PARUTIONS

CyclOpe 2022

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le monde d'hier »

Publication du Rapport Cyclope 2022

8 Juin 2022 - Paris

CyclOpe 2021

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Cette obscure clarté qui

tombe des étoiles »

Publication du Rapport Cyclope 2021

26 Mai 2021 - Paris

 

CyclOpe 2020

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Allegoria ed effetti
del Cattivo Governo -Ambrogio Lorenzetti 
»

Publication du Rapport Cyclope 2020

09 juin 2020 - Paris

CyclOpe 2019

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Les illusions perdues »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2019

15 mai 2019- Paris

CyclOpe 2018

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le ciel rayonne, la terre jubile »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018

16 mai 2018 - Paris

CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales.

Il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport CyclOpe sur l’économie et les marchés mondiaux.

Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires.

Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

13 janvier 2023

 

« L’énergie du désespoir », ce titre d’un communiqué publié dans les Échos interpelle. Il émane d’industriels de l’un des plus remarquables pôles de compétitivité (cluster) français allant du décolletage de la vallée de l’Arve à la « plastic valley » autour d’Oyonnax : € 60 milliards de PIB et 750 000 salariés, un tissu industriel de PME et d’ETI comme il en existe peu en France. Ils se trouvent acculés aujourd’hui par la hausse des prix de l’énergie et surtout de l’électricité et réclament la mise en place « d’un prix de l’électricité égal à la moyenne pondérée des coûts de production ». Comment ne pas les comprendre ?

Le prix de l’électricité en Europe est fondé sur le principe du prix marginal du producteur le moins efficient. Ce fut longtemps supportable lorsqu’il s’agissait de l’électricité éolienne ou solaire (par ailleurs subventionnée). Aujourd’hui, c’est le prix des centrales à gaz et de facto le prix de l’électricité suit celui du gaz avec une augmentation du prix de base européen en 2022 par rapport à 2021 de 154 % (en moyenne). Ceci peut paraître aberrant pour un pays comme la France où le gaz représente moins de 10 % de la génération d’électricité. Mais voilà, nous sommes en Europe et il nous est difficile de nous en isoler à la différence par exemple de la péninsule ibérique.

La supplique adressée par nos industriels au président de la République, qui en partage l’analyse tout comme ne cesse de le dire le ministre de l’Économie, se trompe malheureusement d’adresse. C’est Bruxelles qu’il faut convaincre et au-delà le cartel des libéraux européens (Pays-Bas, Allemagne…) qui freinent des quatre fers à l’idée de tout retour à des prix administrés de l’électricité. Le modeste plafonnement des prix du gaz naturel, arraché après moult combats montre bien les fossés presque idéologiques existant en Europe entre les tenants de la seule logique du marché « quoiqu’il en coûte » et ceux qui estiment que la complexité des systèmes de production et de distribution de l’électricité mérite et justifie une intervention publique plus cohérente.

Il est évident que les prix du gaz naturel vont rester élevés et que le gaz coûtera en moyenne en 2023 au moins dix fois plus que dans les années deux mille dix. Or, l’Europe va continuer à dépendre du gaz au fil de sa transition énergétique et électrique. L’idée d’un prix moyen pondéré de toutes les sources d’électricité est probablement trop « française » et administrée pour avoir quelque chance de passer en Europe. Tout au moins, pourrait-on dès maintenant mettre en place un plafonnement, isolant de facto les centrales à gaz quitte à en assurer le subventionnement direct. Ce serait là aussi une manière de responsabiliser les pays dont l’augmentation de la dépendance au gaz, en particulier russe, a contribué à fragiliser le système électrique européen : on pense là au premier chef à l’Allemagne.

Malheureusement, au train actuel des affaires européennes, et alors que la Commission se contente de « travaux préliminaires », il y a peu de chance que ce dossier électrique aboutisse en 2023.

Les vallées alpines (et d’autres bien sûr) vont continuer à souffrir.

 

10 janvier 2023

 

Tranches de vie… Ce matin, l’auteur de ces lignes frappe à la porte de son laboratoire d’analyses médicales : en grève comme la plupart de ses homologues, faute d’accord avec les autorités sanitaires (la CNAM en l’occurrence) sur la dimension financière de leurs activités. Tout dépité, il se dirige vers la boulangerie pour acheter une baguette fraîche pour le petit déjeuner. Là, il y a la queue, mais le boulanger s’inquiète avec raison de sa facture énergétique et se demande ce que fait l’État en menaçant d’augmenter ses prix.

Deux exemples bien français d’un syndrome qui traverse toute la société française : celui de notre dépendance à l’État et à la décision publique et surtout administrative.

Longtemps, on a pu estimer — en souriant un peu — que la France était le seul pays soviétique qui ait réussi ! Ce satisfecit s’éloigne malheureusement chaque jour un peu plus au fil de la bureaucratisation de la vie économique et politique (remarquons d’ailleurs que ce fut ce qui a provoqué la chute de l’URSS). La révolution des technologies de l’information a paradoxalement aggravé ce phénomène avec une toujours plus grande déshumanisation des contraintes administratives. Le « Big Brother » est toujours là et on attend toujours plus de lui, mais il ne répond plus que par écran interposé. Les corps intermédiaires, des syndicats aux collectivités les plus locales s’en sont trouvés peu à peu laminés.

Finalement, il semblerait que la grève des laboratoires ne soit pas poursuivie. Et les boulangers continueront à faire du pain, un peu subventionné. Tout est bien…

 

 

8 janvier 2023

 

En cette rentrée 2023 quelque peu morose sur le plan économique (même si la douceur des températures soulage le front énergétique) l’heure en France est à cet admirable exercice qui en général se termine par la déroute des bonnes intentions : la réforme (le R est réservé aux protestants…). Les Français ont une aversion naturelle pour l’idée même de réforme. Ils ne l’acceptent que sous la contrainte et de toute manière passent par les traditionnelles étapes des manifestations, des grèves et de la paralysie générale du pays.

Cette fois-ci, Emmanuel Macron qui argue du Covid pour justifier un bilan bien maigre de son premier quinquennat s’attaque aux tabous des retraites d’une part et de la santé publique d’autre part. La retraite à 65 ans et la fin de la rémunération à l’acte sont deux lignes rouges sur lesquelles bien des réformateurs se sont cassés les dents. Manifestement, Emmanuel Macron a choisi de prendre le risque. Sur les retraites, il est confronté à l’opposition résolue des syndicats et devra négocier le soutien de LR pour éviter l’écueil du 49-3. Sur la santé, le dossier est à peine en gestation et il y a peu de chances qu’il puisse être mené à son terme d’ici la fin du quinquennat.

Mais au fond, retraites et santé ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la nécessaire réforme du modèle français qui dans ses évolutions récentes a tourné au cauchemar bureaucratique dématérialisé, tout se réglant avec de moins en moins d’interventions humaines : c’est le règne de Big Brother et c’est cela en particulier que les Français ne veulent pas.

 

 

5 janvier 2023

 

2023 a commencé en Europe sur un ton presque léger. Oh, certes, le canon continue à gronder en Ukraine, le Covid ravage la Chine, la récession guette un peu partout, mais voilà on a presque fêté Noël au balcon ! Les tensions sur les marchés de l’énergie se sont un peu estompées et en Europe, sur le TTF, le gaz naturel serait presque bradé à moins de € 70 le MWh (ce qui fait quand même à peu près $ 130 le baril équivalent pétrole alors que le Brent tourne autour de $ 80). Même avec de nouvelles vagues de froid, l’Europe devrait parvenir à éviter cet hiver pénuries et coupures de gaz et d’électricité.

Ceci étant les prix du gaz — et de l’électricité — sont quand même quatre à cinq fois plus élevés que durant la dernière décennie. Et puis nul ne sait ce qu’il va advenir de la guerre en Ukraine, mais si l’on prend l’hypothèse — à peu près réaliste — qu’il n’y aura presque pas de gaz russe en Europe en 2023 (un peu de GNL, un petit tuyau vers la Moldavie), la reconstitution des stocks pour aborder l’hiver 2023/2024 promet d’être difficile et surtout coûteuse. La crise énergétique n’est pas terminée et nous entrons au contraire dans sa deuxième phase, celle de sa « digestion » tout au long des chaînes de valeur avec des hausses de prix et donc de l’inflation qui ne sera pas cantonnée aux seuls carburants, au gaz et à l’électricité. L’Europe reste là en première ligne, beaucoup plus exposée en tous points que les États-Unis (où le gaz naturel vaut six fois moins cher qu’en Europe ou en Asie). Cela est d’autant plus vrai que sur le marché du GNL, pour lequel il n’y aura pratiquement pas d’augmentation de capacité de liquéfaction en 2023, l’Europe sera en concurrence avec l’Asie, et surtout la Chine.

Ceci nous ramène à l’autre grande interrogation de ce début d’année. Où va la Chine ? Le passage brutal du « zéro-covid » à l’« infini covid » a surpris tous les observateurs. Le pari en est simple : au prix peut-être d’un million de morts et d’un arrêt de la croissance, accéder rapidement à l’immunité collective et retrouver une situation « normale » dès le second semestre 2023. Le pari est risqué pour une population peu et mal vaccinée. Au-delà, la Chine va-t-elle retrouver un niveau de croissance proche de ce qui est probablement l’objectif des autorités (5 %) et donc sa place en termes de consommation et d’importations de matières premières ? Cette question vaut en particulier pour le GNL, le pétrole et le charbon ainsi que la plupart des métaux non ferreux ainsi que le minerai de fer.

 

« Noël aux balcons, Pâques aux tisons », dit le dicton. La situation géopolitique mondiale a de quoi inquiéter avec la montée des populismes, des tensions sociales, la paralysie des instances internationales à l’image de l’OMC (en situation de « mort clinique »…). Le temps de la mondialisation « heureuse » est bien oublié que ce soit dans les tranchées ukrainiennes, dans les hôpitaux chinois et même face à ce climat qui surprend l’Europe par sa douceur en ce début 2023.

 

1er janvier 2023

 

En ces premiers jours de 2023, économistes et conjoncturistes scrutent fébrilement leurs boules de cristal pour ajuster leurs prévisions tant sur la croissance économique que sur les prix des principales matières premières. Quelle que soit la méthode utilisée, des modèles les plus sophistiqués au bon vieux « doigt mouillé », l’exercice est aléatoire et même illusoire dans le fantasme de la précision à la décimale près. Il l’est encore plus cette année dans la mesure où deux dimensions nous échappent totalement, l’une géopolitique et l’autre sanitaire. Et là malheureusement la saine logique cède le pas à l’irrationnel des deux autocrates qui dominent l’actualité de la planète : Vladimir Poutine et Xi Jinping tous deux confrontés à la fuite en avant dans laquelle les a précipités leurs hubris. Vladimir Poutine peut-il sortir du guêpier ukrainien ? Xi Jinping peut-il échapper au bourbier du Covid ?

Vladimir Poutine a perdu son pari d’une guerre « courte et joyeuse » qui se serait soldée par la mise au pas de l’Ukraine et l’installation d’un gouvernement pro russe à Kiev. Le soutien déterminé des États-Unis à l’Ukraine (et celui plus ambigu des Européens) tout comme les limites militaires de la Russie excluent toute solution définitive sur le terrain. Vladimir Poutine en est-il conscient, rien n’est moins sûr. La perspective d’une solution négociée n’a jamais été aussi lointaine tant Poutine risquerait d’y perdre la face. La guerre se poursuivant avec son cortège de désastres humains et matériels tant pour l’Ukraine que pour la Russie, la crise énergétique va donc se prolonger et là, c’est l’Europe qui est en première ligne privée de gaz et de diesel russe (mais aussi entre autres d’acier et de bois). Ceci se retrouvera dans des scénarii de stagflation, tournant pour certains à la récessoflation.

Xi Jinping a fait lui aussi un pari risqué qui aujourd’hui se retourne contre lui. Obsédé par l’élimination des derniers opposants à son élévation au pouvoir suprême « à vie », il a joué la carte de la « voie chinoise » face au Covid. Ce fut la politique du « zéro-covid », certes apparemment efficace, mais à un coût économique et social élevé, et surtout dont il est aussi difficile de sortir que des tranchées ukrainiennes. Le résultat en a été la panne économique chinoise (2,7 % de croissance en 2022 d’après les dernières estimations de la Banque mondiale, c’est-à-dire, à l’aune des équilibres chinois, une véritable récession). La récente ouverture des vannes sanitaires fait craindre le pire pour une population peu et mal vaccinée. Xi Jinping est-il prêt à en prendre le risque et à en payer le coût humain ?

Les autocrates, souvent coupés des réalités quotidiennes, acceptent rarement de reconnaître leurs erreurs. Au XXe siècle, il en fut ainsi de Hitler, Staline ou Mao. Il n’y a aucune raison de penser qu’il en sera autrement en ce XXIe siècle.

Et ceci nous ramène à nos bien futiles exercices de prévision. Prenant l’hypothèse que la guerre va se poursuivre en Ukraine et donc que la crise gazière va perdurer au moins pour une partie de la planète (hors Amérique du Nord) et que le Covid va rester endémique en Chine, il y a bien peu de chances que la croissance économique mondiale puisse dépasser les 2 % en 2023. Les pays de l’OCDE devraient tourner autour de zéro, au-dessus pour les États-Unis, légèrement en dessous pour l’Europe et le Japon. Quant à la Chine, la fourchette du possible est vaste, de 2 % à 4 % suivant l’intensité de l’épidémie et la manière dont les autorités réactiveront leur politique sanitaire. Sur les marchés qui resteront marqués par la fermeté du dollar et la remontée des taux (sans pour autant que l’inflation s’en trouve calmée), cela se traduira par la poursuite de la détente pour les matières premières industrielles, pour les produits agricoles (sauf catastrophe climatique) et même pour le pétrole tiré vers le bas par les besoins russes à l’exportation. Il restera bien sûr quelques produits comme le lithium liés à la transition énergétique et puis surtout le gaz naturel dont Vladimir Poutine et Xi Jinping détiennent les clés : si l’Europe a pu s’approvisionner en GNL cet automne, c’est que la Chine avait diminué ses achats. En sera-t-il de même encore en 2023 ?

Et nous voici de retour à nos chers autocrates. Les théories économiques se fondent sur la rationalité des choix des individus au sens le plus large. Malheureusement, nous devons imaginer 2023 avec d’autres logiques. Ce sera tout le sel de cette année dont Vladimir Poutine et Xi Jinping resteront les premiers rôles.

31 décembre

 

Avec la mort de Benoît XVI, disparaît un très grand pape, certes quelque peu écrasé par les talents de « communicants » de celui qui l’a précédé, Jean-Paul II (dont il avait été le fidèle collaborateur) et de celui qui lui a succédé, François. Trop souvent, Benoît XVI a été caricaturé, en « Panzer cardinal », menaçant d’hérésie les déviants à la ligne romaine.

Josef Ratzinger fut avant tout un intellectuel et un théologien de haute volée. Dans un domaine qui n’était pourtant pas le sien, celui de l’économie, il a donné ce qui peut être considéré comme la clef de voûte de la doctrine sociale de l’Église : son encyclique « Caritas in veritate » est le texte le plus achevé sur les questions économiques, plaçant la voie de l’amour et de la charité bien au-delà du marché et de l’État. De ce point de vue d’ailleurs, la pensée de François dans ses derniers écrits marque une certaine régression.

Benoît XVI eut aussi le courage de s’attaquer à la malgouvernance de l’Église que le long pontificat de Jean-Paul II n’avait fait qu’aggraver. C’est lui qui a ouvert la boîte de Pandore des abus sexuels qui submergent aujourd’hui l’Église. Conscient de ses limites, des blocages aussi de la bureaucratie religieuse, fatigué, il avait eu le courage de déposer la tiare, il y a dix ans, donnant ainsi la plus belle des leçons d’humilité.

 

29 décembre

 

La présence de crèches dans l’espace public est devenue en France affaire de débats et de contentieux dans le cadre d’un incontestable effort de déchristianisation de Noël. Certes la plupart des églises étaient pleines le 24 décembre au soir, mais le recul de la pratique religieuse chez les catholiques est nette et touche en particulier les enfants et les jeunes qui perdent ainsi toutes les références « culturelles » dont leurs parents avaient encore bénéficié. La disparition des crèches va bien dans ce sens.

À Saint-Jean-de-Luz, vieille cité basque de profonde culture chrétienne, la tradition était celle de crèches vivantes dans la rue principale. Cette année, la crèche a été remplacée par un « espace de Noël » avec l’inévitable barbu en manteau rouge et son cousin basque, le charbonnier Olentzero. Une crèche en bois demeure quand même, cachée derrière le kiosque à musique…

De l’autre côté de la frontière, l’Espagne a une histoire bien différente même en ce Pays basque où l’église locale fut longtemps antifranquiste. À San Sebastian, la place principale est occupée par une gigantesque crèche, organisée en tableaux, de l’Annonciation à la Nativité. À l’intérieur de l’Ayuntamiento de Guipuzcoa (l’équivalent d’un conseil général), une autre crèche a été dressée. Pourtant, en Espagne, la déchristianisation est peut-être encore plus forte qu’en France, l’Église catholique continuant de payer les conséquences de sa trop longue proximité avec le franquisme. Pour autant, nul ne conteste les crèches… Voilà le pays qui inventa l’inquisition qui nous donne maintenant des leçons de tolérance !

 

27 décembre

 

Qu’y a-t-il de commun entre le vin de Bordeaux et le thé de Darjeeling ? Voilà deux produits prestigieux, bénéficiant d’appellations d’origine contrôlée (AOC ou IGP), mais dont les producteurs souffrent de prix déprimés, inférieurs à la réalité des coûts de production.

Certes, cela ne concerne pas les grands châteaux de Bordeaux ou les plus prestigieux des jardins à thé de Darjeeling. À Bordeaux, les millésimes 2021 et probablement aussi 2022 s’annoncent excellents tout comme les « first blossoms » de Darjeeling. La crise touche ce que l’on appelle un peu péjorativement les génériques : l’AOC Bordeaux vendue pour l’essentiel au négoce qui, avec le Covid, a perdu une partie de son débouché chinois ; le Darjeeling de base utilisé par les grandes maisons de « blending » pour faire les mélanges à leur marque. Dans l’un et l’autre cas, l’image du Bordeaux et du Darjeeling n’a pas été suivie du point de vue commercial : de Bordeaux, on ne connaît que les marques des grands crus (dont les plus grandes bouteilles se vendent pour le prix d’une barrique bordelaise de… 900 litres !). Quant au Darjeeling, il souffre de la concurrence des thés, sans appellations du Népal, d’Inde du Sud et même de Ceylan.

À Darjeeling, les prix cette année ont baissé de 16 % (à peu près € 5 le kg) et sont inférieurs aux coûts de production. À Bordeaux, à moins de € 1 000 la barrique (de 900

litres) on songe à arracher des milliers d’hectares. Il reste l’image, mais plus le rêve, surtout pour les producteurs !

 

21 décembre

 

Le Conseil des ministres de l’Énergie vient, après moult tractations, d’adopter le projet de la Commission de plafonnement du prix du gaz naturel en Europe. Finalement, la barre est placée à € 180/MWh avec la nécessité d’un différentiel de € 35 avec le prix du GNL. La référence choisie est celle du TTF néerlandais pour sa cotation à un mois (et non pas le prix au jour le jour). Pour l’instant, le TTF a clôturé pendant 64 jours en 2022 au-dessus de € 180 avec un record à € 345 à la fin août au moment où l’Allemagne cherchait désespérément à reconstituer ses stocks alors que la Russie menaçait de fermer Nordstream I. L’Allemagne justement vient d’inaugurer ses premiers terminaux de regazéification pour lesquels elle a acheté au prix fort des cargaisons de GNL, provoquant alors la flambée des cours au détriment d’acheteurs moins argentés comme le Bangladesh qui n’eurent d’autres solutions que de réduire leur production d’électricité.

Le plafonnement mis en place n’a guère de sens. Comment plafonner le prix d’une matière première dont l’UE importe la quasi-totalité ? La solution serait pour les opérateurs européens de revenir à des systèmes de contrat de (très) long terme avec les exportateurs américains, qataris ou australiens. Mais ce sont les mêmes Allemands qui refusent de s’engager sous la pression des milieux écologistes obsédés par la sortie des fossiles. L’autre solution, c’est de déconnecter le prix de l’électricité du prix du gaz. Là, un plafonnement aurait du sens, mais ce retour à des prix administrés de l’électricité a peu de chances d’être adopté face à l’opposition, entre autres de l’Allemagne et de son aile libérale. L’Allemagne est bien au cœur du problème énergétique européen.

 

20 décembre

 

Le Qatargate a jeté une lumière crue et inquiétante sur un univers qui jusque-là brillait par son opacité, celui des ONG.

A priori, il n’y a rien de plus sympathique qu’une ONG, formée par des bénévoles passionnés pour une cause dont ils assurent le relais auprès du grand public et des instances politiques et administratives. Le droit à l’expression d’opinions, le droit à les défendre aussi est un fondement du pacte démocratique. Mais au fil du temps, les ONG se sont arrogé un droit de représentation allant bien au-delà de leur représentativité réelle et les gentils bénévoles sont peu à peu devenus de redoutables professionnels. Le Qatargate a levé le voile sur l’univers des ONG qui gravitent autour des instances bruxelloises et qui sont passées maîtres dans l’art du lobbying à force de fréquenter les couloirs de la Commission et du Parlement. La plupart de ces structures se taisent sur leurs sources de financement. Beaucoup, d’ailleurs vivent pour l’essentiel de subventions publiques et leurs bases d’adhérents sont minces, voire inexistantes (et cela est encore plus vrai des « multinationales » qui franchisent leur « marque » au niveau national). Dans de nombreux pays – à commencer par la France –, les politiques n’hésitent pas à y faire carrière entre deux postes ministériels.

Soyons francs : les causes défendues peuvent être louables et chacun a le droit de les exprimer sans pour autant se prétendre être l’interprète d’une société civile qui n’a rien demandé. Les couloirs des COP – 27 et 15 – étaient ainsi remplis de ces activistes professionnels parlant au nom de la planète. La moindre des choses serait de savoir ce qu’ils sont, ceux qu’ils représentent et qui les financent.

 

18 décembre

 

Philippe Tillous-Borde vient de nous quitter. Il y a quelques semaines encore, il participait au déjeuner du Cercle CyclOpe et nous parlions d’Afrique, d’oléagineux, mais aussi de nos chères Pyrénées, car Philippe portait avec fierté la double casquette de Basque et de Béarnais.

Peu d’hommes auront autant fait pour l’agriculture et l’agroalimentaire français que Philippe. On peut estimer en effet que la construction de la filière oléagineux en France, des champs de colza et de tournesol aux huiles Lesieur, aux usines d’aliments du bétail et aux biocarburants est son œuvre. Si, à certaines périodes de l’année, une partie de la France se revêt d’une belle parure jaune de colza, c’est en grande partie à Philippe qu’elle le doit. De Sofiprotéol au Groupe Avril, il sut donner une assise originale à un ensemble qui est aujourd’hui un des fleurons de l’agroalimentaire français. Au-delà, il accompagna des hommes comme Jean-Claude Sabin et surtout Xavier Beulin qui ont aussi marqué le monde agricole et politique français.

Au fil des ans, nous avions constaté le déclin de sa vue. Cette infirmité, il la dépassait au quotidien, servi par une prodigieuse mémoire, par une intelligence qui savait pénétrer au plus profond de ses interlocuteurs. Ayant quitté la plupart de ses mandats, il se passionnait pour le développement agricole africain et y apportait toute l’énergie qu’il avait auparavant mise au service de l’économie agroalimentaire française. La mort paraît injuste lorsqu’elle frappe ainsi sans prévenir, en plein vol. Mais les graines plantées au long de sa vie sont bien vivantes !

 

13 décembre

 

Les météorologues avaient – pour une fois – raison et leurs prévisions se réalisent. Ils avaient prévu une vague de froid sur l’Europe dans les premiers jours de décembre : un froid plutôt sec marqué par l’absence de vent. Ils avaient raison et il fait froid ! Voilà le premier test pour un hiver sans gaz russe.

Les premières victimes en sont les Britanniques. Ceux-ci ont en effet joué très tôt la carte de l’éolien, notamment offshore. L’éolien représente en temps « normal » plus du quart de l’électricité britannique (28,2 % exactement en moyenne sur les douze derniers mois). Hier, le 12 décembre, il ne pesait que 3,8 %. Il a fallu tirer sur les stocks de gaz (fort limités au Royaume-Uni) importer de l’électricité, mais surtout les prix se sont envolés jusqu’à atteindre £ 675 le MWh (€ 780) contre £ 34 au début 2020 ! Et au Royaume-Uni, les boucliers tarifaires ne sont guère généreux !

La situation de ces pauvres Britanniques illustre une malheureuse caractéristique de ces admirables énergies renouvelables dont on débat actuellement au Parlement français. Elles sont intermittentes ! Il n’y a pas toujours de vent, le soleil étant quand même plus assuré sous certaines latitudes. Dans une logique d’électrification de nos économies et de nos transports, on doit disposer d’une alimentation électrique régulière. Faute de vent, il faut se tourner vers le gaz au moins à court terme. Un jour peut-être, parviendra-t-on à stocker l’électricité, mais pour l’instant les perspectives – y compris de l’hydrogène – en sont lointaines. En attendant, c’est sobriété, pull-over et de grâce un peu de réalisme énergétique.

 

11 décembre

 

S’il est un mot à retenir des trois journées de débats à Abu Dhabi lors de la World Policy Conference, c’est bien celui de « multi-alignement » revenu en boucle dans les interventions tant asiatiques qu’africaines. Dans un monde aux fractures de plus en plus apparentes, marqué » – bien au-delà de la guerre en Ukraine – par l’affrontement entre les États-Unis et la Chine, nombre de pays cherchent à prendre leurs distances vis-à-vis de l’un et l’autre bord. C’est tout particulièrement le cas de l’Inde bien sûr, mais en fait aussi de l’espace indopacifique. Le Moyen-Orient est plus ambigu comme l’a montré, au même moment, la visite de Xi Jinping à Riad et sa rencontre avec les dirigeants des pays du Golfe.

Aux plus anciens, ce « multi-alignement » rappellera peut-être ce que fut en son temps le mouvement des « non-alignés » issu de la conférence de Bandoeng et dont les grands initiateurs furent Nehru, Tito, Nasser, Soekarno et quelques autres (à l’époque, Chou Enlai représenta la Chine à Bandoeng…) Renforcée encore par sa victoire dans son état du Gujarat, Modi est un peu le pivot de ce nouveau concept. Il risque en tout cas de fragiliser le mouvement des BRICS sur lequel la Chine a la main mise (et auquel l’Arabie saoudite souhaite adhérer d’ailleurs). La lecture des fractures du monde est ainsi plus complexe que jamais. Il est en tout cas de moins en moins certain que les États-Unis et la Chine puissent trouver des terrains d’entente pour gérer les problèmes planétaires. Quant à l’Europe, nul n’en parle !

 

10 décembre

 

L’histoire retiendra probablement de la crise de 2020/2022 qu’elle aura marqué un tournant aussi prononcé que la crise des années soixante-dix du siècle dernier. Celle-ci avait mis fin aux « Trente glorieuses » de l’après-guerre. De la même manière, la crise des années vingt du XXIe siècle marque symboliquement le terme d’autres « Trente glorieuses », celles de la construction d’une mondialisation « heureuse » préludant à une sorte de « fin de l’histoire » comme le prédisait il y a déjà une vingtaine d’années dans un moment d’euphorie Francis Fukuyama : fin des idéologies, uniformisation à la fois culturelle, économique et politique de la planète, croissance assurée par de nouveaux bonds technologiques… Le Covid, l’Ukraine, la Chine même, nous ont ouvert les yeux sur la poursuite de l’histoire.

Essayons de filer une comparaison, fruit de discussions et d’échanges à l’occasion de la tenue de la World Policy Conférence à Abu Dhabi ces jours derniers. Imaginons le monde comme un immense jardin. Le rêve des hommes a toujours été celui du jardin d’Eden que décrit la Genèse. Un seul homme, un seul peuple, l’occupe et tout y est parfait. Mais un peu plus tard, l’épisode de la Tour de Babel met fin à cette uniformité et introduit la diversité des langues et des cultures. Chacun s’applique alors à son propre modèle de jardin, des jardins suspendus de Babylone aux subtilités des jardins japonais. En Europe, après l’effervescence hollandaise autour des tulipes (et l’invention alors des premiers marchés dérivés), on assista à l’émergence du jardin « à la française » avant que le jardin « à l’anglaise » ne finisse par triompher. Il en fut des jardins comme des impérialismes.

La mondialisation dont nous tournons la page marque la fin de l’illusion d’un jardin planétaire unique ordonné autour d’une social-démocratie de marché marquée par la liberté des échanges. À vrai dire, le jardin que nous avons vu croître ces trente dernières années n’était pas parfait : certains endroits foisonnaient de luxuriance nouvelle, mais d’autres manquaient d’eau et puis bien des « vieux » jardins, mal entretenus faute de moyens, retournaient à la friche. C’était la « destruction créatrice » propre à la nature nous disait-on. Mais en quelques endroits, les promesses de plantations nouvelles peinaient à se concrétiser et les congrès de jardiniers qui se multipliaient n’aboutissaient guère. Ce « monde plat » aboutissait à la jungle.

Alors, peu à peu, chacun a repris son propre jardin et l’a cultivé à sa manière : des haies et des barrières ont été levées, des fossés ont été creusés. Certes, chacun a pu y retrouver ses propres goûts, sa vision de la main de l’homme sur la nature, une main bien visible cette fois, différente de cette main invisible qui avait prétendu uniformiser tous les jardins de la planète. Par-dessus la haie, on peut toujours regarder le jardin du voisin, mais on protège avant tout le sien et l’on ne partage ni eau ni énergie et le bien commun se limite à ses propres frondaisons.

À la fin de son conte, Voltaire fait dire à Candide « Il faut cultiver notre jardin ». À la différence du mythique jardin d’Eden, il faut y travailler, et ce peut-être là l’expression du génie de l’homme. Mais une accumulation de jardins ne fait pas un paysage et c’est bien là ce qui fait aujourd’hui défaut.

Un autre jardin de la Bible peut être une inspiration : c’est celui du Cantique des Cantiques, qui fournit « la myrrhe et les aromates, le rayon de miel, le vin et le lait ». Le principal défi de l’humanité en ce XXIe siècle n’est-il pas de donner du pain – et bien plus – à dix milliards d’hommes. De la diversité des jardins peut naître l’abondance et c’est celle-là, alors que la crise gronde, que la pandémie rôde, que les égoïsmes s’aiguisent, c’est celle-là qui importe. Cultivons donc notre jardin avec notre génie propre, mais en le laissant ouvert aux courants et aux idées ! Comme le dit le psalmiste : « qu’il est bon et agréable que les frères vivent ensemble ».

 

5 décembre

 

Le filet se resserre peu à peu sur le pétrole russe. À compter de ce jour, les importations européennes par voie maritime sont interdites ; il ne restera plus qu’un petit courant par oléoduc pour alimenter la Hongrie. L’Europe se prive à peu près de 1,5 mbj d’importations qu’il va falloir remplacer ce qui, a priori, devrait poser moins de problèmes que pour le gaz naturel. Dans deux mois, le 5 février, l’Europe cessera aussi ses importations de produits pétroliers (1 mbj à peu près) et là les choses seront plus difficiles en particulier pour le diesel et il faut s’attendre alors à des tensions accrues sur les prix. Toutefois, on voit déjà augmenter les importations de diesel indien ou turc produit à partir de pétrole russe !

En même temps, les pays du G7 imposent un plafonnement des prix du pétrole russe à $ 60 le baril. Le Brent vaut ces jours-ci $ 85, mais l’Oural se traite pour ceux – l’Inde, la Chine notamment – qui peuvent l’acheter entre $ 65 et $ 70. La peine n’est donc pas insupportable pour le Kremlin. Au-dessus de $ 60, aucune cargaison de pétrole russe, pour quelque destination que ce soit ne pourra être financée par une banque d’un pays du G7, ni ne trouvera d’assurance maritime. Ce point de l’assurance est essentiel et déjà une vingtaine de tankers sont en attente devant le Bosphore, les autorités turques leur refusant le passage des détroits faute de garanties d’assurance. C’est là que le filet posé par les pays du G7 peut être le plus efficace. La Russie va tout faire pour contourner l’obstacle, en développant par exemple sa propre flotte de tankers. Mais cela prendra du temps… et de l’argent.

 

3 décembre

 

Les premiers jours de l’hiver, le froid, le besoin de se chauffer, le souci du gaz ! C’est bien le marché du gaz naturel qui fait la une de l’actualité en particulier dans une Europe que la hausse des cours de l’énergie est en train de précipiter vers la récession. À première vue, la situation européenne n’est pourtant pas catastrophique : l’automne a été doux et les stocks sont pleins – plus de 1 000 TWh. En moyenne, les prélèvements d’hiver s’élèvent à un peu plus de 550 TWh (la fourchette des dix dernières années va de 350 à 750 TWh) et donc normalement il y aura encore un volant de sécurité de gaz au printemps prochain. Les vrais problèmes sont ceux des prix tant du gaz – qui devraient osciller entre € 100 et € 150 le MWh – que de l’électricité et puis de la reconstitution des stocks pour préparer l’hiver 2024. D’ici là, la situation en Ukraine aura peut-être évolué. Si une victoire absolue de l’un ou l’autre camp paraît improbable, une « paix des braves » semble toute aussi éloignée : l’Europe pourrait donc vivre 2023 presque sans gaz russe, mais il faudra alors du GNL et la concurrence chinoise risque de faire grimper un peu plus les prix. Et cela d’autant plus que de Bruxelles à Berlin on a du mal à tirer les leçons de cette crise gazière : « Bien sûr à court terme, il nous faut du GNL, mais très vite nous n’en aurons plus besoin puisqu’il faut accélérer la transition énergétique ». Le résultat c’est que lorsque la Chine s’engage avec le Qatar pour 27 ans, l’Allemagne ne le fait que pour 15 ans et encore en se réservant le droit de réexporter ce gaz. On peut comprendre qu’États-Unis, Australie, Qatar et quelques autres préfèrent les débouchés asiatiques aux états d’âme européens ! En tout cas, leur facture d’énergie est le souci majeur des entreprises en Europe pour 2023.

Du côté du pétrole les soucis sont moindres : la demande stagne malgré des prix bien installés au-dessous de $ 100 le baril. Le pétrole russe vendu entre $ 15 et $ 30 en dessous du Brent a tiré le marché vers le bas. Il reste à voir quelles seront les conséquences du plafonnement à $ 60 le baril du prix du pétrole russe qu’ont décidé les pays du G7. Il n’est pas certain que la production et les exportations de pétrole brut russe baissent encore de manière significative. L’Europe qui a décidé d’un embargo sur le pétrole russe à compter du 5 décembre ne devrait pas avoir trop de problèmes pour rediriger ses flux. La vraie échéance est celle du 5 février avec l’embargo sur les produits pétroliers, car le diesel russe sera plus difficile à remplacer.

Avec le devenir de la guerre en Ukraine, l’autre grande interrogation est celle de la politique chinoise en ce qui concerne le Covid. Malgré les manifestations, Xi Jinping n’a guère de marges de manœuvre : non contenue de manière stricte, la vague actuelle d’Omicron pourrait faire des dégâts considérables parmi une population d’aînés peu ou mal vaccinés. Mais le maintien strict du zéro-Covid (avec début décembre encore l’équivalent d’un quart du PIB chinois confiné) condamne ce qu’il reste de la croissance chinoise et précipiterait un peu plus le monde aux portes de la récession. Tout ceci se retrouve dans la baisse des prix des matières premières industrielles (à l’image du coton) et celle des taux de fret des conteneurs (–70 % en quelques mois, un record !).

Une bulle enfin commence à exploser : celle des cryptodevises, dont la capitalisation, est passée en quelques semaines de $ 3 000 milliards à $ 830 milliards. La faillite de FTX tient à la fois de Madoff et d’Enron, mais en tout cas, elle pourrait bien sonner le glas de ces instruments dont le moindre défaut n’était pas leur empreinte environnementale.

Et puis à l’approche de Noël, il y avait quelques beaux cadeaux à faire lors de la semaine de ventes aux enchères à New York consacrée en novembre à l’art moderne : beaucoup de records et au total plus de $ 3 milliards de produits. Même en ces temps de « recesso-flation », l’humeur des « nouveaux riches » reste soutenue : moins de Russes ni de stars des cryptomonnaies certes, mais des bonus qui ont flambé un peu partout de Wall Street aux maisons de négoce…

Noël aux tisons, mais pas pour tous !

27 novembre

 

Voici, pour les chrétiens, le temps de l’Avent qui commence. Ce sont les quatre semaines qui précèdent Noël qui – avant toute invention du père Noël et des sapins – marque la célébration de la naissance du Christ, le cœur de l’Espérance chrétienne.

Bien sûr, Noël a été laïcisé et dans une certaine mesure, déchristianisé. On peut presque dire que le « Black Friday » qui vient de se dérouler en est une préparation, puisqu’une bonne partie des achats réalisés sont destinés à faire des cadeaux… de Noël. Pourquoi pas d’ailleurs puisque Noël s’est un peu transformé en une fête de la famille et au-delà de la fraternité. Le temps de l’Avent c’est, plus qu’à l’habitude, un temps d’attention à l’autre, celui justement pour lequel Noël peut être un moment cruel de pauvreté et de solitude.

Et puis Noël, devenu universel au-delà des croyances et religions, est un message de paix : « paix sur terre aux hommes qu’Il aime » diront les « anges dans nos campagnes ». Ce mot de paix en 2022 a un goût amer alors que le canon gronde sur le front ukrainien, mais aussi au Congo, au Yémen… La liturgie catholique de ce jour offre en première lecture un texte d’Isaie (qui a inspiré la statue qui orne l’entrée du palais des Nations unies à New York) : « de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances des faucilles » (Isaie.2,4). Nous en sommes bien loin alors qu’obus et missiles bouleversent les champs ukrainiens et que la faim règne sur toute l’Afrique de l’Est. Raison de plus pour préparer Noël !

 

21 novembre

 

Ne nous voilons pas la face : la COP27 a été un échec qui devrait enfin contribuer à remettre en question ces coûteux exercices.

Certes, il y a bien eu un communiqué final ne remettant pas en cause les objectifs de l’accord de Paris. Et puis, il y a eu surtout la création d’un fonds de soutien aux États déjà victimes du réchauffement de la planète. L’Europe est très fière de cette initiative dont pourtant le financement ne fait pas l’unanimité, notamment de la part de la Chine.

Mais c’est bien tout et cela reste dramatiquement maigre : au total, 45 000 personnes sont passées par Charm El Cheikh. Est-ce bien raisonnable et cela a-t-il quelque sens : les princes de ce monde ont fait de beaux discours et sont bien vite repartis. Sur le sujet le plus important, le seul qu’en fait il aurait fallu discuter, le prix du carbone, rien n’a été dit. Pourtant, avec la flambée des prix de l’énergie, l’occasion était belle. On nous promet maintenant que la COP importante sera la 28, l’année prochaine à Dubaï où l’on fera le bilan des engagements de l’accord de Paris. Trop peu, trop tard…

En réalité, tenir ces grands jamborees annuels n’a pas de sens : en donner la présidence au pays hôte fait courir le risque, comme cela a été manifestement le cas en Égypte, que des objectifs politiques à court terme prennent le pas sur le reste. Il serait plus économique et rationnel de tenir des « ministérielles » régulièrement à Bonn et d’oublier ces COP inutiles et presque futiles.

 

20 novembre

 

Ce sont les derniers jours de l’automne, un automne chaud que commencent à balayer les premiers frimas. Alors que la nuit tombe dès le milieu de l’après-midi, on aime à rentrer dans le confort chaleureux d’un foyer. Chaleur ? C’est bien là que le bât blesse tant la chaleur est chère aujourd’hui et le sera encore plus demain.

Les quelques dernières semaines nous avaient offert un peu de répit : un bel été indien tout d’abord et donc une demande plus faible de gaz et d’électricité pour le chauffage. Et puis, malgré la guerre en Ukraine, les réserves de gaz en Europe se sont remplies au point même d’avoir dans bien des pays atteints le maximum de leur capacité. Oh certes, cela a eu un coût et il a fallu payer le gaz norvégien ou russe, les gaz naturels liquéfiés américain ou qatari à des prix équivalents en réalité entre $ 200 ou $ 300 le baril de pétrole. Depuis peu, les cours du gaz en Europe ont donné l’illusion de la détente. Mais à y regarder de près, celle-ci n’affecte que le marché à très court terme, les livraisons du lendemain. À un mois et plus encore pour 2023, le prix du gaz en Europe reste dix fois plus élevé au moins qu’il ne l’était dans les années deux mille dix. Et bien sûr, la faiblesse de l’euro face au dollar n’arrange rien. Et puis le gaz entraîne désormais l’électricité dans une mécanique infernale à laquelle nul à Bruxelles ne donne l’impression de vouloir toucher.

Ne rêvons pas ; si les pénuries hivernales sont peu probables cette année, la « douloureuse » le sera. La fourchette de multiplication des prix du gaz et de l’électricité est largement ouverte : trois, quatre, cinq fois par rapport aux moyennes des années précédentes, voilà des estimations peut-être trop raisonnables.

Curieusement, les Français n’en sont pas conscients. Ces derniers jours, ils en sont revenus à leur obsession habituelle, celle du prix de l’essence à la pompe (et peut-être encore plus du diesel). La baisse du rabais fiscal a été vécue comme un véritable traumatisme nous rapprochant du seuil fatidique des € 2 le litre (déjà dépassé pour le diesel). Mais ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt du choc énergétique auquel est confrontée l’Europe.

Les Français veulent encore l’ignorer : la promesse de limiter la hausse des prix du gaz et de l’électricité à 15 % pour les ménages en 2023 sera probablement tenue. Mais la vraie question concerne les entreprises. Partout, l’angoisse des patrons et de leurs directeurs des achats est celle de leur facture énergétique qui, en 2023, va doubler, tripler peut-être, voire même plus. Certes, comme ailleurs en Europe, le gouvernement a annoncé un plan de mesures d’aide et de compensation à hauteur de € 10 milliards. C’est bien et en ces temps de disette budgétaire c’est déjà un bel effort (quoique le rabais de 20 centimes sur l’essence avait, en base annuelle, le même coût, pour une efficacité dérisoire).

Ces hausses de coût, il va falloir les répercuter et les prévisions affichées un peu partout de baisse de l’inflation en 2023 peuvent prêter à sourire, voire à pleurer. La réalité ce seront des hausses de prix, que l’on anticipe déjà dans les traditionnelles « négociations » avec la grande distribution qui vont commencer bientôt.

L’hiver arrive, celui de la stagflation, voire pour certains en Europe de la « recesso-flation ». Et en plus au coin du feu, le prix du bois flambe !

 

17 novembre

 

S’il est un marché qui a surpris tous les observateurs en cet automne 2022, c’est bien celui du fret maritime dans sa partie conteneurs. Pa rapport aux records atteints encore au printemps, les taux de fret sont en baisse en moyenne de plus de 70 %. On se souvient que le fret conteneurs avait fait la une de l’actualité en 2021/2022 avec une multiplication des taux allant parfois jusqu’à dix : une « boîte » de quarante pieds, qui dans les années 2010 coûtait entre $ 1 500 et $ 2 000 à transporter de Chine vers l’Europe, avait vu ses coûts passer souvent bien au-delà des $ 10 000 dans un contexte d’engorgements portuaires et de retards accumulés. Les armateurs en avaient enfin profité après de longues années de vaches maigres, mais que n’avait-on dit alors à propos des « superprofits » en France de CMA-CGM.

Mais depuis donc le début de l’été, la chute des taux de fret est impressionnante : un Shanghai-Rotterdam ne coûte plus « que » $ 3 800, une baisse de 73 % en un an ! La principale raison en est le ralentissement économique mondial et la baisse même des échanges internationaux. La pression est moins forte sur la circulation des conteneurs dont la disponibilité s’est améliorée alors que diminuaient les encombrements portuaires. On s’attend même à une poursuite de la baisse dans les mois à venir. La page de la crise semble bien tournée.

Espérons quand même que la leçon, celle de chaînes de valeur démesurément allongées et gouvernées par le seul « juste à temps », sera entendue et qu’un peu de relocalisation en découlera !

 

16 novembre

 

À l’Assemblée nationale en France, on parle de corridas. Une proposition de loi d’un député NUPES, plutôt cryptoanimaliste, est en discussion en commission et semble bénéficier d’un assez large soutien des élus, notamment des macronistes malgré des instructions contraires en provenance de l’exécutif.

Interdire la corrida ! Voilà un geste symbolique qui ne coûte pas cher politiquement (quelques dizaines de milliers d’aficionados au plus dans le Sud-Ouest en particulier) et qui peut rapporter gros en termes d’image auprès d’un électorat plus large, peu informé et susceptible de compatir au sort des animaux (tout en restant carnivore). La corrida est un maillon plus faible que la chasse !

Comment expliquer que la corrida plonge en des racines profondes (sans même remonter au culte de Mithra) qu’elle est un art, que le taureau – si effectivement son sort ultime est scellé dans la quasi-totalité des cas – connaît une mort « noble », que rien n’est plus beau que ces derniers moments, où seuls au cœur de l’arène, l’homme et l’animal se font face. Ils ignorent (les opposants) ce que sont tant les grandes arènes de Bayonne ou de Nîmes, que les petites places des Landes ou du Gers où se perpétue ce culte ancien, hérité certes de l’Espagne, mais ayant sa place dans notre terreau culturel.

La corrida est une image de la vie et de la mort manifestement insupportables en ces temps de conformisme culturel.

 

14 novembre

 

Tempête dans le petit monde des cryptomonnaies. FTX, une entreprise basée aux Bahamas, l’une des plus importantes places de marché au monde dont le fondateur âgé de 30 ans, Sam Bankman-Fried, émargeait presque au sommet du classement Forbes des plus grandes fortunes de la planète, vient de faire faillite : le terme anglais de banqueroute (bancarotta, le banc du changeur est symboliquement rompu) est d’ailleurs beaucoup plus expressif. Au dernier moment Changpeng Zhao, le fondateur de l’autre grande place de marché, Binance (un chinois de Vancouver qui vit à Dubaï) a refusé de sauver FTX. Les pertes se chiffrent en milliards de dollars, mais au-delà, c’est tout le château de cartes des cryptomonnaies qui se trouve ébranlé, ce qui, au fond, n’est peut-être pas une catastrophe.

L’auteur de ces lignes n’a en effet jamais partagé l’enthousiasme pour ces étranges instruments financiers produits à grand fracas d’énergie par des « mineurs » et qui ont fait l’objet de folles spéculations ces dernières années tant ils étaient vantés sur les réseaux sociaux par des joueurs de football ou d’improbables « bimbos » influenceuses ! Dans la réalité, on hésite entre une pyramide de Ponzi « à la Madoff » et un scandale modèle Enron. Il y a probablement un peu des deux, mais ceci a au moins l’avantage de mettre à plat la véritable escroquerie intellectuelle que représentent les cryptomonnaies. Au-delà d’ailleurs, c’est tout l’univers du virtuel qui se trouve bouleversé : celui des NFT (payées la plupart du temps sur le marché de l’art en ethereum) et même celui du « metavers » sur lequel l’ineffable Mark Zuckerberg semble se casser les dents.

Sur les marchés, on aime bien en revenir au physique !

 

12 novembre

 

Pour un pays que l’on peut considérer comme « l’homme malade » de l’Europe tant sur le plan économique que même politique, quelques jours passés à Munich apportent un incontestable démenti. En cet automne, alors que la capitale bavaroise prépare marchés et fêtes de Noël, tout apparaît « so gemütlich », si harmonieux. Les étrangers sont nombreux : Croates, Turcs, Afghans… Français aussi qui représentent à Munich une communauté importante.

Le pays a beau être en récession, les signes extérieurs en sont rares : à toute heure les brasseries et autres « bierstube » sont pleins. La grande affaire du jour à Munich est un match de football américain : pour la première fois, la NFL déplace deux équipes d’outre-Atlantique pour un match régulier. Les supporters venus de toute l’Europe font un peu plus de bruit que les manifestants qui se réunissent pour soutenir l’Ukraine. La ville commémore aussi le cinquantième anniversaire de l’attentat des Jeux olympiques de 1972. Elle entretient aussi d’autres mémoires, celle de son passé nazi et puis de la communauté juive dont la nouvelle synagogue, d’une étonnante modernité veille à quelques pas de la Marienplatz.

L’Allemagne est fédérale et en son sein la Bavière est vraiment un état dont les armes et le drapeau flottent un peu partout, tout comme l’image de Louis II, incapable de sortir de ses rêves, mais qui en donna tant aux Bavarois.

Pour un Français, à peine sorti de ses grèves traditionnelles et lassé par la vacuité de la plupart des discours politiques, il y a dans ce modèle allemand version bavaroise quelque chose de magique : « glücklich wie Gott in… Bayern ! ».

 

7 novembre

 

“World is on highway to hell”. L’autoroute vers l’enfer, telle est l’image utilisée par le secrétaire général des Nations unies pour ouvrir la COP27 réunie de manière quelque peu improbable en Égypte, à Charm El Sheik, un lieu de destination balnéaire dont il vaut mieux taire la trace carbone (ainsi d’ailleurs que celle des milliers de délégués et représentants plus ou moins légitimes de la cause climat qui ne rateraient pas pour un empire leur grand « jamboree » annuel). On aimerait à en sourire si la cause n’était si grave, si comme le disait Jacques Chirac, il y a déjà une vingtaine d’années, la « maison ne brûlait ». Les derniers rapports du GIEC sont éloquents et même les plus doctrinaires des climatosceptiques ne peuvent le nier. Et malheureusement, au-delà de quelques grandes déclarations, la COP27 risque de ne déboucher sur rien de bien concret si ce n’est de se réunir pour… la COP28…

Au cœur de cette crise énergétique majeure que connaît le monde, il y a pourtant quelques bonnes nouvelles : la flambée du prix du gaz va probablement accélérer la transition énergétique. Retour du nucléaire certes, mais aussi arrivée d’une seconde génération de renouvelables autour de la biomasse et puis aussi de l’hydrogène. L’avantage de prix élevés, c’est qu’ils ouvrent des perspectives pour des technologies jusque-là trop onéreuses. Mais bien sûr, c’est là du moyen terme. À court terme, malgré la détente apparente sur le marché du gaz européen, l’horizon reste sombre, suspendu à la météorologie européenne et aux conséquences de la Niña sur les anticyclones sibériens ! On en viendrait presque à se réjouir du réchauffement…

Pour le reste, en cet automne, la plupart des marchés de matières premières sont orientés à la baisse. La plus spectaculaire est celle du fret-conteneurs qui, en quelques semaines, a perdu 60 à 70 % de sa valeur par rapport à ses sommets du printemps dernier. On constate des évolutions identiques – quoique moins spectaculaires – pour les matières premières industrielles qu’il s’agisse du minerai de fer (fermement en dessous désormais de $ 100 la tonne) et de l’acier, des métaux non ferreux comme le cuivre (autour de $ 8 000), de l’aluminium ($ 2 400) et plus encore de l’étain (au-dessous de $ 20 000), et puis des matières premières agricoles à l’image du coton dont la chute des prix est vertigineuse (83 cents la livre contre 174 cents en mai). Les seules exceptions notables restent le lithium à près de $ 70 000 la tonne et dans un genre bien différent la pâte à papier.

La raison de ce repli presque général est simple à expliquer : une forte odeur de récession plane sur des pans entiers de l’économie mondiale ; l’Europe bien sûr, mais aussi le Japon, le Brésil et quelques autres. Sous les coups de boutoir de la Fed, la croissance américaine reste anémique et l’interrogation chinoise est entière : que va décider Xi Jinping désormais adoubé presque à vie et entouré d’une équipe de fidèles « seconds couteaux ». Va-t-il poursuivre sa politique anti-covid à coups de confinements à la moindre alerte ou bien va-t-il ouvrir à nouveau les vannes de la relance économique sur la base de son seul marché intérieur ?

Il reste enfin la situation des marchés alimentaires pour lesquels les tensions restent fortes : en octobre l’indice des prix alimentaires de la FAO est resté à peu près stable, 15 % en dessous du record de mars 2022, mais 2 % au-dessus du niveau d’octobre 2021 : à l’exception des céréales, la plupart des prix sont orientés à la baisse. Les marchés céréaliers vivent en effet les angoisses ukrainiennes et puis aussi quelques mauvaises nouvelles climatiques dans l’hémisphère Sud (Australie et Argentine). Le marché du blé reste tendu malgré une récolte mondiale record (784 Mt d’après la FAO). Pourtant, les tensions les plus fortes sont à attendre pour les céréales secondaires et en particulier pour le maïs avec une baisse de la production mondiale de l’ordre de 40 Mt. Tout va dépendre de l’appétit chinois… Et puis, il faut déjà penser aux campagnes à venir et à l’impact attendu de la hausse du prix des engrais : les prix de l’urée, dans la foulée du gaz naturel restent trois fois plus élevés qu’il y a deux ans.

Nous retrouvons là la crise énergétique et au-delà la situation climatique dont on débat sous le soleil de Charm El Sheik dans une Égypte dont la facture céréalière va augmenter d’au moins un milliard de dollars…

26 octobre

 

Du XIIe au XVe siècle, Venise fut le cœur d’une économie-monde qui couvrait presque l’essentiel de ces routes de la soie que Xi Jinping essaie aujourd’hui de reconstituer au profit de la Chine. Venise était alors le point de passage entre l’Orient et le nord de l’Europe en particulier pour le poivre et les épices que venaient acheter des marchands allemands de la Hanse qui se retrouvaient au Rialto à la Fondacio dei Tedeschi (restaurée par le groupe LVMH et devenue un grand magasin de luxe…). Lorsque les Portugais parvinrent à contourner l’Afrique et à rejoindre directement l’Inde, le vent tourna pour Venise qui entama un lent déclin qui, de fête en fête, dura encore trois siècles.

Venise, même en ces temps de Biennale, n’est plus qu’une superbe vitrine qui chaque jour lutte contre les éléments (et les « aqua alta ») pour accueillir un flot ininterrompu de touristes. Mais si l’on prend la peine de vagabonder au gré des ruelles, que de palais décatis, témoignages de ce que fut la splendeur de la Sérénissime, lorsque, encore au XVIIe siècle, elle luttait contre les Ottomans pour sauvegarder ses derniers points d’appui en Méditerranée. Il n’y a plus guère de Vénitiens, la plupart travaillant sur la « terre ferme » et même ici les vendeurs de souvenirs sont natifs… du Bangladesh ! Il reste aussi l’université et en cette saison, la vieille tradition des « lauréats » qui portent fièrement leur couronne de laurier !

Choc aussi dans la grande salle du Sénat du Palais des Doges, les œuvres géantes d’Anselm Kieffer qui parlent elles aussi de ravages et de déclins.

 

24 octobre

 

Xi Jinping encore ! Si le renouvellement du mandat de Xi Jinping à la tête de la Chine était une évidence, on attendait avec impatience la composition du Comité permanent du Politburo, les sept « sages » qui dans la pratique composent le véritable « gouvernement » de la Chine. Sur les six (Xi étant le septième), on compte quatre nouveaux, tous proches de Xi auprès duquel ils ont souvent réalisé leur carrière. Li Keqiang qui avait occupé depuis dix ans la position de Premier ministre, théoriquement numéro deux dans la hiérarchie du régime, disparaît, son mandat au Politburo n’étant pas renouvelé (il ne fait même plus partie du Comité central : la purge totale !). En 2012, il se dit que Hu Jintao avait soutenu Li Keqiang à l’accès au poste suprême contre Xi : Hu Jintao dont l’étoile s’est définitivement éteinte samedi…

Le poste de Premier ministre sera probablement occupé par Li Qiang, un ancien secrétaire de Xi devenu le secrétaire général du Parti à Shanghaï. C’est lui qui a orchestré cette année le gigantesque confinement de Shanghaï en plein délire « zéro covid » : le voilà donc récompensé, une preuve que la volonté du zéro covid n’était pas le simple fait de quelques fonctionnaires locaux trop zélés. Parmi les nouveaux, on compte aussi le secrétaire du Parti pour Pékin. Les deux « anciens » dont le mandat est reconduit sont pour l’un le responsable de la lutte anticorruption (qui a permis au passage d’éliminer la plupart des opposants de Xi) et pour l’autre, l’idéologue du régime. Remarquons qu’il n’y a pas là l’ombre d’un successeur potentiel : en 2032, Xi Jinping n’aura après tout « que » 79 ans ! Mao et Deng ont régné plus longtemps encore et l’héritage confucéen de la Chine célèbre tant le Prince que les ancêtres !

 

22 octobre

 

À Pékin, le sort en est jeté. Xi Jinping, le prince rouge, le fils de Xi Zhongxun, un compagnon de la Longue Marche de Mao, purgé durant la Révolution culturelle, réhabilité par Deng et devenu un des artisans de l’ouverture économique de la Chine, Xi Jinping reprend « les habits neufs du président Mao » en dépassant les limites autrefois fixées par Deng : deux « mandats » de cinq ans. Après dix années de Jiang Zemin, puis dix années de Hu Jintao, Xi Jinping aurait dû céder aujourd’hui le pouvoir à un nouveau dirigeant ; il le garde sans limitation de temps, et à 69 ans son « règne » pourrait durer encore quelques lustres. Symboliquement, lors de la cérémonie finale du Congrès du PCC, on a assisté à ce qui ressemblait à l’élimination presque physique de son prédécesseur Hu Jintao.

Et maintenant donc ? L’infléchissement du « modèle » chinois va se poursuivre. Le Parti et l’État vont un peu plus prendre le pas sur les libertés et l’économie de marché : Hong Kong, les Ouïghours, le Tibet vont continuer à être « normalisés ». Sur le plan économique, la grande interrogation reste celle de la poursuite du « zéro covid », une politique dont Xi a assumé toute la responsabilité. Si l’économie chinoise ne retrouve pas un rythme de croissance de l’ordre de 4 % au minimum, le risque est grand que Xi soit tenté de compenser des déboires économiques et la montée du chômage par un regain de nationalisme, voire d’impérialisme. On pense là bien sûr à Taïwan même si les déboires de la Russie en Ukraine peuvent inciter à la prudence.

Longtemps retirés derrière les murs de la Cité interdite, les empereurs mandchous se contentaient de recevoir les hommages de leurs vassaux. Ils avaient perdu le goût des conquêtes de leurs ancêtres. L’avenir seul dira si Xi Jinping l’a retrouvé et dans quelle direction il se portera.

 

20 octobre

 

Clap de fin au Royaume-Uni pour Liz Truss qui n’aura tenu que quarante-cinq jours marqués par une insigne maladresse budgétaire et puis surtout par les contradictions internes au parti conservateur. Elle restera dans l’histoire comme la dernière première ministre d’Elisabeth II (pendant deux jours), la première de Charles III.

Les marchés financiers ont joué un rôle incontestable dans cette chute. L’annonce d’un budget irréaliste marqué par des diminutions d’impôts (pour les riches et les entreprises) et par le plafonnement des prix de l’énergie (pour tous cette fois) a provoqué une flambée des taux et précipité la chute du sterling. La Banque d’Angleterre a dû jouer les pompiers sans se priver, tout comme le FMI, de critiquer la décontraction budgétaire du gouvernement. Liz Truss avait du sacrifier son Chancelier de l’Échiquier, revoir sa copie budgétaire, mais c’était manifestement trop tard, le navire prenant eau de partout. Elle a jeté l’éponge sous la pression de tous les « back benchers », tous les députés conservateurs qui ne veulent surtout pas de nouvelles élections qui feraient mordre la poussière à la plupart d’entre eux face à un Labour qui, débarrassé de Jeremy Corbyn, apparaît bien rassurant…

Un nouveau premier ministre conservateur va donc succéder à Liz Truss à la suite d’un vote des parlementaires. Le champ est ouvert aux battus de l’été (Shunak et Mordaunt), mais aussi – pourquoi pas – à Boris Johnson qui a immédiatement pris un avion pour Londres depuis les Caraïbes où il passait ses vacances. Le Royaume-Uni est en crise et au moins, grâce au Brexit, ce n’est pas là une crise européenne !

 

 

18 octobre

 

Jour de grève en France ! Suivant une vieille tradition d’automnes sociaux difficiles, syndicats et partis de gauche ont décidé de profiter des mouvements sociaux dans les raffineries pour enfoncer quelques clous dans une situation politique bien confuse. Jean-Luc Mélenchon rêve d’un mouvement comparable aux grèves générales qui avaient suivi la victoire du Front populaire en 1936. Il se trompe un peu d’époque en confondant les grévistes de 1936 et les gilets jaunes de 2022.

Ce qui reste fascinant en France, c’est le recours systématique à la grève préventive, orchestrée en général par les syndicats les plus durs – pas forcément les plus représentatifs – CGT et Sud auxquels se raccrochent enseignants et étudiants et lycéens (là aussi avec des « syndicats » bien peu représentatifs). En d’autres pays, la grève est une démarche de dernier recours lorsque la négociation a échoué. En France, elle est un exercice de musculation sociale, souvent récupérée par les politiques.

C’est bien le cas aujourd’hui. La France est au bord de la récession et subit de plein fouet une crise énergétique majeure dont on ne peut accuser le gouvernement ni d’ailleurs celui – ou ceux – qui l’ont précédé. Les Français ne s’y trompent pas qui – semble-t-il – y ont montré bien peu d’élan pour cette grève.

Mais voilà, les traditions sont respectées, les banderoles ont pu se déployer. Rien n’a avancé et les stations-service restent peu ou pas approvisionnées. En prolongeant les remises fiscales sur l’essence, le gouvernement a entendu les plaintes et… plombé un peu plus son budget.

Tout va bien. Circulez… si vous le pouvez !

 

14 octobre

 

En cette semaine d’assemblées à Washington du Fonds et de la Banque, c’est le moment des ultimes prévisions économiques pour 2023. Et franchement, celles-ci ne sont pas réjouissantes : ainsi le FMI anticipe une croissance économique mondiale de 2,7 % avec quand même 25 % de chances qu’elle soit inférieure à 2 % et même 15 % de chances d’aller en dessous de 1 %. Et encore, le FMI est presque le plus optimiste : nombre d’instituts et de banques anticipent déjà moins de 2 %, voire de 1,5 %.

Pour les pays avancés, la chose est simple ; c’est zéro à peu près partout et bien souvent au négatif comme en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, peut-être même pour la zone euro et la France. Les États-Unis maintiendraient à peine la tête hors de l’eau grâce à leur avantage énergétique. Au total, ce ne serait plus de stagfation qu’il faudrait parler, mais bien de « recesso-flation ». Partout, le moral est en berne, les taux comme le dollar grimpent. À la limite, il n’y a là guère de surprise, sauf peut-être l’ampleur du mouvement récessif.

Pour les pays autrefois qualifiés d’émergents, la messe est dite pour le Brésil et l’Afrique du Sud. L’Inde par contre, échappe à la contagion tout comme les pays exportateurs d’énergie et de matières premières.

Mais l’interrogation majeure reste la Chine dont la croissance en 2022 a sombré en dessous de 3 %. On est loin des 10,4 % des années 2000 et même encore des 7,7 % des années 2010. Or, pour la Chine, l’équivalent de la « croissance zéro » des pays occidentaux (au fond supportable sur le plan social avec le matelas de l’État providence comme le Japon en fait la démonstration depuis au moins trois décennies) est probablement aux alentours de 4 %. C’est le minimum nécessaire pour avoir le niveau de création d’emplois suffisant pour absorber tant les travailleurs migrants que les jeunes diplômés. En 2022, la Chine a été manifestement en dessous de ce seuil. La politique du zéro covid en est certes responsable, mais pas seulement. Il y a aussi la crise immobilière (– 8 % de production de ciment en Chine au premier semestre) et plus globalement le vieillissement accéléré de la société chinoise. Il y a enfin le caractère quelque peu irrationnel ces derniers mois du « règne » (prolongé à vie cette semaine) de Xi Jinping. Le passage au despotisme absolu n’est signe de sagesse ni politique ni économique.

Quel « pronostic » faire alors pour la Chine en 2023 ? Les caisses restent pleines et le gouvernement a les moyens d’un plan de relance qui rapprocherait la croissance chinoise de ce qui était l’objectif officiel de 2022 (+ 5,5 %). Des prévisions autour de 3 ou 4 % semblent raisonnables, mais au fond, personne ne sait ce que sera la politique suivie par Xi Jinping au lendemain de son sacre.

Inconnues chinoises et puis aussi ukrainiennes et iraniennes, 2023 s’annonce bien difficile à décrypter : une nouvelle année de crises et de doutes en tout cas.

 

12 octobre

 

Il y soixante ans s’ouvrait le Concile Vatican II. Jean XXIII, l’aimable vieillard qui avait succédé au rigide Pie XII et dont on avait imaginé qu’il ne serait qu’un pape « de transition », avait décidé de le convoquer et surtout d’ouvrir le débat aux « progressistes » au grand dam des conservateurs de la Curie. Jean XXIII ne vécut pas assez longtemps pour vivre la fin de Vatican II qui se termina sous le pontificat de Paul VI. Mais l’essentiel était fait et l’Église catholique venait là de se livrer au plus extraordinaire exercice de modernisation, d’adaptation aux nouvelles réalités du monde et même de remise en cause auquel aucune institution de cette nature ne s’était jamais livrée. À bien des égards, l’Église était restée au XIXe siècle avec ses ors et ses pompes, ses structures et ses hiérarchies. Avec Vatican II, elle brûlait les étapes vers le XXIe siècle. Vatican II précède d’ailleurs de quelques années les grandes contestations de la fin des années soixante qui mirent à bas maintes autres institutions.

Soixante ans plus tard, l’héritage de Vatican II reste source de débats. Alors que fleurissent les traditionalistes de tous bords qui rêvent d’un retour à « avant », certains accusent le Concile d’avoir contribué à vider églises et séminaires. Mais bien au contraire, l’Église catholique aurait-elle survécu ailleurs que dans quelques catacombes s’il n’y avait pas eu cette ouverture sur le monde.

Le pape François, que l’on peut qualifier d’enfant de Vatican II, vient de lancer une vaste consultation, un synode, et au vu des premières réponses (celles de l’Église allemande par exemple), on voit bien que la dynamique et l’esprit de Vatican II perdurent alors même que dans nombre de pays – en Europe en particulier – le recul catholique s’accentue. 

 

11 octobre

 

Je vous écris du Gers, le pays où comme on le sait « le bonheur est dans le pré ». Dix jours de marche sur les chemins de Saint-Jacques m’ont mené là depuis Rocamadour au travers du Quercy puis de la Lomagne. L’avantage de ces marches est de vous couper du monde dont vous n’avez quelque écho que le soir par les messages d’amis journalistes. L’actualité paraît bien lointaine, mais il est aussi fascinant de savoir ce qui passionnait les Français (ou au moins leurs radios et télévisions) en cette première quinzaine d’octobre : l’Ukraine bien sûr et les revers russes assortis de menaces nucléaires ; l’Iran et la contestation qui semble prendre de l’ampleur ; mais surtout en France, il semble bien que le sujet majeur ait été… la pénurie d’essence au point d’avoir motivé plusieurs interventions ministérielles et même présidentielle. Or, s’il y a bien une question qui n’aurait dû valoir que quelques échos de bas de page, c’est bien celle-là. En ces temps de crise tant géopolitique qu’économique, la pénurie d’essence en France tient en effet du ridicule.

Depuis le 1er septembre, les Français bénéficient d’un rabais de 30 centimes le litre consenti au début de l’été au moment où les prix du pétrole brut dépassaient largement les $ 100 le baril. Depuis, ils ont nettement baissé entre $ 80 et $ 90 et ont même à peine réagi à la décision de l’OPEP+ de réduire de 2 millions de barils/jour les quotas de production. Certes, durant l’été et encore ces dernières semaines l’euro a baissé par rapport au dollar, mais au total, la tendance à la baisse des prix des carburants a été nette ces derniers mois. Le gouvernement a quand même maintenu son « cadeau », ce qui était de bonne politique en une rentrée qui s’annonçait difficile. Parallèlement, TotalEnergies, sur la sellette en ces temps de « superprofits », a rajouté dans son propre réseau, un rabais de 20 centimes. Dans les stations Total, le litre de SP95 a pu tomber en dessous de € 1,40.

Les Français achètent à 60 % leurs carburants dans les centres commerciaux de la grande distribution. En dehors des autoroutes, ils ignorent en général les stations des réseaux classiques qui, ces dernières années, ont perdu le gros de leurs clients. Mais voilà soudain tout le monde s’est rué sur les malheureuses stations Total. Les queues se sont allongées pour profiter d’une bonne dizaine de centimes de rabais au point que certaines stations se sont retrouvées à court de carburant. Là-dessus, les salariés des raffineries Total – taquins – se sont mis en grève pour améliorer leur part du gâteau. L’approvisionnement des stations Total est devenu plus aléatoire et d’autres raffineries et dépôts ont suivi le mouvement. Et on a commencé pour certaines régions, notamment à proximité de Paris, à parler de pénurie. L’information en continu a fait le reste. Les Français allaient manquer d’essence ! La psychose du manque a fait le reste un peu comme, quelques semaines plus tôt, pour l’huile de tournesol ou la moutarde. Alerté, le gouvernement n’a pas manqué de réagir : stocks stratégiques, réquisitions, fortes incitations au « dialogue social », tout a joué. C’est que l’affaire était d’importance : avec le prix de la baguette (celui-ci aussi bouleversé par le prix de l’énergie), l’accès à l’essence fait partie de nos droits fondamentaux !

« Heureusement », fin octobre, les cadeaux tant du gouvernement que ceux de Total vont normalement se réduire. L’essence va rebondir de vingt à trente centimes. À Miradoux, dans le Gers, la pompe « municipale » affichait le 10 octobre € 1,80 le litre de SP sans pénurie. Tout ce débat était bien loin. Pourquoi tant d’histoires ?

La vraie bonne nouvelle de ces derniers jours c’est par contre la baisse du prix du gaz naturel sur le marché de gros européen tombé à € 100 le MWh contre € 200 il y a quelques semaines. Les stocks européens sont pleins et puis surtout l’automne a des couleurs d’été indien, ce dont on ne peut se plaindre sur le « camino ».

 

8 octobre

 

L’actualité est riche, de l’Ukraine avec l’attaque sur le pont qui relie la Crimée à la Russie, à l’Iran ou aux États-Unis en pleine campagne électorale. En France, pourtant, la une des médias est consacrée aux pénuries – réelles ou exagérées – de carburants.

Au départ, le phénomène a touché les stations Total qui affichaient des prix inférieurs d’au moins dix centimes le litre à la grande distribution. Dès le début septembre, les queues se sont allongées devant ces stations quelque peu délaissées jusque-là. Certaines commençaient même à avoir leurs cuves vides lorsqu’une grève des salariés des raffineries de Total a perturbé l’approvisionnement de régions entières, en particulier l’Île-de-France et les Hauts de France.

À partir de là s’est développée une véritable psychose à la limite du rationnel. La ruée sur les stations a vidé les cuves et la pénurie est devenue une réalité. Comme toujours en France, on s’est retourné vers l’état, forcément responsable. Des ministres sont intervenus. On a même parlé d’avoir recours aux stocks stratégiques de carburants. Sur les chaînes d’information en continu, l’affaire a éclipsé toutes les autres actualités, aggravant encore un peu plus l’anxiété. Il y a quelques mois, on avait connu cela pour l’huile de tournesol. Mais avec l’essence, on touche presque aux droits fondamentaux des Français. Dont acte !

 

5 octobre

 

L’OPEP+ a manifestement décidé de taper du poing sur la table et d’envoyer aux marchés un message fort. Alors que l’on attendait une baisse des quotas pétroliers de 1 mbj, ce sont donc 2 mbj de coupures qui ont été annoncées. Il est vrai que l’humeur des marchés avait été nettement baissière ces dernières semaines avec le baril de Brent flirtant même avec les $ 80 (mais en un dollar de plus en plus cher). La raison en était les perspectives de ralentissement économique mondial, les doutes sur la Chine et puis aussi les rabais dont profitaient les acheteurs de pétrole russe et iranien qui tiraient les prix vers le bas.

L’OPEP+ est par ailleurs tiraillée entre l’Arabie saoudite qui cherche quand même à ménager les États-Unis et la Russie qui voit se préciser la menace d’un plafonnement unilatéral de ses prix de vente. Enfin, il faut tenir compte du fait que l’OPEP+ est loin de remplir ses quotas avec un manque à produire de 3 à 3,5 mbj : la Russie certes, mais aussi l’Angola, le Nigeria et quelques autres. Concrètement, l’effet de cette réduction de quotas risque d’être assez limité et tout dépendra en fait de l’Arabie saoudite, le seul pays – avec les Émirats – capable de réduire sa production et de peser sur le marché. Celui-ci continue en fait à anticiper des fluctuations entre $ 80 et $ 100. C’est assez bien raisonné.

 

4 octobre

 

Après les cérémonies sur la Place Rouge, célébrant l’annexion par la Russie des quatre oblasts ukrainiens qui se sont prononcés « volontairement » en ce sens par referendum, le retour à la réalité du terrain semble bien cruel pour Vladimir Poutine. Partout, semble-t-il, les troupes russes reculent et la retraite tourne même à la débandade. Manifestement, les troupes russes mal commandées et surtout peu motivées ne tiennent pas sous le choc. Il est vrai qu’en face, les Ukrainiens se battent pour leur pays et sont aussi soutenus par toute l’infrastructure américaine : des armes, mais surtout des systèmes de renseignement qui leur permettent d’avoir « un coup d’avance ».

Les troupes ukrainiennes sont, semble-t-il, aux portes de Kherson (mais il reste le fleuve à traverser) et occupent à nouveau une partie des oblasts désormais russes. Auront-elles les moyens d’aller plus loin ?

V. Zelenski est l’âme de ce combat, mais en visant ouvertement la Crimée, il ferme aussi la porte à toute tentative de compromis et fait à la limite le jeu des ultras de Moscou.

Pour l’instant, on ne voit guère de solution à ce conflit d’un autre âge, héritier au fond des partages absurdes du traité de Versailles, il y a un siècle. Quant à la crainte nucléaire, elle reste entière. Tout peut arriver.

 

2 octobre

 

Rien ne va plus au Royaume-Uni et d’après tous les commentateurs britanniques, Liz Truss a fait les plus mauvais débuts de presque tous les Premiers ministres britanniques. Il est vrai qu’elle a frappé fort et un peu dans toutes les directions avec l’aide – ou sous l’influence – de son Chancelier de l’Échiquier : annonces de baisse d’impôts majeures et en même temps programmes de soutien à la consommation et plafonnement des prix du gaz et de l’électricité. Tout en même temps, et à la clef, un déficit budgétaire qui devient abyssal alors que toutes les prévisions économiques donnent pour le Royaume-Uni une croissance négative (– 0,5 % au moins) pour 2023.

En quelques jours, Liz Truss semble avoir perdu toute la confiance des Britanniques et même des députés conservateurs. Il est vrai aussi que la semaine a été rude sur les marchés financiers : la Banque d’Angleterre a dû intervenir en catastrophe pour éviter la faillite des fonds de pension les plus exposés. Certains n’hésitent pas à dire que la situation dans la City est pire en 2022 que ce qu’elle fut en 2008. C’est peut-être là un peu exagéré, mais même le FMI y est allé de sa réprimande comme vis-à-vis du premier pays en développement venu.

À Londres, on se demande combien de temps Liz Truss va tenir et on en vient presque à regretter Boris ! 

 

30 septembre

 

La reine est morte… et pendant quelques jours, la vie de la planète s’est arrêtée, tournant définitivement la page d’un XXe siècle qui aura été surtout marqué par le déclin inexorable de l’Europe au fil des guerres et des crises.

Mais les crises justement ont repris leur cours. En Europe, la guerre fait rage dans les confins ukrainiens poussant Vladimir Poutine dans ses derniers retranchements avant un éventuel scénario nucléaire. Xi Jinping en profite pour avancer ses pions en Asie centrale tout en préparant son sacre lors du Congrès du PCC qui commencera le 16 octobre. Joe Biden a plus que jamais les yeux fixés sur des élections à mi-mandat qui pourraient être moins catastrophiques qu’anticipées pour les démocrates, mais qui pourraient quand même se solder par la perte de la Chambre. En Italie par contre, c’est le triomphe de Giorgia Meloni et un peu partout en Europe le retour des nationalismes.

L’Europe justement reste sous le choc de la crise énergétique : certes les prix du gaz se sont repliés depuis leurs sommets de la fin août, mais il a suffi de quelques bulles en mer Baltique à partir des deux gazoducs Nordstream pour qu’ils rebondissent autour de € 200 le MWh. On parle de plus en plus de plafonner le prix du gaz : c’est chose faite dans la péninsule ibérique (autour de € 50) et au Royaume-Uni (à £ 75 et à £ 211 pour l’électricité). Mais c’est là déplacer la facture vers le contribuable (£ 40 milliards pour six mois outre-Manche) et à l’intérieur de l’UE cela induit des distorsions entre pays : l’Espagne exporte maintenant de l’électricité vers la France ! Il n’y a malheureusement pas de solution à court terme pour le prix du gaz : l’Allemagne va commencer à importer du GNL depuis les Émirats, mais nul doute qu’elle le paiera au prix fort. Le véritable chantier serait d’encadrer les prix de l’électricité voire de revenir à des prix administrés à l’échelle européenne. Mais on en est bien loin et les pays européens les plus libéraux à l’image des Pays-Bas traînent des pieds. Bien entendu, la hausse des coûts de l’énergie va fragiliser les entreprises et cela explique les révisions à la baisse des prévisions de croissance pour 2023 : zéro pour l’Union européenne (et pour la France) et du négatif pour l’Allemagne et l’Italie. L’horizon est bien sombre et ce d’autant plus que les marchés financiers sont de plus en plus nerveux avec la hausse des taux longs, le volontarisme des banques centrales qui contraste avec le laxisme budgétaire de nombre de gouvernements : le Royaume-Uni est de ce point de vue un cas d’école ! La hausse du dollar contre presque toutes les devises (euro, sterling, yen, yuan) complique encore un peu la donne.

La fermeté du dollar devrait au moins avoir une conséquence positive, celle de peser sur les prix des matières premières. La corrélation inverse entre le dollar et les matières premières est en effet en général assez solide. Elle conforterait une tendance, à l’œuvre depuis maintenant plusieurs mois, sensible pour la plupart des matières premières industrielles (à la notable exception de la pâte à papier), mais aussi pour les produits alimentaires (à l’exception là du café).

Ceci étant, il reste tant d’inconnues en ce début d’automne : le climat tout d’abord, surtout en Europe, mais aussi les négociations sur le nucléaire iranien qui semblent s’enliser à Vienne (il est vrai que les autorités de Téhéran ont bien d’autres soucis), la situation économique et sanitaire en Chine (et le niveau des importations chinoises de céréales), les élections au Brésil, la faiblesse européenne avec un nouvel axe Budapest-Rome…

Nous sommes bien au-delà de la simple « langueur monotone » des violons de l’automne.

 

26 septembre

 

On avait beau s’y attendre, néanmoins le choc est rude : la coalition de droite l’emporte en Italie. Tant la ligue que le parti de Silvio Berlusconi sont pourtant en recul. Mais Fratelli d’Italia, l’héritier un peu lointain du « neo-fasciste » MSI devient le premier parti d’Italie avec à peu près un quart des votes, menant une coalition qui disposera de la majorité dans les deux chambres. En toute logique, Giorgia Meloni sera la prochaine présidente du Conseil et succédera ainsi à Mario Draghi.

Plus que l’extrême droite et malgré la connotation fasciste assumée (mais à la sauce italienne), il s’agit en fait d’une droite populiste qui dans ce cas a l’originalité de se présenter comme chrétienne, ce que l’on retrouve aussi dans les milieux de la droite nationale française. Madame Meloni a nettement adouci son discours sur l’Europe, mais on peut imaginer qu’elle va se situer sur une ligne comparable à celle de Viktor Orban. Quel contraste avec Mario Draghi qui avait fait de l’Italie un des piliers majeurs de l’Europe.

C’est un peu le vote de la dernière chance pour une Italie qui aura tout essayé : les condottieres à la Berlusconi, les technocrates comme Monti et Draghi, les réformistes comme Letta et Renzi. Il y a presque un siècle, c’est ainsi que Mussolini était arrivé au pouvoir… La suite ne fut malheureusement pas à la hauteur des espérances…

 

25 septembre

 

En 1787, Mozart présenta ce que l’on peut considérer comme son premier « grand » opéra : en italien certes, sur un livret de Da Ponte, mais tellement plus profond que les opéras-comiques de l’époque. La première de Don Giovanni eut lieu à Prague dans la salle toute récente alors du théâtre des États qui jouxte l’université Karlova.

Ce soir, dans cette même salle, à l’italienne, brillant de tous ses ors, la troupe permanente du Narodni divadlo, attachée au théâtre des États, donnait une nouvelle fois Don Giovanni. Les moyens des opéras de Prague ne sont pas ceux des grandes scènes mondiales : pas de « stars » internationales, des mises en scène limitées, mais un entrain qui ce soir gagnait les spectateurs. La mode actuelle est de donner carte blanche aux metteurs en scène pour « interpréter » leur propre vision, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire et… toujours pour le plus coûteux.

Ce soir, Mozart était là et malgré quelques anachronismes (une cocarde de la révolution française deux ans au moins trop tôt), il se serait retrouvé dans « sa » première, la quête de Don Juan et son ultime défi face à la statue du commandeur. La musique de Mozart brillait de tous ses feux, rebondissant dans cette salle à l’acoustique parfaite. Un moment de bonheur, deux cent trente-cinq ans plus tard.

 

22 septembre

 

La rentrée se fait sous la contrainte de la crise énergétique et de la flambée des prix du gaz et de l’électricité multipliés sur les marchés européens par vingt et dix respectivement. Au total, en Europe, ce sont quelques cinq cents milliards d’euros que les états vont consacrer à plafonner les hausses, à subventionner les plus fragiles, à renflouer voire à nationaliser certains distributeurs.

En France, il a été décidé de plafonner les hausses des tarifs pour les ménages à 15 %, ce qui est un geste considé-rable. Mais pour l’instant, rien n’est prévu pour les entreprises. Sans même parler des plus énergivore, c’est tout le tissu économique qui se trouve soumis à un choc qui dans nombre de secteurs va se traduire par une augmentation des charges bien souvent supérieure aux marges bénéficiaires. Ainsi, pour les industries de la charcuterie, l’augmentation de la facture énergétique pourrait représenter plus de 3 % du chiffre d’affaires, probablement plus que des marges laminées par la grande distribution. Au Royaume-Uni, il vient d’être décidé un plafonnement des prix du gaz et de l’électricité pour les entreprises à £ 211 le MWh pour l’électricité et £ 75 le MWh pour le gaz : cela coûtera £ 40 milliards pour les six mois de cette mesure.

La crise énergétique est la pire que l’Europe ait connue depuis les années soixante-dix. Il est temps d’en prendre conscience...

 

19 septembre

 

4 milliards de spectateurs ! La « firme » a fait un tabac avec un péplum à grand spectacle dans les rues de Londres. La charge est peut-être là un peu forte, mais on doit reconnaître – admiratif – que la mise en scène de l’enterrement de la Reine a été grandiose sans aucune fausse note. Au-delà de tous les chefs d’État (à l’exception de Poutine, qui n’était pas invité, et de Xi Jinping, à peine représenté) ce qui était frappant c’était la ferveur populaire tant en « présentiel », au long des rues du cortège, qu’en « distanciel ». Aux Français, il manquait seulement Léon Zitrone qui avait commenté le couronnement d’Élisabeth II en 1952, une première télévisuelle à l’époque.

Tout y était : le chatoiement de costumes immuables depuis probablement l’enterrement de l’arrière-grand-mère d’Élisabeth II, la reine Victoria, la dignité des premiers rôles de la famille royale, la beauté des cantiques remontant souvent à Élisabeth I (Purcell et quelques autres), l’organisation irréprochable et cela tout au long de la semaine… Certes, la France n’a pas à rougir avec son défilé du 14 juillet, mais les Britanniques ont su ajouter en ce jour dignité et recueillement.

Quelques esprits vulgaires ont parlé dépenses et budget en ces temps difficiles, mais le « retour sur investissement » est sans commune mesure et la monarchie britannique a justifié en ce jour son existence : être un symbole et l’image d’une nation qui pendant quelques heures est revenue au centre du monde.

 

14 septembre

 

Décidément les Britanniques sont bien différents des Français ! En pleine crise de l’énergie, alors que les ménages britan-niques voient s’envoler leurs factures d’électricité et de gaz, le nouveau Chancelier de l’Échiquier n’a rien trouvé de mieux que d’annoncer la fin du plafonnement des bonus de la City de Londres. C’est réaliste à l’aune de la concurrence entre les grandes places financières pour attirer les talents et avec le Brexit on a assisté au départ de plusieurs salles de marché de grands acteurs de la finance vers Francfort, Amsterdam, Zurich et même Paris.

Kwasi Kwarteng n’est d’ailleurs pas un Chancelier de l’échiquier ordinaire : originaire du Ghana, seule la couleur de sa peau le distingue un peu de ses homologues de l’aristocratie politique britannique : Eton et Cambridge puis un parcours quelque peu atypique au sein du parti conservateur. Il est le parfait représentant d’une société anglaise (plus que britan-nique) parfaitement inégalitaire et où les inégalités sont acceptées comme légitimes par le corps social : c’est Downtown Ab-bey d’un côté, les films de Ken Loach de l’autre. Les traders en sont un peu la nouvelle aristocratie même si leur origine sociale, leur accent, en sont beaucoup plus mélangés.

Retour donc des bonus et tant pis pour les factures de gaz et d’électricité ! Reconnaissons au moins que les Britan-niques ne s’embarrassent pas de cette hypocrisie qui en France met en avant l’égalité dans les discours et bien peu dans la réalité.

 

12 septembre

 

Pour la première fois depuis le début du Covid, Xi Jinping s’aventure hors de Chine. Certes, il ne va pas très loin, juste en Asie centrale et notamment à Samarcande (l’une des étapes historiques de l’ancienne route de la soie) pour la réunion de l’Organisation de Coopération de Shanghai qui réunit la plupart des pays d’Asie (Inde comprise) ainsi que la Russie. En dehors de l’Ouzbékistan, Xi va aussi visiter le Kazakhstan, marquant ainsi l’intérêt de la Chine pour des pays appartenant jusque-là à la sphère d’influence russe (il y a un an, ce sont des troupes russes qui ont « sauvé » le régime kazakh).

L’organisation de Shanghai est clairement sous influence chinoise avec toutefois deux électrons majeurs, liés jusque-là par une amitié historique remontant à l’époque de Nehru et de Kroutchev. Manifestement, Narendra Modi n’est plus sur cette ligne et il a condamné l’invasion russe de l’Ukraine. Privé de cet allié faisant contrepoids à la Chine, Vladimir Poutine était à Samarcande en position de faiblesse face à Xi Jin Ping et cela les pays vassaux d’Asie centrale l’ont bien com-pris. Face à la Chine, la Russie ne fait plus le poids ni économiquement (depuis longtemps) ni militairement avec les échecs ukrainiens. Il reste l’Inde qui se tient désormais à distance.

À Samarcande, Xi Jinping pouvait rêver à ses véritables prédécesseurs : les Khans de la Horde d’Or !

 

9 septembre

 

La reine est morte ! De toutes les reines qui existent encore sur la planète, il n’y en avait qu’une, elle, « The Queen », le dernier lambeau de l’Empire britannique, l’arrière-petite-fille de Victoria, née en un temps où le soleil jamais ne se couchait sur l’Union Jack. Symboliquement, l’avant-veille de sa mort, elle avait reçu sa nouvelle Première ministre, le quinzième depuis Winston Churchill, Liz Truss dont le modèle est Magaret Thatcher qu’elle n’avait guère apprécié.

Sans tomber dans la guimauve des magazines « people », on ne peut que saluer la manière dont cette femme a assumé son destin et, pendant soixante-dix ans, a incarné un Royaume souvent désuni, un empire oublié puis un Com-monwealth traversé de crises comme celle autour de l’Afrique du sud et de l’apartheid (ce qui provoqua un véritable affron-tement avec son Premier ministre de l’époque, Margaret Thatcher). Le souverain britannique n’a à peu près aucun pouvoir : chaque année, il lit un discours rédigé par son Premier ministre qu’il reçoit quand même chaque semaine. Il écoute, il représente, il incarne, dans une certaine mesure – et ce fut le cas d’Elisabeth II – il rassure. La vie ne lui a pas été tendre avec une scène familiale explosive, des divorces à répétition, l’affaire Diana… Elle a tenu bon et on peut même penser qu’elle a sauvé la monarchie britannique. God save the Queen !

 

8 septembre

 

En ce début d’automne, tous les yeux sont tournés vers des marchés, connus des seuls initiés, il y a seulement encore trois ou quatre ans ; ceux du gaz et de l’électricité en Europe. Jusque-là, seul le prix du pétrole importait, donnait le « la » à la scène énergétique mondiale, et c’est lui qui avait déclenché les grands chocs des années soixante-dix et 2008/2010. Le gaz naturel n’était qu’un lointain second et ce d’autant plus que son abondance rassurait avec le développement des gaz de schiste que, en Europe, on pouvait s’offrir le luxe de snober. Quant à l’électricité, on regardait avec curiosité les affres de la dérégulation américaine et les crises qui en découlaient de la Californie au Texas. Rien de tel en Europe grâce aux renouvelables allemands et espagnols, au nucléaire français, au charbon polonais et… au gaz russe !

Tout ceci a volé en éclat et il n’y a plus guère de certitudes européennes en matière énergétique. Le prix de l’essence à la pompe est presque passé au second plan, aidé en cela par la modération relative du marché du pétrole désor-mais sous la barre des $ 100 le baril. Le gaz naturel par contre caracole à des prix vingt fois plus élevés que dans les an-nées 2010, dépassant les $ 300 le baril équivalent pétrole. Et, comme on le sait, le mécanisme de formation du prix de l’électricité, conçu pour avantager les renouvelables, est devenu une machine infernale, corrélée au prix du gaz : résultat, les prix de l’électricité évoluent dans un contexte d’extrême volatilité entre 500 et 1 000 euros le MWh, des niveaux au moins dix fois plus élevés que dans la décennie précédente. La guerre en Ukraine a certes là une responsabilité directe, mais les racines de la crise en sont beaucoup plus profondes. Partout en Europe, les gouvernements en sont réduits à colmater les brèches, à coup d’appels louables à la sobriété et puis surtout de boucliers tarifaires et de subventions aux moins bien lotis. Tout ceci a bien entendu un coût budgétaire et reste en général limité aux seuls ménages, électeurs et éventuellement fron-deurs. Rien de tel pour les entreprises qui prennent de plein fouet un choc énergétique d’une ampleur comparable à ceux de 1973 et de 1980. Le résultat en sera, au-delà de l’automne, une récession hivernale pour la plupart des pays européens.

Inutile de revenir sur les erreurs commises et en particulier sur l’irresponsable idéologisation de la transition éner-gétique telle qu’elle a été instrumentalisée en Europe ces vingt dernières années. Le refus forcené du nucléaire et du gaz de schiste, la volonté d’électrifier les économies sans vraiment s’interroger sur la disponibilité électrique en l’absence éventuelle de gaz russe se paient aujourd’hui au prix fort. La plupart des solutions avancées en termes de production électrique met-tront des années à se concrétiser. À court terme, il faut trouver du gaz et bien sûr accepter de le payer au prix fort : même la Norvège n’est pas prête à faire des cadeaux ! Plafonner le prix du gaz est à peu près impossible d’autant plus que l’Europe n’est pas seule sur ce marché, longtemps dominé par les achats asiatiques. Pour l’électricité par contre, il existe des marges de manœuvre et l’UE pourrait s’engager sur la voie de prix administrés. Mais encore faudrait-il qu’il y ait une volonté poli-tique qui était absente des propos de Madame von der Leyen dans son discours sur l’État de l’Union.

En juillet dernier aux Rencontres d’Aix, un ancien ministre polonais de l’Énergie disait que l’Europe à l’automne n’aurait le choix qu’entre « prix exorbitants ou dette colossale ». Il avait malheureusement raison. On pourrait même y rajou-ter quelques « sanglots longs de violons » en espérant que l’hiver ne sera pas trop rude.

 

5 septembre

 

En ce début d’automne, les marchés mondiaux sont partagés entre crises, inquiétudes et puis quand même quelques soula-gements, voire des lueurs d’espérance.

Au chapitre des crises, il y a bien sûr l’énergie avec en vedette le gaz naturel et le charbon ainsi que bien sûr les conséquences qui en découlent pour l’électricité en Europe. De ce côté-là, il n’y a guère d’espoir d’amélioration de la situa-tion d’ici la fin de l’année dans l’attente d’un hiver qui profitera peut-être du réchauffement climatique ! La situation est par contre plus favorable sur le marché du pétrole, sensible au ralentissement économique tant dans les pays avancés qu’en Chine. Même si les négociations sur le nucléaire iranien n’aboutissent pas, le prix du pétrole devrait rester à des niveaux que l’on peut presque qualifier de « modéré » en dessous de $ 100 le baril.

Du côté des matières premières industrielles, le retournement a été beaucoup plus sensible : la plupart des métaux s’affichent en baisse à l’image du cuivre et de l’aluminium touchés par la baisse de la demande, en particulier de la Chine. Il en a été de même pour le fer et l’acier ainsi que pour des matières premières agricoles comme le coton et le caoutchouc. Pour tous ces marchés, le recul est net depuis les sommets atteints au début du printemps. La raison en est à trouver dans la dété-rioration des perspectives économiques, liée d’ailleurs à la crise de l’énergie.

Mais ce sont les marchés des produits alimentaires qui ont affiché le recul le plus net. Malgré quelques sécheresses spectaculaires en Europe et en Inde, malgré aussi la réduction du potentiel d’exportation ukrainien les perspectives de ré-coltes mondiales restent bonnes, voire excellentes pour des pays comme la Russie ou l’Australie. Des inquiétudes demeu-rent toutefois : la principale est chinoise. Quel sera le niveau d’importation de grains (céréales et oléagineux) de la Chine ? En 2021, c’est elle qui avait provoqué la flambée des prix mondiaux bien avant la panique ukrainienne. Sur les huit pre-miers mois de 2022, les importations chinoises sont en recul de 10 %. Mais cela va-t-il durer ? L’autre inquiétude est liée au prix du gaz et puis aussi à la potasse russe et bélarusse : c’est la flambée du prix des engrais dont il faudra attendre les con-séquences sur la campagne à venir.

Dernier point de soulagement enfin, le léger recul des taux de fret maritime notamment en ce qui concerne les con-teneurs. Les taux restent toutefois à des niveaux quatre fois plus élevés qu’avant 2019, mais les retards commencent à se résorber.

Tout ceci reste bien sûr fragile : interrogations géopolitiques (Ukraine, Chine, Iran…), économiques, monétaires (avec la baisse du dollar), climatiques, rendent l’exercice de prévisions plus risqué que jamais. Sous la cendre de la plupart des marchés, les braises n’attendent que de relancer l’incendie. Et au niveau international, il n’y a plus guère de « Canadair » pour les juguler.