire ne dit pas encore si c’est du « net-net fiscal »). Au passage, personne, au pays de l’égalité, ne s’est indigné de ce chiffre, dix fois plus élevé que les émoluments des patrons les mieux payés du CAC 40 ! Mais qu’importe ! En ces temps de crise sanitaire, le peuple a besoin de « jeux » et le football occupe désormais une place démesurée dans l’imaginaire et les rêves français.

Cette démesure « messianique » a néanmoins quelque chose d’inquiétant. Constantinople derrière ses murailles délabrées se passionnait pour les courses de chars entre factions des bleus et des verts. Mais ce fut aussi le temps du déclin…

 

 

9 août

 

Quelques semaines avant la COP26 de Glasgow, le GIEC publie son rapport, ou du moins la première commission du GIEC diffuse-t-elle son rapport qui actualise – en les assombrissant – les projections des publications précédentes. L’horizon déjà bien noir s’assombrit encore : depuis le XIXe siècle, la température moyenne du globe (océans compris) a augmenté de 1,1° et de 0,1° depuis 2013. Les prévisions d’hier sont déjà caduques et la situation devrait empirer sur les trente prochaines années. Bien entendu, certains ne se privent pas de critiquer la méthode du GIEC, cette immense compilation de tous les travaux existants. Mais les conclusions elles-mêmes sont presque irréfutables et chaque jour qui passe en est la triste preuve.

L’intérêt de ce rapport est aussi d’insister sur le rôle joué dans l’évolution climatique par le méthane, infiniment plus dangereux que le CO2. On touche là l’industrie, mais aussi l’agriculture, en particulier l’élevage de ruminants. Tout ceci met en tout cas en évidence le fait que ce sont toutes les formes de l’activité humaine qui sont concernées et que tous les champs sont étroitement dépendants les uns des autres.

Ce nouveau cri d’alerte aura-t-il un impact sur les négociations internationales à venir au-delà de quelques déclarations solennelles ? On peut l’espérer, mais le doute est permis.

 

 

7 août

 

L’Église catholique a toujours du mal à gérer l’héritage de cette véritable « révolution culturelle » que fut, il y a plus d’un demi-siècle, le concile Vatican II. Jean-Paul II puis Benoît XVI avaient essayé de limiter l’impact du schisme lefebvriste en autorisant le maintien en certains lieux de l’ancienne liturgie, dite tridentine. Benoit XVI en avait même élargi l’utilisation dans un cadre laissé à la discrétion des évêques. Dans nombre de pays, comme la France, le dynamisme des « tradis » contrastait avec le vieillissement des héritiers de Vatican II. Ce retour de la « tradition » se marquait à nombre de détails comme le port de la soutane ou la disparition des petites filles parmi les enfants de chœur. Certes, c’est dans ce vivier que se trouve désormais une bonne partie des vocations à la prêtrise, mais face à la déchristianisation qui frappe le monde occidental, l’impression est celle d’une église qui se replie sur son précarré, celui d’une bourgeoisie conservatrice aux antipodes de l’église missionnaire qui est celle dont rêve encore le pape François.

Sans doute est-ce pour cela qu’il a décidé de recadrer l’exercice des rites antéconciliaires en rappelant qu’ils ne sont que des exceptions et en aucun cas un droit. Certains pensent qu’il est allé trop loin en poussant même au schisme. Mais bien au contraire, c’est un signal fort qui montre que l’Église – institution bimillénaire – est dirigée dans la charité, mais aussi la fermeté.

 

 

6 août

 

Bien des films sont les témoins de leur époque et leur succès est lié à l’attente des spectateurs. Il en fut ainsi en 2000 d’Amélie Poulain. La France était alors heureuse, rêvait du partage du travail grâce aux 35 heures, réalisait 4 % de croissance et avait même gagné la Coupe du Monde de Football. Amélie voulait qu’autour d’elle chacun soit heureux et sa petite chanson a été longtemps fredonnée avec conviction.

Peut-être en sera-t-il de même d’Annette, la comédie musicale qui a fait l’ouverture du Festival de Cannes. En ces temps de pandémie et de controverse sur la vaccination, le film de Léo Carax est parfaitement glauque, suintant de désespérance. L’image est sombre, la nuit presque partout présente. L’enfant du couple est une marionnette qui ne prend chair que dans les derniers instants, ceux du jugement.

 

L’auteur de ces lignes ne peut se permettre de juger des qualités cinématographiques ou musicales de ce film d’un noir pessimisme. Mais il est bien le fruit d’une période de doute, d’incertitudes sanitaires, climatiques, économiques. Il est bien loin le temps de la gentille Amélie Poulain et de sa valse à quatre sous. L’humanité n’est plus que ce pantin qui nous regarde de ses yeux vides. Glaçant…

 

 

10 juillet

 

Il y a un peu plus de cinquante ans, fascinés par « Les cavaliers » le roman de Joseph Kessel, nous étions nombreux à rêver d’Afghanistan, à préparer même le raid en 2CV Paris Kabul Paris. C’était alors un temps heureux lorsque les cerfs-volants flottaient librement au-dessus de ce qui était encore le petit royaume d’Afghanistan.

Depuis l’Afghanistan n’a plus jamais connu la paix, depuis ce jour de Noël 1979 où les troupes soviétiques l’envahirent. En dix ans, l’Afghanistan creusa un peu plus le tombeau de l’URSS. Puis ce fut le règne des talibans et des seigneurs de la guerre. Enfin, en réaction au 11 septembre, il y a vingt ans, l’intervention occidentale, mais surtout américaine se solde aujourd’hui par un cuisant échec et par le retrait des dernières troupes américaines décidé par Joe Biden.

La seule présence américaine (et de quelques alliés) limitée en fait à 10 000 hommes avait maintenu quand même les talibans aux portes des grandes villes sans pour autant parvenir à faire émerger une classe politique crédible au-delà des fractures ethniques et religieuses.

Selon toute probabilité, les talibans vont prendre le pouvoir, balayer les derniers lambeaux de la démocratie afghane et instaurer leur ordre.

Ce sont des larmes qui coulent maintenant des cerfs-volants de Kabul et il ne nous reste que le souvenir des « Cavaliers » et l’ombre des Bouddhas de Bamyan et puis aussi bientôt des dizaines de milliers de réfugiés afghans qui se presseront aux portes de l’Europe.

 

 

7 juillet

 

La France est un pays extraordinaire et les petits Français de véritables génies. Pensez donc plus de 95 % des candidats ont obtenu leur baccalauréat dès le premier tour et le rattrapage devrait encore permettre d’y rajouter quelques pour cent supplémentaires. La grande innovation de l’année était un « grand oral » et l’auteur de ces lignes n’a entendu de parents et d’enfants d’amis que des notes de 20/20 ! De véritables génies… ou bien le lamentable chant du coq d’un examen bicentenaire. Certes, le Covid a aggravé la chose, mais la dérive était bien là depuis le triste Mr Chevènement et son objectif de porter une génération entière au « bachot ».

Cette pantalonnade vite oubliée, les choses sérieuses se retrouvent dans les passerelles compliquées de Parcoursup. Le baccalauréat n’existant plus — de facto — c’est sur l’enseignement supérieur que repose la charge de la sélection. En soi, c’est une bonne nouvelle, mais encore faut-il s’y préparer. D’habitude, en effet, on écrème en fin de première année : une année perdue pour beaucoup d’étudiants mal orientés. Chaque établissement doit désormais faire sa sélection à l’entrée, ce qui n’est pas une mince affaire et ne peut s’improviser avec les algorithmes absurdes dont Parcoursup a le secret. Ce sera pour 2022… dans le meilleur des cas.

Quant au baccalauréat, oublions-le, c’est ce que l’on peut faire de mieux.

 

 

6 juillet

 

C’est désormais le pétrole — et plus largement l’énergie — qui retrouve sa place de « vedette » sur les marchés de commodités. La rupture des discussions au sein de l’OPEP+ a poussé le baril de Brent à près de $ 80. Pendant ce temps-là, Gazprom en réduisant un peu ses livraisons en Europe a amené les prix européens du gaz naturel à leur plus haut depuis treize ans tandis qu’en Asie les prix du GNL restaient à des niveaux élevés. Enfin en Chine, charbon vapeur et charbon à coke battaient de nouveaux records malgré tous les efforts des autorités chinoises.

Dans le cas du pétrole, il pourrait ne s’agir que d’un mouvement d’humeur émirati face au grand frère saoudien. Pour l’instant, l’OPEP+ a très bien géré la sortie de la crise pétrolière de 2020. Soutenue par la croissance et un grand vent d’optimisme dans les pays développés (« On the road again ! ») la consommation mondiale de l’OPEP+ est en nette reprise. Le retour progressif à la normale des quotas de production est équilibré et pourrait même permettre d’accueillir — le cas échéant — le pétrole iranien. La stratégie de l’Arabie saoudite est manifestement de maintenir le baril autour de $ 70 afin de prévenir un retour du pétrole de schiste américain, pour l’instant fort discret en termes de nouveaux investissements (au contraire même les « majors » s’en dégagent). Il faut quand même aussi rappeler que le marché du pétrole est excédentaire — en termes de capacités de production — de quelques 10 millions de bj. Pour le gaz naturel et le charbon, les tensions actuelles ont un incontestable parfum géopolitique. En Europe, en effet, Gazprom, qui va bientôt disposer du Nordstream II, profite d’un niveau de stocks relativement faible pour faire sentir à ses clients leur dépendance alors que les cargaisons de gaz naturel liquéfié se dirigent à nouveau vers l’Asie et de plus en plus vers la Chine, devenue en mai le premier importateur mondial de GNL. Mais ce gaz ne remplacera pas pour l’instant le charbon dont les prix ont d’autant plus flambé que les relations entre Chine et l’Australie se sont un peu plus refroidies.

Un produit par contre continue de circuler en abondance entre la Chine et l’Australie : c’est le minerai de fer pour lequel l’appétit chinois semble insatiable. En mai, l’Empire du Milieu n’a-t-il pas produit près de 100 millions de tonnes d’acier et la demande est telle que les prix de l’acier tant en Chine que dans le reste du monde sont à des niveaux record. En ce qui concerne le minerai de fer, la tonne rendue Chine (62 %) demeure confortablement au-dessus de $ 200, soit cinq fois les coûts de production et de fret des producteurs australiens de Pilbara.

C’est que la reprise économique en V, plus marquée qu’on ne s’y attendait, a entraîné des pénuries physiques de nombre de matériaux et donc des hausses de prix : on a beaucoup parlé du bois d’œuvre aux États-Unis, mais en réalité c’est toute l’industrie forestière qui est affectée ; ainsi le prix des cloisons en aggloméré est passé de moins de $ 100 à $ 600 les mille pieds planche. Acier, bois, matières plastiques, semi-conducteurs et bien sûr métaux non ferreux à l’image du cuivre, de l’étain, de l’aluminium et de toute la gamme des métaux touchés de près ou de loin par la transition énergétique, toutes les matières premières industrielles sont de la fête. Mais là, il faut aussi tenir compte d’une dimension spéculative, de l’anticipation par les marchés d’une demande qui n’est pas encore concrétisée. Remarquons d’ailleurs que pour nombre de ces produits, il semble bien que le point haut des tensions soit déjà passé depuis maintenant quelques semaines : à Chicago, le « lamber » est retombé de $ 1 600 à $ 750.

C’est manifestement aussi le cas des produits agricoles. Les marchés mondiaux pour les céréales et les oléagineux ont culminé en mai avant que ne se confirment les excellentes perspectives de la campagne 2021/2022. Le monde devrait battre des records de production et satisfaire même les besoins chinois (qui eux-mêmes pourraient être un peu en retrait par rapport à 2020/2021). Bien sûr, un accident climatique est toujours possible et il faudra suivre avec attention la pluviosité de l’été dans les grandes plaines américaines productrices de maïs et de soja. Mais pour l’instant, l’orientation des marchés à la baisse est très claire. Seul le café avec la perspective d’une « année-sans » au Brésil, devrait échapper à ces perspectives baissières.

On le voit, on est loin du débat incontournable du moment sur un nouveau « Supercycle ». Pour nombre de marchés, la phase d’atterrissage a commencé et il faut même craindre que celui-ci n’ait rien de « soft ». Elle est retardée cependant par des goulots d’étranglement logistiques. L’engorgement du trafic maritime mondial — en particulier des conteneurs — se poursuit avec des ports saturés (Los Angeles, Rotterdam…) et des tarifs qui sur certaines lignes ont plus que décuplé.

En ce début d’été 2021, le monde est confronté à un paradoxe. On veut oublier la pandémie, croire qu’elle est derrière nous que la vaccination a tout réglé, alors même que de nouveaux variants apparaissent, que des pays entiers basculent à nouveau dans le confinement, que d’autres s’y préparent. Du point de vue économique la page serait tournée et la « crise de 2020 » presque oubliée. Les marchés, par le dynamisme de la demande, ont bien reflété cet optimisme, et on sent même une certaine euphorie estivale. Mais celle-ci reste bien fragile tant les retournements de la pandémie peuvent être brutaux.

 

Les marchés de matières premières et de commodités reflètent au fond ces incertitudes, le chaud et le froid, « l’obscure clarté » plus que jamais d’actualité.

 

21 juin

 

Malgré l’abstention massive, les résultats des élections régionales méritent l’attention tant ils illustrent un paradoxe : les deux partis qui ont le plus souffert par rapport à leurs attentes sont ceux des deux candidats dont on attend l’affrontement au second tour de la présidentielle de 2022. À eux deux, le Rassemblement National et En Marche ne regroupent guère que 30 % des votes exprimés. L’échec est patent pour le RN qui n’entretient plus d’espoir que dans la conquête d’une région, PACA, surtout si la liste de gauche se maintient. Pour En Marche, l’absence d’un tissu militant sur le terrain limitait bien sûr les ambitions, mais la défaite dans les Hauts de France, malgré l’envoi de cinq ministres, est bien cruelle. Si les Verts ont profité de la situation telle n’a pas été la chance des Insoumis ni même de la gauche « classique » sauf là où existaient de puissantes baronnies locales. La droite conforte son emprise territoriale, mais ne s’en trouve guère plus avancée, son ordre de bataille pêchant par pléthore de candidats qui, à partir de leurs fiefs, rêvent de conquête nationale.

Le seul avantage de cette élection régionale est quand même d’avoir un peu ouvert le jeu. Le duel attendu s’en trouve retardé, l’échiquier politique peut encore évoluer ce qui serait une bonne chose pour un exercice démocratique qui manifestement ne passionne guère les Français.

 

 

20 juin

 

Deux pays dans le monde – au moins – tenaient ces jours-ci des élections et dans un cas comme dans l’autre l’abstention a atteint des niveaux historiques. Ceci étant, les 52 % d’abstention aux élections présidentielles en Iran peuvent être interprétés comme un véritable sursaut démocratique de la part d’une population qui refusait l’élimination sur le papier des candidats les plus ouverts à la libéralisation de la société. Ebrahim Raissi, un faucon désigné par le guide suprême, Ali Khameini, l’a emporté avec 62 % des suffrages de moins de la moitié des électeurs.

En France, un tiers seulement des électeurs ont voté pour les départementales et régionales. On peut expliquer ce lamentable score par la complexité du mille-feuille administratif français et par l’incompréhension de la part des électeurs pour le fonctionnement de ces échelons locaux et intermédiaires de la démocratie en France. Pandémie, déconfinement et même canicule ont aussi éloigné des urnes en ce dimanche. Mais quand même ! Quand on pense à tous ces pays où l’on rêve de voter librement pour des candidats de son choix que ce soit en Iran, mais aussi en Russie, à Hong Kong et en tant d’autres pays où la démocratie est bafouée, l’attitude française est indigne et bafoue deux siècles d’histoire et de conquête du suffrage universel. Et Montesquieu aurait eu là la matière à une « lettre persane » bien cruelle.

 

 

17 juin

 

Si le baccalauréat n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut, il reste l’épreuve de philosophie qui se tenait aujourd’hui en présentiel. La France est le seul pays à donner ainsi pareille place à la réflexion fondée – on l’espère – sur la lecture de quelques bons auteurs.

Au vu des sujets sur lesquels ont philosophé nos chères têtes blondes ce matin, le jeu en vaut la chandelle tant les thèmes choisis prenaient une résonance particulière dans les temps que nous vivons.

Pour le baccalauréat général, l’auteur de ces lignes, un brin prospectiviste, aurait aimé répondre à la question « Sommes-nous responsables de l’avenir ? », un sujet qui colle parfaitement avec les interrogations de la jeunesse face à l’avenir de notre planète. Un autre sujet pouvait aussi inspirer en ces temps de gilets jaunes : « Discuter, est-ce renoncer à la violence ? ». La question se pose pour tous et est même au cœur des prochaines élections (manifestement boudées pourtant par le corps électoral…). Les bacheliers technologiques pouvaient répondre à une question presque identique et s’interroger « s’il est injuste de désobéir aux lois ».

Mais le plus beau sujet là aussi pour les bacheliers techniques était « Savoir, est-ce ne rien croire ? ». Il y avait là une merveilleuse copie à rendre sur l’éternel dilemme entre foi et raison, entre science et croyance.

Oui, la philosophie est utile et pour cette seule épreuve, le bac conserve quelque légitimité.

 

 

16 juin

 

Joe Biden débarque en Europe : réunion du G7 en Cornouailles, visite à la reine d’Angleterre, réunion de l’OTAN à Bruxelles et enfin rencontre avec Poutine à Genève. L’Europe lui fait grand accueil tant son attitude semble trancher avec celle de son prédécesseur.

Vu des États-Unis, l’Europe ressemble un peu à l’Italie du Trecento : une mosaïque d’États, de seigneuries et surtout de cités jalouses de leurs libertés et de leurs privilèges. L’Italie était alors partagée entre guelfes et gibelins, partisans de la papauté et partisans du Saint-Empire. Régulièrement, l’empereur allemand descendait en Italie pour s’assurer de la fidélité de ses vassaux et partisans. Joe Biden vient de faire un peu la même chose en descendant en Europe. Du G7 à l’OTAN, il a réaffirmé l’engagement de l’empire américain en tant que fer de lance des démocraties et a rassuré ses alliés les plus tièdes, ceux qui ne pensent que prospérité économique comme l’Allemagne qui joue un peu le même rôle et la même partition que Venise dans l’Italie du début de la Renaissance, le commerce et les affaires avant tout.

Les États-Unis donc champions des démocraties et en face la Chine dans un nouveau partage du monde qui rappelle un peu celui de l’Europe, cette fois au lendemain du traité de Westphalie en 1648. La Chine tisse en effet sa toile en champion des despotismes plus ou moins éclairés. Les Nouvelles Routes de la Soie dessinent de plus en plus un espace de clients et d’alliés de la Chine annexant peu à peu la Russie de Poutine, l’Iran des ayatollahs, la Turquie d’Erdogan, nombre de régimes africains et même en Europe des pays comme la Hongrie d’Orban.

L’affrontement États-Unis-Chine devrait être la grille de lecture majeure des années à venir. Comme au temps de la guerre froide, ceci ne devrait pas dégénérer en conflit direct. Taïwan, en face de la Chine sera certainement un abcès de fixation majeur, un peu comme Cuba le fut dans les années soixante face aux États-Unis. Mais on peut douter que la Chine tente là quelque débarquement à la manière de celui de la baie des Cochons. La réalité sera plutôt celle d’affrontements par alliés interposés comme celui qui oppose aujourd’hui la Chine et l’Australie, la Russie et une partie de l’Europe. Car dans ce « grand jeu », la Russie n’est plus au fond qu’un pion dans la stratégie chinoise.

Imaginons le monde comme un gigantesque plateau de jeu de go. Chaque joueur place ses pions, se constitue des territoires, cherche à envelopper son adversaire. Joe Biden en Europe vient de conforter des territoires qui doutaient, mais l’histoire, celle justement de l’Italie du Moyen-Âge et de la Renaissance nous enseigne que discours et alliances n’engagent que ceux qui les croient. Héritier de cette époque, Machiavel, au tournant du XVe et du XVIe siècle, en aurait fait son miel.

 

 

13 juin

 

C’est à partir d’Orléans quand on remonte vers Paris en traversant la vaste plaine beauceronne que l’on rencontre les premières concentrations majeures d’éoliennes. Majestueuses au-dessus des champs de blé ondulant à perte de vue, elles s’intègrent presque au paysage et l’on se prend à rêver de quelque Don Quichotte qui viendrait les combattre. Mais là, leur présence est moins agressive que celle des lignes à haute tension qui convergent pour alimenter l’ogre parisien.

Des Don Quichotte à vrai dire, il y en a et en bien des régions leur cause est juste, tant perchées sur des coteaux ou des Causses elles dénaturent les paysages pour un résultat qui reste bien médiocre. Le long de la Loire, l’autoroute passe près des gigantesques cheminées de la centrale d’Avoine-Chinon (qui ne dégagent que de la vapeur d’eau et pas un gramme de carbone). Pour en remplacer les quatre réacteurs, il faudrait huit mille « mats », c’est-à-dire presque l’équivalent du parc français qui est de 9 000 éoliennes concentrées pour l’essentiel dans le Nord et l’Est de la France, au cœur des plats pays.

Autrefois, il y avait de petites éoliennes dans les cours de ferme pour actionner les puits, tout comme des moulins jalonnaient les rivières (on parle d’ailleurs au Parlement de supprimer ces moulins pour redonner aux rivières un caractère « sauvage » qu’elles ont souvent perdu depuis… le Moyen Âge, mais c’est là une autre hérésie écologique…). Mais au-delà d’une critique esthétique dont on peut bien sûr discuter les goûts et les couleurs, la mise en avant de l’éolienne ne paraît pas bien raisonnable pour un pays doté comme la France d’un héritage patrimonial à préserver et disposant par ailleurs de la seule énergie vraiment décarbonée… Se battre contre des moulins à vent…

 

 

10 juin

 

Un formidable vent d’optimisme souffle sur la planète. Alors que l’OCDE anticipe un rebond du PIB mondial de 5,8 %, nombre de conjoncturistes ont allègrement passé la barre des 6 % en parlant même d’une « reprise hors du commun », un V bien marqué aux antipodes des U et même L dont on s’inquiétait encore il y a quelques mois. Bien sûr, toutes ces prévisions tablent sur un reflux marqué de la pandémie accompagné de la poursuite de la vaccination. La menace d’une quatrième vague automnale commencerait même à s’estomper.

Chine et États-Unis mènent la charge avec respectivement 9 % et 7 % de croissance attendus en 2021. Pour les États-Unis, ce serait même la plus forte croissance annuelle depuis la Seconde Guerre mondiale. Le baromètre des affaires de Chicago (Chicago Business Barometer) est au plus haut depuis le début du siècle. La croissance pourrait même être plus forte s’il n’y avait pas pour les entreprises des difficultés d’approvisionnement et donc des hausses de prix.

Car les plus belles roses ont des épines et dans le cas présent, la principale épine est désormais l’inflation. Les prix des matières premières ont en effet atteint des niveaux record en ce printemps : les produits alimentaires certes, mais surtout les matières premières industrielles comme le bois, l’acier, les métaux non ferreux. La disponibilité même des produits devient problématique pour répondre à une frénésie de consommation et d’investissements des ménages frustrés par un an de confinement et poussés par des taux d’intérêt qui restent encore à des minima historiques. Le résultat est que l’inflation, un terme oublié de notre vocabulaire ces dernières années, est réapparue : 9 % pour les prix industriels en Chine au mois de mai alors que les exportations chinoises naviguent actuellement à 20 % au-dessus de leurs niveaux d’avant la pandémie. Le gouvernement chinois a fait de la maîtrise de l’inflation son chantier économique majeur. Aux États-Unis, on est sur un rythme désormais supérieur à 4 %. Il reste de moitié moindre en Europe. Des tensions sur le marché du travail sont observées dans nombre de secteurs. Les pessimistes commencent à parler de surchauffe. Et dans ce cas, l’inflation en est le signe et souvent aussi le remède.

Sur la longue période de l’histoire économique, l’inflation a joué un rôle de rééquilibrage entre le capital et le travail. À terme, l’inflation ruine le rentier en diminuant la valeur de l’argent stérile. Mais au passage, elle appauvrit aussi un peu plus les plus pauvres et elle implique donc des politiques sociales encore plus marquées. Et puis, le risque, au lendemain de ce grand rattrapage que nous connaissons aujourd’hui, est celui d’un retour sur terre un peu douloureux, ce que l’on avait connu dans les années quatre-vingt avec la « stagflation » : stagnation + inflation, le pire des mondes ! À nous de l’éviter.

 

 

9 juin

 

Enfin ! Le confinement s’éloigne. Ce soir les terrasses étaient pleines, les restaurants ouverts pour une soirée qui n’en finissait plus (onze heures !) et manifestement les consignes d’espacement et le port du masque étaient quelque peu oubliés. Il y a un an déjà, au sortir du grand confinement, la France avait connu pareille effervescence, mais celle-ci n’avait duré que durant les feux de l’été. Cette fois, les augures médicaux – mais faut-il les croire ? – nous promettent une sortie de crise grâce aux vaccinations et malgré les variants de toutes origines.

La vie « normale » va donc reprendre, mais avec des variantes tant, en fait, des habitudes nouvelles se sont installées autour du télétravail et du « distanciel ». Le retour des citadins se fera lentement et il faudra attendre la rentrée de septembre pour en voir les effets.

Nous avons tous conscience d’avoir vécu une période un peu extraordinaire, hors du temps, un temps qui s’était presque arrêté au point que l’on en vient à regretter ce confinement qui a permis tant de recul alors que les horloges affichaient une nouvelle lenteur.

Bientôt, la vie va reprendre, celle des cafés et restaurants certes, mais aussi la « course » quotidienne que vivent tant de nos concitoyens entre « métro, boulot et dodo ». Ce fut un moment d’oubli qui n’a duré que quelques saisons. Retour au monde réel…

 

 

4 juin

 

Les indices boursiers n’en finissent pas de monter ! Vers la fin du XXe siècle, l’auteur de ces lignes avait parié avec un de ses amis — boursicoteur et « spieler » presque professionnel – que le CAC 40 dépasserait le sommet du Mont-Blanc. Ceci avait valu un dîner mémorable chez Arzac, une des tables à trois étoiles de San Sebastian. Nous avions alors parlé du Kilimandjaro (5891), voire même de l’Everest. Mais en 2003, puis en 2009, c’est à peine si le CAC 40 dépassait le modeste Aneto de nos chères Pyrénées ! Et voilà donc qu’en ce printemps 2021, au lendemain de la pire crise économique qu’ait connu le monde depuis les années trente, à plus de 6 500, le CAC 40 a dépassé le Kilimandjaro et a désormais l’Himalaya en point de mire, avec dans un premier temps l’objectif du record de septembre 2000, juste avant la crise internet, à 6 922 mètres… non-points !

À la différence des montagnards qui n’ont plus de sommets vierges à conquérir, mais quelques faces nord en hivernale, les bourses à l’image de Wall Street ont le ciel devant elles. En soi, c’est rassurant, car ce sont les entreprises, et non l’immobilier et surtout pas l’or, qui sont créatrices de richesse, d’activité et in fine d’emplois. Ceci étant, de telles performances mettent à mal un partage équilibré entre capital et travail, surtout en ce qui concerne les nouvelles étoiles de l’e-commerce comme Amazon qui prospèrent sur la sueur d’un véritable sous-prolétariat.

Les bourses donnent l’impression de vivre dans leur petite bulle. Et le destin des bulles est d’éclater un jour !

 

 

3 juin

 

9,4 % ! La France devrait enregistrer en 2021 un déficit public de 9,4 % d’après le nouveau projet de loi de finances rectificative : 220 milliards d’euros ! En 2020, en pleine pandémie et confinements, on était déjà à 9,2 %. Le précédent record avait été enregistré en 2009, au lendemain de la crise des subprimes, avec 7,2 % de déficit public. En fait, il faut remonter aux années soixante pour retrouver des excédents budgétaires. En l’an 2000, lorsque la croissance française culminait à 4 % et que sur les bancs de l’Assemblée nationale, on accusait le gouvernement de retenir sa « cagnotte », le déficit public resta quand même à 1,3 %. Plus tard, tous les efforts des années 2010 permirent de réduire le déficit de 7 % à 2,3 % en 2018, pour la première fois depuis 2007 au-dessous de la barre mythique des 3 % du traité de Maastricht.

En soi, le déficit public français n’est pas étonnant. Il est un peu plus élevé que les 7,2 % de la zone euro moindre que les 12,1 % du Royaume-Uni, mais les États-Unis de Joe Biden font bien pire avec 13,5 %. Dans le cas français, c’est le résultat du « quoi qu’il en coûte » qui a permis de traverser la pire crise économique depuis les années trente sans conséquences sociales majeures. On pense bien sûr aux mesures prises sur le chômage partiel, mais il faut aussi tenir compte du coût direct de la pandémie en termes de dépenses de santé, évalué à 13 milliards d’euros en 2020 tout comme pour 2021.

Personne, bien sûr, ne conteste la légitimité de ces dépenses ni même leur efficacité, mais leur montant commence à inquiéter. En médecine, on connaît le risque de l’accoutumance aux médicaments. Le problème est que dans le cas français, le malade avait, dès avant la pandémie, de mauvaises habitudes et considérait déjà les 3 % de déficit public comme une sorte de nirvana, là où nos amis allemands, à force de jogging budgétaire, dégageaient des excédents. 9-3, la réalité du dérapage budgétaire français n’est en réalité que de 6 %, ce qui n’a là rien d’exceptionnel et qui reste soutenable surtout en ces temps de taux bas.

Le reflux se fera à partir de 2022 et il devra être mené avec finesse pour éviter un contre-choc économique. Ensuite, il faudra revenir au problème fondamental de la société française : celui de son addiction à la dépense publique qui s’est révélée certes efficace ces derniers mois, mais dont on a vu aussi les limites.

 

Longtemps, on a pu avec quelque ironie, dire que la France était le seul pays soviétique à avoir réussi. C’était il y a longtemps car pour la France aussi, le temps est venu de la chute des murs.

 

 

 

30 mai

 

Rarement, le temps du passé sera venu autant interférer avec le temps présent. Et la relecture de l’histoire se fait bien souvent avec des biais tout aussi accentués que ceux qui prévalaient dans les premiers récits. Le risque est grand, bien sûr, de lire hier avec les yeux d’aujourd’hui. Qui aurait imaginé que cent cinquante ans après, la Commune de Paris pourrait déclencher des rixes entre « cathos » et laïcards !

Il en est de même pour la mémoire de la colonisation. Il faut, bien sûr, saluer la décision allemande de reconnaître enfin le génocide perpétré dans le Sud-Ouest africain (l’actuelle Namibie) par l’armée allemande contre les Herreros. Accuser par contre Christophe Colomb des méfaits de la colonisation espagnole relève de l’absurde et ignore le cas de conscience que les conquêtes provoquèrent pour Charles Quint, illustré par la célèbre controverse de Valladolid. Et oui, l’esclavage est une tâche dans l’histoire de l’humanité, mais tous les peuples – et pas seulement l’homme blanc – le pratiquèrent.

Quant à l’histoire récente, elle est certes mieux connue, mais aussi sujette à des interprétations plus tranchées. Il en est ainsi pour la France de l’Algérie et du Rwanda. Dans l’un et l’autre cas, les décisions prises par les gouvernants ne furent pas les meilleurs, surtout lorsque l’on en fait l’analyse « ex-post ». Mais, du FLN algérien à Paul Kagame, la partie « adverse » n’est guère plus exemplaire et a fait même de la culpabilité de l’autre un fonds de commerce. Comme l’écrivait Raymond Aron, « l’historien appartient au devenir qu’il retrace » mais il doit aussi s’abstraire des controverses du moment.

 

 

27 mai

 

La pandémie recule, les terrasses de café se remplissent et bientôt ce sera le tour des restaurants, cinémas et musées ont rouvert leurs portes. L’été est proche et une forte envie de vacances nous étreint loin, bien loin de ces écrans qui, au nom du télétravail, on fait irruption dans nos intérieurs.

Mais il y a encore une étape à franchir avant la pause estivale : ce sont les élections régionales et départementales qui vont se tenir dans quelques semaines et qui ouvriront l’année politique qui culminera avec l’élection présidentielle de mai 2022. Ce sera en effet l’occasion de mesurer – abstention comprise – le moral des Français, leur vision du « monde d’après » et bien sûr de la capacité des politiques à répondre à ces attentes.

Nous avions assisté avant la pandémie à une confuse révolte de la « France d’en bas » avec un mouvement des gilets jaunes qui commençait à s’essouffler. D’une certaine manière, il rejoignait d’autres contestations autour des inégalités, de l’action climatique, de l’intensité… Pendant quelques mois la pandémie a mis toutes ces graines d’insatisfaction sous cloche sans pour autant les empêcher de germer.

La pandémie a renforcé chez les Français un besoin paradoxal de plus d’État. Paradoxal, car la France était déjà un des pays où la place de l’État et plus largement de l’intervention publique est la plus importante. Mais au travers des pesanteurs de la politique sanitaire et des premiers ratés de la vaccination, on a pris conscience de la sclérose bureaucratique qui avait touché ce qui avait été jusque-là un des fleurons de l’État providence à la française.

En vérité, ce sont aujourd’hui toutes les formes du régalien qui sont malades à l’image de la police et de la justice, de l’éducation et même de l’armée, jusque-là la « grande muette ».

Plus d’États peut-être, sauf en ces périodes de déclaration d’impôts, mais certainement mieux d’État. C’est donc de réformes qu’il faudrait parler, de remises à plat dans nombre de domaines bien au-delà des quelques mesures spectaculaires et quelque peu hâtives annoncées ces derniers jours.

Malheureusement, le temps électoral ne se prête guère aux réformes fortes et cela d’autant plus que les Français veulent à l’image du Guépard de Lampedusa que « tout change pour que rien ne change ».

Ceci ne nous rassure guère sur une scène politique marquée par l’affirmation d’un populisme irresponsable, par éclatement des partis traditionnels sans que parvienne à s’affirmer un véritable courant réformateur mordant sur les extrêmes.

Le galop d’essai des régionales nous en apprendra plus, mais le réveil risque d’en être douloureux et nous faire regarder avec un peu plus d’envie outre-Rhin où l’offre politique est à la fois intelligente et responsable.

 

 

26 mai

 

Publication ce matin du trente-cinquième rapport CyclOpe, une aventure commencée au milieu des années quatre-vingt à l’époque du premier contre-choc pétrolier, des guerres céréalières et de la disparition des accords internationaux de l’étain et du café. Depuis, CyclOpe a connu bien des cycles et des tensions et il est publié alors que nombre de marchés de matières premières battent des records en termes de prix (mais pour la plupart, l’heure du pic semble déjà passée).

La pandémie bat encore son plein dans le monde, mais déjà l’économie a la tête dans le « monde d’après » tirée en particulier par les rebonds chinois et américain au point que l’on commence à parler de surchauffe.

Le sous-titre « littéraire » de CyclOpe est cette année tiré de la tirade du Cid de Corneille : « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » et il reflète bien les difficultés que l’on peut éprouver à « lire » les tendances réelles des marchés. L’inconnue majeure est bien sûr chinoise qu’il s’agisse de l’acier ou des céréales, mais on peut aussi s’interroger sur la politique de l’administration Biden vis-à-vis de la Russie, de l’Iran ou de la Chine.

Car les matières premières restent bien au cœur de toutes les tensions géopolitiques de la planète à l’image des relations de plus en plus orageuses entre la Chine et l’Australie, de l’orge au charbon.

L’instabilité des prix mondiaux est au fond bien à l’image d’un monde qui, après avoir rêvé d’une mondialisation heureuse durant ces trente dernières années, voit se révéler de nouveaux rapports de force entre la Chine et les États-Unis certes, mais bien au-delà autour des ressources d’une planète qui enfin prend conscience de ses limites.

 

 

24 mai

 

L’ouverture à paris de la Fondation Pinault redonne vie à un bâtiment que son précédent propriétaire, la Chambre de Commerce de Paris avait pratiquement laissé en friche. Ce fut à l’origine, la Halle aux Grains puis la Bourse du Commerce. On traitait là les affaires de marchandises et ce fut à partir du XIXe siècle le centre du quartier du commerce des grains. Tous les jeudis, courtiers et négociants se réunissaient pour établir la « cotation de Paris » du blé et autres céréales. Il y a quelques années encore, on y tenait des « bourses » qui étaient une occasion pour les professionnels de se retrouver alors que déjà dominaient les écrans. Au fond, une fois traversée la rotonde, on trouvait encore dans les années soixante-dix les corbeilles des marchés à terme, ceux du café, du cacao et bien sûr du sucre qui défraya tant la chronique lors de la fermeture du marché en 1974 qui donna matière au roman de Georges Conchon et à un film où l’on voyait Piccoli et Depardieu fouler les planchers de la Bourse de Commerce. À propos de film, comment oublier le « western » de Marco Ferreri « Touche pas à la femme blanche » où la bourse devient le quartier général de la cavalerie américaine qui charge dans le trou des Halles voisin !

Tout ceci est bien éphémère à l’image de la statue de cire présentée lors de l’inauguration et qui devrait s’effacer lentement. Le marché de l’art remplace ainsi celui des grains et des produits tropicaux. François Pinault trouve là, en tout cas, une belle utilisation d’une fortune à laquelle tous les contribuables français ont un peu participé, via la Chapelle Darblay !

 

 

23 mai

 

En ce dimanche de Pentecôte, la liturgie catholique offre la lecture d’un passage célèbre du Livre des Actes des Apôtres dans lequel Luc énumère toutes les nationalités qui se trouvaient ce jour-là à Jérusalem et qui purent comprendre les apôtres dans leur langue : « Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie et de la Cappadoce… de l’Égypte et de Libye, Romains de passage… Crétois, Arabes ».

C’était à Jérusalem, au milieu donc du premier siècle, sous protectorat romain. Certes, tout n’était pas rose et les tensions se transformèrent plus tard en révoltes. Le gouverneur romain préférait d’ailleurs séjourner à Cesarée, mais à Jérusalem donc, cohabitaient maintes nationalités et probablement aussi croyances.

Il y a aujourd’hui à Jérusalem des juifs de toutes origines, des Palestiniens musulmans et chrétiens et quelques autres minorités comme les Druzes. Il n’y a plus de gouverneur romain, ni aujourd’hui britannique ou américain, plus personne non plus pour parler en « langues » tel que chacun pourrait comprendre l’autre. Au contraire des langues de feu de la Pentecôte et du souffle de l’Esprit, il n’y a que des manœuvres politiciennes permettant aux faucons israéliens et palestiniens de s’accrocher au pouvoir. Et pourtant, s’il est une ville au monde où devrait souffler l’Esprit, c’est bien Jérusalem !

 

 

 

14 mai

 

À nouveau Israël et la Palestine s’embrasent. Et cette fois, les affrontements à Jérusalem en particulier ont eu un caractère racial tant de la part des populations arabes que juives. Le fossé est plus que jamais béant et alors qu’Israël se cherche un nouveau gouvernement et un successeur à l’inoxydable « Bibi », les quelques hommes et femmes de bonne volonté qui restent ont de quoi désespérer d’un avenir sans espérance.

D’un côté, Israël est une admirable démocratie – la seule au Proche-Orient –, mais qu’un absurde système proportionnel rend à peu près ingouvernable si ce n’est comme l’a fait Benyamin Netanyahu en flattant les populismes les plus minoritaires.

De l’autre, les partis au pouvoir, le Fatah en Cisjordanie, le Hamas à Gaza sont irresponsables et corrompus, trop longtemps manipulés aussi par les pays arabes frères qui n’ont jamais manqué de souffler sur les braises et de torpiller tous les accords, d’Oslo à Camp David.

Nul n’imagine aujourd’hui remettre en cause l’existence d’Israël. Mais la solution la plus raisonnable, celle des deux États, se heurte au fait que la Palestine n’existe pas, qu’elle n’est pas un état souverain avec des frontières raisonnables et puis surtout qu’un rêve religieux réalisé après deux millénaires d’exil se heurte à la désespérance d’une jeunesse palestinienne sans avenir.

 

 

13 mai

 

Quel est le bilan exact de la pandémie ? Il y a les chiffres officiels qui tournent aujourd’hui autour de 3 millions de décès dans le monde (3,3 millions au dernier comptage) et puis tout ce qui n’est pas enregistré en particulier dans de nombreux pays en développement sans parler bien sûr de la Chine. La réalité est bien supérieure y compris d’ailleurs dans certains pays avancés. En partant du nombre de décès supérieurs aux chiffres antérieurs à la pandémie, le magazine britannique The Economist a fait un calcul sur la base des morts anormales, en réalité pour l’essentiel provoquées par le Covid. Leur résultat, dont la certitude a une probabilité d’après les auteurs de 95 % donne une fourchette de l’impact de la pandémie sur la planète de 7,1 à 12,7 millions de décès avec une estimation centrale de 10,2 millions.

10 millions de morts ! Voilà qui replace le Covid 19 à sa « juste place », celle de la pire pandémie que le monde ait connue depuis un siècle, depuis la grippe « espagnole » (en réalité d’origine chinoise) qui avait provoqué 50 à 100 millions de décès entre 1917 et 1922. Et malheureusement, ce triste bilan va probablement grossir dans les jours à venir avec des pays comme l’Inde où la pandémie fait rage. Un dernier point souligné par The Economist mérite réflexion : les pays riches – et vieux – sont plus affectés (à l’image de l’Europe) que les pays pauvres – et jeunes. Même là, à l’image du Japon, il y a des contre-exemples. La page de la grande pandémie de 2020 n’est pas tournée.

 

 

12 mai

 

1,41 milliard de petits Chinois ! La Chine reste donc le pays le plus peuplé au monde même si d’ici peu d’années, l’Inde l’aura dépassé. Car la Chine est très proche de son pic démographique qui sera probablement atteint en 2025.

Longtemps pourtant, la surpopulation fut l’angoisse des dirigeants chinois au point de décider les successeurs de Mao en 1979 à mettre en place une politique de l’enfant unique. Avec toute l’efficacité du parti communiste chinois, celle-ci fut effective (à l’exception de quelques minorités ethniques). Et au fil des décennies, elle est tellement entrée dans les mœurs chinoises que lorsque, en octobre 2015, il a été décidé d’y mettre fin de manière progressive le sursaut des naissances n’a été qu’un feu de paille : 16 millions de naissances dans les années 2000/2010, près de 18 millions en 2017, 12 millions seulement en 2020. Le taux de fécondité est bien inférieur à celui nécessaire pour le renouvellement de la population qui vieillit désormais de manière inexorable.

En réalité, la natalité ne se décrète pas. Elle est avant tout affaire de mentalités, de croyances et de projets de vie. En général, plus une population est urbaine et riche, moins elle fait d’enfants. Mais, dans le cas chinois, il y a aussi un demi-siècle d’enfants uniques, des cellules familiales de plus en plus dispersées au gré des migrations et puis l’absence de presque toute spiritualité.

 

 

10 mai

 

C’était déjà il y a quarante ans et la France basculait à « gauche » pour la première fois depuis le Front populaire si l’on oublie les gouvernements issus d’alliances bien fragiles de la IVe République. Le Programme Commun d’une gauche qui allait des radicaux aux communistes l’avait emporté avec sa tête un politicien issu de la IVe République qui devait révéler alors des talents qui en firent pendant quatorze ans et au prix de deux cohabitations un président qui a marqué sa génération.

À la différence de ceux qui lui succédèrent, François Mitterrand sut trouver la posture et la manière d’un président de la République dans cette étrange constitution qui avait été taillée pour le costume de Charles de Gaulle : une fonction de monarque dont il sut prendre les attributs sans pour autant les dévaluer.

Mais paradoxalement, c’est sur le plan de l’économie, pour laquelle il ne montra jamais beaucoup d’intérêt, que la rupture fut la plus profonde, non pas dans le sens de ceux qui manifestaient leur joie à la Bastille il y a quarante ans, mais deux ans plus tard lorsqu’il orchestra un virage libéral dans le sillage de Thatcher et de Reagan. Comme souvent en France, face à une droite conservatrice et au fond bien peu libérale, c’est de la gauche mitterrandienne (un oxymore ?) que sont venues les inflexions majeures qui ont contribué à faire évoluer la France de la fin du XXe siècle.

1981 marque bien une rupture, mais ce ne fut point celle qu’espéraient les chants de la Bastille en ce 10 mai, il y quarante ans.

 

 

6 mai

 

Pendant le Covid, la vie politique continue et la pandémie est même devenue un argument électoral, en bien ou en mal selon les cas et la plus ou moins grande cohérence des épisodes de confinement, la plus ou moins grande efficacité des campagnes de vaccination. Oublions la France où les affaires sanitaires ont été gérées dans notre grande tradition centralisatrice et où leur impact sera probablement limité sur les prochaines élections régionales. Mais tel n’est pas le cas dans le reste de l’Europe.

En Espagne, la victoire écrasante de la droite aux élections de la région de Madrid est largement liée aux positions prises par la présidente de la région, Isabel Diaz Ayuso qui s’était opposée au gouvernement du socialiste Pedro Sanchez en matière de politique de confinement en maintenant par exemple ouverts les restaurants et bars madrilènes. Au passage, cette élection a sonné le glas du parti populiste de gauche Podemos, dont le leader Pablo Iglesias a même décidé de quitter la vie politique.

En Allemagne, les derniers mois du règne d’Angela Merkel sont marqués par des tensions de plus en plus fortes entre le gouvernement de Berlin et les autorités des Länder, ce qui pourrait faire le jeu de la candidate des Verts.

Mais c’est peut-être au Royaume-Uni que l’enjeu des élections locales qui se tiennent aujourd’hui est le plus grand. Pourtant, en ce qui concerne le traitement de la pandémie et surtout la vaccination, le bilan de Boris Johnson est exemplaire, le meilleur de toute l’Europe avec 50 % de la population ayant reçu au moins une dose de vaccin. Après une forte chute de l’activité économique en 2020 (– 10 %), le rebond britannique est incontestable et malgré les problèmes liés à la frontière de l’Irlande du Nord et à la pêche, le Brexit n’est pas la catastrophe annoncée. Boris Johnson pourra recevoir en juin ses homologues du G7, en Cornouailles, avec un blason britannique redoré. Sauf que ! Sauf que selon toute probabilité il va perdre l’Écosse : le parti national écossais (SNP) devrait conforter sa majorité au parlement écossais et être en mesure de réclamer un nouveau referendum sur l’indépendance.

Madrid, les Länder allemands, l’Écosse et le Pays de Galles, l’Europe des régions est de plus en plus une réalité et la France fait en la matière figure d’exception tant les derniers découpages ont été peu convaincants, les présidents de région les plus emblématiques gardant l’œil fixé sur l’héritage de la centralisation napoléonienne restée intacte.

 

 

5 mai

 

Bicentenaire de la mort de Napoléon. Rarement, un anniversaire aura suscité autant de polémiques alors qu’il s’agit quand même de la personnalité probablement la plus marquante de l’histoire de France. Des lycées aux préfets, du franc germinal au code Napoléon, l’héritage napoléonien fait partie de notre quotidien le plus concret sans oublier la part de rêve de son épopée, l’une des dernières fois d’ailleurs que l’armée française a vraiment remporté des batailles. Napoléon est un maillon essentiel dans la construction de l’identité française.

Alors oui, il a finalement échoué et la France de 1815 était bien petite, loin du rêve de l’empire européen (car il fut à sa manière un précurseur d’une Europe des nations en donnant un élan à la construction de l’Italie et de l’Allemagne). En bien des domaines, il ne fut guère exemplaire et l’Espagne a gardé un souvenir cuisant des exactions des troupes françaises. L’exaltation du mythe napoléonien a quand même des limites.

 

Mais la question du jour est celle de l’esclavage. Influencé peut-être par Joséphine la créole, il est revenu sur son abolition décrétée aux grandes heures de la Révolution. Y a-t-il vraiment prêté attention ? On ne le sait, mais il n’a guère porté d’intérêt aux aventures coloniales. La perte d’Haïti était consommée. Il a vendu la Floride et oui il a rétabli l’esclavage, mais sur bien peu d’arpents. Ce n’est pas une raison pour ne pas honorer sa mémoire. Tout homme a ses taches d’ombre.

 

30 avril

 

Voilà un printemps 2021 qui a commencé en fanfare sur la plupart des marchés mondiaux de matières premières et de commodités. Les derniers jours d’avril ont été particulièrement marquants avec des prix record enregistrés pour le minerai de fer (à plus de $ 190 la tonne en Chine) et l’acier tant aux États-Unis qu’en Chine, pour le cuivre ($ 10 000 la tonne en séance) et l’étain ($ 30 000) et dans leur sillage pour la plupart des métaux non ferreux, surtout lorsqu’on peut leur imaginer un destin lié à la transition énergétique comme le lithium ou le palladium. Mais il en est de même pour des produits moins « sophistiqués » comme le bois d’œuvre (lumber) aux États-Unis à $ 1 400 le millier de pieds planche. L’effervescence est aussi totale sur les marchés des grains et là aussi c’est le maïs qui mène la charge avec un prix qui a dépassé celui du blé et une hausse de 122 % en un an ! Les tensions sont aussi fortes pour les oléagineux menés par le soja, mais aussi pour le colza et l’huile de palme. Paradoxalement, les marchés de l’énergie restent plus raisonnables avec un baril de pétrole à $ 65 soutenu par la modération dont ont su faire preuve les pays de l’OPEP+. Par contre, en Europe au moins, le prix du carbone flambe à plus de 50 euros la tonne.

Deux facteurs expliquent ces hausses : le principal est bien sûr l’importance de la demande chinoise qui ne se démentit pas qu’il s’agisse de minerais et métaux ou de produits agricoles. Mais les marchés anticipent aussi l’ampleur de la reprise économique mondiale soutenue d’une part par le « manque à consommer » de 2020, d’autre part par l’importance des plans de relance annoncés – en particulier aux États-Unis – et par leur dimension « verte » pouvant se traduire par une augmentation de la demande de « nouveaux » matériaux.

Ajoutons à cela quand même le lot habituel de tensions géopolitiques affectant par ricochet les matières premières : ainsi du coton au Xinjiang, des céréales entre l’Ukraine et la Russie, du charbon et de l’orge entre l’Australie et la Chine, du gaz naturel russe vers l’Europe et puis bien sûr du pétrole de l’Iran ou du Venezuela.

Enfin, comment ne pas évoquer l’ambiance euphorique des marchés boursiers en particulier autour des valeurs de haute technologie et de tout ce qui s’en rapproche à l’image de Coinbase ($ 100 milliards pour un « trader » de cryptomonnaies) au moment où le bitcoin bat des records à plus de $ 60 000 ? Cette euphorie gagne le marché de l’« art » sous toutes ses formes avec une paire de chaussures, certes portées par une célébrité à $ 1,8 million ! Mais dans un genre un peu plus sérieux, l’indice des vins fins (Liv-ex) a battu lui aussi des records. Tout ceci porte les matières premières comme une classe d’actifs prometteuse et ce d’autant plus que certaines grandes maisons de Wall Street promettent monts et merveilles en matière de « super cycle ». Et il est vrai que pour l’instant les marchés semblent leur donner raison.

Il peut sembler difficile en de pareils moments de raison garder : de rappeler par exemple qu’à l’exception d’une situation qui pourrait rester tendue pour le maïs, les perspectives de récoltes mondiales pour la campagne 2021/2022 sont excellentes ; de souligner aussi que la surchauffe industrielle chinoise commence à marquer le pas et qu’en 2022 le rebond économique post-pandémie sera lui aussi du passé à l’heure où il faudra commencer à rétablir un peu partout un semblant d’équilibre des comptes publics. L’effervescence actuelle risque de n’avoir qu’un temps, de n’être que l’une de ces bulles que l’on retrouve en des périodes de volatilité extrême et non un cycle long comme ce fut le cas dans les années soixante-dix ou entre 2006 et 2013. Au-delà, en effet, des excitations spéculatives, chaque marché a sa propre histoire et à la fin du jour, ce sont les fondamentaux qui imposent leur logique, une logique qui ne correspond pas toujours à la frénésie ambiante.

La période en tout cas ne pouvait être plus propice pour la publication le 26 mai prochain du 35e rapport CyclOpe dont le sous-titre, « l’obscure clarté qui tombe des étoiles » est une parfaite illustration 

 

 

26 avril

 

La flambée des prix se poursuit sur les marchés des matières premières : le palladium a battu un nouveau record à près de $ 3 000 l’once tandis que la tonne de cuivre approche les $ 10 000 et celle de minerai de fer dépasse les $ 180. Pendant ce temps, les marchés des grains sont aussi en ébullition. Mais cela s’étend à des marchés moins médiatiques comme ceux du bois de construction, du caoutchouc ou des semi-conducteurs.

Sans sombrer dans le délire du « super cycle », l’explication en est simple : la reprise de la demande – en Chine d’abord, puis en Amérique du Nord – a été beaucoup plus forte qu’anticipée, plus précoce aussi alors qu’une bonne partie de la planète est encore la proie du Covid. Face à cette demande, l’offre provenant du « reste du monde » ne s’est pas encore reconstituée et nombre de marchés s’affichent en déficit au niveau mondial. Ajoutons à cela quelques aléas climatiques et l’intérêt des spéculateurs (surtout chinois), on a les ingrédients d’une hausse qui, remarquons-le, n’a pas affecté les marchés de l’énergie.

Hormis certains métaux au cœur de la transition énergétique et du verdissement des économies, toute l’agitation autour du super cycle reste bien prématurée et l’excitation sur les marchés pourrait retomber aussi vite qu’elle est montée.

 

 

24 avril

 

À nouveau un assassinat en France, cette fois d’une assistante d’un commissariat de police dans une petite ville de la grande banlieue parisienne normalement calme, célèbre par son château, ses chasses et sa bergerie. Le crime est celui d’un déséquilibré, mais d’un étranger, d’un musulman aussi en phase de radicalisation. Les réactions sont ce que l’on pouvait en attendre aux extrêmes de l’échiquier politique : indignation à droite, presque négationnisme à gauche et puis malheureusement aussi silence des responsables de l’islam en France (si le mot responsable a dans ce cas quelque sens).

Peut-être l’assassin était-il un malade, mais dans son imaginaire il n’a rien envisagé d’autre que de tuer une femme dans un commissariat de police. Le drame est bien celui de la croyance qui l’a inspiré et de ceux qui la manipulent et que la France continue de tolérer au nom d’une laïcité aveugle. Toutes les religions ont eu et souvent ont encore leur part de fanatisme, d’obscurantisme et d’intolérance. Mais dans le cas de l’islam, il n’y a plus aujourd’hui de contrepoids surtout en Occident. L’Islam est devenu le problème majeur dans la fabrique de la société française et rien ne pourra évoluer tant que les pratiquants de ce qui est devenu la première religion pratiquée en France continueront à fermer les yeux sur l’insoutenable.

 

 

22 avril

 

En cette cinquante et unième journée de la Terre, Joe Biden reçoit quelques amis pour un goûter « virtiuel » sur le climat à la Maison-Blanche qu’il occupe depuis maintenant trois mois. Xi Jinping qui, lui, règne sur la Cité interdite depuis dix ans a décidé de se joindre à cette réunion qui marque le retour des État-Unis sur la scène diplomatico-climatique mondiale. À eux deux, les États-Unis et la Chine pèsent près de la moitié des émissions mondiales de carbone mais ni l’un ni l’autre ne sont bien exemplaires en matière de transition énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique.

La Chine s’est certes dotée d’un objectif de neutralité carbone à l’horizon bien lointain de 2060. Elle a fortement investi dans les énergies renouvelables et domine l’industrie des panneaux solaires. Plus récemment, elle s’est placée en pointe dans le domaine des batteries électriques. Mais l’essentiel de son électricité continue à être produit à partir de centrales thermiques au charbon. Et son modèle demeure profondément énergétivore. Ainsi, sa production d’acier a augmenté de 9 % en 2020 malgré la pandémie et même de 15,6 % au premier trimestre 2021 avec même un record de production en mars. La Chine n’atteindra son pic carbone qu’en 2030. L’objectif de neutralité carbone en 2060 impliquerait que la part du charbon dans la consommation d’énergie passe des 62 % actuels à 4 %. Le défi pour la Chine est immense.

Quant aux États-Unis, leur situation est paradoxalement un peu plus favorable. Malgré Donald Trump et grâce au différentiel de prix, le gaz naturel prend peu à peu la place du charbon dans la production d’électricité américaine. Joe Biden a par ailleurs considérablement verdi son plan de relance en ce qui concerne les infrastructures. Mais les Américains sont attachés à un mode de vie qui reste profondément consommateur de pétrole.

Quoiqu’il en soit, cette réunion donne le coup d’envoi à la préparation de la COP 26 de Glasgow en novembre prochain. Regrettons simplement que l’Europe, pourtant en pointe sur ces sujets n’occupe là qu’un strapontin. C’est que le climat pourrait être dans les mois à venir une sorte de problématique sinon de réconciliation au moins de rapprochement entre les États-Unis et la Chine au-delà des contentieux commerciaux et surtout géopolitiques. Certains n’hésitent pas à comparer la démarche actuelle à la diplomatie du ping-pong qui avait permis la reprise des relations sino-américaines à l’époque de Nixon et de Mao.

Puisse au moins ce ping-pong climatique déboucher enfin sur du concret à Glasgow dans six mois.

 

 

19 avril

 

Après le Brésil, c’est maintenant l’Inde qui semble être en première ligne sur le front du Covid avec un rythme hebdomadaire de contamination qui dépasse maintenant le million de personnes. Et là aussi, on retrouve les réticences des milieux religieux à respecter tant les mesures de distanciation que les impératifs de vaccination : on a vu les cérémonies hindoues au bord du Gange réunir leur affluence habituelle.

L’Inde a pourtant quelques avantages et notamment d’être le premier producteur – et exportateur – mondial de vaccins et d’être même assez proche de développer son propre vaccin. Et puis, à la différence de l’irresponsable Jair Bolsonaro, Narendra Modi n’a pas sous-estimé le Covid, imposant même au printemps 2020 un confinement strict qui avait paralysé toute l’activité économique (jusqu’à la récolte des premières feuilles de thé…). Mais un peu comme en France, l’omniprésente administration indienne, renommée pour ses lenteurs, s’est révélée incapable de gérer tant la pandémie que la vaccination dont la maigre diffusion a encore accentué les inégalités au sein de la société indienne.

Le monde n’en a pas terminé avec le Covid, alors même que l’on commence à parler de la nécessité d’une troisième dose. En réalité, la fin de la pandémie n’est pas la fin du virus, mais bien le moment où l’homme sera capable de vivre avec, comme c’est le cas pour la grippe. Et manifestement, nous en sommes encore loin !

 

 

17 avril

 

Pendant le Covid et son cortège de confinements, la logique électorale perdure. Il y aura donc en juin des élections départementales et régionales après les municipales pour le moins ratées de 2020. Le mille-feuille français résiste à toutes tentatives de réformes et au contraire il a tendance même à prospérer, avec les communautés de communes, intercommunalités et autres pays. Tout ceci procède d’une logique – vertueuse – de décentralisation, mais celle-ci se heurte à un double problème. D’une part, la France à la différence de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et même du Royaume-Uni est le résultat de quatre siècles au moins de centralisation presque absolue que le Premier Empire avec son système de préfectures figea dans un marbre inaltérable. Cette année encore, la gestion du Covid, de ses confinements et autres vaccinations a été totalement centralisée, les ARS (agences « régionales » de santé) n’étant que des rouages de la machinerie nationale. Pourquoi donc alors tant d’élections pour si peu de décisions !

Mais, il y a bien pis. C’est que chaque échelon reproduit à son niveau cette centralisation et doublonne allègrement des services qui s’enchevêtrent sur le terrain. Les régions cherchent à s’imposer, les départements résistent, les agglomérations, les métropoles et les communautés urbaines se chevauchent et le résultat en est une irresponsabilité croissante d’élus locaux prompts dès lors à toutes les démagogies vertes, brunes ou rouges.

 

 

15 avril

 

En une curieuse coïncidence, Bernard Madoff est mort dans une prison américaine au moment même où la bourse américaine célébrait l’introduction de Coinbase, trader en bitcoin et autres cryptomonnaies, valorisé plus de $ 100 milliards. Et ce jour-là, le bitcoin valait $ 63 000. Qu’ont-ils donc en commun ? Certainement d’offrir aux crédules une part de rêve ! Et c’est au fond déjà quelque chose. À ce petit jeu, on peut avoir une certaine tendresse pour Bernard Madoff et sa pyramide de Ponzi de la vieille école. Certes, il a coûté $ 20 milliards à ceux qui l’ont suivi (une partie a quand même été récupérée), mais au fond il a joué sur l’appétit du lucre de tous ceux qui imaginaient des retours sur investissement sans risque. Il n’y a pas là une grande différence avec les produits toxiques à la grande époque des subprimes et pourtant aucun des petits génies de la finance n’a alors écopé de 150 ans de prison. Requiescat in pace Bernard !

Pour le bitcoin et autres cryptomonnaies, le principe est le même : faire croire que tous les numéros seront gagnants à cette absurde loterie consistant à « miner » (avec force dépense d’énergie) un produit totalement artificiel dont la seule valeur serait une rareté inventée. Le bitcoin et ses acolytes ne servent à rien, ne signifient rien. Ils sont un morceau estampillé de néant, une bulle d’un savon virtuel qui finira bien par éclater. Et ils ne font même pas rêver. À tout prendre, on peut préférer Madoff.

 

 

13 avril

 

Alors que timidement les terrasses des pubs ouvrent Outre-Manche, que un peu partout les vaccinations progressent, c’est du Brésil que viennent désormais les plus mauvaises nouvelles, qu’il s’agisse du nombre de décès (plus de 4 000 par jour), du retard de la vaccination et surtout de l’incohérence de la politique gouvernementale incarnée par un Jair Bolsonaro qui a même réussi à se couper d’une armée qui l’avait pratiquement porté au pouvoir. Le Brésil s’enfonce donc dans la crise et n’est plus que l’ombre du pays émergent, du B de BRIC, que l’on se plut à imaginer. La seule perspective d’un duel Bolsonaro/Lula aux présidentielles de 2022 fait frémir tous les Brésiliens un peu raisonnables.

Mais, au-delà du seul Brésil, c’est l’ensemble de l’Amérique latine et des Caraïbes qui apparaît comme la région du monde émergent et en développement la plus touchée par la crise avec un recul global de 7 % du PIB en 2020, la situation ayant été même bien pire dans le Mexique d’Obrador (– 8,5 %) ou l’Argentine des néo-péronistes (– 10 %) et cela sans parler du Venezuela ou de Cuba confronté à sa plus profonde récession depuis le début du siècle. Mais au moins à l’opposé du déni de Bolsonaro, Cuba est-t-il en passe de produire son propre vaccin !

 

 

11 avril

 

« Personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun… On distribuait en fonction des besoins de chacun » (Actes 4, 32-35). En ce premier dimanche après Pâques, l’Église catholique propose une lecture qui relate la formation de la première communauté chrétienne à Jérusalem : texte célèbre que celui faisant référence à une sorte de « communisme » chrétien qui, au cours des siècles a inspiré de Jean Chrysostome aux prêtres-ouvriers en passant par les fraticelli du XIIIe siècle et les Réductions jésuites du Paraguay.

Mais cette année, la conjoncture sanitaire et économique lui donne un relief particulier. Le besoin de chacun c’est bien sûr celui du vaccin et là les peuples ne sont pas logés à la même enseigne même si tout n’est pas forcément une affaire de moyens comme l’a montré l’exemple paradoxal du Bhutan. Mais le besoin, c’est aussi celui du soutien économique et social tant cette pandémie aura un peu plus creusé les inégalités. Elle a par contre au moins réhabilité les missions de l’État-providence qui a permis d’éviter une crise sociale majeure. L’état bien sûr ne peut pas tout et force est de constater en ce temps pascal que l’esprit de solidarité qui avait marqué les premières semaines de la pandémie s’est quelque peu évaporé, en particulier en France. Le texte des Actes des Apôtres fait référence à la communauté et c’est bien cela qui compte et qui manque trop souvent.

 

 

10 avril

 

Le « Sofagate » a non seulement envenimé les relations entre l’Europe et la Turquie, mais il a surtout mis en évidence la confusion qui règne au sein des institutions européennes.

Mettons-nous en effet à la place du protocole turc. En face de R. T Erdogan, il ne devait y avoir qu’un interlocuteur et, vu d’Ankara, le président du Conseil européen a le pas sur le/la président(e) de la Commission européenne. C’est ce dit en tout cas le protocole européen même si tout le monde sait en Europe que le poste important est celui de la Commission. Un peu comme en France sous la IVe République, en Italie ou dans les monarchies constitutionnelles Charles Michel n’a guère de pouvoir si ce n’est de passer les plats au Conseil européen. Pour compliquer la chose, c’est le Portugal qui ce semestre préside l’Europe. Mais le vrai patron – et encore – de l’exécutif européen, c’est bien actuellement Ursula von der Leyen. Assez logiquement, les Turcs n’avaient prévu qu’un fauteuil face à Erdogan. Charles Michel, pourtant expert en subtilités belges, aurait dû ne pas s’y asseoir, mais convenons que là les Turcs ne sont pas totalement responsables, sinon par maladresse.

Il y a quelques années, Barack Obama n’avait pas réagi autrement lorsqu’il avait avoué ne pas savoir qui pouvait être son interlocuteur européen. Et le marchandage qui, en 2019, a abouti à la désignation de Charles Michel et d’Ursula von der Leyen a cruellement montré leur manque de légitimité démocratique.

 

 

avril

 

En décidant de « supprimer » l’ENA, le gouvernement vient de sombrer dans la démagogie la plus totale en imaginant ainsi satisfaire les aspirations de la « vox populi ». Peu de pays, en effet, avaient un système aussi transparent de sélection des futurs hauts fonctionnaires et étaient surtout capables d’attirer parmi les meilleurs d’une génération pour entrer dans une fonction publique en général fort mal rémunérée. L’ENA avait d’ailleurs été créée pour mettre fin à la cooptation qui était la règle à l’Inspection des Finances ou au Conseil d’État. Pour de nombreux pays qui y envoyaient des stagiaires, elle était un modèle.

Le problème, en réalité, ce n’était pas l’ENA, mais bien la suite. L’administration française ne fonctionne en effet que dans une logique de « corps » des plus humbles (les « C ») aux plus prestigieux. Ces corps sont souvent étanches et le passage de l’un à l’autre fait l’objet de concours ou bien de lentes et subtiles reptations. Celui qui écrit ces lignes appartient au corps des professeurs des universités, au deuxième échelon de la classe exceptionnelle, le Graal ultime !

L’ENA est la porte d’entrée la plus prestigieuse de cette immense administration sclérosée et figée dans des statuts qui remontent pour l’essentiel à 1945 (la grille de la fonction publique). Certes, elle a tendance à une certaine reproduction sociale même avec les deuxièmes et troisièmes concours. Mais c’est là plus largement le lot des grandes écoles et de leur système de classes préparatoires. Pour assurer des sélections en master à l’Université Paris-Dauphine, je peux témoigner de ce biais pratiquement incontournable.

En réalité, la principale critique faite à l’ENA est… sa sortie : le classement fige les corps. Pour certains, c’est là le garant de l’indépendance de la haute fonction publique. Il n’y a pas en France comme aux États-Unis de système de dépouilles et l’âge d’or en quelque sorte de l’ENA ce fut sous la IVe République durant laquelle l’instabilité politique était compensée par la permanence administrative. Souvent, il fut question d’abolir le classement de sortie de l’ENA, mais en réalité cela n’eut été possible que par une refonte du système des grands corps sachant qu’il y a quand même des « métiers » différents entre la diplomatie et la préfectorale, les juristes du Conseil d’État et les financiers de Bercy sans même parler des corps propres à chaque administration des mines au génie rural…

L’ENA n’est au fond que la partie émergée, visible et donc critiquée d’une administration française souvent admirable, mais sclérosée et qui reproduit d’ailleurs ses travers au sein des collectivités locales.

On supprime l’ENA pour la remplacer par un Institut où il faudra bien entrer par concours à moins d’imaginer des quotas bien peu démocratiques.

Voilà un coup de communication dont on se serait bien passé !

 

 

avril

 

S’il est un endroit dans le monde où l’idée même de crise est ignorée, c’est bien le parquet – depuis longtemps virtuel – des principaux marchés boursiers de la planète. À Paris, le CAC 40 est au plus haut depuis 2007 et avec encore un petit effort il pourrait atteindre son record historique de septembre 2000, en un temps où l’économie française affichait 4 % de croissance et nageait dans un certain bonheur économique. Depuis le début de l’année, la bourse française a gagné 10 %, l’indice européen 11 %, le Dow Jones américain un peu plus de 8 %… L’indice mondial MSCI qui regroupe l’ensemble des marchés développés est en hausse de 80 % depuis son point bas de mars 2020.

Il est vrai que les grandes entreprises qui peuplent ces indices affichent d’excellentes perspectives de résultats. Les liquidités sont abondantes et il faut bien les investir quelque part. Et puis les marchés ont déjà « acheté » la reprise économique mondiale. Le FMI ne vient-il pas de relever sa prévision de croissance mondiale à 6 % pour 2020. Et encore, n’est-il pas le plus optimiste ! La Chine est bien repartie et devrait enregistrer au moins 8 % de croissance. Mais ce sont surtout les États-Unis qui changent la donne avec l’annonce de deux plans de relance qui pourraient injecter au total $ 4 000 milliards dans l’économie américaine. Et puis, les États-Unis ne sont-ils pas l’épicentre de la révolution des technologies de l’information avec leurs entreprises géantes, les GAFAM, et celle des biotechnologies qui nous fournissent aujourd’hui en vaccins.

À ce petit jeu, l’Europe fait encore pâle figure même si les prévisions du FMI tablent sur 4,4 % pour la zone euro et 5,8 % pour la France, au-dessus même des chiffres prudents de Bruno Lemaire.

Bien sûr tout cela même peut paraître un peu décalé à l’aune des confinements, de la fermeture de magasins et restaurants, des déficits publics et de la dette. Alors oui, c’est bien le moment comme on commence à le faire à Washington, mais aussi à Paris et Berlin de remettre à plat un impôt sur les sociétés qui au plan international fait la joie de l’optimisation fiscale des grandes entreprises.

Comme toute crise, celle du Covid a accentué un peu plus les inégalités. À côté de la flambée des indices boursiers au zénith, le FMI estime qu’en 2020, ce sont 95 millions de personnes dans le monde qui ont rejoint les rangs de l’extrême pauvreté. Et ceux-là, dans l’euphorie de la reprise économique et des sommets boursiers, on ne peut ni ne doit les oublier.

 

 

avril

 

Il y a cinquante ans naissait dans la douleur et les affres de la guerre un pays dont on parle peu, mais qui est le huitième le plus peuplé de la planète. George Harrison chantait en 1971 « Nous devons sauver le Bangladesh ». André Malraux, en visite à l’université de Dacca, célébrait une institution qui comptait « plus de morts que de vivants ». L’abbé Pierre lançait un mouvement de jumelage de villes et de quartiers français avec des villages du Bangladesh, l’ancien Pakistan oriental, orphelin de la partition de 1947, et à l’époque l’une des régions les plus pauvres du sous-continent indien.

Cinquante ans ont donc passé, cinquante années marquées par des coups d’État militaires, des assassinats, dont celui du père fondateur, Mujibur Rahman, le père de l’actuelle Premier ministre, Sheika Hasina qui dirige le pays et son parti presque unique, la ligue Awami, d’une main de fer.

Et pourtant le Bangladesh, dont personne ne parle chez les théoriciens du développement, est en tête des pays de l’Asie du Sud en termes économiques et sociaux. Le PIB per capita a presque rattrapé celui de l’Inde, le taux d’alphabétisation est de l’ordre de 75 %, supérieur à celui de l’Inde, le double de celui du Pakistan. À l’origine, le Bangladesh sut capitaliser sur l’élan de solidarité qui saisit le monde pour ce pays qui était alors le plus pauvre du monde (100 millions d’habitants en 1972 sur le quart de la France). Les ONG de développement trouvèrent des relais locaux à l’image de la célèbre Grameen Bank « Muhammad Yunus, l’“inventeur” » du microcrédit. L’utilisation des semences de la Révolution verte permit au pays d’atteindre l’autosuffisance alimentaire au cœur d’une petite agriculture familiale. Et puis, disposant d’une population mieux éduquée, notamment les femmes, le Bangladesh a vu se développer une industrie du vêtement qui est désormais la deuxième du monde et qui représente 80 % de ses revenus à l’exportation. Le Bangladesh a profité des relocalisations en provenance tant de la Chine que du bassin méditerranéen. Tout n’est pas rose dans les ateliers bengalis et la croissance économique (de l’ordre de 8 %) engendre de nouvelles inégalités d’autant plus que le pays doit gérer aussi l’afflux des réfugiés rohingas en provenance de Birmanie.

Mais, sans ressources naturelles, ce pays laïc, mais à 90 % de religion musulmane est un paradoxal symbole d’espérance même si son horizon politique peut légitimement inquiéter.

 

 

avril

 

Sale temps pour la finance, ou au moins pour les financiers les plus aventureux. À quelques jours d’intervalle, deux affaires viennent de mettre en évidence la fragilité des devantures financières apparemment les mieux achalandées. À Londres, la faillite de Lex Greensill, un banquier australien introduit tant à la City qu’à Westminster fait craindre le pire pour l’avenir du groupe de Sanjeev Gupta lourdement engagé dans l’acier et l’aluminium et dont on commence à craindre qu’il ne soit un château de cartes. À New York, c’est un fonds dirigé par un petit « génie » des marchés, Bill Hwang, qui a dû être liquidé faute de pouvoir répondre à des appels de marge : Archegos pourrait coûter $ 10 milliards aux banques qui l’ont financé. Dans les deux cas, en effet, on retrouve quelques-uns des plus grands noms de la finance comme le Crédit Suisse, Nomura et la Softbank. Malgré toutes les réglementations, barrières et normes sociales et éthiques, l’esprit du lucre reste dominant, tout comme d’ailleurs la naïveté de tous ceux qui ne veulent pas comprendre le lien qui existe entre rémunération et risque. À propos de ces deux affaires, on a évoqué les précédents d’Enron et de LTCM. On en est heureusement assez loin, même si la fragilisation du groupe Gupta dont on découvre là la légèreté peut vraiment inquiéter.

 

 

1er avril

 

Jeudi saint à Lourdes. Normalement, en pleine semaine sainte, même hors vacances scolaires, la ville devrait être une ruche de pèlerins du monde entier, les hôtels faisant le plein et les « marchands » du temple débordant de bondieuseries « made in China ». Mais, aujourd’hui, rien, le vide, des rues désertes, des magasins aux rideaux tirés, la plupart des hôtels fermés. Autour des sanctuaires et de la grotte de Massabielle, quelques rares pèlerins, partout le silence. Sous un superbe soleil, Lourdes n’en reste pas moins prenant : le visiteur en perçoit le moindre détail et va bien au-delà de la cacophonie architecturale qui règne sur le site (le comble de l’horreur étant atteint par un bâtiment de béton brut des années soixante-dix juste en face de la grotte…).

Réunis devant la grotte, quelques rares pèlerins disaient le chapelet en français, en anglais, en espagnol… témoins de cette universalité du christianisme dont Lourdes est le symbole. Un peu partout des inscriptions commémorent la générosité de fidèles du monde entier.

 

Le Covid passera, les pèlerinages reprendront tant est grande la fascination pour cette petite ville au pied des Pyrénées où il y a plus de cent cinquante ans, une solide petite paysanne entra dans le mystère. Et des reproductions de la grotte de Lourdes, on en trouve partout sur les chemins du catholicisme, de la cathédrale de Séoul à celle de Casablanca jusqu’à une petite église sur la rive américaine du lac Ontario. C’est cela aussi, le miracle de Lourdes.

 

31 mars

 

L’exercice était attendu et on peut imaginer que presque tous les Français ont écouté ce soir la parole présidentielle. Et Emmanuel Macron savait qu’il ne pourrait satisfaire tout le monde entre les « enfermistes » de plus en plus nombreux et les partisans, devenus bien rares, du statu quo. Mais vingt minutes plus tard, l’incompréhension est à peu près totale et sur toutes les chaînes, les exégètes les plus avertis s’efforcent de traduire en termes concrets la parole présidentielle. En clair, la France est à nouveau confinée sur tout le territoire, ce à quoi au fond tout le monde s’attendait. Le Président n’a en effet – comme il y a exactement un an – jamais utilisé le mot confinement. Il a tourné autour, décrivant un complexe usine à gaz avec des classes à distance, des vacances avancées, des restrictions de circulation, mais le tout dans un discours si nébuleux que le Premier ministre demain devra le clarifier. Pour l’auditeur, cette incapacité présidentielle à affirmer une ligne claire, cette tendance naturelle à se perdre dans des généralités et à ne cesser de faire l’éloge de ses sujets avait quelque chose de fascinant. Et le résultat en est cruel tant chacun se demande ce que concrètement implique cette obscure parole présidentielle.

Voilà la France confinée. Encore aurait-il fallu le dire !

 

 

26 mars

 

 

« Mon Dieu que c’est dur… que c’est dur de faire l’Europe ! » chaque jour de se remettre à l’ouvrage. Le Covid avait eu au moins un avantage, celui d’obliger les Européens à agir ensemble. Certes, ce ne fut pas toujours optimal et le pataquès autour des vaccins sera difficile à oublier. Mais au moins, en juillet dernier, l’Europe avait-elle fait un pas décisif en décidant d’un plan de relance financé par un emprunt européen et fonctionnant non pas à base de prêts, mais de transferts directs. C’était là une première et il fallut toute la fermeté du couple Macron/Merkel pour y parvenir malgré l’opposition des intégristes monétaires menés par le Premier ministre néerlandais (brillamment réélu la semaine dernière). Mais voilà, depuis… rien. La moulinette de la validation des parlements nationaux est bien lente. Et puis, Angela Merkel en fin de règne n’est plus une chancelière de fer. Alors qu’au bout de longs mois, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe vient de bloquer à la dernière minute le processus de ratification allemand. Les juges allemands ne veulent aucun abandon de souveraineté et s’imaginent encore au temps du mark souverain. Que ceci bloque l’Europe et son plan de relance leur importe peu. Qu’il est dur – et lent – de faire l’Europe !

 

 

25 mars

 

Voilà donc la France dans son troisième confinement, un an à peu près après le coup de tonnerre du premier confinement. Certes, il s’agit aujourd’hui d’un confinement plutôt « light » et encore régionalisé. Plus encore qu’il y a un an, la décision en a été difficile et même si, au fond, elle était attendue, elle a été immédiatement critiquée. Il existe en effet désormais un tribunal qui en temps réel juge et condamne et qui contribue un peu plus à l’anxiété générale : c’est bien sûr celui des chaînes dites d’information en continu qui, en réalité sont devenues des chaînes de débats en continu associant des experts souvent autoproclamés et quelques porteurs de bonne parole à la langue bien pendue.

Dans un passé encore récent, la France a connu des crises sanitaires : le sida, le sang contaminé, la vache folle furent à l’époque source de polémiques, mais il n’y eut rien de comparable à cette mise en scène en direct à laquelle soir et matin assistent les Français et dont le résultat est paradoxalement une véritable paralysie de l’exécutif. Chacun, en effet, a un avis. La moindre rumeur entretient le doute puis la condamnation. Ainsi fallait-il retirer le vaccin Astra-Zenecca ? Avec le recul, nous savons maintenant que c’était là une décision absurde. Pourtant l’exécutif ne pouvait faire autrement face aux grondements de la masse télévisuelle. Il n’y a plus ainsi de bonnes décisions, mais des décisions contraintes par une opinion qui reste aveugle.

Alors donc nous voilà encore confinés. Les habitudes commencent à se prendre : on va de Zoom en Teams au hasard des webinaires pour ceux qui télétravaillent. On clicke et on collecte et on fait le bonheur des livraisons à domicile alors que Deliveroo s’apprête à s’introduire en bourse au prix de la sueur de ses livreurs-esclaves. Car ces confinements sont bien cruels tant ils accentuent les inégalités entre ceux qui peuvent se retirer dans leurs cocons d’ivoire et pour lesquels il s’agit même parfois d’une occasion quelque peu imprévue de ressourcement et tous ceux qui subissent et peinent même à survivre, tous ceux qui passent entre les mailles d’un État-providence pourtant bien généreux : les isolés, les travailleurs précaires rebaptisés autoentrepreneurs, les étudiants sans petits jobs et tant d’autres…

Au-delà des coûts sanitaires et économiques de cette pandémie, de ses conséquences politiques dont on discute tant dans les étranges lucarnes, la véritable crise est bien sociale à l’image de ces gilets jaunes que nous avons trop vite oubliés.

 

 

24 mars

 

L’image est saisissante, celle d’un porte-conteneurs géant échoué sur les rives sableuses du canal de Suez et dominant le désert de la masse de ses 220 000 tonnes ! Ce navire de plus de 400 mètres de long et de 60 mètres de large portait 20 000 conteneurs au moins, des marchandises d’Asie et surtout de Chine. L’immense navire bloque le canal qu’empruntent en temps normal une cinquantaine de bateaux par jour, des porte-conteneurs, mais aussi des tankers (les Suezmax). Au total, 12 % du commerce mondial passe par là : 10 % du pétrole, 30 % des conteneurs. Déjà, c’est l’embouteillage aux deux bouts du canal et certains armateurs font leur calcul : passer par le cap de Bonne-Espérance, c’est huit à dix jours de plus, du carburant, un coup supplémentaire de quelques $ 400 000.

Et puis, cet accident intervient à un moment sensible alors que le coût du fret maritime par conteneurs a explosé : la consommation repart en Europe et avec elle les importations. En 2020, les compagnies maritimes avaient fonctionné au ralenti ; les conteneurs vides ne sont pas revenus vers l’Asie et la pénurie de conteneurs associée à la réduction des trafics a fait littéralement flamber les prix depuis quelques mois.

Il y a un an, c’est par avion que l’on faisait venir de Chine les masques nécessaires à prévenir la diffusion du Covid. Mais là, ce sont des marchandises ordinaires qui se trouvent bloquées, des vélos électriques peut-être et puis tant de produits « made in China ».

Il y a bien longtemps, de fins voiliers, les « Clippers » faisaient la course pour être les premiers à livrer à Londres le thé de Chine de la nouvelle récolte. C’était avant Suez. C’était déjà au temps de la première mondialisation.

 

 

20 mars

 

Avec le retour du printemps, c’est le temps des cerises et pour l’instant des cerisiers en fleurs… Le temps des cerises, celui donc de la Commune de Paris dont on célèbre cette année les 150 ans, un anniversaire qui – comme c’est devenu une habitude – suscite moultes controverses.

Il y eut pendant ce bref épisode de la Commune beaucoup d’utopies (très critiquées par un observateur avisé comme Karl Marx), d’idéalisme et puis aussi quelques dérapages, exécutions et autres destructions. Ce fut une guerre civile et comme toute guerre civile, elle fut cruelle d’un côté comme de l’autre. Il est vrai que les « versaillais » furent sans pitié et le mur des Fédérés vaut bien l’assassinat de membres du clergé. Il serait stupide d’en faire une célébration univoque, en ne donnant la parole qu’aux vaincus. C’est un anniversaire qu’il faut marquer sans pour autant l’instrumentaliser au profit des forces politiques qui dominent aujourd’hui la capitale.

On doit d’ailleurs avoir la même attitude en ce qui concerne un autre anniversaire, celui du bicentenaire de la mort de Napoléon. Lui aussi a fait rêver les Français et son rêve s’est fracassé : sur bien des points, son bilan est discutable et le débat peut en être ouvert. Personne ne songe heureusement à fermer sa crypte aux Invalides. Elle est de notre héritage comme un autre carré, là-haut au Père-Lachaise au pied d’un cerisier en fleurs.

 

 

18 mars

 

Le temps actuel est marqué par le retour paradoxal des dictatures. Voilà pourtant un terme bien oublié depuis la fin du XXe siècle, l’effondrement du communisme soviétique et tous les printemps, arabes, africains et asiatiques qui semblaient avoir mis fin à nombre de ces régimes. Mais voilà revenu donc le temps des dictatures : certes de la Corée du Nord à Cuba, il y a encore quelques restes des vieilles dictatures du prolétariat de l’époque communiste. Mais, les régimes dictatoriaux ont aussi proliféré dans nombre de pays fragiles comme l’Égypte ou la Syrie sans parler de toutes les démocraties africaines où les présidents – certes élus – s’accrochent pour un troisième ou quatrième mandat. La dictature peut alors apparaître comme une forme de stabilité institutionnelle face au désordre d’une démocratie mal maîtrisée.

Dans leur évolution récente, deux pays sont assez représentatifs de cette tendance : la Chine et la Russie. En Chine, l’Assemblée nationale vient de clore ses deux sessions annuelles, le « Lianghui ». L’exercice fut totalement maîtrisé par le pouvoir en place. La remise au pas de Hong Kong a été entérinée et le pouvoir de Xi Jinping conforté. Xi, qui a endossé les habits du président Mao, aurait normalement dû abandonner le pouvoir après deux mandats, en 2022. Il n’en sera rien et au contraire, on assiste, à tous les niveaux de la société chinoise, à une reprise en main, les libertés individuelles étant sacrifiées à un illusoire bonheur collectif.

En Russie, Vladimir Poutine règne depuis maintenant plus de vingt ans. Là aussi, le régime se durcit et ne tolère plus la moindre critique. À la différence de Xi, il n’a plus à son service un parti unique, mais il compense cela par une dérive populiste et nationaliste. On retrouve d’ailleurs la même dérive chez Narendra Modi en Inde quoique les racines de la démocratie indienne paraissent plus solides.

La tentation dictatoriale est une constante dans l’histoire. Il en fut ainsi des démocraties grecques cédant le pas au régime des « tyrans », un terme bien oublié aujourd’hui et pourtant d’actualité. Ce fut aussi le destin de la République romaine face à Marius, Scylla puis César et au fond de la première République française face à Bonaparte. Le rêve bien sûr – celui des philosophes des Lumières face à Frédéric de Prusse et Catherine de Russie – est celui de la dictature éclairée, celle qui permettrait la transition vers une société de liberté. L’histoire malheureusement ne nous en offre guère d’exemples. Au contraire même, la dérive actuelle de Xi Jinping, de Vladimir Poutine et de quelques autres a de quoi inquiéter.

À Rome, la dictature était normalement limitée à six mois. Dans sa grande sagesse, Deng Hsiao Ping y avait mis un terme de dix années. Mais dans la réalité tyrans, dictateurs et autres hommes providentiels ont tendance à céder à la folie de l’éternité…

 

 

16 mars

 

La chute spectaculaire d’Emmanuel Faber de la présidence de Danone est symbolique à plus d’un titre. Dans l’univers du CAC 40, Danone a en effet toujours eu une place à part et une image largement positive liée à la personnalité de son fondateur Antoine Riboud qui excella dans le registre du « patron social » (et même « de gauche » dans la tradition mitterrandienne). Pourtant, l’histoire de Danone s’est faite à coups de serpe, d’acquisitions et de ventes avec souvent une importante casse sociale. Cela n’empêchera pas Franck Riboud d’être pendant longtemps l’un des patrons les plus payés du CAC 40 tout en véhiculant une image bénévolante avec la production de yaourt au Bangladesh sous le patronage de Zinédine Zidane !

Emmanuel Faber eut l’immense mérite de mettre ses actes en rapport avec ses idées en un moment de crise économique et de remise en cause morale du capitalisme. Mais, au-delà de symboles tout à fait estimables – mais parfois un peu racoleurs –, il semble que sa gestion et plus largement sa gouvernance n’aient pas été à la hauteur. En tout cas, par rapport à ses grands concurrents dans l’agroalimentaire, Danone a perdu du terrain, de la profitabilité et donc de la valeur boursière. Assez logiquement, en dernier recours, ce sont les propriétaires d’une entreprise qui ont le dernier mot et ce qui s’est passé chez Danone n’a rien d’exceptionnel. À son corps défendant, Emmanuel Faber a simplement illustré la contradiction fondamentale entre l’image du Bien commun et sa réalité.

 

 

15 mars

 

Une des conséquences imprévues du Covid est l’élargissement du champ lexical de la langue française. C’est peut-être là, la preuve du génie d’une langue ! On parle donc désormais de « présentiel » et de « distanciel », on pratique – à l’université entre autres – le « comodal » tandis que dans les entreprises on saute de « webinaire » en réunion « zoom »…

Un nouveau mot vient aussi d’apparaître dans le débat public : il s’agit des « enfermeurs » utilisé pour désigner ceux qui sont partisans d’un durcissement des conditions de vie sous la pandémie, voire d’un confinement total. Il est vrai qu’une troisième vague du Covid est en train de frapper à nos portes et en particulier en Île-de-France. Jusque-là, la stratégie adoptée par Emmanuel Macron était justement de ne pas écouter les délires enfermistes, de ne pas sacrifier le moral et l’économie sur l’autel du sanitairement correct. Mais, ces jours derniers, les « enfermeurs » ont gagné des points et quelques couperets risquent de tomber alors que la situation sanitaire se dégrade manifestement. Quelle que soit la décision que va prendre Emmanuel Macron, soyons surs en tout cas qu’elle sera critiquée par les enfermistes ou par les « libéraux » (au sens de la liberté individuelle). On ne peut en effet « en même temps » satisfaire tout le monde.

 

12 mars

 

Il y a des moments où la réalité – virtuelle – dépasse la fiction. C’est ce qui vient de se passer sur le marché de l’« art ». Alors qu’en janvier un malheureux Botticelli avait péniblement dépassé les $ 90 millions chez Sotheby’s à New York, voilà Christie’s qui adjuge à New York aussi, une œuvre d’un parfait inconnu, Mickael Winkelmann, alias (sur la toile) Beeple, pour près de $ 70 millions ! L’œuvre en question « Everyday : The first 5 000 days » est, semble-t-il, un collage de 5 000 dessins réalisés par « l’artiste » depuis 2007. Mais l’œuvre en soi n’existe pas, car il s’agit d’un NFT, un « non fungible token », un objet de collection digital dont on achète simplement la garantie de l’exclusivité grâce aux procédés de la blockchain. L’objet ainsi créé est virtuel, mais il serait réservé à un seul utilisateur qui en possède toute la traçabilité grâce à la blockchain. On joue là pour l’essentiel sur un effet de rareté contrôlée que l’on retrouve en partie dans les émissions de bitcoin (le principe est le même). Christie’s aurait d’ailleurs accepté d’être payé en ethereum, une autre cryptomonnaie.

Les enchères ont commencé à $ 100 pour se terminer donc à $ 70 millions faisant de Beeple, le troisième artiste vivant le plus coté derrière Jeff Koons et David Hockney. On touche là de nouvelles dimensions d’un marché qui échappe quand même à toute rationalité : mais Beeple a près de deux millions de « followers » sur Instagram. C’est cela maintenant qui compte, cette logique des réseaux même si le plaisir égoïste d’être seul à pouvoir contempler une œuvre sur l’écran de son smartphone atteint là des sommets… de bêtise !

 

 

11 mars

 

« Un jour viendra où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillera ses rats et les enverra mourir dans une cité heureuse. » C’était il y a un an et les rats dont parlait Albert Camus dans les dernières lignes de La Peste, furent en 2020 quelques pangolins et autres chauve-sourisprobablement activés par des activités de recherche mal maîtrisées en Chine ou ailleurs.

Il y a un an donc, le Covid-19 faisait irruption dans notre vie quotidienne. Il était apparu quelques semaines plus tôt en Chine, mais personne ne l’avait pris au sérieux : une banale grippe asiatique, mais rien de plus ! Il n’en fut rien : le Covid s’est répandu sur la planète gagnant l’Europe par l’Italie, les États-Unis, le Brésil et pratiquement le monde entier. Le bilan actuel, plus de deux millions de morts, reste mesuré même si la réalité est probablement bien au-delà. Mais, et c’est là un peu cruel, l’essentiel n’est pas là. Car cette pandémie a été vécue en temps réel, la planète entière en a suivi les progressions. La peur a fait le reste qui a obligé les gouvernements à intervenir de ports de masque en confinements. La vie s’est arrêtée et avec elle l’économie.

Ce qui ni la grippe espagnole de 1918 ni la grippe asiatique de la fin des années cinquante n’avaient réussi, le Covid y est parvenu : l’économie mondiale à l’arrêt puis en régression à hauteur de 4 à 5 % du PIB : la crise économique la plus profonde que le monde ait connue depuis l’entre-deux-guerres. Dans la plupart des pays développés, la vie s’est arrêtée, magasins et restaurants ont fermé. Au-delà du bilan humain, c’est la peur qui a dominé et qui un an plus tard, malgré les vaccins continue à régner.

Le Covid est arrivé aussi à un moment charnière. Après trois décennies de mondialisation triomphante, le monde commençait à douter. La jeunesse manifestait non pas comme en 1968 à la recherche d’idéologies d’un autre âge, mais soucieuse d’un avenir obscurci par le changement climatique et la prise de conscience d’une planète en perdition. Que n’a-t-on dit ces derniers mois sur le « monde d’après ». Au-delà des rêves et des illusions, 2020 marquera probablement un tournant, celui d’un retour de politiques publiques plus marquées au coin du social et de l’environnemental. L’état providence a à nouveau le vent en poupe même si l’on ne sait guère comment le financer sinon par une dette qui sera le grand héritage de cette période.

Une année s’est écoulée, une immense parenthèse dans nos existences. Nous avons appris à vivre d’une autre manière, à apprécier un peu plus chaque geste du quotidien. Grâce aux vaccins, la menace commence à s’éloigner, la vie revient avec le printemps. Les portes de la ville vont enfin commencer à s’ouvrir.

Puisse seulement cette année nous servir de leçon. Prométhée, en ces décennies de triomphe technologique, a repoussé bien des limites. Mais l’homme en a touché de bien plus profondes. « Tu es poussière » nous dit la Bible et c’est là au fond le grand message de ce petit virus.

 

 

9 mars

 

Le Congrès américain a donc adopté – de justesse au Sénat puis à la Chambre des représentants – un nouveau plan de relance de $ 1 900 milliards. À la différence des plans mis en place par la précédente administration, celui-ci est fortement « fléché » dans le sens de la réduction des inégalités et de l’environnement. Ainsi chaque Américain dont les revenus sont inférieurs à $ 75 000 va toucher un chèque de $ 1 400. Comme le soulignent certains commentateurs, les États-Unis se mettent là sur la trace de l’État-providence à l’européenne.

D’après l’OCDE et la plupart des conjoncturistes, cela devrait faire bondir de 6,5 % la croissance américaine : en 2021, les États-Unis feraient mieux que la Chine dont l’objectif officiel de croissance, présenté lors de la réunion de l’Assemblée nationale chinoise n’est « que » de 6 %. Mais on peut s’attendre aussi à un effet de ruissellement et l’OCDE estime l’impact du Plan Biden à 1 % de croissance mondiale supplémentaire. Résultat, la croissance mondiale pourrait atteindre 5,6 % en 2021.

Tout ceci est bel et bon et on nage là en plein Keynesianisme, ce qui est parfaitement louable tant que cette relance est soutenable en termes d’endettement. Il est fort probable que les taux américains vont poursuivre leur retournement et le dollar devrait aussi se renforcer. Les sceptiques crient à l’inflation, mais au point où en sont les choses celle-ci est de plus en plus souhaitable bien au-delà des 2 % qui restent l’objectif de la Fed.

Il reste à voir ce que sera le volet fiscal de la politique de la nouvelle administration : une hausse des impôts paraît inévitable comme cela a été le cas au Royaume-Uni. Dans les années trente, Roosevelt avait mis la barre très haut (94 % sur l’IR). Joe Biden a encore de la marge.

 

 

8 mars

 

Alors que la série à succès « The Crown » se poursuit « en live » des deux côtés de l’Atlantique (avec la jeune Megan victime du « racisme » bien connu de nos amis britanniques), un autre scandale fait trembler la City, éclabousse les milieux politiques et pourrait avoir des conséquences dramatiques sur des secteurs bien fragiles de l’économie européenne.

Lex Greensill était un jeune australien, arrivé à Londres en 2001, qui fit rapidement son trou tant à la City qu’à Whitehall dans l’entourage du Premier ministre David Cameron. Greensill avait « inventé » une sorte de factoring lui permettant de financer aux entreprises leurs crédits clients, c’est-à-dire l’argent que leur devaient leurs clients. La subtilité était de revendre cette dette sous forme de titres à des investisseurs attirés par des rendements élevés, au fond la bonne vieille recette des subprimes et de leurs emprunts toxiques. Il est toujours fascinant de constater la naïveté des financiers les plus endurcis. Greensill sut charmer de grands noms comme Crédit Suisse et le japonais Softbank. Il joua un rôle essentiel dans la surprenante ascension du groupe GFG Alliance de Sanjeev Gupta qui, un temps, a fait figure de sauveur dans des domaines comme la sidérurgie et l’aluminium et que l’on retrouve au Royaume-Uni, mais aussi notamment en France et en Australie avec 35 000 emplois au total. Greensill a été lâché par ses investisseurs, le château de cartes va s’effondrer faisant beaucoup plus de dommages que les caprices de la jeune et irresponsable Megan.

 

 

6 mars

 

« C’était à Ur en Chaldée », là où tout a commencé de l’agriculture à l’écriture et puis, autour d’Abraham, les premières formes du monothéisme. Peu de terres ont pareil passé, ont été à l’origine de tant de religions au-delà même du Livre avec le mazdéisme et le zoroastrisme. Peu de terres aussi ont été autant ravagées en quelques décennies, malgré ou plutôt à cause de leurs richesses pétrolières.

Le pape François y est arrivé en « pèlerin de la paix ». Les chrétiens en Irak ont été laminés par les guerres et l’oppression de Daesh. Les juifs avaient disparu bien avant, mais des siècles après la rédaction du célèbre Talmud de Babylone. Mais l’islam s’y est aussi déchiré entre sunnites et chiites sans oublier d’innombrables variantes plus ou moins « hérétiques ». Plus personne ne se hasardait à visiter l’Irak : aucun président américain n’y a mis les pieds malgré les ravages provoqués par les États-Unis ; quelques ministres parfois et encore dans des enceintes militaires.

Il aura fallu un octogénaire, cette frêle silhouette de blanc vêtue, pour aller sur les pas des patriarches du Livre, pour parler de respect et d’amour du prochain dans la différence de ses croyances. Cette visite a dépassé le seul enjeu de la survie du christianisme au Proche-Orient. Elle a été au fond la seule réponse crédible à ce fanatisme qui a tant ravagé la région. Elle a peut-être aussi aidé l’islam, tant sunnite que chiite à s’en détacher.

François, un humble serviteur de Dieu au service des hommes…

 

 

5 mars

 

Les vacances du Nouvel an chinois n’ont pas interrompu le rebond des marchés de matières premières et de commodités. Au contraire, celui-ci s’est encore amplifié apportant de l’eau au moulin des tenants de l’idée qu’un « supercycle » est à l’œuvre. Les métaux sont allés de record en record, $ 9 500 la tonne pour le cuivre, $ 30 000 pour l’étain, $ 20 000 pour le nickel (avant de retomber à un peu plus de $ 15 000…), mais aussi de fortes tensions sur l’acier notamment aux États-Unis, le minerai de fer en léger repli, mais restant à des niveaux historiquement élevés. À cette liste, on peut ajouter le réveil du lithium et du cobalt, des tensions sur les platinoïdes. L’agitation sur le marché de l’argent n’a par contre guère duré et l’or – inversement corrélé à la vaccination (!) – est revenu au-dessous de $ 1 700 l’once. Sur les marchés agricoles, l’appétit chinois n’est pas encore satisfait, semble-t-il, et les perspectives de stocks de fins de campagne sont de plus en plus médiocres : résultat, les prix des grains sont au plus haut tant à Chicago qu’en Europe ou sur la mer Noire ; $ 14 le boisseau pour la graine de soja, $ 6,50 pour le blé, $ 5,50 pour le maïs et plus de 500 euros la tonne pour la graine de colza en Europe ! Même le sucre a profité de cette embellie à plus de 16 cents la livre tandis qu’aux États-Unis le bois d’œuvre pour la construction dépassait les $ 1 000 mille pieds-planche. Enfin, en ce qui concerne l’énergie, certes la bulle du gaz naturel liquéfié en Asie a éclaté et les cours sont revenus un peu partout à des niveaux plus « raisonnables ». Mais le charbon a fait un bond impressionnant. Enfin, le pétrole flirtait début mars avec la barre des $ 70 pour le baril de Brent, grâce, il est vrai, au maintien des efforts des producteurs et au premier chef l’Arabie saoudite. Ajoutons à cette ambiance les tensions sur le fret maritime au moins en ce qui concerne les conteneurs et donc toutes les marchandises utilisant ce mode de transport (et donc nombre de matières premières) et puis les goulets d’étranglement rencontrés dans l’approvisionnement de produits comme les semi-conducteurs ou de certains plastiques comme le polyéthylène. Tout ceci a suffi pour attirer les investisseurs en panne de sensation et qui pouvaient légitimement se méfier des folies du bitcoin il est vrai que début 2021 le ratio entre le prix des matières premières et celui des actions n’avait pratiquement jamais été aussi défavorable, au moins en ce qui concerne les marchés américains. C’est ainsi que sur de très nombreux marchés de « futures », en particulier pour les métaux et les grains, se sont constituées des positions longues, souvent même excessives par rapport à la réalité des fondamentaux. Les marchés chinois dont l’influence est de plus en plus forte sur la scène internationale, mais dont on sait le caractère très spéculatif ont amplifié cette tendance en ce qui concerne au moins les métaux.

Ces tensions ont une explication assez logique : la reprise de la demande s’est faite plus vite que le retour à la normale des capacités des productions n’a été possible ; cette asymétrie a effectivement provoqué des ruptures d’approvisionnement. En réalité, la reprise chinoise est intervenue dès le début de l’été 2020, ce que l’on retrouve dans le rebond des importations de minerais et métaux, de produits agricoles et dans une moindre mesure d’énergie. La reprise américaine a suivi avec quelques mois de retard et seule l’Europe souffre encore d’un net décalage. Mais encore une fois, ce sont les besoins chinois qui ont été l’étincelle à l’origine de la hausse des coûts à la fin de 2020. Celle-ci a été d’autant plus forte que la fermeté de la demande a pris de surprise des marchés encore marqués par la pandémie : les moindres incidents de production ont pris des proportions nouvelles. Ajoutons à cela les caprices de la météo avec un hiver vigoureux de l’Asie du Nord au Texas, les prémisses d’un épisode climatique de La Niña et puis des tensions géopolitiques en particulier entre la Chine et l’Australie. On a là à peu près tous les ingrédients d’un épisode violent – mais bref – comme on en connut souvent au lendemain de crises économiques ou d’accidents géopolitiques majeurs. Ceci étant, sauf nouveau rebond de la pandémie, sauf conflit ouvert entre les principales puissances de la planète, sauf enfin accident climatique majeur, la plupart de ces tensions devraient retomber.

Tel n’est pas l’avis d’un certain nombre d’analystes issus des plus prestigieuses maisons de Wall Street, Goldman Sachs et JP Morgan : pour eux, les signes de ces premières semaines de 2021 sont bien la preuve qu’un nouveau « supercycle » sur les marchés de commodités est à l’œuvre. Par supercycle, ils font référence au choc que connurent les marchés entre 2007 et 2014. L’expression en elle-même n’a guère de sens si ce n’est d’attirer le chaland, c’est-à-dire l’investisseur ! Selon eux donc, les marchés devraient connaître une période durable de tensions jusqu’en 2025 et peut-être même au-delà. Leur argument principal est celui des nouvelles orientations données aux principaux plans de relance dans le sens d’un verdissement des économies et notamment de la transition énergétique. Ils estiment – avec raison d’ailleurs – que ceci se traduira par une demande accrue dans le domaine des métaux, mais extrapolent au-delà à l’ensemble des commodités.

La réalité est à notre sens tout autre. Il existe bien en effet un cycle sur les marchés de matières premières identifié par de nombreux auteurs de Paul Bairoch à D. S. Jacks (dans la publication la plus récente sur le sujet en 2019) et à l’auteur de ces lignes, il y a déjà une vingtaine d’années. Sur la période contemporaine, il y a bien eu quatre chocs majeurs sur les marchés : 1921, 1951, 1974 et 2010 pour noter les années les plus violentes. En réalité, ces chocs ont en général duré entre trois et huit ans, suffisamment longs pour induire un mouvement d’investissement dans de nouvelles capacités de production débouchant quelques années plus tard sur des marchés excédentaires et en général deux bonnes décennies de prix déprimés. C’est ce que l’on connut dans les années vingt et trente, les années cinquante et soixante, les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix et donc depuis 2014. Il devrait en être de même pour les années vingt de ce XXIe siècle. Au-delà en effet des passions spéculatives, la logique des fondamentaux plaide pour des marchés plutôt excédentaires. Ceci bien sûr n’est pas contradictoire avec des tensions liées à de nouvelles utilisations de certains produits liés en particulier aux nouvelles technologies. Et encore là faut-il savoir raison garder comme l’ont montré ces dernières années les exemples du cobalt et du lithium et ces derniers jours pour le nickel.

Cette polémique a au moins un avantage : celui de placer un peu plus d’attention sur les marchés de matières premières et de commodités, sur leur volatilité, sur la dépendance qui est celle des producteurs tout comme des consommateurs dans un monde marqué au coin de l’instable. Les aspirations légitimes de nos sociétés à un monde plus respectueux de l’environnement sont une contrainte supplémentaire pour des systèmes de productions et d’échanges soumis aux moindres aléas géopolitiques et climatiques. Supercycle ou pas, nous n’en avons pas fini de scruter courbes et graphiques !

 

 

4 mars

 

Il y a exactement quatre-vingt-trois ans, le 3 mars 1938, le pétrole jaillit pour la première fois du sous-sol de l’Arabie heureuse. À l’origine de cette découverte, il y avait des compagnies pétrolières américaines qui formèrent plus tard, en 1948, une entreprise commune, l’Arabian American Oil Company, plus connue sous le nom d’Aramco. Les États-Unis nouèrent à cette occasion une alliance stratégique avec cette Arabie qui fournissait leur pétrole : ce fut le célèbre « pacte du Quincy », du nom du navire sur lequel Roosevelt, de retour de Yalta, rencontra Ibn Seoud.

À l’époque, l’Arabie saoudite produisait quelques centaines de milliers de barils de pétrole chaque jour. Aujourd’hui, elle en produit plus de 10 millions et sa capacité maximale de production dépasse les 12 millions. Le pétrole a changé le destin de l’Arabie. Il n’est pas sûr que cela soit pour le meilleur.

Il y a quelques jours, Ahmed Zaki Yamani est décédé à l’âge de 90 ans. Celui que le monde connut comme le Sheikh Yamani fut ministre du Pétrole d’Arabie saoudite de la fin des années soixante à 1986. C’est lui qui orchestra en 1973, au lendemain de la guerre du Kippour, le premier choc pétrolier qui permit aux producteurs de prendre le contrôle du marché du pétrole. C’est lui aussi qui permit au royaume de récupérer ses ressources en nationalisant de facto l’Aramco. Mais par la suite, il ne parvint pas à convaincre ses interlocuteurs tant en Arabie saoudite que parmi les autres pays membres de l’OPEP que leur intérêt était de gérer le marché de manière mesurée et raisonnable. En 1986, le roi Fahd le congédia alors que les cours du pétrole s’effondraient.

Depuis, le prix du baril a fluctué entre $ 10 et $ 147 le baril, entre $ 16 et $ 65 en ces temps de Covid et de baisse de la demande mondiale.

Forte de la richesse de ses réserves pétrolières, l’Arabie saoudite a fait illusion, mais quatre-vingts ans plus tard, le bilan que l’on peut faire de cette aventure pétrolière est bien négatif. Le Royaume reste totalement prisonnier de l’exploitation de sa rente pétrolière dont il tire l’essentiel de ses ressources. Son point d’équilibre budgétaire est encore supérieur à $ 70 le baril tant il faut financer un État-providence généreux pour les saoudiens, mais aux dépens aussi des millions de travailleurs immigrés qui, au quotidien, font tourner l’économie. Et puis, l’argent du pétrole a contribué à financer l’expansion d’un islam radical, inquiétant pour la société saoudienne elle-même.

L’Arabie saoudite, loin des rêves du Sheik Yamani, est devenue une caricature de cette malédiction du pétrole que l’on retrouve d’ailleurs en bien d’autres pays du Venezuela à l’Algérie.

Dans la pièce de Jean Giraudoux, La Folle de Chaillot, un des personnages a la réplique suivante : « Ce que l’on fait avec du pétrole ? De la misère, de la guerre, de la laideur, un monde misérable ».

C’était en 1945 et malheureusement toujours d’actualité.

 

 

2 mars

 

Lse temps sont durs pour les hommes politiques : sans même parler de Donald Trump dont le destin judiciaire ne cesse de s’assombrir, voilà Nicolas Sarkozy condamné à de la prison ferme (il a fait appel). Au Royaume-Uni, David Cameron, l’ancien Premier ministre, a son nom mêlé à un scandale financier et aux États-Unis encore, le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo est confronté à des accusations à caractère sexuel.

 

Le vrai problème est en réalité celui de la deuxième vie des hommes politiques. Autrefois, ils se contentaient de se retirer sous leur tente dans la position de vieux sages ; ils écrivaient leurs mémoires et, lorsque cela était possible, ils rejoignaient la chambre des Lords (Royaume-Uni) ou devenaient sénateurs à vie (Italie). Tout cela a bien changé et l’esprit de lucre a gagné les plus vertueux : conférences grassement payées par des entreprises heureuses de bénéficier de pareilles têtes d’affiche, activités de conseil facilitées par leurs carnets d’adresses, mandats d’administrateurs dans certains cas. Le placard politique devient ainsi une véritable entreprise : aux États-Unis, les Clinton et les Obama ont fait école. Au Royaume-Uni, les Blair ont poussé cette logique aux limites du tolérable. En Allemagne, Gerhard Schröder a un peu vendu son âme aux intérêts russes. Dans les pays anglo-saxons, tout ceci est plus facilement accepté que dans les pays latins où la relation à l’argent reste ambiguë. Il n’y a là au fond rien de bien nouveau tant l’ascèse politique demeure exceptionnelle.

 

28 février

 

Si, à la fin de la guerre de Cent Ans, la France était devenue anglaise, peut-être, à côté du football et du rugby, aurions-nous hérité du cricket ! Ce ne fut pas le sens de l’histoire. Par contre, le cricket a conquis l’Empire britannique, des grands dominions aux Caraïbes et surtout à l’empire des Indes. En Inde comme au Pakistan, le cricket reste le sport national et il échappe à la rhétorique anticoloniale que l’on a tendance à entendre en bien des domaines.

Curieusement, Narendra Modi en a fait l’un de ses fers de lance. On peut même estimer qu’il a bâti sa fortune politique sur le contrôle qu’il exerça au début de sa carrière sur la fédération de cricket de son état du Gujarat. Et c’est dans la capitale du Gujarat, Ahmadabad, qu’il vient de faire construire la plus grande enceinte mondiale consacrée au cricket. Le budget de $ 110 millions a été couvert par ses deux oligarques favoris Mukesh Ambani (Reliance) et Gautam Adani. Mais, Narendra Modi a cédé à une tentation que l’on ne retrouve que chez quelques dictateurs et chez… Donald Trump. Le stade, tout simplement, porte son nom ! Nous sommes certes habitués à ce que des entreprises achètent ainsi le nom d’enceintes sportives : au point où nous en sommes de la marchandisation du sport, cela ne choque plus guère. Que l’on puisse célébrer des hommes d’État décédés peut se comprendre et on a beaucoup utilisé les aéroports pour cela. Mais de la part d’un dirigeant en exercice c’est là presque une première.

La décision de Narendra Modi est inquiétante pour l’avenir de ce qui reste la plus grande démocratie de la planète et le seul pays au monde (avec le Sénégal) à n’avoir connu aucun coup d’État depuis son indépendance. L’héritage de Gandhi est en de bien mauvaises mains !

 

 

25 février

 

Aux États-Unis, Joe Biden s’est mis d’accord avec le Congrès pour un nouveau plan de relance de $ 1 900 milliards. En Europe, on peine encore à mettre en œuvre les décisions de l’été dernier, mais dans tous les pays les robinets sont grands ouverts et la doctrine du « Quoi qu’il en coûte » est à peu près universellement appliquée.

Fort bien, et l’on ne peut que se féliciter que toutes ces dépenses publiques aient pu contenir l’impact négatif du Covid tant sur les économies que sur les sociétés. Mais cet argent, il a fallu l’emprunter ! Heureusement, les taux d’intérêt n’ont presque jamais été aussi bas en particulier en Europe. L’Allemagne, mais aussi la France, peuvent même emprunter à taux négatifs, c’est-à-dire se faire payer pour bien vouloir prendre l’argent des épargnants de la planète. Mais bien sûr, une telle situation ne durera pas et un jour il faudra bien rembourser : la France va bientôt passer la barre des 120 % du PIB en dette publique ; il y a dix ans, on s’indignait déjà d’être à 85 % et qui se souvient d’un critère de Maastricht qui évoquait les 60 %. La zone euro justement devrait en 2021 passer le cap des 100 % du PIB.

La dette est donc là et pour longtemps. Que faire ? Oublions les plus radicaux, ceux qui veulent l’annuler. Faire défaut sur sa dette n’est pas soutenable et les pays qui l’on fait, du Mexique à l’Argentine en passant en 2020 par la Zambie ont perdu toute crédibilité, ce que les marchés financiers font payer très cher. Oublions donc cela pour tout ou partie de la dette.

Nombre de bons esprits pensent que l’on pourrait dissocier la dette « historique » et la dette « Covid ». Pour cette dernière, le Commissariat au Plan propose une sorte de moratoire, intérêts et principal étant renvoyés à plus tard. Là aussi, l’idée ne semble pas très réaliste, même si dans le cas de la France qui était déjà à 100 % d’endettement public en 2019, la vraie question est celle de sa « mauvaise » dette et de ses déficits publics structurels finançant un fonctionnement pléthorique.

En réalité, la vraie sortie de la dette c’est par le haut avec une croissance économique qui retrouve rapidement son niveau tendanciel (2 %) et si possible un peu plus. À ce moment-là, la dette devient à proprement parler « soutenable » et même vertueuse puisque créatrice de valeur.

Il y a déjà eu dans l’histoire des périodes d’endettement comparables. La sortie en a été la croissance et surtout l’inflation qui sur les deux siècles derniers a ruiné les rentiers toutes les trois générations. N’est-ce pas là au fond la vraie morale du capitalisme ! Pour l’instant en tout cas, il n’y a pas d’inflation, mais les taux sont négatifs. Alors, oublions un peu la dette, et… travaillons !

 

 

20 février

 

La France hérite à nouveau d’une de ces polémiques dont elle a le secret : la transparente – et pour le moins insignifiante – ministre des Universités s’est attaquée à un concept fumeux, celui d’islamo-gauchisme dont la pertinence est passablement douteuse. Qu’en France, une majorité d’universitaires dans le domaine des sciences sociales soit plutôt de gauche est une évidence, mais de là à en faire des compagnons de route des islamistes est aussi absurde que d’appliquer ce raisonnement à… Charlie Hebdo !

Que par contre, l’université soit traversée par de nouveaux sectarismes autour de l’histoire coloniale, de la théorie du genre et de son cortège d’écritures inclusives, du racisme et de ce qui devrait être l’éternel sanglot de l’homme blanc est tout aussi évident. Le phénomène n’est pas propre à la France et aux États-Unis, il a même pris une tournure qui commence à inquiéter toutes les autorités académiques. Tout ceci est pain béni pour les agitateurs de tout poil qui se nourrissent de slogans et d’approximations.

L’histoire bien entendu n’a jamais prétendu être une science exacte au-delà de la chronologie des faits. Mais l’ignorance historique de nombre de protagonistes de cette polémique est inquiétante. Et puis le gauchisme ne fut-il pas considéré comme une « maladie infantile » !

 

 

18 février

 

Ces premières semaines de 2021 qui se finissent par les festivités du Nouvel an chinois sont à bien des égards celles de tous les paradoxes.

Alors que l’économie est encore vacillante, malgré les doses importantes de remontant qui lui sont administrées, sur nombre de marchés c’est l’euphorie la plus totale. Aux États-Unis, le SP 500 va de record en record, frôle la barre des 4 000, tiré certes par les GAFAM, mais aussi par des valeurs plus « exotiques » comme celles de sociétés travaillant dans le cannabis. Tout semble bon à prendre à commencer d’ailleurs par le bitcoin qui a maintenant dépassé les $ 50 000, bientôt presque autant qu’un lingot d’or ! La capitalisation boursière mondiale qui au plus bas fin mars était de $ 62 000 milliards dépasse maintenant le niveau record de $ 110 000 milliards. De tels montants ont de quoi faire tourner la tête, même si l’on sait qu’une partie de cette somme est virtuelle, qu’elle peut à tout instant se dégonfler, mais pour l’instant en tout cas continuer à enfler comme la grenouille de la fable.

Mais, il n’y a pas que les actions. Beaucoup de matières premières ont vu leurs cours flamber au point que certains n’hésitent pas à parler de « supercycle ». C’est là exagéré, mais force est quand même de constater les tensions sur les cours de métaux comme le cuivre, le nickel ou l’étain portés par les perspectives de la transition énergétique et en particulier par la nouvelle filière à la mode, celle de l’hydrogène vert. Mais, au-delà, ce sont les prix du fer et de l’acier ou même du coton qui sont touchés. Tensions aussi sur les céréales avec l’importance des achats chinois, une Chine que l’on retrouve un peu partout du gaz naturel à l’or. Il n’y a pas cependant que la Chine : faute de conteneurs celle-ci peine à exporter et à répondre à la demande européenne et américaine : les tarifs des frets de conteneurs ont quadruplé en quelques semaines. Certains secteurs industriels peinent à l’image de l’automobile faute des approvisionnements nécessaires en semi-conducteurs.

Ces hausses de prix, ces goulots d’étranglement entretiennent l’optimisme des bourses. Et puis, comme derrière les écrans et les programmes informatiques, il y a des hommes, peut-être certains trouvent-ils ainsi un dérivatif face à la morosité sanitaire qui les étreint. Attention au réveil malgré tout : la plupart des marchés ont déjà « acheté » une reprise mondiale franche et massive. C’est là aller bien vite en besogne et gare à la moindre déception.

 

 

16 février

 

Le Covid et ses conséquences, de confinement en couvre-feu, occupent l’essentiel de l’attention et du temps d’antenne sur les radios et les télévisions. Il a fallu le scandale de l’affaire Duhamel pour distraire un peu les Français de cette obsession sanitaire.

Pendant ce temps-là pourtant, la vie politique se poursuit et avec elle les termes d’un calendrier qui nous rapproche inexorablement des échéances électorales de 2022 (celles de 2021 sont presque mises entre parenthèses, ce qui arrange incontestablement le parti au pouvoir).

On s’occupe donc au Parlement avec des projets de loi en discussion qui attirent assez peu la lumière des médias et qui font l’objet de manœuvres de couloir dans la plus grande opacité. Il s’agit pourtant de textes dont la portée pourrait être, s’ils viennent à terme, fondamentale dans la fabrique de la société française. Ce sont les textes sur la bioéthique, le séparatisme et l’environnement. Dans chaque cas, les intentions sont bonnes même si on peut craindre cette vieille maladie française de l’accumulation législative. L’invention de l’écocide en est un parfait exemple. Mais, plus sérieusement au fil d’amendements surgissant de nulle part, c’est tout le champ de la bioéthique, jusqu’à l’avortement, qui peut se trouver bouleversé. S’il était raisonnable de s’attaquer au problème de l’islamisme radical, à force de ne pas le nommer c’est toute la démarche religieuse qui risque de tomber sous le couperet d’une laïcité à la française qui est en réalité la cause plus que la solution de nos problèmes. On peut douter de la validité de telles démarches en « temps de guerre » et sur ces trois points, un « armistice » serait le bienvenu.

 

 

14 février

 

Revenons encore à cette nouvelle année chinoise. Après celle du rat (que l’on oubliera bien vite), c’est donc l’année du buffle, du buffle de métal puisque c’est l’élément qui est associé cette fois-ci à cet animal du zodiaque chinois.

Sans se plonger dans les arcanes de l’astrologie et de la symbolique chinoise, force est de constater que cette dimension métallique est parfaitement appropriée à la situation actuelle alors que la Chine domine littéralement la quasi-totalité des marchés des métaux de la planète. En 2020, elle a produit plus de la moitié de la production mondiale d’acier et d’aluminium avec en particulier plus d’un milliard de tonnes d’acier. En fin d’année et encore au début de 2021, sa demande presque insatiable a tiré les marchés du nickel et de l’étain, du cuivre et du lithium.

Et le buffle chinois n’hésite pas à labourer des terres lointaines pour satisfaire son appétit insatiable de minerais et métaux, que ce soit en Afrique, de la RDC à la Guinée, en Amérique latine pour le lithium du Chili par exemple, en Birmanie (étain), en Indonésie et aux Philippines (nickel). Ce buffle-là n’est pas très regardant sur les questions d’environnement ni de droits sociaux. Il est un Moloch qu’il faut satisfaire et malheur à ceux qui croisent la route d’un buffle de métal !

 

 

12 février

 

C’est le Nouvel an chinois. Nous rentrons dans l’année du buffle et l’image de cet animal « colle » bien avec la réalité chinoise tant géopolitique qu’économique. La poste chinoise a émis deux timbres pour cette nouvelle année : sur l’un le buffle s’apprête à charger ; sur l’autre, la bufflonne nourrit son petit : c’est la Chine victorieuse et même quelque peu arrogante, mais aussi protectrice pour ceux qui lui sont fidèles (un timbre japonais montre un buffle peinant sous sa charge et celui de Singapour est décoré de fleurs). Le buffle chinois est prêt à enfoncer le bison américain, mais il est compatissant pour ses vassaux à commencer par Hong Kong et Taïwan.

Ce détour par la philatélie illustre mieux que bien des discours la position de la Chine et de son empereur face au reste du monde. Le Covid a permis à la Chine de gagner quelques années et de relancer des routes de la soie que l’on commençait à critiquer un peu partout.

En cette année du buffle, seront inscrits dans la laque impériale les objectifs du XIVe Plan. Normalement, Xi Jinping, au bout de deux mandats, aurait dû se retirer à la fin de cette année. Mais, rejetant Deng aux oubliettes, Xi a revêtu les habits de Mao et avant lui de ces empereurs qui ont, comme Kien Long, fait la gloire de l’Empire du Milieu. Et c’est à nouveau le milieu du monde.

 

 

10 février

 

Il est en ce bas monde une certitude qui a le mérite de rassurer tous ceux qui s’indignent du poids démesuré de la finance, de ses marchés et de ses spéculations : c’est tout simplement que la finance – ou au moins les financiers – n’est pas rationnelle. Par moment, ils sont saisis de ce que Alan Greenspan, l’ancien président de la Fed, qualifiait « d’exubérance irrationnelle » : des bulles se forment, rumeurs et « fake news » circulent et puis un jour, une petite voix se fait entendre sur les marchés : « Mais le roi est nu » et alors tout s’effondre…

Voilà peut-être ce qui est en train de se passer sur le marché du bitcoin qui vient d’atteindre la valeur insensée de $ 48 000. Le bitcoin est la plus célèbre de ce que l’on appelle les « cryptomonnaies ». Le principe d’une monnaie est qu’elle doit être assise sur un actif. Longtemps, ce fut le cas de l’or et de l’argent. Même lorsque pièces et écus commencèrent à n’avoir plus qu’un rôle marginal dans la circulation monétaire, la confiance en la capacité des états à battre monnaie était liée à l’importance du stock de métal précieux que détenait leur banque centrale : en 1960 encore, les réserves d’or américaines couvraient les avoirs en dollars détenus à l’extérieur des États-Unis. Tout ceci est bien sûr révolu et le rêve de l’étalon-or est oublié. Les devises fluctuent aujourd’hui librement au gré des taux d’intérêt, des équilibres économiques et budgétaires et de la confiance accordée au capitaine à la barre, gouvernement ou banque centrale. On continue bien sûr à penser qu’un jour le monde parviendra à réaliser le rêve de Keynes, une monnaie universelle. Mais on en est bien loin, sauf à croire au bitcoin.

Inventé par un mystérieux japonais, Satoshi Nakamoto, le bitcoin est le résultat d’une production informatique complexe. Des « mineurs » produisent les bitcoins qui théoriquement resteront en production limitée (elle devrait s’arrêter en 2022). Leur production et leur échange font appel à des techniques cryptographiques sophistiquées telles que le coût d’un bitcoin au stade du « mineur » est de $ 9 000 sans parler d’une affolante consommation d’énergie équivalente actuellement au quart de la consommation d’un pays comme la France.

Tout ceci n’est franchement pas très sérieux et depuis sa création, le bitcoin a surtout attiré flambeurs, escrocs à la Ponzi et malfrats désireux de blanchir leurs gains dans ce qui est au fond un casino.

Mais voilà qu’Elon Musk vient d’annoncer qu’il allait placer $ 1,5 milliard de la trésorerie de Tesla en bitcoin. Tesla d’ailleurs, voilà une autre bulle : sa seule capitalisation boursière est supérieure à celle cumulée des huit principaux constructeurs automobiles mondiaux et pour l’instant Tesla ne gagne sa vie qu’en vendant les crédits carbones gagnés grâce à une production de véhicules électriques qui reste modeste.

Tesla et le bitcoin, quand deux bulles se rencontrent et s’entretiennent mutuellement, le pire est à craindre ! Sur les marchés, une petite voix se fera entendre : « Le Roi est nu ! ».

 

 

7 février

 

A peine CyclOpe avait-il publié ses prévisions sur les marchés de commodités que rebondissait un débat lancé il y a déjà quelques semaines sur un éventuel nouveau «supercycle». Et il est vrai que la flambée des cours en fin d’année et au début de 2021 pouvait inciter à ce type de réflexion de court terme comme l’illustre le graphique ci-joint tiré de The Economist. La ruée sur le marché de l’argent a aussi servi de prétexte comme l’a titré un « papier » du Financial Times : « Silver surge could signal a boom in commodities ». Sans parler de la conjoncture la plus récente, cette idée de supercycle nous paraît profondément erronée. L’expression d’ailleurs de supercycle n’a en elle-même aucun sens. Il y a effectivement depuis plus d’un siècle un cycle des prix des matières premières (mis en évidence par le grand historien Paul Bairoch et à sa suite par… votre serviteur), dont les points hauts – les crises – se situent en 1921, entre 1947 et 1953, 1972 et 1980, 2006 et 2014. Ce que nous vivons en 2020/2021 est d’une autre nature : plusieurs facteurs haussiers se cumulent en effet ; baisse du dollar, rattrapage post-Covid au moins en Chine, incertitudes climatiques. Mais au-delà, les fondamentaux penchent du côté des excédents. Avant même la rupture du Nouvel an chinois, la plupart des marchés étaient d’ailleurs orientés à la baisse : c’était bien sûr le cas du GNL sur les marchés spot en Asie après les folies provoquées par des températures glaciales. Mais, le minerai de fer entamait un lent repli tout comme plusieurs métaux non ferreux. Par contre, les grains restaient tenus en haleine par les achats chinois en particulier de maïs et d’orge.

L’idée d’un super cycle (ou d’une flambée durable des cours sur plusieurs années) nous paraît très franchement absurde, destinée peut-être à attirer quelques fonds à la recherche de sensations, un peu comme ces malheureux boursicoteurs qui sont passés fin janvier de GameSpot à l’argent !

En ce début d’année, il ne faut pas aussi occulter toutes les interrogations géopolitiques que le Covid nous a fait un peu oublier. Il y a bien sûr l’impérialisme chinois (le terme n’est plus trop fort) tel qu’il se manifeste le long des routes de la soie chez des fournisseurs potentiels de matières premières pour la Chine, de la Birmanie à la RDC ou au Brésil, tel aussi qu’il faut le comprendre face à l’Australie. De l’autre côté, il y a la feuille blanche de l’administration Biden dont les précédents, sous Obama, ne furent pas des plus glorieux. On attend les Etats-Unis sur l’Iran bien sûr, mais aussi face à la Russie et à la Turquie et puis bien sûr face à la Chine. L’Europe n’existe guère, mais de manière séparée UE et Royaume-Uni ont presque fait allégeance à la Chine, l’UE, poussée par l’Allemagne avec son accord sur l’investissement (CAI), le Royaume-Uni en proposant d’adhérer à la zone de libre l’échange du Pacifique autour de la Chine. En rétablissant des droits de douane sur l’aluminium en provenance des Emirats, Joe Biden a en tout cas montré que, pour l’instant, la fibre domestique l’emportait sur un certain sentimentalisme multilatéral.

Les marchés vont maintenant entrer en hibernation pour quelques jours : Covid pour les uns avec son cortège de confinements, Nouvel an pour les Chinois, mais sans trop de festivités. Une sale année du rat quand même !

 

 

6 février

 

Jeff Bezos s’efface et amorce une pré-retraite, devenue un peu la norme parmi les patrons des GAFAM à l’image de Bill Gates, de Larry Page et de Sergey Brin (Alphabet, ex Google) et même dans un contexte différent de Jack Ma ; de ce point de vue, Eon Musk a encore à faire ses preuves…

Quelle aventure quand même que celle de Jeff Bezos ! En juillet 1994, il fonde Amazon à Seattle pour concurrencer les libraires et faire de la vente de livres en ligne : un projet comme il s’en lance des centaines à l’époque sur le principe de places de marché et dont la plupart disparaitront avec l’éclatement de la bulle internet en 2000. En 1997, Amazon, qui n’a jamais gagné d’argent est introduit en bourse sur la base d’une capitalisation $438millions et l’année suivante, le site s’ouvre à de nouveaux produits au-delà des livres. La suite est impressionnante : en 2018, Amazon est la seconde entreprise après Apple à dépasser les $ 1 000 milliards de capitalisation boursière et fin 2020, grâce au Covid, l’entreprise compterait plus d’un million d’employés dans le monde servant en particulier 150 millions de clients « Prime » (ceux qui sont livrés en 48 heures). En fonction des cours de bourse, Jeff Bezos est le premier ou le second homme le plus riche du monde. Sa force a été de dépasser le seul e.commerce et de bâtir un véritable empire logistique : la tête dans les nuages du cloud computing, mais les pieds solidement ancrés dans ses gigantesques entrepôts, le tout soutenu par un sens aigu de l’optimisation fiscale.

Que va faire maintenant le propriétaire du Washington Post ? A 57 ans, il a la vie devant lui.

 

 

5 février