AGENDA

CyclOpe 2019

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Les illusions perdues»

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2019

15 mai 2019- Paris

CyclOpe 2018

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le ciel rayonne, la terre jubile»

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018

16 mai 2018 - Paris

CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

 

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

 Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de Cyclope, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport Cyclope sur l’économie et les marchés mondiaux. Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

21 juin

Trump l’Iran

 

Quel extraordinaire joueur de poker ! Tenir un carré d’as, en menacer la table et puis retirer au dernier moment ses jetons. Donald Trump vient de le faire : après la destruction par un missile iranien d’un drone américain, il avait ordonné une frappe de représailles avant que de l’annuler au dernier moment alors même que les avions étaient en vol. L’escalade se poursuit, mais Donald Trump a montré sa retenue, tenant par ailleurs peu après un discours presque pacifiste.

Dans un livre remarquable, publié en 2018, le philosophe Jean-Pierre Dupuy a analysé les logiques de la dissuasion nucléaire. Dans « La guerre qui ne peut pas avoir lieu », il montre bien qu’au cœur de la dissuasion, il y a la croyance que l’autre peut frapper : il faut donc être toujours en position de première frappe de telle manière à ce que l’adversaire agisse en conséquence. Donald Trump devait montrer la détermination américaine, mais savoir s’arrêter au dernier moment, car dans un conflit conventionnel comme celui-ci, la dissuasion est moins déterminante que dans un conflit nucléaire.

Et maintenant ? Après l’échec des bons offices japonais, ce serait le tour des Européens. Mais la porte de sortie est bien étroite, car au-delà du nucléaire, il y a tous les équilibres du Moyen-Orient qui sont en jeu sans oublier la vieille animosité entre Arabes et Perses. En attendant le baril de pétrole, frôle-les $ 65 ce qui n’est pas cher payé.

 

 

17 juin

Sotheby’s

 

Patrick Drahi achète Sotheby’s ! Pour $ 3,7 milliards financés – comme d’habitude dans son cas – par de la dette dans ce qui ressemble à un LBO, il achète, à titre « familial » l’intégralité du capital de la deuxième société de vente aux enchères au monde ($ 6,4 milliards de ventes en 2018, un peu plus de $ 1 milliard de revenus et $ 100 millions de bénéfices) qui va redevenir « private » comme sa grande concurrente Christie’s, propriété de François Pinault et de sa holding Artemis.

Drahi s’inscrit donc dans les pas de François Pinault, de Bernard Arnault (qui un temps avait songé à acheter lui-même Sotheby’s) dans une sorte de parcours initiatique qui fait passer ces « nouveaux riches » de la presse au marché de l’art. Le phénomène est d’ailleurs universel et ne se limite pas à la France. En achetant Sotheby’s, Patrick Drahi acquiert des « lettres de noblesse » et fait son entrée de plain-pied dans le monde des puissants et des riches, comme autrefois les héritières des fortunes américaines s’offraient un époux dans la vieille aristocratie européenne désargentée.

 

Le montage, sur de la dette, peut inquiéter. Altice, le vaisseau amiral de cet entrepreneur franco-israélien domicilié fiscalement en Suisse, affiche déjà une ardoise de € 50 milliards. À ce niveau, la dette est beaucoup plus un souci pour le prêteur que pour l’emprunteur. Mais cette fuite en avant peut inquiéter d’autant plus que les méthodes de gestion musclées de l’intéressé (en matière de paiement des fournisseurs par exemple) ne sont pas exactement celles du monde feutré des salles de vente.

 

 

10 juin

Minorque

 

Minorque est un petit – et charmant – condensé d’histoire européenne. Les rois de Majorque régnèrent aussi sur la Catalogne et Ramon Lull, le théologien médiéval quelque peu iconoclaste en fut un des enfants les plus célèbres. Le port de Mahon, l’un des plus sûrs de la Méditerranée, fit de Minorque une proie convoitée par Espagnols, Britanniques et Français. À l’exception d’une brève période française sous Louis XV, le XVIIIe siècle minorquin fut britannique et l’Espagne n’en récupéra la propriété qu’avec la paix d’Amiens. Durant la guerre civile espagnole, alors que Majorque passait au franquisme et devenait même une base navale italienne, Minorque resta républicaine jusqu’au bout ce qui lui valut l’ostracisme du Caudillo. Alors que Majorque « profitait », à l’image de la Costa Brava, du développement touristique des années soixante, Minorque resta préservée de tout bétonnage intensif. Les Britanniques y revinrent et en firent presque une nouvelle colonie. Mais les autorités locales eurent l’intelligence de préserver le caractère sauvage et agricole de l’ïle qui profita largement par la suite des subsides européens.

À l’heure du Brexit, Minorque commence à perdre ses retraités anglais, mais les « Tours opérators » continuent à y être fort actifs. Dernier détail, à Minorque on parle catalan et on suit donc avec attention le destin d’une Catalogne restée elle aussi profondément républicaine. Les Britanniques qui ont légué à l’île le goût – et la fabrication – du gin, regretteront là aussi leur rupture européenne…

 

 

5 juin

Trump en Europe

 

Donald Trump est en très grande forme ! Après avoir surpris jusqu’à son entourage le plus immédiat en menaçant le Mexique de lourdes sanctions douanières si le gouvernement d’Andres Manuel Lopez Obrado (AMLO) ne faisait pas d’effort en ce qui concerne l’immigration clandestine, le voilà qui déboule en Europe comme un chien dans un jeu de quilles. Visite officielle au Royaume-Uni et commémoration du soixante-quinzième anniversaire du débarquement pour quelques heures en Normandie.

Mais Donald s’est surtout délecté de sa visite à Londres. Reçu par Theresa May à la veille de sa démission, il a tenu à saluer tous ceux qui prétendent à sa succession à commencer par le « cher » Boris. Il a aussi rencontré Nigel Farage, le chef du Brexit Party (qui, contre toute attente vient de perdre une élection partielle face aux Travaillistes) et a souhaité qu’un futur gouvernement britannique lui fasse une place. Il s’est fait l’avocat d’un « no deal » en conseillant de ne rien payer des € 50 milliards de « frais de sortie ». Il s’est par contre engagé à signer dès que possible un accord de libre-échange particulièrement généreux avec le Royaume-Uni. Après son passage, la scène politique britannique est plus déstabilisée que jamais et le pire des scenarii (Boris Johnson) est pour l’instant celui qui tient la corde.

Tout ceci bien sûr devrait être un avertissement pour tous ceux qui sur le continent pensent encore qu’il est possible de négocier un accord commercial raisonnable avec l’administration Trump. Pour Donald, rien n’est raisonnable tant que l’on a dans sa main une paire d’as. Et pour l’instant, il les a…

  

 

4 Juin

 

Donald Trump est un véritable artiste. On le sait lorsque l’attention du public commence à tomber, l’artiste en scène doit changer de ton, moduler sa voix en modifier l’inflexion quitte à chuchoter avant que brutalement de réveiller l’auditoire par un accès de fureur bien simulé.

C’est exactement la stratégie trumpienne sur quelques-uns des dossiers les plus brulants du moment.

À propos de l’Iran, alors qu’un porte-avions et une escadrille de B52 croisent dans le Golfe à la suite des attaques contre des tankers au large de Fujairah et que les sanctions à l’encontre des derniers partenaires économiques de l’Iran se font plus précises, Donald Trump déclare à Tokyo qu’il ne souhaite pas la chute du régime islamique et il donne à Shinzo Abe un blanc-seing de négociateur avec l’Iran. Les marchés apprécient et, à $ 60 le baril, minimisent – peut-être à tort – le risque politique moyen-oriental.

Même scénario à propos de la Corée du Nord et les Sud-Coréens ont quand même du s’étrangler en écoutant l’éloge par Donald Trump du « jeune » Kim.

Les choses sont plus complexes avec la Chine et là Trump pratique un « en même temps » très macronien. Jamais, en effet, les tensions n’ont été aussi fortes entre la Chine et les États-Unis et le conflit a changé de dimension avec « l’affaire Huawei ». La Chine a réagi en faisant sentir à son adversaire que son véritable talon d’Achille en ce qui concerne les nouvelles technologies se trouvait dans les terres rares. Le soja est passé au second plan même si l’USDA a dégagé $ 16 milliards pour aider à nouveau les « farmers ». Les négociations sont bloquées au moins jusqu’au sommet du G20 au Japon à la fin juin. Néanmoins, Donald Trump affiche tout son optimisme quant à la conclusion favorable d’un accord avec la Chine qui a quand même réagi avec de nouvelles taxes et un léger asticotage à propos de Fedex.

Avec ses voisins canadiens et mexicains, d’un côté il finit par lever les taxes qui frappaient acier et aluminium, mais de l’autre, il s’engage dans un bras de fer avec le président mexicain Obrador (AMLO) en mettant en place des taxes de 5 % pouvant aller à 25 % sur les exportations mexicaines si le Mexique ne limite pas l’immigration sauvage. Au même moment, il lève aussi les droits supplémentaires qui touchaient les exportations d’acier de la Turquie d’Erdogan.

Enfin, en ce qui concerne l’Europe, il doit être – comme nous tous – en train de chercher quels seront ses interlocuteurs à partir de l’automne 2019 et il n’est pas certain que Steve Bannon lui soit en la matière d’une très grande aide. À tout hasard, il a levé les menaces de sanction sur les automobiles européennes pour quelques mois. Mais la menace demeure et il a placé huit pays sous surveillance, dont l’Allemagne et l’Italie pour des manipulations de change. Début juin, il sera sur les plages de Normandie pour célébrer les 75 ans du « D. Day ». Ce sera peut-être l’occasion de quelques tweets illustrant sa « formidable présence » et pour rajouter un peu d’huile sur le feu du Brexit en faisant l’éloge de Nigel Farage et de Boris Johnson.

Notre artiste, on le voit, à la capacité d’occuper en même temps plusieurs scènes. Il a la chance de n’avoir en face de lui de quelques « amateurs » démocrates et d’être soutenu par un public qui apprécie une performance économique de qualité (3 % de croissance, 3,6 % de chômage) fondée sur la puissance de la nouvelle économie et sur la révolution des pétroles et gaz de schiste.

Il reste bien sûr à écrire la suite : la raison pousserait à une « paix des braves » avec la Chine, à une pause dans l’escalade avec l’Iran, à l’ouverture par contre de nouveaux « fronts » et pourquoi pas vers ce véritable « ventre mou » qu’est devenue l’Europe. Mais n’en doutons pas, Donald Trump est capable de surprendre le monde…

Il peut paraître excessif en tout cas de se focaliser ainsi sur le seul Donald Trump. Mais l’impact du moindre tweet trumpien sur les marchés du pétrole et du gaz, du soja et du porc, de l’acier et des terres rares (liste bien sûr non limitative) sont tels que l’on se doit de lui donner la primeur de notre attention.

Pour le reste, le contraste est grand entre des marchés des métaux en proie au doute malgré des fondamentaux bien orientés à l’image du cuivre et des marchés agricoles croulants sous les perspectives de récoltes historiques et que seule la peste porcine africaine en Chine et dans le reste de l’Asie vient un peu – beaucoup même – perturber.

En conclusion, quelques chiffres : 70, 8, 100, 111, 120. Non pas une grille de loto, mais :

          • $ 70 le baril de Brent, prix moyen au mois de mai et la preuve que les marchés ne « pricent » pas le risque politique au Moyen-Orient.

          • $ 8 le boisseau de soja, à la baisse, à la suite de l’aggravation de la guerre sino-américaine.

          • $ 100 la tonne de minerai de fer, à la hausse à la suite des accidents brésiliens et du record de production d’acier en Chine.

          • $ 111 millions un tableau de Monet vendu à New York, vedette d’une semaine de ventes qui a dégagé au total plus de $ 1.5 milliard

          • € 120 millions le prix minimal du transfert du footballeur français Griezmann de l’Atletico de Madrid à Barcelone. Mais là, il y a peut-être d’autres records à attendre du prochain « mercato ».

 

L’art et le football, deux des rares domaines qui restent à l’écart de nos préoccupations trumpiennes !

 

 

3 juin

Prix alimentaire

 

Présentation du huitième rapport au Parlement de l’Office de la formation des prix et des marges des produits alimentaires dont j’assure la présidence depuis l’origine. Il est trop tôt pour juger de l’efficacité de la loi Egalim de 2018. mais globalement dans un contexte de forte volatilité des marchés agricoles, bien peu de choses ont changé qu’il s’agisse de la couverture des coûts de production agricole ou des marges de l’industrie et de la distribution. Il reste toujours aussi difficile de faire accepter l’idée que les prix agricoles en France sont déterminés par des fondamentaux de plus en plus mondialisés et que les prix alimentaires payés par les consommateurs n’ont qu’une influence marginale sur leur formation. Le « juste prix » réclamé par le monde agricole n’a malheureusement guère de sens surtout depuis la disparition des outils de stabilisation de la Politique agricole commune. Ceci étant, il y aurait toute la place pour des logiques de contractualisation d’autant plus faciles à mettre en œuvre que la part agricole des produits alimentaires est de plus en plus faible. Il faudrait simplement un peu de confiance entre les acteurs…

Dans le rapport, il y a aussi un graphique qui peut inquiéter : il s’agit de l’évolution de la répartition de la valeur ajoutée dans la dépense alimentaire. En quinze ans, la seule augmentation notable est celle des importations : en clair, l’agroalimentaire français est moins compétitif. La balance commerciale fait encore illusion grâce aux boissons, mais sans elles, le cœur même du modèle alimentaire français est en péril.

 

 

1er juin

Electricité

 

Hausse des tarifs réglementée de l’électricité en France de 5,9 % ce matin. Comme on pouvait s’y attendre, cela suscite l’ire des associations de consommateurs qui s’indignent d’une augmentation jugée excessive, pénalisant les plus pauvres et intervenant quelques jours à peine après des élections. Pour se défendre, le ministre – bien peu inspiré – (rappelons que l’énergie dépend de l’environnement et donc de monsieur de Rugy) a fustigé les coûts de production d’EDF et les privilèges dont jouissent ses salariés… depuis 1945. Passons. La vérité c’est que pendant trop longtemps pour des raisons politiques, le prix de l’électricité a été en France trop faible, insuffisant pour permettre de financer les investissements nécessaires au renouvellement du parc nucléaire (sans oublier aussi les dérapages financiers de l’EPR de Flamanville). L’ouverture du marché de l’électricité a par ailleurs contraint EDF à vendre une partie de sa production à des opérateurs extérieurs qui pendant longtemps ont pu ainsi dégager de copieuses marges. Mais pendant ce temps-là, les prix de marché étaient orientés à la hausse avec le recours à des énergies « vertes » subventionnées par des taxes prélevées sur les consommateurs.

 

Au point où nous en sommes, on pourrait imaginer la fin des tarifs réglementés et le passage à la seule logique de marché. Étant donné le poids d’EDF et sa responsabilité dans la gestion du parc nucléaire français, il vaut mieux en rester à la situation boiteuse actuelle. Quant à la hausse de 5,9 %, elle est bien justifiée.

 

30 mai

Ecologisme agricole

 

 

À longueur de déclarations et de débats, les verts officiels et officieux ne cessent de se réjouir de leur victoire et déjà d’imaginer ce que sera leur action à Bruxelles et aussi sur le plan national. Manifestement, leur premier axe sera celui de l’agriculture et cela d’autant plus que la réforme de la PAC sera l’un des premiers grands dossiers qu’abordera à l’automne le nouveau Parlement européen. Les discours entendus depuis quelques jours sont d’un redoutable simplisme : le seul avenir, la seule direction possible c’est « le bio paysan de proximité » : plus de pesticides bien sûr, adieu au glyphosate, aux OGM, à quelque intensification que ce soit, non au bio « industriel », retour à un authentique sublimé dans un circuit court permettant de valoriser un acte citoyen tant de production que de consommation. Au passage, en bien des endroits, revenons à la nature sauvage, sans l’homme, mais avec le loup ou l’ours. Concevable en certaines régions pour quelques spécialisations et autres niches, cette vision n’est pas tenable à l’échelle d’un pays intégré à l’espace européen, voire international, sauf à réinventer une PAC sur le modèle de celle de 1962, fermant ses frontières et garantissant des prix rémunérateurs. Sympathique utopie, mais dont l’application partielle sera une contrainte supplémentaire pour une agriculture qui se retrouve ainsi en première ligne de ces « caprices verts ».

 

 

29 mai

Agriculture

 

À longueur de déclarations et de débats, les verts officiels et officieux ne cessent de se réjouir de leur victoire et déjà d’imaginer ce que sera leur action à Bruxelles et aussi sur le plan national. Manifestement, leur premier axe sera celui de l’agriculture et cela d’autant plus que la réforme de la PAC sera l’un des premiers grands dossiers qu’abordera à l’automne le nouveau Parlement européen. Les discours entendus depuis quelques jours sont d’un redoutable simplisme : le seul avenir, la seule direction possible c’est « le bio paysan de proximité » : plus de pesticides bien sûr, adieu au glyphosate, aux OGM, à quelque intensification que ce soit, non au bio « industriel », retour à un authentique sublimé dans un circuit court permettant de valoriser un acte authentique tant de production que de consommation. Au passage, en bien des endroits, revenons à la nature sauvage, sans l’homme, mais avec le loup ou l’ours. Concevable en certaines régions pour quelques spécialisations et autres niches, cette vision n’est pas tenable à l’échelle d’un pays intégré à l’espace européen, voire international, sauf à réinventer une PAC sur le modèle de celle de 1962, fermant ses frontières et garantissant des prix rémunérateurs. Sympathique utopie, mais dont l’application partielle sera une contrainte supplémentaire pour une agriculture qui se retrouve ainsi en première ligne de ces « caprices verts ».

 

 

28 mai

Fiat - Renault

 

Alors que les relations avec Nissan, son vieux fiancé japonais, continuent à se détériorer, Renault vient de recevoir une demande en mariage en bonne et due forme de la part de Fiat Chrysler. Le nouvel ensemble pèserait 9 millions de véhicules et deviendrait le troisième producteur mondial. Sur le papier, les complémentarités sont claires tant du point de vue des technologies, des gammes et des marques que de la géographie. L’accueil a été plutôt favorable de la part des politiques, mais sceptique chez les salariés et les spécialistes de l’industrie automobile.

Et ils ont raison, et cela à plusieurs niveaux. Le premier est celui de l’illusion de la « fusion entre pairs ». L’expérience montre qu’à la fin du jour, il y a un vainqueur et un vaincu et que c’est en général l’actionnaire le plus musclé qui l’emporte : songeons à Lafarge-Holcim et à la victoire des suisses, à l’échec en cours de Essilor-Luxottica. Rares sont les vraies fusions comme celles qui donnèrent le jour dans les années vingt à Unilever ou Royal Dutch Shell. Ensuite, la fusion entre deux cultures d’entreprise demande des hommes exceptionnels capables en peu de temps de bâtir un agir et des objectifs communs. C’est là bien rare. Enfin, l’addition des synergies concoctée par des cabinets de conseil fait en général preuve d’un optimisme déraisonnable.

Les seules additions qui vont monter sont celles des banquiers en « fusac », des avocats et autres consultants. Pour eux le jackpot, pour le reste…

 

 

27 mai

Montagne d’or, suite et fin

 

Avant même les élections européennes, le credo environnementaliste qui domine désormais la scène française avait fait une première victime : après Notre-Dame-des-Landes, c’est Montagne d’or qui passe à la trappe. Le projet de mine d’or en Guyane ne se fera pas et les orpailleurs clandestins vont pouvoir continuer à extraire de l’or traité au mercure en toute impunité ou presque.

Il est vrai que ce projet avait tout contre lui : produire de l’or dont l’utilité économique est discutable au cœur de forêts, certes déjà fort endommagées, mais à proximité de réserves naturelles ; utiliser non plus du mercure, mais du cyanure, beaucoup moins dangereux pour l’environnement, mais dont le seul nom fait frémir dans les chaumières ; enfin laisser la main à des actionnaires canadiens et surtout à un oligarque russe certainement peu recommandable. Mieux vaut tirer un trait et oublier Montagne d’or en mettant de son côté quelques ONG écologistes au premier rang desquelles WWF France dont on sait les connections politiques.

Oublions aussi que réalisé en France, avec les contrôles et les règles dont notre pays est capable, c’était une occasion de réaliser enfin une « mine propre et durable », que dans ce bout du monde qu’est la région de Saint-Laurent-du-Maroni, c’est l’assistance et la misère qui sont la règle alors que Montagne d’or représentait près de 3000 emplois, que la forêt est devenue un piège pour les quelques populations qui y survivent et que c’est un prix bien élevé qu’on leur fait payer pour l’illusoire sauvegarde de notre biodiversité.

 

 

26 mai

Elections Européennes

 

Une seule véritable surprise aux élections européennes en ce qui concerne la France : ni la victoire finale – mais de justesse – du RN, ni le sauvetage in extremis des socialistes qui parviennent à envoyer quelques députés à Strasbourg, ni même la contre-performance des Insoumis, mais l’effondrement de la droite qui réalise le plus mauvais score de son histoire, à peine un peu plus de 8 %. Après l’implosion de la gauche en 2017, c’est à celle de la droite que l’on vient d’assister. Emmanuel Macron se retrouve seul au centre de l’échiquier, n’ayant en face de lui qu’une extrême droite qui ne peut raisonnablement jouer le rôle d’une opposition de gouvernement tant est profonde la vacuité de ses discours et de son « programme ».

Il y a bien sûr les écologistes qui tirent d’autant mieux leur épingle du jeu que tous les partis avaient cherché à verdir leurs listes et, dans l’état de désarroi dans lequel se trouve la moitié des Français qui a pris la peine d’aller voter, la cause environnementale a été l’une des branches à laquelle nombre d’électeurs ont cherché à se raccrocher. Mais les verts – au moins en France – n’ont guère par le passé fait preuve de constance politique.

 

Emmanuel Macron a donc devant lui un véritable boulevard au moins pour les deux années à venir et l’acte II de son quinquennat. Les gilets jaunes en perte de vitesse, les oppositions clairsemées, la voie est libre et il faut espérer qu’il pourra enfin mettre en œuvre ces grandes réformes qu’il n’a fait pour l’instant qu’ébaucher. Quant à l’Europe, c’est là une autre histoire…

 

 

24 mai

Theresa May 

 

Démission de Theresa May ! Toute seule sur sa montagne la petite chèvre blanche s’est battue contre les loups, mais en ce petit matin de mai elle a rendu les armes. Au-delà de ses erreurs, de ses maladresses, on ne peut que saluer son courage et son mordant. Durant ces deux années, elle a cherché à réaliser l’impossible se battant à la fois contre les eurosceptiques, les europhiles, les ambiguïtés travaillistes et, dernière goutte qui fit déborder le vase, les Irlandais.

Sa faiblesse tenait à ce qui caractérise le système politique britannique, le fait d’être une véritable démocratie parlementaire. En France, le pouvoir ultime est celui de l’exécutif. Au Royaume-Uni, c’est le Parlement qui a le dernier mot, même si comme dans le cas présent, il se révèle incapable de la moindre avancée et se contente de repousser proposition après contre-proposition.

Theresa May était aux abois, trahie par les siens, minée par la duplicité de Corbyn, empoisonnée par un Brexit dont nul ne peut dire quel sera le sort.

Pendant quinze jours, elle va expédier les affaires courantes, encaisser la gifle électorale du vote « européen » de la veille (dont elle doit savoir déjà le résultat catastrophique pour les tories). Elle va peut-être aussi jouer en coulisses pour éviter le pire, c’est-à-dire Boris Johnson dont le seul mérite est en comparaison de faire de Donald Trump un homme d’État. Mais cette crise britannique est de bien mauvais augure pour l’Europe qui va traîner encore longtemps le fardeau du Brexit.

 

 

22 mai

Huawei

 

Changement de dimension dans le conflit entre les États-Unis et la Chine : le soja et le gaz naturel n’étaient que des amuse-gueules. Place aux choses sérieuses, aux technologies de l’information et à leur contrôle, là même où l’avance américaine est incontournable. Huawei, l’impudent qui rêve de régner sur la 5G en est la première victime. Dans un premier temps, on avait bien sûr pensé aux composants et autres semi-conducteurs. Mais l’affaire se corse avec la décision de Google de se plier à la décision de l’administration américaine et de ne plus livrer Android à Huawei. Pour ses nouveaux smartphones, Huawei se verra priver du « trésor » des applications de Google, de YouTube à Google Maps. Or Huawei réalise près de la moitié de ses revenus sur les smartphones dont il a vendu 200 millions d’exemplaires en 2018, 59 millions au premier trimestre 2019 (+ 50 %) dont une bonne moitié hors de la Chine. Android avec tous ses développements reste incontournable et les nouvelles générations de produits Huawei qui en seraient privés se trouveront de facto écartées du marché mondial. C’est là le coup de semonce le plus violent d’un conflit sino-américain qui ne cesse donc de s’envenimer.

Au-delà, le reste du monde aurait intérêt à prendre conscience de la dépendance qui est désormais la sienne vis-à-vis de Google. En d’autres temps, on s’était inquiété du monopole de Microsoft, mais là, la position de Google va encore plus loin et mériterait d’être au minimum encadrée.

 

 

21 mai

Vincent Lambert

 

Euthanasie pour les uns, acharnement thérapeutique pour les autres, le cas de Vincent
Lambert divise plus que jamais les Français, mais il serait faux ou du moins hâtif de le réduire à un clivage droite-gauche, catholiques – progressistes, voire même « droite Trocadéro » versus gauche éclairée.

Il y a cependant quelqu’un, restée bien silencieuse qui depuis dix ans porte en son cœur cette douleur, son épouse, la mère de son enfant et rappelons-le aussi son tuteur légal. Que tous ceux qui manifestent pour la vie de Vincent Lambert prennent seulement pour elle un temps de partage et de compassion. Dans la Bible, il est écrit que l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme avec laquelle il ne fera plus qu’un. Malgré tout le respect que l’on doit aux parents de Vincent Lambert, à sa mère surtout, leur enfant n’est plus leur enfant pour reprendre la formule célèbre de Khalil Ghibran. Au-delà de l’avis des médecins, qui se doivent aussi de pratiquer le doute scientifique, il y a certes une place pour les débats d’éthique et même pour les positions de principe. On peut le concevoir pour l’avortement ou la GPA. Mais là, il y a avant tout un homme, au-delà de la vie et de la mort, un homme victime de querelles manipulées par des idéologues. Ceux qui, proches de Vincent Lambert, mettent en avant leurs croyances religieuses comme un étendard oublient simplement l’écoute et le pardon, l’amour du prochain, et le silence d’une épouse.

 

 

 

18 mai

Huawei

 

Alors que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine est en pleine escalade avec cette semaine $ 60 milliards d’importations chinoises supplémentaires taxées d’un côté et la préparation de taxes américaines sur les $ 300 milliards d’exportations chinoises restantes de l’autre, les États-Unis ouvrent un nouveau front dans le domaine des hautes technologies : Donald Trump a signé un « executive order » qui autorise le département du Commerce à interdire toutes les transactions qui pourraient atteindre à la sécurité nationale dans le domaine des télécommunications. Dans la liste des entités concernées figure bien sûr le chinois Huawei.

Fondé en 1987, Huawei est devenu l’un des leaders mondiaux des équipements de télécommunications et occupe en particulier une position stratégique dans le passage à la 5G. Mais Huawei ne peut exister que par ses achats à des fournisseurs notamment américains comme Qualcom. Malgré un effort d’intégration verticale, Huawei achète notamment des semi-conducteurs (3,5 % de la demande mondiale) à des entreprises américaines, à des fabricants taiwanais ou européens. La décision américaine sera difficile à contourner pour le chinois dont l’ascension ces dernières années avait été impressionnante (34 % du marché mondial des smartphones). Il y a un an, Donald Trump avait accepté une transaction avec le chinois ZTE. Mais Huawei pèse autrement plus lourd. À suivre…

 

 

16 mai

Art

 

Le marché de l’art n’est manifestement pas sensible aux bruits de bottes. Alors qu’États-Unis et Chine s’engageaient dans une bien dangereuse escalade, Christie’s et Sotheby’s se livraient à New York à un duel qui a fait valser les millions de dollars aux enchères. Christie’s l’a assez largement emporté, mais le grand gagnant posthume a été Claude Monet, premier impressionniste à dépasser, avec ses meules de foin, les $ 100 milliards à $ 110 milliards. Déjà à l’époque, on accusait Monet de faire des « séries », de meules, de nymphéas ou de la cathédrale de Rouen. Mais que dire alors de l’autre grand résultat symbolique : la vente d’un lapin de Jeff Koons – par essence un multiple dont quatre exemplaires au moins sont connus – pour $ 91 millions, ce qui fait de lui « l’artiste » l’auteur vivant le plus coté au monde. Mais des maîtres des séries comme Rothko ($ 50 millions), Raushenberg ($ 88 millions) et bien sûr Warhol ($ 53 millions) ont fait de beaux résultats voire des records.

Le marché de l’art continue de caracoler donc ce qui n’est pas étonnant étant donné l’abondance de liquidités sur la planète et la faiblesse des taux : la France ne vient-elle pas d’emprunter à taux négatifs !

En ce genre de folies, il n’y a pas que l’art et le mercato du football européen promet d’être fructueux : le départ de Griezman de Madrid à Barcelone est assorti d’une clause minimale de € 120 millions. Mieux qu’un Monet et pour une pièce unique !

 

 

14 mai

CyclOpe

 

Publication demain du 33e rapport CyclOpe : le sous-titre « Les illusions perdues » s’adapte parfaitement à un contexte marqué de tous côtés par les tensions géopolitiques et commerciales. Il y a un an, Pascal Lamy, lors du traditionnel colloque qui marque notre « CyclOpe day » s’était exprimé sur les fronts ouverts à l’époque par Donald Trump : l’Iran, la Chine et le reste du monde. Pendant quelques mois, on avait pu espérer que la raison viendrait à l’emporter : des dérogations quant aux exportations iraniennes de pétrole et un probable accord, une paix des braves entre les États-Unis et la Chine. Las, nous voilà exactement un an plus tard dans une situation encore plus tendue : embargo total vis-à-vis de l’Iran et tensions militaires dans le Golfe d’une part, reprise de la guerre sino-américaine  d’autre part puisque en réaction à la décision américaine de taxer à 25 % $ 200 milliards d’importations en provenance de Chine et à la menace de s’attaquer aux $ 300 milliards restants, la Chine vient de décider d’augmenter ses droits de douane sur $ 60 milliards d’exportations américaines, du gaz naturel aux épinards congelés, et cela dès le 1er juin.

Retour donc à la case départ sur tous ces fronts, ce qui entretient l’incertitude tant sur les marchés financiers que pour les matières premières qui comme d’habitude se trouvent en première ligne. Les débats autour de CyclOpe et à nouveau de Pascal Lamy promettent d’être passionnants !

 

 

12 mai

Elections européennes

 

Les élections européennes approchent et aux abords des bureaux de vote fleurissent d’impressionnants alignements de panneaux électoraux destinés à accueillir les affiches des 33 listes qui se présentent aux suffrages.

34 ! Un pareil chiffre ne se rencontre d’habitude que dans des démocraties immatures où les oligarchies en place favorisent l’éparpillement pour mieux assurer leur pouvoir. En France, la démocratie est tombée bien bas pour que ce malheureux scrutin européen soit utilisé comme exutoire de tous les rêves, mais aussi de toutes les rancœurs. On compte ainsi une célébrant la cause animale végane, une liste royaliste, trois listes de gilets jaunes, deux à trois listes au moins de chaque couleur politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche et même une liste « européenne ». C’est tellement pathétique que l’on aimerait en rire. À côté de ce délire, le « referendum d’initiative citoyenne » est admirablement raisonnable.

Une douzaine de ces listes émarge à plus de 1 % des intentions de vote et sept ou huit peuvent espérer dépasser les 5 % leur permettant d’envoyer des élus à Strasbourg. Foin des programmes bien sûr puisqu’il s’agit avant tout d’une élection française dont les principales inconnues sont l’éventuelle première place du RN, la possible élimination des socialistes, le résultat du duel entre mélanchoniens et verts. Tout ceci est passionnant… exaltant même !

 

 

8 mai

Lourdes

 

Sortie en salle d’un film remarquable consacré à Lourdes par Thierry Demaizière et Alban Teurlai. C’est une plongée dans l’univers des pèlerinages (le Rosaire, les gitans, les militaires) qui chaque année convergent vers la petite cité où la vierge est apparue à Bernadette Soubirous.

On peut ne pas croire en quelque Dieu que ce soit, on peut au moins afficher le scepticisme de la raison à propos des apparitions et autres miracles, on peut se moquer même des formes les plus naïves de la religiosité populaire, mais là le spectateur est pris à la gorge par l’itinéraire de ces malades, de ces infirmes, physiques, mentaux ou sociaux, venant à Lourdes moins dans l’espérance d’une hypothétique guérison que dans la joie de retrouver pour quelques jours amour et fraternité entre eux et auprès de ceux qui, à leur côté, se font serviteurs.

Quelques itinéraires sont suivis tout au long de leur pèlerinage, jusque même dans ce moment le plus difficile à comprendre pour un non-croyant, celui du bain dans les piscines. La caméra suit chacun d’entre eux sans critique ni complaisance. C’est une plongée dans une humanité que trop souvent nous nous refusons de voir, une fois fermées les portes des EPHAD et autres asiles.

Croyant ou non, Lourdes est un merveilleux hymne à l’amour du prochain et ce n’est pas là une valeur seulement chrétienne.

 

 

6 mai

Chine – Etats-Unis

 

Après l’Iran, la Chine… De quelques tweets rageurs, Donald Trump vient de relancer le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine alors même que les négociations commerciales devaient reprendre cette semaine à Washington. Il menace ainsi de faire passer de 10 % à 25 % les droits de douane sur $ 200 milliards d’importations américaines en provenance de Chine. En fait, la menace remonte à l’automne 2018, mais lors de sa rencontre à Buenos Aires avec Xi Jinping en marge du sommet du G20 en décembre, Donald Trump avait accepté de ne pas la mettre à exécution pour favoriser une négociation « d’égal à égal ».

On connaît la suite : les Chinois ont montré un peu de bonne volonté en reprenant leurs achats de soja (entre autres), mais manifestement n’ont pas cédé grand-chose sur des sujets comme la propriété intellectuelle. Les projets de sommet Xi-Donald à Mar del Lago ne se sont pas concrétisés… Alors comme dans toute bonne négociation immobilière, Donald Trump met la pression : un accord ou bien je renverse la table… le 10 mai !

Les Chinois ont réagi avec mesure et leur négociateur, Liu he, le vice-premier ministre, s’est quand même envolé pour Washington. Mais il y a peu de chances que la Chine cède aussi rapidement à cette « diplomatie de la canonnière », qui risque de leur rappeler cruellement le temps des « Traités inégaux ». Au contraire même, l’attitude du président américain leur permet d’adopter une attitude « modérée » tout en ne cédant rien sur le fond.

 

À suivre dans quelques jours…

 

 

3 mai

Chillida

 

Edouardo Chillida est un des plus grands sculpteurs de la deuxième partie du XXe siècle et ses œuvres, en général de fer et d’acier sont présentes en nombre de lieux emblématiques de la planète, de l’UNESCO à Paris à la chancellerie à Berlin. Chillida était basque, de Saint-Sébastien et à la fin de sa vie il avait créé un lieu – Chillida Leku – à la fois un parc sur les pelouses duquel on retrouvait quelques-unes de ses œuvres et puis une maison noble du XVIIe siècle, admirablement restaurée et abritant dessins et ébauches. À la mort du maître, sa famille avait ouvert le domaine, mais avait été rapidement contrainte d’en refermer les portes devant l’importance du déficit d’exploitation.

Quinze ans plus tard, Chillida Leku a rouvert grâce à l’entregent de l’une des principales galeries d’art contemporain au monde, Hauser and Wirth, qui a obtenu l’exclusivité du fonds Chillida. Hauser and Wirth, d’origine allemande, est l’un des quatre grands de l’art contemporain mondial avec Gagosian, Perrotin et Zwirner. Le Chillida Leku est redevenu un superbe écrin pour des œuvres puissantes, parfois difficiles à appréhender, mais au fond en parfaite symbiose avec la nature et le tempérament basque.

Il pleuvait aujourd’hui sur Hernani, la zone industrielle qui entoure Chillida Leku. Mais la pluie qui ruisselait sur l’acier des sculptures leur donnait un éclat magique au-delà de toute symbolique. Un moment rare…

 

 

1er mai

Japon

 

Au Japon, c’est le début de l’ère Reiwa, avec l’abdication de l’empereur et l’élévation de son fils au trône impérial.

En termes politiques, ceci n’a aucune importance dans la mesure où l’empereur n’a plus au Japon aucun pouvoir, si ce n’est celui d’assurer la continuité sur un trône occupé sans rupture aucune depuis la déesse-mère, celle du soleil, Ameratsu. Mais nul au Japon n’imagine vraiment la remise en cause de ce rite impérial dont pourtant la dimension religieuse, liée au shintoïsme, est en net recul.

Mais l’empereur Akihito, celui qui vient d’abdiquer, a joué un rôle important dans l’évolution des mentalités japonaises et a permis de tourner enfin la page de la Seconde Guerre mondiale. Il a visité en Chine et en Corée des lieux marqués par les atrocités japonaises et s’est toujours refusé d’aller dans les temples où sont honorées les mémoires d’un certain nombre de criminels de guerre.

 

Et puis, la figure de l’empereur fait partie intégrante de la fabrique de la société japonaise violente et consensuelle. Le Japon est en avance sur le reste du monde en termes de vieillissement de sa population, d’équilibre des âges et de maintien d’un certain « bonheur » après trois décennies de croissance à peu près nulle. L’abdication de ce vieil empereur est un autre signe de cette maturité qui devrait faire méditer en Occident.

29 avril

Espagne

 

Des socialistes gagnent – ou presque – des élections dans un pays européen ! Ce scénario, hautement improbable vient de se dérouler en Espagne.

Il est vrai que la situation espagnole est complexe avec des indépendantismes régionaux sans équivalent même au Royaume-Uni ou en Belgique. Mais bien avant le reste de l’Europe, l’Espagne, dont le bipartisme autour du PP et du PSOE semblait exemplaire, avait connu la montée de populismes de gauche (Podemos) et du centre (Cuidadamos) se rebellant face à une classe politique quelque peu corrompue comme le montre l’admirable film de Rodrigo Sorogoyen, El Reino. À droite, le Partido Popular avait perdu le pouvoir et à gauche les socialistes du PSOE semblaient condamnées à gérer d’incertaines coalitions. L’Espagne suivait le destin italien, belge, français même, avec en plus une menace d’une extrême droite néo-franquiste bien oubliée (Vox).

Certes Vox est entré aux Cortes. Mais pour la première fois depuis de nombreuses années en Europe – au moins méditerranéenne – un vieux parti de gouvernement, socialiste de surcroît, l’a emporté et devrait pouvoir gouverner, en s’alliant dans l’idéal aux centristes de Ciudadamos (dont le candidat à la mairie de Barcelone est Manuel Valls). Voilà enfin un signe positif pour des démocraties qui risquent d’être bien secouées avec les élections européennes.

 

 

27 avril

Etats-Unis

 

3,2 % de croissance en rythme annuel au premier trimestre. Les États-Unis font beaucoup mieux qu’espérer. Il y a quelques semaines encore, les « cygnes noirs » commençaient à voler au-dessus du Potomac et le vilain mot de récession était prononcé pour 2020. Manifestement, c’était bien prématuré et la plus longue période d’expansion des États-Unis (dix ans déjà) se poursuit.

À cela, il y a plusieurs raisons. La première – que l’on aurait tort de sous-estimer – est la révolution énergétique et l’incroyable développement des gaz et pétroles de « schiste ». En dix ans justement, ce sont plus de 8 millions de barils/jour du Permian (Texas) ou de Bakken (Dakota) qui ont bouleversé tant la donne pétrolière mondiale que l’économie d’états pétroliers qui vivent à l’heure de l’abondance.

Et puis, il y a la « nouvelle économie », celle des GAFA et même de quelques « vieux », à l’image de Microsoft qui vient de passer la barre symbolique des $ 1 000 milliards de capitalisation boursière. « Corporate America » se porte bien et Wall Street ne cesse de battre des records. Ajoutons à cela une situation de quasi-plein emploi et on peut comprendre que Donald Trump n’ait guère de soucis à se faire d’autant plus qu’il y a peu de chances que la Fed utilise cette fenêtre d’opportunité pour remonter ses taux. Même si les candidats proposés par Trump ont peu de chances d’accéder au Conseil de la Fed, la menace a été suffisamment claire. «America is back».

 

 

 

 

25 avril

Route de la soie

 

À Pékin, la Chine réunit nombre de ses « vassaux » pour le deuxième sommet consacré aux « Routes de la soie ». Il en était ainsi au temps de l’Empire du Milieu lorsque les royaumes tributaires venaient offrir leurs présents au Fils du Ciel. Cette fois-ci, renouant avec Marco Polo et les jésuites italiens, l’Italie est présente.

Mais ceci intervient à un moment où le scepticisme et même la contestation commencent à se répandre et à ne voir dans la BRI qu’un outil d’un nouvel impérialisme chinois renouant avec les colonialismes d’antan. Quelques cas illustrent cette approche de Sri Lanka à Djibouti du Pakistan au Congo. Ainsi à Djibouti, l’endettement vis-à-vis de la Chine représente déjà la moitié du PIB et devrait doubler d’ici 2024, d’après le FMI. Il en est de même pour nombre de pays d’Asie Centrale, mais aussi pour le Laos ou pour le principal bénéficiaire de la manne chinoise, le Pakistan.

Au-delà même des soupçons – justifiés – de néocolonialisme, la principale critique repose sur une certaine absence de professionnalisme de la part des institutions chinoises. Trop souvent, la Chine finance des « éléphants blancs », des projets surdimensionnés, voire inutiles à la rentabilité incertaine, mais donnant lieu à de juteuses prédations de la part des autorités locales. Rares sont ceux comme le vieux Dr Mahathir en Malaisie qui ont eu le courage de remettre en cause un projet de chemin de fer hasardeux.

Mais à Pékin, c’est un tapis de fleurs qui accueillait les vassaux du Fils du Ciel.

 

 

23 avril

Etats-Unis

 

Les États-Unis n’accorderont aucune exemption aux acheteurs de pétrole brut iranien à compter du 2 mai. En octobre dernier, Donald Trump avait surpris le marché – en pleine phase de hausse – en accordant des dérogations à huit pays (les principaux) à hauteur de 1,2/1,3 mbj d’exportation pour l’Iran. Ceci avait l’avantage de faire un geste vis-à-vis de quelques partenaires des États-Unis – dont la Chine – tout en permettant de ne pas trop enfoncer l’Iran et de maintenir aux « colombes » une certaine influence.

Tout ceci paraissait raisonnable et la plupart des observateurs pariaient sur une prolongation des dérogations à l’embargo au-delà des six premiers mois. Manifestement, Donald Trump a d’autres préoccupations et en particulier celle de sa réélection en 2020. Il a besoin de « bons » ennemis à écraser et faute de Corée ou de Chine, il lui reste l’Iran. On peut imaginer qu’à la Maison-Blanche, John Bolton et quelques autres ont dû pousser dans cette direction après la « condamnation » des Gardiens de la Révolution.

 

Mais le résultat est qu’en Iran, les « faucons » s’en trouvent renforcés et que l’on reparle du détroit d’Ormuz… Les cours du Brent flirtent maintenant avec les $ 75. À court terme, le marché risque de perdre au plus un million de barils/jour, ce qui devrait être compensé sans trop de problèmes par l’Arabie Saoudite et les Émirats. Mais il faut tenir compte d’un risque iranien beaucoup plus large pouvant aller jusqu’à la déstabilisation de l’ensemble du Golfe.

 

18 avril

ENA

 

Supprimer l’ENA ! Parmi les propositions d’Emmanuel Macron qui ont « fuité » cette semaine faute d’annonces officielles – Notre-Dame oblige – c’est la proposition de suppression de l’ENA qui a fait le plus de bruit médiatique. Il est vrai qu’elle atteint aussi des sommets de démagogie.

L’ENA avait été créée au lendemain de la guerre pour former les hauts fonctionnaires dont la France avait besoin pour sa reconstruction et pour mettre un terme au népotisme qui régnait alors dans le recrutement des grands corps. Pendant plusieurs décennies, elle a bien rempli son rôle, trop bien même puisque la France est le seul pays dont l’institution la plus prestigieuse qui recrute les meilleurs d’une génération, prépare aux carrières – bien mal rémunérées – du service de l’État. On peut critiquer les énarques, mais ils ont passé un concours que nul ne peut manipuler. L’endogamie – qui est réelle – n’est pas pire qu’à HEC ou à Science Po ni même à Polytechnique.

Mais derrière l’ENA, il y a tout le problème des carrières de la haute fonction publique, la ségrégation en corps, les grands (avec leur tour extérieur…) et les inspections générales. Ce qu’il faudrait c’est qu’à la sortie de l’ENA, l’affectation définitive n’intervienne que dix ans plus tard et puisse même faire l’objet de périodes probatoires. La carrière d’Emmanuel Macron, inspecteur des Finances puis associé chez Rotchild avant l’Élysée est l’exemple même de ce qu’il faudrait éviter… Mais supprimer l’ENA ?

 

 

16 avril

Europe – Etats-Unis

 

Emmanuel Macron a décalé son allocution télévisée qui devait mettre un terme au grand débat et peut-être à la crise des gilets jaunes. Un temps, le bûcher de Notre-Dame a marqué une pause tant au niveau national qu’européen. Malgré une belle envolée lyrique dans la courte allocution qu’il a consacrée à Notre-Dame, Emmanuel Macron a perdu en partie la main, surtout en Europe et on ne peut que regretter l’affaiblissement de la position française. On a vu son isolement sur le Brexit et il vient en être de même sur un sujet tout aussi important, celui d’ouverture de négociations commerciales avec les États-Unis.

En juillet 2018, face à la menace de taxes sur les automobiles, Jean-Claude Juncker, à l’issue d’une entrevue avec Donald Trump, avait accepté le principe de la reprise de négociations gelées depuis la sortie des États-Unis du TTIP. Hier, la France a été le seul pays à s’opposer à la réouverture des négociations. Et nous avions raison ! Face à des États-Unis adeptes du double langage et profitant largement de l’extraterritorialité de leurs lois, l’Europe a toujours été d’une insigne faiblesse tant elle est tiraillée entre des intérêts contradictoires. Dans ce cas précis, il est clair que l’Allemagne est prête à tout lâcher pour sauver ses exportations d’automobiles. Si les Chinois souffrent face à la brutalité américaine, qu’en sera-t-il d’une Europe, véritable ventre mou du commerce mondial.

 

 

15 avril

Notre Dame

 

Notre-Dame de Paris en flammes ! En quelques minutes les images ont fait le tour du monde, celle en particulier de l’effondrement de la flèche de Viollet-le-Duc. En quelques heures, le toit et la charpente sont partis en fumée et il s’en est fallu de peu pour que l’ensemble de l’édifice ne s’effondre. La catastrophe ne s’est pas terminée en désastre, mais cet incendie est à placer dans la longue liste d’accidents identiques qui ont touché un patrimoine artistique français mal et peu entretenu, même pour un bâtiment aussi emblématique que Notre-Dame.

Emblématique justement et cette soirée a été l’occasion pour nombre de Français d’un retour aux sources et à leurs racines chrétiennes. Notre-Dame est en effet avant tout une cathédrale d’une Église catholique longtemps dominante en France et qui doute aujourd’hui de sa place dans un pays qui pousse sa laïcité de combat à la négation du fait religieux. Et ce soir, soudain, on a pris conscience de cet héritage, de la place du christianisme dans l’identité française, du mariage de Henri IV à la célébration en mémoire de François Miterrand. Emmanuel Macron a même évoqué la semaine sainte qui s’ouvrait aujourd’hui. Et puis surtout, comment ne pas avoir été saisi par ces groupes de prière spontanés autour de l’Église en flammes, comment ne pas s’émerveiller de cette ferveur de jeunes atteints dans leur foi et chantant devant le bûcher de Notre-Dame.

 

 

12 avril

Soudan

 

Après l’Algérie, le Soudan ! L’un des plus vieux dictateurs africains (près de trente ans au pouvoir) Omar al Bashir vient de céder sa place, poussé dehors comme Bouteflika par une armée qui n’a aucune envie de perdre ses privilèges et qui, comme en Algérie, a décidé d’une période de transition si longue, que les manifestations de ce printemps africain se poursuivent. Mais la comparaison s’arrête là. Si les Algériens pouvaient être reconnaissants à Bouteflika d’avoir mis un terme aux années de plomb et à la guerre civile, Omar al Bashir laisse au contraire un Soudan exsangue. Certes, la tâche n’était pas facile dans cet ancien protectorat anglo-égyptien partagé entre un nord arabe et musulman et un sud noir, animiste ou chrétien, les premiers ayant le plus total mépris pour les seconds qu’ils avaient longtemps traité en esclaves (c’était les terres de la « Traite arabe »). Pour se maintenir au pouvoir, Omar al Bashir s’appuya sur les islamistes et s’engagea dans une guerre civile sanglante avec le sud du pays. Ceci se termina par l’indépendance chaotique du Soudan du Sud qui emporta les ressources pétrolières qui représentaient l’essentiel des ressources du pays. En 2018, le PIB soudanais a reculé de 2,3 % et l’inflation était début 2019 de 70 %.

Comme à Alger, la rue de Khartoum ne se satisfait pas d’une simple révolution de palais. Et là aussi, tout repose sur une armée qui peut être un facteur de transition, mais avec la fâcheuse habitude de se croire ensuite incontournable.

 

 

10 avril

Brexit (suite…)

 

Feuilleton du Brexit : nouvel entracte. La représentation pourrait se poursuivre jusqu’à la Toussaint même si Theresa May espère encore faire adopter l’accord par le Parlement britannique avant les réunions du nouveau Parlement européen.

Avec raison, Emmanuel Macron s’est opposé à ce nouveau délai largement instrumentalisé par un Donald Tusk dont on découvre qu’il peut avoir une certaine importance dans le marécage bruxellois. Mais rien n’y fait et la France est restée isolée, privant au fond Theresa May d’une pression extérieure sur un Parlement qui s’est révélé incapable ces dernières semaines d’accepter quelque scénario que ce soit. Le problème est bien sûr que les Britanniques risquent de devoir participer aux élections du mois de mai, que ce Brexit interminable va apporter un peu plus d’eau au moulin des eurosceptiques. Le front européen qui avait tenu sous la houlette de Michel Barnier commence à s’effriter et les Britanniques ont toujours eu un art consommé de jouer des fractures continentales.

Plus personne d’ailleurs ne parle d’approfondissement de l’Europe. La lettre aux Européens d’Emmanuel Macron est bien oubliée. Le rêve d’une Europe fédérale s’éloigne chaque jour un peu plus. Le Brexit qui aurait pu marquer un choc positif pour les 27 vire à la tragi-comédie, mais c’est le tragique qui l’emporte.

 

 

9 avril

Inde

 

Le plus important exercice démocratique de la planète va bientôt commencer. Pendant près d’un mois, un milliard d’Indiens sont appelés aux urnes. De tous les pays qui accédèrent à l’indépendance au moment de la disparition des empires coloniaux, l’Inde est le seul – avec le Sénégal quand même – à avoir connu continuité politique et alternance démocratique et cela depuis la disparition de l’Empire britannique des Indes. Oh, certes, la démocratie indienne n’a pas toujours été de tous repos : le parti du Congrès (Nehru et les Gandhi) a dominé la jeune république avant une première alternance avec le BJP, puis une deuxième toujours avec le BJP mené par l’actuel premier ministre Modi. Mais il faut aussi tenir compte des partis régionaux qui souvent tiennent les états (l’Inde est un état fédéral).

Deux fléaux inquiètent : il y a tout d’abord un niveau élevé de corruption à l’intérieur d’un système bureaucratique paralysant. Il y a aussi depuis quelques années une montée du communautarisme religieux, orchestré pour l’instant par le parti au pouvoir. On est de plus en plus loin du rêve du mahatma Gandhi.

Mais l’Inde va voter, renvoyer peut-être Modi au profit de dernier des Gandhi. Quel que soit le résultat, on ne peut que saluer pareille maturité politique.

 

 

5 avril

Trump

 

Donald Trump continue à faire des siennes en remaniant à la hache ses équipes et en procédant à des nominations parfois insolites à des fonctions essentielles. Il a limogé l’équivalent de son ministre de l’Intérieur, car il l’a trouvée trop « soft » sur le plan de l’immigration. Il se propose de nommer comme gouverneurs de la Fed deux personnalités dont les capacités économiques et monétaires ne font pas l’unanimité, mais qui lui permettront, espère-t-il, de peser sur les décisions de Jerome Powell (qu’il a pourtant nommé) dans le sens d’une politique monétaire plus accommodante dans la perspective des élections de 2020.

Mais, il y a bien pire : il vient de nommer à la présidence de la Banque mondiale, David Malpass, un financier mâtiné de politicien relativement obscur et qui occupait jusque là un strapontin au Trésor. Il se dit à Washington que Donald Trump avait sérieusement envisagé de nommer sa fille, Ivanka, et aurait reculé au dernier moment. Peut-être devra-t-on le regretter.

Certes, le président démissionnaire, choisi par Barack Obama, s’était révélé plutôt médiocre, mais l’histoire de la Banque mondiale a été marquée par quelques grandes figures de Robert Mac Namara à James Wolfensohn qui ont su donner un projet à une institution menacée comme toutes les organisations internationales de bureaucratisation avancée. David Malpass sera peut-être une bonne surprise, mais on peut en douter.

 

 

4 avril

Aramco

 

Saudi Aramco est l’entreprise la plus profitable au monde : $ 111 milliards en 2018 sur un chiffre d’affaires à peu près du triple. Aramco est bien la vache à lait de l’Arabie Saoudite et au fond, ce chiffre n’a rien de surprenant puisque la compagnie intégralement détenue par l’état saoudien produit la totalité des plus de 10 millions de barils de pétrole par jour du royaume : avec un cash flow de $ 26 par baril – inférieur à celui de compagnies comme Shell ($ 38) ou Total ($ 31), mais portant sur des quantités plus de quatre fois supérieures, ces résultats n’ont rien d’extraordinaire d’autant que l’on peut imaginer que le coût de production saoudien ne dépasse pas les $ 5 le baril ($ 40 au moins pour le pétrole de schiste américain). Tout au fond est affaire de fiscalité et de répartition de la rente entre deux compartiments d’un même coffre-fort.

Il y a quelques mois, l’Arabie Saoudite était au ban du monde occidental. La barbarie du meurtre de Jamal Kashoggi avait provoqué un boycott du « Davos du désert » organisé par le prince héritier MBS. Quelques mois plus tôt, le projet d’introduction en bourse de Saudi Aramco avait été abandonné. Et l’Arabie Saoudite s’embourbait au Yémen, se ridiculisait au Qatar. Et voilà que les marchés financiers déroulent un tapis rouge pour l’émission d’une dizaine de milliards de dollars de « papier ». Selon toute probabilité, l’émission sera sursouscrite à un prix qui pourrait être même inférieur à celui de la dette souveraine d’un pays qui a de quoi inquiéter un investisseur rationnel. Mais l’aveuglement – et le cynismedes marchés financiers n’ont pas de limites.

 

 

2 avril

Brexit

 

Interminable Brexit ! Aux Communes, les votes se succèdent et inexorablement, la tête de Theresa May se rapproche du billot (celui sur lequel les protestants exécutèrent le roi Charles I). Mais elle reste indomptable, n’hésitant pas à parler avec le diable (Jeremy
Corbyn), à mettre en jeu sa démission, à grappiller de la part d’Européens excédés quelques délais supplémentaires. Partout en Europe, on se passionne pour ce jeu à peu près incompréhensible qui se déroule dans cette curieuse enceinte des Communes où les honorables membres du Parlement ont à peine la place de s’asseoir et dont les règles remontent pour certaines au XVIe siècle.

 

Si grande est la complexité du système parlementaire britannique, si fragile est la majorité sur laquelle s’appuie Theresa May, si marquées sont les oppositions à l’intérieur même des partis, que l’hypothèse d’un « no deal par accident » est désormais tout à fait plausible, voire pour certains déjà probable. Et ce ne sera pas faute que Theresa May se sera battue, que les Européens auront transigé, mais c’est toute l’ambiguïté même du Brexit qui ferme la porte à une solution rationnelle. Le problème irlandais n’est que l’étincelle ultime qui fait éclater au grand jour la légèreté – et même la malhonnêteté – de ceux qui ont vendu le Brexit comme une partie de plaisir qui redonnerait son lustre au royaume. Pauvre Albion…

 

29 mars

Khovantchina

 

À la Scala à Milan, on donnait « La Khovantchina », l’ultime opéra de Moussorgsky qui résume en quelques jours la prise de pouvoir de Pierre le Grand, le massacre des « Streltsy » et celui des « vieux croyants ». C’est la fin de la Russie médiévale et le début de l’autocratie occidentalisée qui marquera l’apogée puis le déclin de la Russie impériale.

La mise en scène était fascinante dans des décors de fin de monde proches de l’univers d’un Enki Bilal. On était à Sarajevo, à Grozny ou à Donetzk, dans des décors de ruines de banlieues au milieu de bandes se livrant aux pires excès. Violence et religion coexistaient dans ce décor funèbre.

Tant de fois les metteurs en scène se révèlent incapables de se dépêtrer de livrets souvent assez incohérents et prennent un parti-pris de décalage complet au point de rendre leur lecture à peu près incompréhensible. Là, au contraire, l’accroche contemporaine permet une approche nouvelle de Moussorgsky : on a oublié streltsys et vieux croyants, mais dans ces ruines, au-delà même de la Russie, ce sont Damas ou Mossoul, ce sont des conflits éternels, des passions qui se terminent dans le sang et le feu.

L’humanité a au fond bien peu évolué pour que, quatre siècles plus tard, pareil drame puisse s’adapter à quelques costumes près. C’est aussi la magie de l’opéra et d’une musique qui par moment nous transporte.

 

 

27 mars

Algérie

 

L’armée lâche Bouteflika et la tragédie algérienne prend une nouvelle dimension. Depuis plusieurs décennies, c’est l’armée qui, au quotidien, détient le pouvoir en Algérie laissant quelques miettes au FLN et à ses militants historiques. C’est l’armée qui était allée chercher Bouteflika pour panser les plaies d’un pays déchiré par la guerre civile et l’insurrection islamique. Comme bien d’autres pays, de l’Égypte à l’Iran, c’est l’armée qui tient le pouvoir économique ce qui n’a pas manqué d’enrichir nombre de généraux. Mais contrairement à la plupart des armées, on ne prend pas sa retraite dans l’armée algérienne et le chef d’état-major actuel a 79 ans ! C’est ce « jeune homme » qui vient de signifier au clan Bouteflika que l’heure de la sortie était venue. Le problème est que l’on voit mal les militaires prendre le pouvoir comme cela a été le cas en Égypte. On ne sait pas quel est le moral de la troupe et si elle serait prête à réprimer les manifestants du vendredi.

Le drame est que pour l’instant, il n’y a aucune alternative démocratique en Algérie et que les partis d’opposition tolérés ne sont pas crédibles et leurs dirigeants souvent compromis avec le pouvoir. Le pétrole et le gaz ont tant pourri la société algérienne que l’on peine à imaginer quelque transition que ce soit.

 

 

25 mars

Elections européennes

 

Les carrières politiques des « écolos » sont souvent surprenantes, en particulier en France où le mélange des genres est devenu la règle. L’écologie politique a la particularité de n’avoir jamais réussi à s’organiser en un mouvement adoptant une démarche unique et cohérente pour des objectifs parfaitement louables. Depuis plusieurs décennies, les « Verts » n’ont de cesse que de se déchirer, leurs multiples passages au gouvernement (en général à gauche, mais pas toujours) ayant contribué à leur brûler les ailes. Privés de représentation nationale du fait de l’effondrement des socialistes, ils avaient, pour les plus médiatiques d’entre eux, investi un champ plus prometteur, moins démocratique et donc moins dangereux, celui des ONG, le WWF et Oxfam en particulier et les avaient transformées en véritables machines de guerre.

Pascal Canfin, ancien ministre de François Hollande, puis patron de WWF France et que l’on avait beaucoup entendu de Montagne d’or au glyphosate, fait un retour inattendu et quand même assez paradoxal comme numéro deux de la liste En Marche aux élections européennes. Après avoir critiqué l’inaction macronienne en matière environnementale et salué le départ de Nicolas Hulot, voilà un retour qui montre les capacités d’adaptation de « l’homoécologicus » dont l’échine fait preuve d’une souplesse inattendue.

 

 

23 mars

Chine/Europe

 

Xi Jinping vient en Europe : l’Italie, premier pays du G7 à céder au mirage de routes de la soie qui pendant des siècles passèrent par les comptoirs génois et vénitiens, Monaco qui va découvrir les joies de la 5G grâce à Huawei et la France. L’escale française n’était pas prévue à l’origine. Xi devait aller en effet à Mar de Lago, chez Donald Trump, pour signer le traité économique et commercial que Chinois et Américains négocient depuis maintenant plus de trois mois.

Mais voilà, les discussions butent sur le cœur même des demandes américaines : la propriété intellectuelle et l’accès au marché des services. Les Chinois sont prêts à bien des concessions, en particulier sur le plan agricole, mais l’agressivité américaine provoque une réaction presque épidermique. Tous les Chinois ont en effet en tête ces « traités inégaux » qui à partir de 1840 obligèrent la Chine à sortir de son splendide isolement, à accepter l’opium britannique, à ouvrir ses ports, à vivre un long siècle d’humiliation. Il y aura certainement un accord, les deux parties en ont trop besoin, mais les États-Unis devront être un peu plus souples…

En attendant, Xi a dû se replier vers la France et il faut saluer l’initiative d’Emmanuel Macron de la réunir à paris avec Angela Merkel et Jean-Claude Juncker pour bien lui montrer qu’unie, l’Europe peut traiter la Chine d’égal à égal.

 

 

20 mars

Philippe de Villiers

 

On peut être le remarquable « inventeur » d’un spectacle – Le Puy du Fou – qui depuis des années draine les foules en Vendée avec des reconstitutions historiques de qualité, on peut se lancer avec brio dans la reconstitution historique certes de qualité, mais quelque peu orientée, on peut légitimement être un homme politique opposé à la construction européenne, mais Philippe de Villiers n’a pas le droit à coups d’à peu près et d’erreurs factuelles de refaire l’histoire sous un angle complotiste dérisoire.

Ce qu’il écrit sur la fondation de l’Europe est connu depuis longtemps. Dans le contexte du début de la guerre froide à la fin des années quarante, le plan Marshall marqua la rupture entre les pays qui l’acceptèrent et ceux qui le refusèrent en obéissant aux ordres de Moscou. Les États-Unis poussèrent les premiers à s’organiser et encouragèrent au rapprochement entre la France et une Allemagne occidentale qu’ils avaient porté sur les fonts baptismaux. Dans une certaine mesure, ils furent ainsi à l’origine de la construction européenne.

Si Monsieur de Villiers avait quelque culture historique, il saurait combien ce coup de main américain relayé par des hommes comme Monnet, Schumann, Adenauer et de Gasperi, a contrasté avec l’attitude des États-Unis en 1919 lorsqu’ils ont tourné le dos à l’Europe et exigé le remboursement des dettes de guerre. Mais il se contente de signer des livres…

 

 

16 mars

Inégalités salariales

 

Le patron de la Shell vient de s’octroyer une hausse de salaire (et autres revenus) de 126 % à plus de vingt millions d’euros. Il gagne ainsi 143 fois le salaire moyen d’un employé de cette prospère compagnie pétrolière qui gagne lui-même 140 000 euros ce qui n’est pas mal. Et Shell cette année (2018) a dégagé un bénéfice en hausse de 36 % à $ 21 milliards.

Mais Ben van Beurden – le patron de Shell – n’est pas une exception. Ainsi, les patrons des entreprises du FTSE 100, l’équivalent britannique du CAC 40, mais pour les cent plus importantes capitalisations, ont gagné en moyenne en 2017 £ 5,7 millions, deux d’entre eux ayant même dépassé les £ 40 millions. Ains, en 2018, il a suffi de deux jours et demi pour un dirigeant pour gagner l’équivalent du salaire moyen britannique (un peu moins de £ 40 000). Et bien sûr, on ne compte pas là les innombrables banquiers et traders millionnaires !

Tout ceci n’est bien sûr pas très raisonnable et nous renvoie d’ailleurs au salaire perçu par le très « cher » Carlos Ghosn. En France, comme au Japon, on n’aime pas parler d’argent, héritage de nos cultures catholiques ou bouddhistes. L’avantage des Anglo-saxons et de leur tradition protestante est que leur relation à l’argent est totalement désinhibée. Il est d’autant plus symptomatique que les éléments qui précèdent proviennent d’une source aussi « révolutionnaire » que le Financial Times !

Un peu partout, les entreprises ont beau se doter de comités d’éthique et bercer leurs actionnaires de leur responsabilité sociale, l’appât du gain reste le plus fort et donne un goût bien amer à ces inégalités qui marquent tant le monde en ce début de siècle.

 

15 mars

Environnement

 

Comme désormais tous les vendredis, quelques étudiants de l’Université rejoignent le mouvement des jeunes pour le climat qu’a lancé, il y a quelques mois, une écolière suédoise de 16 ans, Greta Thunberg. Il y a quelque chose de rafraîchissant dans cette insurrection de la jeunesse qui s’indigne de l’incapacité des adultes à traiter enfin les racines du mal qui ronge notre planète. Et que cette initiative soit venue à l’origine d’adolescents (14/16 ans) n’en est que plus fort. Plus tard, en effet, à l’âge des étudiants, il y a moins de place pour l’idéalisme et la générosité.

Et sur le fond, comme ils ont raison. À Katowice, c’était la vingt-quatrième fois que se réunissaient les dirigeants de la planète ou leurs représentants : un quart de siècle pour de bien maigres résultats et fort peu de progrès alors même que la croissance économique mondiale se traduisait par une accélération des mutations climatiques. De Kyoto à Rio puis Paris, les accords – sans grande ambition – ont été à peine mis en œuvre et le débat croissance versus climat demeure entier.

Alors oui, nos enfants ont raison de nous bousculer. Mais attention à la récupération, et en particulier à celles d’ONG de plus en plus politisées et fort peu « démocratiques ». Attention aussi à une sorte de pensée unique angélique caractéristique des pays du nord et imposant dans un discours presque néocolonialiste le bio et le renouvelable et condamnant charbon, OGM et viandes…

Au XIIe siècle, des enfants se mirent en marche en Occident pour libérer Jérusalem. Cette « croisade des enfants » se termina bien mal. L’histoire en reste ouverte…

 

 

12 mars

Brexit

 

Un film récent, « La Favorite » campe la cour britannique au XVIIIe siècle au temps de la reine Anne, la dernière des Stuart qui apparaît comme le malheureux jouet de ses favorites et notamment de la duchesse de Marlborough, la femme du célèbre capitaine qui devait rentrer « à Pâques ou à la Trinité ». La politique britannique était alors déchirée entre les whigs, partisans de la guerre sur le Continent (c’était la guerre de succession d’Espagne contre la France de Louis XIV) et les tories qui souhaitaient la paix et… moins d’impôts.

Il y avait aujourd’hui un peu de cela aux Communes : au-delà de partis déchirés, l’affrontement fut intense autour de ce Brexit dont la date se rapproche, mais que la majorité tant de la classe politique que des Britanniques regrettent amèrement d’avoir déclenché en un jour de folie. Theresa May est surprenante de courage et de détermination, souvent à la limite de l’épuisement. Son combat est sans issue et ce soir encore, elle a été sévèrement battue : son projet de compromis a été rejeté par une large majorité, mais personne n’a idée de ce que pourra être le coup d’après. En 1713, l’Angleterre avait accepté la paix d’Utrecht, mais en 1714, la mort de la reine Anne avait donné la couronne à un prince allemand, George I de Hanovre. Et la guerre avait repris.

Les chances de survie de Theresa May sont bien minces dans un combat qu’elle n’a pas souhaité et que lui ont abandonné des irresponsables comme David Camron ou Boris Johnson. Mais l’observateur français, toujours un peu goguenard à propos de ces Britanniques avec lesquels la guerre de Cent Ans n’est jamais terminée, ne peut que saluer sa bravoure dans l’adversité.

 

 

 

7 mars

Eglise catholique

 

La condamnation du cardinal Barbarin à Lyon pour ne pas avoir dénoncé un prêtre pédophile est le point d’orgue – en France au moins – d’une période marquée par une véritable mise à l’index d’une Église catholique accusée de toutes les perversions qu’il s’agisse de pédophilie, d’homosexualité et même de viols de religieuses.

Il est exact que l’Eglise, en France et ailleurs a trop longtemps fermé les yeux, se retranchant derrière un trop facile secret de la confession (mais ne peut-on au moins refuser l’absolution). Les dérives pédophiles ne sont pas nouvelles et à l’image de Montherlant il y eut bien des enfants « princes et traumatisés ». Dans des sociétés de « vieux garçons », la tentation homosexuelle devait être réelle tout comme pour les autres quelques « bonnes de curé » et autres gouvernantes et dans certains cas donc des religieuses. Que de mensonges, que d’hypocrisie à l’opposé des enseignements du Christ et du discours de Rome au fil des siècles. Tout ceci est vrai, méritait d’être dit et condamné et le pape François n’avait pas attendu pour le mettre sur la place publique.

Pour autant, on ne peut que ressentir un immense malaise tant sur le terrain il y a des saints parmi ces milliers de prêtres et de religieuses qui pratiquent au quotidien l’amour véritable du prochain. Parfois mystérieuse et secrète l’Église catholique (la plus ancienne multinationale de la planète) est un bouc émissaire parfait pour des sociétés qui cherchent leurs marques.

Ceci ne vaut pas défense et l’Église doit être capable de se remettre en cause, ce qu’elle a déjà fait, et d’aller aussi plus loin dans la promotion des femmes en son sein ce que même François a du mal à mettre à l’ordre du jour !

 

 

6 mars

Europe

 

« Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie, nous ne pouvons rester dans la routine et l’incantation ». Pour cette seule phrase, le texte rédigé par Emmanuel Macron et publié dans toute la presse européenne hier devra passer à la postérité, au moins pour sa première partie, celle du constat de la crise, celle aussi de l’engagement pour l’Europe. Et il est vrai qu’il y a du somnambulisme dans les doutes et les hésitations européens.

La suite du texte, adressé aux « citoyens d’Europe » est moins engageante. Comme à son habitude, E. Macron y décline trois points : liberté, protection, progrès. Mais pour toute solution il propose la création d’une agence, de deux conseils, d’un office, d’une banque (du climat) et enfin de tenir une conférence associant comme il se doit des panels de citoyens. Tout ceci n’est pas bien excitant et donne même l’impression de renforcer le « machin » bruxellois. Pas un mot, par contre, sur le renforcement du fédéralisme européen, sur la nécessité de disposer d’un budget et d’un véritable « Trésor » européen. Pas un mot non plus sur la manière dont sera menée la nomination de la prochaine Commission et de son président (alors qu’Orban a fait de l’inoffensif Juncker sa bête noire). Certes, il sait que ces idées, dont il s’était fait l’écho lors de son discours de la Sorbonne, ont peu de chances de séduire, y compris en France où la cote de popularité du président regagne pourtant quelque vigueur.

Alors ce texte, terriblement « techno », a-t-il un sens ? Son influence en Europe risque en tout cas d’être limitée, pouvant même éloigner un peu plus du choix européen les tièdes qui en craignent la dérive bureaucratique. Et puis, l’exemple venant d’en haut, on espère que la liste « En marche » aux Européennes sera constituée autrement que de « seconds couteaux », une vieille habitude française.

 

 

4 mars

Chine

 

Que penser du ralentissement chinois ? En février, l’indicateur des directeurs d’achat calculé par les autorités est passé en dessous de 50 pour le deuxième mois de suite. Le niveau de 50 sépare normalement la récession de l’expansion… Par contre, le même indicateur calculé par Markit qui est la référence au niveau international a nettement rebondi. L’analyse des importations de matières premières sur les deux premiers mois de 2019 montre un net rebond qu’il s’agisse de pétrole, de charbon, de cuivre et même de minerai de fer. C’est là, le résultat des mesures de relance prises à l’automne et du relâchement des normes environnementales qui normalement affectent les industries lourdes pendant l’hiver.

Mais le gouvernement lui-même prépare l’opinion à un atterrissage en douceur et lors de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale, il va présenter un objectif de croissance dans une fourchette de 6 % à 6,5 %. 6 % est un chiffre plus que symbolique pour la Chine, car c’est le niveau de croissance nécessaire pour maintenir les créations d’emplois suffisantes pour une population où l’exode rural joue encore un rôle majeur. Une croissance inférieure à 6 % provoquerait des déséquilibres sociaux importants que même la poigne de plus en plus ferme de Xi Jinping aurait du mal à étouffer.

C’est probablement une des raisons pour lesquelles les Chinois semblent jouer le jeu des négociations engagées avec les États-Unis qui ont accepté de repousser la date limite du 1er mars. Tout comme Donald Trump, Xi Jinping a besoin d’un accord qui lèvera une des hypothèques qui pèse sur l’économie chinoise.

 

 

1er mars

Algérie

 

L’annonce de la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat en Algérie provoque pour la première fois une réaction violente de la part d’une jeunesse dont le seul espoir est celui de traverser la Méditerranée.

L’Algérie est l’un des plus tristes exemples de la malédiction des matières premières et dans ce cas précis des hydrocarbures. Pratiquement dès l’indépendance, le pétrole puis le gaz naturel ont joué un rôle délétère en étant à l’origine de toutes les erreurs politiques et économiques possibles. Ce fut d’abord, sous Ben Bella puis Boumedienne, le choix d’une économie « socialiste » orientée vers l’industrie lourde (le concept de « l’industrie industrialisante»). Dans les années soixante-dix, l’explosion de la rente pétrolière encouragea une politique sociale qui devait permettre de limiter la contestation d’une population en très forte croissance et aux débouchés limités au-delà de l’assistance la plus élémentaire. Ceci n’empêcha pas la montée de la contestation islamique et la guerre civile que Bouteflika, un vieux cheval sur le retour du FLN, parvint à calmer en profitant aussi à partir de 2004 de la flambée des prix du pétrole. Depuis, l’Algérie vit sous l’empire de la drogue du pétrole et du gaz dont les vapeurs ont perverti toute la société en concentrant les richesses au sein d’un petit clan au pouvoir appuyé sur l’armée. Toutes choses égales par ailleurs, c’est à une petite échelle la même situation que celle du Venezuela.

L’histoire de ces dernières décennies en Algérie est celle d’un immense gâchis. Il n’est même pas sûr que les manifestations actuelles pourront changer le sens de cette malheureuse histoire.

 

28 février

Jules

 

Jules a dix ans ! Il est né en 2009 au cœur de la crise économique la plus profonde que le monde ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale. J’avais essayé alors de lui raconter ce que serait « son » XXIe siècle (« Le siècle de Jules », Bourin éditeur, 2009). Dix ans plus tard, on peut essayer de faire un bilan de cette première décennie de la vie de Jules.

Le premier constat est positif. La crise est oubliée et le monde a repris un rythme de croissance proche de 4 % tiré en particulier par les États-Unis et la Chine. De la crise, il reste quand même un monceau de dettes qui pèsera longtemps sur la tête de Jules et de ses petits camarades.

Mais force est de constater que depuis quelques années d’autres nuages se sont accumulés : nombre de pays émergents comme le Brésil ont trébuché et l’avenir des BRICS est soudain apparu beaucoup moins radieux. Aux États-Unis, après huit années d’Obama, Donald Trump a changé les règles du jeu et s’est lancé tous azimuts dans des guerres commerciales qui font souffler un vent nouveau sur le monde.

Mais c’est l’Europe qui doit le plus inquiéter Jules : une Europe qui stagne et se déchire, qui va de Brexit en populismes, une Europe sans projets qui se replie dans de frileux nationalismes. Quant à la France, Jules, qui joue au football, a vibré à la victoire de l’équipe de France au Mondial de 2018 et a préféré pour son anniversaire un maillot siglé Mbappe à un gilet jaune. Il faut laisser une part au rêve des enfants…

 

 

24 février

Fiscalité

 

C’est une bonne idée, mais elle va tellement peu dans le sens de la démagogie ambiante qu’elle a été immédiatement rejetée : faire payer par tous l’impôt sur le revenu ! L’impôt progressif sur le revenu est de loin le plus juste de tous, mais il a le défaut d’être le plus visible et de provoquer chez les Français, y compris la grosse moitié de ceux qui ne l’acquittent pas des poussées d’urticaire. La TVA, la TICPE sont bien plus injustes, pesant sur tous, à commencer par les moins riches, mais au moins on ne les voit pas.

Toute la politique de ces dernières années, à droite comme à gauche, a été au contraire de sortir un maximum de foyers fiscaux du rôle de l’impôt sur le revenu. Certes, on a cherché à faire payer les plus riches, mais comme ceci a des limites, il a fallu augmenter ces impôts indirects si discrets, presque inodores et bien commodes pour équilibrer (et encore !) les budgets.

Revenir à l’impôt sur le revenu serait donc plutôt une bonne idée surtout si on en enlève toutes les scories des niches fiscales et s’y l’on y intègre toutes les allocations perçues, quitte d’ailleurs à supprimer leurs plafonnements. On le voit, il y a l’idée, souvent caressée, mais jamais mise en œuvre, d’une véritable mise à plat de la fiscalité directe.

Il faudrait toutefois décider d’un plancher correspondant au coût minimal d’un tel impôt par les services fiscaux.

Mais rejeter cette idée d’un revers de la main comme l’a fait le Premier ministre n’est pas raisonnable. C’est une nouvelle fois traiter les citoyens comme des irresponsables, ce qu’ils ne sont pas toujours…

 

 

19 février

Antisémitisme

 

Le chancre revient. Comme trop souvent lorsque la société française est en crise et se révèle incapable de raisonnements calmes, on cherche un bouc émissaire. C’est généralement l’autre, celui qui est différent, l’étranger, celui qui n’appartient pas à la communauté ou à ce qu’il en reste. Et puis, à un moment, revient le juif. On retrouve-là l’antisémitisme musulman et puis surtout la résurgence d’un vieil antisémitisme gaulois qui, historiquement, fut un des plus prononcés de toute l’Europe occidentale. L’horreur de la Shoah l’avait fait taire, mais le voilà qui revient, à droite comme à gauche. Il est injustifiable, inimaginable même en notre siècle.

Le problème est que la communauté juive a profondément changé et que le conflit israélo-palestinien y a suscité des clivages entre libéraux et traditionalistes : religion et politique s’en sont mêlées et de l’antisémitisme on serait passé à l’antisionisme. Pour éradiquer le premier faut-il condamner le second alors même qu’au nom d’un sionisme dévoyé, Israël mène une politique suicidaire d’annexions territoriales et de rejet de ses citoyens non juifs.

Condamner l’antisionisme comme le fait le gouvernement français est une erreur, cédant à l’émotion, qui risque d’aggraver un peu plus la fracture avec une communauté qui, à juste raison, se sent menacée, mais qui mérite mieux que le démarchage intéressé et électoraliste de B. Netanyaou.

 

 

18 février

Grâce à Dieu …

 

Procès à Lyon, sortie d’un film relatant l’affaire, publication d’un ouvrage dont le titre « Sodoma » est cruellement explicite et enfin, prochaine tenue à Rome d’un « sommet » sur les abus sexuels, l’Église catholique se trouve assiégée de toute part et comme à l’habitude « les mystères du Vatican » font la une, désolant les uns et faisant ricaner les autres. Au milieu de tout cela, le pape François est à la recherche d’un subtil équilibre entre condamnation et pardon.

Trop longtemps, c’est le silence qui a régné : on savait depuis Montherlant, on imaginait depuis les Borgia. Les embardées conciliaires avaient eu au moins le mérite de déchirer le voile de l’hypocrisie et nombre de séminaristes et de jeunes prêtres étaient retournés au siècle. Mais pour le reste, yeux et oreilles se fermaient encore. Pas plus qu’ailleurs certainement et combien de clubs sportifs, d’associations ou d’écoles laïques n’ont-elles fait de même.

Mais bien sûr, l’Église a un devoir d’exemplarité et ce qui reste probablement marginal rejaillit sur tous ceux qui vivent – parfois difficilement – leurs engagements de chasteté. Sanctionner les déviants est une évidence même, n’est-ce pas aussi le moment de poser sereinement quelques nouvelles pierres au débat sur la mixité dans l’Église : mariage des prêtres peut-être, mais surtout ordination des femmes qui permettrait à tous ces « vieux garçons » de retrouver quelque bon sens.

 

 

14 février

A380

 

On est toujours triste quand un rêve s’écrase. C’est bien le cas ce matin à l’annonce de l’abandon par Airbus du programme de l’A380. Trop grand, trop cher, mal adapté aux évolutions les plus récentes tant de l’aéronautique que du transport aérien.

À l’origine, l’idée d’Airbus était de s’attaquer au monopole de Boeing sur les très gros porteurs (le célèbre 747). À l’époque se développaient de très gros « hubs » aéroportuaires comme Atlanta, Dubaï, Londres et quelques autres. De très gros avions allaient relier ces hubs à partir desquels des avions plus petits desserviraient des destinations régionales. On visait donc le transocéanique et à l’époque le choix du quadri réacteur était une évidence. Ce fut donc l’A380, le plus gros avion commercial au monde, un quadriréacteur capable de transporter dans certaines versions près de 700 personnes. Airbus damait le pion à Boeing.

Malheureusement, le succès ne fut pas au rendez-vous malgré le soutien d’Emirates, la compagnie de Dubaï. Autant l’A380 convenait parfaitement au modèle des compagnies du Golfe, autant il ne correspondait pas aux besoins des compagnies américaines, européennes ou chinoises qui avaient du mal à le remplir et pour lesquelles les coûts en termes de consommation de kérosène étaient trop importants.

Airbus rejoint donc le Concorde au cimetière des rêves d’Icare qui se brûle au soleil des réalités comptables…

 

 

7 février

Vatican

 

Le pape François rentre de la péninsule arabique ou au moins de l’un de ses confettis, l’émirat d’Abu Dhabi, le plus ouvert des états de la région – avec Oman – à la coexistence religieuse. Il n’est pas le premier – longtemps après François d’Assise – à rêver d’un dialogue serein avec l’Islam. La montée de l’islamisme pour les uns, les tensions liées à l’immigration pour les autres ont rendu l’idée même de rencontres entre les deux principales spiritualités, certes louable, mais pratiquement impossible. C’est bien pour cela que ce voyage est historique.

Abu Dhabi s’enorgueillit d’être une terre de tolérance. À l’aune de ses voisins, Qatar, Arabie Saoudite et même certains émirats, c’est vrai, mais il ne faut pas exagérer : les autres religions sont tolérées dans une logique qui reste celle de la dhimmitude. Certes, nombre des « esclaves » asiatiques qui travaillent dans les soutes des économies du Golfe sont chrétiens et la visite de François a été pour eux un moment fort de reconnaissance. Mais la notion de liberté religieuse en terres d’Islam reste à relativiser.

C’est pourquoi la déclaration signée par François et le recteur de l’université d’Al Azhar est une première et il faut saluer le courage dont ce dernier a fait preuve en allant aussi loin dans la reconnaissance de la diversité des parcours religieux. Peut-on aller plus loin en particulier en ce qui concerne les conversions ? Autant François a des marges de manœuvre, autant l’absence de véritables autorités au sein de l’Islam pose problème et cela d’autant plus que les autorités politiques, à la notable exception de la Jordanie et du Maroc, ont tendance à s’appuyer sur les franges les plus traditionalistes de l’Islam.

Une petite ouverture, mais le chemin est long !

 

 

6 février

Alstom - Siemens

 

Faut-il interdire la fusion des activités ferroviaires d’Alstom et de Siemens ? La Commission européenne a en tous cas tranché par la négative. Son argumentation est claire : sur le marché européen le nouvel ensemble se serait trouvé en position dominante voire en situation de monopole dans deux secteurs au moins : la grande vitesse et plus encore peut-être la signalisation ferroviaire. Nombre de pays européens étaient d’ailleurs hostiles à cette fusion, leurs compagnies ferroviaires nationales ne souhaitant pas dépendre d’un seul fournisseur. En son temps, la Commission se serait probablement opposée aux fusions qui ont donné le jour à Airbus ! Mais le marché du ferroviaire est beaucoup plus large, mondial en vérité avec un acteur chinois (CRRC) aux dents longues. À l’échelle mondiale, les jeux sont ouverts et ce sont Alsrom et Siemens, isolés, qui sont des « petits poucets ».

L’analyse de la Commission est erronée et ce n’est pas la première fois. À l’époque où Mario Monti était commissaire à la concurrence, il s’était opposé à une fusion « entre pairs » dans l’aluminium entre Péchiney, Alusuisse et le canadien Alcan. Quelque temps plus tard, Alcan acheta un Péchiney isolé et affaibli. Péchiney disparut et Rio Tinto, qui entre temps avait racheté Alcan, en a bradé les derniers actifs. On ne souhaite bien sûr pas le même sort à Alstom, l’ultime pépite de la vieille CGE d’Ambroise Roux.

La seule compensation française et que cet Airbus du ferroviaire aurait été plutôt allemand. Les syndicats se réjouissent de conserver Alstom en France. Mais n’est-ce pas une victoire à la Pyrrhus ?

 

 

4 février

Facebook

 

Il y a quinze ans, dans une chambre d’Harvard naissait Facebook. On connaît la suite et le succès phénoménal de « l’invention » du jeune (à l’époque) Mark Zuckerberg. Facebook fait désormais partie de la vie quotidienne de plus d’un milliard de personnes – plutôt jeunes – dans le monde. Le génie de Zuckerberg a été de ne pas céder comme tant de start-ups aux sirènes de l’argent facile, de ne pas se vendre au plus offrant, mais au contraire d’utiliser sa puissance de feu ($ 65 milliards de recettes publicitaires, seul Alphabet fait mieux) pour acheter d’autres applications comme Instagram et WhatsApp qui assurent le relais, en termes de croissance d’un Facebook proche de la saturation.

 

Car Facebook a profondément changé les rapports sociaux notamment chez les jeunes en surfant sur une vague de narcissisme d’adolescents prompts à se mettre en scène à l’image des « selfies » postés sur Instagram. Facebook est devenu l’instrument d’une socialisation virtuelle pouvant déboucher sur le meilleur (parfois) et sur le pire. Dans ce nouveau « meilleur des mondes », Facebook est au cœur de tous les réseaux. C’est grâce à Facebook que Barack Obama a pu mobiliser des soutiens pour financer sa première campagne, mais c’est Facebook que Donald Trump a utilisé pour faire circuler nombre de « fake news » sur Hillary Clinton. Et en France, la mobilisation des gilets jaunes s’est faite à partir de Facebook. Le danger est bien sûr que le gentil réseau ne se transforme en un « Big Brother » échappant à ses créateurs au profit de quelques forces obscures.

 

30 janvier

Slowbalisation 

 

En 2015, le néerlandais Adjiedj Bakas inventa le néologisme de « slowbalisation » qui fait cette semaine la couverture de « The Economist ». On entend par là le ralentissement de la croissance des échanges mondiaux non seulement du fait de barrières nouvelles, mais surtout parce que nous sommes au bout des effets de la grande période de mondialisation qui a commencé vers 1990. Il n’y a plus guère d’économies à réaliser au fil des chaines de valeur et des délocalisations industrielles. L’âge d’or de la mondialisation semble révolu. Alors que la mondialisation appuyée par les nouvelles technologies de la troisième révolution industrielle devait permettre à l’humanité de toucher le « Graal » du bonheur économique à l’image des pays émergents de la dernière décennie, l’heure est à la désillusion : les BRIC vacillent, les inégalités se creusent partout alors que les vieux États-providence se révèlent incapables d’assurer les transferts nécessaires. Partout, nationalisme et populismes se font plus vociférants : Donald Trump n’est pas une exception et le crédo mondialiste de Xi Jinping peut légitimement laisser sceptique.

Au-delà des polémiques et des postures, il est clair que le monde est à un tournant marqué par la fin de la croissance quelque peu « miraculeuse » tournée vers l’ouverture des économies. Les déséquilibres qu’elle a suscités provoquent des réactions légitimes que le seul discours libéral ne peut satisfaire. La « slowbalisation » marque peut-être l’entrée dans une nouvelle période de l’histoire.

 

 

29 janvier

Brexit

 

On ne sait ce qu’il faut admirer le plus : la résilience de Theresa May et sa capacité à rebondir d’échec en échec ou l’acharnement des députés britanniques à marcher au bord du précipice en votant, au prix d’improbables alliances, des motions souvent contradictoires. Après avoir subi l’échec le plus cuisant infligé à un Premier ministre de toute la longue histoire parlementaire britannique, Theresa May avait survécu à une motion de censure et vient maintenant de gagner quelques semaines même si formellement la date du 29 mars pour le Brexit demeure la borne ultime de ce débat surréaliste.

Désormais, il est clair que l’option du « no deal » n’est plus soutenue que par quelques extrémistes. Prolonger la période de négociations paraît difficile du fait notamment des élections européennes (auxquelles les Britanniques ne participeront pas) et du changement du personnel de la Commission. L’idée du second referendum fait certes son chemin dans l’opinion, mais pas vraiment chez les politiques. Le mieux reste, sur la base du texte actuel de compromis, d’arrondir les angles et notamment ce qui concerne la frontière irlandaise. Ce peut être une question de formulation permettant par exemple à l’Irlande du Nord de rester en Union douanière avec l’UE (comme c’est le cas pour Jersey, Man ou l’Andorre). Une correction à la marge permettant à chacun de sauver la face : les Européens peuvent tendre un peu plus la main, mais il n’est pas sûr que la classe politique britannique soit capable de la saisir.

 

 

23 janvier

Venezuela - Congo

 

Deux élections présidentielles ont eu lieu dans deux pays confrontés à des crises politiques et économiques majeures. Dans un cas comme dans l’autre, des régimes dictatoriaux cherchent à se dédouaner en manipulant grossièrement la voix des urnes : le Venezuela et la République « Démocratique » du Congo ont en commun leurs dictateurs, Maduro et Kabila, tous les deux enfants lointains d’un castrisme dénaturé en cleptocratie (Kabila père avait fait ses premières armes dans un maquis monté avec Che Guevara).

Mais la comparaison s’arrête là. Face au Venezuela, des pays comme les États-Unis, le Canada et plusieurs pays européens ont reconnu un gouvernement provisoire dirigé par le principal opposant, président de l’Assemblée nationale. Par contre, Russie et Chine continuent à soutenir Maduro. Mais au moins, y a-t-il débat.

En RDC, Kabila junior a manifestement roulé tout le monde en poussant non plus son candidat, mais le fils de son plus vieil opposant dont « le denier de Judas » est une présidence croupion puisque Kabila contrôle le parlement. Mais là, le silence international est assourdissant malgré les chiffres publiés par la conférence des Évêques. Les pays européens se taisent. Les pays africains hésitent et puis reculent. Quant aux Chinois, ils ont déjà applaudi tant les ressources congolaises en métaux sont stratégiques.

Maduro trébuche, Kabila triomphe !

 

 

22 janvier

Europe

 

Aix-la-Chapelle, une ville à la croisée des frontières entre l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, mais surtout la première capitale de l’Europe, celle de l’empire carolingien avec sa cathédrale qui abrite la tombe de Charlemagne dans un merveilleux édifice du haut moyen-âge. À Aix-la-Chapelle donc, cinquante-six ans après De Gaulle et Adenauer, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont signé un nouveau traité franco-allemand.

L’encre à peine sèche, la polémique a fait rage en France sur la coopération diplomatique et sur l’éventualité d’un « partage des rôles » au sein des Nations Unies. Il n’y a pourtant là rien de nouveau et au contraire, la symbolique de ce traité est forte au moment où avec le Brexit, le populisme italien, les critiques hongroises ou polonaises, l’Europe a plus que jamais besoin de cet axe franco-allemand qui a fait ses grandes heures. Affaiblis, tant Macron que Merkel ont besoin de s’appuyer l’un sur l’autre pour éviter que leurs difficultés nationales ne contaminent les enjeux européens.

De Gaulle n’avait pas négocié le traité de Rome (l’aurait-il accepté ? ce n’est pas sûr, car quelques années plus tôt ce sont les gaullistes qui avaient torpillé le projet de CED – Communauté européenne de défense). Mais il sut avec Adenauer lui donner une dimension prophétique. Il n’y a plus aujourd’hui le même élan. Mais d’Aix-la-Chapelle, au-dessus du tombeau de Charlemagne, c’est un peu de l’esprit des pères fondateurs qui a soufflé.

 

 

19 janvier

Gilets jaunes

 

Les gilets jaunes, acte X. Toujours autant de manifestants (plus de 80 000) et une surprenante résilience alors que les manifestations changent de nature : Paris n’est plus le centre du monde jaune, et encore moins les Champs-Élysées. Ce sont les grandes villes de province (Toulouse, Bordeaux…) qui mobilisent tout comme les moins grandes jusqu’à… Saint-Jean-de-Luz. Le mouvement revient aussi à ses racines. Il semble avoir éliminé – ou marginalisé – les casseurs. L’atmosphère est celle – bon enfant – que l’on retrouvait sur certains ronds-points (de moins en moins occupés d’ailleurs) : à Saint-Jean-de-Luz, on a défilé au son des fanfares dans la rue Gambetta avant que de danser sur la place Louis XIV. Mais au-delà, la structuration politique du mouvement reste toujours aussi floue et imprécise.

Pendant ce temps-là, les cahiers de doléances se remplissent et de premiers débats se tiennent après l’inauguration marathon d’Emmanule Macron face aux maires de l’Eure et avant un véritable tour de la France profonde du président. Cela suffira-t-il pour marginaliser peu à peu les gilets jaunes quitte à doubler les élections européennes d’un referendum dont les questions, suffisamment fermées, pourraient conforter le pouvoir en donnant l’illusion de la concertation.

En vérité, ni les uns ni les autres ne savent ce que sera demain. L’horizon est limité de samedi en samedi. On commence même à s’y habituer, mais le fond demeure et la fracture d’incompréhension reste béante.

 

 

16 janvier

Brexit

 

Le refus par une très large majorité du traité du Brexit par les parlementaires britanniques ouvre un nouveau chapitre de l’histoire déjà houleuse de ce divorce. On ne voit plus guère de solution rationnelle qui puisse s’imposer : Teresa May n’a pas de plan B et les « 27 » ne peuvent pas aller très loin dans de nouvelles concessions. A posteriori, on se rend compte maintenant de l’erreur originelle de la première ministre : elle avait cru possible de faire éclater le front continental (une vieille tactique qui avait admirablement réussi… au XVIIIe siècle). Or il n’en a rien été ce qui tient effectivement du prodige quand on sait ce que sont aujourd’hui les clivages européens. Le Brexit et la maladresse – voire l’arrogante – britannique ont été l’improbable ciment de l’Europe, mais il faut aussi saluer le talent de Michel Barnier qui n’a pas pour autant gagné ses galons d’éventuel président de la future Commission.

Que peut-il se passer ? Repousser la date du Brexit paraît la solution la plus sensée, mais elle pose un problème politique et juridique majeur : celui des élections européennes et de la participation des électeurs britanniques puisque le Royaume-Uni ferait alors encore partie de l’UE. La solution d’un deuxième referendum dont le résultat permettrait d’annuler le premier paraît aussi relativement sensible, mais ni Theresa May ni Jeremy Corbyn ne la privilégient. Enfin, renégocier, mais quoi ? Tout est sur la table, mais rien n’est bien satisfaisant. Comme le titre « The Economist », c’est bien « The mother of all messes », la mère de tous les désordres.

 

 

13 janvier

Religion

 

« Nous sommes la première génération de l’histoire pour laquelle l’acte religieux n’est pas naturel ». Au détour de son sermon dominical, notre curé a fait ce constat d’une profonde vérité au moins en ce qui concerne la société française confrontée à son héritage chrétien. Mais le raisonnement serait à peu près identique pour tous les pays d’Europe occidentale de tradition chrétienne.

Longtemps, en effet, la démarche religieuse a fait partie de la vie quotidienne et l’on montrait du doigt au contraire les quelques « esprits forts » qui pouvaient y être rétifs. Chaque moment de l’existence, de l’individu comme du groupe jusqu’à la nation, était marqué par des références religieuses vécues avec plus ou moins d’intériorité, mais de toute manière incontournable, même dans un pays comme la France pourtant marqué par les conflits autour de la religion (le catholicisme). Tout ceci a effectivement disparu à quelques spectaculaires exceptions comme la messe à Notre-Dame pour les funérailles de François Mitterrand.

La normalité actuelle est celle de l’absence du religieux, cantonné désormais à quelques minorités plus ou moins actives, certaines cherchant à se faire les moins visibles et prosélytes possibles (les catholiques conciliaires, les juifs, l’islam traditionnel) d’autres au contraire s’estimant en terre de mission (évangélistes, islamistes…). Mais pour tous les autres, la religion n’est au mieux qu’un objet de curiosité dont par ailleurs ils ne possèdent plus les clés de lecture.

 

 

9 janvier

Allemagne

 

Les nouvelles en provenance d’outre-Rhin ne sont guère réconfortantes : il est presque certain que l’Allemagne est en récession technique (deux trimestres consécutifs en négatif). En novembre, la production industrielle a reculé de 1,9 %. Au-delà de « l’effet automobile », lié au scandale Volkswagen, c’est maintenant le « made in Germany » tout entier qui est affecté. Pour 2019, les prévisions pour l’économie allemande tournent autour de 1,5 %, ce qui est bien sûr inquiétant pour le reste de l’Europe qui perd son principal moteur : les prévisions pour la zone euro sont d’ailleurs identiques à celles de l’Allemagne.

L’Allemagne paye ainsi la relative paralysie de l’ère Merkel qui se termine dans une orthodoxie budgétaire étouffante. Mais personne n’a l’outrecuidance d’imaginer quelque plan de relance que ce soit. Le risque est grand, qu’au fil d’élections régionales médiocres, Angela Merkel ne perde toute marge de manœuvre et en soit réduite à gérer les affaires courantes jusqu’aux élections générales.

Il est clair en tous cas que sa position en Europe est affaiblie, tout autant d’ailleurs que celle d’Emmanuel Macron pris dans les rets des gilets jaunes. La panne de l’Europe n’est que plus marquée alors que justement, avec le Brexit, c’est une relance de la dynamique européenne qui apparaît nécessaire.

On en est bien sûr loin : les élections européennes vont se dérouler dans un climat économique morose, avec une croissance médiocre, sans perspectives et offriront un boulevard aux populistes et aux démagogues. Voilà qui n’est guère réjouissant.

 

 

 

1er janvier 2019

Perspectives 2019

 

Voici que s’ouvre la vingtième année du vingt et unième siècle. C’est le temps des vœux et surtout des anticipations et autres prévisions. Sur le plan économique, l’humeur est en demi-teinte avec un peu partout la crainte de ralentissements voire de retournements conjoncturels. Ceci ne devrait toutefois pas affecter les deux principales économies de la planète, États-Unis et Chine, dont les fondamentaux apparaissent solides. Parmi les régions avancées, c’est l’Europe qui devrait souffrir le plus non seulement du fait de la panne du moteur germanique et de l’instabilité sociale française, mais surtout avec l’approche de la date fatidique du Brexit suivi d’élections européennes dont les enjeux seront malheureusement beaucoup plus nationaux qu’européens.

Quant à la scène géopolitique, elle dépendra des humeurs imprévisibles d’un Donald Trump qui a déjà l’œil tourné sur les échéances électorales de 2020. Tout est possible jusqu’à un certain point tant Donald Trump est maître dans l’art de s’arrêter à la limite des points de rupture : on le verra à l’œuvre avec la Chine, l’Iran, Israël et bien sûr la Russie. Le « grand jeu » moyen-oriental va se poursuivre au détriment des minorités chrétiennes, kurdes ou yézidis qui seront impitoyablement broyées par les nouveaux impérialismes ottomans, arabes, perses et bien sûr russes. Le prix du pétrole sera, parmi d’autres, un bon indicateur de ces tensions.

 

Après l’échec de Katowice, il y a peu de chances que la cause de la planète évolue de manière très positive. Mais ceux qui la défendent sont souvent par leurs excès les premiers responsables de ces échecs. Alors, un 2019 un peu noir…