PARUTIONS

CyclOpe 2022

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le monde d'hier »

Publication du Rapport Cyclope 2022

8 Juin 2022 - Paris

CyclOpe 2021

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Cette obscure clarté qui

tombe des étoiles »

Publication du Rapport Cyclope 2021

26 Mai 2021 - Paris

 

CyclOpe 2020

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Allegoria ed effetti
del Cattivo Governo -Ambrogio Lorenzetti 
»

Publication du Rapport Cyclope 2020

09 juin 2020 - Paris

CyclOpe 2019

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Les illusions perdues »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2019

15 mai 2019- Paris

CyclOpe 2018

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le ciel rayonne, la terre jubile »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018

16 mai 2018 - Paris

CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

24 avril 2022

 

Emmanuel Macron réélu ! La surprise n’est pas bien grande tant le résultat était attendu. Le score est moins humiliant pour Marine Le Pen qu’il y a cinq ans, mais au fond le scénario était idéal pour le président sortant qui « a vaincu sans péril ». La chance est une composante essentielle dans la vie politique : en 2017, Emmanuel Macron avait profité de l’affaire Fillon et du premier suicide du PS. En 2022, les deux grands partis historiques se sont effondrés d’eux-mêmes, ouvrant la voie aux extrêmes. De droite comme de gauche, Emmanuel Macron a profité de reports dont l’enthousiasme n’était pas la qualité première. Pour nombre de Français – ceux justement qui ont fait ce soir la différence –, il est un président par défaut.

Convenons que pour la place de la France dans le monde, la réélection d’Emmanuel Macron est positive tant il reste aujourd’hui le chef d’état européen le plus écouté. Mais sur le plan intérieur, la crédibilité d’EM est beaucoup plus discutée à l’image de ses revirements sur la question du nucléaire ou des retraites. Il lui reste maintenant à disposer d’une majorité parlementaire, ce que les Français n’ont jamais refusé à un président au sortir des urnes. Mais « En Marche » n’est guère parvenu à quelque crédibilité que ce soit et il n’est pas sûr que le « miracle » de 2017 se reproduise. Jean-Luc Mélenchon rêve d’être Premier ministre : prématuré, mais pas impossible !

 

 

21 avril 2022

 

À Washington, les réunions du FMI et de la Banque mondiale font le plein de tout ce que la planète compte de banquiers plus ou moins centraux. Les prévisions présentées par le FMI sont encore relativement optimistes avec 3,6 % de croissance mondiale en 2022. L’exercice de prévision est là totalement aléatoire : au-delà de la guerre en Ukraine, l’incertitude sanitaire demeure entière, en Chine bien sûr, mais avec des conséquences dans le reste du monde en termes de rupture de chaînes de valeur. La Chine annonce 4,8 % de croissance au premier trimestre, mais 1,3 % seulement d’un trimestre à l’autre et très probablement un mois de mars en négatif. La prévision du FMI pour la Chine en 2022 (4,4 %) est bien inférieure à l’objectif « officiel » de 5,5 %.

Au-delà de la Chine, l’autre grande inconnue est américaine. La Fed a manifestement sous-estimé l’inflation (8,5 % en mars) et son coup de frein risque de n’en être que plus brutal. Aggravée par les engorgements chinois, la panne américaine pourrait intervenir plus tôt que prévu (avant ou après les élections de mi-mandat ?) Quant à l’Europe, elle souffre de tous les maux, en première ligne du conflit ukrainien et de ses conséquences énergétiques, en panne de dirigeants de poids capables de donner une orientation cohérente, sans vision véritable.

Certes, le monde avance et le rattrapage de la pandémie (retour à 2019) est à peu près réalisé. Mais que c’est dur !

 

 

17 avril 2022

 

C’est la Pâque des chrétiens, mais hier les juifs ont fêté Pessah et les musulmans sont en plein ramadan. Les trois grandes religions du Livre vivent un moment important de leur foi. Elles représentent plus de la moitié de l’humanité au moins du point de vue culturel tant en particulier chez les chrétiens dont la pratique se réduit comme peau de chagrin : il en reste chez les catholiques français quelque vagues traditions, gigot pascal et œufs de Pâques… Mais c’est bien là quand même un moment de communion religieuse, au-delà des différences et même des antagonismes. Les guerres de religion demeurent pourtant d’une cruelle actualité, la religion étant encore souvent mise en avant pour des différences de races, de couleur de peau, de nationalismes étroits.

Bien comprises en particulier dans leur message de tolérance trop souvent oublié par leurs extrémistes, les religions – et notamment celles du Livre – devraient au contraire tempérer les nouveaux impérialismes qui se font jour dans les guerres actuelles, de l’Ukraine aux confins chinois. Le message de Pâques, c’est la sortie d’Égypte et la libération du peuple d’Israël, c’est la résurrection du Christ, c’est le jeûne des musulmans, c’est à chaque fois un dépassement de l’humain vers le divin, c’est un moment d’Espérance dans un monde qui en a tant besoin.

 

 

14 avril 2022

 

C’est un petit pays fort lointain auquel nul ne songe si ce n’est le matin pour les consommateurs de thé… de Ceylan. Sri Lanka vient de se déclarer en défaut sur sa dette extérieure. Il n’y avait plus que $ 2 milliards de réserves de change et le pays, qui vit du thé et du tourisme, ne peut plus payer ses importations notamment d’énergie.

Sri Lanka est dirigé par une famille, les Rajapaksa dont le mérite majeur est d’avoir mis un terme en 2009 à la guerre civile qui durait depuis un quart de siècle en écrasant les insurgés tamouls. Ils se sont malheureusement révélés incapables de reconstruire le pays. La carte du tourisme (plutôt bas de gamme et prisé en particulier par les Russes) a été affectée par la pandémie et la guerre en Ukraine a encore aggravé la situation, sans compter qu’une bonne partie du thé est exportée vers la Russie. L’autre carte a été celle de la Chine qui a vendu l’idée de faire de Sri Lanka une étape majeure des routes de la Soie. Les travaux ont commencé certes, mais aucun investissement n’a vraiment suivi. Et la méfiance de l’Inde n’a fait qu’augmenter. Le gouvernement a aussi accumulé les erreurs tant en termes monétaires et financiers que fiscaux. L’une des plus spectaculaires a été la décision d’un passage radical à l’agriculture « bio » en interdisant l’importation de produits phytosanitaires. Les rendements se sont effondrés et l’île n’a même plus les moyens de financer des importations alimentaires en forte hausse. Ceylan ne fait plus rêver.

 

 

12 avril 2022

 

Joe Biden, parlant des massacres découverts en Ukraine, a utilisé le terme de « génocide ». En Europe, le mot est employé avec beaucoup plus de précautions et, avec raison, Emmanuel Macron l’a réfuté.

Génocide : le mot est ignoré des dictionnaires du XIXe siècle. Et pourtant, il y en avait eu des génocides, ce mot tiré de genos, la race, et de caedere, tuer. Dans l’histoire, les massacres systématiques liés à l’appartenance d’un groupe à une race et/ou une religion sont multiples. Il y a toutefois une dimension essentielle dans la notion moderne de génocide : le groupe victime, menacé d’extermination, est sans défense. Il ne s’agit pas d’une guerre et de ses aléas, mais de la volonté d’exterminer une race, un peuple, une religion devenus un temps les boucs émissaires d’un pouvoir dominant, sans même qu’ils ne soient révoltés. Ce fut le cas des Arméniens de l’Empire ottoman, des juifs de l’Europe nazie, des Hutus du Rwanda. Le génocide est la forme extrême du racisme identitaire. Parler par contre de génocide perpétré par les Espagnols aux Amériques est une absurdité. Le cas de la Vendée est une exagération notoire.

Il en est de même pour l’Ukraine. Russes et Ukrainiens partagent origines ethniques et religieuses (Staline s’était chargé d’expulser les Tatars de Crimée). Il s’agit presque d’une guerre civile, et, on le sait, les guerres civiles sont les plus horribles de toutes. Mais de grâce, n’insultons pas les véritables victimes de génocides.

 

 

 

10 avril 2022

 

Les Français n’ont manifestement retenu de la phrase célèbre de Lampedusa dans Le Guépard que seulement rien ne doit changer. Cinq ans plus tard, il y aura donc les mêmes au second tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Les grandes proportions de l’électorat français n’ont pas changé d’ailleurs : un bon tiers de populisme de droite, un gros quart de macronistes, un autre gros quart d’une gauche, elle aussi de plus en plus populiste et puis le délicieux éparpillement qui fait le charme des élections présidentielles à la française.

La principale leçon, c’est bien sûr l’annihilation des deux partis historiques « de gouvernement » qui tiennent encore l’essentiel du terrain, des mairies aux conseils généraux et régionaux. Le PS s’attendait à ce désastre. Chez LR, on espérait encore. Si François Hollande a quand même fait le minimum en faveur d’Anne Hidalgo en perdition, Nicolas Sarkozy n’a pas levé le petit doigt et aura été l’ingrat fossoyeur d’un parti qui l’avait porté au pinacle.

Le problème est que les trois « partis » arrivés en tête n’existent vraiment que par la figure de leurs chefs, souvent aussi fondateurs. En Marche !, les Insoumis et même le RN sont loin de l’âge « adulte » de partis politiques inscrits dans la durée. Ils incarnent ce que craignait Tocqueville dans son opposition à l’élection du président au suffrage universel : la personnalisation du pouvoir dans laquelle sombre maintenant la démocratie française. Rien ne change…

 

 

5 avril 2022

 

Faute de victoires militaires et estimant – à juste titre – que l’arme du gaz vis-à-vis de l’Europe est à double tranchant et pourrait – in fine – se retourner contre la Russie, voilà Vladimir Poutine qui menace maintenant le monde avec l’arme du blé ! Il menace ainsi de limiter ses exportations à des pays « amis » auxquels il pourrait même consentir des conditions financières favorables. Il vise là bien sûr, les terrains favoris du « grand jeu » russe : la Méditerranée avec l’Algérie, l’Égypte, mais aussi la Turquie, l’Iran et bien sûr la Syrie et le Liban. Au-delà, il y a l’Afrique à commencer par le Sahel. Plus loin, c’est la Chine et peut-être même l’Indonésie. Le blé russe devient ainsi une arme diplomatique, comme d’ailleurs avant 1914 lorsque les exportations russes comblaient les besoins d’une Europe dépendante. Tel n’est plus le cas aujourd’hui, l’Union européenne est exportatrice de blé (mais importatrice de maïs ukrainien).

Curieusement, la dernière fois que l’on utilisa l’arme du blé, c’était en 1980. Les États-Unis étaient à la manœuvre et l’URSS était alors le premier importateur mondial de céréales. Face à l’invasion soviétique en Afghanistan (déjà !) le président Jimmy Carter décida d’un embargo céréalier et invita tous ses alliés à le suivre. Ce fut alors un échec et un an plus tard, le nouveau président, Ronald Reagan, leva l’embargo. Les États-Unis avaient perdu la guerre du blé. Il risque d’en être de même pour Vladimir Poutine.

 

 

4 avril 2022

 

Des images de mort. Des cadavres sur des chaussées défoncées, les mains souvent liées dans le dos. Des civils, pas des combattants abattus sans raison si ce n’est la peur. La guerre en Ukraine a franchi un seuil qui rappelle les pires moments de la guerre en Yougoslavie et puis aussi les massacres perpétrés en Ukraine même par les armées allemandes. Mais là, il ne peut y avoir de prétexte ethnique ou racial. Ce sont des crimes gratuits perpétrés par une armée à la dérive qui retrouve là ses pires réflexes, ceux d’Afghanistan, de Tchétchénie, de Géorgie.

Bien sûr, il n’y a jamais eu de guerre propre. Les Européens qui, depuis deux générations, n’en ont pas connu l’ont bien oublié. On rêve de guerres électroniques, de drones intelligents frappant sans bavures. La réalité, elle, est dans ces rues ukrainiennes avec la peur des deux côtés, celle du bourreau, celle de la victime.

Ces massacres bien sûr sont un aveu de faiblesse : cette « opération spéciale » est une guerre contre l’Ukraine qui commence à retourner même les Ukrainiens jusque-là prorusses. Elle est le fait d’une armée aux abois, mal commandée où les hommes sur le terrain sont abandonnés à leurs pires instincts, des mercenaires souvent aussi, les mêmes qui terrorisent quelques pays d’Afrique.

Ces cadavres dans la rue rappelaient celui, bien oublié, d’un enfant baigné par la mer sur une plage de Turquie. En Syrie déjà, il fuyait l’horreur russe.

 

 

 

1er avril 2022

 

En ce premier matin d’avril, les ménages français et britanniques sont confrontés à des sorts bien différents. En France, c’est le sourire avec la baisse de 18 centimes le litre de carburant à la pompe, annoncée pour quatre mois. Au Royaume-Uni, c’est plus que la grimace avec la hausse de 45 % des tarifs de base du gaz pour les particuliers ce qui, pour un foyer moyen, représentera sur une année une augmentation de £ 700. On retrouve bien là le cœur du modèle britannique, ancré dans l’économie de marché, relativement indifférent aux inégalités comme le montrent de manière si cruelle les films de Ken Loach. Dans ce cas, ce sont bien sûr les pauvres qui sont les premiers touchés.

Rien de cela en France où l’État providence se fait aussi « État-édredon ». Les prix du gaz et de l’électricité aux particuliers sont – de facto – plafonnés. Il restait les carburants et après un chèque symbolique – déjà oublié – voilà une mesure qui coûte quand même un milliard d’euros par mois.

Le réalisme des uns est bien cruel et on peut s’en indigner. L’aveuglement des autres peut inquiéter et ce n’est pas le climat étrange des derniers jours d’une campagne électorale qui suffit à l’expliquer. Il y avait d’autres manières, certes plus complexes comme les chèques-carburants, d’aider ceux qui sont contraints d’utiliser chaque jour leur voiture. Celle qui a été choisie est quand même la plus irresponsable.

 

31 mars 2022

 

Faut-il payer le gaz russe en roubles ? Si l’on en croit Vladimir Poutine, il le faudra bien à partir d’avril. Dans un prurit de nationalisme monétaire, il a décidé que les pays « hostiles » devront s’acquitter de leurs achats en roubles. Ceci concerne, bien sûr l’Union européenne puisque les contrats d’achat de gaz naturel stipulent que les paiements se font en euros. C’est assez logique et normalement un pays exportateur de matières premières apprécie d’être payé en devise forte. Mais la Russie a le souci – à la fois monétaire et nationaliste – de maintenir la parité du rouble qui s’était effondré au lendemain de l’invasion.

Et puis surtout Poutine sait que le point faible de l’Europe c’est bien sûr le gaz. Les stocks sont bas (25 % des capacités), l’hiver revient, le marché du GNL est tendu et les promesses américaines n’engagent que ceux qui les croient. Le gaz russe devrait arriver encore en avril, mais les robinets se fermeront ensuite puisque les principaux pays européens ont décidé de refuser de payer en roubles. Au plus tard en mai, Poutine mettrait sa menace à exécution. Bien sûr, nul ne sait ce que sera la situation sur le terrain alors, mais la menace est là. Sans gaz russe, ce sont moins les particuliers que l’industrie qui souffrira. Imaginons simplement l’arrêt des fours de verreries, l’un des secteurs industriels les plus concernés. Bien sûr, la Russie peut y perdre aussi, mais sa dépendance au gaz est bien moindre que pour le pétrole. C’est là que l’Europe doit contre-attaquer.

 

 

29 mars 2022

 

Une campagne électorale bien morne a trouvé une petite dose de piquant avec ce que certains qualifient déjà de « Mc Kinseygate », c’est-à-dire l’usage immodéré que feraient certaines administrations de cabinets de consultants au premier rang desquels donc Mc Kinsey (qui ferait en plus de… l’optimisation fiscale). Cela n’est pas en fait nouveau, mais on peut à juste raison s’étonner de l’ampleur prise par le phénomène et cela d’autant plus qu’au cœur de chaque ministère on trouve des « inspections générales » où de hauts fonctionnaires – en général de grande qualité et expérience – finissent leurs carrières et sont disponibles pour de telles missions.

L’avantage d’un cabinet de conseil est malgré tout de donner un regard extérieur, d’être en réalité une sorte de psychanalyste sur le divan duquel on trouve souvent soi-même les solutions à ses problèmes. Les consultants doivent bien sûr être des gens d’expérience ayant du métier. Tel n’est pas toujours le cas.

Enseignant en master 2 à Dauphine, je suis toujours surpris de l’engouement de mes étudiants pour les activités de conseil (Mc Kinsey étant là une sorte de Graal). Ils n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise si ce n’est quelques stages et les voilà juniors, puis seniors, managers et enfin partenaires. Au fil du temps, ils grappillent certes de l’expérience, mais bien souvent, ils appliquent une méthode et en étant un peu cruel, les « slides » de leurs présentations en PowerPoint sont prérédigées et interchangeables. Dans le meilleur des cas, ils peuvent servir de révélateur et même d’aiguillon pour le changement. Bien souvent, ils servent seulement de caution et de cache-misère. Mais à un prix qui n’est pas misérable !

 

 

27 mars 2022

 

Fin de la tournée européenne de Joe Biden. Il a rencontré ses alliés à Bruxelles pour un sommet de l’OTAN et quelques entretiens bilatéraux. Il a serré dans ses bras des enfants ukrainiens… en Pologne, car il a évité de se rendre sur le terrain. Il a fait moult déclarations et promesses. So what ?

Les États-Unis certes se sont engagés avec des plans massifs d’aide militaire à l’Ukraine. Ils ont contribué à redonner une colonne vertébrale à l’OTAN et on peut même estimer qu’ils ont galvanisé les plus mous à l’image notable des Allemands. En matière de sanctions, l’affaire est beaucoup plus limitée dans la mesure où les échanges directs avec la Russie étaient assez faibles : l’embargo sur l’énergie ne doit pas faire illusion.

Très médiatisé, l’engagement américain à fournir du GNL à l’Europe n’est que promesse. Les autorités américaines ne maîtrisent pas les flux de GNL qui sont le fait d’entreprises privées qui certes gagnent beaucoup d’argent aujourd’hui (leurs coûts sur la base des prix intérieurs américains sont de l’ordre de $ 8 par mbtu quand les cours mondiaux fluctuent entre $ 25 et $ 35 !), mais qui n’ont aucune intention de faire des cadeaux aux Européens. Il n’est pas certain que des achats groupés  européens inciteront les « amis » américains à faire des prix et ce d’autant plus que la demande asiatique reste forte.

Joe Biden est reparti. L’Europe est seule.

 

 

25 mars 2022

 

Pendant que tous les yeux de la planète sont tournés vers le calvaire de l’Ukraine, on en oublie le reste du monde. L’Afghanistan n’est plus dans les mémoires que pour l’infamie du retrait américain de Kaboul que Joe Biden essaie de faire oublier en bombant le torse en Ukraine. Pendant ce temps-là, on en oublie les talibans et leur reprise en main musclée de ce malheureux pays.

Rompant avec leurs promesses, ils viennent ainsi de repousser – sans limite apparente – la rentrée des filles dans les collèges et lycées. Un voile d’obscurantisme tombe à nouveau : les petites filles peuvent aller encore à l’école primaire, mais au-delà, le tabou demeure. Le seul héritage de l’intervention occidentale en Afghanistan restait celui de la libération des femmes : elles avaient commencé à s’émanciper dans les structures traditionnelles de la société afghane et, comme toujours, cela avait commencé par la bourgeoisie urbaine un peu occidentalisée. Puis était venu le temps des talibans de la première génération. Après leur chute, la société afghane avait encore évolué et on pouvait espérer des « nouveaux » talibans un peu plus d’ouverture et d’adaptation à la réalité sociologique du pays. Il n’en est donc rien et une chape de plomb tombe à nouveau sur ce malheureux pays que le reste du monde a oublié. Tristes cerfs-volants de Kaboul.

 

23 mars 2022

 

Comment se passer du pétrole et du gaz russe (et même un peu du charbon) ? Sachant que l’Europe paie une facture quotidienne de $ 800 millions pour ses achats d’énergie à la Russie et que ceci représente le tiers des recettes budgétaires russes (23 % pour les taxes à l’exportation sur le pétrole et 8 % pour le gaz), on comprend que c’est là le seul véritable moyen de pression susceptible de freiner Vladimir Poutine ou au moins de le rendre un peu raisonnable.

Pour le pétrole, en y mettant le prix (c’est-à-dire la hausse des cours), ce serait encore faisable à un Talon d’Achile près, celui du diesel : la Russie représente en effet 15 % des approvisionnements européens et les capacités de raffinage restent limitées. On pourra trouver du diesel ailleurs, dans la raffinerie de Total en Arabie saoudite par exemple, mais ce sera plus cher…

Pour le gaz, la partie est plus difficile pour l’Europe et paradoxalement moins coûteuse pour la Russie qui dispose là d’un levier de pression non négligeable. En important le maximum possible de GNL, quel qu’en soit le prix, les capacités de regazéification européennes ne permettraient de couvrir que les deux tiers des quantités fournies aujourd’hui par la Russie. Il faudra du temps pour construire de nouvelles unités (2026 disent les Allemands) et la location d’unités flottantes(FSRU)  imaginée par l’Italie reste limitée. Pourra-t-on se serrer la ceinture au coin du feu si l’hiver 2022/2023 est rigoureux ? Et en plus, le prix du gaz conditionne celui de l’électricité. Les choix politiques sont là cornéliens.

 

 

21 mars 2022

 

Il y a quelques semaines encore, Marioupol était un port ukrainien de la mer d’Azov où l’on chargeait des céréales à destination en général du sud de la Méditerranée. C’est aujourd’hui une ville martyre, presque entièrement détruite par un pilonnage russe sans équivalent depuis celui qui – à moindre échelle – avait détruit Alep en Syrie.

Marioupol est la clef entre la Crimée et le Donbass et l’on comprend l’acharnement des Russes qui se heurtent à une résistance dont nul n’aurait imaginé la ténacité. Il y a là presque du Stalingrad ou du Verdun et, en réalité, c’est déjà une défaite pour la Russie. La défense de Marioupol devient en effet une geste héroïque diffusée en direct sur tous les écrans de la planète (à l’exception bien sûr de la Russie). Elle pousse les pays les plus « mous », à commencer par l’Allemagne à rallier le choix de sanctions plus fortes. Elle commence même à gêner la Chine qui ne soutient plus la Russie que du bout des lèvres (c’est en tout cas une leçon à retenir pour Taïwan).

Dans les ruines de Marioupol, c’est un peu du destin de l’Ukraine qui se joue, de sa capacité à résister envers et contre tout, de la capacité aussi de l’Occident à aller un peu plus loin que la simple indignation. Mais là-bas, dans sa tour aveugle du Kremlin, le tsar reste sourd.

 

 

18 mars 2022

 

Il y avait la pandémie. Il y a l’Ukraine. Et voilà maintenant que la Corse vient se mêler à une campagne électorale française décidément à nulle autre pareille.

D’un événement dramatique et regrettable, mais dont il faut quand même relativiser l’importance, on passe à une crise institutionnelle à propos d’un territoire de la France qui n’a jamais fait preuve d’une quelconque maturité. À l’origine, il y a quand même un assassinat, celui d’un préfet en exercice (certes représentant du pouvoir… presque colonial). Ses assassins ne peuvent être considérés comme des martyrs et en tout cas, ils n’en avaient guère le sens du sacrifice ni du pardon.

La Corse dispose déjà d’une certaine autonomie, un peu ambiguë (il y a toujours des préfets), mais bien réelle. Elle cumule nombre de privilèges juridiques et fiscaux qui pourraient en faire un véritable paradis économique. Force est de constater que tout ceci a été gâché, plus qu’ailleurs, par un mélange corrosif entre politique, affairisme et illégalité. On ne peut négliger le handicap de l’insularité, mais la communauté française le compense par des transferts qui se perdent plus qu’ils ne ruissellent.

La Corse n’est pas la seule région de France à avoir une forte identité. Les Basques en sont tout autant fiers. Mais trop souvent teinté de racisme, le nationalisme corse inquiète tant par ses outrances que par sa vacuité.

 

 

16 mars 2022

 

Le moins que l’on puisse dire est que la réouverture du contrat du nickel à Londres n’a pas suscité l’enthousiasme : très peu de volume et des prix qui restent supérieurs à $ 40 000, bien au-dessus des prix chinois ($ 34 000 à Shanghai).

On commence à comprendre ce qui s’est passé : le plus gros producteur mondial d’acier inoxydable, une entreprise chinoise avec à sa tête un entrepreneur charismatique, mais aussi joueur de poker, avait une énorme position « short » sur le marché, bien au-delà semble-t-il de ce qui eut été nécessaire pour les besoins de ses couvertures. La menace des sanctions sur le nickel russe orientant le marché à la hausse, il a cherché à sortir de sa position. Mais il semble qu’en face, une grande firme de négoce (de l’est de la Suisse…) ait tenu le marché. En situation de squeeze tout se termina donc au-delà de $ 100 000 la tonne avec de monstrueux appels de marge se chiffrant en milliards de dollars.

C’est alors que les autorités du LME décidèrent de fermer le contrat du nickel et de retenir comme cours de liquidation le prix atteint le 7 mars au soir ($ 48 000) en gommant donc les heures folles qui avaient poussé jusqu’à $ 101 365. Le LME est détenu par la bourse de Hong Kong laquelle est contrôlée par des banques chinoises pour l’essentiel publiques. Les grands perdants du squeeze étaient un industriel chinois et les banques qui le soutenaient qu’ont été sauvés par un changement des règles du jeu entre « amis chinois ». La décision qui a été prise va à l’encontre du fonctionnement normal du LME qui reste par ailleurs le plus « souple » des marchés dérivés en termes de règles, la tutelle des organismes de contrôle britanniques étant assez lâche.

Il n’en reste pas moins que l’on a ainsi gommé des pertes et donc des gains potentiels. Cela rappellera aux plus anciens ce qui s’était passé sur le marché à terme du sucre blanc à Paris en novembre 1974. On avait alors persuadé le ministre de tutelle, en pleine spéculation sur le sucre, de fermer le marché et de liquider les contrats en cours à un prix bien inférieur aux niveaux atteints quelques jours plus tôt, ce qui avait sauvé nombre d’intermédiaires ainsi que la structure de compensation qui n’avait pas réalisé les appels de marge nécessaires. La place de Paris ne s’en était pas remise. En sera-t-il de même pour le LME ? Ceci étant, la seule alternative est le contrat de Shanghai, ce qui n’est guère mieux.

Cette crise intervient en un moment d’extrême volatilité et les besoins des négociants en liquidités pour couvrir les appels de marge sont considérables. Beaucoup de maisons, y compris parmi les plus grandes, sont amenées à réduire leurs positions, ce qui augmente encore la nervosité pour l’énergie, les métaux et même les produits agricoles.

 

 

11 mars 2022

 

Inexorablement, la Russie étreint l’Ukraine. Oh, certes, ce n’est pas une « blitzkrieg » et l’armée russe paraît bien empruntée, gère mal ses approvisionnements et piétine alors que déjà la douceur de la fin d’hiver annonce par avance le temps de la « raspoutitsa ». Incapable de quelque guerre de mouvement que ce soit, elle se contente de pilonner les villes, d’appliquer la stratégie qui lui avait « réussi » en Syrie, en détruisant Alep. C’est une stratégie de la terreur dont les images font le tour du monde et suscitent enfin un mouvement de condamnation sans commune mesure avec ce que l’on avait connu pour la Syrie.

Vladimir Poutine a enfin jeté le masque même s’il continue à entretenir l’espoir de quelque solution négociée. Le seul homme politique occidental qui semble entretenir quelques échanges avec lui est Emmanuel Macron. Il reste en effet un faible espoir de négocier la « neutralité » ukrainienne (c’est-à-dire sa non-adhésion à l’OTAN) contre un retrait russe qui éviterait à Poutine le risque d’une guerre plus longue que ne le permettraient les moyens de l’armée russe.

Mais même dans cette hypothèse « optimiste » il restera pour l’Ukraine, l’horreur des destructions, l’angoisse des réfugiés, du sang et des larmes…

 

 

10 mars 2022

 

L’Algérie vient d’acheter du blé. Ceci n’a rien d’anormal et on sait que l’Algérie est un des principaux acheteurs mondiaux de blé. Les achats algériens passent, dans la grande tradition bureaucratique du pays (un peu héritée de la France…) par un office d’état qui n’a guère de souplesse quant à l’anticipation des sautes d’humeur du marché.

Le 17 février, dans le cadre d’un appel d’offres, l’Algérie avait acheté 700 000 tonnes de blé pour l’essentiel de la mer Noire : l’origine France avait été exclue officiellement pour des raisons de qualité, en réalité pour sanctionner les propos critiques du président français au sujet de la gouvernance algérienne. Ce blé avait été payé $ 345 la tonne, coût et fret (c’est-à-dire livré dans un port algérien). Il ne sera probablement pas livré en temps et en heure puisque la mer Noire est pratiquement fermée, aucun navire ne s’y risquant plus. En catastrophe, alors qu’approche le mois du ramadan, les autorités algériennes ont lancé un nouvel appel d’offres pour 500 000 tonnes, le 9 mars. Celui-ci était ouvert au blé français entre autres. L’Algérie a accepté de payer $ 485, c’est-à-dire $ 140 de plus en trois semaines, et donc un surcoût de $ 70 millions !

L’augmentation des prix du gaz dont profite l’Algérie permettra de payer la facture sans augmenter le prix du pain. Mais qu’en sera-t-il d’autres pays importateurs, du Liban à l’Afrique de l’Ouest qui n’ont pas la chance de disposer de recettes d’hydrocarbures ?

 

 

9 mars 2022

 

Rarement la grand-messe de l’énergie qui se tient chaque année à Houston (la « CERAweek ») aura autant retenu l’attention. Les représentants de l’OPEP et de quelques autres pays producteurs y rencontrent les patrons des grandes compagnies pétrolières et puis aussi les producteurs de pétrole de schiste américains.

Entraînés par le prix du gaz naturel puis par la menace – devenue effective – d’un embargo américain sur le pétrole et le gaz russe (sans effet pour le gaz et limité pour le pétrole puisque les États-Unis n’importent de Russie que 20 millions de barils par mois et peuvent les remplacer sans problème, mais l’effet psychologique est là), les prix du baril de Brent ont frôlé les $ 140 en début de semaine. Les prévisions les plus pessimistes des financiers de Wall Street (J.P. Morgan, Goldman Sachs…) semblaient se confirmer et l’on voyait le baril bien au-delà de $ 150.

 

La réalité des fondamentaux du pétrole est toute autre et les membres « rationnels » de l’OPEP savent qu’il n’est pas dans leur intérêt de laisser le baril s’envoler. C’est ce qu’a dit le représentant des Émirats arabes unis en affirmant que les EAU – les seuls avec l’Arabie saoudite à disposer de capacités disponibles – étaient prêts à augmenter leur production. Dans la journée, le baril a perdu $ 20 pour terminer autour de $ 110. Attendons maintenant le résultat des négociations de Vienne sur le nucléaire iranien, bloquées par… la Russie.

 

7 mars 2022

 

Journée de folie sur les marchés mondiaux qui ont digéré toutes les nouvelles du week-end sur le front de l’Est : la résistance ukrainienne, l’autisme de Poutine, la montée des sanctions occidentales jusqu’à parler de boycotter pétrole et gaz russe, le silence gêné même des « alliés » de la Russie, de la Chine à l’Inde ou l’Arabie saoudite.

Dans un climat d’extrême volatilité, le gaz naturel en Europe a crevé le plafond des € 300 le MWh (pour culminer à 340 et terminer à 280 « seulement »). Le baril de Brent a frôlé les $ 140 avant lui aussi de clôturer un peu en dessous de $ 130. Le blé sur les échéances rapprochées a passé les € 400 la tonne sur le marché à terme de Paris. La plupart des métaux non ferreux ont aussi battu des records à l’image de l’aluminium et surtout du nickel et du palladium. Et on ne s’étonnera pas que l’or, la « relique barbare » qui fait son lit du malheur des hommes, soit repassé au-dessus de $ 2 000 l’once. Ajoutons à cela la fébrilité monétaire et la chute de l’euro par rapport au dollar, en dessous de 1,10.

Le monde prend conscience que l’engrenage de la guerre cliquète inexorablement. La Russie et ses gros canons grignotent peu à peu les villes d’Ukraine. Mais le pays ne tombe pas et aucune brèche ne semble apparaître dans sa classe politique. Les sanctions se font plus fortes (même de la part d’un pays « neutre » comme la Suisse). L’Europe pourrait essayer de se passer du gaz russe ; la Turquie pourrait bloquer le Bosphore. Les marchés frémissent et les prix font du yo-yo au gré des anxiétés. Jour de folie…

 

 

6 mars 2022

 

La pandémie commençait à s’estomper et on ne parlait plus guère d’Omicron, l’hiver restait doux et le printemps déjà apparaissait dans les prairies alors qu’en France, on préparait enfin une campagne électorale. Et voilà qu’en cette toute fin de février 2022, le monde bascule à nouveau dans l’horreur et que l’Europe se réveille dans les fumées et les explosions d’une guerre, un conflit lourd tel qu’elle n’en avait pas connu depuis 1945. L’Ukraine n’est pas en effet un abcès de fixation ni un conflit ethnique ou religieux. Ce n’est pas non plus une résurgence de la guerre froide, mais bien un affrontement « à l’ancienne manière » opposant de vieilles démocraties à la résurgence d’impérialismes despotiques qu’ils soient russes ou chinois.

Depuis longtemps, on savait Vladimir Poutine soucieux de restaurer la puissance de l’empire russe en s’inscrivant dans la lignée des Pierre Le Grand, Catherine II, Nicolas I, et plus récemment Lénine et Staline.Il fallait effacer le traumatisme de 1990 et en cela Poutine était assuré du soutien d’une partie importante de la population russe qui avait applaudi la main mise sur la Crimée en 2014, qui avait apprécié même la vassalisation des républiques d’Asie centrale, du Caucase et du Belarus. La stratégie – celle de la vassalisation – aurait pu être la même pour l’Ukraine dont les trente années d’indépendance et de régime démocratique ont malheureusement été entachées de crises politiques, de malgouvernance et de corruption (si Poutine contrôle « ses » oligarques, les oligarques ukrainiens ont eu le champ libre au point de gérer leurs propres partis politiques). Étroitement associé au Kremlin, le patriarcat de Moscou de l’Église orthodoxe avait poursuivi la même démarche en n’hésitant pas à rompre de ce fait avec Constantinople.

On aurait pu penser que Vladimir Poutine se serait contenté d’une stratégie des petits pas de la Crimée et la Transnistrie au Donbass et à Lugansk. Est-il pressé par le temps et – dit-on – la maladie ? Il a choisi en tout cas ce qui paraissait impensable encore dans les premiers jours de 2022 : l’invasion pure et simple, estimant probablement que ce serait une promenade de santé pour une armée russe à laquelle il a redonné quelque lustre depuis les désastres d’Afghanistan.

Force est de constater, quinze jours plus tard que le triomphe attendu n’est pas au rendez-vous. Certes, la disproportion des forces est telle que l’issue finale fait d’autant moins de doutes que, comme on pouvait l’anticiper, les pays de l’OTAN ont choisi de rester l’arme au pied prodiguant paroles de réconfort aux uns et condamnations aux autres. Mais l’agresseur a manifestement sous-estimé le sentiment national ukrainien (même chez les russophones), la capacité de résistance tant de l’armée que du peuple et le charisme du président Volodomyr Zelinsky passé maître dans l’utilisation des réseaux sociaux. De plus, l’armée russe s’est révélée lourde et peu maniable, seulement capable d’utiliser – et encore – son artillerie lourde. Le 5 mars, Kiev et Kharkiv tenaient encore, la seule vraie réussite russe étant la percée le long du littoral de la mer d’Azov et de la mer Noire avec les prises de Kherson et de Marioupol. Contrairement aux espoirs du Kremlin, il n’y a pas eu de soulèvements prorusses et encore moins de tentatives de formation de gouvernement parallèle. Au contraire, l’Ukraine donne l’impression d’une unité comme elle en a rarement connu dans sa turbulente histoire. Enfin, Vladimir Poutine, de plus en plus isolé dans sa bulle, n’a pas mesuré ce que serait la vague d’indignation soulevée par son invasion dans le monde entier. Il est vrai que l’opinion publique mondiale était restée bien silencieuse face aux exactions chinoises à Hong Kong et au Sinkiang, saoudiennes et émiraties au Yemen et à tant d’autres exactions de la Syrie à l’Éthiopie. Les gouvernements les plus mous et prudents (Allemagne, Italie…), les partis politiques les plus russophiles (la droite populiste en France par exemple) ont dû céder face à un mouvement de condamnation et de solidarité avec l’Ukraine d’une ampleur inédite. Les premières vagues de sanctions ont dû être renforcées bien au-delà de ce qui eut été imaginable il y a seulement quelques jours : après le gel des avoirs de quelques proches du Kremlin, la mise au ban des banques russes du système SWIFT de paiements internationaux équivaut à une paralysie de la Russie au moins dans ses relations financières avec l’Occident (à l’exception – essentielle – des hydrocarbures). Pour autant, la Russie n’est pas seule. Poutine a déclenché son invasion au lendemain de la cérémonie de clôture des J.O. d’hiver de Pékin. Il n’a pas gâché la fête de Xi Jinping qui continue à l’appuyer, s’abstenant de la condamner aux Nations Unies, et achetant pétrole, gaz, bois et blé russes.

C’est en effet sur les marchés des matières premières que l’impact de l’invasion de l’Ukraine a été le plus violent. La Russie n’est en effet pas autre chose qu’un « émirat » dépendant pour l’essentiel de ses matières premières (en avoir fait un pays émergent comme la Chine et l’Inde au sein des BRICS était une erreur historique). Les seuls hydrocarbures (pétrole et gaz) représentent un tiers des recettes budgétaires de l’état et pèsent pour 60 % des exportations (avec le charbon). À cela, il faut ajouter nombre de métaux (aluminium, nickel, acier) pour certains stratégiques comme le palladium (industrie automobile) ou le titane (industrie aéronautique), sans oublier les ressources de pays vassaux comme le Kazakhstan (uranium…) ou le Belarus (potasse). Enfin, la mer Noire (Russie et Ukraine) pèse pour un tiers des exportations mondiales de blé, 20 % de celles de maïs et pour les trois quarts du tournesol.

À la fin de la première semaine de mars, l’impact du conflit sur les marchés se faisait pleinement sentir. Il est vrai que celui-ci intervenait dans un contexte déjà tendu pour de très nombreux produits. En 2021, les cours mondiaux des matières premières avaient été touchés de plein fouet par le bond de la demande mondiale « post-pandémie » et par l’apparition de nombre de goulots d’étranglement logistiques et énergétiques. Bien avant le conflit ukrainien, les cours du gaz naturel, du blé, de métaux comme l’étain ou le cuivre avaient atteint des niveaux record tandis que les prix du pétrole amorçaient une lente remontée. Sur ce terreau fertile, la déflagration ukrainienne a été assourdissante.

C’est le gaz naturel qui bien sûr a été en première ligne : la Russie fournit 38 % des besoins en gaz européen et certains « tuyaux » traversent l’Ukraine et la Pologne. Si l’Allemagne a décidé de renoncer à Nordstream II (qui de toute façon n’était pas opérationnel), les autres gazoducs, comme Nordstream I, continuaient encore à transporter du gaz russe vers l’Occident : encore début mars, le gaz n’était pas touché par les sanctions et la Gasprombank n’était pas exclue de SWIFT. Mais de seules menaces ont suffi pour passer les cotations du TTF néerlandais à plus deà € 300/MWh (on était à 70 avant l’invasion, entre 10 et 15 dans le monde d’avant !). Au même moment, le gaz naturel liquéfié (GNL) en Asie (la cotation JKM de Platt’s) était entre $ 45 et $ 50 le mbtu, soit l’équivalent de plus de $ 250 le baril équivalent pétrole. En Europe, la flambée du gaz entraîne l’électricité vers de nouveaux records poussant même le gouvernement allemand à freiner sa sortie programmée du nucléaire et… du charbon. La hausse du gaz naturel est aussi celle des engrais azotés et cela avant même d’évoquer des menaces de sanctions sur les exportations de potasse du Belarus.

Le pétrole est lui aussi de la fête (à $ 118 pour le baril de Brent lorsqu’un missile a touché un bâtiment administratif de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, au nord de la Crimée puis en séance jusqu’à $ 140). Sur le marché du pétrole, la Russie est importante (4 à 5 mbj d’exportations de pétrole brut et 2 à 3 mbj de produits pétroliers), mais pas incontournable. Déjà, on note les réticences de banques occidentales à ouvrir des lettres de crédit pour des cargaisons de pétrole russe : l’Oural est en décote de $ 10 à $ 20 le baril sur le Brent (une opération portant sur 725 000 barils achetés par Shell s’est même faite avec une prime négative de $ 28,50). Les pays de l’OPEP ont décidé de ne pas modifier leur calendrier d’augmentation des quotas de production (400 000 bj). D’une part, il n’est pas sûr qu’ils en soient capables avec les problèmes qui affectent la Libye, l’Angola, le Nigeria… D’autre part, la maîtrise du marché est assurée par une alliance entre l’Arabie saoudite et la Russie, forgée autrefois (en mai 2020) par Donald Trump. Snobé par Joe Biden, Mohamed Bin Salman n’a aucune envie de gêner un Vladimir Poutine qui ne peut que profiter des hausses de prix. Faut-il pour autant croire ceux, qui comme J.P. Morgan, anticipent un baril de Brent à $ 185 dans les prochains mois ? Cela paraît franchement excessif : au-delà de $ 100 le baril le pétrole de schiste américain, celui des sables bitumineux canadiens, les productions offshore du Brésil et de la Guyana… vont couler à flots. Une des conséquences géopolitiques paradoxale de cette guerre pourrait être aussi un accord à Vienne sur le dossier nucléaire iranien qui, mettant un terme à l’embargo américain, libérerait un, puis rapidement deux, millions de barils/jour de pétrole iranien. Jusque-là Vladimir Poutine avait admirablement négocié dans le « grand jeu » diplomatique et militaire du Proche-Orient parlant tant à Riad qu’à Téhéran, à Ankara qu’à Tel-Aviv. Les États-Unis seront-ils capables de reprendre la main ? Ajoutons à ce panorama énergétique la hausse record ds prix du charbon ($ 430 Fob Australie) entraînés par le GNL en Asie.

La Russie est aussi un important producteur et exportateur de métaux et là aussi la réaction des marchés a été forte : prix record pour l’aluminium ($ 3 850 la tonne), pour le cuivre ($ 10 680), tensions accrues pour le nickel ($ 28 900) et même le zinc ($ 4 050). Les prix indiqués là sont ceux du 4 mars. Quelques jours plus tard, le nickel dépassait les $ 100 000 la tonne au cœur d’un squeeze qui rappelle à l’inverse celui qui amena les prix du pétrole en zone négative en avril 2020.

 Il s’agit bien sûr pour l’instant de menaces potentielles sur les exportations russes notamment vers l’Europe (mais on est là sur des marchés mondiaux). L’aluminium est d’ailleurs touché par une double peine : la Russie est certes le deuxième producteur mondial (très loin derrière la Chine), mais les producteurs européens sont aussi touchés par la flambée des prix de l’électricité (ce qui affecte aussi les raffineurs de zinc). Mais pour l’instant, les marchés attendent de savoir ce que sera la réalité des sanctions à l’encontre de la Russie.

Il y a enfin le dossier agricole, peut-être le plus surprenant de tous tant on s’attendait peu au vent de panique qui a saisi les marchés dans les premiers jours de mars : à Chicago, le blé a atteint le 4 mars $ 13,40 le boisseau, un niveau qu’il avait à peine touché dans les premiers jours de 2008. À Paris, le plafond historique des € 400 la tonne fut franchi pendant quelques instants. La raison en est bien sûr la paralysie totale qui a touché la mer Noire alors qu’il reste à peu près 14 mt de blé (6 d’Ukraine et 8 de Russie), 16 mt de maïs et 4 mt d’huile de tournesol (d’Ukraine) à charger et exporter sur la campagne en cours. Pour le blé des acheteurs traditionnels comme l’Algérie et l’Égypte vont être confontés à des cas de force majeure sur les contrats en cours. Trouver des tonnages de remplacement sera difficile. Il en sera de même pour remplacer, y compris en Europe, le maïs ukrainien. Enfin, la pénurie de tournesol intervient au pire des moments pour un complexe oléagineux déjà affecté par des tensions sur l’huile de palme et le soja.

L’irruption de la Chine en 2021 comme premier importateur mondial de grains a fragilisé les équilibres mondiaux et la disparition – même temporaire – du premier bassin mondial d’exportation pose, pour de nombreux pays importateurs, des questions essentielles de sécurité alimentaire.

Début mars, la guerre se poursuivait donc et il est difficile d’en anticiper l’issue. Les sanctions s’accumulent sur le plan financier, mais n’affectent pas encore les flux d’énergie et en particulier de gaz naturel. Sur le court terme, elles auront peu d’impact sur la détermination de Vladimir Poutine si ce n’est de le rejeter un peu plus dans les bras d’un « ami » chinois qui n’en demandait pas tant. Le monde attend, mais là-bas, dans les villes d’Ukraine, un peuple souffre et de longues colonnes prennent le chemin de l’exode…

 

 

5 mars 2022

 

Alors que Kiev est assiégée, comment ne pas évoquer la cathédrale Sainte-Sophie, la plus ancienne église de toute l’Europe orientale construite au début du XIe siècle par le prince Yaroslav le sage dont le père Volodymyr avait été baptisé en 989 et avait épousé une princesse byzantine. On est bien là au cœur de la Rus, héritière de Byzance et les somptueuses mosaïques et fresques qui ornent la cathédrale sont à l’image de l’autre Sainte-Sophie, celle du Bosphore. Sainte-Sophie de Kiev a toujours été considérée comme le cœur de la chrétienté ukrainienne au moment d’ailleurs où les princes de Kiev s’affirmaient sur l’échiquier européen. Yaroslav épousa une princesse suédoise et ses filles devinrent reines de Norvège, de France et de Hongrie.

Le drame de l’Ukraine, comme plus tard celui de la Pologne, fut d’être la proie de la convoitise de puissants voisins alors que plus à l’Est s’affirmait peu à peu la principauté de Moscou.

À Sainte-Sophie, devant ses somptueuses mosaïques, les Ukrainiens rêvent encore du temps de la splendeur ukrainienne qui ne dura guère avant que, un millénaire plus tard, l’Ukraine ne retrouve enfin son indépendance. Symboliquement, le patriarcat de Kiev s’est séparé de celui de Moscou : les églises orthodoxes ont conservé la tradition byzantine de la relation au prince. Il en était ainsi au temps de Yaroslav. Il en est de même en Russie avec Vladimir Poutine. Mais à Kiev l’histoire est différente.

 

27 février 2022

 

Une guerre au XXIe siècle a cela de différent avec celles du siècle précédent qu’elle se déroule en « temps réel » sur la planète entière via tous les réseaux. Les Russes, passés maîtres dans l’art de la manipulation cybernétique, semblent cette fois-ci quelque peu dépassés, Vladimir Poutine se contentant d’interventions télévisées de plus en plus surréalistes.

Son adversaire, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, est d’une autre trempe, et c’est là une surprise. Natif de Krivoi Rog, un combinat sidérurgique de l’époque soviétique, cet acteur comique russophone et d’ascendance juive, était arrivé au pouvoir grâce au soutien d’un des principaux oligarques ukrainiens et nul ne s’attendait à ce qu’il devienne l’âme de la résistance du pays. Son mode de communication, allant jusqu’à se filmer lui-même devant des bâtiments emblématiques de Kiev pour bien prouver qu’il reste au cœur de sa capitale, est parfaitement adapté à la diffusion par les réseaux, au-delà de toutes les manipulations russes. Zelensky trouve là le rôle de sa vie, là où bien d’autres « icones » ukrainiennes avaient échoué.

Et ceci semble se traduire un peu sur le terrain. L’offensive russe piétine ; aucune ville majeure n’est vraiment tombée et Poutine en est réduit à manier la menace nucléaire alors que le front des sanctions se durcit. L’Ukraine n’est plus une cause aussi désespérée qu’on le pensait il y a quelques heures.

 

 

26 février 2022

 

Alors que se déroule la « bataille de Kiev », la vie continue en France avec l’ouverture du Salon de l’Agriculture. Traditionnellement, un haut lieu de la vie politique française surtout en une année d’élections présidentielles. Certes, le poids politique des milieux agricoles n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut au siècle dernier. Mais, le « Salon » reste un rendez-vous incontournable et ce d’autant plus que l’agriculture est en première ligne sur nombre de sujets environnementaux.

Mais l’agriculture se trouve aussi directement impactée par le conflit ukrainien. On a vu dans les premières heures s’envoler les prix des céréales au moins sur les échéances les plus rapprochées : la mer Noire ne pourra – pour quelque temps au moins – fournir de blé (plutôt russe) ni de maïs ou de tournesol ukrainien. Relativisons toutefois, car le gros des exportations ukrainiennes pour cette campagne avait déjà été réalisé. Mais la hausse des prix sur les marchés mondiaux et donc européens aura un impact sur les coûts des céréales y compris en Europe. Cela impactera moins le prix du pain que celui de l’alimentation animale, ce dont souffrirent les éleveurs et en particulier ceux de porcs déjà victimes de la baisse des cours.

L’autre impact pour l’agriculture concerne les engrais. Les engrais azotés ont déjà été emportés par la hausse du gaz naturel. La potasse pourrait bientôt être affectée si un de ses principaux producteurs, le Belarus, est concerné par un très probable embargo. Céréales, engrais, énergie, voilà de quoi discuter dans les couloirs du Salon.

 

 

24 février 2022

 

« Alea jacta est », ou l’équivalent en russe. Vladimir Poutine est donc allé en ce 24 février au petit matin au bout de sa logique, celle de la reconstitution de l’empire russe et de la suppression de cet avatar fâcheux de l’histoire qu’est, à ses yeux, l’Ukraine. La malheureuse comparaison avec Adolf Hitler est plus que jamais d’actualité. Poutine rêve d’un nouvel empire russe tout comme Hitler fonda le troisième Reich. Il veut oublier l’infamante chute de l’URSS et les « traités inégaux » qui en furent la conséquence tout comme Hitler voulait effacer le traité de Versailles. Pour cela, Hitler s’était allié un moment avec Staline. Poutine en fait autant avec Xi Jinping. Enfin, comme Hitler, Poutine est seul au pouvoir, terrorise son entourage, mais n’écoute probablement plus personne.

Il met ainsi l’Occident devant un fait accompli sachant qu’au-delà des vertueuses indignations et des discours enflammés à la tribune des Nations Unies, personne ne viendra concrètement au secours de l’Ukraine. L’OTAN, les États-Unis, les principaux pays européens resteront l’arme au pied, l’Allemagne poussant même l’hypocrisie jusqu’à continuer à refuser de livrer des armes à l’Ukraine. Il pourrait en être de l’Ukraine en 2022 comme de la Pologne en 1939, une guerre éclair et la prise d’objectifs stratégiques visant à la paralysie des autorités ukrainiennes. Le risque pour la Russie est bien sûr celui de l’enlisement et d’une résistance tant militaire que civile plus vigoureuse qu’escomptée. Tout se jouera donc dans les prochains jours.

Les Occidentaux n’ont en réalité à leur disposition que l’arme des sanctions. Pour l’instant, elles sont restées modérées. Comme en 2014, on vise quelques oligarques et le premier cercle du pouvoir poutinien. Quelques banques sont concernées, mais « l’arme atomique » de l’exclusion du système SWIFT n’a été que brandie. L’Allemagne a arrêté la certification du gazoduc Nordstream II, mais, dans la mesure où il n’était pas opérationnel, cela ne changera rien aux équilibres gaziers européens. A priori d’ailleurs, NordstreamI continue à fonctionner.

La Russie est pour l’essentiel un « émirat » pétrolier et gazier doté de ressources minières et devenu aussi un exportateur agricole. Les seules ventes d’hydrocarbures représentent plus d’un tiers des recettes budgétaires russes. L’essentiel de la dépendance des pays de l’OTAN vis-à-vis de la Russie est celle de l’Europe en matière de gaz naturel. Paradoxalement, cette dépendance a augmenté avec la mise en place des stratégies de transition énergétique : plus de charbon, moins de nucléaire, des énergies renouvelables par essence intermittentes et donc des besoins accrus de gaz naturel pour assurer les besoins d’économies de plus en plus électrifiées. Les marchés ne s’y sont pas trompés et aux premiers bruits de bottes, les prix du gaz sur le marché européen se sont enflammés entrainant avec eux les prix de l’électricité, des engrais et dans une certaine mesure du pétrole (qui a passé la barre symbolique des $ 100 le baril de Brent). D’autres marchés ont été affectés comme ceux de certains métaux (aluminium, nickel…) et de manière spectaculaire – et quelque peu exagérée – ceux des céréales et notamment du blé.

La vraie sanction, et au fond la conséquence ultime de ce conflit, serait le boycott total par les pays de l’OTAN de toutes importations en provenance de la Russie. Ceci pourrait se faire directement ou indirectement par le biais de l’interruption du financement de ces flux. Déjà, il semble que certaines banques aient refusé d’ouvrir des lettres de crédit pour des exportations de pétrole russe. Pour le pétrole, des alternatives pourraient être trouvées, mais la vraie question est celle du gaz naturel. Des importations supplémentaires de GNL pourraient-elles compenser la fermeture des robinets russes notamment à l’Est de l’Europe, en Allemagne et en Italie. Rien n’est moins sûr et de toute manière cela aura un coût d’autant que le marché du GNL est tendu en Asie. Le gaz est en fait une arme à double tranchant d’un côté comme de l’autre. Ceci étant, l’Europe se doit de réagir et les États-Unis, devenus le premier exportateur mondial de GNL, devraient être en mesure de l’aider autrement que par de bonnes paroles.

Pour autant, des sanctions – aussi dures soient-elles – ne briseront pas la détermination de Poutine, au moins à court terme, et ne fléchiront pas sa volonté d’en finir avec l’Ukraine et de reconstituer une « communauté eurasiatique » dominée par la Russie.

La fermeté attendue des Occidentaux pourrait par contre avoir un impact sur la succession d’un Poutine dont il se dit que l’état de santé s’est aggravé. On pourrait retrouver là – presque – le scénario de la mort de Staline.

Poutine avance ses pions : face à lui ce n’est que faiblesse et atermoiements. Mais le roi noir est bien isolé.

 

 

 

22 février 2022

 

Sur l’échiquier ukrainien, Vladimir Poutine vient d’avancer deux pions, dont le « pion du roi », l’ouverture la plus classique. Il a reconnu les deux petites républiques séparatistes du Donbass et de Louhansk, l’Est de l’Ukraine, le vieux pays minier, industriel et largement russophone. Les tentatives de conciliation, les rumeurs de rencontres entre Poutine et Biden se trouvent balayées. Le tsar russe a choisi la stratégie du grignotage qui peut en fait concerner tout l’est de l’Ukraine et notamment le littoral de la mer Noire jusqu’à Odessa. Tous les ponts ne sont pas coupés, mais dans ses déclarations Vladimir Poutine n’a jamais été aussi clair : l’Ukraine est une erreur de l’histoire, une faute de Lénine qu’il est nécessaire de corriger ; la relecture poutinienne de l’histoire est fascinante quand on sait que c’est justement Lénine qui obligea Trotsky à accepter les termes du Traité de Brest-Litovsk, alors que les troupes allemandes occupaient une bonne partie de l’Ukraine.

Voilà en tout cas l’Occident au pied du mur. Quel pion faut-il avancer ? Il y a bien sûr l’arme des sanctions. NordStream II est en première ligne. Mais l’Europe peut difficilement se passer en totalité du gaz russe et il risque d’y avoir des failles dans le dispositif européen en particulier vers les Balkans. Tout ceci rappelle aussi les crises de 1937/1938 : il y avait eu l’Autriche puis les Sudètes, Dantzig enfin. Et sur ce dernier pari, Hitler s’était trompé. En sera-t-il de même pour Poutine à Odessa ou ailleurs ?

 

 

20 février 2022

 

Clap de fin pour les Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Tout s’est bien passé et la grande hypocrisie olympique n’a connu aucun accroc : la neige était artificielle (au moins au début), le public absent, les athlètes isolés et interdits de quelque conscience politique que ce soit. Il n’y a eu aucun dérapage et la seule « affaire » a concerné une malheureuse patineuse russe. La Chine a même fait le plein de médailles en particulier grâce à une skieuse expatriée aux États-Unis, devenue en quelques jours une héroïne nationale.

Personne, bien sûr, n’a parlé de politique ni de la situation à Hong Kong ou dans le Xinjiang. Toute comparaison avec des Jeux du passé, comme bien sûr Berlin en 1936, est excessive même si Thomas Bach est dans cet exercice le digne héritier de Pierre de Coubertin.

La planète sportive va maintenant tourner son attention vers d’autres objectifs tout aussi discutables comme la Coupe du Monde de Football au Qatar. Tout se passera certainement bien et l’on oubliera le sort des milliers d’esclaves qui ont construit routes et stades.

Ne nous y trompons pas. La mondialisation du sport, compréhensible en soi, ne peut que flatter chauvinisme et nationalisme. Les « jeux » au sens le plus large sont un puissant dérivatif aux pulsions politiques. « Donnez-leur du pain et des jeux » : Xi Jinping a fait sienne la morale romaine ; des jeux, certes perturbés par le Covid, et le prix du porc qui a diminué de moitié ! Le bonheur !

 

 

15 février 2022

 

La France va quitter le Mali sans les honneurs. Arrivée pour sauver Bamako menacée par la poussée djihadiste, l’armée française s’est peu à peu enlisée dans une tâche impossible tant vis-à-vis de « l’ennemi » que de l’allié malien. Soutenir un gouvernement démocratiquement élu et capable de gérer un pays est une chose. Mais tenir à bout de bras une administration inefficace incapable de servir quelque notion d’intérêt national que ce soit en est une autre. À la fin, il arrive à la France au Mali ce que les États-Unis ont connu à Saïgon puis à Kaboul, l’URSS à Kaboul aussi : l’évidence de l’inutilité d’une présence devenue symbole d’un néo-colonialisme absurde.

Abandonner le Mali à son triste sort, c’est bien sûr livrer des populations à l’irresponsabilité d’une clique militaire bornée, c’est ouvrir la porte à des mercenaires russes qui ont bien l’intention de mettre le pays en coupe réglée. Malgré quelques ressources minières (un peu d’or), le Mali ne présente aucun intérêt ni économique ni stratégique si ce n’est sa position géographique au cœur du Sahel et par un effet domino sur la stabilité de ses voisins, pour la plupart tout aussi pauvres.

Au moins, le départ français devrait-il se faire avec une certaine dignité. Mais, c’est quand même un constat d’échec, un échec qu’il faut partager d’un côté comme de l’autre. Il en reste malheureusement une cinquantaine de morts français et des populations maliennes qui ont tout à craindre d’un avenir bien sombre.

 

 

12 février 2022

 

« Le grand remplacement », voilà donc l’expression à la mode récupérée par une bonne partie de la droite, honnie de l’autre côté du spectre politique qui hurle de manière hâtive au racisme. La réalité est toute autre, tant l’idée même de grand remplacement tient de l’imposture historique.

L’histoire des hommes est faite de migrations et effectivement, certains peuples en ont remplacé d’autres, souvent de manière violente. Ce furent souvent des hommes « blancs » (c’est-à-dire issus d’un Occident déjà bien métissé), mais aussi des Arabes, des Mongols, des Africains si l’on pense aux grandes migrations précoloniales sur le continent. Les dernières grandes migrations, celles du XIXe siècle jusqu’en 1914, ne se firent pas par un désir de conquête, mais tout simplement, comme aujourd’hui, pour échapper à la misère. En deux ou trois générations, ces migrants furent intégrés même si aux États unis encore, on est Italien, Polonais ou Irlandais, mais de ce  «melting pot » est née la nation américaine. Par contre, le déclin de l’Espagne ne commence-t-il pas avec l’expulsion des juifs puis des Mozarabes et le repli sur soi de l’hispanité ?

Certes, dans une société fortement déchristianisée et adepte d’une laïcité amnésique, la religion musulmane peut inquiéter dans certaines de ses dérives. Il n’y a qu’un pas pour passer de la fiction d’un Jean Raspail (très grand écrivain par ailleurs) dans le « Camps des saints » à une réalité fantasmée. C’est malheureusement ainsi que l’on dénature une démocratie.

 

 

10 février 2022

 

On aurait aimé que ce moment intervienne en d’autres circonstances et non pas au détour d’une quasi-campagne électorale. Mais l’occasion du choc énergétique était trop belle pour différer ce qui restera un revirement majeur du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Après avoir flatté le vert de son électorat, de Nicolas Hulot à Barbara Pompili et avoir même sacrifié le symbole de Fessenheim sur l’autel du politiquement vert correct, voilà qu’à Belfort, alors qu’EDF reprend les turbines d’Alstom, Emmanuel Macron retrouve les pas non seulement de George Pompidou, « capitaine d’industrie », mais du grand programme nucléaire des années soixante-dix. À l’époque, le choc pétrolier en avait été l’ultime étincelle. Cette fois, c’est donc un choc gazier.

L’annonce est en effet d’importance : un programme de 14 EPR pour un montant total (en première estimation) de 50 milliards d’euros. Et en plus, la prolongation des centrales existantes. La France refait ainsi du nucléaire le cœur de sa stratégie énergétique et cela pour toute la durée du XXIe siècle. C’est bien sûr un pari technologique tant ces dernières années, avec les déconvenues finlandaises et normandes, la filière nucléaire française semblait avoir perdu la main et les compétences. C’est un pari financier et politique à quelques semaines des présidentielles. Mais pour une fois, le président a choisi de trancher, dans le bon sens, semble-t-il.

 

 

8 février 2022

 

Les ballets diplomatiques ont repris autour de l’Ukraine et les Européens cherchent à s’immiscer dans ce qui est pour l’instant un affrontement « modèle guerre froide » entre les États-Unis et la Russie, une Russie que la Chine soutient dans une sorte de fraternité des dictatures postcommunistes. La question est simple, mais pour l’instant aucune réponse n’apparaît évidente : comment détendre la situation sans que l’un ou l’autre des protagonistes – Poutine et Biden – ne perde la face et ne donne une impression de faiblesse qui serait immédiatement amplifiée par ses adversaires ? À ce petit jeu, Joe Biden a beaucoup plus à perdre, car il doit tenir compte tant de la scène politique américaine où les démocrates sont mal en point malgré la bonne santé de l’économie, que des théâtres internationaux, du golfe Arabo-persique à la mer de Chine et Taïwan. Plus difficile est de comprendre la personnalité de Poutine, seul maître de la Russie, à la fois « Vlad the mad » (le surnom excessif qui circule sur les réseaux) et un calculateur froid et rationnel. Même soutenue par la Chine, la Russie a tout à perdre d’un conflit ouvert et devrait raisonnablement se contenter de quelques concessions négociées sur le tapis vert. Mais lesquelles sans que les États-Unis n’y perdent la face et celle de l’OTAN ? Le ballet diplomatique durera tant que les sols ukrainiens resteront gelés.

 

 

6 février 2022

 

À vouloir trop de vert, on vire au noir ! Voilà la triste conclusion d’une certaine forme d’intégrisme vert qui a présidé à la mise en place des stratégies de transition énergétique en Europe ces dernières années. Un peu partout, en effet, on a assisté à la réouverture de centrales thermiques au charbon. C’est le cas en Allemagne et même en France, la patrie du nucléaire ! C’est là le résultat des tensions sur le marché du gaz naturel et puis aussi des problèmes rencontrés par un parc nucléaire vieillissant, sans parler même de la fermeture symbolique de Fessenheim. C’est aussi le constat cruel du caractère intermittent des énergies renouvelables de première génération. Quand le vent n’est pas suffisant, quand le soleil et même la lumière viennent à manquer, quand aussi stockage et transport de l’électricité se heurtent à des difficultés techniques, il faut malheureusement en revenir aux centrales d’appoint et si le gaz est trop cher. Le charbon, malgré des hausses de prix récentes et malgré des prix du carbone qui se rapprochent des € 100 la tonne, redevient d’actualité. L’excès de vertu écologique ramène l’Europe à la pire des solutions du point de vue environnemental.

À la lumière de ce qui est un véritable choc énergétique, il est encore temps de rééquilibrer les choix qui vont marquer les prochaines décennies : du nucléaire pour ceux qui le peuvent (dont la France), d’autres renouvelables (la biomasse), du stockage avec l’hydrogène, mais de grâce évitons les a priori doctrinaux qui nous ont amenés à pareille impasse.

 

 

4 février 2022

 

« Nous n’avons pas à commenter les affaires politiques ». Cette phrase prononcée par Thomas Bach, le président du CIO, alors que s’ouvrent les J.O. d’hiver à Pékin et qu’il était interrogé à propos du sort d’une joueuse de tennis chinoise et plus largement de la répression dont sont victimes les Ouïghours aurait pu être prononcée par Pierre de Coubertin qui fit le discours de clôture des Jeux de Berlin en 1936. La grande illusion du sport, indépendant de toute contingence politique et financière, et œuvrant seulement pour la solidarité entre les hommes est là encore mise en évidence avec cette année peut-être encore plus d’hypocrisie.

Les temps ont changé. En 1936, on pouvait peut-être vouloir ignorer – et encore –les horreurs du nazisme (la « nuit de cristal » n’avait pas encore eu lieu). Mais aujourd’hui, les systèmes d’information permettent de suivre en temps réel ce qui se passe dans l’Empire du Milieu et le sport ne peut être neutre !

Ne blâmons pas bien sûr les athlètes. Ce sont des professionnels et l’onction olympique est indispensable à leur carrière. Le plus choquant, bien sûr, c’est le microcosme qui les entoure, qui profite d’eux, de comités en fédérations, en fermant les yeux, mais en laissant grand ouvert le tiroir-caisse.

Ces J.O. d’hiver atteignent le comble du ridicule et sont aussi artificiels que la neige sur laquelle vont se lancer les skieurs. L’illusion olympique est totale et il vaut mieux en tourner la page.

 

 

1er février 2022

 

L’année 2022 a démarré en fanfare ! Les crises qui avaient marqué 2021 se poursuivent au moins sur le plan logistique et énergétique. Les tensions géopolitiques sont montées d’un cran en particulier autour de l’Ukraine, mais il ne faut pas oublier le Yémen, la Libye et puis l’instabilité chronique de pans entiers de l’Afrique et même de l’Amérique latine. Dans ce contexte, la tenue des Jeux olympiques en Chine a quelque chose de surréaliste. Dans la Grèce antique, la période des Jeux olympiques était marquée par une trêve entre les cités qui envoyaient leurs athlètes à Olympie. Rien de cela cette année : les athlètes seront dans leur bulle (au propre et au figuré), mais pendant ce temps, la Chine poursuivra sa répression à Hong Kong avec un œil sur Taïwan, la Russie et les États-Unis continueront leurs bras de fer autour de l’Ukraine. Il n’y aura pas de trêve olympique !

Les crises se poursuivent donc. La crise logistique tout d’abord avec encore plus d’encombrements portuaires et des taux de fret pour les conteneurs qui ne faiblissent pas. Dans nombre de secteurs, le problème majeur est celui de trouver des conteneurs et puis aussi les camions (et leurs chauffeurs) et les navires pour les transporter et surtout les décharger. Cette crise-là va encore durer de longs mois et affecter de très nombreux marchés. La crise énergétique est quant à elle devenue un véritable choc, presque comparable à celui des années soixante-dix. À cette époque, c’était le pétrole qui faisait l’actualité. Aujourd’hui, c’est le gaz naturel qui est en première ligne en un moment où la transition énergétique l’a rendu presque aussi indispensable que pouvait l’être le pétrole en 1973. Certes, l’hiver passera, la crise ukrainienne se dénouera d’une manière ou d’une autre, mais les prix du gaz resteront élevés en Europe comme en Asie, États-Unis et Russie devenant en quelque sorte les maîtres de l’arme du gaz. Et dans son sillage, le gaz entraîne l’électricité (en Europe au moins), le charbon, les engrais et tous les marchés touchés par la hausse des prix de l’énergie, et puis enfin le pétrole dont la charge symbolique reste si forte. Certes, on peut anticiper, sauf accident géopolitique majeur, une certaine détente pétrolière, mais celle-ci sera limitée et la prévision de CyclOpe ($ 75 le baril de Brent en moyenne en 2022) peut paraître bien optimiste.

 

Comme dans les années soixante-dix, ces chocs (sans oublier ceux – plus limités – qui affectent les marchés agricoles) provoquent un sursaut inflationniste avec des niveaux en ce début d’année sans équivalent depuis près de quarante ans. La réaction des autorités monétaires ne va pas tarder avec hausses des taux et « tapering » à la clef. Le réveil pourrait en être économiquement douloureux, et cela d’autant plus que ces crises et chocs interviennent en un moment de transitions majeures, environnementales, énergétiques, mais aussi géopolitiques pour la planète. Et puis, nous n’en avons peut-être pas fini avec la pandémie et nous ne sommes pas au bout de l’alphabet grec !

 

31 janvier 2022

 

Force est de constater que la « primaire populaire » n’a guère clarifié la situation à la gauche de l’échiquier politique français si ce n’est en rajoutant une candidate, la seule qui a obtenu un « Bien + ».

Cette référence au système de notes scolaire et universitaire est le résultat d’un curieux réflexe pavlovien qui montre combien l’idée de notation est ancrée dans l’inconscient collectif français. Les candidats ont en effet été notés avec des mentions de synthèse : il n’y a pas eu de Très bien (plus de 16/20 à l’université). Christine Taubira a eu un Bien + (entre 14 et 16, mais probablement dans le haut de la fourchette) : une bonne candidate à l’oral, mais dont le travail écrit (programme) pêche un peu. Il y avait ensuite des mentions « Assez bien » et des « Passable » dont écopa en particulier Anne Hidalgo. L’histoire ne dit pas s’il y a eu des candidats recalés, mais en fait la sélection avait été faite avant et certains candidats – comme l’excellent Fabien Roussel – n’avaient pas pu passer l’examen.

Il vaut mieux en rire, mais à l’heure où à l’école on ne note plus pour ne pas traumatiser nos chères petites têtes blondes, au moment où l’on donne le baccalauréat (et ses mentions) à presque toute une classe d’âge) les mentions de cette malheureuse primaire populaire avaient quelque chose de pathétique, un parfum au fond d’un monde disparu et peut-être un peu regretté.

 

 

30 janvier 2022

 

La France, meilleure élève économique de l’Europe en 2021 ! Qui l’eût anticipé et pourtant c’est bien la réalité qui apparaît après la publication des chiffres de croissance au quatrième trimestre 2021 : la France réalise au total 7 %, contre 2,7 % pour l’Allemagne qui s’offre en plus une croissance négative au dernier trimestre (– 0,7 %).

On peut bien sûr avancer l’explication industrielle : l’Allemagne a conservé une forte sensibilité industrielle et en 2021 la crise énergétique et surtout la pénurie de semi-conducteurs l’ont fortement pénalisé. Cela a été notamment le cas pour l’industrie automobile, beaucoup plus avancée qu’en France, sur la piste électrique.

Mais là n’est pas l’essentiel. La France a une vieille tradition de passer mieux les périodes de crise que la plupart des pays avancés. En 2008/2009, au cœur de la grande crise financière, la France avait connu la récession la plus « douce » de tous les pays de l’OCDE. Ceci peut s’expliquer par le côté protecteur et social du modèle français, par le volant de sécurité que représente la part de l’activité publique dans le PIB. Et cela a encore très bien fonctionné en 2021 avec la poursuite du « quoi qu’il en coûte » alors qu’en Allemagne on hésitait encore à maintenir et à creuser les déficits.

Lourdement chargé, mais bien lesté, le vaisseau français traverse bien les creux profonds qu’il parvient même à stabiliser. Le problème est que lorsque l’horizon se dégage, il peine à accélérer. À suivre donc en 2022 et 2023.

 

 

29 janvier 2022

 

Dans les grands dossiers ouverts en ces temps de campagne électorale, figure celui des droits de succession devenus d’autant plus d’actualité que monte le sentiment d’augmentation des inégalités au fil de la pandémie.

Sur ce sujet, les avis au moins sont tranchés : à droite, on plaide pour un abaissement, voire une suppression, des droits de succession ; à gauche, on peut aller jusqu’à la confiscation à peu près totale au-delà d’un certain seuil.

Dans la situation actuelle, on doit convenir d’une certaine souplesse du système fiscal pour les transmissions gérées suffisamment à l’avance et en ligne directe. L’essentiel des petits et moyens patrimoines peut échapper à l’impôt. Il y a malgré tout quelques situations absurdes, entre les époux et conjoints par exemple, et dans certains cas, pour les patrimoines professionnels. Certaines pourraient être facilement corrigées, mais – répétons-le – tout ici est affaire d’anticipation.

Faut-il aller plus loin ? Probablement pas. De toutes les formes de la fiscalité, l’impôt sur les successions, sur l’héritage, est probablement le plus juste, le plus légitime. Avec l’allongement de la durée de la vie, le véritable héritage est celui de la famille, de l’éducation, de l’acquis culturel et c’est là d’ailleurs que se creusent les premières inégalités. Inutile de les aggraver encore par des transmissions patrimoniales excessives au-delà de biens familiaux symboliques. Mais voilà un discours bien difficile à tenir dans certains salons.

 

 

28 janvier 2022

 

La pandémie reste bien présente, mais elle recule quelque peu dans les préoccupations politiques alors que la campagne électorale monte d’un cran avec – à gauche – une improbable primaire populaire.

Le « marronnier » du moment dans la presse et chez les politiques est bien le pouvoir d’achat avec pour symbole une pompe à essence. Il est vrai que le prix du baril ($ 90 désormais) se traduit directement dans celui des carburants que tous les Français connaissent plus ou moins au quotidien. Le choc énergétique est beaucoup plus violent pour le gaz naturel et donc l’électricité, mais les factures en sont plus complexes et puis l’état a pu mettre en place des contrefeux. Mais pour l’essence, rien ! Le chèque-inflation est déjà presque oublié ; le jeu annoncé sur les forfaits kilométriques est bien complexe et avec raison il n’est pas question de toucher à la fiscalité pétrolière. Alors que l’inflation se fait chaque jour plus menaçante, sans atteindre pour autant les niveaux américains ou allemands, le prix à la pompe symbolise toutes les craintes autour du pouvoir d’achat, devenu une sorte de grande cause nationale. En 2021, le pouvoir d’achat des Français s’est amélioré (de 1,5 % selon l’Insee). Au mieux, il stagnera en 2022. Mais derrière ces chiffres « moyens », il y a un sentiment – et une réalité – de précarité grandissante pour les plus fragiles, ceux justement qui sont sensibles au prix du diesel. Et là, malheureusement, il n’y a rien à faire.

 

 

26 janvier 2022

 

La montée des tensions se poursuit autour de l’Ukraine avec les images de troupes russes massées aux frontières. Un méthanier russe est ancré au large de l’enclave de Kaliningrad (l’ex-Königsberg) comme si Gazprom se préparait à la coupure des relations terrestres au travers de la Pologne et des pays baltes en cas de conflit : un signe parmi d’autres.

Dans cette partie d’échecs, les deux acteurs majeurs sont Vladimir Poutine et Joe Biden.

Poutine concentre les pouvoirs en Russie comme cela n’a pas été le cas depuis Staline. Et en fait, il chausse les bottes des grands tsars impérialistes de Pierre le Grand à Alexandre II qui poussèrent la Russie tant vers l’Est et l’Asie centrale que vers l’Ouest et la Pologne et les Balkans. Staline en fut l’héritier et l’empire connut son apogée avec « le partage du monde » de Yalta. Brejnev poussa un pion trop loin en envahissant l’Afghanistan, ultime pièce du « grand jeu » auquel se livraient un siècle plus tôt les empires russes et britanniques. Depuis 1990, la Russie a perdu toutes ses conquêtes des siècles passés et le projet de Vladimir Poutine est de mettre un terme à ce déclin et de redonner son lustre à l’empire russe. À l’Est, c’est la consolidation de son emprise sur l’Asie centrale et le Causcase, de l’Arménie au Kazakstan. À l’Ouest, il y a bien sûr le ventre mou de l’Union européenne, mais il faut au moins marquer des bornes aux Occidentaux, du Belarus à la Moldavie en passant bien sûr par l’Ukraine. Vue de Moscou, l’Ukraine est partie intégrante de l’histoire de la « Rus » (même si historiquement elle a été aussi partie de la Lithuanie, de la Pologne et des conquêtes suédoises) et l’indépendance ukrainienne n’a aucun sens y compris même sur le plan religieux. Poutine est au fond assez cohérent dans la logique de son héritage historique.

Face à lui, Biden se doit d’affirmer la présence et la volonté américaines après une longue période d’atermoiements et d’échecs (qui remontent d’ailleurs à Obama). Sa première année de mandat a été médiocre tant sur le plan intérieur qu’international avec la débâcle afghane. Il a de fortes chances de perdre le contrôle des deux chambres du Congrès en novembre prochain. Il ne peut pas subir un nouvel échec sur le dossier ukrainien d’autant plus que celui-ci sera exemplaire de la fermeté américaine sur l’autre dossier chaud de la géopolitique mondiale, celui de Taïwan. Le moindre recul américain serait interprété comme un aveu de faiblesse par Xi Jinping.

Alors, comment s’en sortir ? La stratégie de Poutine se fonde sur une déstabilisation du régime de Kiev et par un appel au vieil ami russe par les sous-marins du Kremlin : un scénario à la Kazakh (ou à la Tchéquoslovaquie en 1968). Dans l’état déliquescent de la démocratie ukrainienne, ce scénario cousu de fil blanc est tout à fait plausible. Il permettrait à la Russie de sauver les apparences et mettrait l’Occident devant le fait accompli (on peut d’ailleurs dire que c’est aussi le rêve de Xi Jinping face à Taipei). Pour Vladimir Poutine, prendre le risque d’une offensive unilatérale sur l’Ukraine paraît trop dangereux dans la mesure où l’Occident serait alors obligé de réagir. Mais alors que pourrait accepter Vladimir Poutine pour se retirer sans perdre la face ? Un engagement à ne pas élargir le périmètre de l’OTAN serait-il suffisant ? Mais les États-Unis, à leur tour, ne perdraient-ils pas la face ?

Vladimir Poutine rêve – dit-on – d’un nouveau Yalta. À Yalta (en Crimée !) Staline en très grande forme avait roulé dans la farine un Roosevelt déjà fort affaibli (il devait mourir deux mois plus tard) et un Churchill certes tenace, mais dont l’influence resta limitée. Aujourd’hui, Poutine est au mieux de sa forme avec en plus l’arme du gaz et du pétrole, Joe Biden n’est manifestement pas à la hauteur, Boris Johnson (le médiocre biographe de Churchill) n’est que la mouche du coche, les Allemands sont divisés et Olaf Scholz bien silencieux. Il reste Emmanuel Macron, lui-même en précampagne électorale…

Au mieux, la partie d’échecs se soldera par un match nul (pat). Mais pour l’instant l’avantage est au « roi » russe qui a sorti ses tours. « Les blancs jouent et font mat en trois coups » ? Possible.

 

 

24 janvier 2022

 

Encore un ! Après la Guinée, le Mali et, dans une certaine mesure, le Tchad, voilà donc le Burkina Faso victime d’un coup d’État militaire. À chaque fois le scénario est à peu près le même : des démocraties fragiles gangrénées par la corruption et le népotisme ; des partis politiques fonctionnant de manière féodale entretenant bien souvent un système cleptocrate ; une « élite » s’accrochant au pouvoir et la plupart du temps incapable de répondre aux défis, exacerbés dans la zone sahélienne par l’insurrection djihadiste. La révolte est alors menée par de jeunes officiers, pour la plupart formés en France, des capitaines ou colonels qui se révoltent contre l’incurie des ministres généraux. Ils affirment ne prendre le pouvoir que pour assurer une transition démocratique et cela a été parfois le cas à l’image de l’exemple emblématique du « flight lieutenant » Jerry Rawlings au Ghana, il y a quelques décennies. Mais trop souvent ces officiers prennent goût au pouvoir et s’y installent : le Burkina Faso a connu cette histoire avec Sankara et Compaoré.

La communauté internationale est désarmée face à ces crises. L’embargo décrété sur le Mali par la CEDEAO a encore compliqué la situation. Au contraire, il faut donner acte à ses jeunes officiers de la pureté de leurs rêves, espérer simplement qu’ils ne les brisent pas trop vite.

 

 

21 janvier 2022

 

Alors que Joe Biden fête son premier anniversaire à la Maison-Blanche, avec un bilan peu flatteur tant aux États-Unis avec son incapacité à manœuvrer le Congrès, qu’à l’international depuis la piteuse retraite américaine d’Afghanistan, on ne peut pas dire que les États-Unis restent indifférents à la situation en Ukraine. Ils en font même presque un peu trop en reléguant leurs alliés européens à un rôle de simples spectateurs dans le bras de fer qui les oppose à la Russie.

Rarement, l’Europe aura aussi peu existé au plan diplomatique et sécuritaire. À Genève, les discussions à propos de l’Ukraine n’ont eu lieu qu’entre Américains et Russes, ce qui au fond a quelque parfum de Yalta où de Gaulle ne fut pas invité et Churchill bien peu écouté. Retour donc à la grande époque de la Guerre froide comme si, ces dernières décennies, la construction européenne n’avait pas eu lieu !

Soyons honnêtes, pour la première fois depuis la malheureuse présidence Obama, les États-Unis prennent leurs responsabilités et ils le font d’autant plus qu’ils veulent oublier l’humiliation afghane et qu’un recul sur l’Ukraine serait un bien mauvais signal pour le dossier taïwanais.

Ainsi, la diplomatie américaine se préoccupe-t-elle de l’approvisionnement de l’Europe en gaz en cas de conflits. Des discussions seraient en cours avec le Qatar pour que l’Émirat accepte d’augmenter ses livraisons de gaz naturel liquéfié si la Russie venait à fermer les robinets des gazoducs. C’est là une bonne initiative, mais on aurait aimé qu’elle vienne de Bruxelles… Tout ceci rend d’autant plus surréaliste le débat européen sur la taxonomie des énergies !

 

 

20 janvier 2022

 

Le champagne coule à flots à Wall Street ! Les « cinq grands » (JP Morgan, Bofa, Citi, Morgan Stanley, Goldman Sachs) ont distribué la somme record de $ 140 milliards en rémunérations en 2021, pour l’essentiel des bonus. Ne cherchons pas forcément le lien, mais l’année 2021 a été aussi un record pour les ventes de Champagne avec 322 millions de bouteilles, un tiers de plus qu’en 2020. Enfin, pour les très gros bonus, 2021 a été aussi une année record pour les ventes de voitures de luxe : 5 586 Rolls-Royce ont été achetées par les – très – riches de la planète. On pourrait ajouter à cela le rebond du marché du diamant (+ 25 %) et celui de l’art contemporain.

Oui, la crise profite aux riches, mais surtout à ceux disposant du capital certes financier, mais aussi humain pour jouer des différences et des écarts sur les marchés. On sait bien sur les marchés financiers que la volatilité est le facteur clef de profitabilité des métiers de la finance et du trading. Et en 2021, cela a été le cas !

Tout ceci apporte de l’eau au moulin de ceux qui – avec raison – fustigent la montée des inégalités. Les périodes de crise creusent les écarts. La fiscalité peut certes les réduire quelque peu, mais le débat actuel en France sur les droits de succession (l’impôt probablement le plus juste et le plus légitime) montre bien les limites de l’exercice. Malheur aux riches, dit l’Évangile, mais c’est dans la vie éternelle…

 

 

17 janvier 2022

 

À nouveau, le pétrole fait la une de l’actualité et les prix des carburants celle des médias. Il est vrai qu’en France, avec une fiscalité fort lourde et un peu vicieuse (la TVA porte aussi sur la TICPE, ce qui fait un impôt sur l’impôt !) les prix du diesel et de l’essence sont à nouveau à des niveaux records. Il faut bien sûr tenir compte de la faiblesse de l’euro par rapport au dollar, mais l’essentiel est à chercher du côté du baril de pétrole qui a clôturé ce soir à plus de $ 86 le baril (pour le Brent).

Il y a en fait une véritable corrélation entre le baril de pétrole et Omicron ! Ces derniers jours, un léger vent d’optimisme a soufflé sur la planète omicronienne. Le pic serait proche, le virus est moins létal que Delta et on peut imaginer dans un proche avenir quelque détente sur le front des confinements : un peu plus de voyages, des automobiles, des avions et donc de la consommation accrue de pétrole. Le recul d’Omicron est donc déjà dans les prix du marché et c’est ce que jouent nombre de fonds qui ont pris des positions « longues » ces derniers jours. D’un autre côté, l’offre apparaît quelque peu contrainte. Nombre de membres de l’OPEP ne parviennent pas à remplir leurs quotas : Nigeria, Angola, sans parler de la Libye. La perspective du retour de l’Iran s’éloigne de plus en plus. Certes, la production va augmenter aux États-Unis, au Brésil, en Guyana… Mais cela sera-t-il suffisant alors même que le prix du gaz est deux fois plus élevé que celui du pétrole ce qui incite à un transfert de consommation non négligeable ?

À ce point, les analystes sont partagés : certains – les financiers de Wall Street en particulier – parlent de $ 100, voire $ 150 le baril. D’autres – plus raisonnables – anticipent un équilibre, tant économique que géopolitique, autour de $ 70. À suivre.

 

 

16 janvier 2022

 

Retour du sport à la une de l’actualité géopolitique, et ce par l’entremise du tennis. Novak Djokovic vient d’être banni d’Australie et donc des Internationaux (qu’il a déjà gagnés à neuf reprises). La décision des autorités australiennes n’est – pour une fois – guère critiquable : Djoko n’est pas vacciné (on ne sait pour quelle raison), a manifestement quelque peu trafiqué ses certificats déjà fort complaisants et a pensé qu’il était au-dessus des règles australiennes qui ont condamné la population à l’isolement pendant de nombreux mois. Il offre là un exemple déplorable, mais Djoko est serbe, le Serbe le plus célèbre de la planète, une icône pour un pays qui, au cœur des Balkans, hésite toujours entre l’Europe et la Russie. Quant à l’Australie, ses relations avec la Chine sont au plus mal et, comme les États-Unis, elle va boycotter diplomatiquement les J.O. d’hiver de Pékin. On peut d’ailleurs imaginer qu’il en sera de même pour la Lithuanie qui a poussé le crime de lèse-Chine jusqu’à reconnaître une représentation de Taiwan à Vilnius.

La Chine a donc soutenu la colère serbe. Remarquons que Djoko ne s’était pas indigné du sort d’une joueuse de tennis chinoise harcelée par un dignitaire du parti. Les J.O. d’hiver ouvrent dans quelques semaines dans une Chine lourdement confinée. Ils ne suscitent pour l’instant qu’indifférence et Omicron aura au moins l’avantage de permettre au Palais Céleste de ne pas perdre la face..

 

 

12 janvier 2022

 

Après le pain donc, l’électricité. Là, les échéances sont politiques. Il y a quelques mois déjà, Jean Castex s’était engagé à limiter à 4 % la hausse des tarifs réglementés de l’électricité : admirable, mais presque impossible ! En 2021, en effet, les prix de base de l’électricité, sur le marché spot, se sont appréciés de 220 % par rapport à la moyenne de 2020. Du fait du fonctionnement du marché européen de l’électricité, le prix du kWh est celui de la dernière centrale appelée à un moment donné. C’est en général une centrale alimentée par du gaz naturel. Les prix du gaz et de l’électricité sont donc étroitement corrélés. Il y a quelques jours, l’Allemagne a subi une « panne » de vent exceptionnelle. La part de l’éolien dans le mix énergétique allemand est passée pendant quelques heures de 40 % à 2 %. Il a fallu tirer sur les autres sources d’énergie et le prix du gaz naturel a doublé. Mais le gaz naturel a lui aussi ses problèmes. L’approvisionnement européen se fait pour l’essentiel de deux manières : des importations par gazoduc en provenance surtout de Russie et des achats de cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) venant de pays comme le Qatar, l’Australie et les États-Unis (devenus à la fin de 2021 le premier exportateur mondial de GNL). Le principal marché du GNL est l’Asie (Chine, Japon, Corée) qui traverse, elle aussi, une crise énergétique majeure qui s’est traduite depuis l’automne par une forte tension sur les prix qui restent au début 2022 à des niveaux records. Quant au gaz russe, on découvre un peu tard le jeu de Gazprom qui a volontairement réduit ses livraisons (de 25 % en un an au quatrième trimestre 2021) pour obtenir l’ouverture du gazoduc Nordstream II, mais aussi pour permettre au Kremlin d’utiliser l’arme du gaz. Le résultat en est un marché européen du gaz naturel d’une extraordinaire volatilité : sur le marché spot (le TTF néerlandais) qui fait référence, les prix ont évolué ces dernières semaines entre € 80 et € 160 le MWh, bien loin des € 10/€ 20 d’avant la crise. Ceci se retrouve sur le marché de l’électricité dont les prix au gré du gaz, mais aussi du vent et du soleil, des arrêts du nucléaire et bien sûr de la température évoluent entre € 250 et € 450 le MWh suivant les jours et les pays.

On est là bien loin des € 46, le fameux tarif auquel EDF doit céder de l’électricité aux distributeurs alternatifs sur le marché français !

En toute logique, les prix de l’électricité devraient augmenter de bien plus que de 4 % et si politiquement le souci majeur est celui des particuliers, que dire de l’impact pour les professionnels et l’industrie.

Bien sûr, à la différence d’autres pays européens, la France a une vraie marge de manœuvre avec le nucléaire. Et si on considère l’électricité non pas comme un objet de marché, mais comme un bien public, même en tenant compte des contraintes européennes, il est possible de limiter fortement la hausse des prix. Ceci aura bien sûr un coût, en particulier pour les finances d’EDF, une entreprise dont l’état détient 80 % du capital. Ce sera probablement l’objet d’un subtil arbitrage.

Cette crise, en tout cas, a mis en évidence la faiblesse d’un modèle électrique européen alliant économie de marché et contraintes vertes, donnant donc une place démesurée à des énergies par essence intermittentes, refusant par principe l’alternative nucléaire et se mettant les yeux fermés sur le billot du gaz russe… ou américain !

« Du pain et de l’électricité », voilà, en tout cas le slogan nouveau, le « panem et circenses » moderne, de la France en cet hiver 2022 alors que les bruits des campagnes électorales commencent à dominer la raison économique.

 

 

11 janvier 2022

 

Le pain et l’électricité ! En ces temps de sursaut inflationniste (5,8 % pour l’OCDE en novembre, 7 % aux États-Unis en décembre), ce sont le pain et l’électricité qui en sont en France les vecteurs symboliques.

Le pain tout d’abord : Michel Édouard Leclerc a annoncé que les magasins éponymes vendraient la baguette de pain à 29 centimes d’euros, celle qui vaut 90 centimes — voire plus — dans les boulangeries artisanales et que pour l’instant la grande distribution vendait autour de 60 centimes. Cette décision fleure bon la démagogie : certes dans la fabrication du pain, la part du blé, puis de la farine, est très faible, inférieure pour une baguette à 10 centimes même avec des prix du blé qui ont flambé ces derniers mois à près de € 300 la tonne. À cela, il faut ajouter de l’énergie (de l’électricité !) et surtout du travail aux horaires largement décalés. Reconnaissons que les marges des boulangers sont confortables et que — surtout dans les villes — les boulangeries prospèrent grâce aussi à l’élargissement de la gamme des pains offerts ainsi qu’à la pâtisserie et à la restauration rapide. Les boulangeries sont les commerces alimentaires de proximité qui ont le mieux résisté à la vague de la grande distribution à la différence des boucheries ou des poissonneries.

Néanmoins, le coup est violent, même si on ne sait pas si tous les pains sont concernés ou si le « geste » est limité à la symbolique baguette. Déjà, la marge nette du rayon boulangerie-pâtisserie de la grande distribution était, d’après les calculs de l’OFPM (Observatoire des Prix et des Marges), fortement négative. Baisser ainsi des deux tiers le prix du pain donne à croire que tous — agriculteurs, meuniers, boulangers — s’enrichissent sur le dos des consommateurs. On en revient à la guerre des farines et aux émeutes alimentaires lorsque les femmes de Paris ramenaient de Versailles, « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». C’est aussi faire croire que l’on peut jouer sur les prix de l’alimentation, lui enlever le peu de valeur qu’elle a encore.

Pour une fois, le coup de publicité pourrait se retourner contre son auteur. Le pain occupe une place symbolique dans l’alimentation des Français : on apprécie la « patte » du boulanger dont on sait qu’il ne compte pas ses heures. Le pain « industriel » (réalisé à partir de pâtons congelés) a piètre réputation. Et puis aussi, on gagne son « pain » : lui enlever toute valeur n’a guère de sens.

 

 

8 janvier 2022

 

Dans 1984, George Orwell faisait dire à l’un des protagonistes du procès que « celui qui contrôle le passé contrôle le futur, mais que celui qui contrôle le présent peut contrôler le passé ». À un moment ou à un autre, tous les dictateurs ont appris cette leçon et l’ont mis en pratique à l’image bien sûr des « modèles » nord-coréens, cubains et dans une certaine mesure même algériens.

La Chine et la Russie, après une période de flottement, sont en train de ce point de vue de se « normaliser ». L’une et l’autre ont vécu l’épopée communiste pendant soixante-dix ans pour l’URSS, pendant trente ans au moins pour la Chine maoïste. L’effondrement du communisme soviétique s’est accompagné d’une relecture – enfin – de l’histoire. Lénine et Staline furent déboulonnés et le poids de la grande terreur et du goulag fut analysé et mesuré par une recherche indépendante comme celle que menait l’association « Memorial » fondée par Sakharov. Vladimir Poutine, enfant du KGB de la grande époque, vient justement de l’interdire : il ne faut plus noircir le passé soviétique puisque la Russie nouvelle en est l’héritière.

Le cas chinois est un peu différent. Mao n’a jamais quitté la place Tien An Men sur laquelle il a même fait un pas de deux avec la statue de Confucius. Mais on a pu un moment en Chine parler de la réalité des famines du Grand Bond en Avant et de la Révolution Culturelle. Xi Jinping est manifestement en train de remettre un peu d’ordre dans cette lecture de l’histoire. Un siècle après sa fondation, le PCC a oublié erreurs et faiblesses pour mieux célébrer son étoile nouvelle. L’histoire reste un outil aux mains des puissants !

 

 

6 janvier 2022

 

Le nucléaire est revenu au cœur des débats de la gauche française entre ceux qui en sont partisans (les communistes et certains socialistes) et ceux qui y sont viscéralement opposés (les verts et la plupart des ONG « de gauche »). Bruxelles vient d’apporter sa pierre à ce débat en proposant, dans son projet de taxonomie, de placer le nucléaire et le gaz (sous certaines conditions) dans les énergies de transition.

Les verts européens s’en sont indignés : mais venant d’une Commission dont le bon sens n’est pas toujours la qualité principale, on doit convenir que cette proposition est plus que raisonnable même si elle met dans un même sac deux problèmes différents.

Le gaz naturel est bien sûr une énergie de transition : les renouvelables de première génération étant par essence intermittents, il faut des centrales thermiques pour assurer les fonds de grille et il est logique de jouer le gaz plutôt que le charbon. Le seul défaut du gaz (moins polluant que le charbon, mais quand même) c’est qu’il introduit l’Europe dans une cruelle dépendance vis-à-vis de la Russie. Il faudra bien un jour s’en passer.

La problématique est différente pour le nucléaire. Il est presque parfaitement « propre » et la question de ses déchets est amplifiée et instrumentalisée par ses opposants. Ceci étant, il demande un environnement tant technologique que géopolitique et sécuritaire qui limite son développement à quelques pays, dont la France dont il reste un atout fondamental. À la différence du gaz, ce n’est pas une énergie de transition, mais une composante durable d’un mix énergétique destiné à évoluer profondément au cours de ce siècle.

 

 

5 janvier 2022

 

40 mois à peine après avoir franchi la barre mythique des $ 2 000 milliards de capitalisation boursière, voilà Apple qui atteint $ 3 000 milliards ! La firme à la pomme a réalisé $ 365 milliards de chiffre d’affaires en 2021 dont plus de la moitié pour le seul iPhone. Il est loin le temps (1977) de l’Apple II qui permit à Steve Jobs de sortir de son garage. En 1984, ce fut le Mac qui révolutionna en particulier le monde de l’édition : tous les CyclOpes ont été réalisés sur Mac même à l’époque où Apple semblait en perte de vitesse face à la concurrence. Et puis après l’iPod en 2001, ce fut l’iPhone en 2007 qui renversa une autre icône de l’époque, le BlackBerry. On connaît la suite.

Avec $ 200 milliards de trésorerie disponible, Apple a les moyens de jouer sur de nouveaux terrains : le « meta », l’AppleCar, les montres, la santé, en fait tout l’univers connectable quel qu’en soit la dimension.

Il y a, bien sûr, une face moins avouable : celle d’abord d’une optimisation fiscale élaborée aux antipodes de l’image de la sympathique pomme ; celle de la dépendance au marché chinois (20 % de son chiffre d’affaires) ; celle aussi – classique pour toute entreprise de cette taille – de l’engourdissement de ses cadres et dirigeants dont la « faim » est largement rassasiée. Pour l’instant, avec la pandémie qui a multiplié les besoins de connectivité, tous les voyants sont au vert et la pomme est bien mûre. Il reste aux équipes de Tim Cook d’entretenir la folie créative de Steve Jobs au-delà d’une éternelle nouvelle version de l’iPhone…

 

 

4 janvier 2022

 

En 2021, les prix des matières premières mesurés par l’indice CyclOpe en dollar se sont appréciés – en moyenne annuelle de 49 %, de 40 % si l’on en exclut l’énergie et les métaux précieux. Les performances les plus spectaculaires ont été enregistrées par l’étain et le lithium parmi les métaux, par le gaz naturel en Europe et en Asie pour l’énergie, par le maïs et les oléagineux pour les produits agricoles. Mais les hausses les plus vertigineuses sont à mettre au compte des taux de fret maritime : sans même parler des conteneurs, le « fret sec » (les navires de vrac) a enregistré une hausse moyenne de 182 %. À l’inverse, les métaux précieux on fait plutôt grise mine, l’or partageant avec le cacao le bonnet d’âne de l’année avec seulement 2 % de hausse (les prix internationaux de la viande porcine s’affichent quant à eux en net repli).

L’année a été en réalité marquée par un certain nombre de vagues et pratiquement tous les marchés ont connu à un moment ou à un autre de fortes tensions au point que l’idée d’un « supercycle » s’est répandue et a même trouvé quelque crédibilité. En fait, il s’est surtout agi de rattrapage après les restrictions de 2020. La reprise économique, partant de Chine dès l’été 2020 puis des États unis à l’automne, fut plus rapide qu’anticipée alors même que les appareils de production et la logistique peinaient à retrouver leurs niveaux d’avant-crise. Ceci se traduisit par des tensions dès le début de l’année sur des matières premières de l’industrie et de la construction à l’image emblématique du bois (lumber) aux États-Unis, mais aussi de l’acier un peu partout dans le monde. Par la suite, sur des bilans mondiaux particulièrement tendus, le moindre accident climatique ou géopolitique put avoir des conséquences spectaculaires.

Au-delà de cette analyse globale, il est nécessaire de rentrer dans le détail des trois crises de cette année 2021 : la crise logistique, la crise énergétique avec ses conséquences pour les marchés des métaux et la crise agricole.

De la crise logistique, on a surtout retenu les goulots d’étranglement sur les lignes de porte-conteneurs, les hausses de prix (une multiplication par cinq en moyenne) et les conséquences que ceci a pu avoir en termes de pénuries pour nombre de marchandises transportées en conteneurs, des métaux aux produits tropicaux. Mais sur le marché du fret sec, la hausse de 182 % de l’indice du Baltic (partant, il est vrai, de niveaux fort déprimés) est la plus spectaculaire de tous les marchés de commodités.

Pour la première fois de l’histoire, ce n’est pas le pétrole qui a été aux avant-postes de la crise énergétique. Bien maîtrisé par les pays de l’OPEP+ (l’axe Arabie saoudite/Russie), le marché du pétrole est presque resté « raisonnable » entre $ 60 et $ 80 le baril. Non, en 2021, c’est le gaz naturel qui a mis le feu aux poudres que ce soit en Europe ou en Asie pour le gaz naturel liquéfié. Les tensions avec la Russie d’une part, la sécheresse et la crise électrique chinoise d’autre part ont provoqué au cours de l’année un quintuplement des prix du gaz qui en est arrivé à coûter deux fois plus cher que le pétrole. Dans la foulée des prix du gaz, ceux de l’électricité en Europe, mais aussi du charbon en Chine, ceux des engrais aussi, se sont enflammés. Alors que la COP26 s’achevait dans la déception générale (mais que les prix du carbone triplaient en Europe) c’est toute la stratégie de la transition énergétique et de la sortie du charbon au profit du gaz qui se trouvait remise en cause. La montée en puissance de l’électricité, en particulier dans la mobilité, a provoqué par ailleurs des tensions sur les marchés des métaux les plus concernés comme le lithium et le cobalt, mais aussi le cuivre et le nickel.

Il y a eu enfin une véritable crise agricole : quelques accidents climatiques certes comme la sécheresse au Canada qui a touché le colza et le blé dur, mais surtout l’importance des achats chinois dont l’ampleur a surpris qu’il s’agisse de céréales, d’oléagineux, de produits laitiers (seule exception, la viande porcine dont le prix en Chine a diminué presque de moitié). Le maïs et le soja furent les premiers concernés avant de céder la vedette à l’automne au blé et à l’huile de palme. Ajoutons à cela des gelées au Brésil pour le café et même le sucre et puis bien sûr le jeu géopolitique de la Russie à l’exportation de céréales et de la Chine dans ses relations avec l’Australie et on comprendra la hausse de 35 % de l’indice des prix alimentaires de CyclOpe.

Qu’attendre maintenant de 2022 ? Certains marchés ont déjà amorcé des replis assez nets à l’image du fer et de l’acier. En raisonnant à situation climatique et sanitaire « normale », cette détente devrait s’accentuer encore en particulier sur les marchés des métaux. En ce qui concerne l’énergie, l’hiver de l’hémisphère nord restera tendu pour le gaz naturel alors que le pétrole reviendrait aux excédents. Par contre, on ne peut espérer de retour à la normale rapide sur le marché des conteneurs. Quant aux marchés agricoles, au-delà des aléas climatiques, ils dépendront du niveau des importations chinoises sur la campagne 2021/2022. La campagne précédente était-elle exceptionnelle ou deviendrait-elle la règle ?

En 2022, les marchés mondiaux des matières premières subiront bien sûr les aléas sanitaires et leurs conséquences sur la demande. Mais, au-delà, la Chine continuera à en dominer la conjoncture que ce soit en termes de demande, d’importations et de consommation, mais aussi en ce qui concerne la dimension géopolitique de marchés qui s’agitent aux moindres bruits de bottes. Les crises successives de 2021 ont au moins permis de prendre conscience de la dépendance des économies avancées et émergentes vis-à-vis de marchés dont l’instabilité reste immense.

 

 

1er janvier 2022

 

Avec 2022 s’ouvre donc l’an III de la grande crise sanitaire qui aura marqué le début du XXIe siècle. L’exercice de prévision n’en est que plus difficile tant aux traditionnelles précautions climatiques et géopolitiques, il faut cette année encore ajouter un risque sanitaire que nul ne peut anticiper.

Si l’année s’ouvre dans l’euphorie des marchés boursiers, c’est incontestablement le doute qui prévaut, et ce, avant même que l’on puisse mesurer l’impact réel d’Omicron. Passés le rebond et le rattrapage de 2021, la croissance mondiale sera plus faible en 2022, peut-être encore quand même de l’ordre de 4 %. Mais plusieurs moteurs inquiètent à commencer par la Chine, les États-Unis et, en Europe, par l’Allemagne.

Les incertitudes géopolitiques n’arrangent rien. 2022 sera bien l’année du renforcement du pouvoir de nuisance des deux vieilles dictatures cryptocommunistes, la Russie de Poutine et la Chine de Xi Jinping déroulant leurs menaces, de l’Ukraine à Taïwan, face à des « démocraties » affaiblies et pusillanimes. Les uns avancent leurs pions, les autres se replient frileusement. Aux échecs pour les Russes, comme au go pour les Chinois, cela n’augure rien de bon.

 

Rarement en tout cas, doutes et incertitudes auront été aussi grands. 2022 commence avec un horizon chargé de nuages.