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LES MARCHES MONDIAUX

« Le ciel rayonne, la terre jubile»

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018

16 mai 2018 - Paris

CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

 

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

 Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de Cyclope, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport Cyclope sur l’économie et les marchés mondiaux. Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

14 novembre

Pétrole

 

Le marché du pétrole n’en finit pas de tanguer. Alors que le ministre saoudien du Pétrole annonçait que le royaume allait augmenter ses exportations de 500 000 bj en décembre (par rapport à novembre dont on ne sait encore rien…) permettant au marché de se reprendre, voilà qu’un tweet de Donald Trump sème la panique et fait plonger le baril de Brent à $ 65, $ 20 de moins que début octobre.

La décision saoudienne était compréhensible du fait de l’abondance qui règne sur un marché qui s’était préparé à un embargo américain strict vis-à-vis de l’Iran. Mais la volte-face américaine sur les dérogations accordées aux importateurs de brut iranien a changé la donne. À court terme au moins le marché va rester excédentaire et l’Arabie Saoudite avait quelque raison d’intervenir.

Jusqu’aux élections américaines, les Saoudiens n’avaient pas bougé. Donald Trump jouait une grosse partie et il n’était pas question de provoquer la hausse de l’essence sur le marché américain, et ce, d’autant plus qu’avec l’affaire Kashoggi, MBS n’était pas en position de se démarquer de Trump. Mais une fois les élections passées, les Saoudiens pouvaient espérer retrouver leur liberté, et ce, d’autant plus que la production américaine ne cesse d’augmenter et atteindra les 12 millions bj dans les premiers mois de 2019. Manifestement, Donald Trump est d’un autre avis même si à $ 55 le baril de brut américain, les marges des producteurs se sont bien amoindries.

À trois semaines du sommet de l’OPEP à Vienne, début décembre, la balle est dans le camp des producteurs et cette fois, c’est la Russie qui sera aux commandes.

 

 

11 novembre

Anniversaire

 

Un siècle donc que sonnait enfin le « cessez-le-feu » tout au long d’un front interminable et de ses réseaux de tranchées qui pendant quatre ans avait été l’unique univers d’hommes dont la mort était le seul horizon. Et ils furent des millions à mourir dans ce qui restera la pire boucherie de l’histoire. Une fois encore, au-delà des futiles querelles sur les chefs, il faut s’incliner, comme ce matin le font les grands de ce monde, sur ces soldats inconnus dont la seule trace reste un nom sur une plaque.

Comme on le sait, ce ne fut pas la « der des der ». La « paix carthaginoise de Versailles » (l’expression de Keynes) portait en elle les germes d’autres conflits : la Seconde Guerre mondiale, bien sûr, mais aussi les conséquences des découpages des vainqueurs des Balkans au Moyen-Orient. Mais au moins en un siècle, l’Europe a chassé la guerre de son destin à l’exception de quelques périphéries, de la Crimée au Kosovo. Hier à Rethondes, Français et Allemands ont renoué encore cette alliance fondamentale qui a été le ciment de la construction européenne, n’en déplaise aux populistes de tout poil.

Mais ce matin, ce sont aussi Trump, Poutine et quelques autres qui donneront une dimension mondiale à cet anniversaire. L’Europe ne pèse plus guère dans les enjeux mondiaux et l’Atlantique même est un océan du passé. Mais l’initiative de la « conférence de la paix » qui va se tenir dans quelques heures est un beau symbole de la part du pays qui souffrit le plus dans sa chair et dans ses terres de cet immense carnage.

 

 

8 novembre

Pétain

 

Les Français ont toujours autant de mal avec l’histoire et il y a des symboles que l’on ne peut que manier avec précaution. Emmanuel Macron vient de l’apprendre à ses dépens avec Philippe Pétain.

En tournée mémorielle sur les terres de la Première Guerre mondiale, il a évoqué la figure de celui qui, loin des stratèges de bureaux, fut le commandant français le plus soucieux de ses soldats et qui joua un rôle fondamental au moment de la grande crise morale de 1917. On ne peut évoquer la Première Guerre mondiale sans saluer la mémoire de Pétain quoiqu’il ait fait par la suite. Un hommage aux « maréchaux » de la guerre sans mentionner Pétain frise le ridicule et cela d’autant plus que les intéressés ne sont pas non plus exemplaires : l’insigne médiocrité de Joffre, le talent politique de Foch qui fut un redoutable « viandard », les amitiés d’extrême droite « cagoulée » de Franchet d’Esperey… Quant à Liautey, il ne fut pas au commandement si ce n’est comme éphémère ministre de la guerre. On en viendrait presque à regretter Nivelle.

De manière curieuse, ce serait l’état major français qui aurait souhaité cet hommage aux maréchaux. Mais en 1914-1918, tout comme d’ailleurs en 1870 et en 1940, ce qui frappe au contraire, c’est l’incapacité du haut commandement français, de la cohorte de ces aveugles galonnés qui ne durent la « victoire » de 1918 qu’à l’héroïsme des sans-grades. Ce sont les mêmes qui interdirent en France, le pamphlet filmé de Kubrick, « Les sentiers de la Gloire » !

 

 

6 novembre

Embargo iranien

 

Alors même que la campagne électorale aux États-Unis battait son plein et que Donald Trump jetait toutes ses forces dans la bataille (pour ce qui sera un succès malgré tout avec le contrôle renforcé du Sénat), l’administration américaine prenait le contrepied de ses engagements précédents en accordant des dérogations de six mois aux principaux importateurs de pétrole iranien : huit pays qui représentent 75 % des exportations de l’Iran avec notamment la Chine, la Corée, le Japon, l’Inde et la Turquie. Comment interpréter pareille volte-face ?

En réalité, la manœuvre paraît habile. Il y avait un véritable danger à pousser l’Iran dans ses ultimes retranchements et à provoquer une crise majeure de la part des « faucons iraniens : tout en maintenant l’essentiel de l’embargo bancaire et financier (depuis le 5 novembre), les États-Unis laissent à l’Iran une petite marge de respiration en autorisant le maintien d’exportations de pétrole au niveau atteint en début d’automne, c’est-à-dire quand même un million de barils/jour de moins qu’au début du printemps. L’Iran gagne six mois de répit, mais un répit limité dont il est probable qu’Hassan Rohani, de plus en plus contesté, ne profitera guère. Quant à Donald Trump, il récompense ses « alliés » et se garde bien de tirer trop fort sur les cordes chinoises et indiennes.

Enfin, à la pompe, l’automobiliste américain ou français (ce dernier fort en colère ces jours-ci, mais pour bien d’autres raisons) devrait voir sa facture diminuer. En effet, le retournement du marché déjà à l’œuvre depuis quelques jours, s’est accentué : les fonds sont maintenant à la vente et le baril est passé de $ 86 début octobre à $ 72.

 

 

5 novembre

Nouvelle Calédonie

 

La Nouvelle-Calédonie a voté et a choisi de rester française au moins pour quelques années encore à une majorité certes confortable, mais plus courte que prévu. Le temps des affrontements apparait bien loin même si la situation économique n’a guère changé.

Le « caillou » continue à dépendre du nickel, sa principale ressource minière, dont il est en quelque sorte devenu prisonnier. Les cours élevés du début du siècle avaient suscité maintes espérances et quelques investissements majeurs (Vale et Glencore). Mais le prix du nickel a tellement focalisé l’attention que l’économie ne s’est guère diversifiée. Pour la Nouvelle-Calédonie, le nickel tient du rêve, sinon du mirage et puis aussi un peu de la prison dorée.

Sans sombrer dans le colonialisme forcené, il est fort probable que l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie se solderait rapidement par de nouvelles dépendances beaucoup plus cruelles à l’image de la politique chinoise en Afrique. Mais les quelques années qui viennent d’être gagnées doivent être utilisées pour œuvrer dans le sens d’une véritable diversification économique à côté de ce nickel que les mineurs appelaient autrefois, avec raison, le métal du diable.

 

 

4 novembre

Carburants

 

En France, le mouvement de protestation contre la hausse des carburants prend une ampleur surprenante contraignant même le président Macron à faire une mise au point autour de la fiscalité et du pouvoir d’achat.

Les prix des carburants ont effectivement augmenté, mais la hausse est moins spectaculaire que lors de précédentes crises. Deux facteurs principaux en sont la cause : le prix du baril qui a dépassé les $ 80 pendant une bonne partie du mois d’octobre avant de se replier quelque peu ($ 75 hier) et puis surtout la faiblesse de l’euro face au dollar. On a donc une sorte de double peine avec à la fois le pétrole et le dollar qui sont chers. À ce niveau, contrairement à ce que pensent les Français, le gouvernement ne peut rien. Et on peut même estimer qu’au vu de la situation géopolitique autour de l’Iran, ce pourrait être pire… Mais ceci représente moins de la moitié du prix payé à la pompe et l’état français a toujours été gourmand en matière de taxes sur les carburants, parmi les plus élevées en Europe. Lorsqu’on a voulu avantager l’essence au détriment du diesel, on a ainsi augmenté les taxes sur le diesel, plutôt que de diminuer celles sur l’essence. Bien entendu, tout ceci va dans le sens de la transition énergétique et de toute manière, les marges de manœuvre budgétaires sont limitées. Mais au passage, ce sont les pauvres ruraux et urbains qui trinquent… et protestent.

 

 

1er novembre

Toussaint

 

Le jour de la Toussaint, on lit, dans les églises catholiques, un des plus beaux textes des Évangiles, certainement le plus universel : les Béatitudes. « Heureux les pauvres de cœur… Heureux les doux… Heureux ceux qui ont faim et soif de justice… Heureux les miséricordieux… Heureux les artisans de la paix… » (Mat 5 -1/12). En ce jour, l’Église célèbre « ses » saints, mais le message du Christ va beaucoup plus loin et résonne en 2018 comme jamais au milieu des guerres, des conflits de religion, des violences racistes, de toutes ces taches sombres qui font le quotidien de notre planète.

Soyons honnête, longtemps l’Eglise ne fut pas la plus exemplaire et les Béatitudes restèrent bien souvent lettre morte, entendues distraitement en cet office de Toussaint. Aujourd’hui, l’Église a un peu plus épousé « dame pauvreté » et elle est plus légitime à proclamer les Béatitudes sur les places, à les offrir aussi aux autres religions, à partager avec les « doux et les artisans de paix ».

C’est peut-être là aussi la clef de voûte de ce que devrait être la pensée économique dans sa recherche du « bien commun ». Le marché ne sait, l’état ne peut et tout reste à faire pour l’homme, au centre de toutes choses. Mais encore faut-il que ce discours des Béatitudes soit entendu « urbi et orbi ».

 

 

29 octobre

Allemagne

 

Angela Merkel annonce son retrait de la vie politique… pour 2021. « Mutti » va s’en aller et il n’est même pas sûr qu’elle tienne jusqu’en 2021 alors que sa succession à la présidence de la CDU promet d’être disputée et que sa « dauphine » n’est pas assurée de l’emporter. Mutti s’en va, et l’Allemagne, mais aussi l’Europe, se sentent orphelines tant, depuis 2005, elle était parvenue à incarner la continuité de l’Europe, le pôle de solide réalisme qui rassurait à côté des excentricités italiennes, britanniques ou françaises. Elle avait eu la chance d’hériter du pouvoir alors que G. Schröder avait fait le « sale boulot » en réformant à la serpe le modèle social allemand. Depuis, la croissance allemande a été raisonnable, le chômage a presque disparu (mais pas les « petits boulots »), et l’Allemagne dégage des excédents commerciaux et budgétaires.

 

Mais Angela Merkel a été surtout une femme de principe : elle n’a jamais transigé sur l’Europe, a même été rigide lorsqu’il s’est agi de la Grèce ou vis-à-vis de la Russie pour la Crimée, de la Turquie… Et puis elle a su donner à l’Europe une véritable leçon lorsqu’elle décida d’ouvrir largement les frontières allemandes aux réfugiés de Syrie et d’ailleurs. Elle fut la seule alors à ne pas se contenter de bonnes paroles. C’est peut-être aujourd’hui ce qui provoque son retrait. Mais c’est cela qu’avec admiration, la postérité retiendra de cette « chancelière de fer ».

28 octobre

Brésil

 

Victoire au Brésil de Jair Bolsonaro. La surprise n’est pas bien grande tant l’écart du premier tour paraissait impossible à combler pour le candidat du PT.

Et les Brésiliens ont avant tout voté contre le Parti des travailleurs, celui de Lula et de Dilma Roussef qui ont si cruellement trahi les espoirs que l’arrivée de la gauche au pouvoir avait suscités. De là cependant à sauter dans les bras du premier venu, il y a un pas que personne n’imaginait que le Brésil franchirait.

 

Il y a chez Bolsonaro un peu de Trump mâtinée de Salvini, voire de Le Pen. Comme Trump, il a bénéficié de l’appui des églises évangéliques dont l’influence dépasse désormais celle du clergé catholique. Comme Trump, on ne lui connaît pas vraiment de programme économique : il y a dans son entourage quelques tenants de l’école de Chicago, mais le nouveau président s’inscrit beaucoup plus dans la lignée de Perón que dans celle de Pinochet. Mais la comparaison avec Trump s’arrête là : l’économie brésilienne sort à peine d’une des pires récessions de son histoire. Bolsonaro n’a presque pas de marges de manœuvre avec un real qui a déjà décroché au-delà du raisonnable. Il lui sera d’autant plus difficile de tenir ses promesses que l’éparpillement des forces politiques au Congrès risque de rendre le Brésil ingouvernable. Et le retour de l’armée n’est pas à l’ordre du jour.

 

 

27 octobre

Trump

 

Donald Trump va-t-il, en ce mois d’octobre précédant les élections de mi-mandat, battre son record de juin dernier ? Il avait alors « commis » 386 tweets, presque 13 par jour ! Au rythme actuel, il devrait passer la barre des 400. Au fil de ces tweets, il a imprimé une direction pour le moins chaotique aux États-Unis, en particulier sur le plan international, mais en lien avec ses objectifs politiques : le contrôle du Congrès en novembre et les élections de 2020.

Pour l’instant, la situation économique (3,5 % de croissance) et quelques réussites comme la renégociation de l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique donnent l’impression ou l’illusion d’une certaine efficacité. Son électorat apprécie sa manière forte avec la Chine ou avec l’Iran et oubliera bien vite ses flottements saoudiens.

Mais à l’international, Donald Trump a marqué un tournant isolationniste de la politique américaine : non seulement isolationniste comme dans les années vingt, mais égoïste et d’une rare brutalité. Sans le vouloir, il fait ainsi le jeu de la Chine : en refusant de rejoindre l’accord de libre-échange du Pacifique (TPP) négocié par Obama, il laisse les pays d’Asie en situation de faiblesse face à la Chine. Et c’est vers la Chine qu’il pousse la Russie en remettant en cause le traité de 1987 sur les « euromissiles » qui avait symboliquement mis fin à la guerre froide.

Certes, il y a déjà eu dans l’histoire des États-Unis des « changements de paradigmes » (entre Carter et Reagan par exemple), mais du point de vue international, il aura rarement été aussi violent et destructif.

 

 

26 octobre

Proche Orient

 

La World Policy Conférence qui se tient à Rabat ne pouvait manquer de consacrer une bonne partie de ses débats à la situation au Proche-Orient au lendemain de l’affaire Kashoggi. Beaucoup de participants, blanchis sous les harnais politiques et diplomatiques disaient n’avoir jamais connu pareille situation de chaos et autant de difficultés à « lire » le monde proche-oriental.

Une dimension apparaît en tous cas clairement : l’Occident (Europe et Amérique du Nord) a perdu la main et son impuissance stratégique est patente. Sur aucun des « fronts », de la Syrie au Yémen, du Kurdistan à la Palestine, de la Libye à l’Afghanistan, il n’a été capable d’imposer une solution et encore moins de faire taire les armes. Il y a longtemps déjà que l’Europe ne jouait plus que les utilités, mais la nouveauté c’est la décrédibilisation totale des États-Unis, dont Barack Obama, au moins autant que Donald Trump porte la responsabilité. Pour l’un comme pour l’autre, les impératifs politiques domestiques ont pris le pas sur toute autre considération stratégique. Et la nature ayant horreur du vide, c’est la Russie qui a remplacé l’Occident : un paradoxe pour un pays au bord de la faillite financière qui n’a pas les moyens d’une politique mondiale, mais qui a fait du Proche-Orient son terrain de « grand jeu ». Vladimir Poutine a su imposer la Russie comme partenaire (Syrie, Iran) ou interlocuteur (Turquie, Arabie Saoudite) fiable et même incontournable. La Chine ne s’y est pas trompée et son rapprochement avec la Russie lui permet de mettre un pied dans une région dont elle était absente. Ceci dit les objectifs russes ne sont pas altruistes…

 

 

24 octobre

Maroc

 

Le Maroc fait partie de ces quelques pays qui sont à la lisière de l’émergence. Le développement économique y est incontestable, mais la croissance (de l’ordre de 3,5 %) est insuffisante pour permettre de pallier aux déséquilibres sociaux et humains. Une grande partie de la population (rurale et urbaine pauvre) reste sur les bas côtés et le fossé des inégalités ne cesse de se creuser. Certes, une classe moyenne émerge, mais encore trop lentement. Pourtant, dans les couloirs des grandes entreprises, on croise une jeunesse moderne, bien formée et digitalisée. Mais ce Maroc du XXIe siècle doit cohabiter avec une société aux structures encore archaïques.

La chance du Maroc est d’être une monarchie relativement éclairée et Mohamed VI a su prendre un virage prononcé après le relatif immobilisme du règne d’Hassan II. La personne du roi, commandeur des croyants et descendant du prophète, a permis de limiter les dérives islamistes sans toutefois empêcher un retour d’un certain traditionalisme (voile…). Mais la faiblesse du Maroc est celle de ses partis politiques incapables d’incarner quelque crédibilité que ce soit : résultat, c’est le roi qui de plus en plus gouverne, nommant et limogeant ministres et walis (préfets), s’impliquant de fait en première ligne au risque de se trouver contesté.

Il manque peu de choses au Maroc pour être un vrai pays émergent : un peu de maturité, moins d’inégalités et plus de croissance et puis un énorme effort d’alphabétisation.

 

 

22 octobre

Anniversaire

 

J’ai le privilège d’appartenir à un club réuni une fois par an dans les colonnes des Échos : celui des natifs du 22 octobre. Une fois par an donc, nous constatons de « l’année l’irréparable outrage », nous comptons les départs (notre prix Nobel, Doris Lessing, il y a deux ans), nous accueillons quelques petits nouveaux. Soyons honnêtes, on est plutôt vieux, car il faut quand même nourrir son cv. et il n’y a parmi nous ni sportifs ni artistes aux carrières toujours plus rapides. Saluons donc notre doyen, l’écrivain et dramaturge, René de Obaldia désormais centenaire. Il précède d’un quart de siècle Catherine Deneuve qui, comme toute jolie femme ne doit guère apprécier la cruauté de ces anniversaires. Les plus jeunes sont l’économiste Philippe Askenazy et Bénédicte Haubold, une consultante tous deux affichant 47 ans. Pour le reste, quelques banquiers et entrepreneurs (Léon de Bruxelles) et puis un peu de culture, de la chorégraphie (Ph. Découflé) au roman (K. Pancol). Les prénoms sont ceux de notre génération : Philippe (3 fois), Pierre, Nicolas, Jérôme, Catherine… puisque les plus jeunes d’entre nous sont quand même presque quinquagénaires.

À 67 ans, je reste un peu près au milieu du tableau, mais mes étudiants qui m’ont fait la gentillesse de fêter aujourd’hui mon anniversaire ont quand même 45 ans de moins et cela fait bien sentir « des ans l’irréparable outrage ». Mais l’essentiel n’est-il pas de garder enthousiasme et curiosité pour un monde dont les défis sont encore plus impressionnants que dans les années soixante-dix.

 

 

21 octobre

Pétrole

 

On peut analyser le marché mondial du pétrole comme un de ces problèmes de plomberie de notre enfance qu’immortalisa Marcel Pagnol dans Topaze.

Imaginons donc une gigantesque baignoire contenant quelque 100 millions de barils de pétrole, noir et visqueux. Au fil des ans la baignoire, mal entretenue, s’est fissurée. Des fuites sont apparues au Vénézuéla (1 à 1,5 million de barils), en Libye (500 à 700 000 barils) au Nigeria… Récemment, une très grosse fuite a été provoquée par un plombier américain en Iran et elle ne cesse de grossir à quelque 1,5 million de barils.

Heureusement, il existe quelques robinets pour alimenter notre baignoire : le robinet américain, alimenté par la fracturation des parois de la maison est le plus abondant (1,4 million de barils), mais il souffre de problèmes de tuyauterie : le pétrole est bien là, mais il n’y a pas assez de tuyaux ou d’oléoducs pour le sortir. L’autre robinet est plus complexe, car il est contrôlé par un jeune plombier saoudien au caractère velléitaire. Il y a bien à ses côtés un vieux plombier russe, mais on ne sait si l’un et l’autre disposent vraiment de capacités supplémentaires pour compenser les fuites et remplir la baignoire.

Le niveau de la baignoire étant – in fine – mesuré par le prix marginal du dernier baril de pétrole nécessaire pour le maintenir à l’étal et sachant que le plombier américain doit passer très bientôt un examen professionnel et que le plombier saoudien a par inadvertance noyé un de ses collègues. Y a-t-il à votre avis une chance pour que la baignoire reste pleine ?

 

 

17 octobre

Eglise orthodoxe

 

Moscou se sépare de Constantinople ! Comme bien souvent dans l’histoire de l’orthodoxie, la politique a pris le pas sur la religion et il en est ainsi depuis la chute de l’Empire romain. En Occident, le pape, l’évêque de Rome qui n’était que « primus inter pares » face aux patriarcats orientaux (Alexandrie, Constantinople) profita de l’effondrement du pouvoir impérial pour gagner son indépendance, voire un temps pour rêver d’un pouvoir temporal. En Orient au contraire, l’empereur resta le maître des horloges religieuses et après 1453, ce furent Kiev puis Moscou – et donc les Tsars – qui jouèrent ce rôle cantonnant le vieux patriarcat stambouliote à un rôle honorifique. L’orthodoxie, en réalité, ne se comprend bien que dans un rapport de soumission au pouvoir temporel et, au-delà des persécutions communistes, c’est ce qui lui a permis de survivre dans le monde soviétique. Aujourd’hui l’allégeance du patriarcat de Moscou à Vladimir Poutine est dans l’ordre d’une tradition séculaire. Les Ukrainiens l’ont bien compris qui regardent maintenant vers l’autorité morale de Constantinople qui vient donc de reconnaître l’autocéphalie du patriarcat de Kiev. Moscou compte la moitié des orthodoxes de la planète alors que Constantinople n’a que quelques milliers d’orthodoxes turcs (et le patriarche doit être turc…). L’heure est au schisme et ceci rappelle le synode du Chêne qui en 403 poussa l’empereur à exiler Jean Chrysostome, l’évêque de Constantinople.

 

 

16 octobre

Khashoggi

 

L’affaire Khashoggi fait la une de l’actualité, beaucoup plus dans le monde anglo-saxon que dans une France dont les dirigeants ont fait preuve d’une remarquable prudence verbale afin de ne pas indisposer outre mesure « l’ami » saoudien. Le probable assassinat dans l’enceinte du consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul de cet opposant, proche en réalité des frères musulmans et assez loin de l’image facile d’un défenseur de la démocratie, remet en tous cas en cause l’image moderniste véhiculée par la propagande à propos du prince héritier, Mohamed Bin Salman. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ce dérapage ait été orchestré par certains de ses ennemis dans les milieux les plus conservateurs du royaume.

L’émotion est en tous cas forte aux États-Unis et Donald Trump aura fort à faire pour maintenir sa ligne et le juteux contrat d’armement ($ 110 milliards) qu’il avait ramené de Ryadh.

Le « grand jeu » dans le Golfe s’en trouve encore compliqué. La Turquie d’Erdogan est là en première ligne et il faut rappeler les liens historiques entretenus avec les frères musulmans et le soutien apporté au Qatar. La position saoudienne est affaiblie dans sa guerre yéménite face à l’Iran. Pour l’instant, la Russie – le véritable arbitre de la région – ne s’est pas prononcée. Mais certains commencent à craindre une mauvaise volonté saoudienne à augmenter la production de pétrole pour compenser un déficit éventuel du marché. À la fin du jour, tout ceci se traduit en dollars pour un baril de pétrole…

 

 

 

14 octobre

Paul VI

 

Canonisation à Rome du pape Paul VI. Quelque peu éclipsé par le caractère iconique de son successeur Jean-Paul II, Paul VI a joué un rôle déterminant dans l’évolution – la révolution même – de l’Église catholique.

Il a tout d’abord su conclure le Concile Vatican II, lancé par son prédécesseur Jean XXIII. Ce fut un moment décisif pour une église qui avait peu évolué depuis le XIXe siècle et qui sut alors se débarrasser de la partie la plus artificielle de ses ors et de ses pompes. Il sut aussi maintenir un équilibre subtil et ne pas céder aux sirènes les plus progressistes ni les plus réactionnaires. Ce furent en effet des années marquées par la fin des Trente Glorieuses et par la contestation de l’ordre moral et économique qui avait prévalu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Outre les travaux du Concile, comment ne pas mentionner sa grande encyclique sur le développement des peuples, Populorum Progressio (largement inspirée et rédigée par le père Lebret, le fondateur d’Économie et Humanisme). On lui reprocha beaucoup son refus de la contraception, mais pouvait-il alors en être autrement sur le mince fil qui était le sien.

C’est en tous cas à partir de Paul VI que l’Église est à nouveau entrée dans le siècle, que son magistère s’est affirmé au-delà même des chrétiens. Sa canonisation après celles de Jean XXIII et de Jean-Paul II n’est que justice… humaine.

 

 

13 octobre

Les Huguenots

 

L’Opéra de Paris donnait ce soir pour une nouvelle fois un des opéras parmi les plus représentés de l’histoire, mais dont l’essentiel de la « carrière » se fit au XIXe siècle. Ceci pour dire que Giacomo Meyerbeer et ses « Huguenots » sont bien oubliés et que ce juif allemand qui inventa le « grand opéra à la française » du XIXe siècle (un temps où Paris donnait le « la » en matière culturelle au reste de l’Europe) n’a pas survécu à la vague des Verdi et autres Wagner.

Pourtant les Huguenots, s’appuyant sur un livret de Scribe, méritaient pareille renaissance dans une mise en scène sobre et intelligente et avec des interprètes de qualité (une superbe Marguerite de Valois, américaine) et surtout de remarquables chœurs. Meyerbeer fut en effet un des premiers à utiliser de manière aussi spectaculaire le mouvement des chœurs et chacun des cinq actes se termine par un véritable embrasement vocal.

L’action se passe quelques jours avant et pendant le massacre de la Saint-Barthélemy (quelques années après Scribe, Alexandre Dumas en fera la Reine Margot : « minuit sonnait à Saint-Germain d’Auxerrois »). Les huguenots y ont le beau rôle même si on sent aussi percer de leur côté les ferments de l’intolérance et du sectarisme. Quitte d’ailleurs à actualiser la mise en scène, on aurait pu imaginer beaucoup plus provocant à l’image de ce qui a été présenté récemment en Angleterre : un Tartuffe en milieu islamique. Les guerres de religion du XVIe siècle, qui furent si violentes et impitoyables, sont aujourd’hui d’une cruelle actualité au cœur d’un islam qui aurait intérêt à méditer les errances du christianisme.

 

 

12 octobre

Bourses

 

Mauvaise semaine sur les marchés boursiers. Aux États-Unis, le S and P 500 a plongé de plus de 5 % en deux jours et les valeurs de technologie ont été particulièrement affectées. En soi, cela n’a rien d’étonnant tant la hausse ininterrompue des marchés américains, au-delà des ratios déjà les plus optimistes, prenait des allures de bulle. Le problème est que les marchés européens ont suivi la tendance alors même que les conditions économiques et financières sont bien différentes des deux côtés de l’Atlantique.

À court terme, la principale raison de ce décrochement est à chercher du côté des taux à long terme qui pour les 10 ans américains campent désormais à 3,2 %, avec un différentiel historique vis-à-vis des taux européens. Mais, il y a aussi les craintes qui commencent à se faire jour d’une certaine surchauffe de l’économie américaine qui se trouverait fragilisée par les guerres commerciales lancées par Donald Trump. Si elle est bien réelle, la bonne santé américaine est aussi alimentée par des politiques publiques procycliques : pour l’année fiscale qui vient de se terminer, le déficit public a dépassé les 4 % et il n’y a donc aucune marge de manœuvre pour atténuer un ralentissement qui semble désormais inéluctable.

Et puis, il faut aussi savoir raison garder. La valorisation des FANGAM, et deux d’entre elles à plus de $ 1 000 milliards, était devenue irréaliste, et, malgré la correction actuelle, elle le reste encore.

 

 

9 octobre

Ours

 

C’est en hélicoptère que finalement une immigrée slovène est arrivée à sa destination finale, la vallée d’Aspe dans les Pyrénées. Une telle prévenance ne peut s’expliquer que par le fait qu’il s’agit d’une ourse ! Elle va rejoindre deux autres de ses congénères mâles égarés dans ce coin des Pyrénées dont l’ours autochtone a disparu depuis déjà quelques décennies.

Par une sorte d’égarement d’un illusoire retour à la nature originelle, l’ours est devenu pour les Pyrénées le symbole de la dérive de la société consumériste. Le retour de l’ours – même totalement artificiel – permet de renouer avec un passé idéalisé en oubliant qu’alors, l’ours était un redoutable prédateur contre lequel devaient lutter les bergers afin de protéger leurs troupeaux. L’ours était chassé parce qu’il était un danger pour les activités humaines dans ces hautes vallées pyrénéennes qui étaient alors beaucoup plus peuplées qu’aujourd’hui.

Le temps a passé. Les derniers ours ont disparu, une petite population ayant quand même survécu dans les Pyrénées centrales et en Espagne. À l’est de l’Europe, les populations d’ours restent abondantes, en Slovénie et en Roumanie, où d’ailleurs les plans de chasse sont en augmentation.

 

Quelle logique y a-t-il à importer à grands frais des ourses slovènes en vallée d’Aspe ? Certes l’animal est sympathique : de Brun l’ours du Roman de Renard, au Baloo du Livre de la jungle, sans oublier tous les « nounours » en peluche de nos enfances et le délicieux Ernest, ami de la petite souris Célestine, mais la réalité est autrement cruelle. Le retour de l’ours n’a aucun sens si ce n’est de faire un geste politique vis-à-vis d’une écologie qui une fois de plus, en se trompant de combat, fait preuve d’une étonnante vacuité.

16 septembre

Lourdes

 

Lourdes sous un grand soleil pour un court moment de pèlerinage. Il y a maintes manières d’aborder Lourdes. On peut sourire d’une accumulation architecturale qui mélange le pire du néogothique de la fin du XIXe siècle et les délires bétonneux de la fin du XXe. On peut ne voir que les alignements de magasins de souvenirs « made in China » vendant des gourdes en forme de vierge de Lourdes. On peut s’étonner d’un certain retour des rites et des soutanes. On peut tout critiquer, mais…

Il n’y a guère de lieu où l’on prenne autant conscience de l’universalité du catholicisme. Il y avait aujourd’hui des pèlerinages italiens, espagnols, irlandais, polonais sans oublier des contingents indiens et chinois, et enfin des « locaux » de l’hospitalité basco-béarnaise. C’était un jour ordinaire avec des cohortes de chaises roulantes et de brancards portant malades et vieillards. Mais partout rires, sourires et prières. Chacun va à son rythme, de la grotte aux chapelles et à la basilique, chante ou recherche le silence.

Et le soir, comment ne pas être saisi par tous ces petits flambeaux qui s’agitent dans la nuit alors que dans toutes les langues sonne l’Ave Maria de Lourdes.

Au-delà même du catholicisme, Lourdes est un lieu où souffle l’esprit, un esprit d’ouverture et de tolérance bien à l’image de cette solide petite Bernadette qui a transmis en patois un message qui la dépassait. C’est cela le miracle de Lourdes.

 

 

15 septembre

Il y a dix ans …

 

Il y a dix ans, la journée avait commencé à Londres chez Sotheby’s par la vente d’une partie de l’atelier de Damien Hirst, le spécialiste des peintures en papillons et autres animaux conservés dans le formol. La vente fut un succès ($ 150 millions) et on dit même que ce jour-là, François Pinault acheta pour $ 15 millions un veau ainsi conservé avec un disque d’or entre les oreilles : le « veau d’or ».

L’après-midi en Europe, alors que la journée commençait à New York, on apprenait que les autorités américaines avaient décidé de ne pas sauver Lehman Brothers, que les solutions de rachat évoquées la semaine précédente avaient échoué. Lehman, l’une des plus orgueilleuses étoiles de Wall Street était en faillite. Ce fut un coup de tonnerre. Jusque-là, la crise des « subprimes » avait certes fait des victimes, mais au dernier moment la « cavalerie » était intervenue pour le rachat de Bear Stearns ou le renflouement de Fanny et Freddie. Le lendemain, elle sauva l’assureur AIG puis un peu plus tard General Motors. Mais Lehman fut livré à son sort : un grand de Wall Street, « too big to fail », pouvait donc tomber. Il n’y avait plus de filet et pendant quelques semaines il n’y en eut plus. Tout s’effondra : la bourse, les prix des matières premières, la confiance, l’économie. À mi-chemin entre la récession et la dépression ce fut la « crise de 2008 ». Un coup de tonnerre, des éclairs, une impression de fin du monde, mais un simple orage, bien vite oublié. Et à nouveau aujourd’hui on sacrifie au « veau d’or ».

 

 

12 septembre

Pétrole

 

 

« Le pétrole est revenu dans la “Tweet zone” », écrivent les analystes. Cela veut dire qu’approchant à nouveau les $ 80 le baril, Donald Trump s’en inquiète et tweete à tout va contre Russes et Saoudiens. Donald, en effet, considère qu’à $ 70 ses électeurs du Texas et le lobby pétrolier sont suffisamment heureux et qu’au-delà le prix de la « gasoline » devient un handicap vis-à-vis d’autres électeurs.

Le problème est que le « marché » ne l’entend pas ainsi et que de nombreux fonds font le pari du pétrole à $ 100 le baril voire à 150 ! Ils ont pour eux les chaos vénézuélien et libyen, les difficultés logistiques américaines et puis Donald Trump lui-même. La hausse des prix de l’acier qu’il a provoqué par la mise en place de taxes « urbi et orbi » pénalise justement les constructeurs d’oléoducs. Et puis surtout, l’embargo sur l’Iran commence à porter ses effets : le pétrole iranien a du mal à trouver des acheteurs et en quelques mois les exportations iraniennes ont diminué de près d’un million de barils/jour : la Corée du Sud et le Japon, mais surtout l’Inde réduisent leur chargement.

La Russie ayant peu de marges de manœuvre, seule l’Arabie Saoudite pourrait satisfaire à court terme les vœux de Donald. Mais politiquement, cela peut être difficile pour MBS qui doit ménager quand même l’Iran soutenu par la Russie. Sur l’échiquier moyen-oriental, mieux vaut la solidité russe que la versatilité américaine.

 

 

6 septembre

Café

 

Le café vient de passer en dessous du dollar la livre sur le marché de New York. Depuis dix ans, il n’avait pas connu pareille déroute.

Comme pour le sucre, le résultat en est asiatique plus précisément à chercher du côté du Vietnam dont la production en 2018/2019 devrait frôler les 30 millions de sacs. Ceci étant, le Vietnam produit du Robusta et c’est pour l’Arabica que la chute a été la plus forte. C’est que, en même temps que le Vietnam, le Brésil et une bonne partie de l’Amérique centrale enregistrent d’excellents résultats.

Alors que la tendance de la consommation est en augmentation régulière de l’ordre de 2 % par an, depuis quelques semaines les exportations ont été en forte hausse et, avec la hausse du dollar (et la baisse encore plus marquée du real brésilien), c’est là la principale raison d’une baisse qui aura fait perdre au café un tiers de sa valeur en deux ans.

C’est aussi que la Chine consomme bien peu de café… Le café est en effet une des seules matières premières dont la Chine n’est qu’un importateur mineur, voire marginal. Même si la consommation de café y augmente dans une bourgeoisie occidentalisée, cela reste limité. Par contre en Europe (qui pèse un tiers de la consommation mondiale), le développement des dosettes « style Nespresso » a modifié les habitudes de consommation et augmente le budget café des ménages sans pour autant favoriser les producteurs dans le partage de la valeur. Alors vivement les prochaines gelées…

 

 

4 septembre

Chine - Afrique

 

Rarement un sommet aura revêtu autant de faste à Pékin. C’est que la Chine recevait l’Afrique. Tous les chefs d’État africains, à la seule exception du Swaziland, qui continue à reconnaître Taiwan, étaient là et ils ont été reçus comme les princes qu’ils sont, venus faire allégeance à leur suzerain, l’empereur de Chine lui-même.

Le discours de Xi Jin Ping a été admirable : « nous ne sommes pas comme vos anciennes « métropoles ». Nous ne sommes pas des colonialistes venus vous donner des leçons de morale. Nous respectons votre souveraineté. Nous voulons seulement vous aider… et puis un peu faire des affaires ». Cette traduction libre frise un peu le cynisme, mais son « sous-jacent » est assez proche de la réalité de la pensée chinoise.

 

La Chine a donc annoncé pour $ 60 milliards de prêts et de dons à l’Afrique. Ses entreprises investissent non seulement dans les ressources naturelles et les infrastructures, mais aussi dans la délocalisation d’activités à forte intensité en main d’œuvre. Au passage, ce sont maintenant plus d’un million de Chinois qui se sont installés en Afrique. Les Chinois ne sont effectivement pas regardants sur les questions d’éthique et de gouvernance et pour nombre de régimes plus ou moins aux abois, ils font figure de providentielle planche de salut quitte à entrer dans une dépendance dont il leur sera bien difficile de se libérer. Comme dit le proverbe : « Timeo chineos et dona ferentes ».

31 août

Le modèle gaulois

 

« Gaulois », le mot choisi par Emmanuel Macron pour fustiger les Français allergiques aux réformes a choqué nombre d’âmes sensibles et pourtant la référence au « modèle gaulois » est particulièrement pertinente.

On a souvent parlé en effet du modèle anglo-saxon libéral, du modèle rhénan, chrétien-démocrate de marché, marqué au coin de la culture du consensus, mais au fond assez peu du modèle gaulois. La France est en effet un cas unique (au moins en Occident, car la Chine…) d’un pays qui s’est organisé autour d’un état centralisé dont dépendent tout être et toute chose. À partir de Colbert en passant par Napoléon, la Troisième République et jusqu’à l’époque gaullienne, la France n’a eu de cesse de se doter d’un appareil d’état et d’intervention publique dans tous les domaines de la vie quotidienne. À son apogée, ce modèle gaulois fit l’admiration de tous que ce soit en matière de santé, d’éducation, de transports et d’infrastructure. Cela coûtait cher, mais longtemps notre gaulois eut l’impression d’en avoir pour son argent.

Les temps ont changé, le modèle gaulois craque de partout, mais les Gaulois, eux, continuent à y croire, à rêver des temps passés et à refuser les réformes : des irréductibles Gaulois…

 

 

30 août

Nicolas Hulot – suite et fin

 

Il devient lassant d’entendre tous les éloges « postmortem » de Nicolas Hulot, venant de tous les bords politiques et on se demande comment la France a pu passer à côté de pareil génie, de pareil « humaniste ».

La réalité est toute autre. La cause que défend Hulot est non seulement respectable, mais incontournable. Oui, il faut agir face au changement climatique provoqué par l’homme et son activité. Oui, il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre et modifier en conséquence nos modes de vie. Mais pour cela il faut convaincre même les plus sceptiques, il faut s’appuyer sur la science plutôt que de la dénigrer lorsqu’elle remet en cause des certitudes médiatiques.

Nicolas Hulot a été un mauvais ministre qui a approfondi les clivages plutôt que de rapprocher les points de vue, qui n’a pas su écouter, qui a mélangé les problématiques mêlant allègrement la biodiversité, le bien-être animal et le nucléaire. Alors que les agriculteurs et les ruraux sont un maillon essentiel de la transition écologique, et que par essence ils sont les premiers gestionnaires de notre environnement, il les a heurtés de front, du glyphosate à la chasse et à la « malbouffe » sans chercher à les comprendre.

Le départ – enfin – de cet enfant gâté de la démocratie médiatique est au contraire un signe positif dont il faut se réjouir avant tout pour les causes qu’il prétend défendre.

 

 

28 août

Nicolas Hulot

 

C’est donc au petit matin, au détour d’une conversation sur France Inter que Nicolas Hulot a annoncé sa démission du gouvernement dont il était le « numéro trois », ministre d’État chargé de la transition écologique. Il n’aurait apparemment pas supporté que le président Macron ait réservé la veille un accueil bienveillant aux représentants des chasseurs qui, comme chacun le sait, sont d’ignobles viandards. Cette dernière couleuvre n’étant pas passée, il a enfin donné une démission dont il menaçait le peuple de France depuis des mois.

À entendre ce matin tous ceux qui se sont succédés sur les ondes, c’est là une perte immense et en tous cas on doit convenir que cette sortie est bien jouée.

On salue son action, on célèbre sa vision, on le béatifie déjà sur l’autel de l’écologie politique.

En réalité, le bilan est bien maigre et c’est peut-être ce constat d’échec, moins vis-à-vis d’Emmanuel Macron que de lui-même qui l’a amené à démissionner. Mais que d’ambiguïtés laisse-t-il derrière lui du nucléaire au glyphosate en ayant toujours privilégié la confrontation médiatique à la rigueur scientifique. Certes, il y a beaucoup de télé-réalité dans la vie politique et Hulot était un maître dans cet art qui l’avait propulsé au sommet des sondages. Mais en ce petit matin, la fumée s’est dissipée.

 

 

24 août

Records boursiers

 

Alors que le sol commence à s’enfoncer sous les pas d’un Trump dont la situation judiciaire s’aggrave chaque jour, l’économie américaine est à la limite de la surchauffe (+4,1 % au deuxième trimestre) et les marchés volent de record en record avec aujourd’hui le plus long « bull market » de l’histoire avec 3453 jours depuis le 9 mars 2009 pour le SP500 qui affiche 322 % de hausse. Il est vrai que l’on partait de bas au plus profond de la crise de 2008/2009 et alors que s’effondraient des pans entiers de la finance américaine. Mais quand même, quelle revanche !

Car si les bourses exagèrent comme toujours un peu, ces dix années ont été marquées par un remarquable rebond de l’économie américaine dont par exemple le chômage a pratiquement disparu. Il y a à cette euphorie plusieurs raisons : la première est bien sûr la poursuite du choc technologique qui a propulsé au premier rang de la cote quelques entreprises américaines. Il y a eu aussi l’impact de la révolution des pétroles et gaz de schiste et enfin une politique procyclique de la part des autorités monétaires. Et puis d’Obama à Trump, une véritable impunité en matière de déficit et d’endettement et quelques réussites même à mettre au crédit de l’actuel président.

Mais les arbres boursiers ne montent pas au ciel.

 

 

20 août

Total en Iran

 

Fort logiquement, Total a donc décidé de sortir de son grand projet gazier de South Pars en Iran. Il n’y avait manifestement aucune autre solution et le quatrième pétrolier mondial a dû passer sous les fourches caudines de la puissance américaine. Certes, Total est une entreprise française (mais dont la majorité du capital est détenue par des fonds internationaux), mais elle opère sur des marchés de l’énergie en dollar et elle a directement des activités aux États-Unis en particulier dans le gaz de schiste.

Total était majoritaire dans South Pars avec des partenaires iraniens et chinois. On peut imaginer que ces derniers vont prendre la place toute chaude quitte à trouver ailleurs des compétences techniques. Un chinois peut résister plus facilement aux oukases de Washington. Mais dans le monde de l’énergie, l’Iran aura bien du mal à trouver des partenaires occidentaux et tout simplement des clients : de 3 millions de barils/jour en avril, les exportations de pétrole iraniennes étaient tombées à 2 mbj en juillet alors même que la compagnie nationale fait des ristournes sur ses pétroles les plus lourds et difficiles à vendre. L’économie iranienne souffre, le clan des réformateurs s’affaiblit et le résultat ne peut que renforcer les faucons.

 

 

16 août

Monsanto

 

« Et dans la tombe, le mauvais œil de Monsanto regardait Bayer ». N’est pas Victor Hugo qui veut et la rime est bien pauvre, mais décidément le fantôme de Monsanto n’en a pas fini de hanter les nuits de Bayer qui l’avait solennellement enterré il y a quelques semaines.

C’est que Monsanto/Bayer vient d’être lourdement condamné par un tribunal américain pour avoir caché la dangerosité du glyphosate de son Round Up utilisé par un jardinier. Le jury populaire américain s’est prononcé sur la foi du seul rapport scientifique négatif, celui d’une structure dépendant de l’OMS, qui classe le glyphosate comme « probablement » cancérigène. Mais il a ignoré plus d’une dizaine d’autres études d’organismes tout aussi sérieux qui ont conclu à l’inocuité du glyphosate pour l’homme. Immédiatement en France, la campagne contre le glyphosate a repris de plus belle et Nicolas Hulot n’a pas raté l’occasion.

Bien sûr Monsanto a eu par le passé un comportement des plus douteux et a certainement manipulé autant que possible les données scientifiques. Mais tout comme pour les OGM, le lien entre glyphosate et santé humaine reste bien difficile à prouver et en tous cas pas sur la foi d’une seule étude controversée. Et un jury populaire, manipulé par des avocats qui voient là une mine d’or, n’est pas le mieux placé pour juger pareil dossier.

 

 

13 août

Turquie

 

Comme chaque été à la mi-août, les marchés aiment à se donner des frayeurs. Après le Portugal, la Grèce et quelques autres, voilà donc le tour de la Turquie. La situation turque serait au fond assez classique : une économie en surchauffe mettant en évidence des faiblesses bancaires et financières, poussant à l’affaiblissement de la livre turque (-40 % sur le dollar depuis le début de l’année) et à une poussée inflationniste (+15,85 % en juillet au plus haut depuis 2003). Résultat, les agences de notation ont dégradé un peu plus la Turquie.

Mais le cœur du problème est bien celui de la gouvernance turque avec un Erdogan qui tourne de plus en plus au dictateur paranoïaque. Bien sûr, il accuse les forces extérieures – et notamment les États-Unis – d’un véritable complot contre la Turquie et il balaie du revers de la main les inquiétudes légitimes concernant les déséquilibres turcs et l’indépendance de la Banque centrale. Par ailleurs, la nomination comme ministre de l’Économie et des Finances de son gendre sans expérience ni mérite, si ce n’est d’avoir épousé la fille du « Sultan », manifeste d’une inquiétante dérive népotique.

Pour l’instant, les Turcs, toujours traumatisés par le syndrome du Traité de Sèvres (qui démantelait l’Empire ottoman) suivent Erdogan. Mais la dérive du pouvoir turc est inquiétante.

 

 

7 août

Céréales

 

La canicule a atteint son pic en France et se déplace vers l’Europe du Nord. Là-bas, c’est le temps des récoltes et la production de blé va en être affectée : -25 % dit-on déjà en Allemagne. Le marché a réagi et la cotation du blé sur Euronext est en forte hausse profitant aussi de la faiblesse de l’euro par rapport au dollar : avec des nuances, le marché directeur reste quand même Chicago. Pour la campagne 2018/2019, le bilan mondial du blé devrait être négatif. À première vue cela ne devrait pas avoir de conséquences tant les stocks sont importants. Mais près de la moitié de ces stocks sont en Chine, en dehors du marché (avec un prix intérieur chinois qui est près du double du prix mondial). Par contre, les « grands exportateurs » (États-Unis, Mer Noire, Europe, Argentine, Australie) sont très justes avec des baisses notables en Europe et surtout en Russie où il commence à se dire qu’il pourrait y avoir des restrictions à l’exportation vers la fin de l’année.

Ainsi, alors que les humeurs sont moroses pour le maïs et le soja du fait d’excellentes perspectives américaines et de rendements qui s’annoncent record, le marché du blé est franchement haussier ce qui est une bonne nouvelle – enfin – pour les producteurs français moins affectés par les chaleurs et dont les prix sont enfin revenus au-dessus de leurs coûts de production.

 

 

4 août

Cousinade

 

« Cousinade » en pays de Vitré : les descendants de Georges Chalmin, mon grand-père (1875-1948). Rien d’extraordinaire a priori : il eut trois enfants, sept petits-enfants, 15 arrière-petits-enfants. La génération suivante compte pour l’instant 47 représentants et déjà il y en a quatre à la cinquième génération. On note donc une certaine accélération puisque, entre la troisième et la quatrième génération, il y a eu un taux de fécondité supérieur à trois. Sur soixante-dix descendants vivants de Georges (sans tenir compte des valeurs ajoutées), nous étions une bonne trentaine.

Georges avait vécu à Poitiers et épousé une charentaise. Sa famille se partagea entre Le Mans et Bordeaux, mais on la retrouve aussi aujourd’hui à Paris pour une grande partie. Georges avait fait HEC et compte dans cette école six descendants ou alliés. Curieusement ni scientifique, ni ingénieurs, mais, notamment dans les dernières générations, quelques créateurs d’entreprises et autres « start-uppers ». Ajoutons un moine et un futur officier et puis quelques carrières artistiques et quatre ou cinq rubans rouges de la Légion d’honneur.

En dehors d’un mariage polonais récent, peu d’ouverture au monde et de manière encore plus curieuse, héritage de la bourgeoisie catholique, des mariages classiques suivis de naissance et quand même quatre divorces.

Une famille française, ni plus ni moins !

 

 

2 août

Apple

 

Apple vient de toucher la barre mythique : $ 1000 milliards de capitalisation boursière. À ce niveau, les chiffres n’ont plus guère de sens et bien sûr Apple a profité de la vague qui a saisi toutes les valeurs des sociétés de nouvelles technologies.

Mais Apple, c’est quand même autre chose, c’est une vraie saga entrepreneuriale avec d’improbables rebondissements là où tant d’autres ont disparu (Motorola, BlackBerry, Nokia…) ou ont stagné sans parvenir à se réinventer (Microsoft).

Apple ce furent d’abord des ordinateurs avec le célèbre Macintosh, vénéré par des générations de graphistes et designers (tous les rapports CyclOpe depuis les années quatre-vingt ont été faits sur Mac). Mais l’incompatibilité des Mac avec le reste de l’univers informatique l’a isolé. Le génie de Steve Jobs a été d’inventer autre chose au croisement du téléphone devenu mobile et de l’ordinateur utilisé pour transmettre des données et communiquer. Ce fut le smartphone et toutes les tablettes qui ont suivi et puis enfin le contrôle des contenus.

 

La bourse salue ce parcours et puis aussi la montagne de liquidités aux États unis et ailleurs dont Apple ne sait que faire (près de $ 300 milliards !). Au-delà, Steve Jobs est mort. Les nouveaux IPhone n’apportent pas grand-chose de nouveau. Il va falloir encore se réinventer. En sont-ils capables alors qu’ils n’ont plus faim ?

28 juillet

Tour de France

 

 

Le Tour au Pays basque ! Avant dernière étape, un contre la montre entre Saint-Pée sur Nivelle et Espelette. Les coureurs sortent d’une éprouvante traversée des Pyrénées et le maillot jaune est solidement accroché aux épaules du Gallois Géraint Thomas dont l’équipe, la Sky, a littéralement asphyxié la course. La seule surprise est la place de leader de cette formation, Chris Fromme, vainqueur des éditions précédentes et qui se bat aujourd’hui seulement pour une place sur le podium. C’est d’ailleurs le seul enjeu de cette étape d’une trentaine de kilomètres fort vallonnés comme savent l’être les routes basques.

En suivant dans la voiture d’un directeur sportif un anonyme du peloton (champion de Belgique en 2017 quand même), on ne pouvait qu’être frappé de l’extraordinaire engouement que suscite le Tour. Sur presque tout le trajet, les deux côtés de la route étaient occupés par des spectateurs avec tentes ou camping-cars venus s’installer la veille pour avoir les meilleures places. Dans les passages les plus stratégiques, coureurs et voitures avaient du mal à se frayer un chemin parmi les drapeaux (beaucoup de basques) et autres colifichets brandis par une foule proche de l’histoire. Curieux spectacle que celui de cette folie parfois dangereuse, mais quand même sympathique. Le Tour est passé, un peu de rêve aussi et demain, nos petites routes auront retrouvé leur calme.

 

 

26 juillet

Europe versus Etats-Unis

 

Comment interpréter l’accord signé aujourd’hui par Donald Trump et Jean-Claude Juncker. Au mieux, c’est une sorte de « cessez-le-feu » douanier, une parenthèse dans l’offensive lancée par Donald Trump sur l’acier, l’aluminium et peut-être les automobiles. Dans un de ses tweets, Trump a parlé de la disparition de tous les tarifs douaniers, ce qui reviendrait à relancer la négociation d’un accord de libre-échange comme la TTIP que l’on croyait durablement enterré. De manière curieuse Juncker se serait engagé à importer plus de soja et de GNL américain. Mais on voit mal comment en l’absence de taxes sur ces produits. L’Europe importe son soja des États-Unis et d’Amérique latine et les triturateurs européens (souvent d’origine américaine comme Cargill ou Bunge) tiennent à maintenir la diversité de leurs approvisionnements. Quant au gaz naturel, il vient de Russie pour l’essentiel et le GNL américain représente une opportunité pour l’Europe même si sa compétitivité face au gaz russe exporté par oléoduc reste limitée. Mais, là aussi, les acheteurs de gaz sont des entreprises privées et on voit mal Bruxelles imposer quoi que ce soit aux grands énergéticiens européens. Et Donald Trump ne peut être dupe sauf à chercher à gagner du temps avant les élections de novembre. En tout cas, les Européens feraient une erreur majeure en cédant aux sirènes trumpiennes.

 

 

22 juillet

Espagne

 

C’est au cœur des grandes plaines céréalières de la Castille que s’est forgée une grande part de l’histoire de l’Espagne. Burgos, Valladolid en furent d’éphémères capitales. À Palencia fut créée au tout début du XIIIe siècle la première université espagnole. Mais d’un court voyage, je voudrais surtout retenir le couvent de San Gregorio à Valladolid ou en 1550, Charles Quint réunit quelques hommes d’Église pour les interroger sur la nature humaine des Indiens d’Amérique: ce fut la célèbre « controverse » entre Las Cases et Sepulveda.

Quelques dizaines de kilomètres plus au sud, c’est à Tordesillas qu’en 1494 Espagnols et Portugais signèrent un accord divisant le long d’une ligne verticale leurs empires sud-américains. Mais Tordesillas, c’est aussi, au couvent Sauta Clara, le souvenir de « Juana la loca », Jeanne la folle, reine de Castille, la fille des Rois Catholiques, la mère de Charles Quint qui y passa enfermée près d’un demi-siècle.

C’est la Castille d’avant l’or et l’argent du Nouveau Monde, la Castille d’un fabuleux siècle espagnol qui se termina par une ultime banqueroute dans les dernières années du règne de Philippe II.

De Tordesillas à Valladolid, en quelques années, l’histoire du monde fut ainsi programmée pour les siècles à venir. C’était il y a cinq cents ans au cœur de la Castille.

 

 

15 juillet

Football

 

Vingt ans après, la France est à nouveau championne du Monde de football. Les scènes de liesse ce soir ont dépassé toute imagination et bien sûr, la référence aux « blacks, blancs, beurs » était dans tous les esprits.

Pourtant, en vingt ans, la situation en matière d’intégration sociale n’a pas vraiment évolué et la situation dans les « quartiers » a plutôt empiré. Il y a vingt ans, l’économie française était presque sur le toit du monde (4 % de croissance). Lionel Jospin faisait voter les 35 heures et le partage du travail. Les Français fredonnaient la douce musique d’Amélie Poulain, le film culte de l’époque. Les Français étaient heureux et réélirent Jacques Chirac en 2002 sur le thème de la fracture sociale (mais Jean-Marie Le Pen était au second tour). Rien ou presque ne s’est passé : la fracture sociale est devenue béante sur fond de montée des communautarismes ; l’intégration est restée un vœu pieux ; les inégalités ont augmenté malgré les filets de sécurité de l’état providence.

L’équipe de France qui rentre de Moscou est bien représentative de cette France de la diversité qui est une réalité et il faut saluer les joueurs qui, malgré leur jeunesse, ont affiché une remarquable maturité politique dans leurs témoignages. Cette victoire donne un élan et il faut espérer qu’il n’y aura pas demain de déceptions face aux promesses non tenues des uns comme des autres. Le foot, ce peut être un peu la vie : il faut profiter des occasions et Emmanuel Macron, dont il faut saluer la discrétion, a là une opportunité majeure pour transformer la joie d’un instant en dynamique nationale.

 

 

14 juillet

Pologne

 

Varsovie est une des villes européennes qui a le plus souffert de la Seconde Guerre mondiale. Sa reconstruction en fait un curieux mélange de styles. La vieille ville a été reconstruite à l’identique au moins en ce qui concerne les façades qui ont gardé un incontestable parfum à la fois hanséatique et « Mitteleuropa ». À cela s’est ajouté le style soviétique des années cinquante fait de lourdes perspectives de béton brut que vient couronner l’inévitable palais de la culture stalinien sur le modèle des « gratte-ciels » de Moscou. Et puis depuis les années quatre-vingt-dix, c’est l’urbanisme moderne plus ou moins sauvage, fait de tours étincelantes enlevant à Varsovie le peu d’âme qui lui restait. Mais au moins, on voit que l’ancrage européen a eu de bons côtés pour une Pologne qui a largement profité des fonds de Bruxelles.

 

Pourtant c’est bien l’Europe qui semble poser problème aux Polonais engagés dans une dérive catho-populiste inquiétante. L’Église catholique demeure omniprésente en Pologne même si là aussi la pratique religieuse connaît une forte érosion. Malgré la référence à Jean-Paul II, le clergé demeure marqué des valeurs qui ont fait sa force au temps de la résistance face au communisme. On retrouve un peu en Pologne la situation qui fut celle, il y a quelques décennies, de l’Irlande, de l’Espagne ou du Québec. Dans ces pays, la rupture de la déchristianisation a été d’autant plus forte que l’Église n’a pas su accompagner les évolutions sociales. Le visiteur quitte Varsovie avec un peu d’inquiétude pour l’avenir.

23 juin

Pétrole

 

Assez logiquement, l’OPEP vient de décider de concert avec la Russie d’augmenter d’un million de barils/jour la production de pétrole. L’occasion était belle pour montrer aux marchés que les producteurs sont à la manœuvre y compris pour calmer l’exubérance irrationnelle de certains. Le Brent cotait $ 75 le baril ce qui est maintenant au-dessus du point d’équilibre de nombre de producteurs. L’OPEP joue manifestement  la carte d’une sorte de prix d’équilibre autour de $ 70 et profite tant de l’effondrement vénézuélien que des problèmes logistiques qui brident la production américaine. Il y avait une fenêtre de tir à saisir pour des pays qui ont tout à gagner d’une augmentation de leur production, et au premier chef pour la Russie.

C’est probablement la Russie qui a convaincu l’Iran de ne pas bloquer l’accord. L’Iran en est en effet le grand perdant puisque, du fait de l’embargo américain, il va voir au contraire ses exportations diminuer de 10 % à 30 %. Alliée de l’Iran en Syrie, la Russie a peut-être offert des compensations au régime de Téhéran, permettant ainsi une unité de façade des producteurs.

Ceci peut-il durer longtemps ? Rien n’est moins sûr. L’Iran et l’Arabie sont en choc frontal au Yémen, en Irak et en Syrie. L’OPEP vient d’ouvrir des vannes qu’il sera bien difficile de bloquer à nouveau le moment venu. Et la dynamique américaine reste intacte. Alors retour à $ 60 ?

 

 

22 juin

Guerre commerciale

 

Nous y voilà. Donald Trump voulait « sa » guerre commerciale qu’il souhaitait « franche et joyeuse » comme un autre empereur, lui aussi fort limité et qui y perdit son trône il y a exactement un siècle.

De partout, les tirs de barrage chargés de tarifs douaniers compensatoires se font entendre. Certains respectent encore la Convention de Genève (celle de l’OMC), mais d’autres s’en affranchissent allègrement à l’image bien sûr des États-Unis. Suivant l’habitude, on cherche à faire mal à l’adversaire sur ses points les plus sensibles et les produits agricoles se trouvent en première ligne : les Chinois ont choisi le soja bien sûr, mais aussi la viande bovine et le coton ; les Mexicains ont pris le maïs et la viande porcine ; quant aux Indiens ils sont plus originaux avec les amandes (de Californie) et les pois chiches. Du côté européen, on est plus classique avec bourbon et Harley Davidson. Ceci étant, la grosse artillerie, celle des secteurs faisant vraiment mal de l’aéronautique aux télécommunications, reste pour l’instant silencieuse. Comme on voit mal les États-Unis reculer, il faut s’attendre à une montée en puissance progressive de l’ensemble des conflits. Assez rapidement, la guerre de mouvement rêvée par Trump et Guillaume II se transformera en guerre de tranchées durant laquelle chacun, barricadé derrière ses frontières, tirera sur l’ennemi à coups de tarifs et de sanctions. Malgré toute sa mauvaise foi, on voit mal comment Donald Trump pourra longtemps encore assurer la planète de sa victoire par quelque tweet pompeux.

 

 

 

19 juin

Coupe du Monde de Football

 

Il faut bien quand même parler un peu de football alors que, en Russie, la Coupe du Monde est dans la phase des poules au cours de laquelle de sympathiques équipes des quatre coins du monde affrontent les cadors européens et sud-américains. Il y a ceux qui au contraire ont essayé de conserver leurs talents nationaux et qui souvent portent l’espoir de tout un pays. Les enfants y jouent au foot sur d’improbables terrains vagues et rêvent au destin d’un George Weah devenu président du Liberia.

Ce soir, mes amis sénégalais ont exulté de la victoire des « Lions de Terranga » sur la Pologne. Le Sénégal est le seul pays africain à avoir réussi son entrée après les défaites marocaine et égyptienne. On devait faire la fête dans les rues de Dakar…

Mais les choses sérieuses vont commencer dans une dizaine de jours. Là, on sera vraiment entre professionnels qui joueront avant tout leur « valeur de marché », lors du mercato qui suivra la Coupe du Monde. La FIFA, la fédération internationale, fait d’ailleurs tout son possible pour renforcer l’aspect mercantile de l’événement. Après le Qatar, elle a décidé que la prochaine Coupe du Monde aurait lieu en Amérique du Nord. La FIFA a conforté l’Alena que Donald Trump veut démanteler. Que l’on ne joue guère au « soccer » aux États-Unis est bien secondaire. Ce qui compte, c’est l’argent des télés et des sponsors. On est là très loin des Lions de Terranga auxquels on ne peut que souhaiter le plus beau des parcours.

 

 

16 juin

Montagne d’Or

 

En Guyane, le seul projet économique important est celui d’une mine d’or, la « Montagne d’Or ». Ce serait la première mine vraiment moderne, le plus important projet minier français. Porté par des capitaux russes et canadiens, il contribuerait à la création de quelque 3 000 emplois directs et indirects. Le projet est situé en pleine forêt, dans l’Ouest, la région la plus pauvre et la plus isolée de Guyane.

Le malheur de Montagne d’Or et de la Guyane est d’avoir été pris en otage de guérillas politiques et surtout d’enjeux environnementaux nationaux. Montagne d’Or est devenue une cause nationale au même titre que Sivens ou Notre-Dame des Landes. Les grandes ONG (ici le WWF) ont pris le dossier en main, la contestation (« Or de question ») s’est développée sur des thèmes environnementaux, économiques, voire nationalistes : halte au capital prédateur de ces multinationales venant exploiter et piller la terre guyanaise…

Aujourd’hui se tenaient à Cayenne des réunions dans le cadre de la commission nationale du Débat Public. Chacun a pu s’exprimer dans un curieux méli-mélo où se mêlaient toutes les peurs et les angoisses que peut susciter pareil projet. Pourtant, mené en France avec toutes les garanties réglementaires nécessaires, Montagne d’Or peut être une chance pour une Guyane qui n’a pas d’autres opportunités. Mais il faut faire accepter l’idée à des opposants (souvent « metros ») trop longtemps habitués à la drogue douce de l’assistanat.

           

 

15 juin

Guyane

 

La Guyane est le plus pauvre des départements (et régions) français, le plus vaste aussi pour une population de moins de 300 000 habitants : une population bien différente de celle des Antilles auxquelles on l’assimile de manière trop rapide : il y a en effet des Amérindiens, les peuples premiers adeptes du chamanisme (3 % de la population), les « bushinengues », les descendants des esclaves évadés (les nègres marrons) qui ont conservé leurs langues africaines et leurs croyances animiques en s’isolant au plus profond des forêts (25 %) et puis la grande masse des créoles, habitants la côte, et mélange d’origines antillaises, blanches (les bagnards)... Il n’y a pas en Guyane de véritable population blanche comme les béquets antillais si ce n’est les expatriés « metros » de passage en général administratif. Ajoutons à cela les Chinois qui tiennent le commerce, quelques Libanais et une population hmong arrivés après la fin de la guerre du Vietnam.

 

Longtemps, la Guyane, cela fut le bagne et l’exploitation plus ou moins sauvage de l’or. Aujourd’hui, il y a Kourou et guère autre chose. À l’Ouest, dans la région de Saint-Laurent-du-Maroni, le chômage à 35,4 % est le plus élevé de France alors que la part de l’emploi public y est de 74 % (52 % pour toute la Guyane). La Guyane vit en fait des transferts publics avec bien sûr ses propres contraintes d’appartenance à la France et à l’Europe. Tout ou presque, y est importé de métropole, la dépendance est totale, l’avenir inexistant. 

 

 

12 juin

Trump - Kim

 

Est-ce bien une image historique ? Donald Trump et le jeune Kim paraphant un accord visant à terme (mais lequel ?) la dénucléarisation de la péninsule coréenne, et cela à Singapour, dans une ancienne résidence coloniale de l’ile de Sentosa, là même où les canons britanniques attendaient les envahisseurs (les Japonais vinrent… mais par le Nord et Johore…).

Donald tenait en tous cas son moment de gloire et plastronnait au milieu de sa cour. Quant à Kim, il pouvait savourer cette extraordinaire reconnaissance, ce blanc-seing que lui accordait le président des Etats-Unis, cette absolution pour tous ses crimes et ceux de sa famille. La plus vieille République démocratique de la planète adoubant une dictature absolue de droit quasi divin ! Quelle absurdité, quelle folie ! À ce compte-là, comment justifier la fermeté américaine face à l’Iran, un régime islamiste certes, mais dont les ressorts démocratiques sont intacts.

Face à une Corée du Sud affaiblie par les scandales politiques et mal à l’aise entre ses puissants voisins japonais et surtout chinois, Kim Jong Un peut même donner l’illusion de représenter l’identité coréenne, celle de ce royaume ermite si longtemps coupé du reste du monde.

Mais au fond Donald Trump révèle aussi le fond de son caractère : il aime la force il est fasciné par les puissants, il méprise, les démocraties. En 1936, il aurait adoré les Jeux Olympiques de Berlin. Certes, il n’est pas éternel, mais il est capable de gagner encore des élections !

 

 

11 juin

Huile de palme

 

Des agriculteurs bloquent plusieurs raffineries et dépôts de carburant de Total en France. Ils protestent contre la décision de Total d’importer de l’huile de palme pour alimenter la bioraffinerie qui remplace à La Mède la vieille raffinerie de pétrole dont la décision de fermeture remonte à plusieurs années. Basée sur un procédé nouveau (HVO) cette raffinerie utilisera des huiles végétales, en premier lieu du palme, mais aussi des huiles de récupération (fritures…) et un peu d’huile de colza.

En Europe, le développement des agrocarburants s’est fait à la faveur d’un objectif d’incorporation désormais fixé à 7 % pour le diesel. On visait là à l’origine les oléagineux européens et c’est sur cette base que s’est développée la filière française du colza. La graine de colza a l’avantage de produire de l’huile, mais aussi un tourteau protéique utilisé dans l’alimentation animale, ce qui a l’avantage de réduire la dépendance vis-à-vis du tourteau de soja importé. Le problème est que le marché du biodiesel européen a attiré l’intérêt pour l’huile de palme, beaucoup plus productive (8 tonnes à l’hectare contre 2 tonnes) et moins cher à peu près d’un tiers (un différentiel actuel de € 150 la tonne). Déjà, un tiers du marché européen du biodiesel est tenu par de l’huile de palme importée de Malaisie et d’Indonésie.

Le développement des plantations y a été spectaculaire : en Malaisie, le palmier a remplacé l’hévéa. En Indonésie, il a suivi l’exploitation longtemps anarchique des forêts primaires (exploitées d’abord pour le bois) et le défrichage sauvage des tourbières. La production d’huile de palme est toutefois essentielle pour les équilibres de la consommation de matières grasses végétales en Asie. En faire du carburant est une autre affaire et son bilan carbone est loin d’être satisfaisant.

Ceci étant, en l’état actuel des marchés, l’équilibre de La Mede tient à son approvisionnement en huile de palme. Le tout est de savoir quelle doit être en la proportion. Contre 300 000 tonnes d’importation d’huile de palme, Total propose d’acheter 50 000 tonnes d’huile de colza. Les agriculteurs réclament 200 000 tonnes. La valorisation de l’huile est en effet essentielle à côté du tourteau dont le marché est soumis à la concurrence du soja américain ou latino-américain.

Tout ceci aurait pu se conclure par une franche négociation, mais on aura compris que cette affaire ouvre une véritable boîte de Pandore de problèmes non résolus. Faut-il développer les agrocarburants, condamner l’huile de palme, réduire le déficit protéique de la France, sauver des emplois industriels dans une région déjà sinistrée et puis surtout écouter un peu un monde agricole déboussolé qui a l’impression de porter toutes les contradictions d’une France qui ne le comprend plus.

Les agrocarburants, condamner l’huile de palme, réduire le déficit protéique de la France, sauver des emplois industriels dans une région déjà sinistrée et puis surtout écouter un peu un monde agricole déboussolé qui a l’impression de porter toutes les contradictions d’une France qui ne comprend plus.

 

 

10 juin

Orphée et Eurycide

 

Un moment d’enchantement proche de la perfection : Orphée et Eurydice dans la version originale italienne de l’opéra de Gluck donné en un lieu où aurait pu se tenir la première, l’opéra du château de Versailles : une mise en scène minimaliste, mais somptueuse dans le jeu des lumières ; quelques-uns des meilleurs chanteurs avec Philippe Jaruzki (Orphée) et Patricia Petitbon (Eurydice) ; des chœurs et un orchestre à l’avenant.

On connaît l’histoire et la plongée d’Orphée au plus profond des enfers pour en ramener Eurydice, la perdre à nouveau et la retrouver enfin grâce à la baguette magique de l’Amour. Mais on touche là, un rêve redevenu contemporain, celui de l’immortalité, bien présent dans les débats autour du transhumanisme. Il y a, chez tous ceux qui entretiennent ces illusions, cette idée de pousser toujours plus loin l’élan vital quitte à perdre de vue la nature profonde de l’homme. Orphée, dans la mythologie grecque, est un homme, mais qui parvient à se transcender pour devenir au moins l’égal des demi-dieux et des héros. Mais sa volonté de gagner une forme d’immortalité se fracasse contre le regard d’une femme. Et le « happy end » final est une invention de Gluck et de son librettiste. L’Amour l’emporte sur la fatalité. Et il en est ainsi de la vie n’en déplaise aux apprentis sorciers du transhumanisme.

 

 

9 juin

G7

 

Suite des opérations de dynamitage de l’ancien « ordre » international par un Donald Trump décidément « déchainé ». Arrivé en retard au sommet du G7 au Canada et parti avant même la fin des échanges entre grands de ce monde, il s’est irrité d’une pique de Justin Trudeau et a brutalement retiré la signature des États-Unis du communiqué final. Il est vrai qu’il y a mieux à faire : rencontrer le jeune Kim nord-coréen à Singapour et lui donner ainsi une crédibilité inespérée.

Certes cela fait bien longtemps que les sommets du G7 ont une utilité limitée. Mais au moins permettent-ils aux dirigeants du monde « occidental » de se coordonner et d’avancer un agenda commun sur des sujets comme le climat ou le commerce. Ils sont devenus une sorte de réunion préparatoire pour le G20 qui réunit désormais l’essentiel de l’économie mondiale. Ils sont en tous cas une des dernières enceintes quelque peu multilatérales. Mais voilà, Donald Trump et ses conseillers, ne veulent plus de ce monde-là. On ne sait pas exactement ce qu’ils veulent d’ailleurs : écraser leurs alliés, faire une partie de bras de fer avec les chinois, apporter la paix dans la péninsule coréenne et y gagner un Prix Nobel ?

Rarement, en tous cas, la parole américaine dans le monde aura eu aussi peu de valeur. La première puissance économique et militaire de la planète n’est plus qu’un bateau ivre barré par un capitaine mégalomane. Et ce n’est pas fini…

 

 

6 juin

Alena

 

Donald Trump poursuit son travail de sape et s’attaque maintenant à un des vestiges de l’époque Bush senior, le traité de libre-échange nord-américain (Alena ou Nafta). On l’oublie, mais ce sont des républicains (Reagan puis Bush) qui avaient été à l’origine de cet accord régional ambitieux qui associait non seulement le Canada, mais surtout le Mexique aux États-Unis. Simple zone de libre-échange, l’Alena a bien sûr souffert de nombre de problèmes, notamment agricoles, mais il a été un puissant outil d’intégration régionale, favorisant en particulier le développement industriel mexicain. L’intégration du Mexique était un véritable pari qui, à l’échelle de l’Europe, serait comparable à l’entrée de la Turquie dans l’UE. L’instabilité politique et le malgouvernance mexicaine ont probablement empêché ce pays d’en tirer le meilleur parti en dehors de l’expansion des « maquiladoras ».

La renégociation de l’Alena a très vite buté sur la mauvaise volonté de la Maison-Blanche qui a donc décidé de jouer la carte bilatérale en maniant le bâton vis-à-vis du Canada et du Mexique. Pour l’instant, on en est au stade des sanctions et des taxes : acier, aluminium et peut-être automobiles pour les uns, viande de porc et bourbon entre autres pour les autres.

Et pendant ce temps, Donald Trump rêve de Prix Nobel et prépare le sommet de Singapour avec Kim… Décidément, avec des alliés pareils, on n’a plus besoin d’ennemis !

 

 

2 juin

Europe

 

Après l’Italie, l’Espagne… Au moment où l’Europe a besoin de dirigeants capables de s’inscrire dans un projet de long terme, ses deux pôles méditerranéens vacillent.

En Italie, le président de la République a en partie cédé, a accepté de nommer un vieil eurosceptique germanophobe ministre des Affaires européennes alors que le pays sera gouverné par une improbable coalition plus ou moins populiste dont on ne sait exactement qui en tirera les ficelles.

En Espagne, Mariano Rajoy et le PP ont été renversés à l’issue d’une ultime affaire de corruption. Mais les socialistes qui leur ont succédé sont largement minoritaires et le soutien de Podemos et des partis régionaux (basques et catalans) risque d’être souvent aléatoire.

Tout ceci intervient au pire moment pour une Europe toujours en recherche de projets, qui, dans quelques mois, va entrer en période électorale, ce qui risque malheureusement encore de favoriser les votes de protestation les plus irresponsables. La voix d’Emmanuel Macron risque d’être plus que jamais isolée et le rêve européen s’effacera un peu plus dans les marchandages qui présideront à la mise en place d’une nouvelle politique migratoire. Tout ceci est bien petit !

 

31 mai

Taxes acier et aluminium

 

Décidément, Donald Trump fait tout son possible pour renforcer la cohésion européenne. Il a ainsi décidé de taxer les importations américaines d’acier et d’aluminium en provenance d’Europe (mais aussi du Canada et du Mexique) à hauteur respectivement de 25 % et de 10 %, et cela dès demain !

La sanction est absurde : l’Europe ne contribue en aucune manière aux excédents mondiaux d’acier et d’aluminium : cela fait longtemps que l’on a fermé les hauts fourneaux de la vallée du Rhin et les usines d’aluminium des vallées alpines et pyrénéennes. Face à cette attaque brutale, l’occasion serait belle pour l’Europe de faire front. Mais la mécanique européenne est par essence molle : plainte à l’OMC (une bonne année de délais), menaces sur quelques produits américains emblématiques (bourbon, Harley Davidson, Jeans), pas grand-chose au fond et déjà les Allemands – qui ont le plus à perdre sur l’acier – prêts à quelques concessions d’autant plus que pèse aussi une menace autrement plus grave sur les automobiles. Il y a fort à craindre que le front européen, malgré les martiales déclarations françaises ne tienne guère. Pourtant l’Europe dispose d’une arme autrement plus puissante : la taxation des GAFA. Aura-t-on à Bruxelles le courage de l’utiliser ? On peut en douter.

 

29 mai

Agriculture

 

À l’Assemblée nationale, la discussion du projet de loi Agriculture et Alimentation permet une « libération » de tous les démons d’une majorité parlementaire à laquelle l’exécutif lâche les rênes de manière plus ou moins volontaire. Le texte de loi est issu des États généraux de l’Alimentation de 2017 et comprend surtout un ensemble de mesures destinées à améliorer autant que possible les relations entre agriculture, industrie et grande distribution. La discussion est là technique et parfois fructueuse. Mais tout autre est le volet sociétal. Là, on peut dire que nos néo-députés se sont « lâchés » dans une sorte de délire d’amendements où l’on retrouve en désordre tous les poncifs de la « nouvelle pensée alimentaire » : glyphosate et néocotinoïdes, bien-être alimentaire et véganisme… tout à peu près y est passé sous l’œil impitoyable des « ONG » autoproclamées gardiennes du temple de la rectitude morale ou environnementale. Tout ceci pourrait prêter à sourire si le monde agricole ne se trouvait désormais otage de ce nouveau fanatisme. Il est devenu pratiquement impossible de tenir un débat serein et surtout fondé sur des bases scientifiques sérieuses. Tout doit être relativisé à l’aune d’une démocratie médiatique qui affirme, juge et condamne et que les sondages transforment en vérité. La politique n’est alors plus que spectacle… et démagogie.

 

 

24 mai

Parcoursup

 

Avec Parcoursup, la France a accouché de l’un de ces monstres bureaucratiques qu’affectionnent ses administrations, en particulier la plus « soviétique » d’entre elles, l’Éducation nationale.

La genèse de cette usine à gaz est d’une parfaite ambiguïté. Au fil des années, le baccalauréat s’est totalement dévalorisé et, en marge de l’université se sont développées des formations – publiques ou privées – faisant ouvertement de la sélection : prépas, IUT et BTS, double cursus de certaines universités, « bachelors » post-bac et quelques autres. La première année d’université est devenue un immense dépotoir d’espérances déçues avec à la clef un véritable « massacre des Innocents » en fin de première année.

La solution la plus logique eut été de généraliser la sélection et donc d’autoriser les universités à y avoir recours. Le pas étant trop difficile à franchir, on s’est contenté de parler de « prérequis » et de bannir toute idée de sélection, devenue un chiffon rouge pour des organisations étudiantes d’autant plus virulentes qu’elles sont moins représentatives.

C’est de cette ambiguïté qu’est né le monstre Parcoursup. Au lieu de donner à chaque établissement son autonomie en matière de recrutement des étudiants, on a inventé un système national donnant à chaque lycéen la possibilité théorique de présenter une dizaine de candidatures. L’engorgement a été tel que les bonnes intentions affichées (analyse de la motivation et du potentiel des candidats) ont vite cédé la place à quelques algorithmes plus ou moins bâclés dont les premiers résultats sont pour le moins surprenants : nombre de lycéens se retrouvent sur d’improbables listes d’attente et à quelques jours du baccalauréat (qui ne sert décidément plus à rien) c’est l’angoisse qui prédomine pour la grande majorité à l’exception de quelques heureux élus.

Comprenons bien : la sélection est nécessaire si on veut éviter l’échec en fin de première année. Mais il est aberrant d’avoir imaginé un système national, un « Big Brother » gérant l’avenir de plus de 800 000 futurs bacheliers. Une fois de plus, ce sont les plus aisés, socialement et financièrement, qui s’en sortiront et la France restera le seul pays au monde où l’université est le choix par défaut de ceux qui ne peuvent aller ailleurs. Le meilleur des mondes…

 

 

21 mai

Guerre commerciale

 

Pendant que l’on roucoulait à Windsor, on parlait de choses sérieuses à Washington avec la visite d’une délégation chinoise venue trouver un terrain d’entente avec les États-Unis. À l’issue de ce sommet, le Secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, une des dernières « colombes » de l’administration américaine, a mis de côté pour l’instant (« on hold ») les sanctions américaines alors que les Chinois levaient – semble-t-il – certaines taxes symboliques (sur le sorgho américain par exemple) et s’engageaient à faire leur possible pour réduire le déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine : de $ 200 milliards comme le souhaite Donald Trump même si cela semble impossible. Au moins, y aura-t-il du pétrole et des produits agricoles ce qu’un tweet présidentiel n’a pas manqué d’annoncer triomphalement aux « farmers ». Les élections approchent…

Pour le reste, il n’y a pas eu vraiment d’accord formel et en particulier le sort de ZTE et de ses importations de composants électroniques américains n’a pas été tranché.

Manifestement, les Chinois ont habilement lâché suffisamment de lest pour permettre à la Maison-Blanche de ne pas perdre la face. Mais les faucons n’ont pas dit leur dernier mot…

Il n’est pas impossible d’ailleurs que l’Iran fasse partie de la discussion. Mike Pompeo, le nouveau Secrétaire d’État, a tenu un discours très musclé, mettant en avant des conditions inacceptables par l’Iran, bien au-delà du seul dossier nucléaire. Il n’est pas sûr que cette politique du pire soir du goût de Xi Jinping.

« Guerre impossible, paix impossible », le dilemne soulevé par Raymond Aron au temps de la guerre froide, s’applique bien aux relations actuelles entre les États-Unis et la Chine. Les deux puissances économiques sont plus complémentaires que jamais et les Chinois en ont probablement plus conscience que les États-Unis. Avec le recul, le virage pris par Donald Trump à propos de ZTE peut aider à une sorte de paix des braves, écrasant au passage un peu plus les alliés et amis des deux camps à commencer bien entendu par l’Europe.

La suite au prochain épisode avec cette fois les américains à Pékin.

 

 

19 mai

Mariage princier

 

Ah le beau mariage princier qui a fait soupirer dans presque toutes les chaumières de la planète. Pourtant il n’y avait là rien de bien sensationnel : un cadet de famille royale dont le destin sera d’inaugurer d’innombrables chrysanthèmes, un garçon qui d’ailleurs n’a brillé ni par ses études ni par ses engagements et dont la réputation de fêtard n’était plus à faire, épouse une actrice américaine plus connue des médias que des cinéphiles, divorcée et qu’il a fallu baptiser et confirmer en catastrophe puisqu’au Royaume-Uni, un mariage se doit d’être religieux.

On était donc là au royaume des « people » qui peuvent inspirer des passions, mais le mariage d’Harry et de Meghan a battu tous les records d’audience au niveau mondial : il faut dire que l’impresario avait bien fait les choses avec un « casting » étonnant : il est loin le temps des vraies princesses et désormais, ce que l’on offre c’est le rêve de Cendrillon. On le saupoudre par ailleurs de bonnes intentions en invitant par exemple le « vrai » peuple et en faisant presque croire qu’il s’agit d’un spectacle caritatif.

Mais l’extraordinaire, c’est aussi l’impact de ce mariage dans un vieux pays républicain comme la France. BFM a offert une couverture complète en temps réel de l’événement. On savait tout sur les détails avec nos plus grands experts à commencer par Stéphane Bern. Et au fond, il faut reconnaître que la France, à laquelle il fallut quatre révolutions pour se débarrasser de ses rois et empereurs, que la France est au fond d’elle-même profondément monarchiste. Elle est même moins tolérante que le Royaume-Uni : du monarque qu’elle élit, elle exige un comportement exemplaire, des accents « jupitériens », de Mitterrand à Macron, et des écarts les plus contrôlés possibles comme François Hollande l’a appris à ses dépens.

Comme on regrette au fond que le Comte de Chambord ait refusé le drapeau tricolore en 1873. La France serait peut-être encore une vraie monarchie.

 

 

17 mai

CyclOpe 2

 

C’est avec juste raison que Pascal Lamy, lors du colloque organisé à l’occasion du lancement de Cyclope 2018, a estimé que de tous les dossiers ouverts par Trump, le plus grave était bien celui de l’Iran. Sur la « guerre » commerciale avec la Chine, l’heure serait déjà ou presque aux accommodements : de manière inexplicable, Donald Trump a ainsi reculé sur la condamnation de la compagnie chinoise de télécom ZTE et a autorisé qu’elle puisse à nouveau importer des composants électroniques américains. La Chine a réagi en supprimant les droits compensateurs de 179 % imposés sur le sorgho américain. Les Chinois sont pragmatiques…

Mais le dossier iranien est tout autre, car les sanctions américaines s’appliquent de manière presque universelle. Du fait de la place du dollar dans le système monétaire international, il est pratiquement impossible de s’affranchir des réglementations américaines, en particulier dès qu’il s’agit de financements à moyen et long terme. Même les banques chinoises se livrent à de multiples contorsions pour ne pas trop apparaître au premier plan des transactions avec l’Iran. Que dire alors des banques occidentales, traumatisées par la jurisprudence BNP Paribas, et des entreprises ; déjà Total a annoncé son probable retrait du projet gazier de South Pars (au profit peut-être de Petro China).

Car dans cette affaire, il faut aussi tenir compte de l’incohérence américaine. Donald Trump a « pardonné » ZTE condamnée justement pour avoir commercé avec l’Iran à l’époque des sanctions. Suivant que l’on est riche et puissant… et cela finit comme dans la fable de La Fontaine où seul l’âne est condamné pour quelques coups de langue dans le pré du voisin.

L’Europe risque bien d’être l’âne en question. Certes, il existe un mécanisme remontant à 1996 et permettant aux entreprises européennes d’échapper à des sanctions extérieures. Mais il n’a jamais été utilisé et il demandera de la part de l’Europe une fermeté à laquelle elle ne nous a guère habitués. Après Total, il y a de fortes probabilités pour que d’autres entreprises suivent. Et il n’est même pas sûr que dans ces conditions l’Iran souhaite poursuivre l’accord…

 

 

16 mai

CyclOpe 1

 

La présentation du trente-deuxième rapport CyclOpe ne pouvait intervenir en un moment plus opportun alors que le monde cherche à analyser les conséquences de la décision de Donald Trump de sortir de l’accord nucléaire avec l’Iran.

Le titre de CyclOpe 2018 peut quelque peu surprendre : c’est celui d’une cantate de J.S. Bach : « Der Himmel lacht, die Erde jubilieret ». Le ciel rayonne, la terre jubile. Il est vrai que le ciel économique rayonne avec une croissance mondiale proche de 4 %, des niveaux redevenus positifs à peu près partout (à l’exception d’un problème argentin récent). Et la terre jubile avec même un peu de folie sur les marchés boursiers et plus récemment sur certaines matières premières.

Mais il est vrai que de la jubilation à la folie il n’y a qu’un pas que Donald Trump a franchi allègrement. Son bilan est de ce point de vue accablant même si on doit convenir qu’il n’est pas dénué d’une certaine cohérence autour de la seule logique de la loi du plus fort assénée désormais de manière unilatérale, car c’est bien désormais d’« America alone » qu’il s’agit. Qu’on en juge : au plan multilatéral, c’est la sortie de l’accord climatique de Paris, la fragilisation de l’OMC (même si les États-Unis viennent de gagner l’arbitrage sur Airbus), l’abandon surtout de l’accord sur le nucléaire iranien. Au plan régional, c’est le renoncement au TPP asiatique, la renégociation musclée de l’Alena, l’abandon du TTIP atlantique. Au plan bilatéral, c’est bien sûr la Chine et la Russie et puis Jérusalem que la colombe coréenne ne peut faire oublier.

En quelques mois, Donald Trump et son entourage (Bolton, Navarro, Lightizer…) ont dynamité tout ce qu’il restait des ruines du système westphalien d’avant 1990. Mais il y a bien pire encore tant ils n’offrent aucune garantie en termes de responsabilité de leurs actes en particulier au Moyen-Orient. Que des élus républicains puissent imaginer attribuer le prix Nobel de la Paix à Donald Trump (à propos de la Corée) montre bien l’aveuglement américain et l’étroitesse de la vision tant de la Maison-Blanche que du Capitole.

Il y a au contraire chez Trump quelque chose de la folie de Neron après qu’il eut condamné Seneque. On sait comment cela se termina pour Rome.

 

 

 

13 mai

Grèves

 

C’est une nouvelle fois jour de grève à la SNCF pour ce dimanche chargé de tous les retours après le « pont » de l’Ascension, lui-même précédé de celui du 8 Mai. Un seul train remonte du Pays basque vers Paris et il est bondé de tous les passagers des trains annulés ou de ceux qui n’ont pu même acheter de billets.

La bonne humeur est générale au wagon-bar (de plus en plus dépouillé comme si la SNCF renonçait à nourrir ses passagers) où l’on est assis par terre dans un joyeux désordre. Les Français ont une grande habitude des grèves de leurs « chers » services publics et au fond s’accommodent assez bien de ces inconfortables situations.

Le seul contrôleur de ce train, qui ne contrôle rien, est un non gréviste à quelques mois de la retraite (à 55 ans donc…). Il fustige le jusqu’au-boutisme de la CGT qui chercherait à tout prix l’épreuve de force.

En tous cas, cette grève tournante semble engagée dans la durée, alors même qu’au Parlement, l’affaire est à peu près réglée. Le mode opératoire choisi par les syndicats par séquences de deux jours de grève devrait leur permettre de tenir assez longtemps peut-être même jusqu’à l’été : en termes de perturbations, il y a encore le long week-end de la Pentecôte…

Le résultat tangible de cette affaire est que les cheminots perdent peu à peu le capital de sympathie dont le rail a toujours bénéficié auprès des Français. Déjà, la politique de tarification et la multiplication des marques (Ouigo, Inoui, IDTGV…) ont contribué à brouiller l’image de service public efficace et « à l’heure » qui longtemps avait permis de justifier l’importance des financements publics.

Bien sûr, il ne faut pas faire porter la responsabilité de ce fiasco aux lampistes. Comme à l’habitude, l’état actionnaire, les politiques et les technocrates ont une responsabilité dans un choix – le tout TGV – discutable. Ce soir, nous roulions à plus de 300 km/h entre Bordeaux et Paris, mais plus au Sud entre Dax et Hendaye l’allure était plus proche des 50 km/h ! Paradoxalement, la politique du rail a renforcé un peu plus la concentration vers l’Île de France alors même que les transports de banlieue périclitaient…

Mais loin de là, ce soir, on riait bien dans notre wagon-bar !

 

 

8 mai

Iran

 

Donald Trump a beaucoup de défauts, mais on ne peut l’accuser de ne pas tenir ses promesses et peu à peu, il continue à détricoter l’héritage d’Obama, les bonnes comme les moins bonnes politiques et mesures. Ce soir, il a donc annoncé que les États-Unis sortaient de l’accord sur le nucléaire iranien (on pouvait s’y attendre), mais surtout, revenaient à un régime de sanctions le plus dur possible à l’encontre de l’Iran et de tous ceux qui entretiendraient des rapports avec ce pays.

Bien sûr, l’accord signé avec l’Iran n’était pas parfait, mais il avait eu deux mérites majeurs : d’une part, au moins freiner le programme nucléaire iranien ; d’autre part, renforcer le clan des colombes en un moment où la société iranienne évolue et semble mûre pour peu à peu s’affranchir des mollahs les plus intransigeants. Certes, l’Iran n’a pas mis en veilleuse son activisme à l’international de la Syrie au Yémen et le choc est frontal avec l’Arabie et bien sur Israël. Et récemment, le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran accusé de soutenir le front Polisario. La décision américaine risque de renforcer le camp des conservateurs et des activistes aux dépens des modérés.

Comme pour la Russie, les sanctions américaines vont tourner au casse-tête pour toutes les entreprises qui commençaient à renouer avec l’Iran. Tout comme bien sûr, pour les banques dont la frilosité en sera encore renforcée.

En avril, l’Iran avait exporté 2,6 millions de barils/jour de pétrole. Ses expéditions vers des pays asiatiques comme la Chine ne devraient pas être affectées, mais on estime quand même que les exportations devraient diminuer de 500 000 bj, ce qui, sur un marché déjà tendu qui cotait ce matin $ 75 le baril de Brent, pourrait nous pousser encore un peu plus haut vers les $ 80. Indirectement, Donald Trump fait un joli cadeau au cœur de son électorat, les états pétroliers du Texas au Dakota ! Mais pour le reste du monde, c’est bien d’un cadeau empoisonné qu’il s’agit…

 

 

6 mai

Air France

 

Il y a bien longtemps, les journaux étaient imprimés sur le « marbre » par des typographes, une caste noble d’ouvriers qui, au XIXe siècle, furent à la pointe des combats politiques et sociaux. Forts de leur savoir, les typos parisiens furent au cœur des révolutions de 1830, 1848 ou 1870. Le syndicat des ouvriers du livre poursuivit ces combats avant que d’exercer un véritable monopole sur la réalisation des journaux parisiens. Las, les progrès de l’informatique puis des technologies de l’information les condamnèrent peu à peu. Après d’ultimes combats du Syndicat du Livre, les typos durent céder.

En sera-t-il demain de même pour les pilotes d’Air France. En tous cas, le Syndicat des Pilotes de ligne est à peu près aussi borné que le fut en son temps le Syndicat du Livre. Certes, a priori, il faudra toujours « des pilotes dans les avions ». Et comme le marché aérien ne cesse de se développer, le marché mondial des pilotes est en situation de pénurie et les prix montent au-delà même des très confortables salaires des pilotes d’Air France. Certes, les conditions de travail sont différentes et les contrats plus précaires, mais on gagne mieux sa vie comme mercenaire en Asie ou dans le Golfe.

Faut-il pour autant casser Air France et pousser au départ un président dont tous les observateurs soulignent la compétence ?

L’échec du referendum chez Air France illustre en tous cas tous les blocages de la société française face aux réformes : on s’arc-boute sur ses avantages acquis au risque de casser la machine pour les uns ; on cherche à passer en force sans véritable dialogue social pour les autres. Le cas des pilotes est bien sûr caricatural, mais les racines du mal sont identiques à la SNCF, chez les aiguilleurs du ciel et dans toutes les professions qui se croient protégées par leur statut historique.

Il en fut ainsi longtemps des typos en un temps – pas si lointain – où l’on lisait encore les journaux « papier ».

 

 

5 mai

Ours

 

La Roumanie compte, dans la chaine des Carpathes près de la moitié de la population d’ours d’Europe. Plus de 5 000 animaux que les promeneurs croisent souvent à leurs risques et périls. Chaque année, on compte plusieurs décès dus à des attaques d’ours qui parfois s’aventurent au cœur des villages et des villes. Même si l’ours est protégé, il faut quand même en réguler la population et des permis de chasse sont délivrés pour un peu moins de cent cinquante individus par an. L’ours des Carpathes est une réalité à laquelle sont attachés les Roumains qui ont appris à vivre avec ce redoutable prédateur (mais il y a aussi des loups et des lynx en Roumanie).

Peut-on faire quelque comparaison avec l’ours des Pyrénées ? En comptant la population espagnole, à peine un peu plus d’une trentaine d’individus et des régions entières dont l’ours a disparu. À la différence des Carpathes, les Pyrénées ont été largement colonisées par l’homme en particulier dans leur partie occidentale avec au contraire une importante population de brebis dont le lait sert à fabriquer le célèbre fromage d’Ossau et d’Iraty.

Mais l’ours dans les Pyrénées est une cause qui dépasse les éleveurs : il est devenu pour les écolos des villes le symbole de la « bonne » nature qu’il faut réinventer. L’ours a disparu, qu’à cela ne tienne, on va en importer quelques exemplaires, non pas de Roumanie, mais de Slovénie. Nicola Hulot, la caution verte du gouvernement, a décidé de l’introduction de deux ours slovènes dans ces montagnes d’Ossau et du Somport en leur donnant mission de faire souche avec deux ours, eux-mêmes issus de ces improbables croisements politiquement corrects. On aimerait en rire tellement cela frise le ridicule, mais les éleveurs qui ont manifesté à Pau fin avril n’ont pas le même sens de l’humour tant le bon « nounours » peut être dangereux pour les troupeaux de moutons.

Quelques vrais écologistes s’indignent aussi : il n’y a rien de naturel à chercher à tout prix à introduire dans les Pyrénées des animaux des Carpathes. Mais à tout point de vue, on préfère les animaux aux hommes.

 

 

2 mai

Mai 68 II

 

Revenons encore un peu sur l’héritage de Mai 68. Né en 1951, élève donc de première chez les jésuites à Bordeaux, mon seul souvenir de ces semaines est celui de vacances exceptionnelles passées à jouer au tennis. Ma conscience politique était alors inexistante et cet été là, en échange chez un correspondant au sud de Munich, je fus bien incapable d’expliquer à mes amis allemands, beaucoup plus mûrs que moi, ce qui s’était passé en France.

J’appartiens par contre à la génération post soixante-huitarde, juste après. En prépa en 1971, je me souviens de la lecture des premiers tracts des situationnistes. Puis ce fut la montée à Paris, l’arrivée à Jouy-en-Josas à HEC : un campus isolé, vivant quelque peu en vase clos dont on s’évadait en stop le week-end pour aller au Quartier latin feuilleter livres et revues à « La joie de lire », la librairie de François Maspero. Nos prédécesseurs à HEC avaient obtenu de 1968 la suppression du classement de sortie et le campus comptait une forte colonie d’extrême gauche (Gauche prolétarienne et autres…) qui entretenait un climat de contestation débouchant sur des grèves d’autant plus longues que franchement elles n’avaient guère de motifs tant nous menions une existence de privilégiés. Cette année-là cependant (1973), l’option de troisième année la plus demandée fut l’option « économie agricole » et je pus faire mon stage en « entreprise» auprès des groupements de producteurs de moutons du Massif central.

Nous étions au fond les ultimes bénéficiaires des Trente Glorieuses avec une belle volonté de partage et d’ouverture aux autres : sans aller jusqu’au gauchisme, nous soutenions la candidature de René Dumont à la présidentielle de 1974, militions pour le Larzac et le « 1 % Tiers Monde », rêvions d’un retour à la terre pour sortir les jeunes des banlieues, participions au premier concile des jeunes organisé par la Communauté de Taizé…

« Cours camarade, le vieux monde est derrière toi » ; oui nous avons pleinement vécu ce slogan et il nous pouvons en remercier ceux qui nous ont précédés.

 

 

1er mai

Mai 68 I

 

Avec le premier jour de mai, commencent les commémorations du cinquantenaire des « événements » de Mai 68 puisque c’est à ce moment-là que la contestation se transporta de Nanterre à la Sorbonne. Il y a les témoignages émus des « anciens combattants » dont les tempes sont désormais bien argentées. Il y a les tentatives de récupération des politiques et puis aussi le jugement des historiens.

Deux écoles s’affrontent : ceux qui ne voient en Mai 68 qu’une crise d’adolescence bien vite oubliée et ceux qui en font un tournant majeur pour la société française. L’auteur de ces lignes étant en classe de première dans un collège de jésuites de province en 1968 n’a aucun témoignage particulier sur ces semaines. L’historien peut par contre renvoyer dos à dos les deux thèses en lice : ni crise d’ado, ni grand soir. En réalité, les mutations de la société française avaient commencé beaucoup plus tôt dans les années soixante. Mai 68 a seulement accéléré un mouvement correspondant à l’arrivée à l’âge adulte de la génération du « baby-boom », celle qui n’avait pas fait la guerre d’Algérie. Mais il est vrai que Mai 68 a contribué à accélérer la remise en cause des grandes institutions comme l’école, l’église, l’armée ou la justice qui avaient fort peu évolué tout au long du siècle. Par ailleurs, Mai 68 a précédé de peu la crise qui en 1973 mit fin aux Trente Glorieuses.

Il est vrai qu’à l’époque, la croissance était forte (3 à 4 %), le chômage inexistant et le parfum des idéologies bien insistant. Jean-Paul Sartre régnait en maître sur l’intelligence française qui s’imaginait être le nombril du monde : mais des universités américaines au printemps de Prague, des Jeux de Mexico à l’assassinat de Martin Luther King, il y eut bien d’autres moments forts dans le monde que la seule occupation de la Sorbonne.

En France, l’embourgeoisement de la génération soixante-huitarde fut d’autant plus rapide que la stagflation mit un terme au bonheur économique des Trente Glorieuses. Le paradoxe de Mai 68 est au fond d’avoir marqué un tournant vers un libéralisme certes de la société mais aussi de l’économie, vers un monde plus difficile marqué par la crise et le chômage. Mai 68 ou la grande illusion ?

25 avril

Rusal

 

Sur les marchés, l’affaire « Rusal-Deripaska » prend des proportions que l’on n’aurait guère imaginé il y a seulement quelques jours. Oleg Deripaska a fait l’objet début avril du deuxième train de sanctions de l’administration américaine à l’encontre des proches de Vladimir Poutine. Mais ces sanctions ont été étendues aux entreprises que contrôlent ces personnalités et dans le cas de Deripaska, il s’agit de En+ qui elle-même possède 56 % du capital de Rusal, le premier producteur mondial d’aluminium sans oublier un bon quart du capital de Norilsk, le premier producteur de nickel et de palladium. Deripaska avait entrepris ces derniers mois de rationaliser ses actifs autour d’En+ désormais cotée à Londres. Le coup de semonce américain change tout et Rusal en est la principale victime collatérale. Aucune entreprise ni banque ne peut désormais prendre le risque de travailler directement ou indirectement avec Rusal ou quelque entité que ce soit qui lui soit lié sans prendre le risque de foudres américaines dont on sait le caractère aveugle et léonin.

Devant l’énormité de la chose, l’administration américaine a quelque peu transigé et donné des délais (juin et octobre) aux partenaires financiers et commerciaux de Rusal.

Du côté russe, on s’agite aussi et Deripaska serait prêt à céder son contrôle majoritaire d’En+ ainsi qu’à ne plus siéger au Conseil d’Administration dont ont d’ailleurs démissionné tous les « occidentaux » à l’image d’Ivan Glasenberg, le patron de Glencore. Un temps, on a même parlé d’une renationalisation par les autorités russes (curieusement en effet, ni Gazprom ni Rosneft ne sont pour l’instant directement touchées par les sanctions).

Rusal est en tous cas au bord de la paralysie et c’est là que l’on mesure la puissance de feu sans équivalent des États-Unis et le véritable droit de seigneuriage qu’ils peuvent exercer sur tous les acteurs du commerce mondial. Sans prendre partie sur la légitimité ou non des sanctions américaines vis-à-vis de la Russie (et dans ce cas-là, à propos de la Crimée, on ne peut que soutenir la position de Washington), il y a là un déséquilibre d’autant plus choquant que le comportement américain est loin d’être aussi exemplaire que ne le mérite pareil pouvoir.

 

 

 10 avril

 

Le «discours des Bernardins» d’Emmanuel Macron a suscité des réactions passionnées à l’image de la relation que la France entretient depuis plus d’un siècle avec le catholicisme, longtemps religion d’état de la «fille ainée de l’Église» et qui réunit encore au moins une majorité de Français autour de ses valeurs quoique celles-ci fassent l’objet de profondes divergences parmi les intéressés de plus en plus guettés par le risque de l’indifférence.

Alors, grossière tentative de récupération pour les uns, remise en cause du devoir de laïcité pour les autres, la tâche d’Emmanuel Macron était bien difficile et force est de constater qu’il a respecté son contrat, celui de l’équilibre en «bravant les sceptiques de tout bord».

La «laïcité à la française» ne  peut être comme l’imaginent les plus engagés des «laïcards» la négation du fait religieux. Le credo républicain ne peut – ni ne doit– en effet, se substituer à la transcendance divine. Chacun d’entre nous avance sur un chemin qui lui est personnel en fonction de son histoire, de son héritage culturel, de ses expériences. C’est là notre droit le plus fondamental et il n’était pas mauvais de le rappeler avec force.

Il est vrai que la loi de 1905 a marqué une rupture. Avec le recul, on doit convenir qu’elle fut une «bénédiction» pour l’Église de France. Aristide Briand, que l’on ne peut soupçonner de partialité, aurait dit que le pape avait alors fait à l’Eglise le plus beau et profond des cadeaux, celui de la pauvreté. C’est là, probablement ce qui a préparé les catholiques français à saisir le grand vent des réformes au lendemain de Vatican II, à faire de leurs écoles et de leurs associations des véhicules d’un message des Évangiles dépouillé des scories de l’histoire. Certains catholiques, héritiers d’autres siècles, l’ont bien oublié aujourd’hui.

Plutôt que de se raidir sur des positions figées, d’endosser la tunique du martyr pour les uns, du procureur pour les autres, ne faut-il pas simplement aujourd’hui s’écouter.

la force de l’Église n’est-elle pas justement sa faiblesse. Elle ne compte plus guère, mais elle reste un puissant intermédiaire dans une société civile désorientée à la recherche confuse de quelques racines.

Emmanuel Macron nous a dit que la France n’avait pas tourné la page de la religion, des religions… Le chantier est ouvert notamment en ce qui concerne l’école. Comment ne pas adhérer aux propositions de Régis Debray sur un enseignement du fait religieux à l’école. Laisser la religion à la seule sphère privée comme le souhaitent les milieux laïcs, fait courir le risque de s’ouvrir aux pires débordements, aux interprétations les plus obtus dont l’islam est loin d’avoir le monopole.

Reconstruire le «lien» entre l’église et l’État, voilà un projet qui demandera des deux parties un effort important tant le fossé d’incompréhension a pu s’approfondir ces dernières années. Mais il n’est qu’un volet d’une ambition plus grande, celle de réconcilier la France avec le fait religieux, et cela, quelle que soit la religion concernée.

 

 

9 avril

Hongrie

 

La nette victoire du Fidesz de Viktor Orban aux élections législatives hongroises est un camouflet pour l’Europe. Orban a, en effet, remporté des élections, certes quelque peu manipulées, mais dont le taux de participation indique un fort soutien populaire aux idées véhiculées par le parti au pouvoir qu’il s’agisse du nationalisme hongrois, du refus de l’immigration, de la méfiance vis-à-vis de l’Europe qui pourtant continue à financer généreusement – et de manière parfois aveugle – le rattrapage économique de la Hongrie.

Assez naturellement, Orban devient le porte-parole du V4, le groupe de Visegrad qui réunit la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque et la Hongrie va partager avec la Pologne le combat pour la limitation des pouvoirs dévolus aux institutions européennes. En cela, la Hongrie est de moins en moins isolée tant la plupart des PECO éprouvent des difficultés à adopter des modèles vraiment démocratiques, à l’image de la Bulgarie ou de la Roumanie. Mais il y a plus grave dans la mesure où nombre de partis populistes voient désormais dans Orban une inspiration et un modèle.

Force est de constater que le rêve européen est de moins en moins partagé, qu’Emmanuel Macron est, à ce niveau, de plus en plus isolé. Angela Merkel, malgré sa grande coalition, est affaiblie. En Italie, ce sont des partis eurosceptiques qui mènent la danse. En Espagne, la crise catalane a fragilisé le parti au pouvoir. Partout, sauf peut-être en France, le populisme et le repli sur soi occupent le devant de la scène.

Le départ britannique à l’issue du Brexit avait laissé espérer qu’il n’y aurait plus de frein à la poursuite de la construction européenne, jusque là handicapée par les réticences venant d’outre-Manche. C’est maintenant d’au-delà du Danube et de l’Oder que viennent doutes et faux semblants.

Probablement, faut-il en prendre son parti, limiter autant que possible les transferts vers ces ingrats et puis se concentrer sur la zone euro en les dotant au-delà de la BCE d’un véritable ministère des finances et peut-être même du budget. Mais Orban risque d’être pour longtemps une épine dans le pied européen.

 

 

3 avril

Grèves

 

La France entre aujourd’hui au cœur de l’un de ces psychodrames si particuliers au modèle français : la grève de l’un des fleurons des « services publics à la française », de l’entreprise (mais le mot n’est pas le plus approprié) dont la carence peut perturber la vie quotidienne de la plupart des Français : la SNCF et ses milliers de « cheminots ».

Le gouvernement d’Emmanuel Macron a donc décidé de s’attaquer au statut des cheminots, le résultat de l’accumulation de petits privilèges gagnés au fil des décennies en profitant de la lâcheté des politiques. Cette fois-ci, on ne parle pas de réformes profondes comme en 1995. Les cheminots en poste conserveront leur statut, mais par contre les nouvelles embauches se feront dans un cadre plus proche du droit commun. Le projet prévoit aussi la fermeture de liaisons secondaires. On peut bien entendu regretter ce second point même si on doit constater que si l’attachement des Français au train est incontestable, il y a nombre de TER (en dehors des trains de banlieue) qui circulent presque à vide.

Il n’y a là objectivement rien qui puisse justifier un mouvement de grève aussi massif, engagé sur une longue période si ce n’était la volonté – très politique – de faire plier le gouvernement dans ses velléités de réforme du modèle français. On pense bien sûr à la célèbre grève des mineurs britanniques que Margaret Thatcher parvint à briser et qui sonna le glas du pouvoir politique des syndicats au Royaume-Uni. Mais nous sommes en France et près de la moitié des Français comprennent, s’ils ne soutiennent, le mouvement des cheminots.

Dans d’autres pays, on parle, on discute, on négocie et puis, en cas d’échec ultime, la grève peut être un recours. En France, elle est préventive que ce soit à la SNCF, chez Air France ou pour quelques autres catégories protégées. La grève est tellement normale que les Français ont appris à vivre avec…

Mais cette fois-ci, ce pourrait être le champ du cygne de cette anomalie française.

 

30 mars

Protectionnisme

 

Dans les années soixante-dix, après le premier choc pétrolier et alors que, la page des Trente Glorieuses tournée, la croissance occidentale s’était réduite de moitié et que le chômage ne cessait d’augmenter, un vent de protectionnisme commença à souffler. Le méchant de l’époque était le Japon dont les produits – électroniques et automobiles – inondaient les marchés américains et européens. En pleines négociations du Tokyo Round du GATT, les Japonais furent contraints d’accepter des accords « volontaires » de limitation de leurs exportations en particulier d’automobiles. La France se distingua tout particulièrement en faisant vérifier la conformité des magnétoscopes japonais importés… à Poitiers ! L’affaire des magnétoscopes de Poitiers fit la gloire du ministre de l’époque, Michel Jobert.

Quarante ans plus tard, dans un contexte économique pourtant bien plus favorable, le monde connaît donc un nouvel accès de protectionnisme avec la Chine, cette fois dans le rôle du méchant et puis quand même quelques victimes collatérales. En pleine renégociation de son accord de libre-échange avec les États-Unis, la Corée du Sud vient ainsi d’accepter de réduire de 30 % ses exportations moyennes d’acier de la période 2015/2017. Les Coréens ont par ailleurs accepté de doubler le quota des voitures américaines pouvant être exportées sans adaptation aux normes locales.

La diplomatie de Trump semble là marquer des points au moins vis-à-vis de plus faible que soi. Le gros morceau est bien sûr la Chine qui fourbit ses armes à la fois sur les marchés agricoles (le soja) et sur les marchés financiers (les bons du Trésor américain). À la Maison-Blanche, les faucons règnent désormais en maîtres et « Trump Unbound » (Trump sans entraves) ne connaît guère plus de limites.

« La paix est impossible, la guerre est improbable », cette phrase de Raymond Aron au temps de la guerre froide commence à être dépassée.

 

 

28 mars

Héroïsme

 

Il pleuvait ce matin sur Paris et sur les quais de la Seine, devant l’Assemblée nationale, nous étions quelques-uns à nous incliner au moment où passait le cortège funéraire du colonel Beltrame, ce gendarme, assassiné alors qu’il avait accepté de remplacer une otage dans un supermarché près de Carcassonne. L’assassin était un djihadiste et l’attentat qui a fait plusieurs morts a été revendiqué par Daesh.

Qu’importe au fond, car c’est avant tout une histoire française perpétrée par un enfant d’immigré, né et grandi en France, un petit délinquant en situation d’échec qui a trouvé dans l’Islam une raison d’être et dont la « compagne » était une convertie de dix-huit ans. On est en France, dans ce Sud qui aime le rugby et le vin des Corbières, qui fut une terre cathare avant de connaître une déchristianisation presque totale. Une France banale, qui pourtant de Toulouse à Lunel a fourni le gros des bataillons des islamistes français.

Heureusement, cette fois-ci, la figure du héros a occulté celle de l’apprenti martyr. Arnaud Beltrame, par son sacrifice, a permis d’échapper à la fatalité de ce terrorisme aveugle. Quand il s’est élancé, avait-il conscience de ce que son geste allait impliquer comme ultime accomplissement. Il était gendarme, franc-maçon et catholique ! Franc-maçon de la Grande Loge de rite écossais et donc théiste, catholique en recherche et se préparant au mariage chrétien, les deux spiritualités étant plus compatibles qu’on ne le pense.

Son geste a réconcilié les Français avec eux-mêmes, nous a lavés de nos innombrables lâchetés face à un islam que nous tolérons dans ses extrêmes par notre silence.

Au cœur de la semaine sainte des chrétiens, ce sacrifice ne sera pas vain s’il incite non pas à la haine, mais au pardon et à l’amour. Le fossé qui s’est creusé dans la société française est tel que ni l’état, ni la justice, ni policiers et gendarmes ne pourront à eux seuls en combler au moins une petite partie. Catholique, maçon, musulman, agnostique ou indifférent, chacun peut simplement tendre la main.

 

 

26 mars

Eau

 

La conférence organisée par les étudiants du Master « Affaires internationales » de l’université Paris-Dauphine portait ce soir sur « l’eau, le nouvel or bleu ».

Certes, la comparaison n’est pas heureuse avec l’or noir, le pétrole. L’eau n’est pas fossile, elle se renouvelle et sa rareté n’est pas raréfaction même si elle vient à manquer en certains endroits, là où la concentration urbaine est la plus forte.

L’eau n’est pas une commodité et il n’y a pas de marché de l’eau même si paradoxalement on peut regretter que l’eau n’ait pas de prix et notamment qu’elle ne soit pas plus chère. Pourtant, on estime le marché mondial de l’eau à quelques € 500 milliards, à € 1 000 milliards en 2025.

L’eau c’est la vie et c’est autour de la maîtrise de l’eau que sont nées les premières civilisations « entre les fleuves », en Mésopotamie, il y a plus de cinq millénaires. Aujourd’hui, les pays en crise sont bien souvent ceux qui ont perdu le sens de l’eau, de son économie, de sa rareté, de sa propreté…

Mais l’eau, ce sont aussi des enjeux géopolitiques majeurs. « L’eau coule vers l’argent et le pouvoir », dit-on. Elle est aussi la source de maints conflits autour du Gange ou du Nil, de l’Euphrate ou même du Danube. Mais paradoxalement, le partage de l’eau oblige à bien des accommodements. « L’eau est une grande mutuelle », dit-on aussi, que ce soit entre pays riverains, mais aussi entre utilisations urbaines, industrielles et surtout agricoles. Sans eau, il ne peut y avoir d’agriculture, mais l’agriculture peut-être infiniment plus économe en eau que cela n’est le cas aujourd’hui.

Et puis, l’eau c’est la vie et bien peu la mort. L’eau peut se recycler, trouver de nouveaux usages, voire être dessalée. L’accès à l’eau potable fait désormais partie des droits de l’homme : évidence au nord, pénuries au sud comme dans ce Yémen, autrefois jardin de l’Arabie heureuse, et aujourd’hui pays dont les maigres ressources s’épuisent dans la culture du qhât, la drogue qui permet d’oublier tous les malheurs.

La France compte quelques-unes des plus belles entreprises mondiales du monde de l’eau : des hommes et des femmes dont on comprend la passion.

 

 

24 mars

Chine

 

Xi Jinping vient de compléter son équipe de direction et à la différence de Donald Trump, on peut imaginer que ces nominations-là seront durables.

Wang Qishan, l’ancien responsable de la lutte anticorruption qui avait dû se plier aux règles de limite d’âge et qui n’avait pas été renouvelé au sein des « sept sages », a été nommé vice-premier ministre. Wang était à l’origine un économiste, puis un banquier et à ce titre, il a entretenu des rapports étroits avec nombre de ses homologues américains. En 2003, il fut nommé maire de Pékin puis en 2008, c’est lui qui fut chargé des relations avec les États-Unis au moment de la crise. On peut imaginer qu’à nouveau ce soit là une partie de son portefeuille ministériel.

Liu He est un autre vice-premier ministre qui devrait superviser tous les dossiers économiques. Ce diplômé de Harvard, ancien de la puissante commission de la planification (la NDRC), aura la charge de poursuivre les réformes promises par Xi Jinping et qui n’ont abouti qu’à de bien maigres résultats durant le premier quinquennat. On le dit très soucieux des grands équilibres macro-économiques et méfiants vis-à-vis de la stratégie de la croissance à tout prix qui a dominé en Chine ces derniers mois dans la perspective du Congrès du PCC de l’automne 2017 puis de la prise complète du pouvoir par Xi Jinping ces derniers jours.

Wang et Liu seront utiles à Xi pour arrondir les angles face aux États-Unis et éviter que la guérilla commerciale chère à Donald Trump ne dégénère en véritable conflit. Mais ils auront surtout la tâche de poursuivre le nettoyage de l’économie et de la société chinoise : lutter contre la corruption, certes, mais aussi normaliser le fonctionnement des puissantes entreprises publiques (les SOE) et mettre au pas les féodalités provinciales. La Chine vient de faire quelques pas en arrière en matière de démocratie. Autant au moins qu’elle profite d’une dictature la plus éclairée possible. Les premières nominations, tout comme celle du nouveau gouverneur de la Banque de Chine, vont plutôt dans le bon sens.

 

 

23 mars

Inégalités salariales

 

Il y a cinquante ans, lorsque la jeunesse occidentale se révoltait contre le conformisme petit-bourgeois des Trente Glorieuses, la règle dans la plupart des grandes entreprises était que l’écart des salaires entre les dirigeants et les employés les plus modestes devait rester « raisonnable ». Ainsi, chez General Motors, le président ne devait pas gagner plus de vingt fois le salaire d’un ouvrier à la chaine.

Que ce temps-là nous apparaît lointain et révolu, à l’image de ces slogans de Mai 68 qui sonnent bien creux. À Wall Street, en effet, la saison des bonus bat son plein et les grands de la « rue » affichent les salaires de leurs dirigeants (un des héritages positifs du protestantisme est en effet une certaine décontraction par rapport à l’argent). À ce petit jeu, le vainqueur est Jamie Dimon, le patron de J. P. Morgan qui affiche $ 28,3 millions soit 364 fois le salaire médian dans son entreprise, une médiane déjà assez coquette de $ 78 000. Son collègue de Citigroup, Mike Corbat, gagne moins ($ 17,8 millions… seulement), mais comme sa banque fait aussi du détail, le salaire médian n’y est que de $ 48 000 et Corbat l’emporte avec un multiple de 369 !

La nouvelle économie n’a guère plus de retenue à l’image des fortunes de Jeff Bezos ou de Mark Zuckerberg. Elon Musk a fait encore plus fort en obtenant de ses actionnaires un plan qui pourrait lui rapporter $ 56 milliards en dix ans, du moins si Tesla atteint ses objectifs.

Dans un autre genre, rappelons qu’il y a cinquante ans les tournois de tennis étaient encore réservés aux amateurs. Cette année Roland Garros va distribuer € 39 millions de prix.

 

Il n’est point question ici de juger, encore moins de condamner. On peut simplement constater combien le partage des fruits de la croissance est devenu profondément inégalitaire, avant et même encore après les prélèvements fiscaux. Porter ici un jugement moral n’a guère de sens et pourtant les notions de partage et de don s’imposent à l’esprit. N’est-ce pas là, la seule sortie par le haut d’une situation qui en d’autres temps aurait poussé à la Révolution.

 

 

9 mars

D. Trump

 

Extraordinaire Donald Trump ! Il fait la guerre, au moins commerciale, mais en même temps il sera peut-être le président américain qui aura contribué à un retour sinon de la paix au moins du dialogue dans la péninsule coréenne !

D’une part, il a donc signé un texte (devant un parterre d’ouvriers de la métallurgie) mettant en place des taxes à l’importation d’acier et d’aluminium. Pour l’instant, le Canada (40 % des importations d’aluminium et 15 % de celles d’acier) et le Mexique (8 % de l’acier) en sont exemptées, du moins tant que durent les difficiles renégociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). La finesse n’étant pas la principale qualité de Trump, c’est bien là du chantage pur et simple qui risque de braquer un peu plus les deux voisins des États-Unis. La disparition de l’Alena est un scénario que l’on ne peut plus exclure. Au sein de la Maison-Blanche, les faucons du protectionnisme semblent avoir marqué des points sur les « réalistes », la bande de Goldman Sachs et le « couple princier» de Jared et Ivanka : Gary Cohn, le conseiller économique de Trump a démissionné laissant le champ libre à Peter Navarro qui a fait de la croissance anti-chinoise son obsession : « Si vous n’avez pas d’acier, vous n’avez pas de pays » a-t-il déclaré, ce qui laisse quand même un peu rêveur, mais qui explique aussi que Trump soit parti la fleur au fusil pour une « bonne » guerre commerciale. Les alliés des États-Unis apprécieront…

Mais c’est le même Donald Trump qui a manifestement « tapé dans l’œil » du jeune Kim qui trouve là un adversaire à sa hauteur en matière d’imprévisibilité. Paradoxalement, cela peut déboucher sur l’amorce d’un processus de normalisation. Soyons honnêtes, les précédents (Nixon-Mao en 1973, Obama-Castro en 2016) n’ont donné à l’époque que des résultats limités. Et le régime nord-coréen est encore en pleine période de glaciation. Mais cette occasion donnée à Kim de revenir peut-être en Suisse où il fut pensionnaire est une chance à saisir si Donald Trump ne la gâche pas. Mais qui sait !

 

 

1er mars

Guerre commerciale

 

Il est difficile, quand on donne à Donald Trump un revolver chargé, de lui demander de ne pas s’en servir en une fusillade de masse comme celle qui vient encore d’endeuiller les États-Unis et… enfin de les indigner. Toute chose égale par ailleurs, c’est bien ce qu’il vient de faire en déclenchant la « section 232 » sur l’acier et l’aluminium. Avec cela, il tire dans tous les coins. Certes, on croit comprendre qu’il ne vise que la Chine, mais les victimes collatérales – en particulier pour l’acier – sont nombreuses, à commencer par l’Europe. Que ne ferait-on pour défendre quelques emplois de la « Rust belt » et par ailleurs une sidérurgie électrique américaine tout à fait compétitive. Sur l’acier, Trump se trompe de combat ; par contre sur l’aluminium, il y a quelque logique à combattre le dumping chinois et ce d’autant plus qu’il n’est guère logique de produire en Chine un aluminium énergétivore.

Mais quoi qu’il en soit, si les États-Unis s’estiment à tort ou à raison victimes de pratiques déloyales, ils peuvent – ils devraient même – porter l’affaire devant l’Organisme de Règlement des Différents de l’OMC. En d’autres temps, ils y ont gagné, en particulier contre l’Europe, quelques causes célèbres du bœuf aux hormones à la banane. Le problème est que les États-Unis de Donald Trump piétinent l’OMC, s’indignent à la seule idée de pouvoir y être condamnés et cherchent même à la paralyser en n’y nommant plus de nouveaux juges.

Au-delà de la guérilla commerciale que se livrent les grandes puissances de la planète, c’est bien cela le plus grave : la déchéance annoncée de la seule organisation internationale qui apportait un semblant d’ordre et de droit dans une mondialisation de plus en plus désordonnée.

 

À tout point de vue, l’attitude de Trump est irresponsable : quand il affecte les intérêts américains (TPP, Alena) on peut encore sourire de pareille inconscience. Mais là, c’est l’équilibre d’une planète économique, dont les États-Unis représentent le quart du PIB et la seule devise de référence, qui est en jeu et cela dépasse le champ d’un tireur fou. 

 25 février

Chine

 

Xi Jinping n’a pas attendu bien longtemps. À quelques jours de la réunion d’un plénum du Comité central du Parti, l’annonce d’une modification de la constitution chinoise supprimant la limite de deux mandats présidentiels consécutifs n’a vraiment surpris que par la hâte de cette décision, quelques mois seulement après la reconduction de Xi Jinping par le XIXe Congrès du Parti.

L’un des principaux garde-fous mis en place par Deng Hsiaoping pour éviter la personnalisation du pouvoir vient donc de céder : Yang Zemin puis Hu Jintao avaient chacun fait leurs mandats de dix ans et celui de Xi Jinping aurait normalement dû prendre fin en 2022. Sans limites formelles désormais, Xi Jinping s’engage dans ce que certains observateurs qualifient de « poutinisation » du pouvoir chinois. Mais la comparaison ne peut aller bien loin. Poutine a pris le contrôle d’un appareil d’état en profonde décomposition, et la sortie dictatoriale était au fond assez logique. Xi Jinping a pris le pouvoir après trois décennies d’une expérience politique originale dans laquelle on était au fond assez proche du modèle de la démocratie grecque : une petite élite cooptée dirigeant le pays à partir du Comité central du parti communiste. Deng avait cherché à éviter tant une véritable démocratisation sur un modèle indien qui ne l’inspirait guère (et il avait réprimé sans pitié les manifestants de Tien An Men) que le retour à un pouvoir solitaire comme cela avait été le cas au temps de Mao. Deng avait inventé un modèle mandarinal dans lequel le dirigeant suprême n’était que « primus inter pares » pour un terme limité.

Xi Jinping vient de briser ce fragile équilibre en prenant la totalité du pouvoir « à vie ». Il tourne le dos à l’héritage de Deng pour chausser les sandales de Mao dont il assume la légitimité. Quels que soient les mérites de Xi Jinping, dont les cinq premières années au pouvoir laissent un goût d’inachevé et de promesses non tenues (environnement, réforme des entreprises publiques…), ce changement de paradigme fait rentrer la Chine dans une nouvelle ère que connurent les cités grecques lorsque les « tyrans » y renversèrent les démocraties. Xi est bien un tyran, au sens grec du mot, ce qui n’est pas encore trop péjoratif.

 

 

23 février

« Stalinisme vert »

 

Les débats télévisés sont des exercices difficiles au cours desquels il faut à la fois être calme et concis, faire preuve d’ouverture et de fermeté. Lors d’un débat proposé par une chaine publique sur les problématiques agricoles, thème incontournable de la semaine à la veille de l’ouverture du Salon de l’Agriculture à Paris et alors que le président de la République recevait à l’Élysée plusieurs centaines de jeunes agriculteurs, je confesse avoir manqué de calme et de compréhension et ne pas avoir supporté bêtise et démagogie.

À ce débat participait le jeune porte-parole d’« Europe-écologie les verts », ce qu’il reste du parti écologiste français que les élections de 2017 ont renvoyé dans les coulisses obscures d’une vie politique qu’ils parasitent sous des appellations diverses depuis quelques décennies (un de leurs sous-marins, Nicolas Hulot, est quand même au gouvernement). Vers la fin du débat, n’y tenant plus je me suis allé à traiter son discours de « Stalinisme vert ».

Stalinisme, pour ce jeune homme probablement élevé au biberon d’une gauche radicale matinée de trotskisme, l’insulte était, j’en conviens, lourde à entendre. Et pourtant je ne le regrette guère même si, à la réflexion, « léninisme » eut peut-être mieux convenu.

Dans l’un et l’autre cas, il y a une vision dictatoriale de la société et de la pensée des citoyens sur un modèle manichéen : le bien avec nous et le mal pour tous les autres. Il n’est aucunement question de dialoguer, de discuter, de confronter des arguments. Si le droit est pour nous tant mieux, s’il n’est pas conforme à nos idées, il faut le changer. C’était la stratégie de Lénine auquel Staline a donné toute la logique de son horreur.

Au nom de quelques grands principes que l’on ne peut renier (climat, nature), le stalinisme vert impose sa vision, modifie les travaux scientifiques pour s’en approprier les résultats, récuse bien entendu ceux qui ne lui conviennent pas, comme autrefois Staline fit l’apologie du généticien Lyssenko et envoya au goulag ses détracteurs…

Au fond, je ne regrette pas… Revenus dans l’anonymat électoral, les Verts et autres verdâtres continuent à utiliser quelques grandes causes parfaitement légitimes pour imprimer une orientation rétrograde à toute la société. Du stalinisme…

 

 

19 février

Protectionnisme

 

À la différence de la crise de 1929 et même de  celle de 1974, la crise de 2008 n’avait pas provoqué de sursaut protectionniste. Dix ans plus tard, il en est tout autrement et le monde commence à se hérisser de barrières. Qu’on en juge : dans le cadre de son budget 2018 (année fiscale qui commence en avril), l’Inde vient de décider de l’augmentation de ses droits de douane sur une cinquantaine de produits allant des pièces pour automobiles aux smartphones ou aux chaussures. L’Inde qui a dégagé en janvier son déficit commercial le plus important depuis mai 2013 n’a jamais été un parangon du libre-échange même si la diplomatie indienne est passée maître dans l’utilisation des négociations du GATT puis de l’OMC. Mais Narendra Modi n’a plus qu’un objectif : être réélu en 2019 et donc conforter une clientèle qui n’a jamais beaucoup apprécié l’ouverture économique de l’Inde.

Il en est au fond de même de Donald Trump qui se bat pour garder à l’automne le contrôle du Congrès. Il vient de recevoir le feu vert de la part d’une commission d’enquête du Département du Commerce pour utiliser la section 232 du Trade Act qui permet à l’administration d’augmenter unilatéralement les droits de douane sur des produits « sensibles » : il s’agirait là de l’acier et de l’aluminium avec des hausses de droits de 24 % pour l’acier et de 7,7 % pour l’aluminium. Ceci vise bien sûr la Chine, mais affecterait aussi l’Union européenne.

Si l’on ajoute à cela les dossiers bilatéraux entre les États-Unis et Chine ainsi qu’entre les États-Unis et ses partenaires de l’Alena, on comprendra qu’il n’y a plus guère que l’Europe à pratiquer ce qui devient de plus en plus de l’angélisme commercial.

Ce retour des barrières et des obstacles a de quoi inquiéter. Il y a bien des années déjà que les hommes ne circulent plus librement sur la planète. Mais les nouvelles « routes » des marchandises inquiètent de plus en plus et la peur engendre tant le populisme que le besoin de protection. La seule circulation libre – ou presque – est celle de l’information et c’est là un puissant levier.

Mais il est paradoxal de constater ce repli sur soi économique au moment même où à peu près partout règne un franc soleil conjoncturel. Espérons qu’il ne s’agit là que d’une poussée d’urticaire électoraliste.

 

 

15 février

Afrique du Sud

 

Jacob Zuma a donc cédé. Il a finalement accepté de démissionner et de céder la place à Cyril Ramaphosa qui terminera son mandat. C’est un soulagement pour l’Afrique du Sud tant le règne de l’ubuesque Monsieur Zuma a plongé ce qui reste la première économie africaine dans le chaos politique, économique et social. Qu’il apparaît loin le rêve de Mandela d’une Afrique du Sud multi culturelle. L’ANC a assumé le pouvoir de manière de plus en plus clanique et la redistribution des richesses s’est faite au profit d’une petite minorité, de profiteurs du « black empowerement program ». L’un des principaux bénéficiaires en a été justement le nouveau président qui serait l’homme d’affaires noir le plus riche du pays. Au moins, espère-t-on de manière un peu cynique à Johannesburg sera-t-il capable de remettre le pays en marche alors qu’il souffre de pénuries d’eau et d’électricité qui l’empêchent de développer ses potentiels agricoles et miniers.

Il y a en Afrique du Sud quelque chose de l’Algérie des années soixante avec l’ANC à la place du FLN : le même enrichissement des dirigeants, la même corruption, peut-être même une impasse économique identique. Mais la grande différence est qu’en Algérie, les « pieds noirs » ont quitté le pays alors qu’en Afrique du Sud la population blanche (dont l’implantation au moins au Sud est plus ancienne que celle des Zoulous) n’a aucune intention de se retirer et continue d’assurer une bonne partie de l’armature du pays.

Pour conserver le pouvoir, Zuma avait joué de la fibre populiste noire et encouragé l’aile la plus radicale de l’ANC aux antipodes de l’idéal de réconciliation – un peu utopique – de Mandela. La marge de manœuvre de Ramaphosa est bien étroite.

 

En tous cas, on ne peut s’empêcher de rapprocher la chute de Zuma et celle de Mugabe au Zimbabwe (alors que justement on apprend la mort de son opposant historique). Dans les deux cas, c’est l’appareil des partis qui a arbitré, avec quand même un peu de transparence démocratique de la part de l’ANC qui a organisé un vote. Mais en Afrique du Sud comme au Zimbabwe, ce sont des hommes de l’appareil qui accèdent au pouvoir. Le risque est grand que rien ne change et que l’Afrique australe continue de s’enfoncer.

 

14 février

Les cendres et Saint Valentin

 

Le calendrier est bien cruel qui fait coïncider ce jour la « Saint-Valentin » et le Mercredi des Cendres. Deux fêtes chrétiennes dira-t-on, mais au destin différent.

Certes, Valentin fut un – ou plusieurs – saint, probablement martyr dont on ne sait à peu près rien. Mais il en fut de même pour nombre de saints chrétiens des premiers siècles bien oubliés aujourd’hui si ce n’est de quelques sanctuaires désertés. Il semblerait que ce soit le poète Charles d’Orléans qui ait le premier associé Valentin à l’amour pour honorer sa mère Valentine Visconti. En tous cas, c’est le pape Alexandre VI, le Borgia qui savait ce qu’amour voulait dire, qui décida d’en faire le saint patron des amoureux. Mais ce n’est qu’à partir de la fin du XIXe siècle que la coutume d’une Saint-Valentin laïque se développa d’abord dans le monde anglo-saxon puis de manière universelle. Au lendemain de Vatican II, l’Église en profita pour faire disparaître ce Valentin là du calendrier liturgique.

Le Mercredi des Cendres marque par contre un moment fort de l’année chrétienne : l’entrée dans les quarante jours du carême qui mènent au Vendredi Saint et à la Résurrection pascale. C’est un temps beaucoup plus fort que celui de l’Avent qui précède Noël puisque là il s’agit du cœur du mystère chrétien. Le carême s’ouvre en ce jour des Cendres par un jeûne et une cérémonie durant laquelle le chrétien est marqué au front avec de la cendre des Rameaux de la Pâque précédente.

Le contraste est donc absolu entre cette Saint-Valentin de plus en plus commerciale et médiatisée et un Mercredi des Cendres quelque peu oublié. Dans une France de plus en plus déchristianisée, il n’y a eu aucune mention de ce jour dans les médias qui ne tarissait pas par contre sur la Saint-Valentin, oubliant que ce saint là fut quand même un peu chrétien.

On peut bien sûr le regretter, s’en indigner même, tant la culture chrétienne, qui reste fondamentale dans l’identité de la France, régresse. Mais on peut en avoir une vision un peu plus positive qui était peut-être celle de ce vieux paillard d’Alexandre VI. Le christianisme est par essence la religion de l’amour. L’amour du prochain est au cœur du message des Évangiles et le catholicisme y croit suffisamment pour qu’il soit la seule religion dont le mariage est indissoluble : cela ne vaut-il pas toutes les Saint-Valentin !

 

 

11 février

Bourses

 

La première semaine de février 2018 a donc été bien cruelle pour tous les marchés boursiers de la planète qui ont décroché brutalement dans une ambiance de volatilité retrouvée.

On n’en finit pas de gloser sur les origines de ce mouvement. Il semble bien que l’ultime étincelle ait été la publication de chiffres de créations d’emploi aux États-Unis bien meilleurs que prévu : a priori une excellente nouvelle… mais! Mais des esprits chagrins pouvaient y voir des risques de tension sur le marché du travail alors que le taux de chômage est déjà au plus bas. Ceci se traduirait par des hausses de salaires, ce qui est excellent pour la consommation, mais qui est facteur d’inflation. Qui dit inflation implique hausse des taux d’intérêt et notamment des taux obligataires avec à la clé la baisse des obligations sous-jacentes. La chute du marché obligataire a entraîné rapidement celle des actions aux États-Unis d’abord, puis dans le reste du monde. Il a donc suffi de la publication aux États-Unis d’un chiffre de hausse de 2,9 % des salaires, le plus élevé depuis la crise de 2008 pour détruire quelques $ 7500 milliards d’une capitalisation – certes virtuelle – accumulée jusqu’à la fin janvier. En prime, la volatilité a explosé, ce qui a mis à mal toutes les stratégies sophistiquées mises en place par des banques qui vendaient des produits indexés sur la faible volatilité des marchés (comme le célèbre indice VIX du CBOE).

La plupart des analystes ont relativisé les conséquences de ce coup de grisou faisant valoir que les fondamentaux de l’économie mondiale restaient bien « ouvert ». Ils oublient simplement que même si les arbres ne montent pas au ciel, les bourses avaient atteint une telle hauteur que leurs frondaisons tremblent au moindre souffle de vent. Cela fait longtemps que l’on anticipe une crise obligataire, que l’on sait que les banques centrales vont changer de politique (aux États unis au moins), que l’âge d’or boursier est probablement derrière nous. Personne n’aime aller chez le dentiste…

Dans la foulée, le pétrole a perdu près de $ 10 le baril. Là, au contraire, on retrouve la logique des fondamentaux et l’impact de l’augmentation de la production de pétrole de schiste aux États-Unis. Un peu de rationalité quand même…

 

 

10 février

Jeux Olympiques

 

Ouverture des Jeux Olympiques d’hiver à Pyeongchang en Corée du Sud. On atteint là le summum de l’artificialité : tout y a été créé de zéro, la notion de « sports d’hiver » dans cette région du monde étant une incongruité. En réalité, il fallait donner des J.O. à l’Asie et si l’on ne voulait retourner en Chine ou au Japon, il ne restait que la Corée dont les « chaebols » – et au premier chef Samsung – sont des partenaires financiers des Jeux.

De toute manière, la dimension sportive des Jeux est plus que jamais passée au second plan derrière leur dimension politique : après Sotchi et le délire poutinien, Pyeongchang est bien sûr l’otage de ce dernier lambeau de la guerre froide que sont les relations entre les deux Corées. Kim Jong Un, le dictateur héréditaire de la Corée du Nord a admirablement joué en maniant d’une main ses petites bombes atomiques et de l’autre un dérisoire rameau d’olivier que les dirigeants sud-coréens ont saisi avec avidité. Minée par des scandales politiques et économiques, la Corée du Sud souffre toujours d’un complexe entre ses deux grands voisins, la Chine et le Japon, et s’inquiète du caractère velléitaire de l’allié américain. La libération anticipée, quelques jours avant l’ouverture des Jeux, du patron de Samsung illustre bien l’impunité des grands groupes – les chaebols –qui dominent le pays dans l’opacité économique et financière la plus totale.

La participation de quelques « athlètes » nord-coréens aux Jeux est une farce supplémentaire qui peut rappeler aux plus anciens le temps des nageuses est-allemandes ou celui des Jeux de Berlin de 1936. Car au fond, la nature même du mouvement olympique – fondé sur l’élitisme et sur le mythe de la « démocratie » grecque – fait qu’il s’est toujours admirablement accommodé des dictatures qui ont trouvé dans le nationalisme sportif un admirable dérivatif pour leurs masses laborieuses.

Alors, bien sûr, chaque pays va comptabiliser « ses » médailles obtenues par des athlètes dont le processus – légitime– de professionnalisation est achevé même pour les disciplines les plus confidentielles (le curling ?). Dans quinze jours, des installations désertées seront le seul souvenir de la grande caravane olympique dont franchement la venue à Paris en 2024 a quelque chose de désespérant, mais aussi de dérisoire.

 

 

4 février

Sorgho en Chine

 

La Chine vient d’appuyer sur le bouton sorgho ! Dans le climat de guérilla qui caractérise les relations entre les États-Unis et la Chine, il n’y a pas de jour sans que ne s’ouvre un nouveau front. Du côté américain pour lequel les sujets de plainte ne manquent pas, on a une impression quelque peu désordonnée même si la stratégie « protectionniste » globale est claire. Du côté chinois, tout est beaucoup plus réfléchi, mais pas dénué non plus d’ambiguïtés.

Regardons ainsi l’affaire du sorgho. Cette céréale secondaire est utilisée dans l’alimentation du bétail où elle peut remplacer le maïs. La Chine a connu ces dernières années une très forte croissance de son élevage et donc de ses besoins : elle importera cette année quelque 100 millions de tonnes de soja qui pour nourrir porcs et volailles est mélangé à du maïs ou à un substitut. Le maïs, la Chine en produit à satiété et pendant longtemps en a garanti le prix au producteur ce qui a eu pour effet de gonfler les stocks publics dont on murmure qu’ils pourraient contenir quelques 200 millions de tonnes d’un maïs dont on ne sait quel est l’état de conservation. Toute comparaison avec la PAC européenne de la grande époque est pertinente. Et cela d’autant plus que des produits de substitution entrent en Chine à des prix inférieurs à ceux du marché chinois. Ce fut le cas du DDG (distillers dried grain) sous-produit de la fabrication de l’éthanol de maïs que la Chine a bloqué en 2017 par des tarifs douaniers léonins et voilà donc le tour du sorgho dont la Chine a importé quelque 5 millions de tonnes des États-Unis en 2017.

5 millions de tonnes, ce n’est pas beaucoup, mais la décision de faire une enquête peut se justifier sur le seul terrain agricole. Mais bien sûr, il n’y a pas que cela : l’enquête sur le sorgho intervient alors que les États-Unis viennent de mettre en place des « droits de sauvegarde » sur les panneaux solaires et les machines à laver chinoises, alors surtout qu’ils menacent de s’attaquer aux produits en aluminium. L’administration américaine ignore délibérément les instances multilatérales de règlement des différends mis en place par l’OMC. La Chine réagit de la même manière, mais il est probable que d’un côté comme de l’autre, on évitera soigneusement d’aller trop loin et de transformer guérilla et abcès de fixation en une véritable guerre aux conséquences difficiles à anticiper.

 

 

 

31 janvier

Conjoncture française

 

C’est encore la saison des vœux et déjà de leur concrétisation. La France commence en tous cas 2018 en grande forme avec une croissance « officielle » en 2017 de 1,9 % (mais nous ne serions pas surpris qu’au fil des révisions ultérieures, la réalité puisse dépasser les 2 %).

C’est là, avant tout, le résultat d’un environnement extérieur porteur en particulier en Europe. La croissance d’Eurolande (la zone euro) s’affiche à 2,5 % avec un moteur allemand qui joue enfin son rôle d’entraineur pour le reste du continent. Dans cet environnement, la France reste même un peu à la traine.

Mais ce qui compte, c’est surtout, au-delà du moral global des Français, l’optimisme dont font enfin preuve les chefs d’entreprise et qui se concrétise en investissements et embauche : 4,3 % de progression de l’investissement des entreprises, voilà un chiffre dont on rêvait depuis longtemps. Bien sûr, les anciens du gouvernement Hollande n’ont pas manqué de s’en attribuer la responsabilité, au travers  de mesures comme le CICE. Ils n’ont peut-être pas tort, mais force est de constater l’impact psychologique de l’élection d’Emmanuel Macron qui marque une véritable rupture dans la manière d’apprécier en France le rôle des entreprises et de l’économie de marché.

Mais gare quand même à la « Macrophilie » béate. Les émeutes (ou presque…) pour quelques pots de Nutella offerts en « discount » montrent bien la réalité de la fracture sociale. Le chômage non qualifié ne diminue pas alors que l’on enregistre des tensions pour les emplois les plus qualifiés. Cette croissance-là creuse un peu plus les inégalités alors même que des pans entiers de l’État-providence sont au bord de l’asphyxie, des Ephad aux prisons en passant par l’hôpital et l’école.

Et puis, il y a ce déficit commercial qui montre bien tous les progrès à faire pour que la France soit vraiment « back ». Enfin, la dette doit inquiéter, car si elle reste indolore aujourd’hui avec des taux au plus bas, il y aura bien un moment où il faudra en payer tant les intérêts que le principal.

Mais foin des Cassandres ! Comment ne pas s’émerveiller du changement intervenu dans la perception que les Français ont de leur avenir et de leurs valeurs. Il faut se laisser porter par ce courant quitte à en corriger les excès d’optimisme par trop béat. La route est longue.

 

23 janvier

Davos

 

« Davos, sire… Davos ». À la cour du Roi Soleil, les courtisans rêvaient d’aller passer le « week-end » à Marly avec Louis XIV. Aujourd’hui, tout ce qui compte sur la planète rêve de Davos, un rêve fort onéreux d’ailleurs pour les entreprises qui y expédient leurs « CEO ». À Davos, on va pour « voir et être vu », pour rencontrer et échanger des cartes de visite, pour écouter aussi présidents et gourous.

Klaus Schwab, le fondateur de Davos a aussi quelques prétentions intellectuelles (il parle ainsi d’une quatrième révolution industrielle ce qui est une insigne erreur historique) et donne à chaque édition de Davos, un thème en général tellement consensuel et bien pensant qu’il en baigne dans la guimauve. Cette année, on a droit à « créer un futur partagé dans un monde fracturé ». À $ 30 000 par tête la participation à Davos, on appréciera la notion de partage !

Plus sérieusement, alors que le monde baigne dans une sorte de béatitude économique (le FMI a relevé à 3,9 % sa prévision de croissance mondiale pour 2018), jamais il n’a été autant marqué au coin des inégalités. L’ONG britannique Oxfam vient de rappeler ainsi que les 42 individus les plus riches de la planète détenaient autant que les 3,7 milliards les plus pauvres, la moitié de la population mondiale. Bien sûr, le calcul est quelque peu biaisé et confond patrimoine et revenus. Mais nul ne conteste que depuis le début du siècle le nombre de milliardaires (en dollars) a été multiplié par sept.

À toutes les époques, il y a eu des riches et même des très riches et les inégalités étaient probablement aussi importantes à la fin du XIXe siècle. La grande différence est qu’il y a aujourd’hui moins de pauvres, nous dit-on. Rien n’est moins sûr tant la révolution industrielle que l’on célèbre à Davos débouche sur un monde où un petit nombre de « maîtres », manipulateurs de symboles et d’algorithmes, règne sur une foule innombrable « d’esclaves ». Ce monde-là peut légitimement inquiéter tant les contre-pouvoirs politiques apparaissent faibles et manipulables.

Plus qu’un Donald Trump qui va venir faire son show, ce sont d’autres paroles que l’on aimerait entendre à Davos au nom justement de ces pauvres dont on peut comprendre révolte et « insoumission ». C’est par exemple, le pape François qui s’il n’a pas grande légitimité économique a au moins celle du cœur !

 

 

22 janvier

Exposition Universelle

 

La France aura les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde de Rugby et même la Ryder Cup de golf, mais pas d’Exposition Universelle… Ainsi en a décidé de manière souveraine le gouvernement, arguant avant tout de problèmes budgétaires.

Soyons honnêtes, cette idée d’Exposition Universelle n’avait pas vraiment suscité l’enthousiasme. Le temps des grandes expositions universelles, celles du XIXe siècle, celles encore de Bruxelles et de son Atomium, de Séville ou de Shanghaï, ce temps-là semble bien révolu. La dernière EU en date, celle de Milan consacrée à l’alimentation ne présentait que bien peu d’intérêt et n’a réuni que la moitié des visiteurs attendus. On était à mi-chemin du parc d’attractions et de la propagande nationale. Le projet parisien se voulait à l’origine largement délocalisé, mais finalement avait élu résidence sur le plateau de Saclay. Les élus locaux qui le soutenaient y voyaient surtout l’intérêt de quelques investissements d’infrastructure permettant notamment de désenclaver Saclay et peut-être même d’apporter un peu d’unité aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche locaux qui se déchirent allègrement.

Car l’époque est-elle encore aux Expositions Universelles ? La dernière, celle de Milan n’a guère marqué. Contre la France, il y avait les candidatures d’Osaka, d’Ekaterinenbourg et de Bakou, des villes « de province » qui cherchent à bon escient un peu de lustre. Était-ce bien le cas de Paris et de l’Ile De France ?

Ce que l’on peut par contre regretter, c’est le symbole : on préfère le sport ! Les J.O. plutôt que l’Exposition Universelle. La foire à l’argent du sport contre l’intelligence du futur. Les paillettes éphémères du nationalisme sportif plutôt que la recherche d’un monde en devenir. Préférer les J.O. ou le rugby n’est-ce pas le choix décadent d’un monde à bout de souffle ?

Fort logiquement, les promoteurs de l’EU sont frustrés et scandalisés. Comment rebondir et trouver un projet qui puisse autant mobiliser que cette malheureuse EU ? Il y a quelques semaines a eu lieu le CES de Las Vegas, le salon mondial des nouvelles technologies de l’information, l’endroit où se retrouvent toutes les « Startups Tech » de la planète, avec un très important contingent français. Pourquoi ne pas faire à Saclay un CES européen et rêver même un peu plus !

 

 

20 janvier

Trump

 

Donald Trump : un an ! En signe de reconnaissance, les administrations américaines sont fermées… non, il n’y a pas de lien si ce n’est là une nouvelle preuve des difficultés que le président rencontre avec un Congrès pourtant à légère majorité républicaine : pas de budget, pas de fonctionnaires au moins pour quelques jours. Barack Obama avait connu cela pendant deux semaines en 2013.

Mais sérieusement, quel bilan tirer de cette première année au-delà de la polémique provoquée par le livre de Michael Wolff, « Fire and Fury » ?

On ne peut bien sûr faire l’impasse sur le mode de gouvernement « Trumpien » tant il a été chaotique marqué par l’instabilité des équipes qui, à la Maison-Blanche ont pour mission de faire tourner la machine. Donald Trump est et restera le président le plus atypique sorti du chapeau électoral américain.

Pour les États-Unis, son bilan est toutefois celui auquel pouvaient s’attendre ses électeurs républicains, en particulier ceux provenant des milieux évangéliques proches du Tea Party. Il a réussi à imposer un juge conservateur à la Cour Suprême. Il a fait passer une loi des finances marquée par une baisse historique de la fiscalité. Il a remis en cause nombre de décisions prises par Barack Obama en matière d’environnement et a jeté l’accord de Paris aux horties. Par contre, il s’est cassé les dents sur l’Obamacare ainsi qu’en matière d’immigration. Il n’est pas certain qu’un autre président républicain aurait eu un bilan très différent.

À l’international, il a mis en œuvre un agenda protectionniste là aussi assez consensuel pour la droite américaine : fin du TPP, attaques sur l’OMC, remise en cause de l’ALENA… Mais son approche brouillonne a largement déconsidéré les États-Unis, ce qui a été encore plus le cas en matière de politique étrangère. La décision concernant Jérusalem a enlevé toute crédibilité aux États-Unis au Moyen-Orient et laisse toute latitude à la Russie pour orchestrer le « Grand Jeu ». Rarement, la parole américaine à l’international aura été autant déconsidéré.

Le paradoxe est que Donald Trump continue à avoir auprès de ses compatriotes une cote de popularité somme toute assez correcte. L’Amérique profonde continue à lui faire – un peu– confiance et il est vrai qu’il profite d’une conjoncture économique très favorable avec un chômage au plus bas. Ce « drôle de Trump » n’a pas fini de nous étonner, mais il inquiète plus – avec raison – le reste du monde que les Américains eux-mêmes.

 

 

17 janvier

Notre Dame des Landes

 

Emmanuel Macron a donc tranché sur ce qui était incontestablement une des questions les plus épineuses que lui avaient légué ses prédécesseurs et en particulier François Hollande qui avait été au sommet de son art et de sa maîtrise de l’indécision : Notre-Dame des Landes est abandonné !

C’était là une décision difficile tant les arguments positifs et négatifs s’équilibraient. En faveur de Notre Dame des Landes, il y avait presque trente ans de décisions et d’enquêtes en faveur d’un nouvel aéroport qui semblait nécessaire dans une volonté d’équilibre du territoire en faveur d’un grand Ouest jusque-là négligé. Il y avait l’engorgement de l’aéroport actuel en pleine zone urbaine. Il y avait l’avis favorable de presque tous les élus locaux et même le résultat d’un referendum, certes limité à la Loire Atlantique, mais quand même… Il y avait surtout les débordements liés à l’installation sur le site du futur aéroport d’une « ZAD », sorte de commune populaire de non-droit, refuge d’extrémistes et de paumés, rêvant avec quelques retards d’un utopique Larzac. Pouvait-on donner l’impression de céder face à quelques activistes même s’ils étaient soutenus par une bonne partie de l’intelligentsia verdâtre dans un grand élan de cette généreuse hypocrisie dont elle a le secret ?

À l’inverse, on pouvait douter de l’intérêt de construire un de ces « éléphants blancs » dont la France a le secret. Nantes a-t-il besoin d’un aéroport démesuré à deux heures en TGV de Paris ? Ne faut-il pas se méfier de l’unanimité d’élus locaux dont l’irresponsabilité fiscale et financière est légendaire ? Ne peut-on agrandir quelque peu l’ancien aéroport au prix certes de quelques nuisances ?

On le voit, la question était bien difficile à trancher et en fait le problème était moins celui de l’aéroport que celui de la ZAD. Peut-on accepter qu’une poignée d’irréductibles remette en cause lois et jugements de la République ? En refusant de construire l’aéroport ne leur donne-t-on pas une importance démesurée et n’est-ce pas un encouragement à la contestation de bien d’autres projets mieux fondés ?

Tout ceci a dû être pesé, analysé pour cette décision finale à laquelle on donnera au moins le mérite d’avoir été enfin prise ! Bien sûr, il reste la ZAD. On aurait aimé, par souci d’équilibre que celle-ci soit évacuée sur l’heure et franchement attendre le printemps et les beaux jours propices à toutes les contestations n’est guère raisonnable. Emmanuel Macron a décidé. C’est bien. À lui, maintenant de rétablir l’état de droit.

 

 

16 janvier

Lactalis

 

L’affaire Lactalis fait la une de l’actualité et est passée en quelques jours de la page des faits divers à celle de la politique. À l’origine, il y a donc la contamination par une salmonelle d’installations de fabrication de lait en poudre infantile dans une usine appartenant depuis peu à Lactalis, l’un des principaux acteurs mondiaux du secteur laitier. Des lots de lait ont commencé a être retirés il y a déjà plusieurs semaines, mais manifestement l’affaire a été mal gérée – ou prise à la légère – tant par l’entreprise elle-même que par ses distributeurs.

Dans une société qui a fait du risque alimentaire une de ses phobies, de telles affaires sont relativement courantes et se soldent en général par le retrait des produits incriminés. Dans le cas présent, il s’agit de lait infantile, ce qui aggrave un peu plus la situation, mais tout ceci serait probablement resté dans le domaine du fait divers s’il ne s’agissait pas de Lactalis.

Le numéro un du secteur laitier français, dont la croissance à l’international a été remarquable ces dernières années avec notamment le rachat de l’italien Parmalat, est en effet une entreprise qui a une culture maladive du secret. Possédée par la famille de son fondateur les Besnier, elle ne publie aucun chiffre sur son activité et se dispense même de ses obligations légales de dépôt de ses comptes auprès des greffes des tribunaux de commerce.

Mais là, n’est pas l’essentiel. Dans une filière au sein de laquelle les relations entre producteurs de lait et industriels sont déjà difficiles, Lactalis est devenu un symbole d’une certaine arrogance vis-à-vis de producteurs confrontés à l’instabilité nouvelle des prix du lait. Ses relations ne sont pas meilleures avec la grande distribution, mais là les torts sont probablement partagés.

 

Dans une affaire sensible comme celle-ci, Lactalis a donc endossé le rôle du « méchant » et la maladresse du comportement de son dirigeant en a fait un cas d’école de communication de crise ratée. Nul ne peut en effet aujourd’hui se placer au-dessus de l’opinion publique et des médias. Espérons que la leçon portera dans le sens d’une plus grande transparence en particulier vis-à-vis des producteurs de lait qui risquent de souffrir aussi des conséquences de ce fiasco.

 

3 janvier 2018

La France au Zénith

 

Rarement, une année aura commencé sous des auspices aussi favorables pour un pays comme la France dont pourtant on avait pris l’habitude de moquer les velléités politiques et la médiocrité économique.

Sur le plan économique, le soleil brille presque sans nuages : la confiance des Français est au plus haut, la croissance devrait tutoyer les 2 % et le chômage diminuer lentement. La France retrouve même un esprit d’entreprise qu’elle semblait ignorer jusque-là. Oh, certes, il est prématuré de chanter victoire trop tôt. Les obstacles demeurent nombreux en particulier dans des mentalités au cœur desquelles le modèle français reste si profondément ancré. Les réformes engagées ne touchent encore que la surface des choses et les vieux réflexes gaulois demeurent. Il en est de même de maintes ambiguïtés, la moindre d’entre elles n’étant pas la présence au gouvernement de l’homme politique le plus populaire de France, Nicolas Hulot, dont la tendance naturelle est de ne voir dans les vagues que leur écume.

Mais foin de tout cela, rarement les Français auront été aussi prêts au changement dans un contexte économique aussi favorable.

Ceci contraste d’autant plus avec une Europe confrontée à la montée des populismes les plus bornés (Autriche, Rép. tchèque, Hongrie, Pologne), au séparatisme intérieur (Espagne) et extérieur (Royaume-Uni), aux difficultés électorales (Allemagne, Italie). La « Vieille France du jeune Macron » a même séduit nos meilleurs ennemis de « The Economist » qui en ont fait leur « pays de l’année ». De facto, Emmanuel Macron se trouve le seul occidental (en l’absence d’un Donald Trump dont le « génie » est de plus en plus contesté) à pouvoir dialoguer avec Poutine ou à recevoir Erdogan.

Souhaitons de tout cœur que dure cet instant de grâce sans pour autant sombrer dans l’optimisme le plus béat. Les déficits demeurent tout comme une pression fiscale de plus en plus inégalitaire. L’Europe est en crise de projet et d’ambition. Le Moyen-Orient est un chaudron. Des bulles financières ne demandent qu’à éclater. Il faut beaucoup de foi pour marcher sur les eaux.