PARUTIONS

CyclOpe 2022

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le monde d'hier »

Publication du Rapport Cyclope 2022

8 Juin 2022 - Paris

CyclOpe 2021

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Cette obscure clarté qui

tombe des étoiles »

Publication du Rapport Cyclope 2021

26 Mai 2021 - Paris

 

CyclOpe 2020

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Allegoria ed effetti
del Cattivo Governo -Ambrogio Lorenzetti 
»

Publication du Rapport Cyclope 2020

09 juin 2020 - Paris

CyclOpe 2019

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Les illusions perdues »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2019

15 mai 2019- Paris

CyclOpe 2018

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Le ciel rayonne, la terre jubile »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018

16 mai 2018 - Paris

CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales.

Il est le président fondateur de CyclOpe, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport CyclOpe sur l’économie et les marchés mondiaux.

Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires.

Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

12 mai 2022

 

Le baccalauréat est de retour. On aurait pu croire qu’après deux ans de pandémie et surtout des résultats défiant toute logique de niveau scolaire, on en aurait fini avec cette « relique barbare ». Mais non, et on aurait tort de sous-estimer les capacités de résistance du mammouth bureaucratique de l’Éducation nationale.

Les candidats planchent donc aujourd’hui pour leurs épreuves de spécialité. Ce devrait être important puisque c’est le cœur de la réforme Blanquer qui a supprimé les séries (L, ES, S) d’antan. Mais il y a déjà plusieurs semaines que nos futurs bacheliers ont présenté leurs choix sur la désormais célèbre plateforme Parcours Sup qui donc ne prendra pas en compte les résultats de ces épreuves de spécialité. C’est donc un bac « pour rien », les jeux sont faits. On aura probablement 95 % (au moins) de bacheliers 2022. Mais plus que jamais tout se sera joué avant, ce qui avantage ceux qui, par leur milieu social et familial, ont pu anticiper.

Il est grand temps de mettre un terme à cette mascarade coûteuse et dénuée de quelque finalité que ce soit. Chaque lycée devrait pouvoir décerner un diplôme de fin d’études secondaires et puis ensuite laisser aux formations supérieures le soin de faire leur propre sélection. Mais le mot de sélection reste tabou et on lui préfère donc cet absurde baccalauréat.

 

 

11 mai 2022

 

C’est une image iconique que tout le monde a vue au moins une fois, extraite d’une affiche de film que Andy Warhol a retravaillé en 1964 et dont il a produit de multiples versions. Celle-ci est, paraît-il, la plus originale, la plus rare. « Shot Sage Blue Marilyn » s’est vendue aux enchères chez Christie’s à New York pour $ 195 millions, un record pour un artiste contemporain, la deuxième plus haute enchère de l’histoire après le célèbre Salvator Mundi attribué à Léonard de Vinci (il est probable que sur le marché de gré à gré d’autres œuvres rares aient déjà atteint de tels niveaux). Mais chez les contemporains Warhol détrône Basquiat et même Picasso. L’estimation donnée était de $ 200 millions et l’acheteur dans la salle étant le plus grand marchand d’art du monde, Larry Gagosian, on peut se demander s’il n’y a pas là un effort pour propulser la cote de Warhol dont il détient des stocks importants. Mais passons… Le même jour à Genève, « The Rock », un diamant blanc de 228 carats n’a fait que 18,6 millions de francs suisses.

Malgré la ruée sur les NFT, le marché de l’art reste donc attaché à ses valeurs traditionnelles qui peuvent atteindre des niveaux qui laissent rêveurs ! Quelque part dans cette figure de Marilyn Monroe, il y a un peu du rêve américain des sixties. Tiens, justement le catalogue des Pink Floyd vient de se vendre pour $ 500 millions !

 

 

8 mai 2022

 

Cela fait plusieurs semaines qu’il n’a pas plu en France et on commence à parler de sécheresse avec un niveau inquiétant de réserves en eau. Cela pourrait affecter les blés dans leur dernière phase de croissance avant la moisson et puis aussi tous les semis de printemps comme le maïs, la betterave sucrière ou le tournesol. Mais la situation est bien plus grave aux États-Unis pour le blé avec là aussi une sécheresse persistante. Plus loin, c’est l’Inde qui affronte une canicule historique qui pourrait remettre en cause des excédents céréaliers qui alimentent actuellement les marchés du blé. Enfin, comment ne pas oublier la situation dramatique de la Corne de l’Afrique qui en est à sa troisième année consécutive de sécheresse. La FAO estime que dans le monde 2,3 milliards d’hommes sont victimes de stress hydrique. L’accélération des conséquences du réchauffement climatique de la planète devient dramatique.

Pour l’instant, les bilans céréaliers mondiaux restent encore favorables. Mais la guerre en Ukraine, des embargos comme celui de l’Indonésie pour l’huile de palme, l’importance aussi des achats chinois toujours difficiles à anticiper exposent bien des points de faiblesse qui pourraient déboucher sur une véritable crise alimentaire mondiale que l’on retrouve déjà dans les tensions sur les prix. Il suffirait d’un nouvel accident climatique, aux États-Unis par exemple cet été, pour que la situation agricole vire à la catastrophe.

Le monde risque d’avoir encore faim !

 

 

6 mai 2022

 

L’Union européenne est en train de finaliser un nouveau paquet de sanctions à l’encontre de la Russie. On parle maintenant d’embargo sur le pétrole (à l’horizon de six mois) et les produits pétroliers (huit mois). Normalement, ce devrait être moins compliqué que pour le gaz naturel. Quoique ! Une partie du pétrole russe est importé par tankers : là pas de problèmes, il est possible, moyennant des ajustements pour les raffineries, de changer de fournisseurs. Mais la chose sera plus difficile pour les pays enclavés comme la Hongrie qui depuis le temps de l’URSS reçoivent directement leur pétrole de Russie par oléoducs. Les infrastructures manquent et puis les Hongrois traînent d’autant plus des pieds que, depuis février, ils profitent de la baisse des prix du pétrole russe : $ 35 le baril de moins que le Brent.

Une autre sanction pourrait être encore plus efficace : celle qui interdirait aux armateurs, assureurs, courtiers et négociants de traiter du pétrole russe à l’exportation. Là c’est la Grèce qui bloque : les armateurs grecs contrôlent une bonne part de la flotte mondiale de tankers. Pourtant, le seul boycott des assureurs maritimes (les fameux PI Clubs) bloquerait une partie importante des exportations russes de pétrole, à l’exception probable des flux vers la Chine et l’Inde.

Enfin, il y a le problème des produits pétroliers et notamment du diesel. Les raffineries russes (aux normes européennes les plus strictes) demeurent incontournables.

L’unanimité européenne sera bien difficile à réaliser.

 

 

3 mai 2022

 

« L’idée s’impose qu’il n’y a pas de perspective progressiste en dehors d’une logique de rupture avec le capitalisme ». Lénine, Trotsky, Castro ? Non, Jean-Luc Mélenchon 2022 !

Que l’on puisse exprimer de telles idées est incontestablement un bienfait de la démocratie et de la liberté de penser. Par contre, quand elles émanent de l’homme, qui en un véritable tour de force vient de rassembler l’ensemble de la gauche, y compris les sociodémocrates du PS, il y a de quoi être inquiet de ce retour en arrière.

Il y a beau temps que le capitalisme dont il faut saluer la dynamique de « destruction créatrice » est solidement encadré surtout dans un pays comme la France. Et l’Europe, dont Jean-Luc Mélenchon est si critique, est en pointe dans la lutte pour le contrôle des derniers avatars du capitalisme contemporain, les GAFAM.

Jean-Luc Mélenchon est un admirable tribun, celui qui aujourd’hui en France fait le mieux vibrer les foules. Il aurait dû naître au XIXe siècle et là ses idées auraient eu quelque sens. Mais aujourd’hui ? Qui peut raisonnablement défendre les options collectivistes qui sous-tendent les envolées mélenchoniennes ? On souriait en écoutant Poutou et Arthaud, ultimes rejetons du trotskisme finissant. Ils avaient même quelque chose de rafraîchissant dans leur naïveté. Mais Jean-Luc Mélenchon qui prétend être Premier ministre ! La gauche est tombée bien bas dans la vacuité idéologique et on comprend mieux la mort du parti socialiste.

 

 

1er mail 2022

 

Le premier mai, il y a la tradition du muguet (toujours fidèle au poste dans les jardins… même basques), la fête de Saint-Joseph « travailleur » chez les catholiques et bien sûr la fête du Travail, fixée par la « Seconde internationale » en 1889 pour commémorer les massacres de Chicago le 1er mai 1886. Un peu plus tard, il y eut à Fourmies dans le Nord une autre fusillade le 1er mai 1891.

Depuis, le 1er mai est donc célébré notamment en France par des défilés syndicaux auxquels se joignent souvent des politiques plutôt de gauche puisque le travail est considéré comme une valeur de gauche. À la fin du XIXe siècle, cela pouvait avoir un sens et l’opposition entre travailleurs et rentiers était une réalité. Tous les spectateurs français qui se pâment à la télévision et maintenant au cinéma pour « Downtown Abbey » doivent comprendre que dehors la notion de lutte des classes avait alors quelque sens.

Mais aujourd’hui, le travail n’est plus une dimension clivante. Les clivages dans la société française sont ailleurs.

 

Ce premier mai a quand même été un moment politique fort, dans la tradition cette fois de 1936 et du Front populaire, le nom revendiqué par Jean-Luc Mélenchon pour l’alliance autour des Insoumis (avec ce mot, on fait-là plutôt référence aux anarchistes de la fin du XIXe : « ni Dieu, ni maître ») qui semble désormais regrouper les Verts (malgré les réticences compréhensibles de Yannick Jadot), mais aussi le Parti socialiste qui risque d’y perdre quelques éléphants. Et même le PCF qui devrait se soumettre au diktat mélenchonien. Mais en ce jour symbolique, Jean-Luc Mélenchon a presque réussi son impossible pari : unifier la gauche.

 

24 avril 2022

 

Emmanuel Macron réélu ! La surprise n’est pas bien grande tant le résultat était attendu. Le score est moins humiliant pour Marine Le Pen qu’il y a cinq ans, mais au fond le scénario était idéal pour le président sortant qui « a vaincu sans péril ». La chance est une composante essentielle dans la vie politique : en 2017, Emmanuel Macron avait profité de l’affaire Fillon et du premier suicide du PS. En 2022, les deux grands partis historiques se sont effondrés d’eux-mêmes, ouvrant la voie aux extrêmes. De droite comme de gauche, Emmanuel Macron a profité de reports dont l’enthousiasme n’était pas la qualité première. Pour nombre de Français – ceux justement qui ont fait ce soir la différence –, il est un président par défaut.

Convenons que pour la place de la France dans le monde, la réélection d’Emmanuel Macron est positive tant il reste aujourd’hui le chef d’état européen le plus écouté. Mais sur le plan intérieur, la crédibilité d’EM est beaucoup plus discutée à l’image de ses revirements sur la question du nucléaire ou des retraites. Il lui reste maintenant à disposer d’une majorité parlementaire, ce que les Français n’ont jamais refusé à un président au sortir des urnes. Mais « En Marche » n’est guère parvenu à quelque crédibilité que ce soit et il n’est pas sûr que le « miracle » de 2017 se reproduise. Jean-Luc Mélenchon rêve d’être Premier ministre : prématuré, mais pas impossible !

 

 

21 avril 2022

 

À Washington, les réunions du FMI et de la Banque mondiale font le plein de tout ce que la planète compte de banquiers plus ou moins centraux. Les prévisions présentées par le FMI sont encore relativement optimistes avec 3,6 % de croissance mondiale en 2022. L’exercice de prévision est là totalement aléatoire : au-delà de la guerre en Ukraine, l’incertitude sanitaire demeure entière, en Chine bien sûr, mais avec des conséquences dans le reste du monde en termes de rupture de chaînes de valeur. La Chine annonce 4,8 % de croissance au premier trimestre, mais 1,3 % seulement d’un trimestre à l’autre et très probablement un mois de mars en négatif. La prévision du FMI pour la Chine en 2022 (4,4 %) est bien inférieure à l’objectif « officiel » de 5,5 %.

Au-delà de la Chine, l’autre grande inconnue est américaine. La Fed a manifestement sous-estimé l’inflation (8,5 % en mars) et son coup de frein risque de n’en être que plus brutal. Aggravée par les engorgements chinois, la panne américaine pourrait intervenir plus tôt que prévu (avant ou après les élections de mi-mandat ?) Quant à l’Europe, elle souffre de tous les maux, en première ligne du conflit ukrainien et de ses conséquences énergétiques, en panne de dirigeants de poids capables de donner une orientation cohérente, sans vision véritable.

Certes, le monde avance et le rattrapage de la pandémie (retour à 2019) est à peu près réalisé. Mais que c’est dur !

 

 

17 avril 2022

 

C’est la Pâque des chrétiens, mais hier les juifs ont fêté Pessah et les musulmans sont en plein ramadan. Les trois grandes religions du Livre vivent un moment important de leur foi. Elles représentent plus de la moitié de l’humanité au moins du point de vue culturel tant en particulier chez les chrétiens dont la pratique se réduit comme peau de chagrin : il en reste chez les catholiques français quelque vagues traditions, gigot pascal et œufs de Pâques… Mais c’est bien là quand même un moment de communion religieuse, au-delà des différences et même des antagonismes. Les guerres de religion demeurent pourtant d’une cruelle actualité, la religion étant encore souvent mise en avant pour des différences de races, de couleur de peau, de nationalismes étroits.

Bien comprises en particulier dans leur message de tolérance trop souvent oublié par leurs extrémistes, les religions – et notamment celles du Livre – devraient au contraire tempérer les nouveaux impérialismes qui se font jour dans les guerres actuelles, de l’Ukraine aux confins chinois. Le message de Pâques, c’est la sortie d’Égypte et la libération du peuple d’Israël, c’est la résurrection du Christ, c’est le jeûne des musulmans, c’est à chaque fois un dépassement de l’humain vers le divin, c’est un moment d’Espérance dans un monde qui en a tant besoin.

 

 

14 avril 2022

 

C’est un petit pays fort lointain auquel nul ne songe si ce n’est le matin pour les consommateurs de thé… de Ceylan. Sri Lanka vient de se déclarer en défaut sur sa dette extérieure. Il n’y avait plus que $ 2 milliards de réserves de change et le pays, qui vit du thé et du tourisme, ne peut plus payer ses importations notamment d’énergie.

Sri Lanka est dirigé par une famille, les Rajapaksa dont le mérite majeur est d’avoir mis un terme en 2009 à la guerre civile qui durait depuis un quart de siècle en écrasant les insurgés tamouls. Ils se sont malheureusement révélés incapables de reconstruire le pays. La carte du tourisme (plutôt bas de gamme et prisé en particulier par les Russes) a été affectée par la pandémie et la guerre en Ukraine a encore aggravé la situation, sans compter qu’une bonne partie du thé est exportée vers la Russie. L’autre carte a été celle de la Chine qui a vendu l’idée de faire de Sri Lanka une étape majeure des routes de la Soie. Les travaux ont commencé certes, mais aucun investissement n’a vraiment suivi. Et la méfiance de l’Inde n’a fait qu’augmenter. Le gouvernement a aussi accumulé les erreurs tant en termes monétaires et financiers que fiscaux. L’une des plus spectaculaires a été la décision d’un passage radical à l’agriculture « bio » en interdisant l’importation de produits phytosanitaires. Les rendements se sont effondrés et l’île n’a même plus les moyens de financer des importations alimentaires en forte hausse. Ceylan ne fait plus rêver.

 

 

12 avril 2022

 

Joe Biden, parlant des massacres découverts en Ukraine, a utilisé le terme de « génocide ». En Europe, le mot est employé avec beaucoup plus de précautions et, avec raison, Emmanuel Macron l’a réfuté.

Génocide : le mot est ignoré des dictionnaires du XIXe siècle. Et pourtant, il y en avait eu des génocides, ce mot tiré de genos, la race, et de caedere, tuer. Dans l’histoire, les massacres systématiques liés à l’appartenance d’un groupe à une race et/ou une religion sont multiples. Il y a toutefois une dimension essentielle dans la notion moderne de génocide : le groupe victime, menacé d’extermination, est sans défense. Il ne s’agit pas d’une guerre et de ses aléas, mais de la volonté d’exterminer une race, un peuple, une religion devenus un temps les boucs émissaires d’un pouvoir dominant, sans même qu’ils ne soient révoltés. Ce fut le cas des Arméniens de l’Empire ottoman, des juifs de l’Europe nazie, des Hutus du Rwanda. Le génocide est la forme extrême du racisme identitaire. Parler par contre de génocide perpétré par les Espagnols aux Amériques est une absurdité. Le cas de la Vendée est une exagération notoire.

Il en est de même pour l’Ukraine. Russes et Ukrainiens partagent origines ethniques et religieuses (Staline s’était chargé d’expulser les Tatars de Crimée). Il s’agit presque d’une guerre civile, et, on le sait, les guerres civiles sont les plus horribles de toutes. Mais de grâce, n’insultons pas les véritables victimes de génocides.

 

 

 

10 avril 2022

 

Les Français n’ont manifestement retenu de la phrase célèbre de Lampedusa dans Le Guépard que seulement rien ne doit changer. Cinq ans plus tard, il y aura donc les mêmes au second tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Les grandes proportions de l’électorat français n’ont pas changé d’ailleurs : un bon tiers de populisme de droite, un gros quart de macronistes, un autre gros quart d’une gauche, elle aussi de plus en plus populiste et puis le délicieux éparpillement qui fait le charme des élections présidentielles à la française.

La principale leçon, c’est bien sûr l’annihilation des deux partis historiques « de gouvernement » qui tiennent encore l’essentiel du terrain, des mairies aux conseils généraux et régionaux. Le PS s’attendait à ce désastre. Chez LR, on espérait encore. Si François Hollande a quand même fait le minimum en faveur d’Anne Hidalgo en perdition, Nicolas Sarkozy n’a pas levé le petit doigt et aura été l’ingrat fossoyeur d’un parti qui l’avait porté au pinacle.

Le problème est que les trois « partis » arrivés en tête n’existent vraiment que par la figure de leurs chefs, souvent aussi fondateurs. En Marche !, les Insoumis et même le RN sont loin de l’âge « adulte » de partis politiques inscrits dans la durée. Ils incarnent ce que craignait Tocqueville dans son opposition à l’élection du président au suffrage universel : la personnalisation du pouvoir dans laquelle sombre maintenant la démocratie française. Rien ne change…

 

 

5 avril 2022

 

Faute de victoires militaires et estimant – à juste titre – que l’arme du gaz vis-à-vis de l’Europe est à double tranchant et pourrait – in fine – se retourner contre la Russie, voilà Vladimir Poutine qui menace maintenant le monde avec l’arme du blé ! Il menace ainsi de limiter ses exportations à des pays « amis » auxquels il pourrait même consentir des conditions financières favorables. Il vise là bien sûr, les terrains favoris du « grand jeu » russe : la Méditerranée avec l’Algérie, l’Égypte, mais aussi la Turquie, l’Iran et bien sûr la Syrie et le Liban. Au-delà, il y a l’Afrique à commencer par le Sahel. Plus loin, c’est la Chine et peut-être même l’Indonésie. Le blé russe devient ainsi une arme diplomatique, comme d’ailleurs avant 1914 lorsque les exportations russes comblaient les besoins d’une Europe dépendante. Tel n’est plus le cas aujourd’hui, l’Union européenne est exportatrice de blé (mais importatrice de maïs ukrainien).

Curieusement, la dernière fois que l’on utilisa l’arme du blé, c’était en 1980. Les États-Unis étaient à la manœuvre et l’URSS était alors le premier importateur mondial de céréales. Face à l’invasion soviétique en Afghanistan (déjà !) le président Jimmy Carter décida d’un embargo céréalier et invita tous ses alliés à le suivre. Ce fut alors un échec et un an plus tard, le nouveau président, Ronald Reagan, leva l’embargo. Les États-Unis avaient perdu la guerre du blé. Il risque d’en être de même pour Vladimir Poutine.

 

 

4 avril 2022

 

Des images de mort. Des cadavres sur des chaussées défoncées, les mains souvent liées dans le dos. Des civils, pas des combattants abattus sans raison si ce n’est la peur. La guerre en Ukraine a franchi un seuil qui rappelle les pires moments de la guerre en Yougoslavie et puis aussi les massacres perpétrés en Ukraine même par les armées allemandes. Mais là, il ne peut y avoir de prétexte ethnique ou racial. Ce sont des crimes gratuits perpétrés par une armée à la dérive qui retrouve là ses pires réflexes, ceux d’Afghanistan, de Tchétchénie, de Géorgie.

Bien sûr, il n’y a jamais eu de guerre propre. Les Européens qui, depuis deux générations, n’en ont pas connu l’ont bien oublié. On rêve de guerres électroniques, de drones intelligents frappant sans bavures. La réalité, elle, est dans ces rues ukrainiennes avec la peur des deux côtés, celle du bourreau, celle de la victime.

Ces massacres bien sûr sont un aveu de faiblesse : cette « opération spéciale » est une guerre contre l’Ukraine qui commence à retourner même les Ukrainiens jusque-là prorusses. Elle est le fait d’une armée aux abois, mal commandée où les hommes sur le terrain sont abandonnés à leurs pires instincts, des mercenaires souvent aussi, les mêmes qui terrorisent quelques pays d’Afrique.

Ces cadavres dans la rue rappelaient celui, bien oublié, d’un enfant baigné par la mer sur une plage de Turquie. En Syrie déjà, il fuyait l’horreur russe.

 

 

 

1er avril 2022

 

En ce premier matin d’avril, les ménages français et britanniques sont confrontés à des sorts bien différents. En France, c’est le sourire avec la baisse de 18 centimes le litre de carburant à la pompe, annoncée pour quatre mois. Au Royaume-Uni, c’est plus que la grimace avec la hausse de 45 % des tarifs de base du gaz pour les particuliers ce qui, pour un foyer moyen, représentera sur une année une augmentation de £ 700. On retrouve bien là le cœur du modèle britannique, ancré dans l’économie de marché, relativement indifférent aux inégalités comme le montrent de manière si cruelle les films de Ken Loach. Dans ce cas, ce sont bien sûr les pauvres qui sont les premiers touchés.

Rien de cela en France où l’État providence se fait aussi « État-édredon ». Les prix du gaz et de l’électricité aux particuliers sont – de facto – plafonnés. Il restait les carburants et après un chèque symbolique – déjà oublié – voilà une mesure qui coûte quand même un milliard d’euros par mois.

Le réalisme des uns est bien cruel et on peut s’en indigner. L’aveuglement des autres peut inquiéter et ce n’est pas le climat étrange des derniers jours d’une campagne électorale qui suffit à l’expliquer. Il y avait d’autres manières, certes plus complexes comme les chèques-carburants, d’aider ceux qui sont contraints d’utiliser chaque jour leur voiture. Celle qui a été choisie est quand même la plus irresponsable.

31 mars 2022

 

Faut-il payer le gaz russe en roubles ? Si l’on en croit Vladimir Poutine, il le faudra bien à partir d’avril. Dans un prurit de nationalisme monétaire, il a décidé que les pays « hostiles » devront s’acquitter de leurs achats en roubles. Ceci concerne, bien sûr l’Union européenne puisque les contrats d’achat de gaz naturel stipulent que les paiements se font en euros. C’est assez logique et normalement un pays exportateur de matières premières apprécie d’être payé en devise forte. Mais la Russie a le souci – à la fois monétaire et nationaliste – de maintenir la parité du rouble qui s’était effondré au lendemain de l’invasion.

Et puis surtout Poutine sait que le point faible de l’Europe c’est bien sûr le gaz. Les stocks sont bas (25 % des capacités), l’hiver revient, le marché du GNL est tendu et les promesses américaines n’engagent que ceux qui les croient. Le gaz russe devrait arriver encore en avril, mais les robinets se fermeront ensuite puisque les principaux pays européens ont décidé de refuser de payer en roubles. Au plus tard en mai, Poutine mettrait sa menace à exécution. Bien sûr, nul ne sait ce que sera la situation sur le terrain alors, mais la menace est là. Sans gaz russe, ce sont moins les particuliers que l’industrie qui souffrira. Imaginons simplement l’arrêt des fours de verreries, l’un des secteurs industriels les plus concernés. Bien sûr, la Russie peut y perdre aussi, mais sa dépendance au gaz est bien moindre que pour le pétrole. C’est là que l’Europe doit contre-attaquer.

 

 

29 mars 2022

 

Une campagne électorale bien morne a trouvé une petite dose de piquant avec ce que certains qualifient déjà de « Mc Kinseygate », c’est-à-dire l’usage immodéré que feraient certaines administrations de cabinets de consultants au premier rang desquels donc Mc Kinsey (qui ferait en plus de… l’optimisation fiscale). Cela n’est pas en fait nouveau, mais on peut à juste raison s’étonner de l’ampleur prise par le phénomène et cela d’autant plus qu’au cœur de chaque ministère on trouve des « inspections générales » où de hauts fonctionnaires – en général de grande qualité et expérience – finissent leurs carrières et sont disponibles pour de telles missions.

L’avantage d’un cabinet de conseil est malgré tout de donner un regard extérieur, d’être en réalité une sorte de psychanalyste sur le divan duquel on trouve souvent soi-même les solutions à ses problèmes. Les consultants doivent bien sûr être des gens d’expérience ayant du métier. Tel n’est pas toujours le cas.

Enseignant en master 2 à Dauphine, je suis toujours surpris de l’engouement de mes étudiants pour les activités de conseil (Mc Kinsey étant là une sorte de Graal). Ils n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise si ce n’est quelques stages et les voilà juniors, puis seniors, managers et enfin partenaires. Au fil du temps, ils grappillent certes de l’expérience, mais bien souvent, ils appliquent une méthode et en étant un peu cruel, les « slides » de leurs présentations en PowerPoint sont prérédigées et interchangeables. Dans le meilleur des cas, ils peuvent servir de révélateur et même d’aiguillon pour le changement. Bien souvent, ils servent seulement de caution et de cache-misère. Mais à un prix qui n’est pas misérable !

 

 

27 mars 2022

 

Fin de la tournée européenne de Joe Biden. Il a rencontré ses alliés à Bruxelles pour un sommet de l’OTAN et quelques entretiens bilatéraux. Il a serré dans ses bras des enfants ukrainiens… en Pologne, car il a évité de se rendre sur le terrain. Il a fait moult déclarations et promesses. So what ?

Les États-Unis certes se sont engagés avec des plans massifs d’aide militaire à l’Ukraine. Ils ont contribué à redonner une colonne vertébrale à l’OTAN et on peut même estimer qu’ils ont galvanisé les plus mous à l’image notable des Allemands. En matière de sanctions, l’affaire est beaucoup plus limitée dans la mesure où les échanges directs avec la Russie étaient assez faibles : l’embargo sur l’énergie ne doit pas faire illusion.

Très médiatisé, l’engagement américain à fournir du GNL à l’Europe n’est que promesse. Les autorités américaines ne maîtrisent pas les flux de GNL qui sont le fait d’entreprises privées qui certes gagnent beaucoup d’argent aujourd’hui (leurs coûts sur la base des prix intérieurs américains sont de l’ordre de $ 8 par mbtu quand les cours mondiaux fluctuent entre $ 25 et $ 35 !), mais qui n’ont aucune intention de faire des cadeaux aux Européens. Il n’est pas certain que des achats groupés  européens inciteront les « amis » américains à faire des prix et ce d’autant plus que la demande asiatique reste forte.

Joe Biden est reparti. L’Europe est seule.

 

 

25 mars 2022

 

Pendant que tous les yeux de la planète sont tournés vers le calvaire de l’Ukraine, on en oublie le reste du monde. L’Afghanistan n’est plus dans les mémoires que pour l’infamie du retrait américain de Kaboul que Joe Biden essaie de faire oublier en bombant le torse en Ukraine. Pendant ce temps-là, on en oublie les talibans et leur reprise en main musclée de ce malheureux pays.

Rompant avec leurs promesses, ils viennent ainsi de repousser – sans limite apparente – la rentrée des filles dans les collèges et lycées. Un voile d’obscurantisme tombe à nouveau : les petites filles peuvent aller encore à l’école primaire, mais au-delà, le tabou demeure. Le seul héritage de l’intervention occidentale en Afghanistan restait celui de la libération des femmes : elles avaient commencé à s’émanciper dans les structures traditionnelles de la société afghane et, comme toujours, cela avait commencé par la bourgeoisie urbaine un peu occidentalisée. Puis était venu le temps des talibans de la première génération. Après leur chute, la société afghane avait encore évolué et on pouvait espérer des « nouveaux » talibans un peu plus d’ouverture et d’adaptation à la réalité sociologique du pays. Il n’en est donc rien et une chape de plomb tombe à nouveau sur ce malheureux pays que le reste du monde a oublié. Tristes cerfs-volants de Kaboul.

 

23 mars 2022

 

Comment se passer du pétrole et du gaz russe (et même un peu du charbon) ? Sachant que l’Europe paie une facture quotidienne de $ 800 millions pour ses achats d’énergie à la Russie et que ceci représente le tiers des recettes budgétaires russes (23 % pour les taxes à l’exportation sur le pétrole et 8 % pour le gaz), on comprend que c’est là le seul véritable moyen de pression susceptible de freiner Vladimir Poutine ou au moins de le rendre un peu raisonnable.

Pour le pétrole, en y mettant le prix (c’est-à-dire la hausse des cours), ce serait encore faisable à un Talon d’Achile près, celui du diesel : la Russie représente en effet 15 % des approvisionnements européens et les capacités de raffinage restent limitées. On pourra trouver du diesel ailleurs, dans la raffinerie de Total en Arabie saoudite par exemple, mais ce sera plus cher…

Pour le gaz, la partie est plus difficile pour l’Europe et paradoxalement moins coûteuse pour la Russie qui dispose là d’un levier de pression non négligeable. En important le maximum possible de GNL, quel qu’en soit le prix, les capacités de regazéification européennes ne permettraient de couvrir que les deux tiers des quantités fournies aujourd’hui par la Russie. Il faudra du temps pour construire de nouvelles unités (2026 disent les Allemands) et la location d’unités flottantes(FSRU)  imaginée par l’Italie reste limitée. Pourra-t-on se serrer la ceinture au coin du feu si l’hiver 2022/2023 est rigoureux ? Et en plus, le prix du gaz conditionne celui de l’électricité. Les choix politiques sont là cornéliens.

 

 

21 mars 2022

 

Il y a quelques semaines encore, Marioupol était un port ukrainien de la mer d’Azov où l’on chargeait des céréales à destination en général du sud de la Méditerranée. C’est aujourd’hui une ville martyre, presque entièrement détruite par un pilonnage russe sans équivalent depuis celui qui – à moindre échelle – avait détruit Alep en Syrie.

Marioupol est la clef entre la Crimée et le Donbass et l’on comprend l’acharnement des Russes qui se heurtent à une résistance dont nul n’aurait imaginé la ténacité. Il y a là presque du Stalingrad ou du Verdun et, en réalité, c’est déjà une défaite pour la Russie. La défense de Marioupol devient en effet une geste héroïque diffusée en direct sur tous les écrans de la planète (à l’exception bien sûr de la Russie). Elle pousse les pays les plus « mous », à commencer par l’Allemagne à rallier le choix de sanctions plus fortes. Elle commence même à gêner la Chine qui ne soutient plus la Russie que du bout des lèvres (c’est en tout cas une leçon à retenir pour Taïwan).

Dans les ruines de Marioupol, c’est un peu du destin de l’Ukraine qui se joue, de sa capacité à résister envers et contre tout, de la capacité aussi de l’Occident à aller un peu plus loin que la simple indignation. Mais là-bas, dans sa tour aveugle du Kremlin, le tsar reste sourd.

 

 

18 mars 2022

 

Il y avait la pandémie. Il y a l’Ukraine. Et voilà maintenant que la Corse vient se mêler à une campagne électorale française décidément à nulle autre pareille.

D’un événement dramatique et regrettable, mais dont il faut quand même relativiser l’importance, on passe à une crise institutionnelle à propos d’un territoire de la France qui n’a jamais fait preuve d’une quelconque maturité. À l’origine, il y a quand même un assassinat, celui d’un préfet en exercice (certes représentant du pouvoir… presque colonial). Ses assassins ne peuvent être considérés comme des martyrs et en tout cas, ils n’en avaient guère le sens du sacrifice ni du pardon.

La Corse dispose déjà d’une certaine autonomie, un peu ambiguë (il y a toujours des préfets), mais bien réelle. Elle cumule nombre de privilèges juridiques et fiscaux qui pourraient en faire un véritable paradis économique. Force est de constater que tout ceci a été gâché, plus qu’ailleurs, par un mélange corrosif entre politique, affairisme et illégalité. On ne peut négliger le handicap de l’insularité, mais la communauté française le compense par des transferts qui se perdent plus qu’ils ne ruissellent.

La Corse n’est pas la seule région de France à avoir une forte identité. Les Basques en sont tout autant fiers. Mais trop souvent teinté de racisme, le nationalisme corse inquiète tant par ses outrances que par sa vacuité.

 

 

16 mars 2022

 

Le moins que l’on puisse dire est que la réouverture du contrat du nickel à Londres n’a pas suscité l’enthousiasme : très peu de volume et des prix qui restent supérieurs à $ 40 000, bien au-dessus des prix chinois ($ 34 000 à Shanghai).

On commence à comprendre ce qui s’est passé : le plus gros producteur mondial d’acier inoxydable, une entreprise chinoise avec à sa tête un entrepreneur charismatique, mais aussi joueur de poker, avait une énorme position « short » sur le marché, bien au-delà semble-t-il de ce qui eut été nécessaire pour les besoins de ses couvertures. La menace des sanctions sur le nickel russe orientant le marché à la hausse, il a cherché à sortir de sa position. Mais il semble qu’en face, une grande firme de négoce (de l’est de la Suisse…) ait tenu le marché. En situation de squeeze tout se termina donc au-delà de $ 100 000 la tonne avec de monstrueux appels de marge se chiffrant en milliards de dollars.

C’est alors que les autorités du LME décidèrent de fermer le contrat du nickel et de retenir comme cours de liquidation le prix atteint le 7 mars au soir ($ 48 000) en gommant donc les heures folles qui avaient poussé jusqu’à $ 101 365. Le LME est détenu par la bourse de Hong Kong laquelle est contrôlée par des banques chinoises pour l’essentiel publiques. Les grands perdants du squeeze étaient un industriel chinois et les banques qui le soutenaient qu’ont été sauvés par un changement des règles du jeu entre « amis chinois ». La décision qui a été prise va à l’encontre du fonctionnement normal du LME qui reste par ailleurs le plus « souple » des marchés dérivés en termes de règles, la tutelle des organismes de contrôle britanniques étant assez lâche.

Il n’en reste pas moins que l’on a ainsi gommé des pertes et donc des gains potentiels. Cela rappellera aux plus anciens ce qui s’était passé sur le marché à terme du sucre blanc à Paris en novembre 1974. On avait alors persuadé le ministre de tutelle, en pleine spéculation sur le sucre, de fermer le marché et de liquider les contrats en cours à un prix bien inférieur aux niveaux atteints quelques jours plus tôt, ce qui avait sauvé nombre d’intermédiaires ainsi que la structure de compensation qui n’avait pas réalisé les appels de marge nécessaires. La place de Paris ne s’en était pas remise. En sera-t-il de même pour le LME ? Ceci étant, la seule alternative est le contrat de Shanghai, ce qui n’est guère mieux.

Cette crise intervient en un moment d’extrême volatilité et les besoins des négociants en liquidités pour couvrir les appels de marge sont considérables. Beaucoup de maisons, y compris parmi les plus grandes, sont amenées à réduire leurs positions, ce qui augmente encore la nervosité pour l’énergie, les métaux et même les produits agricoles.

 

 

11 mars 2022

 

Inexorablement, la Russie étreint l’Ukraine. Oh, certes, ce n’est pas une « blitzkrieg » et l’armée russe paraît bien empruntée, gère mal ses approvisionnements et piétine alors que déjà la douceur de la fin d’hiver annonce par avance le temps de la « raspoutitsa ». Incapable de quelque guerre de mouvement que ce soit, elle se contente de pilonner les villes, d’appliquer la stratégie qui lui avait « réussi » en Syrie, en détruisant Alep. C’est une stratégie de la terreur dont les images font le tour du monde et suscitent enfin un mouvement de condamnation sans commune mesure avec ce que l’on avait connu pour la Syrie.

Vladimir Poutine a enfin jeté le masque même s’il continue à entretenir l’espoir de quelque solution négociée. Le seul homme politique occidental qui semble entretenir quelques échanges avec lui est Emmanuel Macron. Il reste en effet un faible espoir de négocier la « neutralité » ukrainienne (c’est-à-dire sa non-adhésion à l’OTAN) contre un retrait russe qui éviterait à Poutine le risque d’une guerre plus longue que ne le permettraient les moyens de l’armée russe.

Mais même dans cette hypothèse « optimiste » il restera pour l’Ukraine, l’horreur des destructions, l’angoisse des réfugiés, du sang et des larmes…

 

 

10 mars 2022

 

L’Algérie vient d’acheter du blé. Ceci n’a rien d’anormal et on sait que l’Algérie est un des principaux acheteurs mondiaux de blé. Les achats algériens passent, dans la grande tradition bureaucratique du pays (un peu héritée de la France…) par un office d’état qui n’a guère de souplesse quant à l’anticipation des sautes d’humeur du marché.

Le 17 février, dans le cadre d’un appel d’offres, l’Algérie avait acheté 700 000 tonnes de blé pour l’essentiel de la mer Noire : l’origine France avait été exclue officiellement pour des raisons de qualité, en réalité pour sanctionner les propos critiques du président français au sujet de la gouvernance algérienne. Ce blé avait été payé $ 345 la tonne, coût et fret (c’est-à-dire livré dans un port algérien). Il ne sera probablement pas livré en temps et en heure puisque la mer Noire est pratiquement fermée, aucun navire ne s’y risquant plus. En catastrophe, alors qu’approche le mois du ramadan, les autorités algériennes ont lancé un nouvel appel d’offres pour 500 000 tonnes, le 9 mars. Celui-ci était ouvert au blé français entre autres. L’Algérie a accepté de payer $ 485, c’est-à-dire $ 140 de plus en trois semaines, et donc un surcoût de $ 70 millions !

L’augmentation des prix du gaz dont profite l’Algérie permettra de payer la facture sans augmenter le prix du pain. Mais qu’en sera-t-il d’autres pays importateurs, du Liban à l’Afrique de l’Ouest qui n’ont pas la chance de disposer de recettes d’hydrocarbures ?

 

 

9 mars 2022

 

Rarement la grand-messe de l’énergie qui se tient chaque année à Houston (la « ceraweek ») aura autant retenu l’attention. Les représentants de l’OPEP et de quelques autres pays producteurs y rencontrent les patrons des grandes compagnies pétrolières et puis aussi les producteurs de pétrole de schiste américains.

Entraînés par le prix du gaz naturel puis par la menace – devenue effective – d’un embargo américain sur le pétrole et le gaz russe (sans effet pour le gaz et limité pour le pétrole puisque les États-Unis n’importent de Russie que 20 millions de barils par mois et peuvent les remplacer sans problème, mais l’effet psychologique est là), les prix du baril de Brent ont frôlé les $ 140 en début de semaine. Les prévisions les plus pessimistes des financiers de Wall Street (J.P. Morgan, Goldman Sachs…) semblaient se confirmer et l’on voyait le baril bien au-delà de $ 150.

 

La réalité des fondamentaux du pétrole est toute autre et les membres « rationnels » de l’OPEP savent qu’il n’est pas dans leur intérêt de laisser le baril s’envoler. C’est ce qu’a dit le représentant des Émirats arabes unis en affirmant que les EAU – les seuls avec l’Arabie saoudite à disposer de capacités disponibles – étaient prêts à augmenter leur production. Dans la journée, le baril a perdu $ 20 pour terminer autour de $ 110. Attendons maintenant le résultat des négociations de Vienne sur le nucléaire iranien, bloquées par… la Russie.

 

7 mars 2022

 

Journée de folie sur les marchés mondiaux qui ont digéré toutes les nouvelles du week-end sur le front de l’Est : la résistance ukrainienne, l’autisme de Poutine, la montée des sanctions occidentales jusqu’à parler de boycotter pétrole et gaz russe, le silence gêné même des « alliés » de la Russie, de la Chine à l’Inde ou l’Arabie saoudite.

Dans un climat d’extrême volatilité, le gaz naturel en Europe a crevé le plafond des € 300 le MWh (pour culminer à 340 et terminer à 280 « seulement »). Le baril de Brent a frôlé les $ 140 avant lui aussi de clôturer un peu en dessous de $ 130. Le blé sur les échéances rapprochées a passé les € 400 la tonne sur le marché à terme de Paris. La plupart des métaux non ferreux ont aussi battu des records à l’image de l’aluminium et surtout du nickel et du palladium. Et on ne s’étonnera pas que l’or, la « relique barbare » qui fait son lit du malheur des hommes, soit repassé au-dessus de $ 2 000 l’once. Ajoutons à cela la fébrilité monétaire et la chute de l’euro par rapport au dollar, en dessous de 1,10.

Le monde prend conscience que l’engrenage de la guerre cliquète inexorablement. La Russie et ses gros canons grignotent peu à peu les villes d’Ukraine. Mais le pays ne tombe pas et aucune brèche ne semble apparaître dans sa classe politique. Les sanctions se font plus fortes (même de la part d’un pays « neutre » comme la Suisse). L’Europe pourrait essayer de se passer du gaz russe ; la Turquie pourrait bloquer le Bosphore. Les marchés frémissent et les prix font du yo-yo au gré des anxiétés. Jour de folie…

 

 

6 mars 2022

 

La pandémie commençait à s’estomper et on ne parlait plus guère d’Omicron, l’hiver restait doux et le printemps déjà apparaissait dans les prairies alors qu’en France, on préparait enfin une campagne électorale. Et voilà qu’en cette toute fin de février 2022, le monde bascule à nouveau dans l’horreur et que l’Europe se réveille dans les fumées et les explosions d’une guerre, un conflit lourd tel qu’elle n’en avait pas connu depuis 1945. L’Ukraine n’est pas en effet un abcès de fixation ni un conflit ethnique ou religieux. Ce n’est pas non plus une résurgence de la guerre froide, mais bien un affrontement « à l’ancienne manière » opposant de vieilles démocraties à la résurgence d’impérialismes despotiques qu’ils soient russes ou chinois.

Depuis longtemps, on savait Vladimir Poutine soucieux de restaurer la puissance de l’empire russe en s’inscrivant dans la lignée des Pierre Le Grand, Catherine II, Nicolas I, et plus récemment Lénine et Staline.Il fallait effacer le traumatisme de 1990 et en cela Poutine était assuré du soutien d’une partie importante de la population russe qui avait applaudi la main mise sur la Crimée en 2014, qui avait apprécié même la vassalisation des républiques d’Asie centrale, du Caucase et du Belarus. La stratégie – celle de la vassalisation – aurait pu être la même pour l’Ukraine dont les trente années d’indépendance et de régime démocratique ont malheureusement été entachées de crises politiques, de malgouvernance et de corruption (si Poutine contrôle « ses » oligarques, les oligarques ukrainiens ont eu le champ libre au point de gérer leurs propres partis politiques). Étroitement associé au Kremlin, le patriarcat de Moscou de l’Église orthodoxe avait poursuivi la même démarche en n’hésitant pas à rompre de ce fait avec Constantinople.

On aurait pu penser que Vladimir Poutine se serait contenté d’une stratégie des petits pas de la Crimée et la Transnistrie au Donbass et à Lugansk. Est-il pressé par le temps et – dit-on – la maladie ? Il a choisi en tout cas ce qui paraissait impensable encore dans les premiers jours de 2022 : l’invasion pure et simple, estimant probablement que ce serait une promenade de santé pour une armée russe à laquelle il a redonné quelque lustre depuis les désastres d’Afghanistan.

Force est de constater, quinze jours plus tard que le triomphe attendu n’est pas au rendez-vous. Certes, la disproportion des forces est telle que l’issue finale fait d’autant moins de doutes que, comme on pouvait l’anticiper, les pays de l’OTAN ont choisi de rester l’arme au pied prodiguant paroles de réconfort aux uns et condamnations aux autres. Mais l’agresseur a manifestement sous-estimé le sentiment national ukrainien (même chez les russophones), la capacité de résistance tant de l’armée que du peuple et le charisme du président Volodomyr Zelinsky passé maître dans l’utilisation des réseaux sociaux. De plus, l’armée russe s’est révélée lourde et peu maniable, seulement capable d’utiliser – et encore – son artillerie lourde. Le 5 mars, Kiev et Kharkiv tenaient encore, la seule vraie réussite russe étant la percée le long du littoral de la mer d’Azov et de la mer Noire avec les prises de Kherson et de Marioupol. Contrairement aux espoirs du Kremlin, il n’y a pas eu de soulèvements prorusses et encore moins de tentatives de formation de gouvernement parallèle. Au contraire, l’Ukraine donne l’impression d’une unité comme elle en a rarement connu dans sa turbulente histoire. Enfin, Vladimir Poutine, de plus en plus isolé dans sa bulle, n’a pas mesuré ce que serait la vague d’indignation soulevée par son invasion dans le monde entier. Il est vrai que l’opinion publique mondiale était restée bien silencieuse face aux exactions chinoises à Hong Kong et au Sinkiang, saoudiennes et émiraties au Yemen et à tant d’autres exactions de la Syrie à l’Éthiopie. Les gouvernements les plus mous et prudents (Allemagne, Italie…), les partis politiques les plus russophiles (la droite populiste en France par exemple) ont dû céder face à un mouvement de condamnation et de solidarité avec l’Ukraine d’une ampleur inédite. Les premières vagues de sanctions ont dû être renforcées bien au-delà de ce qui eut été imaginable il y a seulement quelques jours : après le gel des avoirs de quelques proches du Kremlin, la mise au ban des banques russes du système SWIFT de paiements internationaux équivaut à une paralysie de la Russie au moins dans ses relations financières avec l’Occident (à l’exception – essentielle – des hydrocarbures). Pour autant, la Russie n’est pas seule. Poutine a déclenché son invasion au lendemain de la cérémonie de clôture des J.O. d’hiver de Pékin. Il n’a pas gâché la fête de Xi Jinping qui continue à l’appuyer, s’abstenant de la condamner aux Nations Unies, et achetant pétrole, gaz, bois et blé russes.

C’est en effet sur les marchés des matières premières que l’impact de l’invasion de l’Ukraine a été le plus violent. La Russie n’est en effet pas autre chose qu’un « émirat » dépendant pour l’essentiel de ses matières premières (en avoir fait un pays émergent comme la Chine et l’Inde au sein des BRICS était une erreur historique). Les seuls hydrocarbures (pétrole et gaz) représentent un tiers des recettes budgétaires de l’état et pèsent pour 60 % des exportations (avec le charbon). À cela, il faut ajouter nombre de métaux (aluminium, nickel, acier) pour certains stratégiques comme le palladium (industrie automobile) ou le titane (industrie aéronautique), sans oublier les ressources de pays vassaux comme le Kazakhstan (uranium…) ou le Belarus (potasse). Enfin, la mer Noire (Russie et Ukraine) pèse pour un tiers des exportations mondiales de blé, 20 % de celles de maïs et pour les trois quarts du tournesol.

À la fin de la première semaine de mars, l’impact du conflit sur les marchés se faisait pleinement sentir. Il est vrai que celui-ci intervenait dans un contexte déjà tendu pour de très nombreux produits. En 2021, les cours mondiaux des matières premières avaient été touchés de plein fouet par le bond de la demande mondiale « post-pandémie » et par l’apparition de nombre de goulots d’étranglement logistiques et énergétiques. Bien avant le conflit ukrainien, les cours du gaz naturel, du blé, de métaux comme l’étain ou le cuivre avaient atteint des niveaux record tandis que les prix du pétrole amorçaient une lente remontée. Sur ce terreau fertile, la déflagration ukrainienne a été assourdissante.

C’est le gaz naturel qui bien sûr a été en première ligne : la Russie fournit 38 % des besoins en gaz européen et certains « tuyaux » traversent l’Ukraine et la Pologne. Si l’Allemagne a décidé de renoncer à Nordstream II (qui de toute façon n’était pas opérationnel), les autres gazoducs, comme Nordstream I, continuaient encore à transporter du gaz russe vers l’Occident : encore début mars, le gaz n’était pas touché par les sanctions et la Gasprombank n’était pas exclue de SWIFT. Mais de seules menaces ont suffi pour passer les cotations du TTF néerlandais à plus deà € 300/MWh (on était à 70 avant l’invasion, entre 10 et 15 dans le monde d’avant !). Au même moment, le gaz naturel liquéfié (GNL) en Asie (la cotation JKM de Platt’s) était entre $ 45 et $ 50 le mbtu, soit l’équivalent de plus de $ 250 le baril équivalent pétrole. En Europe, la flambée du gaz entraîne l’électricité vers de nouveaux records poussant même le gouvernement allemand à freiner sa sortie programmée du nucléaire et… du charbon. La hausse du gaz naturel est aussi celle des engrais azotés et cela avant même d’évoquer des menaces de sanctions sur les exportations de potasse du Belarus.

Le pétrole est lui aussi de la fête (à $ 118 pour le baril de Brent lorsqu’un missile a touché un bâtiment administratif de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, au nord de la Crimée puis en séance jusqu’à $ 140). Sur le marché du pétrole, la Russie est importante (4 à 5 mbj d’exportations de pétrole brut et 2 à 3 mbj de produits pétroliers), mais pas incontournable. Déjà, on note les réticences de banques occidentales à ouvrir des lettres de crédit pour des cargaisons de pétrole russe : l’Oural est en décote de $ 10 à $ 20 le baril sur le Brent (une opération portant sur 725 000 barils achetés par Shell s’est même faite avec une prime négative de $ 28,50). Les pays de l’OPEP ont décidé de ne pas modifier leur calendrier d’augmentation des quotas de production (400 000 bj). D’une part, il n’est pas sûr qu’ils en soient capables avec les problèmes qui affectent la Libye, l’Angola, le Nigeria… D’autre part, la maîtrise du marché est assurée par une alliance entre l’Arabie saoudite et la Russie, forgée autrefois (en mai 2020) par Donald Trump. Snobé par Joe Biden, Mohamed Bin Salman n’a aucune envie de gêner un Vladimir Poutine qui ne peut que profiter des hausses de prix. Faut-il pour autant croire ceux, qui comme J.P. Morgan, anticipent un baril de Brent à $ 185 dans les prochains mois ? Cela paraît franchement excessif : au-delà de $ 100 le baril le pétrole de schiste américain, celui des sables bitumineux canadiens, les productions offshore du Brésil et de la Guyana… vont couler à flots. Une des conséquences géopolitiques paradoxale de cette guerre pourrait être aussi un accord à Vienne sur le dossier nucléaire iranien qui, mettant un terme à l’embargo américain, libérerait un, puis rapidement deux, millions de barils/jour de pétrole iranien. Jusque-là Vladimir Poutine avait admirablement négocié dans le « grand jeu » diplomatique et militaire du Proche-Orient parlant tant à Riad qu’à Téhéran, à Ankara qu’à Tel-Aviv. Les États-Unis seront-ils capables de reprendre la main ? Ajoutons à ce panorama énergétique la hausse record ds prix du charbon ($ 430 Fob Australie) entraînés par le GNL en Asie.

La Russie est aussi un important producteur et exportateur de métaux et là aussi la réaction des marchés a été forte : prix record pour l’aluminium ($ 3 850 la tonne), pour le cuivre ($ 10 680), tensions accrues pour le nickel ($ 28 900) et même le zinc ($ 4 050). Les prix indiqués là sont ceux du 4 mars. Quelques jours plus tard, le nickel dépassait les $ 100 000 la tonne au cœur d’un squeeze qui rappelle à l’inverse celui qui amena les prix du pétrole en zone négative en avril 2020.

 Il s’agit bien sûr pour l’instant de menaces potentielles sur les exportations russes notamment vers l’Europe (mais on est là sur des marchés mondiaux). L’aluminium est d’ailleurs touché par une double peine : la Russie est certes le deuxième producteur mondial (très loin derrière la Chine), mais les producteurs européens sont aussi touchés par la flambée des prix de l’électricité (ce qui affecte aussi les raffineurs de zinc). Mais pour l’instant, les marchés attendent de savoir ce que sera la réalité des sanctions à l’encontre de la Russie.

Il y a enfin le dossier agricole, peut-être le plus surprenant de tous tant on s’attendait peu au vent de panique qui a saisi les marchés dans les premiers jours de mars : à Chicago, le blé a atteint le 4 mars $ 13,40 le boisseau, un niveau qu’il avait à peine touché dans les premiers jours de 2008. À Paris, le plafond historique des € 400 la tonne fut franchi pendant quelques instants. La raison en est bien sûr la paralysie totale qui a touché la mer Noire alors qu’il reste à peu près 14 mt de blé (6 d’Ukraine et 8 de Russie), 16 mt de maïs et 4 mt d’huile de tournesol (d’Ukraine) à charger et exporter sur la campagne en cours. Pour le blé des acheteurs traditionnels comme l’Algérie et l’Égypte vont être confontés à des cas de force majeure sur les contrats en cours. Trouver des tonnages de remplacement sera difficile. Il en sera de même pour remplacer, y compris en Europe, le maïs ukrainien. Enfin, la pénurie de tournesol intervient au pire des moments pour un complexe oléagineux déjà affecté par des tensions sur l’huile de palme et le soja.

L’irruption de la Chine en 2021 comme premier importateur mondial de grains a fragilisé les équilibres mondiaux et la disparition – même temporaire – du premier bassin mondial d’exportation pose, pour de nombreux pays importateurs, des questions essentielles de sécurité alimentaire.

Début mars, la guerre se poursuivait donc et il est difficile d’en anticiper l’issue. Les sanctions s’accumulent sur le plan financier, mais n’affectent pas encore les flux d’énergie et en particulier de gaz naturel. Sur le court terme, elles auront peu d’impact sur la détermination de Vladimir Poutine si ce n’est de le rejeter un peu plus dans les bras d’un « ami » chinois qui n’en demandait pas tant. Le monde attend, mais là-bas, dans les villes d’Ukraine, un peuple souffre et de longues colonnes prennent le chemin de l’exode…

 

 

5 mars 2022

 

Alors que Kiev est assiégée, comment ne pas évoquer la cathédrale Sainte-Sophie, la plus ancienne église de toute l’Europe orientale construite au début du XIe siècle par le prince Yaroslav le sage dont le père Volodymyr avait été baptisé en 989 et avait épousé une princesse byzantine. On est bien là au cœur de la Rus, héritière de Byzance et les somptueuses mosaïques et fresques qui ornent la cathédrale sont à l’image de l’autre Sainte-Sophie, celle du Bosphore. Sainte-Sophie de Kiev a toujours été considérée comme le cœur de la chrétienté ukrainienne au moment d’ailleurs où les princes de Kiev s’affirmaient sur l’échiquier européen. Yaroslav épousa une princesse suédoise et ses filles devinrent reines de Norvège, de France et de Hongrie.

Le drame de l’Ukraine, comme plus tard celui de la Pologne, fut d’être la proie de la convoitise de puissants voisins alors que plus à l’Est s’affirmait peu à peu la principauté de Moscou.

À Sainte-Sophie, devant ses somptueuses mosaïques, les Ukrainiens rêvent encore du temps de la splendeur ukrainienne qui ne dura guère avant que, un millénaire plus tard, l’Ukraine ne retrouve enfin son indépendance. Symboliquement, le patriarcat de Kiev s’est séparé de celui de Moscou : les églises orthodoxes ont conservé la tradition byzantine de la relation au prince. Il en était ainsi au temps de Yaroslav. Il en est de même en Russie avec Vladimir Poutine. Mais à Kiev l’histoire est différente.

 

27 février 2022

 

Une guerre au XXIe siècle a cela de différent avec celles du siècle précédent qu’elle se déroule en « temps réel » sur la planète entière via tous les réseaux. Les Russes, passés maîtres dans l’art de la manipulation cybernétique, semblent cette fois-ci quelque peu dépassés, Vladimir Poutine se contentant d’interventions télévisées de plus en plus surréalistes.

Son adversaire, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, est d’une autre trempe, et c’est là une surprise. Natif de Krivoi Rog, un combinat sidérurgique de l’époque soviétique, cet acteur comique russophone et d’ascendance juive, était arrivé au pouvoir grâce au soutien d’un des principaux oligarques ukrainiens et nul ne s’attendait à ce qu’il devienne l’âme de la résistance du pays. Son mode de communication, allant jusqu’à se filmer lui-même devant des bâtiments emblématiques de Kiev pour bien prouver qu’il reste au cœur de sa capitale, est parfaitement adapté à la diffusion par les réseaux, au-delà de toutes les manipulations russes. Zelensky trouve là le rôle de sa vie, là où bien d’autres « icones » ukrainiennes avaient échoué.

Et ceci semble se traduire un peu sur le terrain. L’offensive russe piétine ; aucune ville majeure n’est vraiment tombée et Poutine en est réduit à manier la menace nucléaire alors que le front des sanctions se durcit. L’Ukraine n’est plus une cause aussi désespérée qu’on le pensait il y a quelques heures.

 

 

26 février 2022

 

Alors que se déroule la « bataille de Kiev », la vie continue en France avec l’ouverture du Salon de l’Agriculture. Traditionnellement, un haut lieu de la vie politique française surtout en une année d’élections présidentielles. Certes, le poids politique des milieux agricoles n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut au siècle dernier. Mais, le « Salon » reste un rendez-vous incontournable et ce d’autant plus que l’agriculture est en première ligne sur nombre de sujets environnementaux.

Mais l’agriculture se trouve aussi directement impactée par le conflit ukrainien. On a vu dans les premières heures s’envoler les prix des céréales au moins sur les échéances les plus rapprochées : la mer Noire ne pourra – pour quelque temps au moins – fournir de blé (plutôt russe) ni de maïs ou de tournesol ukrainien. Relativisons toutefois, car le gros des exportations ukrainiennes pour cette campagne avait déjà été réalisé. Mais la hausse des prix sur les marchés mondiaux et donc européens aura un impact sur les coûts des céréales y compris en Europe. Cela impactera moins le prix du pain que celui de l’alimentation animale, ce dont souffrirent les éleveurs et en particulier ceux de porcs déjà victimes de la baisse des cours.

L’autre impact pour l’agriculture concerne les engrais. Les engrais azotés ont déjà été emportés par la hausse du gaz naturel. La potasse pourrait bientôt être affectée si un de ses principaux producteurs, le Belarus, est concerné par un très probable embargo. Céréales, engrais, énergie, voilà de quoi discuter dans les couloirs du Salon.

 

 

24 février 2022

 

« Alea jacta est », ou l’équivalent en russe. Vladimir Poutine est donc allé en ce 24 février au petit matin au bout de sa logique, celle de la reconstitution de l’empire russe et de la suppression de cet avatar fâcheux de l’histoire qu’est, à ses yeux, l’Ukraine. La malheureuse comparaison avec Adolf Hitler est plus que jamais d’actualité. Poutine rêve d’un nouvel empire russe tout comme Hitler fonda le troisième Reich. Il veut oublier l’infamante chute de l’URSS et les « traités inégaux » qui en furent la conséquence tout comme Hitler voulait effacer le traité de Versailles. Pour cela, Hitler s’était allié un moment avec Staline. Poutine en fait autant avec Xi Jinping. Enfin, comme Hitler, Poutine est seul au pouvoir, terrorise son entourage, mais n’écoute probablement plus personne.

Il met ainsi l’Occident devant un fait accompli sachant qu’au-delà des vertueuses indignations et des discours enflammés à la tribune des Nations Unies, personne ne viendra concrètement au secours de l’Ukraine. L’OTAN, les États-Unis, les principaux pays européens resteront l’arme au pied, l’Allemagne poussant même l’hypocrisie jusqu’à continuer à refuser de livrer des armes à l’Ukraine. Il pourrait en être de l’Ukraine en 2022 comme de la Pologne en 1939, une guerre éclair et la prise d’objectifs stratégiques visant à la paralysie des autorités ukrainiennes. Le risque pour la Russie est bien sûr celui de l’enlisement et d’une résistance tant militaire que civile plus vigoureuse qu’escomptée. Tout se jouera donc dans les prochains jours.

Les Occidentaux n’ont en réalité à leur disposition que l’arme des sanctions. Pour l’instant, elles sont restées modérées. Comme en 2014, on vise quelques oligarques et le premier cercle du pouvoir poutinien. Quelques banques sont concernées, mais « l’arme atomique » de l’exclusion du système SWIFT n’a été que brandie. L’Allemagne a arrêté la certification du gazoduc Nordstream II, mais, dans la mesure où il n’était pas opérationnel, cela ne changera rien aux équilibres gaziers européens. A priori d’ailleurs, NordstreamI continue à fonctionner.

La Russie est pour l’essentiel un « émirat » pétrolier et gazier doté de ressources minières et devenu aussi un exportateur agricole. Les seules ventes d’hydrocarbures représentent plus d’un tiers des recettes budgétaires russes. L’essentiel de la dépendance des pays de l’OTAN vis-à-vis de la Russie est celle de l’Europe en matière de gaz naturel. Paradoxalement, cette dépendance a augmenté avec la mise en place des stratégies de transition énergétique : plus de charbon, moins de nucléaire, des énergies renouvelables par essence intermittentes et donc des besoins accrus de gaz naturel pour assurer les besoins d’économies de plus en plus électrifiées. Les marchés ne s’y sont pas trompés et aux premiers bruits de bottes, les prix du gaz sur le marché européen se sont enflammés entrainant avec eux les prix de l’électricité, des engrais et dans une certaine mesure du pétrole (qui a passé la barre symbolique des $ 100 le baril de Brent). D’autres marchés ont été affectés comme ceux de certains métaux (aluminium, nickel…) et de manière spectaculaire – et quelque peu exagérée – ceux des céréales et notamment du blé.

La vraie sanction, et au fond la conséquence ultime de ce conflit, serait le boycott total par les pays de l’OTAN de toutes importations en provenance de la Russie. Ceci pourrait se faire directement ou indirectement par le biais de l’interruption du financement de ces flux. Déjà, il semble que certaines banques aient refusé d’ouvrir des lettres de crédit pour des exportations de pétrole russe. Pour le pétrole, des alternatives pourraient être trouvées, mais la vraie question est celle du gaz naturel. Des importations supplémentaires de GNL pourraient-elles compenser la fermeture des robinets russes notamment à l’Est de l’Europe, en Allemagne et en Italie. Rien n’est moins sûr et de toute manière cela aura un coût d’autant que le marché du GNL est tendu en Asie. Le gaz est en fait une arme à double tranchant d’un côté comme de l’autre. Ceci étant, l’Europe se doit de réagir et les États-Unis, devenus le premier exportateur mondial de GNL, devraient être en mesure de l’aider autrement que par de bonnes paroles.

Pour autant, des sanctions – aussi dures soient-elles – ne briseront pas la détermination de Poutine, au moins à court terme, et ne fléchiront pas sa volonté d’en finir avec l’Ukraine et de reconstituer une « communauté eurasiatique » dominée par la Russie.

La fermeté attendue des Occidentaux pourrait par contre avoir un impact sur la succession d’un Poutine dont il se dit que l’état de santé s’est aggravé. On pourrait retrouver là – presque – le scénario de la mort de Staline.

Poutine avance ses pions : face à lui ce n’est que faiblesse et atermoiements. Mais le roi noir est bien isolé.

 

 

 

22 février 2022

 

Sur l’échiquier ukrainien, Vladimir Poutine vient d’avancer deux pions, dont le « pion du roi », l’ouverture la plus classique. Il a reconnu les deux petites républiques séparatistes du Donbass et de Louhansk, l’Est de l’Ukraine, le vieux pays minier, industriel et largement russophone. Les tentatives de conciliation, les rumeurs de rencontres entre Poutine et Biden se trouvent balayées. Le tsar russe a choisi la stratégie du grignotage qui peut en fait concerner tout l’est de l’Ukraine et notamment le littoral de la mer Noire jusqu’à Odessa. Tous les ponts ne sont pas coupés, mais dans ses déclarations Vladimir Poutine n’a jamais été aussi clair : l’Ukraine est une erreur de l’histoire, une faute de Lénine qu’il est nécessaire de corriger ; la relecture poutinienne de l’histoire est fascinante quand on sait que c’est justement Lénine qui obligea Trotsky à accepter les termes du Traité de Brest-Litovsk, alors que les troupes allemandes occupaient une bonne partie de l’Ukraine.

Voilà en tout cas l’Occident au pied du mur. Quel pion faut-il avancer ? Il y a bien sûr l’arme des sanctions. NordStream II est en première ligne. Mais l’Europe peut difficilement se passer en totalité du gaz russe et il risque d’y avoir des failles dans le dispositif européen en particulier vers les Balkans. Tout ceci rappelle aussi les crises de 1937/1938 : il y avait eu l’Autriche puis les Sudètes, Dantzig enfin. Et sur ce dernier pari, Hitler s’était trompé. En sera-t-il de même pour Poutine à Odessa ou ailleurs ?

 

 

20 février 2022

 

Clap de fin pour les Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Tout s’est bien passé et la grande hypocrisie olympique n’a connu aucun accroc : la neige était artificielle (au moins au début), le public absent, les athlètes isolés et interdits de quelque conscience politique que ce soit. Il n’y a eu aucun dérapage et la seule « affaire » a concerné une malheureuse patineuse russe. La Chine a même fait le plein de médailles en particulier grâce à une skieuse expatriée aux États-Unis, devenue en quelques jours une héroïne nationale.

Personne, bien sûr, n’a parlé de politique ni de la situation à Hong Kong ou dans le Xinjiang. Toute comparaison avec des Jeux du passé, comme bien sûr Berlin en 1936, est excessive même si Thomas Bach est dans cet exercice le digne héritier de Pierre de Coubertin.

La planète sportive va maintenant tourner son attention vers d’autres objectifs tout aussi discutables comme la Coupe du Monde de Football au Qatar. Tout se passera certainement bien et l’on oubliera le sort des milliers d’esclaves qui ont construit routes et stades.

Ne nous y trompons pas. La mondialisation du sport, compréhensible en soi, ne peut que flatter chauvinisme et nationalisme. Les « jeux » au sens le plus large sont un puissant dérivatif aux pulsions politiques. « Donnez-leur du pain et des jeux » : Xi Jinping a fait sienne la morale romaine ; des jeux, certes perturbés par le Covid, et le prix du porc qui a diminué de moitié ! Le bonheur !

 

 

15 février 2022

 

La France va quitter le Mali sans les honneurs. Arrivée pour sauver Bamako menacée par la poussée djihadiste, l’armée française s’est peu à peu enlisée dans une tâche impossible tant vis-à-vis de « l’ennemi » que de l’allié malien. Soutenir un gouvernement démocratiquement élu et capable de gérer un pays est une chose. Mais tenir à bout de bras une administration inefficace incapable de servir quelque notion d’intérêt national que ce soit en est une autre. À la fin, il arrive à la France au Mali ce que les États-Unis ont connu à Saïgon puis à Kaboul, l’URSS à Kaboul aussi : l’évidence de l’inutilité d’une présence devenue symbole d’un néo-colonialisme absurde.

Abandonner le Mali à son triste sort, c’est bien sûr livrer des populations à l’irresponsabilité d’une clique militaire bornée, c’est ouvrir la porte à des mercenaires russes qui ont bien l’intention de mettre le pays en coupe réglée. Malgré quelques ressources minières (un peu d’or), le Mali ne présente aucun intérêt ni économique ni stratégique si ce n’est sa position géographique au cœur du Sahel et par un effet domino sur la stabilité de ses voisins, pour la plupart tout aussi pauvres.

Au moins, le départ français devrait-il se faire avec une certaine dignité. Mais, c’est quand même un constat d’échec, un échec qu’il faut partager d’un côté comme de l’autre. Il en reste malheureusement une cinquantaine de morts français et des populations maliennes qui ont tout à craindre d’un avenir bien sombre.

 

 

12 février 2022

 

« Le grand remplacement », voilà donc l’expression à la mode récupérée par une bonne partie de la droite, honnie de l’autre côté du spectre politique qui hurle de manière hâtive au racisme. La réalité est toute autre, tant l’idée même de grand remplacement tient de l’imposture historique.

L’histoire des hommes est faite de migrations et effectivement, certains peuples en ont remplacé d’autres, souvent de manière violente. Ce furent souvent des hommes « blancs » (c’est-à-dire issus d’un Occident déjà bien métissé), mais aussi des Arabes, des Mongols, des Africains si l’on pense aux grandes migrations précoloniales sur le continent. Les dernières grandes migrations, celles du XIXe siècle jusqu’en 1914, ne se firent pas par un désir de conquête, mais tout simplement, comme aujourd’hui, pour échapper à la misère. En deux ou trois générations, ces migrants furent intégrés même si aux États unis encore, on est Italien, Polonais ou Irlandais, mais de ce  «melting pot » est née la nation américaine. Par contre, le déclin de l’Espagne ne commence-t-il pas avec l’expulsion des juifs puis des Mozarabes et le repli sur soi de l’hispanité ?

Certes, dans une société fortement déchristianisée et adepte d’une laïcité amnésique, la religion musulmane peut inquiéter dans certaines de ses dérives. Il n’y a qu’un pas pour passer de la fiction d’un Jean Raspail (très grand écrivain par ailleurs) dans le « Camps des saints » à une réalité fantasmée. C’est malheureusement ainsi que l’on dénature une démocratie.

 

 

10 février 2022

 

On aurait aimé que ce moment intervienne en d’autres circonstances et non pas au détour d’une quasi-campagne électorale. Mais l’occasion du choc énergétique était trop belle pour différer ce qui restera un revirement majeur du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Après avoir flatté le vert de son électorat, de Nicolas Hulot à Barbara Pompili et avoir même sacrifié le symbole de Fessenheim sur l’autel du politiquement vert correct, voilà qu’à Belfort, alors qu’EDF reprend les turbines d’Alstom, Emmanuel Macron retrouve les pas non seulement de George Pompidou, « capitaine d’industrie », mais du grand programme nucléaire des années soixante-dix. À l’époque, le choc pétrolier en avait été l’ultime étincelle. Cette fois, c’est donc un choc gazier.

L’annonce est en effet d’importance : un programme de 14 EPR pour un montant total (en première estimation) de 50 milliards d’euros. Et en plus, la prolongation des centrales existantes. La France refait ainsi du nucléaire le cœur de sa stratégie énergétique et cela pour toute la durée du XXIe siècle. C’est bien sûr un pari technologique tant ces dernières années, avec les déconvenues finlandaises et normandes, la filière nucléaire française semblait avoir perdu la main et les compétences. C’est un pari financier et politique à quelques semaines des présidentielles. Mais pour une fois, le président a choisi de trancher, dans le bon sens, semble-t-il.

 

 

8 février 2022

 

Les ballets diplomatiques ont repris autour de l’Ukraine et les Européens cherchent à s’immiscer dans ce qui est pour l’instant un affrontement « modèle guerre froide » entre les États-Unis et la Russie, une Russie que la Chine soutient dans une sorte de fraternité des dictatures postcommunistes. La question est simple, mais pour l’instant aucune réponse n’apparaît évidente : comment détendre la situation sans que l’un ou l’autre des protagonistes – Poutine et Biden – ne perde la face et ne donne une impression de faiblesse qui serait immédiatement amplifiée par ses adversaires ? À ce petit jeu, Joe Biden a beaucoup plus à perdre, car il doit tenir compte tant de la scène politique américaine où les démocrates sont mal en point malgré la bonne santé de l’économie, que des théâtres internationaux, du golfe Arabo-persique à la mer de Chine et Taïwan. Plus difficile est de comprendre la personnalité de Poutine, seul maître de la Russie, à la fois « Vlad the mad » (le surnom excessif qui circule sur les réseaux) et un calculateur froid et rationnel. Même soutenue par la Chine, la Russie a tout à perdre d’un conflit ouvert et devrait raisonnablement se contenter de quelques concessions négociées sur le tapis vert. Mais lesquelles sans que les États-Unis n’y perdent la face et celle de l’OTAN ? Le ballet diplomatique durera tant que les sols ukrainiens resteront gelés.

 

 

6 février 2022

 

À vouloir trop de vert, on vire au noir ! Voilà la triste conclusion d’une certaine forme d’intégrisme vert qui a présidé à la mise en place des stratégies de transition énergétique en Europe ces dernières années. Un peu partout, en effet, on a assisté à la réouverture de centrales thermiques au charbon. C’est le cas en Allemagne et même en France, la patrie du nucléaire ! C’est là le résultat des tensions sur le marché du gaz naturel et puis aussi des problèmes rencontrés par un parc nucléaire vieillissant, sans parler même de la fermeture symbolique de Fessenheim. C’est aussi le constat cruel du caractère intermittent des énergies renouvelables de première génération. Quand le vent n’est pas suffisant, quand le soleil et même la lumière viennent à manquer, quand aussi stockage et transport de l’électricité se heurtent à des difficultés techniques, il faut malheureusement en revenir aux centrales d’appoint et si le gaz est trop cher. Le charbon, malgré des hausses de prix récentes et malgré des prix du carbone qui se rapprochent des € 100 la tonne, redevient d’actualité. L’excès de vertu écologique ramène l’Europe à la pire des solutions du point de vue environnemental.

À la lumière de ce qui est un véritable choc énergétique, il est encore temps de rééquilibrer les choix qui vont marquer les prochaines décennies : du nucléaire pour ceux qui le peuvent (dont la France), d’autres renouvelables (la biomasse), du stockage avec l’hydrogène, mais de grâce évitons les a priori doctrinaux qui nous ont amenés à pareille impasse.

 

 

4 février 2022

 

« Nous n’avons pas à commenter les affaires politiques ». Cette phrase prononcée par Thomas Bach, le président du CIO, alors que s’ouvrent les J.O. d’hiver à Pékin et qu’il était interrogé à propos du sort d’une joueuse de tennis chinoise et plus largement de la répression dont sont victimes les Ouïghours aurait pu être prononcée par Pierre de Coubertin qui fit le discours de clôture des Jeux de Berlin en 1936. La grande illusion du sport, indépendant de toute contingence politique et financière, et œuvrant seulement pour la solidarité entre les hommes est là encore mise en évidence avec cette année peut-être encore plus d’hypocrisie.

Les temps ont changé. En 1936, on pouvait peut-être vouloir ignorer – et encore –les horreurs du nazisme (la « nuit de cristal » n’avait pas encore eu lieu). Mais aujourd’hui, les systèmes d’information permettent de suivre en temps réel ce qui se passe dans l’Empire du Milieu et le sport ne peut être neutre !

Ne blâmons pas bien sûr les athlètes. Ce sont des professionnels et l’onction olympique est indispensable à leur carrière. Le plus choquant, bien sûr, c’est le microcosme qui les entoure, qui profite d’eux, de comités en fédérations, en fermant les yeux, mais en laissant grand ouvert le tiroir-caisse.

Ces J.O. d’hiver atteignent le comble du ridicule et sont aussi artificiels que la neige sur laquelle vont se lancer les skieurs. L’illusion olympique est totale et il vaut mieux en tourner la page.

 

 

1er février 2022

 

L’année 2022 a démarré en fanfare ! Les crises qui avaient marqué 2021 se poursuivent au moins sur le plan logistique et énergétique. Les tensions géopolitiques sont montées d’un cran en particulier autour de l’Ukraine, mais il ne faut pas oublier le Yémen, la Libye et puis l’instabilité chronique de pans entiers de l’Afrique et même de l’Amérique latine. Dans ce contexte, la tenue des Jeux olympiques en Chine a quelque chose de surréaliste. Dans la Grèce antique, la période des Jeux olympiques était marquée par une trêve entre les cités qui envoyaient leurs athlètes à Olympie. Rien de cela cette année : les athlètes seront dans leur bulle (au propre et au figuré), mais pendant ce temps, la Chine poursuivra sa répression à Hong Kong avec un œil sur Taïwan, la Russie et les États-Unis continueront leurs bras de fer autour de l’Ukraine. Il n’y aura pas de trêve olympique !

Les crises se poursuivent donc. La crise logistique tout d’abord avec encore plus d’encombrements portuaires et des taux de fret pour les conteneurs qui ne faiblissent pas. Dans nombre de secteurs, le problème majeur est celui de trouver des conteneurs et puis aussi les camions (et leurs chauffeurs) et les navires pour les transporter et surtout les décharger. Cette crise-là va encore durer de longs mois et affecter de très nombreux marchés. La crise énergétique est quant à elle devenue un véritable choc, presque comparable à celui des années soixante-dix. À cette époque, c’était le pétrole qui faisait l’actualité. Aujourd’hui, c’est le gaz naturel qui est en première ligne en un moment où la transition énergétique l’a rendu presque aussi indispensable que pouvait l’être le pétrole en 1973. Certes, l’hiver passera, la crise ukrainienne se dénouera d’une manière ou d’une autre, mais les prix du gaz resteront élevés en Europe comme en Asie, États-Unis et Russie devenant en quelque sorte les maîtres de l’arme du gaz. Et dans son sillage, le gaz entraîne l’électricité (en Europe au moins), le charbon, les engrais et tous les marchés touchés par la hausse des prix de l’énergie, et puis enfin le pétrole dont la charge symbolique reste si forte. Certes, on peut anticiper, sauf accident géopolitique majeur, une certaine détente pétrolière, mais celle-ci sera limitée et la prévision de CyclOpe ($ 75 le baril de Brent en moyenne en 2022) peut paraître bien optimiste.

Comme dans les années soixante-dix, ces chocs (sans oublier ceux – plus limités – qui affectent les marchés agricoles) provoquent un sursaut inflationniste avec des niveaux en ce début d’année sans équivalent depuis près de quarante ans. La réaction des autorités monétaires ne va pas tarder avec hausses des taux et « tapering » à la clef. Le réveil pourrait en être économiquement douloureux, et cela d’autant plus que ces crises et chocs interviennent en un moment de transitions majeures, environnementales, énergétiques, mais aussi géopolitiques pour la planète. Et puis, nous n’en avons peut-être pas fini avec la pandémie et nous ne sommes pas au bout de l’alphabet grec !

 

 

31 janvier 2022

 

Force est de constater que la « primaire populaire » n’a guère clarifié la situation à la gauche de l’échiquier politique français si ce n’est en rajoutant une candidate, la seule qui a obtenu un « Bien + ».

Cette référence au système de notes scolaire et universitaire est le résultat d’un curieux réflexe pavlovien qui montre combien l’idée de notation est ancrée dans l’inconscient collectif français. Les candidats ont en effet été notés avec des mentions de synthèse : il n’y a pas eu de Très bien (plus de 16/20 à l’université). Christine Taubira a eu un Bien + (entre 14 et 16, mais probablement dans le haut de la fourchette) : une bonne candidate à l’oral, mais dont le travail écrit (programme) pêche un peu. Il y avait ensuite des mentions « Assez bien » et des « Passable » dont écopa en particulier Anne Hidalgo. L’histoire ne dit pas s’il y a eu des candidats recalés, mais en fait la sélection avait été faite avant et certains candidats – comme l’excellent Fabien Roussel – n’avaient pas pu passer l’examen.

Il vaut mieux en rire, mais à l’heure où à l’école on ne note plus pour ne pas traumatiser nos chères petites têtes blondes, au moment où l’on donne le baccalauréat (et ses mentions) à presque toute une classe d’âge) les mentions de cette malheureuse primaire populaire avaient quelque chose de pathétique, un parfum au fond d’un monde disparu et peut-être un peu regretté.

 

 

30 janvier 2022

 

La France, meilleure élève économique de l’Europe en 2021 ! Qui l’eût anticipé et pourtant c’est bien la réalité qui apparaît après la publication des chiffres de croissance au quatrième trimestre 2021 : la France réalise au total 7 %, contre 2,7 % pour l’Allemagne qui s’offre en plus une croissance négative au dernier trimestre (– 0,7 %).

On peut bien sûr avancer l’explication industrielle : l’Allemagne a conservé une forte sensibilité industrielle et en 2021 la crise énergétique et surtout la pénurie de semi-conducteurs l’ont fortement pénalisé. Cela a été notamment le cas pour l’industrie automobile, beaucoup plus avancée qu’en France, sur la piste électrique.

Mais là n’est pas l’essentiel. La France a une vieille tradition de passer mieux les périodes de crise que la plupart des pays avancés. En 2008/2009, au cœur de la grande crise financière, la France avait connu la récession la plus « douce » de tous les pays de l’OCDE. Ceci peut s’expliquer par le côté protecteur et social du modèle français, par le volant de sécurité que représente la part de l’activité publique dans le PIB. Et cela a encore très bien fonctionné en 2021 avec la poursuite du « quoi qu’il en coûte » alors qu’en Allemagne on hésitait encore à maintenir et à creuser les déficits.

Lourdement chargé, mais bien lesté, le vaisseau français traverse bien les creux profonds qu’il parvient même à stabiliser. Le problème est que lorsque l’horizon se dégage, il peine à accélérer. À suivre donc en 2022 et 2023.

 

 

29 janvier 2022

 

Dans les grands dossiers ouverts en ces temps de campagne électorale, figure celui des droits de succession devenus d’autant plus d’actualité que monte le sentiment d’augmentation des inégalités au fil de la pandémie.

Sur ce sujet, les avis au moins sont tranchés : à droite, on plaide pour un abaissement, voire une suppression, des droits de succession ; à gauche, on peut aller jusqu’à la confiscation à peu près totale au-delà d’un certain seuil.

Dans la situation actuelle, on doit convenir d’une certaine souplesse du système fiscal pour les transmissions gérées suffisamment à l’avance et en ligne directe. L’essentiel des petits et moyens patrimoines peut échapper à l’impôt. Il y a malgré tout quelques situations absurdes, entre les époux et conjoints par exemple, et dans certains cas, pour les patrimoines professionnels. Certaines pourraient être facilement corrigées, mais – répétons-le – tout ici est affaire d’anticipation.

Faut-il aller plus loin ? Probablement pas. De toutes les formes de la fiscalité, l’impôt sur les successions, sur l’héritage, est probablement le plus juste, le plus légitime. Avec l’allongement de la durée de la vie, le véritable héritage est celui de la famille, de l’éducation, de l’acquis culturel et c’est là d’ailleurs que se creusent les premières inégalités. Inutile de les aggraver encore par des transmissions patrimoniales excessives au-delà de biens familiaux symboliques. Mais voilà un discours bien difficile à tenir dans certains salons.

 

 

28 janvier 2022

 

La pandémie reste bien présente, mais elle recule quelque peu dans les préoccupations politiques alors que la campagne électorale monte d’un cran avec – à gauche – une improbable primaire populaire.

Le « marronnier » du moment dans la presse et chez les politiques est bien le pouvoir d’achat avec pour symbole une pompe à essence. Il est vrai que le prix du baril ($ 90 désormais) se traduit directement dans celui des carburants que tous les Français connaissent plus ou moins au quotidien. Le choc énergétique est beaucoup plus violent pour le gaz naturel et donc l’électricité, mais les factures en sont plus complexes et puis l’état a pu mettre en place des contrefeux. Mais pour l’essence, rien ! Le chèque-inflation est déjà presque oublié ; le jeu annoncé sur les forfaits kilométriques est bien complexe et avec raison il n’est pas question de toucher à la fiscalité pétrolière. Alors que l’inflation se fait chaque jour plus menaçante, sans atteindre pour autant les niveaux américains ou allemands, le prix à la pompe symbolise toutes les craintes autour du pouvoir d’achat, devenu une sorte de grande cause nationale. En 2021, le pouvoir d’achat des Français s’est amélioré (de 1,5 % selon l’Insee). Au mieux, il stagnera en 2022. Mais derrière ces chiffres « moyens », il y a un sentiment – et une réalité – de précarité grandissante pour les plus fragiles, ceux justement qui sont sensibles au prix du diesel. Et là, malheureusement, il n’y a rien à faire.

 

 

26 janvier 2022

 

La montée des tensions se poursuit autour de l’Ukraine avec les images de troupes russes massées aux frontières. Un méthanier russe est ancré au large de l’enclave de Kaliningrad (l’ex-Königsberg) comme si Gazprom se préparait à la coupure des relations terrestres au travers de la Pologne et des pays baltes en cas de conflit : un signe parmi d’autres.

Dans cette partie d’échecs, les deux acteurs majeurs sont Vladimir Poutine et Joe Biden.

Poutine concentre les pouvoirs en Russie comme cela n’a pas été le cas depuis Staline. Et en fait, il chausse les bottes des grands tsars impérialistes de Pierre le Grand à Alexandre II qui poussèrent la Russie tant vers l’Est et l’Asie centrale que vers l’Ouest et la Pologne et les Balkans. Staline en fut l’héritier et l’empire connut son apogée avec « le partage du monde » de Yalta. Brejnev poussa un pion trop loin en envahissant l’Afghanistan, ultime pièce du « grand jeu » auquel se livraient un siècle plus tôt les empires russes et britanniques. Depuis 1990, la Russie a perdu toutes ses conquêtes des siècles passés et le projet de Vladimir Poutine est de mettre un terme à ce déclin et de redonner son lustre à l’empire russe. À l’Est, c’est la consolidation de son emprise sur l’Asie centrale et le Causcase, de l’Arménie au Kazakstan. À l’Ouest, il y a bien sûr le ventre mou de l’Union européenne, mais il faut au moins marquer des bornes aux Occidentaux, du Belarus à la Moldavie en passant bien sûr par l’Ukraine. Vue de Moscou, l’Ukraine est partie intégrante de l’histoire de la « Rus » (même si historiquement elle a été aussi partie de la Lithuanie, de la Pologne et des conquêtes suédoises) et l’indépendance ukrainienne n’a aucun sens y compris même sur le plan religieux. Poutine est au fond assez cohérent dans la logique de son héritage historique.

Face à lui, Biden se doit d’affirmer la présence et la volonté américaines après une longue période d’atermoiements et d’échecs (qui remontent d’ailleurs à Obama). Sa première année de mandat a été médiocre tant sur le plan intérieur qu’international avec la débâcle afghane. Il a de fortes chances de perdre le contrôle des deux chambres du Congrès en novembre prochain. Il ne peut pas subir un nouvel échec sur le dossier ukrainien d’autant plus que celui-ci sera exemplaire de la fermeté américaine sur l’autre dossier chaud de la géopolitique mondiale, celui de Taïwan. Le moindre recul américain serait interprété comme un aveu de faiblesse par Xi Jinping.

Alors, comment s’en sortir ? La stratégie de Poutine se fonde sur une déstabilisation du régime de Kiev et par un appel au vieil ami russe par les sous-marins du Kremlin : un scénario à la Kazakh (ou à la Tchéquoslovaquie en 1968). Dans l’état déliquescent de la démocratie ukrainienne, ce scénario cousu de fil blanc est tout à fait plausible. Il permettrait à la Russie de sauver les apparences et mettrait l’Occident devant le fait accompli (on peut d’ailleurs dire que c’est aussi le rêve de Xi Jinping face à Taipei). Pour Vladimir Poutine, prendre le risque d’une offensive unilatérale sur l’Ukraine paraît trop dangereux dans la mesure où l’Occident serait alors obligé de réagir. Mais alors que pourrait accepter Vladimir Poutine pour se retirer sans perdre la face ? Un engagement à ne pas élargir le périmètre de l’OTAN serait-il suffisant ? Mais les États-Unis, à leur tour, ne perdraient-ils pas la face ?

Vladimir Poutine rêve – dit-on – d’un nouveau Yalta. À Yalta (en Crimée !) Staline en très grande forme avait roulé dans la farine un Roosevelt déjà fort affaibli (il devait mourir deux mois plus tard) et un Churchill certes tenace, mais dont l’influence resta limitée. Aujourd’hui, Poutine est au mieux de sa forme avec en plus l’arme du gaz et du pétrole, Joe Biden n’est manifestement pas à la hauteur, Boris Johnson (le médiocre biographe de Churchill) n’est que la mouche du coche, les Allemands sont divisés et Olaf Scholz bien silencieux. Il reste Emmanuel Macron, lui-même en précampagne électorale…

Au mieux, la partie d’échecs se soldera par un match nul (pat). Mais pour l’instant l’avantage est au « roi » russe qui a sorti ses tours. « Les blancs jouent et font mat en trois coups » ? Possible.

 

 

24 janvier 2022

 

Encore un ! Après la Guinée, le Mali et, dans une certaine mesure, le Tchad, voilà donc le Burkina Faso victime d’un coup d’État militaire. À chaque fois le scénario est à peu près le même : des démocraties fragiles gangrénées par la corruption et le népotisme ; des partis politiques fonctionnant de manière féodale entretenant bien souvent un système cleptocrate ; une « élite » s’accrochant au pouvoir et la plupart du temps incapable de répondre aux défis, exacerbés dans la zone sahélienne par l’insurrection djihadiste. La révolte est alors menée par de jeunes officiers, pour la plupart formés en France, des capitaines ou colonels qui se révoltent contre l’incurie des ministres généraux. Ils affirment ne prendre le pouvoir que pour assurer une transition démocratique et cela a été parfois le cas à l’image de l’exemple emblématique du « flight lieutenant » Jerry Rawlings au Ghana, il y a quelques décennies. Mais trop souvent ces officiers prennent goût au pouvoir et s’y installent : le Burkina Faso a connu cette histoire avec Sankara et Compaoré.

La communauté internationale est désarmée face à ces crises. L’embargo décrété sur le Mali par la CEDEAO a encore compliqué la situation. Au contraire, il faut donner acte à ses jeunes officiers de la pureté de leurs rêves, espérer simplement qu’ils ne les brisent pas trop vite.

 

 

21 janvier 2022

 

Alors que Joe Biden fête son premier anniversaire à la Maison-Blanche, avec un bilan peu flatteur tant aux États-Unis avec son incapacité à manœuvrer le Congrès, qu’à l’international depuis la piteuse retraite américaine d’Afghanistan, on ne peut pas dire que les États-Unis restent indifférents à la situation en Ukraine. Ils en font même presque un peu trop en reléguant leurs alliés européens à un rôle de simples spectateurs dans le bras de fer qui les oppose à la Russie.

Rarement, l’Europe aura aussi peu existé au plan diplomatique et sécuritaire. À Genève, les discussions à propos de l’Ukraine n’ont eu lieu qu’entre Américains et Russes, ce qui au fond a quelque parfum de Yalta où de Gaulle ne fut pas invité et Churchill bien peu écouté. Retour donc à la grande époque de la Guerre froide comme si, ces dernières décennies, la construction européenne n’avait pas eu lieu !

Soyons honnêtes, pour la première fois depuis la malheureuse présidence Obama, les États-Unis prennent leurs responsabilités et ils le font d’autant plus qu’ils veulent oublier l’humiliation afghane et qu’un recul sur l’Ukraine serait un bien mauvais signal pour le dossier taïwanais.

Ainsi, la diplomatie américaine se préoccupe-t-elle de l’approvisionnement de l’Europe en gaz en cas de conflits. Des discussions seraient en cours avec le Qatar pour que l’Émirat accepte d’augmenter ses livraisons de gaz naturel liquéfié si la Russie venait à fermer les robinets des gazoducs. C’est là une bonne initiative, mais on aurait aimé qu’elle vienne de Bruxelles… Tout ceci rend d’autant plus surréaliste le débat européen sur la taxonomie des énergies !

 

 

20 janvier 2022

 

Le champagne coule à flots à Wall Street ! Les « cinq grands » (JP Morgan, Bofa, Citi, Morgan Stanley, Goldman Sachs) ont distribué la somme record de $ 140 milliards en rémunérations en 2021, pour l’essentiel des bonus. Ne cherchons pas forcément le lien, mais l’année 2021 a été aussi un record pour les ventes de Champagne avec 322 millions de bouteilles, un tiers de plus qu’en 2020. Enfin, pour les très gros bonus, 2021 a été aussi une année record pour les ventes de voitures de luxe : 5 586 Rolls-Royce ont été achetées par les – très – riches de la planète. On pourrait ajouter à cela le rebond du marché du diamant (+ 25 %) et celui de l’art contemporain.

Oui, la crise profite aux riches, mais surtout à ceux disposant du capital certes financier, mais aussi humain pour jouer des différences et des écarts sur les marchés. On sait bien sur les marchés financiers que la volatilité est le facteur clef de profitabilité des métiers de la finance et du trading. Et en 2021, cela a été le cas !

Tout ceci apporte de l’eau au moulin de ceux qui – avec raison – fustigent la montée des inégalités. Les périodes de crise creusent les écarts. La fiscalité peut certes les réduire quelque peu, mais le débat actuel en France sur les droits de succession (l’impôt probablement le plus juste et le plus légitime) montre bien les limites de l’exercice. Malheur aux riches, dit l’Évangile, mais c’est dans la vie éternelle…

 

 

17 janvier 2022

 

À nouveau, le pétrole fait la une de l’actualité et les prix des carburants celle des médias. Il est vrai qu’en France, avec une fiscalité fort lourde et un peu vicieuse (la TVA porte aussi sur la TICPE, ce qui fait un impôt sur l’impôt !) les prix du diesel et de l’essence sont à nouveau à des niveaux records. Il faut bien sûr tenir compte de la faiblesse de l’euro par rapport au dollar, mais l’essentiel est à chercher du côté du baril de pétrole qui a clôturé ce soir à plus de $ 86 le baril (pour le Brent).

Il y a en fait une véritable corrélation entre le baril de pétrole et Omicron ! Ces derniers jours, un léger vent d’optimisme a soufflé sur la planète omicronienne. Le pic serait proche, le virus est moins létal que Delta et on peut imaginer dans un proche avenir quelque détente sur le front des confinements : un peu plus de voyages, des automobiles, des avions et donc de la consommation accrue de pétrole. Le recul d’Omicron est donc déjà dans les prix du marché et c’est ce que jouent nombre de fonds qui ont pris des positions « longues » ces derniers jours. D’un autre côté, l’offre apparaît quelque peu contrainte. Nombre de membres de l’OPEP ne parviennent pas à remplir leurs quotas : Nigeria, Angola, sans parler de la Libye. La perspective du retour de l’Iran s’éloigne de plus en plus. Certes, la production va augmenter aux États-Unis, au Brésil, en Guyana… Mais cela sera-t-il suffisant alors même que le prix du gaz est deux fois plus élevé que celui du pétrole ce qui incite à un transfert de consommation non négligeable ?

À ce point, les analystes sont partagés : certains – les financiers de Wall Street en particulier – parlent de $ 100, voire $ 150 le baril. D’autres – plus raisonnables – anticipent un équilibre, tant économique que géopolitique, autour de $ 70. À suivre.

 

 

16 janvier 2022

 

Retour du sport à la une de l’actualité géopolitique, et ce par l’entremise du tennis. Novak Djokovic vient d’être banni d’Australie et donc des Internationaux (qu’il a déjà gagnés à neuf reprises). La décision des autorités australiennes n’est – pour une fois – guère critiquable : Djoko n’est pas vacciné (on ne sait pour quelle raison), a manifestement quelque peu trafiqué ses certificats déjà fort complaisants et a pensé qu’il était au-dessus des règles australiennes qui ont condamné la population à l’isolement pendant de nombreux mois. Il offre là un exemple déplorable, mais Djoko est serbe, le Serbe le plus célèbre de la planète, une icône pour un pays qui, au cœur des Balkans, hésite toujours entre l’Europe et la Russie. Quant à l’Australie, ses relations avec la Chine sont au plus mal et, comme les États-Unis, elle va boycotter diplomatiquement les J.O. d’hiver de Pékin. On peut d’ailleurs imaginer qu’il en sera de même pour la Lithuanie qui a poussé le crime de lèse-Chine jusqu’à reconnaître une représentation de Taiwan à Vilnius.

La Chine a donc soutenu la colère serbe. Remarquons que Djoko ne s’était pas indigné du sort d’une joueuse de tennis chinoise harcelée par un dignitaire du parti. Les J.O. d’hiver ouvrent dans quelques semaines dans une Chine lourdement confinée. Ils ne suscitent pour l’instant qu’indifférence et Omicron aura au moins l’avantage de permettre au Palais Céleste de ne pas perdre la face..

 

 

12 janvier 2022

 

Après le pain donc, l’électricité. Là, les échéances sont politiques. Il y a quelques mois déjà, Jean Castex s’était engagé à limiter à 4 % la hausse des tarifs réglementés de l’électricité : admirable, mais presque impossible ! En 2021, en effet, les prix de base de l’électricité, sur le marché spot, se sont appréciés de 220 % par rapport à la moyenne de 2020. Du fait du fonctionnement du marché européen de l’électricité, le prix du kWh est celui de la dernière centrale appelée à un moment donné. C’est en général une centrale alimentée par du gaz naturel. Les prix du gaz et de l’électricité sont donc étroitement corrélés. Il y a quelques jours, l’Allemagne a subi une « panne » de vent exceptionnelle. La part de l’éolien dans le mix énergétique allemand est passée pendant quelques heures de 40 % à 2 %. Il a fallu tirer sur les autres sources d’énergie et le prix du gaz naturel a doublé. Mais le gaz naturel a lui aussi ses problèmes. L’approvisionnement européen se fait pour l’essentiel de deux manières : des importations par gazoduc en provenance surtout de Russie et des achats de cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) venant de pays comme le Qatar, l’Australie et les États-Unis (devenus à la fin de 2021 le premier exportateur mondial de GNL). Le principal marché du GNL est l’Asie (Chine, Japon, Corée) qui traverse, elle aussi, une crise énergétique majeure qui s’est traduite depuis l’automne par une forte tension sur les prix qui restent au début 2022 à des niveaux records. Quant au gaz russe, on découvre un peu tard le jeu de Gazprom qui a volontairement réduit ses livraisons (de 25 % en un an au quatrième trimestre 2021) pour obtenir l’ouverture du gazoduc Nordstream II, mais aussi pour permettre au Kremlin d’utiliser l’arme du gaz. Le résultat en est un marché européen du gaz naturel d’une extraordinaire volatilité : sur le marché spot (le TTF néerlandais) qui fait référence, les prix ont évolué ces dernières semaines entre € 80 et € 160 le MWh, bien loin des € 10/€ 20 d’avant la crise. Ceci se retrouve sur le marché de l’électricité dont les prix au gré du gaz, mais aussi du vent et du soleil, des arrêts du nucléaire et bien sûr de la température évoluent entre € 250 et € 450 le MWh suivant les jours et les pays.

On est là bien loin des € 46, le fameux tarif auquel EDF doit céder de l’électricité aux distributeurs alternatifs sur le marché français !

En toute logique, les prix de l’électricité devraient augmenter de bien plus que de 4 % et si politiquement le souci majeur est celui des particuliers, que dire de l’impact pour les professionnels et l’industrie.

Bien sûr, à la différence d’autres pays européens, la France a une vraie marge de manœuvre avec le nucléaire. Et si on considère l’électricité non pas comme un objet de marché, mais comme un bien public, même en tenant compte des contraintes européennes, il est possible de limiter fortement la hausse des prix. Ceci aura bien sûr un coût, en particulier pour les finances d’EDF, une entreprise dont l’état détient 80 % du capital. Ce sera probablement l’objet d’un subtil arbitrage.

Cette crise, en tout cas, a mis en évidence la faiblesse d’un modèle électrique européen alliant économie de marché et contraintes vertes, donnant donc une place démesurée à des énergies par essence intermittentes, refusant par principe l’alternative nucléaire et se mettant les yeux fermés sur le billot du gaz russe… ou américain !

« Du pain et de l’électricité », voilà, en tout cas le slogan nouveau, le « panem et circenses » moderne, de la France en cet hiver 2022 alors que les bruits des campagnes électorales commencent à dominer la raison économique.

 

 

11 janvier 2022

 

Le pain et l’électricité ! En ces temps de sursaut inflationniste (5,8 % pour l’OCDE en novembre, 7 % aux États-Unis en décembre), ce sont le pain et l’électricité qui en sont en France les vecteurs symboliques.

Le pain tout d’abord : Michel Édouard Leclerc a annoncé que les magasins éponymes vendraient la baguette de pain à 29 centimes d’euros, celle qui vaut 90 centimes — voire plus — dans les boulangeries artisanales et que pour l’instant la grande distribution vendait autour de 60 centimes. Cette décision fleure bon la démagogie : certes dans la fabrication du pain, la part du blé, puis de la farine, est très faible, inférieure pour une baguette à 10 centimes même avec des prix du blé qui ont flambé ces derniers mois à près de € 300 la tonne. À cela, il faut ajouter de l’énergie (de l’électricité !) et surtout du travail aux horaires largement décalés. Reconnaissons que les marges des boulangers sont confortables et que — surtout dans les villes — les boulangeries prospèrent grâce aussi à l’élargissement de la gamme des pains offerts ainsi qu’à la pâtisserie et à la restauration rapide. Les boulangeries sont les commerces alimentaires de proximité qui ont le mieux résisté à la vague de la grande distribution à la différence des boucheries ou des poissonneries.

Néanmoins, le coup est violent, même si on ne sait pas si tous les pains sont concernés ou si le « geste » est limité à la symbolique baguette. Déjà, la marge nette du rayon boulangerie-pâtisserie de la grande distribution était, d’après les calculs de l’OFPM (Observatoire des Prix et des Marges), fortement négative. Baisser ainsi des deux tiers le prix du pain donne à croire que tous — agriculteurs, meuniers, boulangers — s’enrichissent sur le dos des consommateurs. On en revient à la guerre des farines et aux émeutes alimentaires lorsque les femmes de Paris ramenaient de Versailles, « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». C’est aussi faire croire que l’on peut jouer sur les prix de l’alimentation, lui enlever le peu de valeur qu’elle a encore.

Pour une fois, le coup de publicité pourrait se retourner contre son auteur. Le pain occupe une place symbolique dans l’alimentation des Français : on apprécie la « patte » du boulanger dont on sait qu’il ne compte pas ses heures. Le pain « industriel » (réalisé à partir de pâtons congelés) a piètre réputation. Et puis aussi, on gagne son « pain » : lui enlever toute valeur n’a guère de sens.

 

 

8 janvier 2022

 

Dans 1984, George Orwell faisait dire à l’un des protagonistes du procès que « celui qui contrôle le passé contrôle le futur, mais que celui qui contrôle le présent peut contrôler le passé ». À un moment ou à un autre, tous les dictateurs ont appris cette leçon et l’ont mis en pratique à l’image bien sûr des « modèles » nord-coréens, cubains et dans une certaine mesure même algériens.

La Chine et la Russie, après une période de flottement, sont en train de ce point de vue de se « normaliser ». L’une et l’autre ont vécu l’épopée communiste pendant soixante-dix ans pour l’URSS, pendant trente ans au moins pour la Chine maoïste. L’effondrement du communisme soviétique s’est accompagné d’une relecture – enfin – de l’histoire. Lénine et Staline furent déboulonnés et le poids de la grande terreur et du goulag fut analysé et mesuré par une recherche indépendante comme celle que menait l’association « Memorial » fondée par Sakharov. Vladimir Poutine, enfant du KGB de la grande époque, vient justement de l’interdire : il ne faut plus noircir le passé soviétique puisque la Russie nouvelle en est l’héritière.

Le cas chinois est un peu différent. Mao n’a jamais quitté la place Tien An Men sur laquelle il a même fait un pas de deux avec la statue de Confucius. Mais on a pu un moment en Chine parler de la réalité des famines du Grand Bond en Avant et de la Révolution Culturelle. Xi Jinping est manifestement en train de remettre un peu d’ordre dans cette lecture de l’histoire. Un siècle après sa fondation, le PCC a oublié erreurs et faiblesses pour mieux célébrer son étoile nouvelle. L’histoire reste un outil aux mains des puissants !

 

 

6 janvier 2022

 

Le nucléaire est revenu au cœur des débats de la gauche française entre ceux qui en sont partisans (les communistes et certains socialistes) et ceux qui y sont viscéralement opposés (les verts et la plupart des ONG « de gauche »). Bruxelles vient d’apporter sa pierre à ce débat en proposant, dans son projet de taxonomie, de placer le nucléaire et le gaz (sous certaines conditions) dans les énergies de transition.

Les verts européens s’en sont indignés : mais venant d’une Commission dont le bon sens n’est pas toujours la qualité principale, on doit convenir que cette proposition est plus que raisonnable même si elle met dans un même sac deux problèmes différents.

Le gaz naturel est bien sûr une énergie de transition : les renouvelables de première génération étant par essence intermittents, il faut des centrales thermiques pour assurer les fonds de grille et il est logique de jouer le gaz plutôt que le charbon. Le seul défaut du gaz (moins polluant que le charbon, mais quand même) c’est qu’il introduit l’Europe dans une cruelle dépendance vis-à-vis de la Russie. Il faudra bien un jour s’en passer.

La problématique est différente pour le nucléaire. Il est presque parfaitement « propre » et la question de ses déchets est amplifiée et instrumentalisée par ses opposants. Ceci étant, il demande un environnement tant technologique que géopolitique et sécuritaire qui limite son développement à quelques pays, dont la France dont il reste un atout fondamental. À la différence du gaz, ce n’est pas une énergie de transition, mais une composante durable d’un mix énergétique destiné à évoluer profondément au cours de ce siècle.

 

 

5 janvier 2022

 

40 mois à peine après avoir franchi la barre mythique des $ 2 000 milliards de capitalisation boursière, voilà Apple qui atteint $ 3 000 milliards ! La firme à la pomme a réalisé $ 365 milliards de chiffre d’affaires en 2021 dont plus de la moitié pour le seul iPhone. Il est loin le temps (1977) de l’Apple II qui permit à Steve Jobs de sortir de son garage. En 1984, ce fut le Mac qui révolutionna en particulier le monde de l’édition : tous les CyclOpes ont été réalisés sur Mac même à l’époque où Apple semblait en perte de vitesse face à la concurrence. Et puis après l’iPod en 2001, ce fut l’iPhone en 2007 qui renversa une autre icône de l’époque, le BlackBerry. On connaît la suite.

Avec $ 200 milliards de trésorerie disponible, Apple a les moyens de jouer sur de nouveaux terrains : le « meta », l’AppleCar, les montres, la santé, en fait tout l’univers connectable quel qu’en soit la dimension.

Il y a, bien sûr, une face moins avouable : celle d’abord d’une optimisation fiscale élaborée aux antipodes de l’image de la sympathique pomme ; celle de la dépendance au marché chinois (20 % de son chiffre d’affaires) ; celle aussi – classique pour toute entreprise de cette taille – de l’engourdissement de ses cadres et dirigeants dont la « faim » est largement rassasiée. Pour l’instant, avec la pandémie qui a multiplié les besoins de connectivité, tous les voyants sont au vert et la pomme est bien mûre. Il reste aux équipes de Tim Cook d’entretenir la folie créative de Steve Jobs au-delà d’une éternelle nouvelle version de l’iPhone…

 

 

4 janvier 2022

 

En 2021, les prix des matières premières mesurés par l’indice CyclOpe en dollar se sont appréciés – en moyenne annuelle de 49 %, de 40 % si l’on en exclut l’énergie et les métaux précieux. Les performances les plus spectaculaires ont été enregistrées par l’étain et le lithium parmi les métaux, par le gaz naturel en Europe et en Asie pour l’énergie, par le maïs et les oléagineux pour les produits agricoles. Mais les hausses les plus vertigineuses sont à mettre au compte des taux de fret maritime : sans même parler des conteneurs, le « fret sec » (les navires de vrac) a enregistré une hausse moyenne de 182 %. À l’inverse, les métaux précieux on fait plutôt grise mine, l’or partageant avec le cacao le bonnet d’âne de l’année avec seulement 2 % de hausse (les prix internationaux de la viande porcine s’affichent quant à eux en net repli).

L’année a été en réalité marquée par un certain nombre de vagues et pratiquement tous les marchés ont connu à un moment ou à un autre de fortes tensions au point que l’idée d’un « supercycle » s’est répandue et a même trouvé quelque crédibilité. En fait, il s’est surtout agi de rattrapage après les restrictions de 2020. La reprise économique, partant de Chine dès l’été 2020 puis des États unis à l’automne, fut plus rapide qu’anticipée alors même que les appareils de production et la logistique peinaient à retrouver leurs niveaux d’avant-crise. Ceci se traduisit par des tensions dès le début de l’année sur des matières premières de l’industrie et de la construction à l’image emblématique du bois (lumber) aux États-Unis, mais aussi de l’acier un peu partout dans le monde. Par la suite, sur des bilans mondiaux particulièrement tendus, le moindre accident climatique ou géopolitique put avoir des conséquences spectaculaires.

Au-delà de cette analyse globale, il est nécessaire de rentrer dans le détail des trois crises de cette année 2021 : la crise logistique, la crise énergétique avec ses conséquences pour les marchés des métaux et la crise agricole.

De la crise logistique, on a surtout retenu les goulots d’étranglement sur les lignes de porte-conteneurs, les hausses de prix (une multiplication par cinq en moyenne) et les conséquences que ceci a pu avoir en termes de pénuries pour nombre de marchandises transportées en conteneurs, des métaux aux produits tropicaux. Mais sur le marché du fret sec, la hausse de 182 % de l’indice du Baltic (partant, il est vrai, de niveaux fort déprimés) est la plus spectaculaire de tous les marchés de commodités.

Pour la première fois de l’histoire, ce n’est pas le pétrole qui a été aux avant-postes de la crise énergétique. Bien maîtrisé par les pays de l’OPEP+ (l’axe Arabie saoudite/Russie), le marché du pétrole est presque resté « raisonnable » entre $ 60 et $ 80 le baril. Non, en 2021, c’est le gaz naturel qui a mis le feu aux poudres que ce soit en Europe ou en Asie pour le gaz naturel liquéfié. Les tensions avec la Russie d’une part, la sécheresse et la crise électrique chinoise d’autre part ont provoqué au cours de l’année un quintuplement des prix du gaz qui en est arrivé à coûter deux fois plus cher que le pétrole. Dans la foulée des prix du gaz, ceux de l’électricité en Europe, mais aussi du charbon en Chine, ceux des engrais aussi, se sont enflammés. Alors que la COP26 s’achevait dans la déception générale (mais que les prix du carbone triplaient en Europe) c’est toute la stratégie de la transition énergétique et de la sortie du charbon au profit du gaz qui se trouvait remise en cause. La montée en puissance de l’électricité, en particulier dans la mobilité, a provoqué par ailleurs des tensions sur les marchés des métaux les plus concernés comme le lithium et le cobalt, mais aussi le cuivre et le nickel.

Il y a eu enfin une véritable crise agricole : quelques accidents climatiques certes comme la sécheresse au Canada qui a touché le colza et le blé dur, mais surtout l’importance des achats chinois dont l’ampleur a surpris qu’il s’agisse de céréales, d’oléagineux, de produits laitiers (seule exception, la viande porcine dont le prix en Chine a diminué presque de moitié). Le maïs et le soja furent les premiers concernés avant de céder la vedette à l’automne au blé et à l’huile de palme. Ajoutons à cela des gelées au Brésil pour le café et même le sucre et puis bien sûr le jeu géopolitique de la Russie à l’exportation de céréales et de la Chine dans ses relations avec l’Australie et on comprendra la hausse de 35 % de l’indice des prix alimentaires de CyclOpe.

Qu’attendre maintenant de 2022 ? Certains marchés ont déjà amorcé des replis assez nets à l’image du fer et de l’acier. En raisonnant à situation climatique et sanitaire « normale », cette détente devrait s’accentuer encore en particulier sur les marchés des métaux. En ce qui concerne l’énergie, l’hiver de l’hémisphère nord restera tendu pour le gaz naturel alors que le pétrole reviendrait aux excédents. Par contre, on ne peut espérer de retour à la normale rapide sur le marché des conteneurs. Quant aux marchés agricoles, au-delà des aléas climatiques, ils dépendront du niveau des importations chinoises sur la campagne 2021/2022. La campagne précédente était-elle exceptionnelle ou deviendrait-elle la règle ?

En 2022, les marchés mondiaux des matières premières subiront bien sûr les aléas sanitaires et leurs conséquences sur la demande. Mais, au-delà, la Chine continuera à en dominer la conjoncture que ce soit en termes de demande, d’importations et de consommation, mais aussi en ce qui concerne la dimension géopolitique de marchés qui s’agitent aux moindres bruits de bottes. Les crises successives de 2021 ont au moins permis de prendre conscience de la dépendance des économies avancées et émergentes vis-à-vis de marchés dont l’instabilité reste immense.

 

 

1er janvier 2022

 

Avec 2022 s’ouvre donc l’an III de la grande crise sanitaire qui aura marqué le début du XXIe siècle. L’exercice de prévision n’en est que plus difficile tant aux traditionnelles précautions climatiques et géopolitiques, il faut cette année encore ajouter un risque sanitaire que nul ne peut anticiper.

Si l’année s’ouvre dans l’euphorie des marchés boursiers, c’est incontestablement le doute qui prévaut, et ce, avant même que l’on puisse mesurer l’impact réel d’Omicron. Passés le rebond et le rattrapage de 2021, la croissance mondiale sera plus faible en 2022, peut-être encore quand même de l’ordre de 4 %. Mais plusieurs moteurs inquiètent à commencer par la Chine, les États-Unis et, en Europe, par l’Allemagne.

Les incertitudes géopolitiques n’arrangent rien. 2022 sera bien l’année du renforcement du pouvoir de nuisance des deux vieilles dictatures cryptocommunistes, la Russie de Poutine et la Chine de Xi Jinping déroulant leurs menaces, de l’Ukraine à Taïwan, face à des « démocraties » affaiblies et pusillanimes. Les uns avancent leurs pions, les autres se replient frileusement. Aux échecs pour les Russes, comme au go pour les Chinois, cela n’augure rien de bon.

 

Rarement en tout cas, doutes et incertitudes auront été aussi grands. 2022 commence avec un horizon chargé de nuages.

31 décembre

 

Clap de fin pour l’année 2021, un millésime de transition à vite oublier. Il y a un an, en effet, tous les espoirs semblaient autorisés et 2021 devait marquer la fin de la pandémie. Et puis, vague après vague se sont succédé. On a retrouvé les chemins du confinement, du distanciel et du télétravail pour ceux qui le pouvaient.

Au total, l’économie mondiale aura fait preuve d’une incontestable résilience au moins sur les trois premiers trimestres. Les choses se sont gâtées en fin d’année avec des ralentissements, des stagnations, voire des récessions de la Chine au Brésil, des États-Unis à l’Allemagne et au Japon. Et puis surtout, une puissante vague d’inflation s’est fait jour. Elle a été provoquée certes par les trois crises qui ont marqué le monde des commodités : le fret maritime, l’énergie (et surtout le gaz naturel), l’agriculture et dans une moindre mesure les minerais et métaux. Et si l’inflation mesurée au stade de la consommation demeure supportable, que dire surtout des prix industriels ! Ajoutons à cela les prix des actifs, immobilier, art et surtout bourses de valeurs qui ont terminé l’année en fanfare.

En 2021, le monde a traversé la crise, mais à un prix que l’on ne commencera à mesurer que dans les années à venir. On danse sur un volcan et pour l’instant un peu partout, ce sont les inégalités qui se sont creusées alors même que le grand élan de solidarité qui avait marqué les premiers mois de la crise en 2020 s’est bien essoufflé. 2021, année de tous les égoïsmes ?

 

 

27 décembre

 

En cette fin d’année, c’est une véritable frénésie d’Omicron qui domine l’actualité. Le nombre de Français testés positifs explose et tutoie désormais les 200 000 cas quotidiens en France. Mais la situation est à peu près identique dans la plupart des pays d’Europe occidentale.

Omicron galope certes, mais semble moins virulent. Le nombre de patients en réanimation, celui de décès n’augmente pas dans les mêmes proportions. L’ouragan Omicron a succédé à un ouragan Delta de force 5. À cette aune, Omicron ne serait plus que de force 3, une vulgaire tempête hivernale comme chaque année la grippe en apporte. C’est au moins l’espérance que l’on peut en avoir. La couverture vaccinale paraît dès lors suffisante, même si Omicron continue à se répandre. Le problème reste alors celui des irréductibles qui se refusent à la vaccination pour des raisons diverses mélangeant religion, complotisme ou défense des libertés individuelles. C’est là d’ailleurs un problème de riches, tant, dans nombre de pays, c’est l’accès à la vaccination qui reste un frein déterminant.

En cette fin d’année, le Covid en serait, d’après les calculs de The Economist à 18,6 millions de victimes dans le monde : la pire pandémie depuis la grippe espagnole certes, mais un impact économique bien plus important, sublimé par la peur qui domine nos sociétés.

 

 

22 décembre

 

Certaines élections peuvent être des signes d’espérance et de bonne santé démocratique. D’autres malheureusement ne sont que de tristes mascarades. Dimanche, quel contraste entre la maturité chilienne et la reprise en main chinoise à Hong Kong ! Au Chili, Gabriel Boric, candidat de la gauche, soutenu par le parti communiste a battu nettement Jose Antonio Kast qui se voulait dans une certaine mesure être l’héritier de Pinochet qui, en 1973, avait mené un coup d’État sanglant contre Salvador Allende dont le gouvernement était alors presque l’otage des communistes. Entre-temps, le Chili est redevenu une démocratie et a même connu une incontestable réussite économique qui lui a permis d’être le premier pays d’Amérique du Sud à intégrer l’OCDE. On a souvent accusé le Chili d’avoir été l’un des laboratoires de Milton Friedman et des tenants du libéralisme économique. Force est de constater que le résultat en a été positif sauf en ce qui concerne les inégalités et les carences de l’État-providence. C’est d’ailleurs la feuille de route de Gabriel Boric qui aura au moins la chance de profiter de prix élevés du cuivre qui reste la principale ressource du pays.

À Hong Kong par contre il n’y a plus rien à dire. La mise au pas est complète. Il n’y a plus d’opposants dans une Assemblée élue par seulement un tiers des inscrits. Et symboliquement à peine les urnes vidées, les autorités décidaient de faire disparaître le monument aux victimes de la place Tien An Men. Hong Kong n’existe plus.

 

 

21 décembre

 

Il y a trente ans disparaissait l’URSS. Avec le recul de l’histoire, on peut voir là le premier grand recul de l’impérialisme russe depuis Pierre Le Grand. À la différence, en effet, des pays européens, la Russie n’eut pas besoin de franchir les mers pour se créer un empire. Il lui suffit de pousser vers l’Est et le Sud. Pendant que les Européens se partageaient l’Afrique puis le Moyen-Orient, la Russie regardait vers les Balkans et l’Asie centrale. Certes, en 1917, elle perdit à l’Ouest la Pologne et les pays baltes, mais Lénine, aidé d’un Géorgien nommé Staline sut garder d’une main de fer toutes les nationalités par-delà l’Oural. Après 1945, l’URSS porta même l’impérialisme russe à son zénith en prenant de facto le contrôle du glacis européen, en absorbant à nouveau les pays baltes et en s’imposant même en Orient face à une Chine affaiblie. L’apogée, mais aussi le chant du cygne de l’URSS ce fut l’invasion de cet Afghanistan qui, au XIXe siècle avait été au cœur du « grand jeu » entre l’Empire britannique des Indes et la Russie.

Il y a trente ans donc, la Russie se retrouva seule, amputée de pays comme l’Ukraine qui, sans elle, n’avait jamais existé. Mais patiemment, Vladimir Poutine a entrepris de reconstituer l’Empire russe en s’appuyant sur les nouvelles dynasties au pouvoir, en jouant du bâton, mais aussi de la carotte. Il est aujourd’hui aux portes de l’Ukraine dans les bottes des tsars qui l’ont précédé.

 

 

20 décembre

 

C’est un niveau historique : sur le marché espagnol de l’électricité (« la luz »), les prix ont atteint € 340 le MWh et même € 375 au moment de la plus forte demande entre huit et neuf heures du soir. L’Espagne n’est pas une exception et à l’autre bout de l’Europe, le Nordpool scandinave est lui aussi en effervescence. Quant au cœur de l’Europe électrique – France et Allemagne –, il affiche lui aussi des prix records (plus de € 400 en pointe), mais le plus spectaculaire ce sont les prix à terme sur janvier 2022 à € 1 100.

La raison de cette effervescence est simple : ce sont les prix du gaz naturel et dans une moindre mesure ceux du carbone (€ 75 la tonne de CO2) qui renchérissent d’autant le coût de l’électricité produite à partir du charbon. En ce qui concerne le gaz naturel, ce sont les tensions à la frontière de l’Ukraine. L’approvisionnement européen est menacé alors que commence l’hiver et que, selon toute vraisemblance, Nordstream II ne pourra commencer à transporter du gaz en provenance de Russie avant l’été 2022.

Cet hiver risque donc d’être tendu sur les marchés du gaz et de l’électricité en Europe. N’est-ce pas là une bonne occasion pour reconsidérer le nucléaire, une énergie décarbonée et permettant de limiter les dépendances européennes.

 

 

15 décembre

 

La préoccupation de l’inflation est en cette fin d’année le souci majeur des gouvernements et des banques centrales. On connait les chiffres : + 6,8 % aux États-Unis, + 4,9 % dans la zone euro (allant de 7,1 % en Belgique à un peu plus de 3 % en France). Il y a là de quoi s’inquiéter, mais le pire n’est pas là : il est plus en amont au niveau des prix industriels pour lesquels les hausses sont de 10 à 15 % avec pour les demi-produits et bien sûr les matières premières des chiffres de 20 à 40 %. Pour l’instant, ces hausses sont contenues au stade de la consommation, mais elles sont déjà sensibles dans des domaines comme la construction. Un peu partout dans l’industrie en Europe, on parle certes de hausses des prix, mais surtout des pénuries. À la crise énergétique qui s’aggrave encore pour le gaz naturel et donc pour l’électricité en Europe, il faut bien sûr ajouter la crise logistique qui, faute d’approvisionnements, paralyse nombre de sites industriels. C’est là le cœur de l’épisode inflationniste que connaissent les pays avancés et qui n’a pas d’équivalent depuis presque un demi-siècle. Les tensions les plus fortes ne sont ni au stade des matières de base ni au niveau du consommateur final, mais au cœur des filières industrielles avec une forte érosion des marges de secteurs déjà fragiles. Inquiétant !

 

 

14 décembre

 

Au sein de l’Église catholique, le débat autour de ce que l’on appelle, du nom du président de la CIASE (Commission Indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), le rapport Sauvé se fait de plus en plus virulent.

C’est au lendemain de l’affaire Preynat à Lyon et de l’écho que lui donna le film « Grâce à Dieu » que l’Église catholique française s’est lancée dans un exercice inédit consistant à mesurer l’ampleur des actes de pédophilie depuis 1950, d’en entendre les victimes et d’en tirer les conclusions nécessaires. La Commission fut composée de membres issus d’horizons divers en lien avec la pédophilie, catholiques ou non, sous la houlette de l’ancien vice-président du Conseil d’État, Jean-Marc Sauvé.

Ses conclusions rendues publiques le 5 octobre ont fait l’effet d’un coup de tonnerre. Le public en a retenu un chiffre – 330 000 victimes présumées –, une exigence de réparations et des critiques, souvent assez dures, sur le fonctionnement de l’Église face à ces problèmes au long des décennies. Rapidement, des voix critiques se sont faites entendre, au sein de certaines institutions tant sur les méthodes que sur les conclusions et la polémique est remontée jusqu’à Rome où ce matin le pape François a reçu les dirigeants de l’épiscopat français.

Nul, bien sûr, ne nie l’ampleur du mal qui a profondément marqué les membres de la commission qui ont, chacun, auditionné des victimes qui, bien souvent, s’étaient jusque-là tenues silencieuses. Le chiffre avancé est l’objet de contestations d’autant plus virulentes qu’il est le résultat d’extrapolations réalisées à partir d’un sondage qui évalue d’ailleurs à plus de 5 millions le nombre de Français qui ont été victimes d’actes de pédophilie depuis 1950 que ce soit dans un contexte familial, sportif, amical, scolaire… Il s’agit là bien sûr d’un ordre de grandeur à manier avec précaution, le nombre de cas avérés et instruits étant beaucoup plus faible tant nombre de victimes – ou leur entourage familial – ont préféré se taire et essayer d’oublier. On doit aussi tenir compte du contexte de l’époque – des années cinquante aux années quatre-vingt – qui était beaucoup plus permissif, certains allant même jusqu’à souhaiter la décriminalisation de la pédophilie. La responsabilité de l’appareil ecclésial n’en reste pas moins entière et surtout son incapacité au fil du temps à traiter le mal à la racine.

Les critiques avancées, qui dans certains cas sont à la limite du déni portent tant sur la responsabilité de l’Église en tant qu’institution que sur les réformes souhaitables. Une partie – pas la plus représentative – du monde catholique s’est placée dans une position de rejet alors même que la Conférence des Évêques de France en a accepté les grandes lignes.

On peut certes regretter quelques maladresses de la CIASE qui n’a pas pris en compte la réalité de l’évolution récente du catholicisme français assez loin du progressisme qui domina au lendemain de Vatican II. On peut même critiquer certains chiffres, mais comment balayer d’un revers de la main, comme certains le souhaitent, pareil exercice de transparence dont nulle institution – publique ou privée – n’a été capable au niveau mondial. Ce rapport est aussi un immense acte d’espérance en la capacité des hommes et dans ce cas d’une institution, l’Église catholique, à mettre un terme à ce qui a brisé tant d’enfances et d’adolescences.

Il mérite en tout cas mieux que des polémiques stériles, que des arguties juridiques, que des replis sur le cléricalisme le plus borné. Il ouvre une porte. De grâce, ne la refermons pas.

 

 

11 décembre

 

Il y a vingt ans exactement, commençait le XXIe siècle ! Le 11 décembre 2001 ? Oui, car ce jour-là, la Chine est devenue membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Pour les historiens, la question du début et de la fin d’un siècle (en tant qu’époque historique) est toujours difficile à trancher. Le XXe siècle a commencé en août 1914 dans le fracas de la Première Guerre mondiale. Mais quand s’est-il terminé ? Certains avaient pensé à 1990 et à la chute du communisme faisant de ce court XXe siècle celui des idéologies. D’autres avaient proposé le 11 septembre (9/11) ou encore la crise de 2008.

Mais en réalité, c’est bien le 11 décembre 2001 qu’une nouvelle page s’est ouverte : avec son adhésion à l’OMC, la Chine entre – ou plutôt fait son retour – dans l’histoire du monde. Certes, le tournant économique chinois remonte à 1978 avec les réformes de Deng, « le petit timonier », mais pendant ses vingt premières années, la Chine n’avait occupé qu’un strapontin dans le concert des nations tant économique que politique. À partir de 2001, c’est une tout autre histoire : la croissance économique, mais surtout celle du commerce extérieur de la Chine devient prodigieuse et elle s’affirme aujourd’hui presque comme l’égale des États-Unis. Elle a su aussi profiter de l’ouverture offerte par l’OMC, tout en n’en respectant pas toujours les règles. Avec Xi Jinping, l’économie a aussi cédé le pas à la politique et même à une forme d’impérialisme. Le XXIe siècle sera chinois !

 

7 décembre

 

À côté des crises énergétiques et agricoles qui ont marqué 2021, une autre crise se poursuit et risque de s’étendre encore jusqu’en 2023. Il s’agit de la crise logistique au moins en ce qui concerne le trafic intercontinental des conteneurs. Non seulement les taux de fret n’ont pas baissé (tout au plus ont-ils plafonné) et continuent à être cinq à six fois plus élevés que durant la décennie précédente, mais la congestion des ports ne diminue guère, notamment en Asie et en Amérique du Nord, immobilisant des navires (400 à 500 porte-conteneurs sont en attente de place et de quai dans un port au niveau mondial) et les délais de livraison s’allongent souvent de plusieurs semaines.

Tout ceci va durer. Certes, les armateurs ont commandé des navires à ce qui reste dans le monde de chantiers navals, c’est-à-dire en Asie et surtout bien sûr en Chine. Mais il faut deux à trois ans pour construire un navire et la flotte mondiale n’augmentera guère en 2022 d’autant que les capacités portuaires resteront saturées.

Tout ceci, bien sûr, a un impact économique. Le FMI estime que la crise logistique a diminué en 2021, le commerce mondial de 4,5 %, la production industrielle de 3,5 % et le PIB de la planète de 1 %. On peut imaginer qu’il en sera presque de même en 2022.

 

Certes, il faut construire des ports et des navires, mais il faut aussi réfléchir un peu à cette mondialisation des chaînes de valeur devenue un vecteur de dépendance pour l’Europe.

 

5 décembre

 

La situation politique en France commence, bien légèrement à s’éclaircir même si la pléthore de candidats « sur le marché » pourrait faire penser que la France est plus proche d’une jeune démocratie du Tiers Monde que d’un pays politiquement adulte. Ce que l’on peut qualifier de « populisme de droite », avec ses trois candidats potentiels, représente un bon tiers de l’électorat français selon les sondages. La « Macronie », qui évolue autour d’un centre pour le moins fluctuant, pèse à peu près un quart de l’électorat. À gauche, le rose, le vert et le rouge ne parviennent pas à s’unir, ce qui au fond n’a rien d’étonnant. Mais tous ensemble (cinq à sept candidats potentiels) : ils ne comptent au plus qu’un quart de l’électorat. De ce panorama, il reste la droite classique qui vient, de manière relativement harmonieuse, de choisir un candidat unique en la personne de Valérie Pécresse. Celle-ci partage avec Emmanuel Macron un avantage incontestable : celui d’être le seul candidat d’un parti et même au-delà d’un courant de pensée. Il n’est pas certain que cela lui sera suffisant pour passer le « cut » du second tour et comme dans un tournoi de football organisé par poules, cela dépendra du match Le Pen/Zemmour. Un match nul entre les deux dispersant les voix populistes serait bien sûr l’idéal. Mais il y a quatre mois encore et tant d’imprévus possibles.

 

 

3 décembre

 

Jamais le monde n’a autant commercé ! D’après la CNUCED, les échanges mondiaux de biens et services devraient atteindre $ 28 000 milliards (28 trillions !) en 2021, une progression assez logique de 23 % sur 2020, mais aussi de 11 % sur 2019. Certes, les prix des matières premières ont augmenté, mais la croissance en volume est au rendez-vous même si elle est quelque peu freinée par les embarras logistiques et portuaires qui risquent de se prolonger encore en 2022.

Ce rebond des échanges mondiaux a de quoi surprendre tant la crise a mis en évidence les faiblesses provoquées par une mondialisation excessive des chaînes de valeur. La prise de conscience est une chose, mais le changement des flux et la relocalisation de certaines activités sont affaires plus complexes.

Mais tout ceci intervient en un moment où l’Organisation mondiale du commerce (OMC), longtemps citée en exemple parmi les organisations internationales, connaît un passage à vide illustré par l’annulation de sa réunion plénière qui devait avoir lieu ce week-end à Genève. Cela fait quatre ans que l’OMC n’a pas eu de « ministérielle ». Plus personne ne parle du cycle de Doha (entamé il y a exactement vingt ans). L’Organisme de règlement des différends est toujours paralysé par les États-Unis. Les litiges s’accumulent… Et pourtant plus que jamais, la mondialisation a besoin de règles du jeu.

 

 

1er décembre

 

Ce mois de novembre avait presque bien commencé malgré le froid qui, gagnant l’Europe, poussait les prix du gaz naturel – et donc de l’électricité – à des niveaux record. Les chiffres de croissance économique étaient plutôt bien orientés avec quand même quelques ratés au Japon, au Brésil (en récession !) et surtout en Chine où il fallait bien parler de stagnation. Mais enfin, la vie reprenait et la perspective des fêtes de Noël et/ou de fin d’année semblait prometteuse.

Et voilà donc que tout s’effondre et que l’Avent (pour les chrétiens…) se transforme en carême universel. C’est d’abord, en Europe, une « cinquième » vague touchant d’abord l’Autriche et l’Allemagne puis le reste des pays plutôt du nord vers le sud. Et puis, surtout, c’est l’apparition d’un nouveau variant, Omicron, sur lequel les laboratoires pharmaceutiques semblent se casser les dents. Résultat, un véritable « Black Friday » sur les marchés boursiers et pour nombre de matières premières à commencer par le pétrole qui perd $ 10 le baril en une seule journée. Que penser désormais des prévisions économiques publiées par les uns et les autres ? Omicron va-t-il tout balayer ? En ce début de décembre, l’incertitude est totale. Une chose est certaine, toutefois. 2022 sera encore une année marquée par la pandémie, moins violente peut-être qu’en 2020, mais d’autant plus persistante qu’une bonne partie de la population de la planète n’a toujours pas accès à la vaccination soit du fait de sa pauvreté (Afrique), de l’incompétence des politiques publiques (Brésil) et aussi des peurs et incompréhensions.

Dans ce contexte, l’autre mauvaise nouvelle c’est l’inflation, et de plus en plus l’inflation sous-jacente. Les cyniques pourront dire que c’est une manière élégante de gommer peu à peu les dettes accumulées – pour la bonne cause certes – ces deux dernières années. Mais les Banques centrales n’aiment pas ce genre de discours et il faut bien anticiper un resserrement de leurs politiques monétaires déjà pratiquement acquis aux États-Unis (ce qui a contribué à renforcer le dollar, au moins face à l’euro). Il est possible qu’Omicron provoque une pause dans ce retour à l’orthodoxie (dont le futur ministre des Finances allemand, issu du FDP, sera un avocat farouche). Bien entendu, l’une des causes de l’inflation et surtout de la hausse des prix industriels (qui un peu partout est de l’ordre de 10 à 13 % auxquels il faut ajouter l’augmentation des taux de fret et des délais logistiques) est quand même l’accumulation de crises qui ont marqué les marchés de commodités.

L’année 2021 a été faite de vagues qui ont successivement porté tel ou tel produit au plus haut avant que le ressac ne les fasse reculer. En cette fin d’année, les « vedettes » sont l’étain, le blé et le café tandis que le gaz naturel et le fret conteneurs restent soutenus. Par contre, il semble bien que les pics et sommets atteints par le minerai de fer, le maïs et le soja, l’aluminium, le pétrole et le vrac sec soient pour de multiples raisons derrière nous.

Trois « crises » en fait marquent cette fin d’automne. Il y a d’abord – et toujours – la crise logistique sur le marché des conteneurs tant en termes de prix que de délais liés à l’engorgement des ports. Cette crise devrait se prolonger fort avant 2022 et on en sait les conséquences sur les chaînes de valeur.

La crise énergétique – en Europe et en Asie – durera ce que durera l’hiver. « Grâce » à Omicron, le pétrole en est sorti, mais l’élément essentiel cette année est le gaz naturel dont la dimension géopolitique – avec les menaces russes sur l’Ukraine – aggrave encore les tensions. Les prix du gaz resteront tendus au moins jusqu’au printemps et avec eux donc, le marché spot de l’électricité en Europe : le 26 novembre, l’indice Nordpool a battu un record historique à € 228 le MWh.

Est-il exagéré de parler d’une crise agricole ? Les indices de CyclOpe tout comme ceux de la FAO sont au plus haut depuis 2011. Les tensions sont incontestables pour le blé (€ 300 la tonne à Paris, un record soutenu par la baisse de l’euro sur le dollar) et en particulier pour le blé « de force » : en de nombreux pays (Australie, Canada, France), la qualité n’est pas au rendez-vous malgré des tonnages élevés. Les récoltes de l’hémisphère sud s’annoncent en effet exceptionnelles et pour l’instant, les emblavements de l’hémisphère nord se déroulent correctement. Mais là aussi, il faudra surveiller le jeu russe et la tentation pour Poutine d’utiliser l’arme du blé à l’instar de celle du gaz. Mais la question essentielle, pour presque tous les produits agricoles, à l’exception quand même du café et du cacao, est celle qui concerne les importations chinoises : du maïs et du soja certes, mais quels tonnages de blé, mais aussi de viande porcine, de poudre de lait… ? La Chine détient maintenant – là aussi – la clef des marchés mondiaux.

Quant aux minerais et métaux, les tensions demeurent donc pour l’étain (qui a franchi la barre des $ 40 000 la tonne pour la première fois de l’histoire (le précédent record, de $ 33 000 était de 2011) qui profite de la demande pour les soudures dans l’électronique. L’ensemble des marchés des métaux « électriques » demeure soutenu à l’image du lithium, du cobalt, mais aussi du nickel. Mais c’est la situation de fer et de l’acier qu’il faut surveiller. Depuis ses sommets du mois d’août, le minerai de fer a perdu plus de la moitié de sa valeur et évolue désormais autour des $ 100 la tonne : l’offre est abondante et la demande chinoise plus hésitante.

Enfin, un secteur échappe à toute forme de morosité et affiche, en ces temps de doute sanitaire, des résultats presque « indécents » : c’est celui de l’art. Les ventes d’art contemporain à New York ont réalisé plus de $ 2 milliards en quelques soirées : Rothko, Giacometti, Van Gogh, Cézanne ont mené le bal. De cette crise, les riches et les puissants sortent presque indemnes.

L’art tout comme les métaux précieux demeurent des valeurs refuge en ces temps marqués aussi de nouvelles tensions géopolitiques attisées par toutes les dictatures (sous couvert plus ou moins démocratiques) qui, de l’Éthiopie à la Turquie ou à l’Iran, de Xi Jinping à Vladimir Poutine, se rapprochent dangereusement de points de tension de non-retour.

Il en est ainsi du monde en cette fin d’année : bien des incertitudes, bien des risques et des marchés qui en sont le fidèle reflet. Mais qui donc avait parlé de « la fin de l’histoire » ?

29 novembre

 

Omicron, que voilà un joli nom qui en plus enrichit notre connaissance de l’alphabet grec, au moins par son versant sanitaire. Mais voilà, ce mignon petit Omicron, sorti d’Afrique du Sud, qui sème la terreur sur un passage encore limité à l’Europe. On le dit beaucoup plus dangereux que son cousin Delta, allergique aux vaccins actuels et doté d’une capacité de reproduction rapide qui a pris de court le monde entier.

À la seule annonce de son existence, de sa propagation et de la relative impuissance des laboratoires pharmaceutiques, les bourses de la planète ont brutalement plongé, le pétrole a perdu $ 10 le baril et un vent de panique a commencé à souffler. Depuis quelques jours déjà, le retour du Covid était manifeste avec son cortège de confinements et de restrictions : l’Autriche, l’Allemagne faisaient la chasse aux non-vaccinés et en France on généralisait la troisième injection. Mais là, on change de dimension et Omicron sème la panique dans son sillage. À nouveau, les interdits pleuvent et la vie ralentit : les avions commencent à se vider et partout le « présentiel » à peine reconquis cède à nouveau la place au « distanciel ».

Il est bien trop tôt pour en mesurer l’impact économique, mais il faut savoir écouter les marchés. Omicron a taillé dans le vif de leur exubérance quelque peu irrationnelle, mais l’alerte est bien là. Le monde n’en a pas fini avec le Covid dont ce n’est pas encore la fin de l’histoire.

 

 

26 novembre

 

Être septuagénaire, c’est parfois aussi chercher le goût de quelques madeleines qui nous renvoient un instant en des temps oubliés. Aujourd’hui, en sortant d’un des théâtres des grands boulevards (qui ont perdu d’ailleurs bien de cette magie qui fut la leur au temps des « Enfants du Paradis »), nous sommes allés chez Chartier, au bouillon Chartier plus exactement.

À Paris, les « bouillons » étaient à la fin du XIXe siècle des restaurants populaires où les ouvriers pouvaient se restaurer de manière fort modique. La plupart ont disparu à moins que leurs propriétaires n’aient profité de leurs décors pour en faire des établissements plus haut de gamme. Dans les années soixante-dix, le Bouillon Chartier était l’un des survivants de cette époque et les étudiants et jeunes professionnels du quartier (l’hôtel Drouot en est très proche) s’y retrouvaient pour partager des repas qu’ils payaient une dizaine de francs. Dans ce cadre de la fin du XIXe dont rien ou presque n’avait changé, des serveurs en grand tablier nous régalaient de plats simples et solides.

Un demi-siècle plus tard, rien n’a changé. On fait toujours la queue (pas de réservations possibles) et la carte est presque est la même. Certes, les prix ont augmenté, les chiffres en francs passant aux euros, mais le ratio entre l’addition de Chartier et un ticket de « Resto U » n’a pas changé. On trouve du potage à un euro et du foie gras à sept euros. Le septuagénaire y a revisité, ému, ses souvenirs des harengs pommes à l’huile à la coupe Mont-Blanc. La salle était comble, bruyante, le service d’une extraordinaire rapidité tant il faut faire tourner les tables.

Rien n’a changé, si ce n’est les rêves qui étaient alors les nôtres lorsque sortant de Chartier pour aller au Quartier latin chez Maspero, nous courrions puisque « le vieux monde était derrière nous ».

 

 

24 novembre

 

Confrontés à la hausse des prix de l’essence à la pompe ($ 3,40 le gallon soit 60 % de plus en un an), les États-Unis ont décidé d’agir directement sur le marché du pétrole. La seule « arme » à leur disposition réside dans la disponibilité de leurs réserves stratégiques qui contiennent actuellement un peu plus de 600 millions de barils de pétrole (probablement les plus importantes de la planète, même si on ne connaît pas celles de la Chine). Joe Biden a donc décidé de libérer 50 millions de barils (mais 30 millions sont seulement un « prêt » que les compagnies de raffinage devront restituer en 2024). Mais les États-Unis ont entraîné d’autres consommateurs (Japon, Inde, Corée, Royaume-Uni) qui ont annoncé des prélèvements dans leurs réserves de près de 15 millions de barils. Enfin, la décision a été préparée avec la Chine dont on attend la position officielle. Au total, ce pourraient être près de 100 millions de barils supplémentaires qui arriveraient sur le marché dans les prochaines semaines : un peu moins d’une journée de consommation mondiale, mais sur deux ou trois mois, un gros million de barils/jour supplémentaire, ce qui accélèrerait le retour du marché du pétrole à une situation légèrement excédentaire.

Dans un premier temps, le marché a réagi à la… hausse ! C’est que la décision américaine avait déjà été anticipée et que maintenant la crainte est celle d’une remise en cause par l’OPEP+ de son programme d’augmentation de quotas (400 000 bj par mois). Le pétard américain étant un peu mouillé, on attend maintenant les artificiers chinois.

 

 

23 novembre

 

Le Parlement européen vient d’adopter la réforme de la Politique agricole commune avec un budget de 387 milliards d’euros pour les cinq années à venir. Peut-on encore parler d’une PAC ? Certainement pas si l’on songe à la PAC des origines, celle des années soixante qui administrait les prix de la plupart des produits agricoles. Ce temps-là est révolu et il n’en reste qu’une petite réserve de crise que la Commission ne sait même plus utiliser. La PAC est devenue une politique ruralo-environnementale dont les aides directes demeurent toutefois indispensables pour la survie de nombre d’exploitations agricoles.

Que retenir de ce millésime 2022/2027 ? Il y a d’une part un accent un peu plus marqué sur les conditionnalités environnementales : équilibré pour les uns, insuffisant pour les autres qui parlent de « green washing ». Si les dispositifs demeurent d’une redoutable complexité, la grande innovation est de laisser aux différents états une certaine latitude d’organisation avec des programmes nationaux, contrôlés toutefois – ex ante et ex post – par Bruxelles.

Mais en fait le vrai débat n’est plus là. L’Europe a en fait adopté la partie agricole de son « Green Deal » avec la stratégie « From Farm to Fork » (du champ à l’assiette) dont l’échéance (2030) est redoutablement rapprochée : 25 % d’agriculture bio, une baisse de 20 % de l’utilisation d’engrais, de 50 % de phytosanitaires et d’antibiotiques dans l’élevage. Ses conséquences en seront dramatiques d’après nombre d’études plus ou moins neutres (université de Kiel, de Wageningen et même USDA). Les productions diminueraient et dans nombre de secteurs l’Europe deviendrait importatrice et dépendante des marchés mondiaux. Il est bien loin le temps de la sécurité alimentaire et du pétrole vert !

 

22 novembre

 

On croyait en avoir fini et voilà le Covid qui, à nouveau, sonne à nos portes. C’est l’Europe du Nord, celle qui jusque-là donnait une image exemplaire du traitement et de la prévention de la pandémie, qui est la plus frappée : Autriche, Allemagne, Pays-Bas reprennent le chemin du couvre-feu et de confinements. En France, la « cinquième vague » est aussi à l’œuvre affectant, en priorité, les irréductibles de l’anti-vaccination, un curieux salmigondis regroupant catholiques plus ou moins intégristes, gilets jaunes et de manière de plus en plus violente populations ultramarines. C’est paradoxalement au moment où le Covid semblait presque jugulé que le parti des « anti-vax » a repris quelque vigueur.

On nage là dans l’irrationalité la plus totale tant le refus de la vaccination confine à l’absurde sauf à l’intégrer à des convictions religieuses fondamentalistes (comme les Témoins de Jéhovah qui refusent toute transfusion sanguine) qui restent quand même marginales et qui sont peu cohérentes puisque d’autres vaccinations sont acceptées en particulier dans la petite enfance.

Cette situation n’est pas propre à la France puisqu’un pays jusque-là cité en exemple comme l’Allemagne affiche un considérable retard de vaccination. Moins létale, la cinquième vague fait, en tout cas, son chemin et fragilise un peu plus une reprise économique qui était déjà fort timide outre-Rhin. La page du Covid n’est décidément pas tournée.

 

 

17 novembre

 

À qui a profité la crise ? Alors qu’un peu partout le débat fait rage autour de l’augmentation des inégalités favorisée par la pandémie et les politiques économiques mises en place pour la contenir, il ait un domaine où l’argent coule à flots sans retenue aucune : celui de l’art.

Les ventes de novembre à New York viennent de se terminer avec un bilan qui dépasse les $ 2 milliards chez Christie’s et Sotheby’s. Chez Sotheby’s, la collection Macklowe (un promoteur immobilier qui divorce) a réalisé près de $ 700 millions avec un Rothko à $ 82 millions et un Giacometti à $ 78 millions. La veille Christie’s avait vendu des Van Gogh (dont l’un à $ 71 millions), Cézanne et même un « jeune homme à la fenêtre » de Caillebotte à $ 55 millions ; sans oublier bien sûr Warhol, Basquiat et des « objets » plus difficiles à décrire, mais signés par quelques-unes des nouvelles signatures d’un monde de l’art avide de sensations fortes. Les acheteurs sont souvent asiatiques, mais aussi issus de ces « nouveaux riches » américains dont la fortune a explosé ces dernières années.

Au-delà des qualités intrinsèques – mais bien souvent discutables – des œuvres présentées (surtout dans le domaine contemporain), au-delà aussi de la dose de spéculation inhérente à la financiarisation du marché, le monde de l’art est bien le reflet de toutes les vanités, la porte d’entrée dans le monde des puissants. Les prix peuvent y être le reflet de la rareté et de la beauté, mais avant tout celui des égos de ceux pour qui les millions de dollars ne comptent guère.

 

 

15 novembre

 

€ 300 ! C’est le prix qu’a frôlé la tonne de blé sur le marché à terme de Paris. C’est le prix d’exportation européen, le « fob Rouen ». C’est aussi le prix le plus élevé depuis une douzaine d’années, la barre des € 300 ayant déjà été touché en 2008 au moment de la grande canicule en Russie. Cette hausse intervient alors que les prix du maïs et du soja sont en net repli du fait d’une excellente récolte américaine.

Pourtant, à regarder les chiffres de production et de consommation mondiale, le marché du blé semble à peu près équilibré : en léger excédent pour la campagne 2020/2021 (les campagnes commencent le 1er juillet) et en probable léger (aussi) déficit pour 2021/2022. On parle là d’une dizaine de millions de tonnes au plus pour une production mondiale estimée autour de 790 millions de tonnes. Et de plus, on s’attend à d’excellentes récoltes dans les semaines à venir dans l’hémisphère sud en particulier en Australie.

Le problème, en réalité, est celui des échanges mondiaux (190 à 200 mt). D’un côté, le premier exportateur mondial, la Russie, a mis en place un système de taxes à l’exportation et commence même à évoquer un système de quotas. Parmi les autres exportateurs, l’Europe souffre de problèmes de qualité et l’Amérique du Nord a été affectée par une véritable canicule. Du côté de la demande, la hausse des prix du pétrole et du gaz favorise les acheteurs traditionnels (Algérie, Nigeria…) et puis il y a surtout la Chine dont la réalité des besoins reste difficile à mesurer.

Voilà en tout cas, la Russie en position de force. Après l’arme du gaz, peut-être l’arme du blé !

 

 

12 novembre

 

Dans les années soixante-dix, les grandes réunions internationales attirant à la fois les gouvernements et ce que l’on appelle aujourd’hui la société civile portaient sur les questions de développement à l’image des conférences de la CNUCED. Par la suite, l’attention se concentra sur le commerce et ce furent les sommets de l’OMC qui attirèrent les foules et aussi déjà la contestation des « alter mondialistes ». Ce fut aussi le temps de Davos et de Porto Alegre. Tout ceci est bien oublié. Ce sont désormais les COP qui sont devenues les rendez-vous des activistes et manifestants de la planète. Au passage, l’idéologie a cédé la place au réalisme climatique. Pour le reste, c’est toujours le même scénario : à l’intérieur, les délégations nationales dont l’objectif majeur est de parvenir à une déclaration finale dont chaque terme est pesé de manière à pouvoir être interprété par chacun dans le sens qu’il souhaite ; dans les coulisses, les ONG désormais quasiment institutionnelles et composées de véritables professionnels à la fois du climat… et de la communication ; dehors, les militants plus radicalisés (à l’image de la chère Greta) soucieux de manifester… devant les caméras.

À Glasgow, la COP26 n’a pas dérogé à la règle. Chacun est venu faire son petit discours dégoulinant de guimauve, mais le résultat final est bien mince : peu de véritables engagements au-delà de ceux pris à Paris. Pour la première fois cependant, les énergies fossiles ont été montrées du doigt, ce qui n’empêchera pas la COP27 de se tenir à Charm el Cheikh (en Égypte, producteur de gaz naturel) et surtout pour la COP28 aux Émirats arabes unis, au cœur de ce golfe qui ne vit que du pétrole et du gaz. Le pardon du pêcheur a quand même quelques limites !

Sur le plan de l’aide aux pays les plus pauvres, la barre, fixée à $ 100 milliards par an à Paris, n’a toujours pas été franchie. Il est vrai que les pays riches ont d’autres soucis avec la pandémie.

C’est peut-être sur les mécanismes de marché des quotas carbone que les avancées techniques ont été les plus grandes. Mais on est bien loin d’un prix mondial dont le FMI fixait le niveau optimal à $ 75 la tonne. L’Europe y est, mais elle est bien seule.

Au total, on peut s’interroger de l’intérêt de ce grand barnum annuel. Faut-il d’ailleurs se réunir ainsi chaque année. Certes, notre planète ne peut attendre, mais à fixer ainsi des objectifs de négociation dont on est certain qu’ils ne seront pas atteints, ne risque-t-on pas de banaliser la démarche et d’encourager les mauvais élèves à ne rien faire ?

 

Mais pour une fois, il faut convenir que la petite Greta n’avait pas tort : les adultes ne sont vraiment pas sérieux !

 

 

11 novembre

 

En ce mémorial de l’Armistice de 1918, le mont Valérien accueille le dernier Compagnon de la Libération, ultime témoin de l’autre grand conflit du XXe siècle : deux affrontements majeurs, nés des rivalités européennes et qui sonnèrent le glas de l’Europe sur la scène mondiale.

Par la suite, le monde échappa de peu à un troisième conflit mondial au temps de la rivalité entre l’Occident et le monde communiste. L’affrontement eut lieu, mais sur des terrains secondaires, de la Corée au Vietnam ou à Cuba. Ce fut ensuite le tour de « guerres de religion » marquées par la résurgence de l’islam, mais aussi celle d’autres identités religieuses. Et aujourd’hui encore, le monde n’en a pas fini avec les guerres et les bruits de bottes que ce soit en Éthiopie et au Yémen, au Sahel ou aux confins de l’Inde et de la Chine. Et puis, ce sont ces réfugiés que le dictateur biélorusse lance sur la frontière polonaise, sans oublier les menaces chinoises sur Taïwan.

Le rêve universel de la paix entre les hommes est encore bien éloigné. Les idéologies qui ont tant fanatisé le XXe siècle se sont effacées même s’il en reste plus que des traces. Les religions les ont remplacées en partie dans leur folie destructrice. Les unes comme les autres justifient encore les pires dictatures contre lesquelles les peuples se rebellent en d’innombrables guerres civiles. L’Occident qui avait rêvé de « la fin de l’histoire » montre toute son impuissance quand il ne souffle pas sur les braises. Le temps des guerres n’est pas achevé…

 

 

9 novembre

 

C’était l’une des plus anciennes entreprises de la planète fondée à la fin du XIXe siècle au temps de la seconde révolution industrielle et de la « découverte » de l’électricité par Thomas Edison qui avait su capitaliser sur ses inventions (à la manière d’un Bill Gates ou d’un Steve Jobs un siècle plus tard).

General Electric avait connu la grande époque conglomérale du capitalisme américain de l’après-guerre, mais avait échappé au démantèlement dont furent victimes des entreprises comme ITT ou RJ Reynolds (la proie des « barbares » des fonds). Au contraire, même sous la houlette de son charismatique président de 1981 à 2008, Jack Welch, General Electric devint même la plus grande entreprise du monde ; leader dans nombre de secteurs industriels comme les appareils médicaux, l’énergie ou l’aéronautique sans oublier les services financiers et même les médias.

Les deux successeurs de Jack Welch ont affronté les vents contraires des crises financières, ont cherché – souvent à contretemps – de nouvelles voies, mais le « modèle » congloméral ne parvenait plus à se renouveler. Larry Culp, aux manettes depuis 2018, a donc décidé de l’éclatement en trois métiers, la santé, l’énergie et l’aéronautique. Le nom de General Electric ne survivra que pour les moteurs d’avion. Ainsi se terminent 130 années d’aventure industrielle.

Il en fut ainsi en France de la CGE dont aurait rêvé Ambroise Roux et dont quelques lambeaux avaient été rachetés par GE. Mais au même moment, d’autres conglomérats comme Amazon apparaissent…

 

 

5 novembre

 

Alors qu’en octobre, la FAO a enregistré les prix alimentaires les plus élevés depuis juillet 2011 (tirés en particulier par le blé, l’huile de palme et les produits laitiers), le Programme alimentaire mondial a annoncé que 45 millions de personnes dans le monde souffraient « d’insécurité alimentaire ». Derrière le caractère aseptisé de cette expression, il y a tout simplement la faim. Et malheureusement, la hausse des prix mondiaux n’en est pas responsable, ou sinon de manière marginale. Ces 45 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui meurent de faim le doivent à la folie des hommes, aux guerres civiles en Éthiopie, au Soudan, en Afghanistan, à l’incurie des gouvernements en Syrie et dans nombre de pays africains.

L’une des plus sérieuses et efficaces agence des Nations unies, le PAM estime à $ 7 milliards le coût de l’aide d’urgence nécessaire pour nourrir ces malheureux. La somme paraît si dérisoire à l’aune des capitalisations boursières et des fortunes mesurées en milliards de dollars que le patron du PAM, un Américain venant des milieux républicains, a interpellé les riches de la planète. Elon Musk qui s’interroge sur la vente possible de 10 % de ses actions de Tesla (ce qui représenterait plus de $ 20 milliards) a balayé cette supplique d’un geste de la main. On lui demandait seulement quelques « miettes tombant de la table des riches ». Il préfère garder la tête dans les étoiles que de se pencher sur cette faim qui tue plus sûrement encore que le Covid.

 

 

4 novembre

 

Alors qu’Angela Merkel fait sa tournée d’adieu, il est à peu près certain que c’est Olaf Scholz, à la tête d’une coalition, dont les Allemands ont le secret, alliant SPD, Verts et libéraux du FDP, qui va lui succéder. Mais pour beaucoup d’observateurs, bien au-delà de la seule Allemagne, la vraie question est de savoir qui va succéder à Olaf Scholz comme ministre des Finances. En cette période d’atterrissage post-pandémie des finances publiques, le choix est presque cornélien. Le favori serait le leader du FDP, Christian Lindner. Celui-ci est un libéral à l’allemande, partisan des équilibres des finances publiques et du zéro-déficit. Avec lui, ce serait un retour à l’orthodoxie budgétaire, aux antipodes du « quoiqu’il en coûte » à la française. La perspective de l’arrivée de Lindner aux Finances a déclenché une réaction indignée outre-Atlantique avec une tribune – publiée dans Die Zeit – de Joseph Stiglitz et Adam Tooze, deux professeurs à Columbia, le second étant un spécialiste reconnu de l’histoire économique allemande depuis les années vingt : ils estiment que ni l’Allemagne ni l’Europe ne peuvent s’offrir le luxe d’un retour à des politiques « antediluviennes ». Et dans une conclusion bien digne d’un Stiglitz, porté aux nues en France par la gauche et les Verts, ils estiment que le poste des Finances doit aller à un Vert. L’idée n’est peut-être pas là absurde tant les verts allemands ont su par le passé faire preuve de réalisme, tant l’Allemagne est aussi en retard paradoxalement sur le front du climat.

 

 

3 novembre

 

Il était une fois un petit pays que les hasards de la géographie avaient placé aux confins de l’empire soviétique et des Balkans. Il connut la domination ottomane, russe, soviétique et par moments bulgare et roumaine. Au moment de l’éclatement de l’URSS, la présence d’une armée russe empêcha la Moldavie de rejoindre le mouvement qui permit aux pays baltes et plus tard à ceux des Balkans d’adhérer à l’Union européenne, ce qui reste un rêve pour les Moldaves ; un rêve partagé par la majorité de la population qui a porté au pouvoir aux élections tenues en juillet dernier un gouvernement solidement pro-européen. Moscou ne voit bien entendu pas cela d’un très bon œil et profite maintenant des circonstances pour utiliser l’arme du gaz.

Gazprom serait prêt à fournir du gaz à la Moldavie à des conditions favorables, mais en échange, la Moldavie devrait abandonner son accord de libre-échange avec l’Union européenne, renoncer aux réformes, négociées avec Bruxelles, de son secteur énergétique (Moldovagaz, filiale de Gazprom, est en situation monopolistique) et au contraire se rapprocher de l’Union économique eurasienne dominée par Moscou. À la différence de la Hongrie et de la Bulgarie, elles aussi concernées par la diplomatie du gaz, la Moldavie est bien isolée, en butte déjà au soutien que la Russie apporte à sa minorité russophone de Transnistrie.

L’Europe devrait bien sûr venir au secours des Moldaves, mais il est peu probable qu’elle réagisse autrement que par des déclarations solennelles. Mourir pour Chisinau, personne n’y pense vraiment à Bruxelles.

 

 

1er novembre

 

À Glasgow s’ouvre – enfin – la COP26. Enfin, car en réalité, il faut remonter à la COP24 de 2018 pour avoir tenu ces grandes assises du climat. Entre-temps, la pandémie est passée par là : on a moins pollué en 2020 (mais on se rattrape déjà en 2021…), mais cette période exceptionnelle a été surtout marquée par une forte prise de conscience environnementale de la planète, par une volonté de tendre vers une sorte de « mondialisation heureuse » allant bien au-delà des activistes verdâtres qui convergent aujourd’hui sur Glasgow.

Pour l’instant, l’affaire est plutôt mal partie : à Rome, le G20 a accouché d’une souris. La Chine et la Russie traînent des pieds et la somme des engagements risque – in fine – de ne pas faire le compte. La seule mesure dont l’efficacité serait certaine, la fixation d’un prix minimum du carbone à l’échelle de la planète ($ 50 la tonne au moins), ne sera probablement même pas discutée.

La COP26 s’ouvre le jour de la Toussaint. En cette fête (qui n’a rien à voir avec les sorcières américaines d’Halloween), la liturgie catholique offre un des plus beaux textes des Évangiles, celui des Béatitudes : « Heureux, les cœurs purs, Heureux les miséricordieux… Heureux les artisans de paix… » Heureux ceux qui s’engageront enfin pour la planète. 

28 octobre

 

Alors que Microsoft a repris la tête à Apple dans la course à la plus forte valorisation boursière de la planète, un autre chiffre interpelle : les $ 1 000 milliards de valorisation atteints par Tesla. Au passage, Elon Musk, le fondateur de Tesla est solidement installé au premier rang des fortunes mondiales avec $ 289 milliards (en parti virtuels certes, mais quand même…).

Tesla a donc une valeur supérieure à tous les constructeurs automobiles de la planète cumulés et cela avec seulement 1,2 % de la production mondiale ! Incontestablement, le pari du tout électrique de Tesla a réussi. Personne n’eût imaginé qu’il serait possible en ne partant de rien de mettre en œuvre une chaîne automobile capable de sortir des véhicules de série qui occupent désormais les premières places des chiffres de vente en Europe. On peut ne pas apprécier l’ego du personnage, mais on doit lui reconnaître un génie d’organisation remarquable ainsi que sa capacité à utiliser à son profit les aspirations de la société post-covid ainsi que les aides publiques en faveur des véhicules électriques. Sa mégalomanie le pousse vers d’autres aventures, comme Space X, pour l’instant plutôt réussies.

Musk est au fond une sorte de héros schumpétérien lancé dans une course en avant à laquelle il ne donne aucune limite sinon celle de sa propre folie. A côté de lui, Mark Zukerbergh (qui sombre maintenant dans le « meta ») reste un doux adolescent rêveur. « Quo non ascendam », jusqu’où ne monterai-je pas ? Telle pourrait être sa devise… avant la chute ?

 

 

27 octobre

 

L’Europe brinquebale de toute part et a rarement paru aussi vulnérable. Au sein du bloc des eurosceptiques de l’Est, si Viktor Orban continue son petit bonhomme de chemin et a réussi à faire du « pèlerinage de Budapest » un point de passage obligé des nationalistes européens de tout poil, c’est maintenant la Pologne qui joue ouvertement avec la menace d’un « Polexit » par son refus de donner à la jurisprudence européenne la précédence sur les lois polonaises. Mais les Polonais posent – mal et de manière outrancière dans un climat politique local délétère – une vraie question à laquelle les institutions européennes sont incapables de répondre. Que voulons-nous faire de l’Europe ? Le sens de l’histoire est celui d’un état fédéral. La réalité politique est celle d’États-nations. Entre les deux, il n’y a personne pour porter une vision. Sans les accabler, les personnages à la tête des institutions européennes sont bien falots. On leur donne par courtoisie un strapontin au G20, mais ils ne font guère illusion tout comme d’ailleurs la plupart des membres du Parlement européen, pour la plupart seconds couteaux de leur scène politique nationale.

 

Et bien sûr, face aux agressions extérieures que ce soit des Britanniques sur la pêche, ou des Russes sur le gaz, c’est le chacun pour soi qui redevient la règle. Triste Europe.

 

 

25 octobre

 

Après l’essence, voici la baguette ! La polémique sur le prix des carburants était à peine éteinte avec le « chèque de Noël » que les boulangers, arguant de la hausse des prix du blé, parlent d’augmenter de 5, voire de 10 centimes, le prix de notre chère (au propre et au figuré) baguette.

Certes, le prix du blé a fortement augmenté : il cote à Rouen € 270 la tonne contre € 200 il y a un an et € 175 à l’automne 2019. Mais dans l’histoire récente, il y a eu des prix plus hauts (€ 300) et d’autres bien plus bas (€ 160) pour des coûts globaux de production estimés entre € 170 et € 190. Depuis 2006, le marché européen du blé fluctue librement comme une des composantes du prix mondial.

Tension donc et hausse de 30 % du prix du blé. Mais le blé ne représente que 6,5 % du prix de la baguette : en 2020, la baguette « moyenne » coûtait 88,5 centimes d’après les données de l’INSEE. La part du blé était de 5,5 centimes et la hausse actuelle ne représente donc – au plus – qu’un coût supplémentaire de 1,65 centime. On est loin des hausses annoncées surtout que celles-ci, dans la tradition boulangère, ne seront pas compensées lorsque le prix du blé baissera. Que les coûts de production de la boulangerie augmentent, c’est probable du fait en particulier de l’énergie. Que l’équilibre de certains magasins (ou chaînes de franchisés) qui font plutôt de la néo-restauration, soit précaire, certes, mais profiter de la hausse du blé pour ajouter une dose à l’anxiété inflationniste des Français, c’est malhonnête !

 

 

22 octobre

 

70 ans ! Qu’il soit permis à l’auteur de ces lignes un petit moment d’émotion au moment où il franchit cette barrière et intègre le cercle – de plus en plus étoffé – des septuagénaires.

Mesuré à l’aune longue de l’histoire, 70 ans est un bel âge qui fut longtemps celui de la vieillesse, de l’hiver. C’est aujourd’hui à peine l’automne, même si les conversations à ces âges portent aussi sur les maladies, et notamment les plus pernicieuses de Parkinson à Alzheimer. Mais pour la grande majorité, c’est un âge heureux, délivré – enfin – du travail, une époque de loisirs et, pour ceux qui le peuvent, d’autres engagements à commencer par ceux auprès des petits-enfants qui arrivent désormais plus tard dans la vie.

Chaque année, un quotidien économique publie quelques noms du « club » du 22 octobre. Notre doyen, le dramaturge et poète René de Obadia tient bon à 103 ans. Je me trouve maintenant le troisième plus âgé après Catherine Deneuve (78 ans…, mais on ne devrait pas le dire). C’est que les plus anciens disparaissent avec leur carte de visite ! Des petits nouveaux apparaissent : une footballeuse (35 ans), un milliardaire saoudien (33 ans), une secrétaire d’État (45 ans)…, curieusement un seul « start-upper ».

Un jour aussi mon nom disparaîtra d’abord de la scène puis de la vie. Mais à 70 ans, il y a encore tant de mondes à rêver, tant de mains à saisir…

 

 

21 octobre

 

Le gouvernement a donc tranché face à la crise de l’énergie en général et des carburants en particulier. Il a fait le choix d’un curieux cadeau de Noël : un chèque de 100 euros pour tous les Français gagnant moins de 2 000 euros nets par mois. L’addition va donc se monter à 3,8 milliards d’euros compensés quand même par un gain d’un milliard d’euros sur la TVA des carburants.

La bonne nouvelle est que le gouvernement n’a pas cédé à la tentation de réduire la fiscalité sur les carburants. Les sommes qui auraient été englouties (€ 500 millions par centime à la pompe) pouvaient être balayées par la première hausse du pétrole venue.

Le choix est donc celui d’une aide au revenu : un chèque. Et pour éviter complications et retards, la seule conditionnalité est donc celle du revenu mensuel individuel. Les salariés auront leur cadeau pour Noël, les fonctionnaires et les retraités en janvier. On sent bien que le gouvernement a fait le choix de la simplicité, mais aussi d’une certaine universalité, les classes moyennes plus que les gilets jaunes avec un œil aussi sur les échéances électorales.

Il fallait, dit-on, répondre aux angoisses des Français en matière de pouvoir d’achat. Mais en réalité, celui-ci a augmenté en 2021 (+ 1,9 % d’après l’INSEE) même si ce n’est pas là la perception qu’en ont les Français. C’est donc un sentiment qu’il fallait soigner en cette veille des vacances de la Toussaint. Le choix du saupoudrage n’a guère de sens économique et il n’est même pas sûr que les dividendes politiques en soient durables.

Il eût été plus courageux d’expliquer aux Français qu’après avoir tenu la France hors de l’eau pendant la pandémie, l’État devait se concentrer vers les vrais besoins de ceux qui souffrent de cette crise de l’énergie. Courageux, mais guère politique…

 

 

20 octobre

 

La Chine commencerait-elle à vaciller de son piédestal ? Les derniers chiffres publiés peuvent en tout cas inquiéter. Au troisième trimestre, la croissance en rythme annuel n’a été que de 4,9 % et en fait avec seulement + 0,2 % par rapport au deuxième trimestre, on peut estimer que pour la première fois depuis 2009, la Chine fait du surplace, ce que corroborent les indicateurs avancés (PMI) à notre disposition. C’est là le résultat de la crise sanitaire certes, des problèmes logistiques et surtout d’une crise énergétique que les autorités peinent à maîtriser. Ainsi, le prix du charbon s’est littéralement envolé et la puissante Commission du Plan a dû intervenir pour calmer la spéculation. Mais nombre d’usines ont dû réduire leur production faute de disponibilités électriques. Et puis, l’affaire Evergrande commence à faire tache d’huile et c’est tout le secteur de l’immobilier et du bâtiment qui commence à en pâtir.

Xi Jinping est confronté à sa première crise économique majeure. La Chine, à l’origine de la pandémie, avait bien négocié le passage à vide de 2020 et son rebond dès l’été avait pu faire illusion. Le retour sur Terre n’en est que plus douloureux. Les autorités ont certes encore les moyens de continuer à balayer la poussière sous les tapis et d’amuser leurs galeries en tenant des discours de plus en plus nationalistes notamment vis-à-vis de Taïwan. Mais les faiblesses sont réelles et cet éternuement chinois ne peut qu’inquiéter le reste de la planète.

 

 

18 octobre

 

Il ait un vilain mot qui fait depuis quelques semaines son chemin dans les esprits, celui de stagflation, qui renvoie les plus anciens presque un demi-siècle en arrière. Ce fut en effet l’issue de la crise des années soixante-dix : une diminution par deux de la croissance potentielle du monde occidental (1 à 2 %) et un choc inflationniste déclenché par la hausse des prix du pétrole, mais qui, en réalité, couvait sous la cendre depuis les années soixante. Le monde occidental mit au moins une décennie à s’en sortir grâce à la révolution industrielle et technologique de la fin du siècle.

Et nous revoilà dans une situation un peu identique. Passée l’euphorie du rattrapage post-pandémie, le retour sur terre se fait plus rapide que prévu de la Chine à l’Allemagne. Poussée par le prix des matières premières, l’inflation mondiale atteint les 6 % : en Chine, l’indice des prix à la production a bondi de 10,9 % en septembre ; aux États-Unis, l’inflation est de 5,4 %. Ajoutons à cela qu’avec des taux d’intérêt réels faibles, voire négatifs pour les meilleures signatures, les taux d’intérêt sont dans le rouge à des niveaux oubliés depuis des décennies. Parallèlement, les actifs (valeurs mobilières, immobilier) ne cessent de battre de nouveaux records, ce qui est au fond assez logique.

Dans les années quatre-vingt, c’est un choc d’offre, celui des nouvelles technologies et de la mondialisation des chaînes de valeur qui avait permis de sortir de cette mortifère stagflation. Il en sera peut-être de même aujourd’hui avec la transition environnementale : c’est un espoir que ne partagent pas ceux qui parlent de décroissance dont la stagflation serait au fond l’antichambre.

 

 

15 octobre

 

Noël approche et alors que l’on espère que les ménages vont délier les cordons de leur bourse et relancer un peu la consommation, c’est l’angoisse : les rayons ne vont-ils pas rester vides et manquer de tous les produits « made in Asia » qui d’habitude emplissent nos souliers ! Même les libraires s’inquiètent de ne pas être livrés de ces livres cartonnés « made in china » qui font la joie de nos enfants. Jamais en effet les congestions maritimes n’ont été aussi fortes, ceci se traduisant en termes de délais et de coûts. Pour transporter un conteneur de 40 pieds d’Asie vers l’Europe, il faut compter au moins $ 10 000 là où il en coûtait $ 1 500 il y a deux ans. Et au fil des saturations de ports engorgés, les délais ne cessent de s’allonger. La chaîne du commerce international est au bord de la paralysie avec des files de navires attendant d’être déchargés, limitant un peu plus les capacités maritimes et empêchant une rotation fluide des conteneurs pleins ou vides. Les raisons en sont simples à comprendre : des prix longtemps déprimés qui ont limité l’effort d’investissements tant en termes de navires que de capacités portuaires ; l’impact du Covid qui a empêché la rotation des équipages et qui entraîne encore la fermeture partielle de certains ports en Asie ; et puis l’augmentation de la demande liée à la reprise de la consommation en Amérique du Nord et en Europe. Et il est inutile d’espérer quelque retour à la « normale » que ce soit avant le milieu de 2022 au plus tôt. Bien entendu, cette crise renforce les arguments de ceux qui espèrent un véritable mouvement de réindustrialisation. Malheureusement, il faut plus de temps pour bâtir une usine que pour construire un navire. Mais au moins, l’avertissement est-il là.

 

 

13 octobre

 

Voilà donc le pétrole tiré à la hausse par les folies du gaz naturel. Le baril de Brent est maintenant solidement ancré au-dessus des $ 80 et avec lui ce sont les prix à la pompe qui flambent.

À six mois des élections présidentielles, on s’en émeut bien sûr d’autant plus que l’on se souvient – dans les allées du pouvoir – que les gilets jaunes furent les enfants des hausses de prix sur le diesel.

Reprenons justement le prix du diesel, € 1,54 le litre actuellement, un peu moins dans la grande distribution, beaucoup plus sur les autoroutes. Sur ce prix moyen, 84 centimes sont des taxes et le reste se partage entre le prix de marché du diesel sur le marché physique à Rotterdam et des frais de distribution particulièrement limés dans la grande distribution qui fait du carburant un produit d’appel pour ses magasins. La seule marge de manœuvre du gouvernement sur les prix porte sur les taxes : 59 centimes de TICPE et 25 centimes pour la TVA, dont 13 centimes de TVA sur la TICPE, une taxe sur la taxe, ce qui est quand même un peu vicieux ! Mais toucher à cette fiscalité a un coût : € 500 millions par centime de prix à la pompe ! Et tout cadeau peut être balayé en quelques jours par la poursuite éventuelle de la hausse du prix du baril.

Alors, comme il faut agir, on pense à des « chèques carburants » pour les plus nécessiteux sans mésestimer la complexité du mécanisme et le temps nécessaire pour le mettre en œuvre. À tout prendre, on pourrait préférer des « tickets carburants » analogues aux tickets restaurant, mais impliquant les entreprises. Le sujet est sur la table… mais la table bouge !

 

 

10 octobre

 

En France, la réaction des catholiques à la publication du rapport de la « commission Sauvé » sur la pédophilie dans l’Église est pour le moins mitigée. Une partie non négligeable des pratiquants, souvent issue des milieux les plus conservateurs adopte en effet une position critique, parfois même à la limite du déni. Ils estiment les chiffres produits grossièrement surévalués, minimisent le nombre de prêtres concernés, s’enferment dans l’aveuglement de leurs certitudes et font cercle autour des quelques dernières soutanes. Le trait est un peu forcé, mais il illustre un peu plus la véritable cassure à l’œuvre parmi ce qu’il reste de catholiques en France.

Heureusement, à l’inverse, le rapport a déclenché pour d’autres la volonté d’un véritable aggiornamento, allant bien au-delà des seuls problèmes de pédophilie, mais dans le sillage de l’une des lignes de force du pontificat de François qui a fait de la lutte contre la « cléricature » son obsession majeure. Un peu partout, des synodes vont associer les laïcs – hommes et femmes – pour penser ce que devrait être l’Église demain. Les plus radicaux ont réclamé la démission de l’ensemble des évêques, certains estimant que face à la faillite (financière) annoncée le « management » doit changer. Cela n’aurait guère de sens même si l’on peut souhaiter l’ouverture des « comex » (comité exécutif) et une plus grande transversalité. Au fond, ni déni ni révolution, mais une nécessaire remise à plat.

 

 

8 octobre

 

La semaine, qui vient de s’écouler, a été historique pour le marché du gaz naturel en Europe. Sur le marché désormais de référence, le TTF néerlandais, les prix ont fait preuve d’une extraordinaire volatilité : le 6 octobre, dans la matinée, ils sont passés de € 130 à € 160 le MWh avant de terminer la journée à € 110 après quelques paroles apaisantes du président Poutine. Mais, il y a un an, on était à moins de € 10 et les prix actuels ramenés en équivalent baril de pétrole sont supérieurs à $ 200, le double du prix d’un pétrole, lui-même aspiré par cette flambée du gaz naturel.

Bien sûr, il s’agit là d’un marché « papier », mais la plupart des contrats physiques sont indexés sur des moyennes de prix spot. Et puis, les tensions sont à peu près identiques en Asie, le marché du gaz naturel liquéfié étant lui aussi sous pression et en plus les taux de fret des méthaniers se sont envolés.

La Russie bien sûr, joue sur du velours : Poutine peut se montrer compréhensif. Gazprom ouvrira ses robinets, mais en passant par Nordstream II (à charge pour le régulateur allemand d’accélérer les procédures de certification) ou par les Balkans en évitant la Pologne et surtout l’Ukraine. Ce gaz, il faudra le payer en espèces, mais aussi en concessions politiques. La Russie est d’ailleurs déjà à la manœuvre avec la Hongrie et la Bulgarie.

Car en aval, c’est certes l’électricité et le chauffage des ménages qui sont concernés, mais aussi la chimie, les engrais surtout avec le triplement du prix des engrais azotés, cela au moment même où les agriculteurs doivent les acheter.

À court terme, il n’y a malheureusement rien à faire, sinon espérer que l’hiver ne soit pas trop rigoureux et que l’on puisse « passer » avec les stocks actuels et un minimum de casse chez les distributeurs d’énergie qui, appâtés par la dérégulation, se sont lancés souvent de manière fort légère dans cette activité. Au Royaume-Uni, par exemple, l’hécatombe promet d’être sévère.

Au-delà, deux réflexions s’imposent : la première rejoint les préoccupations du ministre français de l’Économie. Il faut encadrer à nouveau le marché européen de l’électricité, en faire ce qui aurait dû rester sur le modèle français, un service public (et l’exemple des chaos américains au Texas ou en Californie aurait dû être analysé). L’électricité est un produit trop complexe pour être un bien de marché (et c’est un économiste libéral qui parle…). Les prix du dernier kWh peuvent satisfaire la théorie économique, mais ils se heurtent à la logique et même à la justice.

Ceci étant, il faut reconnaître au gaz naturel qu’il va jouer un rôle crucial d’énergie de transition dans les décennies à venir. Le charbon peut faire illusion – même avec les prix actuels du carbone – mais convenons que c’est là une aberration et que l’Allemagne utilise le charbon – et pire encore la lignite – comme première source de production d’électricité dépasse l’entendement. Le charbon doit disparaître et le gaz restera déterminant. Or, l’Europe n’en produit plus et les rêves sur les gaz de schiste – au-delà des polémiques – ne se sont pas concrétisés. Pour son gaz, l’Europe dépendra donc de voisins (Russie, Algérie) qui lui feront payer cher sa dépendance. La fermeté actuelle du ton algérien face à Paris et Madrid est quelque peu indexée sur le prix du gaz naturel ! On peut et on devra certes importer plus de GNL, mais là, le prix est mondial, lui aussi d’une extraordinaire instabilité : de $ 2 à $ 40 le million de Btu sur une année !

Le gaz naturel sera donc une pilule un peu amère à avaler pour des Européens qui se sont précipités dans ce piège à l’issue d’une transition énergétique pavée de bons sentiments et d’aveuglements écolo-idéologiques. Il faudra aussi en tirer les leçons. Les énergies renouvelables de première génération sont par essence intermittentes et le tout solaire ou éolien est une absurdité. Il faut aller par contre plus loin sur la deuxième génération, celle de la biomasse et de l’hydrogène. Enfin, et cela concerne particulièrement la France, il faut admettre que le nucléaire est un atout non carboné et non pas une malédiction. L’  «alliance nucléair e» que la France vient de constituer avec neuf pays d’Europe de l’Est et du Nord va dans le bon sens.

Au fond, cette crise du gaz peut être salutaire en nous rappelant que l’énergie est un enjeu trop important dans ses dimensions climatiques, économiques et géopolitiques pour le laisser à l’arbitraire des seules forces du marché et encore moins à celui des idéologies de la décroissance, fût-elle verte.

 

 

6 octobre

 

On avait beau s’y attendre et penser que les affaires apparues ces dernières années tant pour les enfants que pour les adultes n’étaient que la partie émergée des turpitudes sexuelles de l’Église catholique, le rapport de la Commission Sauvé est un choc : plus de 300 000 victimes et des milliers de prédateurs, la plupart demeurés impunis couverts par une hiérarchie mélangeant déni et secret de la confession.

Longtemps, l’Église catholique fut en France une institution de référence, la gardienne envers et contre tout d’un ordre moral fondé sur des valeurs qui étaient encore celles de la société française. Renforcées par l’élan du concile Vatican II, ses institutions caritatives jouent encore un rôle essentiel au côté de l’État-providence. Même dans une France déchristianisée qui continue à enterrer religieusement ses aînés, mais qui ne baptise plus ni ne catéchise guère, elle conservait encore une certaine autorité.

Longtemps aussi, elle préféra garder le silence sur les déviances d’une partie de ses pasteurs. Des scandales à répétition, dans les paroisses, mais aussi au sein des communautés nouvelles, ont obligé à un effort de transparence dont il faut saluer la radicalité. Le travail qui vient d’être publié est à la fois exemplaire et unique par la capacité de ses commettants à ouvrir ainsi le plus profond de leurs vies. Le résultat en est bouleversant et chacun en tirera les conclusions qu’il souhaitera. D’innombrables questions se posent quant au célibat des prêtres, à l’ordination des femmes, à la vie pastorale, à la place même des laïcs dans une église gangrénée par le cléricalisme (une des préoccupations majeures du pape François).

Au-delà des réparations matérielles et des problèmes économiques pour une église de France, certes riche en biens (souvent difficiles à réaliser), mais pauvre en moyens, le risque est immense de voir le catholicisme un peu plus marginalisé dans une société française qui perdrait là une de ses racines majeures.

Plus de la moitié des Français se disent aujourd’hui sans religion et les autres ne pratiquent plus guère. Longtemps, la laïcité à la française s’est définie contre l’emprise du catholicisme. Ce temps est bien révolu et voilà l’Église catholique touchée au plus profond de ses entrailles. Elle a eu cependant assez d’énergie pour se livrer à cet exercice qui peut être salvateur : reconnaître publiquement ses fautes, faire pénitence, couper aussi les branches mortes. Rien ne pourra pardonner tant de vies sacrifiées, mais au moins la lumière est là. Peu d’institutions en ont eu, répétons-le, le courage.

C’est ce courage qu’il faudra encore pour reconstruire et surtout pour ne pas se replier, comme certains le voudraient, sur des rites et des traditions d’un autre âge. D’un pareil choc, il peut aussi venir une étincelle d’espérance.

 

 

4 octobre

 

Quelle rentrée en fanfare ! Rarement, les tensions sur les marchés auront été aussi fortes à la hausse, mais aussi à la baisse. En Europe, c’est bien sûr la crise énergétique qui fait la une avec le gaz naturel dans le rôle-titre, entraînant dans son sillage le charbon et dans une moindre mesure le pétrole et, en bout de chaîne l’électricité. Mais la crise énergétique est aussi chinoise et le gaz naturel liquéfié est proche des $ 200 l’équivalent baril de pétrole. Soudain, la transition énergétique prend une nouvelle dimension : les énergies renouvelables de première génération sont par nature intermittentes et celles de l’avenir (biomasse, hydrogène) sont encore lointaines. Entre-temps, il faut bien assurer les pics de consommation avec du gaz, ou pire même, du charbon. Quant au nucléaire, il fait l’objet d’un anathème politique nourri du populisme écologique.

Peu à peu donc « l’arme du gaz » remplace celle bien émoussée du pétrole. La Russie est à la manœuvre pour maintenir l’Europe sous allégeance, mais l’Algérie a la même attitude vis-à-vis du Maroc et de l’Espagne.

 

 

2 octobre

 

Avec le décès de Bernard Tapie, c’est un morceau de la « petite » histoire de France qui disparaît. Il y avait en effet chez lui du Robin des bois (voler les riches pour donner aux pauvres… des rêves) et de l’Arsène Lupin prêt à tous les déguisements de chanteur à chef d’entreprise, de ministre à comédien, de plaideur à pensionnaire des Baumettes. On lui doit quelques grands moments comme la mesure du temps de trajet entre Paris et Valenciennes ou les coulisses de l’arbitrage sur la vente d’Adidas. On a oublié qu’à la tête d’une liste aux Européennes, il fit un score remarquable (comparable à celui d’Éric Zemmour dans les sondages aujourd’hui) et contribua à déstabiliser Michel Rocard. En ce jour où se court Paris/Roubaix, on a oublié aussi le temps de son équipe cycliste avec Bernard Hinault et Laurent Fignon. Que garder au fond de Bernard Tapie : certainement pas la carrière d’un homme d’affaires qui n’a su que faire des coups, qui n’a tenu aucune de ses promesses et qui a été incapable de laisser sa marque à une entreprise. Il n’a rien créé et de ce qu’il a repris tout – ou presque – est parti en fumée.

Non, c’est l’homme des dernières années qu’il faut admirer : celui qui se battait contre le cancer, qui voyait la vie filer entre ses doigts et qui ne regrettait rien, si ce n’est peut-être d’avoir été souvent le jouet de manipulations politiques qui le dépassaient.

 

 

1er octobre

 

C’est donc la fin d’une époque en Allemagne et les Allemands ont tellement de mal à imagier leurs pays sans Angela Merkel qu’ils ont éparpillé leurs votes en un paysage politique qui ressemble à celui de la France : les deux partis historiques qui ont alterné à la tête de l’Allemagne depuis 1945 ne pèsent plus chacun qu’un quart de l’électorat ; les Verts, les libéraux du FDP et puis les deux extrêmes, l’Afd et Die Linke se partagent l’autre moitié de l’électorat.

À la différence de la France, on sait discuter en Allemagne et négocier des coalitions. Cela va prendre du temps, mais en attendant Angela Merkel reste aux manettes. « Mutti » continue à veiller sur les siens.

 

Quel bilan faire du « règne » d’Angela Merkel ? Sur le plan économique, il est excellent, mais en fait le gros des grandes réformes avait été réalisé par son prédécesseur Gerhard Schröder. C’est lui qui avait fait évoluer le modèle allemand. Au niveau diplomatique, Angela Merkel a manqué de constance : elle aurait pu faire beaucoup plus sur l’Europe et elle a été d’une insigne faiblesse face à la Chine et à la Russie. Son grand moment de courage est intervenu au moment de la crise syrienne. Elle a ouvert les frontières allemandes, elle a accueilli des réfugiés au moment où toutes les portes se fermaient et par la suite elle a tenu bon. En cela, elle a réhabilité une Europe bien lâche.

30 septembre

 

La rentrée énergétique est bien difficile à gérer et on peut imaginer que le gouvernement se serait volontiers passé de cette flambée historique des prix du gaz naturel qui a entraîné dans son sillage l’électricité et même un peu le pétrole (et donc l’essence). Martial, le Premier ministre français a parlé de bouclier en annonçant une sorte de lissage des prix du gaz et en espérant compenser au printemps lorsque, fort probablement, le marché se sera retourné.

De son côté, la candidate – battue, mais avec 49 % des suffrages – des Verts lors de leur primaire a, avec une certaine logique, réclamé des prix élevés pour accélérer la transition énergétique. Au fond, elle n’a pas tort et ce n’est que sous la contrainte (« la somme des égoïsmes » chère à Adam Smith) que nous agissons. Avec du gaz à l’équivalent de $ 150 le baril de pétrole, du pétrole à $ 80 et même du carbone à € 65, l’incitation sera d’autant plus forte à financer la deuxième génération des énergies renouvelables, moins intermittentes et aléatoires que le vent et le soleil. Certes, ces hausses touchent en proportion les pauvres plus que les riches et certaines des mesures annoncées vont dans le bon sens (mais à quel coût ?). Mais peut-on encore laisser croire que le politique reste le maître des horloges énergétiques ? Face aux forces du marché, les boucliers ne sont que fétus de paille. À moins que de parler du nucléaire !

 

 

28 septembre

 

Le paysage politique français frémit sous le choc d’un trublion que nul n’attendait, mais dont la candidature se fait de plus en plus probable au point de bouleverser toutes les certitudes : Éric Zemmour pointe désormais à 13 % dans les sondages. Son ascension entraîne le repli de Marine Le Pen et du Rassemblement national, accentue les divisions de la droite, commence même à inquiéter les partisans du Président de la République qui savent ce que peut faire un homme seul.

Avec habileté, Éric Zemmour pointe du doigt dans la plaie les souffrances réelles et parfois amplifiées de la société française. Il se drape dans le souverainisme, fustige l’islam et au passage réécrit à sa guise le roman national. Ce fut longtemps son registre « sur scène » (à l’écran), il veut en faire un programme et séduire les électeurs du RN, lassés de soutenir une perdante, et ceux de la droite classique en mal de champions. Le voilà lancé, mais il n’est pas sûr qu’il tienne la distance. Il y a dans l’histoire de France qu’il aime tant maints feux de paille qui ne brûlèrent qu’un soir du général Boulanger à Poujade ou Bernard Tapie.

Reconnaissons-lui seulement le courage d’aller au bout de son rêve, de quitter le confort ouaté des studios de télévision pour entrer sur un « ring » dont il risque de sortir brisé. C’est là le seul compliment qu’on peut lui faire.

 

 

26 septembre

 

Le vocabulaire utilisé aux Nations-Unies pour désigner ce qu’Alfred Sauvy qualifiait de « Tiers monde » (entre, à l’époque, Ouest et Est) est admirable d’hypocrisie économique. On parla d’abord de « pays sous-développés » puis dans un grand élan d’optimisme de « pays en voie de développement » (PVD). Vers la fin du siècle, alors que certains décollaient et devenaient « émergents », que d’autres profitaient de la rente pétrolière, il fallut bien traiter le reste ; on inventa donc les « pays les moins avancés ». L’expression qui se voulait quand même un peu positive fut utilisée à partir de 1971 pour les 26 pays les plus pauvres de la planète (mesurés en termes de revenus par habitant). Le groupe des PMA compte aujourd’hui 46 pays dont le revenu est inférieur à $ 1 222 per capita : 33 d’entre eux sont africains.

En un demi-siècle, le nombre de PMA a donc doublé, grâce, il est vrai, aux ultimes indépendances. Mais quel constat d’échec ! Ce sont là plus d’un milliard d’hommes dont la situation a en réalité empiré, dont l’écart avec le reste du monde est devenu un gouffre. Ce sont aussi les pays les plus propices aux guerres civiles et aux coups d’État, à la malgouvernance et à la corruption. L’échec des efforts de développement y est patent et les exceptions bien rares. Pour ces pays, la pandémie est une plaie supplémentaire, mais tant d’échecs l’ont précédée. En réalité, ces PMA n’ont jamais avancé…

 

 

24 septembre

 

Le monde respire, les marchés financiers rebondissent. Depuis plusieurs jours on craignait la catastrophe en Chine : la faillite du principal promoteur immobilier local, le groupe Evergrande qui croulait sous le poids de $ 280 milliards de dettes. Certes, l’essentiel de cette dette était domestique, mais une partie se trouvait quand même libellée en dollars (à hauteur de $ 20 milliards) et avait été souscrite par la plupart des grands noms de la gestion d’actifs internationale.

Alors que des petits épargnants manifestaient en voyant leurs rêves immobiliers se fracasser, le gouvernement chinois a réagi en aidant à négocier un rééchelonnement d’au moins la partie la plus sensible de la dette d’Evergrande. Il fallait surtout éviter une contagion et même un krach du marché immobilier chinois.

Au-delà, cette affaire – qui n’est pas close – met en évidence ce qui est le véritable talon d’Achille de l’économie chinoise : le montant colossal des créances douteuses et autres « bad debts » cachées dans les bilans du système bancaire chinois. Il y a quelques années, un rapport de l’un des grands cabinets comptables de la planète le chiffrait au-delà de $ 3 000 milliards, l’équivalent à l’époque des réserves de change du pays. La réalité est probablement bien supérieure aujourd’hui.

Evergrande n’est pour l’instant qu’une alerte : la paille qui cache la poutre.

 

 

21 septembre

 

En Europe, les prix du gaz naturel n’ont jamais été aussi élevés. On est à peu près au même niveau que pour le gaz naturel liquéfié en Asie, c’est-à-dire à plus de $ 25 le mbtu, cinq fois plus cher que sur le marché américain (où les prix ont doublé à la suite de la tempête Ida).

La situation en Europe est le résultat de plusieurs facteurs : la baisse de la production en Europe (et la fin du gaz néerlandais de Groningue, à l’origine autrefois de la célèbre « Dutch disease »), la dépendance plus forte aux importations et, faute de GNL, à celles en provenance de Russie. Or la Russie limite ses envois par les gazoducs passant par l’Ukraine et pour l’instant Nordstream II n’est pas encore disponible. Et puis, on s’interroge sur les capacités de la Russie à satisfaire la demande à la fois de l’Est (la Chine) et de l’Ouest (Europe). Gazprom joue sur du velours alors que les stocks européens n’ont pas été reconstitués à hauteur suffisante à l’approche de l’hiver.

Avec la hausse du gaz naturel, c’est tout l’équilibre énergétique européen qui se trouve remis en cause. En Allemagne, les centrales à charbon tournent à plein, mais cela n’a pas empêché les prix de l’électricité de battre des records. Au Royaume-Uni, l’arrêt de plusieurs usines d’engrais fait craindre une pénurie de gaz carbonique utilisé notamment pour l’abattage de volailles. On pourrait même manquer de dindes pour Noël !

Cette crise du gaz a au moins l’avantage de faire prendre conscience aux Européens de leur dépendance, des avantages que la Russie va en retirer, des conséquences aussi du choix irréfléchi pour des renouvelables bien aléatoires.

 

 

20 septembre

 

Tout a été dit sur « le coup de poignard dans le dos » dont la France a été victime de la part des États-Unis dans l’affaire des sous-marins australiens. Le manque de « doigté » américain, l’absence de quelque diplomatie que ce soit et le coup de pied de l’âne britannique, il n’y a rien à ajouter.

Mais mettons-nous un moment dans la peau australienne. L’Australie est en effet en première ligne face à la Chine. Son économie est dépendante de ses exportations de matières premières et depuis quelques mois elle est en butte à des restrictions d’exportation vers la Chine qui touchent des produits comme l’orge, le charbon, le vin… (pour l’instant, le plus important – le minerai de fer – n’est pas touché, la Chine en a trop besoin !). L’Australie paie là sa critique de la politique chinoise à propos de la pandémie. Face à la Chine, l’Australie avait besoin de renforcer ses liens avec les États-Unis, et quoi de mieux que de lui acheter des armes. Malgré sa présence dans la zone indopacifique, la France ne faisait pas le poids. L’offre américaine de transferts de technologie nucléaire ne pouvait se refuser d’autant plus que le « paquet-cadeau » intégrait les Britanniques certes sur un strapontin, mais Élisabeth II règne encore sur l’Australie ! Arrêtons donc de tirer sur ces malheureux Australiens qui d’ailleurs n’auront pas leurs sous-marins nucléaires avant 2040 au mieux.

Joe Biden a-t-il précipité le monde dans une nouvelle « guerre froide » ? Si tel est le cas, soyons sûrs que ce n’est pas là le résultat d’une stratégie diplomatique réfléchie. C’est au mieux un acte manqué.

 

 

17 septembre

 

Il n’aura pas fallu longtemps pour que l’on découvre en Europe que le gentil Monsieur Biden a une vision tout aussi étroite de la géopolitique mondiale que son illustre prédécesseur Barack Obama (dont il fut le servile vice-président).

Après la pitoyable sortie des États-Unis d’Afghanistan, l’administration Biden, avec le prétexte de se renforcer dans le Pacifique face à la Chine, a donc rallié Britanniques et Australiens en torpillant au passage (c’est le cas de le dire…) un contrat français pour la fourniture de sous-marins à l’Australie. Joe Biden s’est appuyé là sur deux personnages sulfureux, Boris Johnson, bien sûr, et le Premier ministre australien, Scott Morrison qui s’était illustré par le passé avec son soutien indéfectible pour la production de charbon. Il se reforme là un bloc anglo-saxon profondément hostile à l’Europe. Au lieu d’unir face à la Chine, on préfère diviser !

C’est là, bien sûr, une gifle pour la France, mais il en eût été de même si l’Allemagne avait remporté le contrat. La malheureuse réalité est celle de l’indifférence totale des États-Unis pour une Europe qu’ils piétinent allègrement. Au moins, avec Trump les choses étaient claires. Mais Biden, comme Obama, préfère l’ambiguïté : l’hypocrisie des discours la main sur le cœur et les coups fourrés par derrière. L’Europe n’a rien à en attendre.

 

 

15 septembre

Les trois dernières décennies du XXe siècle furent marquées en France par la réussite de quelques groupes familiaux fortement marquée par des figures d’entrepreneurs : Francis Bouygues, Marcel Dassault, Jean-Luc Lagardère et un peu plus tard Bernard Arnault, François Pinault et Vincent Bolloré. Partis de leurs métiers d’origine, ils ont construit des groupes souvent tentaculaires présents en particulier dans les médias tandis que leurs familles prenaient quelques lettres de noblesse dans l’art ou les vignobles.

La France retrouvait là un capitalisme familial qui avait presque disparu dans l’après-guerre à quelques exceptions près (Michelin, Peugeot…). Mais voilà, les fondateurs vieillissent ou même disparaissent. L’heure est celle des héritiers. Leur tâche n’est pas facile tant souvent la figure du père demeure prédominante. Certains s’en sont fort bien sortis (Bouygues, Pinault), d’autres sont encore « en formation » (Arnault, Bolloré). Mais voilà l’un d’eux qui vient de sombrer. On ne peut en effet anticiper ce qu’il adviendra de l’OPA de Vivendi sur Lagardère tant les obstacles en matière de concurrence vont en faire un parcours complexe qui ne se conclura au mieux que fin 2022. Mais une chose est sûre, le groupe Lagardère n’existe plus et dans le pire des cas ses pépites seront vendues à l’encan. Triste fin pour la brillante aventure lancée par Jean-Luc Lagardère et que son pâle héritier a contribué à saborder. Il va pouvoir maintenant faire ce qui lui réussit le mieux : vivre de ses dernières rentes !

 

 

13 septembre

 

En ces temps de rentrée, le mot de pénurie fait la une des journaux et autres radios. Il y a bien sûr les hausses de prix de nombre de matières premières et surtout plus récemment de produits agricoles (blé dur, café…). Il faut compter par ailleurs sur des augmentations de 20 à 30 %, voire plus pour papiers, cartons, plastiques sans oublier le bois ou l’acier.

Mais là n’est pas l’essentiel tant le véritable goulot d’étranglement responsable de « pénuries » se situe au niveau de la logistique et plus précisément dans le transport maritime par conteneurs. La crise n’est pas nouvelle, mais elle ne cesse d’empirer tant en termes de tarifs que de délais. Il faut maintenant compter bien plus de $ 10 000 pour expédier un « 40 pieds » d’Asie vers l’Europe ou l’Amérique du Nord. Mais si les prix ont quintuplé, les délais ont au moins doublé : nombre de ports sont saturés, les navires attendent au large, les flux de conteneurs vides sont perturbés. Les armateurs eux-mêmes commencent à s’en préoccuper : ainsi CMA-CGM et Hapag Lloyd viennent d’annoncer le gel de leurs tarifs (aux niveaux actuels quand même…). Ce sont toutes les chaînes d’approvisionnement en biens manufacturés « made in Asia » qui se trouvent bouleversés et on ne peut espérer de retour à la normale avant 2022. Voilà en tout cas une bonne occasion de prendre conscience de ce Talon d’Achille de la prospérité occidentale.

 

 

11 septembre

 

Vingt ans après ! Les images sont toujours là de ces deux avions percutant les tours jumelles du World Trade Center de New York. Le monde découvrait alors avec horreur Ben Laden et la folie de l’islamisme, jusque-là limité à quelques pays lointains du Moyen-Orient à l’Afghanistan. Le « choc de civilisations » prophétisé par Samuel Huntington était bien là et la « fin de l’histoire » imaginée par Francis Fukuyama était oubliée (pour reprendre les titres de deux livres majeurs de cette époque).

Vingt ans après… et l’islamisme est toujours là. Les talibans sont de retour à Kabul et Daesh a dépassé en horreur Al-Qaeda. Certes, les États-Unis ont tenu une part de leur vengeance en retrouvant et abattant Ben Laden au Pakistan. C’est là malheureusement leur seul succès tant ils n’ont apporté que chaos et dévastation en Afghanistan, en Irak et même indirectement en Syrie. Au passage, ils y ont perdu toute crédibilité et ont laissé l’Europe en première ligne face à un islamisme plus virulent que jamais.

À l’époque, sous le choc, nombre d’analystes pensaient que 9/11 marquerait une rupture profonde : « j’ai vu tomber le monde ancien », titrait Alexandre Adler dans un essai publié quelques mois plus tard. En réalité, il n’en fut rien : le monde connut même au lendemain de 9/11 un sursaut de croissance, les États-Unis sortirent de récession et la troisième révolution industrielle favorisa sept années supplémentaires d’euphorie économique et financière jusqu’à la crise de 2008.

Le XXe siècle ne se termina pas en ce 11 septembre 2001, mais plutôt quelques semaines plus tard en novembre à Doha lorsque la Chine devint membre de l’Organisation mondiale du Commerce. Et ce n’est pas un hasard si la Chine aujourd’hui se précipite pour tirer quelques marrons du brasier afghan.

Vingt ans après, l’Occident, plus sécularisé que jamais, doute, les printemps arabes sont oubliés et les foules musulmanes restent silencieuses face à un islam d’un autre âge. Le rêve d’une mondialisation heureuse d’une fin de l’histoire puisque « les peuples heureux n’ont pas d’histoire » s’est dissipé. Un peu partout, des guerres de religion ensanglantent le monde et ses banlieues. Du haschich des « assassins » à l’opium, cher à Karl Marx, les excès des fanatiques ont prospéré sur les inégalités et la désespérance économique.

Vingt ans après, rien n’a changé…

 

 

10 septembre

 

L’hommage national aux Invalides pour Jean-Paul Belmondo a-t-il un sens ? Franchement non et ce n’est pas là remettre en cause la carrière de l’intéressé, l’empathie qui fut la sienne et qui en a fait pendant plusieurs décennies une icône du cinéma français. Il est de la même stature que d’autres grands acteurs comme Gabin, de Funès et dans une moindre mesure Noiret, Brasseur, Rich et quelques autres de sa génération (sans oublier Delon, mais qui est toujours de ce monde).

Mais voilà, Belmondo est mort au bon moment, en un instant où la France doute d’elle-même et regarde dans le passé. Belmondo est un enfant des Trente Glorieuses ou du moins de ces dernières années durant lesquelles il n’était pas désagréable de contester la société tout en profitant de la croissance. Il connut ses premiers succès avec la « Nouvelle vague », mais rapidement enchaîna des réussites commerciales certes sympathiques, mais qui pour la plupart furent vite oubliées.

 

En 2021, la France se cherche et a besoin de symboles de son unité, de son existence même. La mort de Jean-Paul Belmondo était une occasion unique de réunir les Français, des gilets jaunes aux insoumis, autour d’un homme et, au-delà, de l’image d’une France « rebelle et fidèle ». Emmanuel Macron a bien compris quel profit politique il pouvait tirer de cette sacralisation du décès de Jean-Paul Belmondo. L’intéressé n’avait plus son mot à dire…