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CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

 Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de Cyclope, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport Cyclope sur l’économie et les marchés mondiaux. Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

4 juillet 2017

Congrès

 

Convocation du Congrès à Versailles pour entendre en toute solennité Emmanuel Macron, discours de politique général d’Édouard Philippe, voilà le quinquennat lancé. Le risque de cannibalisation du Premier Ministre par le Président a été largement évité. À Versailles, le Président a surtout parlé réforme des institutions et grandes orientations suffisamment floues pour être consensuelles. À l’Assemblée, le Premier Ministre s’est fait beaucoup plus concret, mais là aussi il est assez peu rentré dans les détails. On ne pouvait que l’approuver, mais il y avait de quoi rester sur sa faim. Pour l’instant, le seul dossier sur lequel un travail important a été lancé est celui de la réforme du Code du travail. Pour le reste – et notamment les questions fiscales – le gouvernement en est toujours à l’heure de douloureuses additions et soustractions et nul ne parle du « grand soir » fiscal qui serait pourtant si nécessaire. Les autres dossiers – santé, éducation – demeurent quant à eux dans le champ des bonnes intentions. Symboliques, les États généraux de l’Alimentation ont déjà plusieurs semaines de retard.

Le temps s’écoule et avec lui un peu de l’état de grâce qui a entouré l’avènement d’Emmanuel Macron : un mois et demi déjà même s’il faut tenir compte des élections législatives.

Or la génération du macronisme est jeune et donc impatiente. Pour eux, l’idée des « 100 jours » (ceux de Roosevelt en 1933) a un sens. On veut bien donner à l’exécutif les mois de juillet et août, mais il faut qu’il y ait du concret à la rentrée. Emmanuel Macron a renouvelé son souhait de transformation profonde parlant même de l’« exigence intransigeante » des Français.

A cette aune, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine déception. Emmanuel Macron n’a pas fait de discours sur l’État de la Nation à l’américaine. Il a enfoncé quelques portes déjà ouvertes et Edouard Philippe en a refermé d’autres.

Pour reprendre une expression devenue banale, Emmanuel Macron a depuis un an bénéficié d’un exceptionnel « alignement des étoiles ». À lui et à son équipe de le transformer en la véritable révolution culturelle dont la France a besoin et que les Français sont manifestement prêts à supporter. Mais de grâce, Sire, vite et fort !

 

30 juin 2017

Bulles ?

 

Un des thèmes favoris de la littérature économique porte sur la rationalité des acteurs. Une des définitions de la situation de concurrence parfaite suppose que chacun prenne au même moment la bonne décision. Nous sommes bien là dans le champ de la théorie. La rationalité des choix économiques obéit à bien d’autres logiques et l’actualité récente vient d’en administrer quelques nouvelles preuves : c’est d’abord l’Argentine qui vient de placer $ 2,75 milliards de « papier » à cent ans, remboursable donc en 2117. Rappelons que l’Argentine a fait six fois défaut ces cent dernières années. Ce sont ensuite les investisseurs qui frétillent à la perspective de l’introduction en bourse de l’Aramco saoudienne : 5 % du capital pour $ 100 milliards, ce qui est bien cher pour du risque saoudien couplé à du risque pétrolier. Et quand on parle de bourses, jamais les marchés n’ont été aussi élevés avec des valorisations qui laissent rêveur pour les GAFA et quelques autres. Il y a là manifestement quelque « exubérance irrationnelle » pour reprendre l’expression chère en son temps à Alan Greenspan.

Certes, le monde regorge de liquidités, il n’y a guère d’inflation et les taux restent bas même s’il faut anticiper quelques hausses de la Fed. Alors, des titres argentins rapportant près de 8 %, des actions Aramco appuyées sur les plus importantes réserves de pétrole au monde, les 2 milliards de personnes connectées à Facebook, les rêves californiens d’Uber et de quelques autres. Tout cela vaut bien que l’on ferme les yeux en croyant très fort que les arbres vont finir par monter au ciel. Le choix cornélien entre la raison et le risque est bien là.

Le problème est que les bornes de la raison se sont quelque peu déplacées avec le retour d’un optimisme béat dans les capacités de l’économie, s’appuyant sur les chocs technologiques des révolutions industrielles, à pallier les carences des politiques qu’ils soient argentins, saoudiens ou américains (et là, on pense bien sûr à Donald Trump). En d’autres temps, on parlait de bulles et sur les marchés il en est de même que pour les bulles de savon : leur destin est d’éclater, mais nul modèle ne permet d’en connaître le jour ni l’heure…

 

 

27 juin 2017

Saint Denis

 

Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi en la Basilique de Saint Denis : un cadre magique pour une des plus grandes œuvres de la musique sacrée admirablement rendue et même mise en scène par John Eliott Gardiner et son ensemble de musique baroque. Alors que la nuit tombait et qu’un soleil diffus éclairait encore les vitraux de la nef, montait ce chant dont seul peut-être Mozart en son Requiem a pu approcher la plénitude. Des deux côtés, on distinguait les gisants des rois et des reines dont Saint Denis fut l’ultime étape.

Mais en sortant de la basilique, quel contraste ! Certes, il y a encore les bâtiments de l’abbatiale devenus la Maison de la Légion d’honneur et puis la mairie dans le plus pur style pompier du XIXe siècle finissant. Ensuite, c’est autre chose : une accumulation sans âme du béton des années soixante rendue toutefois vivante par l’exubérance d’une population au sein de laquelle se mélangent toutes les migrations que la France a connues ces dernières décennies. Saint Denis est bien au-delà du symbole des multiculturalités et de la France plurielle que nous avons pu célébrer au temps de la France « black, blanc, beur ». Il y a même une certaine uniformité de voiles et de couleurs comme si la Basilique n’était plus  qu’un îlot dans un monde qui n’est plus le sien.

Bien sûr, il ne sert à rien de se lamenter sur un temps – pas si heureux – où les moines de la puissante abbaye de Saint Denis exerçaient leur férule sur leurs serfs et leurs vassaux. Bonne fille, la République a donné à la Basilique un éclat nouveau et on parle même de lui reconstruire sa deuxième tour. Mais quel fossé entre ce qui reste le cœur de la ville et ses habitants : deux mondes qui ce soir se côtoyaient tout en s’ignorant.

Rarement, la fracture de la société française ne m’est apparue aussi nette et brutale. La Basilique, avec ses tombeaux, c’est un résumé d’un millénaire d’une histoire de France qui se poursuit certes, mais dont il est nécessaire de partager les racines : enseigner ainsi pour l’historien la chronologie de ces règnes avec leurs gloires et leurs obscurités et faire le lien entre ces pierres et un béton sans mémoire.

Tous ceux qui ce soir ont été saisis par la beauté des Vêpres de Monteverdi ne sont pour autant ni chrétiens ni croyants. Mais il y avait là un message de mémoire qu’il faut aussi aller porter dehors sur les places.

 

 

26 juin 2017

 Abeilles

 

La guerre des abeilles aura-t-elle lieu ? À peine le nouveau ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, complètement néophyte sur les questions agricoles, mais politique averti après un long parcours au sein du parti socialiste normand, avait-il évoqué l’idée d’assouplir quelque peu les règles très strictes mises en place en France interdisant l’usage de certains néonicotinoïdes «tueurs d’abeilles» que Nicolas Hulot est monté au créneau pour s’opposer avec véhémence à quelque modification que ce soit des textes en vigueur.

En l’occurrence, il s’agissait de ne pas surcharger la transcription française d’une directive européenne en la rendant encore plus stricte et complexe (on parle de «surtransposition»). À l’origine, le gouvernement visait certaines réglementations financières et comptables et souhaitait les rendre plus fluides afin d’attirer les entreprises au lendemain du Brexit. Mais les abeilles sont passées par là et bien vite Matignon a démenti ce qui s’apparentait à un crime de «lèse-Hulot». Dans le débat sur le macronisme, la couleur verte est peu marquée, tant en fait elle est naturelle à notre jeune entrepreneur héraut de cette nouvelle vulgatequi, s’il n’est pas toujours végétarien, ne conçoit pas de consommer autrement que bio et consacrera une partie de l’argent dégagée par la vente de sa ou de ses start-ups à l’acquisition d’un domaine viticole pratiquant la biodynamie.

Que le déclin - inquiétant – de la population d’abeilles soit lié à bien d’autres facteurs apparaît ici secondaire. Dans un remarquable petit livre sur «Le miel» (éd. Fr. Bourin), François Roche et Béatrice Mathieu ne sous-estiment pas l’impact des néonicotinoïdes en particulier sur les populations d’abeilles sauvages (80 % du total) dont le rôle dans la pollinisation des plantes est essentiel. Il y a eu aussi récemment l’impact de l’arrivée des frelons asiatiques débarqués en France en 2004 avec un chargement de poteries chinoises. Et puis il faut tenir compte de la sélection, à laquelle se livrent les apiculteurs, qui affaiblirait les capacités de résistance des abeilles domestiques. Alors, faut-il précéder l’Europe ou la suivre ? Les écologistes et leurs soutiens politiques fustigent le poids des lobbies agricoles. Mais ceux-ci doivent aussi tenir compte d’une opinion publique bien facile à manipuler. Le gouvernement l’a bien compris, qui a refermé le dossier.

 

 

25 juin 2017

Macronisme

 

De quoi le macronisme est-il l’enfant ? Passé, la stupeur de ces quelques semaines de bouleversements politiques, le temps est venu de l’analyse et deux éditoriaux de la presse récente offrent une première piste. Dans « Le Monde », l’historien Pierre Cyrille Hautcœur voit dans le macronisme la troisième étape de l’extension du marché : après le temps des cadres « managers » était venu celui de la destruction créatrice des organisations somnolentes et enfin à Emmanuel Macron correspondrait l’image de l’entrepreneur créateur réconciliant profit et idéal social.

Dans « Libération », Patrick Fauconnier, le fondateur de l’hebdomadaire économique Challenges, fait du macronisme « le sous-produit de nos écoles de commerce ». C’est en effet beaucoup plus parmi les diplômés de ces écoles – grandes ou petites – que parmi les ingénieurs, que se sont recrutés les cadres du macronisme et les réunions tenues au siège du mouvement « En Marche » ressemblaient plus à des « afterworks » de « Start-Uppers » (pardon, cher lecteur, pour ces américanismes) qu’à de classiques réunions politiques.

D’un texte à l’autre, on retrouve bien la même idée : celle d’un saut générationnel certes, mais aussi sociologique et même idéologique. On célèbre l’entrepreneur, passé par une école de commerce (à laquelle il a accédé par le mérite ou, pour nombre des plus récentes, grâce à des subsides familiaux), jeune bien sûr et décidé à casser les codes, à l’aise au cœur d’une mondialisation dont il célèbre la dynamique, mais capable de tenir un discours d’ouverture aux autres…

Tout ceci rappelle furieusement le temps de la nouvelle économie que présida dans les années quatre-vingt-dix, un autre jeune président, américain celui-là, Bill Clinton. On sait ce qu’il en advint et la crise de 2008 est largement liée au climat d’euphorie libérale qui l’avait précédée. La France présente – depuis longtemps – la caractéristique d’être un pays d’entrepreneurs (près de 300 000 entreprises créées chaque année), mais aussi de fonctionnaires, les uns comme les autres attachés à un État-providence pratiquement sans équivalent dans le monde. Le macronisme devra en réaliser la synthèse et poursuivre la réconciliation des fançais et du marché.

 

 

22 juin 2017

Arabie Saoudite

 

Mohammed bin Salmane devient le prince héritier d’Arabie Saoudite, en première ligne derrière son père âgé de 81 ans et en fort mauvais état de santé. En éliminant l’un de ses cousins, MBS renforce son emprise sur un pays qu’il dirige – de facto – depuis deux ans. Pour l’instant, son bilan est mitigé.

Bien sûr, il projette une image de modernité. Il a lancé un plan Vision 2030, qui a pour objectif de préparer l’après pétrole pour un Royaume qui pour l’instant, est l’image même de la dépendance à l’or noir. Transformer ce qui est devenu une nation de rentiers en un pays d’entrepreneurs ne sera pas une mince affaire et pour l’instant, les résultats sont d’autant plus limités que l’austérité passe mal : MBS a dû reculer devant la grogne alors qu’il se proposait de diminuer les primes dont bénéficie un service public pléthorique. C’est que le royaume doit puiser dans ses réserves pour financer son train de vie. Le « fiscal breakeven » (le point d’équilibre du prix du pétrole pour le budget saoudien) de l’Arabie Saoudite de $ 92 le baril en 2015. De $ 79,70  en 2016, il devrait être encore de $ 66,70  en 2017, alors que le baril pointe actuellement $ 20 plus bas !

La stratégie de MBS sur le marché du pétrole n’est d’ailleurs pas très probante. C’est l’Arabie Saoudite qui réalise actuellement l’essentiel des efforts de maîtrise de l’offre de l’OPEP sans parvenir à inverser une tendance baissière depuis plusieurs mois. Le pétrole est un des éléments du « grand jeu » qui se déroule au Proche-Orient dont l’Arabie Saoudite est un acteur majeur, sans que l’on comprenne vraiment sa stratégie si ce n’est le maintien de son hégémonie sur l’islam sunnite. Or que ce soit sur le marché du pétrole ou sur des terrains militaires (Yémen, Syrie) ou diplomatiques (Qatar, Égypte), la stratégie saoudienne se solde pour l’instant par des échecs et des replis.

Certes, le Royaume avec ses vastes réserves de pétrole, ses poches financières encore profondes et la perspective de l’introduction en bourse d’Aramco, peut faire illusion. Mais il est un des maillons faibles de la région et c’est là le vrai défi d’un MBS qui pour l’instant n’a pas convaincu.

 

 

21 juin 2017

Moralisation politique

 

La France a bien changé ! Notre pays eut longtemps en matière politique des pratiques de république bananière et elle figurait parmi les derniers pays développés dans les classements publiés par Transparency International. Le financement des partis politiques brillait par son opacité et en leur temps tant le RPR que le PS connurent leur lot de fausses factures et de valises. Alain Juppé et Xavier Emmanuelli, entre autres, y laissèrent des plumes. La loi sur le financement des partis politiques avait permis de traiter le gros des problèmes, mais n’avait pas mis fin aux petits arrangements des uns et des autres,qu’il s’agisse des assistants parlementaires ou des relations individuelles des parlementaires avec les milieux économiques. Il est exact qu’en France, le degré de tolérance face a ce comportement était infiniment plus élevé que dans la plupart des autres pays européens.

De ce point de vue, l’affaire Fillon a vraiment marqué une rupture que semblait devoir incarner François Bayrou et sa loi sur la moralisation de la vie politique. Mais le voilà pris à son propre piège : aux abois financièrement, le MoDem (tout comme le Front National) a allègrement utilisé ses subsides européens pour financer la survie de son appareil. Au même moment, l’un des piliers du macronisme, Richard Ferrand, était pris dans une histoire beaucoup plus sordide d’enrichissement personnel.

Ce qui n’aurait nourri que quelques brèves il y a quelque temps encore devient une affaire d’État. Et à l’image de Sylvie Goulard, les intéressés doivent quitter la barque gouvernementale.

Il y a là bien sûr quelque hypocrisie, mais aussi une volonté nouvelle de transparence dans les relations des français à l’argent. La France est l’héritière de deux traditions, celle du catholicisme et celle du laïcisme républicain. L’une et l’autre ont en commun leur méfiance pour l’argent, cet argent dont il ne fallait surtout pas parler et à propos duquel on préférait silence et sous-entendus. Il est toujours mal élevé de parler du prix d’un produit, encore plus de dire ce que l’on gagne. Le monde politique français en a hérité un véritable autisme : ne rien dire, ne rien savoir mais en profiter quand même. C’est tout cela qui va devoir changer !

 

 

18 juin 2017

Législatives

 

La vague attendue a donc été moins forte que prévu. Néanmoins, LREM obtient à l’Assemblée la majorité absolue sans même l’appoint d’un MODEM qui renaît de ses cendres. Le mouvement a emporté quelques ténors de droite (NKM) comme de gauche (Touraine), mais à droite en particulier un point de résistance semble avoir été atteint bien au-delà de ceux qui avaient bénéficié de la mansuétude du Prince. À gauche, Manuel Valls se sauve in extremis dans des conditions pour le moins contestées. Front National et Insoumis font un peu mieux que ce que la mécanique du scrutin majoritaire à deux tours leur permettait d’espérer.

Mais en plus, les deux partis autrefois dominants (LR et PS) sont en voie d’implosion, tiraillés qu’ils sont entre pro – et anti – Macron. Les « pro-Macron » tant républicains que socialistes doivent leur survie à la grâce du Prince et sont prêts à embarquer dans sa majorité. Aux extrêmes, certains socialistes (rares puisque la plupart des frondeurs ont disparu dans la tourmente) penchent vers les Insoumis alors que nombre de républicains plus ou moins proches de Sens Commun font les yeux doux aux courants les plus fréquentables du Front National. Les partisans d’une opposition constructive (mais ne votant pas la confiance au gouvernement) sont au fond peu nombreux : un noyau dur de républicains autour de Xavier Bertrand ou de Valérie Pécresse, quelques socialistes encore plus difficiles à identifier.

Et puis, il y a les 300 députés d’En Marche dont on peut imaginer une certaine hétérogénéité. C’est la dynamique de ce groupe qui donnera le « la » de la vie politique française des cinq années à venir. Pour l’instant, aucune tête n’émerge et Emmanuel Macron a dû chercher ailleurs les titulaires des grands ministères, alors même qu’il cherchait à éliminer les « jeunes pousses » notamment à gauche. Ceci va renforcer l’impulsion « techno » et faire des cabinets ministériels à nouveau les lieux clefs du pouvoir.

Personne en tous cas ne contestera la légitimité d’agir par ordonnances pour un Emmanuel Macron auquel les Français viennent de donner la totalité des clés de la maison.

 

 

13 juin 2017

Législatives 2

 

C’est au calme que l’on peut maintenant analyser les résultats du séisme politique de dimanche dernier. Force est de constater que même l’analyste politique le mieux informé ne s’y retrouve guère parmi tant de candidats En Marche, rigoureusement inconnus, et pourtant en passe d’être élus. Dans la circonscription de l’auteur de ces lignes (Neuilly-Puteaux), le candidat En Marche, Laurent Zameczkowski, se présente comme « diplômé de la Sorbonne et de l’Essec » – un pedigree pour le moins « curieux » – et élu d’une fédération de… parents d’élèves. Il a obtenu 42 % des suffrages ! La marque Macron a fait des miracles.

Alors au moins faut-il saluer quelques survivants, certains à l’image de l’excellent Charles Amédée de Courson, député centriste (version UDI) ayant quand même bénéficié d’un excellent ancrage sur le terrain. C’est aussi le cas d’André Chassaigne, député communiste du Puy-de-Dôme et remarquable connaisseur des questions agricoles. Voilà des compétences qu’il eut été dommage que l’Assemblée nationale perde tant le travail législatif peut être complexe.

Et puis comment ne pas former des vœux pour Liem Hoang Ngoc, l’un des économistes proches de Jean-Luc Mélenchon, en ballotage à Toulouse face à un autre inconnu d’En Marche.

Certes, l’application de la loi sur le cumul des mandats, qui – de facto – élimine les députés-maires, a provoqué le retrait de nombre d’élus qui – avec raison – ont trouvé plus exaltantes leurs tâches municipales (et avec souvent des marges financières et de cumul avec des activités privées). La plupart du temps, les candidats qu’ils avaient adoubés n’ont même pas passé le « cut ».

Une page se tourne donc et pas seulement celle du PS, génération Epinay. C’est aussi celle du gaullisme en ses multiples avatars. Dès lors se pose une vraie question : En Marche va occuper les deux tiers de l’hémicycle, au centre. Il sera flanqué à droite et à gauche de quelques dizaines de députés, mais il risque de ne pas y avoir d’« opposition » en tant que telle et encore moins de « shadow cabinet ». Or, en tirant le raisonnement jusqu’au bout, En Marche n’a réuni que 15 % des électeurs inscrits. Les 85 % restants devront pouvoir se faire entendre ailleurs que dans la rue…

 

 

12 juin 2017

Législatives 1

 

Le régime présidentiel français est bien celui d’une monarchie élective, mais absolue et les Français sont d’irréductibles légitimistes. Alors qu’il y a quelques semaines encore on s’inquiétait de la capacité d’Emmanuel Macron à gouverner avec un Parlement aux mains des partis, le voilà à la tête probable d’une majorité absolue peut-être même sans l’appoint du Modem.

La vague macroniste a tout balayé sans respect aucun pour les cartes électorales, pour les réputations les mieux établies, pour les députés sortants au travail parlementaire le plus accompli. Seuls survivent les quelques privilégiés qui ont bénéficié d’un « pardon » du Prince.  Mais partout ailleurs ce sont les candidats LREM, en général de parfaits inconnus sans expérience politique même au niveau local, qui sont en position de l’emporter dimanche prochain.

Bien entendu, la coupe n’est pas pleine, car plus d’un Français sur deux (51 %) ne s’est pas rendu aux urnes. Pareille abstention n’a aucun équivalent pour une élection nationale. On peut certes incriminer la lassitude des électeurs après cette interminable campagne qui dure en fait depuis l’automne 2016 et les primaires de la droite. Mais on peut estimer aussi que les électeurs de droite et de gauche ont manifesté leur lassitude face à la multiplicité des candidatures et à la difficulté de comprendre les positions des uns et des autres face au raz de marée présidentiel. Quant aux extrêmes – FN et Insoumis – ce type de scrutin les désavantage de toute manière.

On compare volontiers 2017 et 1958. Le personnel politique de la quatrième république avait été alors presque complètement renouvelé par une vague gaulliste qui s’était toutefois préparée par une dizaine d’années d’opposition (et parfois de complots). Mais là, En Marche n’existait pas il y a seulement un an et ne dispose d’ailleurs en son sein d’aucun autre dirigeant que le seul Emmanuel Macron, qui est allé puiser ses principaux ministres à droite ou au centre. La gestion de l’Assemblée nationale ne sera pas une mince affaire.

Peu importe aux Français (au moins à ceux qui ont voté) qui, comme à chaque fois que présidentielles et législatives ont coïncidé, ont donné au président les clefs de la maison à charge pour lui de ne pas décevoir.

 

 

9 juin 2017

Royaume Uni

 

Le résultat des élections britanniques ne surprend pas ceux qui ont suivi les derniers jours de la campagne et l’inexorable chute des conservateurs de Teresa May. Au final, le Premier ministre perd sa majorité absolue et son score serait encore plus catastrophique si elle n’avait récupéré quelques sièges en Écosse aux dépens du parti écossais (SNP) qui perd là toute chance réaliste d’organiser un nouveau référendum.

La vraie surprise ce sont bien sûr les travaillistes et Jeremy Corbyn n’est pas loin de réaliser le rêve d’un virage « à gauche toute » du Royaume-Uni : 2 % des voix et une cinquantaine de sièges seulement séparent le Labour des Tories. Le système électoral britannique a comme d’habitude laminé les autres partis à l’exception des fiefs régionaux écossais et irlandais.

Teresa May a donc perdu son pari et elle aborde les négociations du Brexit en situation de faiblesse sans que d’ailleurs on puisse en mesurer les conséquences exactes dans les discussions à venir. Elle disposera en tous cas de moins de marges de manœuvre avec ce « hung parliaement ». Mais d’autre part Jeremy Corbyn aura lui aussi bien du mal à contrôler ses troupes.

La proximité du vote britannique et des législatives françaises incite bien sûr aux comparaisons. En France aussi les petits partis vont disparaître de l’Assemblée nationale. Créditée de 30 % des intentions de vote, En Marche pourrait disposer d’une majorité plus qu’absolue (on parle même dans les sondages de 400 députés en comptant le Modem qui n’est guère qu’un faire-valoir). Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon doit rêver d’un destin à la Jeremy Corbyn, mais la réalité électorale promet d’être impitoyable aussi pour les Insoumis. En France pourtant, on compte en moyenne une vingtaine de candidats par circonscription et l’imprécision des étiquettes donne un peu le tournis.

Si personne au Royaume-Uni ne plaide pour la proportionnelle, la question reste d’actualité en France et faisait même partie de promesses d’Emmanuel Macron. Tant le Front national que les Insoumis méritent une représentation au Parlement. L’exemple britannique est à méditer.

 

 

 

7 juin 2017

Quatar

 

La décision de l’Arabie Saoudite et de ses alliés du Golfe de mettre le Qatar au ban des nations arabes est une véritable surprise et a provoqué une onde de choc dans la région et sur les marchés. Le Qatar est en effet dépendant de ses voisins pour ses importations notamment alimentaires, mais aussi pour ses exportations de pétrole et même de gaz naturel liquéfié. Pour l’instant, la rupture est totale et ses conséquences politiques et économiques sont difficiles à mesurer.

Longtemps, le Qatar a été le « poil à gratter » du monde arabe poussant encore plus loin que ses voisins le paradoxe de la coexistence entre la modernité occidentale et la tradition d’un islam conservateur et fondamentaliste. Doha s’est toujours voulu « à part » : un petit émirat indépendant qui a cherché à jouer un rôle géopolitique majeur, très loin de la discrétion du Koweït ou même des Émirats Arabes Unis. Ce fut ainsi l’invention d’Al Jazirah, devenue en quelques années la chaine de référence du monde arabe et plus encore la voix des Arabes dans le monde. Ce fut la volonté de faire du Qatar un « hub » sportif en achetant à la fois des hommes, des clubs et des compétitions internationales à l’image – aberrante – de la Coupe du monde de football. Ce fut aussi le désir de sa diplomatie d’être au cœur de toutes les négociations menées dans la région, d’être un acteur du « grand jeu ».

En matière religieuse, le Qatar n’est guère plus ouvert que l’Arabie Saoudite (même si quelques lieux de culte chrétiens sont tolérés à Doha). Mais le Qatar a certainement financé des mouvements parmi les plus intégristes de l’Islam comme les Frères musulmans en Égypte.

Longtemps, le Qatar parvint à se maintenir sur le fil : moderne et ouvert vis-à-vis de l’Occident et en particulier de la France ; fidèle à l’Islam le plus rétrograde ailleurs, allié de tous en usant de la colossale rente du gaz et du pétrole. Récemment encore, le Qatar joua un rôle majeur dans l’accord de l’OPEP entre l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Russie. Mais voilà, le fil est manifestement cassé et le Qatar est accusé de double jeu.

Il y a là quelque hypocrisie de la part de l’Arabie Saoudite dont le financement de la propagande wahhabite à tout autant contribué à la montée du terrorisme islamiste. Mais le Qatar est un bouc émissaire si facile…

 

 

5 juin 2017

Plan Marshall

 

Il y a soixante-dix ans, à l’occasion d’un discours à Harvard, le général Marshall, alors secrétaire d’état après avoir dirigé l’effort de guerre américain, proposait à l’Europe l’aide des États-Unis, ce qui devint le «Plan Marshall». Ceci contrastait entièrement avec ce qu’avait été l’attitude des États-Unis au lendemain de la Première Guerre mondiale : après avoir profondément inspiré le Traité de Versailles, le président Wilson ne parvint même pas à le faire ratifier par le Congrès (la même mésaventure arriva à Barack Obama avec l’accord de Paris sur le climat). Il y eut bien pire puisqu’en insistant d’être remboursés des dettes interalliées, les États-Unis poussèrent les Alliés à exiger de l’Allemagne des réparations qui poussèrent le régime de Weimar dans une situation de faillite qui fit le lit des extrémismes nationaux socialistes ou communistes.

La leçon avait porté. Il n’y eut ni dettes, ni réparations, ni d’ailleurs Traité de paix en 1945. Au contraire, les États-Unis lancèrent le Plan Marshall qui fut accepté par 16 pays européens à l’origine de l’OECE, devenue plus tard l’OCDE.

De 1948 à 1951, les États-Unis versèrent à l’Europe $ 13,5 milliards, ce qui correspond à $ 150 milliards de 2017. Pour la seule année 1949, le plan Marshall représenta 12 % du budget fédéral.

Nul ne peut contester qu’en ces années cruciales du début de la guerre froide, les États-Unis jouèrent un rôle crucial dans le financement de la reconstruction de l’Europe (et plus tard du Japon) ; ils fournirent ainsi des denrées agricoles, mais aussi des engrais et des tracteurs, du coton et des camions qui permirent d’amorcer l’engrenage vertueux de ce que l’on appela plus tard les «Trente glorieuses».

Mais l’aide Marshall poussa aussi l’Europe à s’organiser et au-delà de l’OECE puis de l’échec de la CED et du Pool Vert, ce fut dix ans plus tard le Traité de Rome qui doit donc tant aux États-Unis.

Cette histoire, les Européens – et les Français au premier chef – l’ont bien oubliée et force est de constater que Donald Trump nous ramène aux sombres années vingt, celles de l’irresponsabilité américaine.

À Paris, à l’angle de la place de la Concorde et de la rue Rivoli, sur le mur de l’hôtel Saint-Florentin, une plaque rappelle la signature du Plan Marshall. Une bien maigre consolation face à l’oubli.

 

 

2 juin 2017

Etats-Unis et COP 21

 

Il l’a donc fait. Malgré la pression de la plupart des grands patrons américains, d’une partie de son cabinet et même de sa fille, Donald Trump a décidé que les États-Unis ne mettraient pas en œuvre l’accord de Paris de la COP 21. Barack Obama avait refusé l’onction du Congrès pour l’engagement américain par crainte d’un échec cuisant. Il s’était contenté d’un décret (executive order) que son successeur peut annuler d’un trait de plume : c’est ce que vient de faire Donald Trump dont l’argumentation pour justifier sa décision a été franchement lamentable, truffé d’erreurs et ridicule au sens propre du mot.

Les réactions de par le monde ont été unanimes pour condamner cette nouvelle preuve d’irresponsabilité. La déclaration d’Emmanuel Macron, en français et en anglais, a été particulièrement remarquée.

Pour autant, faut-il s’inquiéter vraiment de la décision de Donald Trump ? Sur le plan intérieur, accord de Paris ou pas, les États-Unis vont continuer à réduire leurs émissions de carbone au fur et à mesure que le gaz naturel (le gaz de schiste bien sûr) va remplacer le charbon dans la production d’électricité. Par ailleurs, nombre d’États et de municipalités favorisent les énergies renouvelables qui pèsent déjà trois fois plus en termes d’emplois que le secteur du charbon.

Mais surtout, on peut espérer que l’absence des États-Unis va permettre au reste du monde d’aller plus vite et plus loin notamment sur la question fondamentale du prix du carbone comme l’a souligné récemment le rapport de la Commission Stern-Stiglitz.

Il n’en reste pas moins que nombre des dirigeants verts et des responsables d’ONG que l’on entendait hier soir sur les ondes fustiger la décision américaine devraient en assumer leur part de responsabilité. N’est-ce pas en effet leur comportement outrancier et jusqu’au-boutiste, confondant climat et politique, mélangeant allègrement tous les terrains de lutte possibles qui a provoqué cette réaction d’une Amérique profonde moins bornée quand même que la caricature que l’on veut en faire en Europe. Intégrisme et bêtise vont souvent de pair qu’il s’agisse du climat ou de la politique.

 

30 mai 2017

Affaires

 

Alors que la France baigne dans une douce « macrophilie », le parfum nauséabond des affaires refait surface.

Les premiers jours du nouveau président ont été parfaits : certes, le gouvernement a pu décevoir quelque peu, mais il s’agit là d’une équipe de transition dans l’attente des législatives dont les sondages donnent les macronistes largement gagnants et peut-être même en situation de majorité absolue. Mais Emmanuel Macron a été parfait depuis sa prise de fonction assumant la dimension régalienne (ou jupitérienne) de la présidence de la République : le contraste ne pouvait être plus grand avec François Hollande et sa « présidence normale » déjà jetée aux oubliettes de l’histoire.

Sur le plan international entre la poignée de main virile et musclée avec Donald Trump et l’accueil solennel de Vladimir Poutine sous les ors de Versailles, il a, en quelques jours, redonné au blason français un peu du lustre qu’il avait perdu ces dernières années. Les journalistes étrangers ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges sur ce nouveau pilier d’une Europe à la recherche tant de dynamisme que de fermeté.

Même la conjoncture économique qui se raffermit légèrement concourt à cet alignement des étoiles qui depuis un an accompagne l’extraordinaire parcours d’Emmanuel Macron.

Et voilà que soudain reviennent les affaires, touchant de plein fouet l’un de ses plus proches compagnons qui parmi les premiers a participé à son aventure. Dans une France qui se découvre soudain une virginité morale en politique, le dossier du député breton et ministre des territoires Richard Ferrand s’alourdit de jour en jour au point de faire de l’ombre aux charges qui ont permis l’élimination de François Fillon. Ajoutons à cela quelques assistants parlementaires d’euro-députés complaisants et on a là la première « affaire » d’un quinquennat qui peine à tourner la page d’une période bien peu exemplaire.

 

 

29 mai 2017

Trump

 

Donald Trump a terminé son premier « grand tour ». En une semaine, il aura « fait » l’Arabie Saoudite, Israël, le Vatican et les sommets de l’OTAN et du G7 en Sicile. À lire les tweets présidentiels, ce fut un grand succès : pour les contrats militaires américains en Arabie Saoudite peut-être, mais pour le reste, voire…

Passons sur la dimension « spirituelle » de ce déplacement au cœur des religions du Livre qui lui a totalement échappé, ce qui est quand même exceptionnel pour un président américain. Mais pour le reste : un peu d’huile sur le feu au Moyen-Orient par une attaque frontale de l’Iran et une visite ambiguë à Jérusalem. À Bruxelles, devant les alliés de l’OTAN, un discours destiné aux contribuables américains, ce qui est certes louable, mais qui a plongé ses partenaires y compris Britanniques dans la perplexité. En Sicile, face à ses pairs du G7, ce fut le refus de s’engager en matière climatique, y compris sur la participation des États-Unis à l’accord de Paris de la COP 21. Manifestement d’ailleurs, la mayonnaise n’a pas pris avec ses homologues et l’ambiance n’était guère à la franche camaraderie.

Le contraste entre les messages triomphalistes de Trump et la réalité des échanges, tel que l’ont vécu ses interlocuteurs, n’en est que plus frappant. Le retrait américain est partout manifeste y compris en ce qui concerne les engagements de l’administration Obama à la COP 21 : pour leurs alliés traditionnels, les États-Unis ne sont désormais plus un partenaire de confiance et assez logiquement sur des questions comme le climat c’est désormais vers la Chine que les Européens vont de plus en plus se tourner.

On ne sait combien de temps durera la présidence Trump, mais à l’aune de ce voyage, il faut souhaiter tant pour les États-Unis que pour le reste du monde que son séjour à La Maison-Blanche soit le plus court possible.

 

 

25 mai 2017

OPEP

 

Accord à Vienne au sommet de l’OPEP. L’Arabie Saoudite et la Russie ayant depuis longtemps affiché leurs intentions, ce n’est pas une grande surprise. Les marchés ont même été déçus que l’accord de novembre 2016 soit simplement reconduit sans augmentation des engagements de réduction de production : on est resté à 1,2 million bj pour les membres de l’OPEP et 600 000 bj pour les autres producteurs emmenés par la Russie. Dans la soirée, le prix du Brent perdait $ 2 le baril.

Il est vrai que le marché demeure très bien approvisionné. En effet, si on peut estimer la réduction initiée par l’OPEP et ses alliés à quelques 1,5 mbj par rapport au niveau de production très élevé de décembre 2016, il faut tenir compte de l’augmentation de production des autres producteurs qui sera en 2017 de l’ordre d’un million de bj. Ainsi entre décembre 2016 et juin 2017, la production de « shale oil » américaine devrait augmenter de 617 000 bj et pour l’ensemble de l’année ce sont 820 000 bj de plus que produiraient les États-Unis. Ajoutons à cela le Canada, le Brésil et quelques autres petits producteurs comme le Kazakhstan (avec le gisement de Kashagan enfin en production) et on comprendra que les mesures annoncées par l’OPEP sont insuffisantes pour assurer un rééquilibrage du marché. Les stocks demeurent très élevés et surtout le pétrole physique est abondant à en juger par le grand nombre de tankers chargés (une cinquantaine) au large de la Malaisie et de Singapour dans l’attente de clients.

Sans grand enthousiasme, le marché se maintient au-dessus de $ 50 le baril, ce qui manifestement assure la rentabilité de la production américaine désormais exportée à hauteur d’un million bj vers l’Asie.

Politiquement, l’OPEP ne peut faire plus ce qui illustre bien son impuissance.

 

 

22 mai 2017

L’église et l’argent

 

Comme toute l’Europe, le Royaume-Uni vit une profonde déchristianisation. Elle est même plus profonde dans la mesure où elle touche de plein fouet son Église nationale, la confession anglicane dont la reine est en théorie la tête. On ne compte plus les églises fermées (et vendues…), les querelles autour de l’ordination des femmes puis des homosexuels, les départs des plus conservateurs vers un catholicisme qui demeure minoritaire.

Mais il y a un domaine où l’Église d’Angleterre demeure remarquable : c’est celui de la gestion de son patrimoine. Elle dispose d’un fonds perpétuel de plus de £ 8 milliards dont elle n’utilise que les intérêts et revenus. En 2016, ce fonds a obtenu un rendement record de 17,1 %, certes dopé par la baisse du sterling. Mais sur dix ans, le fonds a eu un rendement de 8,3 % tout à fait remarquable surtout si l’on prend en compte des choix de placement « éthiques » en dehors de l’alcool et des armes. Un quart du fond reste dans l’immobilier, le reste est largement réparti avec notamment beaucoup de forêts faisant de l’Eglise le premier propriétaire forestier britannique privé. Le fonds est d’ailleurs un investisseur actif qui utilise son droit de vote pour censurer les conseils d’administration si nécessaire.

En France, on le sait l’Église a épousé dame Pauvreté et a allégrement dépensé tous ses legs. L’exemple britannique est en tout cas à méditer.

 

 

17 mai 2017

Gouvernement 2

 

Voilà donc le nouveau gouvernement : quelques élus et beaucoup de déçus. Ni Corinne Lepage, ni Anne Marie Idrac, ni Erik Orsenna dont les noms avaient pourtant circulé avec insistance. La principale « surprise » est la nomination de Nicolas Hulot comme ministre d’État en charge de la « transition énergétique et solidaire » (le titre rappelle la grande époque quelque peu fumeuse de François Hollande). On ne peut bien sûr qu’être admiratif de ce personnage qui aura ainsi servi quatre présidents successifs…

Pour le reste, l’équilibre est subtil entre les fidèles (Ferrand), les parrains de gauche (Collomb, Le Drian), les centristes (Bayrou, Goulard, Sarnez), les radicaux de gauche (Mézard, Girardin) et quelques prises de droite moins nombreuses que prévu quoique la nomination de Bruno Le Maire à Bercy soit probablement la seule vraie surprise de ce gouvernement au fond assez classique.

C’est là un assemblage curieux au fond assez peu renouvelé malgré la présence d’une éditrice remarquable (Nyssen) et d’une escrimeuse (Fleyssel). La question est de savoir si l’attelage va fonctionner sur une période de transition jusqu’au 18 juin.

Dans son premier acte présidentiel, Emmanuel Macron s’est en tout cas soumis à un principe de réalisme certes louable, mais qui franchement ne fait pas rêver !

 

 

16 mai 2017

Gouvernement 1

 

Paris et ses réseaux vivent aujourd’hui de rumeurs autour de la composition du cabinet d’Edouard Philippe. Emmanuel Macron a choisi ce juppéiste compatible pour diriger son premier gouvernement. Le président et le Premier ministre ont des profils assez similaires et la nomination d’Edouard Philippe marque un fort signal de rééquilibrage de sa majorité destiné à faire éclater un peu plus la droite !

Pour le gouvernement, bien des noms circulent, le moindre n’étant pas celui de Nicolas Hulot, l’inoxydable vert, dont on peine à imaginer une quelconque valeur ajoutée au-delà d’un effet de « casting » probablement surévalué. Mais les réseaux sociaux sont remplis d’hypothèses plus ou moins sérieuses parfois probablement alimentées par les intéressés eux-mêmes.

Le hasard de la publication de CyclOpe m’a fait débattre ce soir sur une chaîne de télévision avec Corinne Lepage qui est présentée avec insistance comme la titulaire éventuelle du ministère de l’Éducation. Le choix ne serait pas absurde tant pareil ministère doit surtout être dirigé par une personnalité extérieure au monde enseignant. Le vieil adage selon lequel « un indigène ne doit pas être nommé gouverneur colonial » s’applique tout particulièrement dans ce cas tout comme pour la santé ou l’agriculture. Mais le « mammouth » sera plus difficile à dégraisser que de démanteler une centrale nucléaire.

 

 

15 mai 2017

CyclOpe 2017

 

Présentation du trente et unième rapport CyclOpe. Cette année, avec Yves Jégourel nous avons pris comme titre celui d’un roman de Pearl Buck, romancière américaine quelque peu oubliée (mais Prix Nobel de littérature en 1938) : « Vent d’Est, Vent d’Ouest » reprenait le thème de la rencontre entre la vieille Chine mandarinale et l’Occident, en l’occurrence les États-Unis. En 2017, ce titre prend toute sa signification avec la rencontre, il y a quelques semaines, de Xi Jinping et de Donald Trump en Floride. Soyons honnêtes, les rôles sont quelque peu inversés : c’est Xi qui est le chantre de la mondialisation alors que Donald parle – en partie au moins – au nom d’une Amérique bien frileuse.

D’un côté, Xi Jinping a pour objectif la consolidation de son pouvoir à l’occasion du Congrès du PCC à l’automne qui correspondra à son « mi-mandat ». D’ici là, il maintiendra la croissance et donc l’emprise de la Chine sur des marchés de matières premières dont elle est pratiquement pour tous les produits – le premier importateur mondial.

Paradoxalement, c’est le Vent d’Ouest qui est le plus imprévisible. Donald Trump a remis en cause nombre d’accords commerciaux (TPP, Alena…) a forcé le ton en matière de protection douanière sans que l’on parvienne à discerner ce qui est du fond et ce qui tient de la posture.

Ajoutons enfin quelques « vents » plus secondaires comme la Russie de Poutine et l’on comprendra combien les marchés sont encore toujours aussi passionnants.

 

 

13 mai 2017

États-Unis

 

À peine pensait-on que Donald Trump était à peu près rentré dans les cordes d’une présidence « presque » normale, et le voilà qui limoge le patron du FBI, successeur lointain d’un Edgar Hoover devant lequel tremblaient les présidents.

James Comey n’avait pas vraiment brillé dans sa gestion des affaires récentes au moment de la campagne électorale qu’il s’agisse des e-mails d’Hillary Clinton ou des liens supposés entre l’équipe Trump et la Russie. C’est sur ce dernier sujet que plane encore le doute et un risque pour Donald Trump qu’il est probablement exagéré de comparer à ce que fut le Watergate pour Richard Nixon. Soudain, en tous cas, les rumeurs d’« impeachment » ont fleuri à nouveau et le « côté sombre » de Donald Trump est revenu hanter la Maison-Blanche.

Peu à peu pourtant l’administration américaine se met en ordre de bataille : les derniers ministres ont été enfin confirmés, mais il manque encore une bonne partie des échelons inférieurs (under secretaries et autres…). L’affaire du patron du FBI montre en tout cas que Donald Trump n’a pas changé depuis l’époque où il animait à la télévision un show télévisé durant lequel il sélectionnait des candidats pour diriger une entreprise. « You’re fired » avait-il l’habitude de crier aux malchanceux. Avec le FBI, c’est quand même une autre histoire.

 

 

11 mai 2017

Élections et société civile

 

En Marche vient de publier la liste de ses candidats pour les législatives. Elle fait la part belle à des visages peu connus et à la société « civile » quelque peu « people » comme le mathématicien Cédric Villani, la matadora Marie Sara ou le juge Eric Halphen.

Cette expression société civile est éminemment ambiguë. On l’oppose d’habitude au monde militaire, voire éventuellement à l’univers clérical. Mais là, la société civile est comprise en opposition au monde politique. On imagine les politiques coupés des réalités de la vie réelle par opposition à une société civile aux racines et au réalisme plus profonds.

Périodiquement, les dirigeants politiques ont imaginé pareille « ouverture » au niveau ministériel. La plupart des ministres ainsi nommés (à la notable exception de Christine Lagarde) ne furent guère marquants.

Il est vrai que ces dernières années, le profil des députés a changé : de plus en plus de « professionnels » n’ayant jamais connu que la vie politique en commençant comme assistant parlementaire. Le renouveau d’En Marche est donc bienvenu. Mais il ne faut pas se faire d’illusion : la politique est un vrai métier à plein temps : la vie d’un député de base est particulièrement ingrate s’il ou elle cherche à exercer son métier avec conscience. Il n’est pas sûr que Cédric Villani ou Maria Sara l’aient compris.

 

 

9 mai 2017

Noisettes

 

Quel lien y a-t-il entre le président turc R.T. Erdogan et le Nutella ? A priori aucun sauf passion cachée du nouveau sultan ottoman. Mais en cherchant bien, on trouve… les noisettes : les noisettes, indispensable ingrédient de la célèbre pâte à tartiner dont la Turquie pèse les trois quarts de la production mondiale, en provenance pour l’essentiel des régions de la mer Noire dont est originaire la famille d’Erdogan et qui sont l’un de ses principaux fiefs électoraux.

En Turquie, le prix des noisettes est une affaire tout aussi importante que le prix du porc en Bretagne : 4 millions de personnes dépendraient ainsi du seul secteur de la noisette dont la production et donc le prix sont particulièrement instables : il y a deux ans, à la suite de mauvaises récoltes, les prix avaient flambé à 40 livres turques le kg. Mais avec deux bonnes récoltes, les prix étaient tombés entre 20 et 25 livres. Le gouvernement turc a donc décidé d’agir une semaine à peine après le referendum péniblement remporté par Erdogan. Une agence publique (l’office des grains) a commencé à acheter des noisettes pour soutenir les cours qui se sont appréciés de 10 % en quelques jours.

Il est bien dommage que la Turquie s’éloigne de l’Europe : la Politique Agricole Commune aurait trouvé dans les noisettes un nouveau champ d’application et sur ce point au moins, la Turquie aurait fait cause commune avec la France, confrontée aux mêmes problèmes pour le porc ou le lait.

 

 

7 mai 2017

Présidentielles

 

La seule incertitude était celle du score et, après la médiocre prestation de Marine Le Pen lors du duel télévisé, le chiffre final (66/34) ne fut guère une surprise même s’il faut tenir compte des abstentions (25 %) et aussi des votes blancs et nuls (9 %). Emmanuel Macron n’a réuni sur son nom que la moitié des électeurs inscrits.

Pour autant, sa victoire est incontestable tout comme son parcours sans faute depuis ce jour de mai 2016 où le jeune ministre de l’Économie nous avait fait le plaisir d’une allocution à l’occasion du trentième anniversaire du rapport CyclOpe.

Au Louvre, c’était la foule des grands soirs, mais la fête tourna assez rapidement court après une entrée du nouveau président traversant seul la cour du palais sous les accents de l’Hymne à la Joie de Beethoven dans une sorte de « remake » un peu surjoué de François Mitterand au Panthéon en 1981.

C’est qu’un sondage vint rapidement doucher les enthousiasmes : plus de 60 % des électeurs ne souhaitent pas donner une majorité parlementaire au nouveau président. Sur les plateaux, les couteaux étaient sur la table et François Baroin, qui va mener le combat pour LR et UDI promettait l’excommunication à quiconque serait soupçonné de macronisme. Ceci donne le ton pour des législatives dont le résultat risque de paralyser un peu plus la France.

 

 

4 mai 2017

Varia

 

Alors qu’en France monte une certaine anxiété à propos du second tour de la présidentielle, des ralliements à Marine Le Pen explicites (Dupont Aignan) ou implicites (Sens Commun), de la menace d’abstention et de votes blancs plus importants qu’à l’habitude, il n’est pas mauvais de scruter l’actualité internationale, pour se détendre un peu.

Deux faillites tout d’abord : celle d’Alitalia, la compagnie aérienne nationale italienne que même le soutien d’Emirates, la compagnie des émirats, n’a pu sauver de ses blocages syndicaux ; celle de Porto-Rico, un territoire américain au statut hybride victime d’un endettement vertigineux. Au même moment pourtant, le chômage continuait à diminuer un peu plus aux Etats-Unis en « métropoe » à 4.4 %. Porto Rico est aux Etats-Unis ce que la Guyane ou la Guadeloupe sont à la France.

La nouvelle « chinoise » de la semaine, c’est le lancement du premier jet commercial, le C919 « made – presque entièrement – in China ».

Enfin, alors que le pétrole passait sous la barre des $ 50 le baril et que les prix « spot » du charbon flambaient à la suite d’un cyclone en Australie, le Royaume-Uni célébrait son premier jour « sans charbon » depuis le XIXe siècle. Ce jour-là toute l’électricité produite pour les sujets de sa gracieuse Majesté le fut à partir de nucléaire, de gaz naturel ou d’énergies renouvelables.

 

29 avril 2017

100 Jours de Trump

 

Donald Trump vient d’atteindre le seuil symbolique des « 100 jours » avec un bilan bien faible à l’exception de quelques décrets à la portée plus symbolique que réelle. L’artiste du tweet n’aura que bien peu tenu ses promesses et il semble bien que l’on assiste à une reprise en main de la Maison-Blanche par le clan « Goldman » soutenu par le couple « princier » formé par la fille de Donald et son époux.

C’est ce clan qui est à l’origine de la première mesure radicale proposée dans le domaine fiscal : le passage de l’impôt sur les sociétés de 39,6 % (ce qui était un des taux parmi les plus élevés au monde) à 15 %. À la clé, il y a les quelques $ 3000 milliards de liquidités détenues par les grandes entreprises américaines à l’étranger. Ainsi Apple est assis sur une trésorerie de $ 250 milliards détenue hors des États-Unis : à la fin de 2016, Apple gagnait $ 3,6 millions à l’heure. L’administration prévoit une véritable amnistie fiscale pour inciter un rapatriement de ces avoirs qui pourraient être réinvestis aux États-Unis. A priori, ce genre de mesures devrait passer sans trop de problèmes devant le Congrès.

Tout autre demeure le problème du remplacement de l’Obamacare et là, l’obstacle du Sénat semble impossible à enfoncer.

Voilà 100 jours qui ont en tous cas « banalisé » Donald Trump.

 

 

22 avril 2017

Élections

 

 

La campagne électorale s’est achevée sur une dernière émission télévisée et quelques ultimes meetings symboliques (Hamon à Carmaux chez Jaurès) endeuillés par un attentat sur les Champs-Élysées. L’heure est maintenant au silence et aux interrogations.

De mémoire d’électeur (ce qui pour l’auteur de ces lignes remonte à 1974 et l’élimination de Jacques Chaban Delmas par Valery Giscard d’Estaing) jamais n’a régné pareille incertitude quant aux qualifiés possibles au second tour. Toutes les combinaisons sont imaginables y compris même un duel Macron-Mélenchon. Nos quatre mousquetaires se tiennent à l’intérieur de la marge d’erreur de sondages dont la fiabilité apparaît de plus en plus douteuse.

Tout est possible donc, mais il y a une certitude. Le modèle politique français est profondément ébranlé. Des quatre, seul François Fillon – qui n’est pas le mieux placé – pourrait disposer d’une majorité parlementaire cohérente (et encore…). Jusque-là, le président élu a toujours « régné » avec un parlement à sa botte, en dehors des périodes de « cohabitation ». François Hollande disposa ainsi d’un pouvoir quasi absolu, le plus important de toutes les démocraties occidentales. Qu’en sera-t-il demain? Il est un peu tard pour se préoccuper de ces « détails » qui pourtant feront l’essentiel des préoccupations des prochaines semaines.

 

 

18 avril 2017

Turquie

 

R. T. Erdogan l’a donc emporté. La victoire est tellement courte (51,3 %) qu’elle risque d’être contestée et cela d’autant plus que l’AKP au pouvoir disposait de toutes les forces publiques disponibles pour influencer les électeurs. Mais, il y a peu de chances qu’Erdogan accepte quelque concession que ce soit. Il serait donc au pouvoir jusqu’en… 2029 !

Faut-il interpréter ce vote turc comme une nouvelle victoire de l’islam ? Ce n’est certainement pas le cas et il est plus raisonnable de parler d’un vote « Ottoman ». L’Empire ottoman disparut dans le fracas de la Première Guerre mondiale non sans avoir remporté une victoire notable sur les Alliés aux Dardanelles où s’illustra le jeune général Mustafa Kemal. Alors qu’à Versailles, on s’en partageait les dépouilles avec le rêve même du retour de Constantinople à la Grande Grèce, Kemal infligea aux Grecs de sanglantes défaites en Asie Mineure et restaura une Turquie, amputée de son empire dont il fit une république militaire laïque. Le kémalisme s’est éteint depuis longtemps l’armée s’est installée dans ses privilèges ; la démocratie laïque s’est enfoncée dans l’instabilité politique et la corruption. Un moment, la Turquie a été saisie du rêve européen, mais la priorité donnée aux PECO a trop fragilisé l’Europe pour lui permettre d’aborder avec sérénité le dossier turc. La voie dès lors était ouverte pour le renouveau ottoman d’Erdogan appuyé par une bonne partie des milieux d’affaires rassurés par la purge subie par les islamistes de son ancien mentor. Voilà pour comprendre ce vote turc. Il reste à voir ce qu’Erdogan va faire de sa « voie ottomane ».

 

 

17 avril 2017

Élections

 

À une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, quatre candidats sont au coude à coude, plus ou moins autour de 20 %. Le jeu de chaises musicales de ces dernières semaines ayant été impitoyable pour Benoît Hamon, il reste l’extrême droite (Le Pen), la droite (Fillon), le centre gauche (Macron) et la gauche profonde (Mélenchon). Jamais dans la courte histoire de la Ve République, pareille situation ne s’est présentée, chacun des quatre ayant raisonnablement des chances de figurer au second tour. Ces derniers jours, les positions de Le Pen et Macron se sont érodées alors que Fillon et surtout Mélenchon remontaient. Jean-Luc Mélenchon est sans conteste la grande surprise de cette dernière « ligne droite ». Ses réunions (encore à Toulouse aujourd’hui) sont de véritables fêtes populaires et personne ne semble vraiment s’inquiéter de ses incohérences comme l’adhésion à la grande fraternité  

«bolivarienne » de feu Nicolas Chavez du Vénézuéla ! Mais en 2012, crédité de 15 % à 16 % dans les sondages, Mélenchon n’avait réalisé que 11 % des suffrages. La remontée de François Fillon – alors que s’estompe peu à peu la fumée des affaires – est-elle aussi frappante alors même qu’Emmanuel Macron semble marquer le pas tout comme Marine Le Pen.

Il reste sept jours et tant d’indécis et d’hésitants. Il y a là, pour la France l’opportunité de faire un choix radical, certainement pas celui des extrêmes, moins encore de l’eau tiède. Au-delà des programmes, ce qui compte maintenant c’est la capacité des hommes à conduire le changement. À chacun de juger en son âme et conscience.

 

 

15 avril 2017

Femmes du Tiers Monde

 

Il y avait à Urrugne, petite commune basque entre Saint-Jean-de-Luz et l’Espagne, un cinéma municipal, menacé de disparition à l’heure de la télévision, des DVD et des multiplexes. Heureusement, le conseil municipal a choisi d’en faire un cinéma d’art et d’essai dont la programmation est particulièrement exigeante. Deux films en ce week-end pascal nous ont marqués. « Mai Morire », un film mexicain de 2012 de Enrique Rivero et « Félicité » un film français d’Alain Gomis de 2015 dont l’action se passe à Kinshasa (Congo). Dans les deux films, le personnage central est une femme : une paysanne qui travaille à Mexico, mais qui vit dans sa banlieue lacustre ; une chanteuse de bar dans l’immense métropole de Kinshasa. Chacune à sa manière tient son foyer et sa famille, se débat face au manque d’argent, utilise les réseaux de solidarité l’une pour sa grand-mère, l’autre pour son fils amputé d’une jambe. Les hommes comptent peu et paraissent bien falots : tout repose sur ces « mères courages » dont on saisit une tranche de vie et de destin.

C’est là une réalité profonde et trop méconnue du monde en développement : la place fondamentale des femmes, pilier de la vie sociale et économique, un modèle matriarcal qui permet de mieux comprendre la résilience de certaines sociétés. De Kinshasa à Mexico, la pauvreté est la même, mais la dignité aussi. Elles se débattent face à un destin qui semble devoir les broyer. Aucun de ces films ne juge mais leur seule issue est dans le rêve de ces femmes.

 

 

Frères chrétiens et notamment catholiques, vous me faites mal, par votre lâcheté pour certains, votre aveuglement pour d’autres.

Aveuglement de tous ceux qui ouvertement sont prêts à se rallier à Marine Le Pen, ou au moins à lui apporter son suffrage en oubliant ce sur quoi le Front national a, au fil des années, bâti sa progression : le refus de l’autre, le racisme, le repli sur soi, au fond tout le contraire des valeurs d’un « homme nommé Jésus » que nous nous efforçons bien maladroitement de suivre et que nous écoutons le dimanche d’une oreille parfois distraite. Face à la déchristianisation qui marque la société française, soyez missionnaires au lieu de vous replier sur vos propres ghettos. Certes Emmanuel Macron ne porte pas toutes nos aspirations chrétiennes et son discours sur la famille n’est pas dénué d’ambiguïté. Mais il a été le premier à reconnaître l’erreur politique des lois Taubira qui ont si profondément fracturé la société française. Et sur ces sujets Marine Le Pen fut tout aussi ambiguë. Et puis, de toute manière faut-il confier au débat politique – par essence réducteur – des questions aussi fondamentales sur lesquelles nous ne sommes quand même pas les seuls à détenir la vérité. Aveugles, oui, vous l’êtes, mais de grâce acceptez qu’avec un peu de salive et de poussière, vos yeux s’ouvrent sur des réalités bien peu recommandables.

Lâcheté aussi de ceux qui benoîtement préfèrent se laver les mains qu’ils soient politiques avec des arrières pensés sur la recomposition de la droite ou sur leur simple survie électorale et puis vous aussi « nos seigneurs » les évêques dont la prudence prêterait à sourire si le sujet n’était pas si grave. En son temps, le cardinal Lustiger nous avait habitués à d’autres engagements et le pape François est loin de pratiquer l’eau tiède avec autant de finesse. L’abstention n’a guère de sens. Que le résultat de ce premier tour – après tant de péripéties – ne soit pas satisfaisant pour nombre d’entre nous est une évidence, mais c’est le jeu d’une démocratie qui se cherche avec au moins le mérite de la diversité… D’autres échéances électorales dès le mois de juin permettront de rectifier ou au moins de préciser le tir. L’abstention ou le vote blanc est une manière un peu trop facile de se donner bonne conscience en cédant aux ambiguïtés du « ni-ni ».

Bien sûr, les paroles qui précèdent sont valables pour tous, mais il y a encore en France une référence chrétienne, une exemplarité chrétienne, et même devenus minoritaires les chrétiens sont écoutés et les paroles de nos papes de Jean-Paul à Benoît et François portent bien au-delà de nos églises.

Économiste – et aussi chrétien engagé – j’avais choisi le programme de François Fillon que j’ai soutenu jusqu’au bout. Au-delà de ma déception, je porterai mon suffrage sur Emmanuel Macron en espérant qu’il saura entendre le message de tous ceux qui auront voté pour lui moins par choix que par recours.

 

9 avril 2017

Campagne électorale

 

En ce dimanche ensoleillé, deux candidats, désormais au coude à coude tenaient leur dernier grand meeting à quinze jours du premier tour : Jean-Luc Mélenchon à Marseille et François Fillon à Paris.

Mélenchon a fait du très grand Mélenchon ! Le vieux port et la Cannebière étaient combles. Seul en scène, l’artiste arpentait son estrade sur le thème de la politique internationale, n’hésitant pas à brandir un rameau d’olivier à la mémoire de tous les migrants disparus dans la Méditerranée, un beau geste symbole en ce dimanche des Rameaux !

À la Porte de Versailles à Paris, François Fillon donnait au même moment dans le classique avec ce sourire de « clown triste » sur lequel s’abattent toutes les calamités possibles, qui lui va si bien. Sur l’estrade, on retrouvait le quarteron de ses fidèles au premier rang desquels on reconnaissait Jean-François Copé…

Les voilà désormais au coude à coude, à quelques points du duo de tête, Le Pen et Macron, dont l’avance toutefois ne cesse de s’éroder. Ils sont quatre au fond à tourner autour des 20 % et à rester dans la course, Benoît Hamon étant déjà virtuellement éliminé. L’heure n’est plus vraiment aux programmes, qui auront été les grands oubliés de cette campagne. Tout va se jouer sur les hommes en particulier auprès des indécis, de tous ceux qui hésitent entre vote protestataire et vote utile. Toutes les combinaisons semblent maintenant possibles pour le second tour : passionnant, mais aussi inquiétant.

 

 

7 avril 2017

Guyane

 

La colère gronde en Guyane. La visite de quelques ministres et la promesse d’un milliard d’euros n’ont pas suffi à calmer les manifestants organisés de manière originale (500 personnes masquées) et qui court circuitent les traditionnels relais politiques ou syndicaux.

L’échec de la Guyane, c’est plus largement celui de l’outremer français, départements et territoires confondus. Ce sont des communautés vivant sous la perfusion de la métropole, profitant – mal– d’un état-providence qui les aliène, en proie bien souvent à la corruption et à la prévarication, suscitant malgré tout l’envie de leurs voisins et donc des flux d’immigration bien difficiles à contrôler. Le cas de la Guyane est de ce point de vue exemplaire. L’activité économique y est limitée à un « extra-terrestre » (Kourou), à un peu d’agriculture et à de l’orpaillage clandestin. L’immigration du Brésil ou du Surinam y est considérable. Mais on y maintient l’illusion de la France, de ses règles, de ses normes, du statut de ses fonctionnaires. C’est un étrange croisement du Tiers-monde et du « 93 » avec d’ailleurs la même impuissance des ministres de passage.

Que faire alors ? Donner de l’argent et les deux milliards que souhaitent les manifestants ? Cela ne peut avoir de sens que si cela s’appuie sur une véritable démocratie locale et peut-être justement sur ces « grands frères » qui pour l’instant avancent masqués. Mais l’échec de l’outremer français est aussi une leçon en matière de développement économique. La Guyane pourrait en être le laboratoire. Espérons-le.

 

 

6 avril 2017

Ukraine

 

Quelques jours à Kiev, c’est la lecture d’un livre d’histoire ouvert depuis un millénaire et le baptême de la « Rus », née en ces terres ukrainiennes. Les mosaïques de la cathédrale Sainte-Sophie du XIe siècle sont bien byzantines. Mais le pouvoir passa vite à Moscou puis à Saint-Pétersbourg et l’Ukraine ne retrouva jamais son indépendance, Kiev devint une ville de province qui profita un peu de la croissance économique du XIXe siècle en adoptant une architecture « austro-hongroise ». Vint ensuite le temps des destructions, celles du stalinisme puis celles de la guerre et des Allemands. De l’après-guerre, Kiev a hérité quelques beaux exemples de l’architecture soviétique. Et puis vint le temps de l’indépendance, la première de l’histoire en réalité, le temps des révolutions et des désillusions. On le retrouve à Kiev dans un urbanisme désordonné où cohabitent – comme dans une cité du tiers-monde – immeubles en ruine et bâtiments de luxe. La page du communisme tourné, on a rebâti des églises dont les clochetons dorés brillent comme jamais. Mais des banlieues démesurées de l’autre côté du Dniepr collectionnent des alignements sans âme d’immeubles décatis.

Il en est un peu de même d’une économie ukrainienne qui peine à s’arracher à l’emprise russe et dont l’un des seuls véritables succès est agricole avec un niveau d’exportations qui fait à nouveau de la mer Noire le centre du monde céréalier. Ce ne sera malheureusement pas suffisant.

 

 

4 avril 2017

Afrique du Sud

 

Standard and Poors vient de dégrader l’Afrique du Sud au rang de « junk », les « papiers » les plus pourris que l’on s’échange sur les marchés en se bouchant le nez. Le président Zuma vient en effet de remanier son cabinet et de remplacer son ministre des finances, Pravin Gordhan, par l’un de ses proches sans véritable expérience.

Pravin Gordhan était le dernier rempart d’une gouvernance réaliste – et honnête – face aux débordements de Jacob Zuma et de sa clique. L’Afrique du Sud s’enfonce désormais dans une crise dont on ne voit aucun dénouement possible dans la mesure où le comité exécutif de l’ANC (le parti au pouvoir) continue à soutenir Zuma.

C’en est bien fini du rêve des BRICS dont l’Afrique du Sud était le maillon africain. Soyons honnêtes : l’Afrique du Sud n’a jamais été un pays émergent. Elle a pu faire illusion un moment à la belle époque de Mandela. Mais la médiocrité de ses successeurs, et plus largement de la classe politique issue de la deuxième génération de l’ANC, a mis un terme à tous les rêves d’un miracle africain. Après tant d’années d’apartheid, était-il d’ailleurs raisonnable d’espérer autre chose ? Il y a tant de démons qui hantent aujourd’hui l’Afrique du Sud que l’on a du mal à lui imaginer un avenir paisible. Mais au-delà de l’Afrique du Sud, c’est le Zimbabwe de Mugabe, le Congo de Kabila et plus au nord, l’Ouganda et le Soudan qui font de l’Afrique australe un véritable chaudron.

 

 

3 avril 2017

Lenine et Tesla

 

Non, ce n’est pas la chronique du 1er avril, mais il y a de quoi sourire un peu dans l’actualité. Les électeurs équatoriens viennent d’élire Lenine et en bourse aux États-Unis, Tesla a dépassé Ford en termes de capitalisation boursière.

En Équateur donc, le choix des électeurs s’est porté de justesse sur Lenin Moreno, qui succédera à son mentor Rafael Correa qui était le dernier survivant de la gauche sud-américaine, le Venezuela n’étant plus vraiment représentatif. On peut imaginer que le petit Lenine avait des parents solidement communistes dans l’Équateur de l’après-guerre. Son problème est que son prédécesseur avait développé une conception très personnelle du pouvoir et que le pays est profondément divisé…

À la bourse de New York, Tesla, le fabricant de quelques milliers de voitures électriques dont le marché demeure confidentiel vaut donc plus cher que Ford, l’inventeur – avec la Ford T – de la voiture populaire et du fordisme en tant que modèle industriel et social. Même si Ford est un peu sur le déclin, il y a quand même là tout un symbole. Au demeurant, les valorisations en question ($ 45 milliards) demeurent raisonnables au moins en ce qui concerne Ford. Pour Tesla, on a du mal à faire la part de la bulle et de la réalité. Éon Musk est un remarquable vendeur, mais pour l’instant, des fusées au transhumanisme en  passant par les batteries électriques, il n’a produit que du vent.

 

31 mars 2017

Trump et le charbon

 

Après avoir pris une gifle il y a une semaine en étant incapable de rallier la majorité républicaine de la Chambre des Représentants pour remplacer l’Obamacare, Donald Trump a rebondi sans prendre de risques et par un simple décret (executive order), il a modifié en profondeur le « Clean Power Plan » de son prédécesseur. Du fait de sa faiblesse politique, Barack Obama avait pour l’essentiel dirigé par décrets (à l’exception notable de l’Obamacare). Le problème est que ces décrets peuvent être annulés par d’autres décrets du nouveau président. Le « Clean Power Plan » visait à imposer des normes minimales aux centrales thermiques les plus polluantes et à accélérer leur réduction d’émissions de carbone (un objectif de baisse de 32 % entre 2005 et 2030). La décision de Donald Trump va probablement retarder une évolution de toute manière inéluctable. En 2016, en effet, pour la première fois, le gaz naturel a dépassé le charbon dans la production d’électricité américaine : 34 % contre 30 % (et 15 % pour le renouvelable y compris l’hydro-électricité). Aux États-Unis, le charbon est condamné par la concurrence du gaz de schiste et les promesses de Trump aux mineurs de charbon ont peu de chance d’être tenues sauf à développer un peu plus les exportations vers de gros consommateurs comme l’Inde et même la Chine.

Que Donald Trump le veuille ou non, le charbon est en train de disparaître lentement de la scène énergétique américaine. Ce n’est pas pour autant une raison pour l’exporter !

 

 

30 mars 2017

Manuel Valls

 

Après le temps des trahisons à droite, voici celui des trahisons à gauche. Au moins, ceux qui ont abandonné François Fillon pouvaient-ils arguer de l’éthique morale. Mais à gauche, c’est simplement le vent de la défaite qui souffle. François Fillon et Benoît Hamon ont en commun tous les poignards de leurs « amis » qui les ont déchirés.

Voilà donc Manuel Valls qui se renie. Il estime – en son âme et conscience – qu’il ne peut soutenir le programme de Benoît Hamon. Certes celui-ci est un peu à gauche, mais enfin Manuel Valls, au parti socialiste, a été habitué à faire le grand écart entre les promesses de campagne et les réalisations effectives. Participant aux primaires, il avait pris un engagement de soutenir le vainqueur, quel qu’il soit. En se reniant, il donne des politiques – de tous bords – la pire des images. Il contribue aussi à accélérer le très probable éclatement du Parti socialiste. Celui-ci avait pourtant survécu aux guerres entre courants et petits chefs au point de susciter une certaine admiration pour pareille résilience, ultime héritage de François Mitterrand. Mais cette fois-ci, Solférino (qui ne fut pas une bien grande victoire de Napoléon III) risque de rimer avec Waterloo et le PS de partir en morceaux, d’autant plus que l’on voit mal comment Benoît Hamon va pouvoir se remettre de ce coup de poignard.

Il reste que le cadeau est bien ambigu pour Emmanuel Macron qui apparaît de plus en plus comme l’héritier naturel de François Hollande. Voilà un héritage dont il voudrait bien se passer.

 

 

29 mars 2017

Bexit

 

Alea jacta est ! Theresa May a franchi le Rubicon et active le célèbre article 50 de la Constitution européenne. Lentement, le paquebot britannique va s’éloigner du quai européen, mais il ne fera route vers le grand large que dans deux ans.

Il n’y a pas là de bien grande surprise puisque Theresa May est arrivée au pouvoir sur le mandat bien précis de gérer le Brexit après le « passage à vide » de ses principaux promoteurs à l’image de Boris Johnson, devenu un bien falot ministre des Affaires étrangères. Confrontée à une décision contre laquelle elle s’était prononcée, convenons que Theresa May fait bonne figure et se prépare à défendre avec hargne la cause britannique pour parvenir à un Brexit le plus « soft » possible. La capacité des Britanniques à négocier est bien connue surtout face à une position européenne dont l’unité ne sera pas la qualité première.

Mais à peine Theresa May avait-elle envoyé son courrier à Bruxelles (par Eurostar quand même…) que son homologue écossaise décidait d’un nouveau référendum à l’issue certes imprévisible avec la baisse des prix du pétrole, mais qui ne manquera pas de la fragiliser un peu plus. Et déjà, les différents pays européens se déchirent pour quelques morceaux des dépouilles financières de la City. On n’a pas fini de parler de ces négociations qui promettent d’être quelque peu sanglantes. Mais Theresa May les aborde – au plan intérieur – en position de force entre un Boris Johnson maté et les Travaillistes de Jeremy Corbyn inexistants. C’est là sa seule compensation.

 

 

27 mars 2017

Turquie

 

Alors que l’Europe célèbre son anniversaire à Rome, un futur ex-président ne cesse de faire des siennes. La Turquie de R. T. Erdogan a réussi presque l’impossible : unir tous les pays de l’Europe pour condamner à juste raison les dérapages de son président, en passe d’assumer un pouvoir dictatorial.

Longtemps, la Turquie fut un modèle. Sous la férule de Mustafa Kemal, elle rejeta son passé ottoman pour s’adapter aux normes occidentales, et cela avec un certain succès. Malheureusement, la démocratie laïque s’embourba quelque peu tandis que l’armée prenait peu à peu une place démesurée et prédatrice. La Turquie restait néanmoins une démocratie et frappait avec insistance aux portes de l’Europe. Elle avait quelques raisons tant historiques qu’économiques. Longtemps, la Turquie égéenne fit partie de la Grande Grèce et de cet espace méditerranéen berceau des civilisations hellénistiques et judéo-chrétiennes. Quand Paul s’adressait aux Ephrésiens, c’était bien les ancêtres des habitants actuels d’Izmir. République laïque, la Turquie avait tout autant sa place dans l’UE que la Bulgarie au Chypre, deux anciennes terres ottomanes. Comme on le sait, le dossier turc s’est perdu dans les méandres bruxellois. Et puis, la Turquie s’est radicalisée aux carrefours d’un islamisme ottoman dont Erdogan est devenu la figure de proue. Il n’est plus question d’Europe si ce n’est pour se faire financer quelques « camps » pour réfugiés. Au cœur du « grand jeu », la Turquie profite de la situation – et la démocratie turque s’évanouit peu à peu.

 

25 mars 2017

Traité de Rome

 

Il y a soixante ans six pays européens s’engageaient à Rome dans une longue aventure dont aucun des signataires de l’époque n’imaginait quelle en serait l’ampleur. La nouvelle du Traité de Rome passa d’ailleurs presque inaperçue : le Financial Times, un quotidien certes britannique, ne traita l’événement qu’en page 7, comme un vulgaire fait divers.

Il y avait eu la CECA (charbon et acier) mais aussi l’échec de la CED (défense) par la faute du Parlement français et des gaullistes alliés pour la circonstance aux communistes. Il y avait eu aussi des velléités agricoles (le Pool Vert) sans véritable réussite. Le Traité de Rome créa donc le « Marché commun » et puis aussi Euratom à la demande de la France.

Signé le 25 mars 1957, le Traité de Rome est l’œuvre d’une génération de démocrates chrétiens (Schumann, Adenauer, de Gaspéri) et de socio-démocrates (Spaak). En France, il est un peu le

champ du cygne de la IVe République et il n’est pas sûr d’ailleurs que De Gaulle l’eut signé…

Soixante ans plus tard, imagine-t-on le continent européen sans l’Europe ? Bien sûr, il y a eu des erreurs et des ratés, mais l’Europe est allée de l’avant, de l’agriculture à la monnaie unique et surtout à la réalisation d’une identité européenne grâce à l’immense brassage de jeunes que représente par exemple un programme comme Erasmus et ses innombrables « auberges espagnoles ». Au quotidien, c’est ce qui a émerveillé le plus un professeur d’université qui ne peut imaginer que des politiques irresponsables veuillent briser cette part de rêve.

 

 

22 mars 2017

Présidentielle

 

Il y a quelque lassitude à commenter la campagne électorale française. Pourtant, tout semblait enfin se normaliser : onze candidats, six « petits » et cinq « gros » dont le premier débat télévisé (plus de trois heures !) fut de bonne qualité. Et puis à nouveau de la boue : un ministre de l’intérieur sacrifié sur l’autel de la transparence et puis surtout à nouveau le Canard Enchainé dans ses basses œuvres, alimenté par des magistrats de plus en plus bavards…

De ce premier débat télévisé, il était bien difficile de désigner un vainqueur : les deux meilleurs tribuns, Mélenchon et Le Pen, se sont détachés face à un Macron qui comme à son habitude a cherché à tout concilier sans vraiment s’engager, à Hamon qui a raté son examen de passage et à un Fillon qui a limité la casse, mais qui n’était pas au mieux sauf vers la fin, au moment où la plupart des téléspectateurs avaient probablement regagné leur lit.

Les sondages – pour ce qu’ils valent – ont confirmé le recul d’Hamon et la poussée de Macron. Pris dans un enchaînement mortifère de « révélations » et de trahisons, François Fillon en est réduit à son pré carré de fidèles, un peu en dessous de 20 % de l’électorat, un score insuffisant pour figurer au second tour où se rencontreraient donc Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ce dernier remportant donc la palme. C’est exactement le raisonnement qui était tenu début octobre en faveur d’Alain Juppé… Rarement, la volatilité de l’électorat français aura été aussi grande et donc les projections aussi imprévisibles. « La hausse est à craindre, la baisse est à redouter » : chacun sur ce curieux échiquier doit conserver en mémoire ce dicton des marchés financiers.

 

 

20 mars 2017

G 20

 

Au XIXe siècle, une bonne partie de la diplomatie européenne aimait à tenir ses assises dans les villes d’eaux, entre Spa et Marienbad, Plombières, Vichy et Baden-Baden. C’est à Baden-Baden que renouant avec cette tradition l’Allemagne avait choisi de réunir le « G20 finances ». Il s’agit-là d’habitude d’aimables réunions entre pairs dont les communiqués finaux ont été peaufinés à l’avance par les sherpas de service. Cette fois-ci, il s’agissait d’introniser le nouveau Secrétaire au Trésor américain, Steve Mnuchin, un ancien de Goldman.

Manifestement, celui-ci n’était pas venu seulement pour prendre les eaux quoique celles-ci auraient pu adoucir l’acidité de la position américaine. En effet, le communiqué final du G20 fait pratiquement l’impasse sur le couplet habituel insistant sur la facilitation des échanges mondiaux et ignore totalement les engagements sur l’environnement. Les États-Unis revendiquent ainsi le droit au protectionnisme et tournent le dos aux accords tant multilatéraux (OMC) que régionaux (Pacifique, Atlantique). L’accueil glacial que Donald Trump a réservé, deux jours plus tôt, à Angela Merkel est un autre signe de ce nouvel isolationnisme américain qui n’est pas sans rappeler les années vingt du siècle passé lorsque les États-Unis refusèrent de ratifier le Traité de Versailles, ne siégèrent pas à la SDN et exigèrent le remboursement des dettes interalliées, avant que d’augmenter leurs tarifs douaniers face à la crise de 1929 qu’ils avaient indirectement provoqué. À méditer…

 

 

16 mars 2017

ISf

 

Revenons à des choses et des débats sérieux dans cette campagne électorale quelque peu « décoiffante ». Parlons fiscalité et faute de « grand soir » (sauf peut-être chez Mélenchon) d’un sujet tabou depuis une bonne dizaine d’années : l’ISF. François Fillon propose de la supprimer. Emmanuel Macron n’ose pas aller jusque-là, mais il en poursuit le détricotage : après les biens professionnels et les œuvres d’art, il propose de sortir l’ensemble des placements financiers ne laissant en fait dans l’ISF que les biens immobiliers et le transformant en un véritable impôt sur « les portes et les fenêtres ». L’idée est de favoriser l’investissement dans des activités susceptibles de relancer la croissance. Mais dans les faits cela revient à pénaliser les « classes moyennes » dont le seul patrimoine est souvent immobilier et à privilégier un peu plus la génération des « start-uppers » dont Emmanuel Macron aime tant à s’entourer.

Soyons francs : l’ISF à la française est inepte et injuste. Les seules solutions cohérentes sont soit de le supprimer, soit de reprendre le modèle suisse, c’est-à-dire de l’étendre à l’ensemble du patrimoine sans aucune exception, biens professionnels compris, sans abattement sur la résidence principale, sans aucune de ces niches qui font les délices des Français et dont E. Macron a du lui-même profiter en son temps…

Mais comme on le voit, le grand soir fiscal n’est pas pour demain.

 

 

14 mars 2017

Pétrole

 

Forte rechute des cours du pétrole. En quelques jours, ils ont perdu plus de $ 5 le baril et pour le brut américain (le WTI) ils sont passés en dessous  de la barre des $ 50.

Pourtant, les chiffres publiés par l’AIE et les agences de presse montrent que les pays de l’OPEP respectent leurs engagements : à 94 % en février grâce, il est vrai, à un gros effort de l’Arabie saoudite qui a compensé quelques mauvais élèves. Du côté des NOPEP, signataires de l’accord de décembre 2016, la discipline est moins grande (30 % à 50 % de respect des baisses de production), mais au total ce sont quand même à peu près 1,3 à 1,4 mbj qui n’ont pas été produits. Cela, le marché l’avait anticipé et beaucoup de fonds d’investissement avaient joué la hausse des prix en prenant des positions « longues ». Ne parlait-on pas de cours à $ 60 et au-delà, il y a quinze jours à peine.

Le problème est que sur le marché physique, il y a beaucoup de pétrole : dans les dernières semaines de 2016, les producteurs ont poussé les feux et il faut résorber les stocks alors que certains comme l’Arabie saoudite cherchent à réduire leur consommation pour maintenir leurs flux à l’exportation. Et puis au-dessus de $ 50 (et peut-être même de $ 40) les pétroles de schiste américains redeviennent rentables et la production est repartie à la hausse. Alors, il a suffi que quelques fonds vendent pour que le marché se réajuste à la baisse. Et ce n’est peut-être pas fini.

 

 

10 mars 2017

 

À une semaine de la date limite du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle de 2017, la situation semble à peu près décantée au moins pour les cinq principaux candidats : Le Pen, Fillon, Macron, Hamon et Mélenchon. Pour les quatre hommes d’ailleurs, la rime est parfaite !

Mais bien sûr, ils ne seront pas seuls : il y aura au moins une candidate « trotskiste », Nathalie Arthaud, un souverainiste, Nicolas Dupont Aignan qui tous les deux ont obtenu les 500 parrainages nécessaires. On peut imaginer qu’au moins un ou deux autres passeront ce « cut » symbolique : Philippe Poutou, l’autre trotskiste, François Asselineau, un autre souverainiste... Par contre, les politiques dissidents comme Rama Yade ou Henri Guaino ne seront probablement pas dans la course.

On peut bien sûr s’amuser de ces « petites » candidatures, mais elles peuvent perturber des résultats qui risquent d’être fort serrés au premier tour dans le trio de tête. On se souvient qu’en 2002, les candidatures « symboliques » de Jean-Pierre Chevènement et de Christiane Taubira avaient provoqué l’élimination de Lionel Jospin.

En tous cas, pour l’instant, à droite comme à gauche ou au centre, les portes claquent. On s’embrasse, on se trahit, on parle programme et éthique pour mieux cacher investitures et ambitions. Rares seront ceux qui pourront sortir de cette campagne la tête haute. Le petit jeu de la politique est bien cruel.

 

 

7 mars 2017

 

Alors que plus de 300 dirigeants de la droite et du centre l’avaient abandonné, François Fillon a finalement retourné la situation en sa faveur grâce au soutien populaire de la manifestation du Trocadéro et à la détermination dont il a fait preuve le soir même devant les caméras de télévision. Objet de toutes les attentions, Alain Juppé ne pouvait que se retirer. L’hypothèse Borloo avancée par les centristes n’était guère sérieuse et le marquage des « quadras » les uns vis-à-vis des autres a bloqué toute initiative sarkozyste en faveur de François Baroin. Alors, François Fillon faute de mieux ? Peut-être, mais pas seulement.

L’homme a en effet fait preuve d’une étonnante résilience dans la crise, ce qui est rassurant pour un candidat à la magistrature suprême. Il s’appuie sur un programme cohérent et ceux qui l’ont abandonné ces derniers jours étaient justement ceux qui en critiquaient l’audace. La campagne peut donc reprendre.

Et cela d’autant plus que certaines voix commencent à se faire entendre fustigeant l’acharnement judiciaire dont serait victime François Fillon. Jean-Eric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil Constitutionnel parle dans Le Monde (21 février) de « procès stalinien ». Dans La Croix (7 Mars), l’écrivain François Sureau (conseiller d’État et avocat) va plus loin en distinguant la règle de l’autorité qui l’applique. L’aveuglement, dont font preuve les juges quant aux conséquences de leur démarche, aboutit à ce que « passions et procédures emportent sur leur passage la démocratie elle-même ». Voilà des réflexions qui permettront peut-être de relativiser les futures épreuves judiciaires de François Fillon.

 

 

5 mars 2017

Trocadero

 

Malgré la pluie, il y avait beaucoup de monde sur l’esplanade du

Trocadéro à Paris à l’appel de François Fillon : 50, 100, 200 000,

la bataille des chiffres n’a guère de sens : la vaste place et les

avenues adjacentes étaient bondées, les manifestants serrés et

les drapeaux tricolores claquaient sous un vent frais.

À la tribune, le carré des derniers fidèles et peu de têtes d’affiche

à l’exception de quelques sarkozystes. Mais le gros de l’état-major

des Républicains brillait par son absence tout comme un centre qui

n’existe plus guère de toute manière. Qu’importe au fond puisque

François Fillon a franchi le Rubicon : il ira donc jusqu’au bout fort

d’une légitimité qui n’est plus celle des appareils.

Curieusement, il rejoint ainsi Emmanuel Macron dans sa démarche.

Celui-ci a bâti En Marche en dehors du PS et a refusé de participer

à la primaire de la gauche. François Fillon, blanchi sous le harnais

politique, a mis plus de temps à s’affranchir de la pesanteur des

appareils. Et il le fait aujourd’hui sous la contrainte fort de la

légitimité que lui a donné son écrasante victoire à la primaire.

Au Trocadéro, cet après-midi, il y avait probablement quelques

militants des Républicains mais surtout des Français qui ne voulaient pa

s que d’un tour de passe-passe judiciaire, on élimine l’homme dans

lequel ils ont placé leurs espoirs. Il faut aussi les entendre.

 

 

3 mars 2017

Programme Macron

 

L’« affaire Fillon », qui se poursuit avec de nouveaux départs, a quelque

peu éclipsé le reste de la campagne et notamment la présentation

– enfin – du programme d’Emmanuel Macron. C’est un étrange mélange

de ruptures fondamentales et de mesures convenues. Le risque, dans pareil

exercice, est de tomber dans un patchwork informe destiné à brasser large.

Il y a un peu de cela dans le programme de Macron, mais l’ensemble demeure cohérent et on reconnaît là la patte de Jean Pisani.

Au chapitre des ruptures bienvenues, il y a l’acte de décès du paritarisme

issu de la Résistance et que nous trainons comme un boulet depuis des

décennies sans oser y toucher. Par contre, l’extension de l’assurance

chômage peut laisser un peu sceptique. Autre rupture majeure, celle des

retraites, mais là le calendrier paraît bien long et il est dommage

qu’il n’ose pas s’attaquer au « tabou » des 62 ans.

La question des calendriers choisis n’est pas bien claire, mais Emmanuel

Macron ne semble pas privilégier la rapidité d’action : il est vrai que

s’il est élu, il perdra bien deux mois à se chercher une majorité parlementaire.

Au chapitre des déceptions, l’absence de réforme fiscale si ce n’est pour

privilégier les revenus du capital immobilier et puis l’annonce de nombre

de mesures d’exonérations ou de subventions qui vont complexifier un

peu plus la vie quotidienne.

Enfin sur l’éducation, bien peu de choses au-delà de quelques bonnes

paroles sur l’autonomie des établissements.

Au final, une bonne copie qui est loin quand même de tenir ses

promesses de la part d’un élève doué qui cède à la facilité : 12/20 !

 

 

2 mars 2017

Fillon

 

En meeting ce soir à Nîmes, François Fillon faisait front et imperturbable

présentait son programme alors qu’autour de lui les abandons se multipliaient.

Ceux-là mêmes qui, à la fin de l’année dernière, dans la certitude de

la victoire se partageaient déjà ministères et maroquins, sentent aujourd’hui

le vent de la défaite et préfèrent rentrer à l’écurie : Bruno Le Maire,

qui se voyait au quai d’Orsay, a été le premier à se draper dans le voile

auguste de la morale et de l’éthique. Les centristes de l’UDI, craignant

pour leurs chères circonscriptions ont emboîté le pas. Et puis, ce

furent dans le désordre des députés, des sénateurs ou des maires,

petits seigneurs attachés à leurs fiefs et prêts à porter ailleurs leurs

serments de vasselage.

Même l’observateur le plus cynique de la vie politique portant le

regard le plus sceptique sur les élans lyriques de ses représentants

ne peut qu’être surpris de pareille lâcheté collective. Il est exact que

François Fillon échappait un peu aux appareils et que les logiques de clan

(sarkozystes, juppéistes…) ont repris le dessus. Mais il y a dans cette

curée quelque chose d’indécent. François Fillon est à terre et aucune

main ne se tend vers lui, ni de ses amis ni de ses ennemis. Tous

voudraient déjà l’oublier.

C’est l’assassinat consciencieux d’un homme politique en prime time

à la télévision. Que demander de mieux ?

 

 

 

1er mars 2017

François Fillon

 

La convocation de François Fillon par les juges chargés de son dossier le 15 mars, c’est-à-dire deux jours avant la date limite du dépôt des candidatures à la présidentielle bouleverse à nouveau la scène politique.

Il n’est pas question bien entendu de remettre en cause la démarche judiciaire et on peut imaginer que les juges ont cherché à accélérer leur instruction pour éviter justement l’après 17 mars qui aurait rendu leur démarche encore plus difficile.

Mais quand même, on ne peut que s’étonner de pareille célérité pour un dossier qui reste relativement mince à l’aune des pratiques du parlement français. La seule logique du droit a bon dos dans une affaire dont le calendrier a été admirablement maitrisé par les « gorges profondes » qui en sont à l’origine. La sortie du Canard Enchaîné fin janvier a été faite juste à temps pour que le parquet financier puisse agir et suffisamment tard pour ne pas laisser de temps ni à la défense de François Fillon ni à un éventuel plan B.

De plus lier le sort de François Fillon à celui de Marine Le Pen, une « vieille » affaire européenne, connue depuis plusieurs mois, mais ressortie opportunément au même moment, tient presque du machiavélisme. En effet, Marine Le Pen n’est pas l’objectif principal tant sa place au second tour de la présidentielle paraît assurée. En associant le sort judiciaire de Marine Le Pen et de François Fillon, c’est bien ce dernier qui est visé et la manœuvre est pour l’instant plutôt réussie.

Bien entendu, il ne s’agit là que d’hypothèses, que de raisonnements poussés au bout de leur logique. La justice en France est indépendante et ne saurait se prêter à pareilles manœuvres…

 

27 février 2017

Présidentielles

 

À moins de deux mois du premier tour des élections présidentielles françaises, le moins que l’on puisse dire est que la situation est de plus en plus confuse pratiquement sur toutes les cases de l’échiquier politique. Deux candidats sont l’objet de poursuites judiciaires : si Marine Le Pen en est peu affectée auprès d’un électorat de toute manière anti-européen, tel n’est pas le cas de François Fillon qui ne peut que souffrir du doute persistant à son égard même si toute idée de plan B semble désormais abandonnée. À gauche, les écologistes ont entériné par vote électronique le retrait de Yannick Jadot (contre quelques plats de lentilles électorales bio ?) au profit de Benoît Hamon. Mais celui-ci n’est pas parvenu à convaincre Jean-Luc Mélenchon du même détachement. Au centre plutôt gauche, Emmanuel Macron continue à engranger des soutiens parfois bien opportunistes.

L’heure est aussi aux programmes. L’avantage de ce côté reste à François Fillon. Emmanuel Macron, quant à lui, a fait du Hollande/Valls à peine retouché, une eau tiède un peu similaire à sa célèbre loi qui était la juxtaposition de mesures (des autocars aux notaires) sans véritable colonne vertébrale. Il en est de même du projet économique qu’il a présenté : une collection d’idées – souvent bonnes – sorte de catalogue à la Prévert, destinées à balayer large, du centre droit aux socialistes, sans heurter personne. Mais c’est ce qui plait, semble-t-il.

 

 

22 février 2017

François Bayrou

 

François Bayrou vient de lever une des incertitudes de cette improbable campagne présidentielle. Il ne se présentera pas mettant un terme au rêve qui l’avait porté presque depuis son entrée dans la vie politique. En 2007, il fut près de créer la surprise avec 18 % des voix au premier tour, mais seulement en troisième position. Héritier de la démocratie chrétienne (le centre démocrate de Jean Lecanuet dans le sillage du MRP), François Bayrou se révéla incapable de fédérer un parti autour de lui et fit peu à peu le vide du CDS à Force Démocrate puis au MODEM. Leader sans troupes d’un centre sans colonne vertébrale, c’est quand même à la droite qu’il a dû d’être élu à la mairie de Pau, ce qui dans la curieuse république jacobine lui a donné la légitimité d’un fief.

En renonçant à se présenter, il a écouté la voix de la raison tant c’eut été pour lui l’élection de trop avec un résultat probablement ridicule.

Mais il a décidé aussi de rejoindre Emmanuel Macron, tout comme l’écologiste éliminé de la primaire de la gauche, François de Rugy. François Bayrou parle des « affaires » et du « programme dangereux » de François Fillon. Il reste en cela attaché, à l’idée d’une France qui pourrait se contenter de demi-mesures comme le fit François Hollande pour lequel François Bayrou appela à voter en 2012.

Fin de la partie, en tout cas, pour François Bayrou et ses rêves.

 

 

20 février 2017

La colonisation

 

La colonisation est-elle un crime contre l’humanité ? À ce beau sujet d’histoire, le candidat Macron à Alger a répondu oui. Le jugement de l’historien doit être beaucoup plus nuancé. Qu’est-ce d’abord qu’un crime contre l’humanité ? C’est bien sûr un crime contre l’homme comme tous les meurtres depuis celui d’Abel par Caïn. En ce sens aussi, toute guerre est un crime contre l’humanité. L’histoire serait longue alors des repentances alors qu’en général dans les traités de paix ce sont les vainqueurs qui imposent leur loi aux vaincus.

La notion de crime contre l’humanité n’apparaît vraiment que dans la deuxième partie du XXe siècle avec une référence absolue et indiscutable : la Shoah. Depuis, on a pu y ajouter quelques épisodes tout aussi barbares au Cambodge ou au Rwanda. L’application rétroactive de cette notion pose bien entendu nombre de problèmes tout comme pour la question du génocide qui lui est lié : l’Arménie certainement, mais la Vendée ; l’URSS stalinienne, mais la crise maoïste ; la traite atlantique, mais la traite arabe… S’il est bien d’ailleurs un crime contre l’humanité, c’est bien l’esclavage, qui fut pourtant la règle tout au long des siècles. Il n’est d’ailleurs peut-être pas inutile de rappeler que l’intervention française en Algérie venait de la volonté de purger Alger, depuis toujours nid de pirates « barbaresques » et plaque tournante de l’esclavage méditerranéen. La conquête française suivit celle des Romains, des Vandales puis des Arabes. Elle ne fut pas exemplaire et la guerre d’Algérie fut l’occasion d’un côté comme de l’autre de véritables crimes. Mais il y eut aussi Albert Camus !

 

 

19 février 2017

Xavier Beulin

 

L’annonce de la mort brutale de Xavier Beulin touche tous ceux qui, proches du monde agricole, avaient été touchés par ce dirigeant atypique dont le discours conciliait tradition et modernité. Xavier Beulin venait d’annoncer qu’il souhaitait « rempiler » pour un troisième mandat de président de la FNSEA. En même temps, il présidait le groupe Avril (autrefois Sofiproteol) autour duquel s’est structuré l’ensemble de la filière oléagineux.

En un temps où le monde agricole est confronté à des défis existentiels et où ses détracteurs critiquent en vrac, la « malbouffe » et le progrès technique, et rêvent d’une « agroécologie » peuplée de « petits » agriculteurs bios livrant en circuits courts les bobos des grandes villes, Xavier était au contraire l’image même de l’agriculteur entrepreneur. Non pas qu’il fut un « gros » : orphelin très jeune, il avait repris l’exploitation familiale et par la suite s’était associé pour créer une unité certes importante, mais dont il fallait diviser les revenus par deux ou trois. Autodidacte, il était à la fois capable d’incarner une agriculture moderne et sans complexes et de défendre les éleveurs malmenés par la réforme de la PAC et la chappe de normes et de réglementations s’abattant sur eux. À la veille du Salon de l’Agriculture, il laisse un monde agricole désemparé auquel il manquera cruellement. À nous aussi !

 

 

18 février 2017

Nucléaire

 

Décidément, le nucléaire n’est pas une industrie de tout repos : après les déboires d’Areva en Finlande et d’EDF à Flamenville, voilà Toshiba en crise après avoir du provisionner $ 6,3 milliards pour couvrir les pertes potentielles de sa filiale américaine Westinghouse qui accumule retards et dépassements de budget dans la construction de quatre réacteurs nucléaires de nouvelle génération en Georgie et en Caroline du Sud. Les chantiers auraient trois ans de retard et les coûts estimés dépasseraient de $ 10 milliards au moins, les budgets initiaux de $ 23 milliards.

En Europe comme aux États-Unis, une partie des retards et de l’inflation budgétaire est venue des contraintes supplémentaires liées à la sécurité des installations qui doivent pouvoir résister à une attaque du type de celle du 11 Septembre ou à un accident sismique comme à Fukushima. Cela aurait représenté au total un surcoût de $ 1,5 milliard. Mais le reste est venu des chantiers eux-mêmes et de la difficulté technique à gérer des projets nouveaux. C’est à la fois rassurant pour les déboires français, mais aussi inquiétant sur les capacités réelles des industries nucléaires ; inquiétant aussi quand on sait que d’autres pays comme la Chine, la Corée et même la Russie affichent des résultats beaucoup plus positifs, mais avec des normes de sécurité probablement plus « souples ».

Une chose est sûre en tous cas : les perspectives du nucléaire n’ont jamais été aussi limitées. Une page se tourne.

 

 

17 février 2017

France

 

Deux éditoriaux dans la presse internationale traitent ce matin de la France et de l’inquiétude qu’elle suscite chez les investisseurs internationaux. Le Wall Street Journal est de beaucoup le plus pessimiste faisant remarquer que la seule perspective de l’élection de Marine Le Pen coûte plus de 50 points de base supplémentaires dans le « spread » avec les taux allemands. La perspective de l’élection de Marine Le Pen, mais aussi de Benoît Hamon fait frémir tant leurs programmes apparaissent irréalistes. Le WSJ n’est guère plus tendre pour Emmanuel Macron dans le discours duquel il ne voit que platitudes.

Le Financial Times est un tantinet plus optimiste. Certes, lui aussi fustige les programmes de Le Pen et d’Hamon. Mais il ne croit pas non plus dans le « grand soir » des réformes de François Fillon et on le sent séduit par l’approche par petites touches de Macron. Et le quotidien britannique d’enfoncer le clou : la France ne va pas si mal et son potentiel est « considérable ». Il suffirait simplement que les Français travaillent un peu plus et pour cela, il n’est pas nécessaire de brûler le système actuel.

Mais d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, nos amis anglo-saxons sont conscients de la « désespérance » française et des extrêmes vers lesquels celle-ci peut diriger des électeurs désorientés. Et c’est bien cela qui les inquiète comme cela inquiète l’autre moitié des Français qui réclament un peu de réalisme économique. Mais ceux-là sont bien silencieux.

 

 

15 février 2017

Automobile

 

L’annonce de l’entrée en négociations de PSA avec General Motors pour le rachat de sa filiale européenne, Opel, a suscité des réactions positives en France et de légitimes inquiétudes en Allemagne. Pour Peugeot, Opel est un gros morceau qui emploie 35 000 personnes, dont plus de la moitié en Allemagne, et qui produit un peu plus d’un million de véhicules. Mais la mariée perd beaucoup d’argent et ne brille pas par ses performances technologiques. Les autorités allemandes ont raison de s’inquiéter pour l’emploi outre-Rhin d’autant plus que Peugeot a commis d’emblée l’erreur de ne pas se rapprocher des syndicats, ce qui dans le pays de la cogestion augure mal de la suite des événements.

Au même moment, le gouvernement français est confronté à la même situation que Berlin sur le dossier des Chantiers de Saint-Nazaire. En grande difficulté, le groupe coréen qui y est majoritaire souhaite s’en défaire et la seule offre valable est venue de l’italien Fincantieri, l’autre grand acteur mondial de la construction de navires de croisière. Paris, pour l’instant, bloque l’opération en exigeant que la participation publique soit augmentée, ce que ne peuvent accepter les italiens.

Nous sommes bien sûr en Europe et ce sont des groupes internationaux (États-Unis et Corée) qui vendent. Mais chacun compte ses emplois et ses derniers lambeaux industriels.

 

 

13 février 2017

Football

 

Pour un économiste, la lecture de l’Équipe, le quotidien sportif est un « must » matinal. Ce matin, une double page centrale attirait l’attention : « Un choc à 1,3 milliard d’euros ». De quoi s’agit-il : du match qui aura lieu demain pour les huitièmes de finale de la ligue des Champions entre le FC Barcelone (le « Barca ») et le PSG. La somme correspond à la valeur marchande des vingt-deux joueurs alignés au coup d’envoi. Le Barca domine avec 850 millions d’euros dont 450 millions pour deux joueurs, l’Argentin Messi (250) et le Brésilien Neymar (200) auxquels on pourrait ajouter les 100 millions de l’Uruguayen Suarez. Le PSG, avec ses 450 millions pèse presque deux fois moins, ses stars l’Uruguayen Cavani et l’Italien Verratti ne valant que 80 millions pièce. Mais entre 20 et 25 millions, on peut s’offrir les gardiens !

En 2016, le marché mondial des transferts a dépassé les 4 milliards d’euros, mais la valeur du stock sous-jacent est comme on le voit bien supérieure.

On est là, bien sûr, au comble de la marchandisation du sport et ces équipes n’ont rien à voir avec les villes qu’elles représentent (3 Français au PSG, 5 Espagnols au Barca). C’est le monde des franchises bien connu dans le sport américain. L’extraordinaire, c’est qu’il y a encore des supporters pour s’enthousiasmer pour « leurs » clubs !

 

 

12 février 2017

François Fillon

 

 

En ce dimanche, François Fillon était en déplacement à l’île de la Réunion et il est allé à la messe. Jusque-là, rien de bien extraordinaire même si les journalistes qui couvrent ce déplacement ont fait mine de s’en étonner. Qu’un candidat affiche sa pratique religieuse catholique régulière est ainsi devenu source de surprise et de « scandale », au sens propre du mot. En ce dimanche, le sixième du temps ordinaire, l’ensemble des textes proposés tournent autour de la Loi, celle des Prophètes et de l’Ancien Testament. L’évangile est un très long texte de Matthieu (5-17/37) au long duquel Jésus revient sur les interdits de la loi mosaïque : meurtre, adultère, répudiation, serments… Il dit aussi « mets-toi d’accord avec ton frère pendant que tu es en chemin avec lui pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge… Amen, je te le dis, tu ne t’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou ». L’occasion était belle pour faire de cette phrase sortie de son contexte une admonestation directe à François Fillon et c’est bien tout ce que les journalistes ont retenu, repris et quelque peu amplifié. Le tribunal médiatique fonctionne ainsi, incapable de garder la moindre sérénité. C’est là, bien sûr, le jeu de la politique dont les candidats sont trop heureux de profiter lorsque le vent les porte. Mais est-ce trop demander que ceci s’arrête à la porte des sanctuaires ?

 

 

1er février 2017

François Fillon

 

Pour la deuxième semaine consécutive, la une du Canard Enchaîné bouleverse la scène politique française. François Fillon fait désormais figure d’accusé et le retournement de l’opinion publique à son encontre est spectaculaire. Dans son entourage même, on commence à évoquer l’éventualité d’un retrait et on cherche quelque hypothétique « Plan B ». Rarement, aura-t-on assisté dans la vie politique française à pareil lynchage, et on peut effectivement s’interroger sur les « gorges profondes » qui ont nourri le palmipède qui n’en est pas à son coup d’essai si on se souvient de la feuille d’impôt de Jacques Chaban Delmas ou de la plaquette de diamants centrafricains de Valéry Giscard d’Estaing. Assez curieusement, la gauche a toujours bénéficié d’une certaine indulgence : que n’aurait-on pu dire sur l’entretien du deuxième ménage de François Mitterrand sur fonds publics !

Mais la question n’est plus là. Il y a quelques semaines, on se demandait quel petit caillou pourrait dévier François Fillon de sa marche à l’Élysée. Le voilà et chaque jour il grossit un peu plus sous la pression – légitime – de médias avides de sang et de larmes. En tout état de cause, l’homme méritait mieux, mais que de maladresses passées et présentes.

 

30 janvier 2017

Optimisme français

 

Il y a quand même un paradoxe français ! Alors que tombaient les chiffres de la croissance française, à 1,1 % en 2016 dans la partie la plus basse de la fourchette des anticipations malgré un dernier trimestre à peu près correct (+0,4 %), on apprenait que le moral des Français avait spectaculairement rebondi. L’enquête de l’INSEE sur le moral des ménages montre en effet un niveau de confiance qui n’avait pas été atteint depuis 2007 et le fugace optimisme lié alors à l’élection de Nicolas Sarkozy. En 2012, François Hollande n’avait guère suscité d’enthousiasme et le moral des Français avait atteint un point bas historique en 2013-2014.

Comment interpréter pareil optimisme à quelques semaines d’élections indécises et dont les candidats promettent pour la plupart des réformes radicales. Certes le chômage a commencé à diminuer et en l’absence d’inflation le pouvoir d’achat des ménages s’améliore quelque peu, la baisse des taux ouvrant des perspectives à des Français qui ont toujours eu une âme de propriétaires immobiliers. Les Cassandres ont beau – souvent avec raison – fustiger les blocages de la société française, il y a l’évidence un certain « bonheur » que reflètent ces enquêtes, un bonheur, certes subjectif, mais dont il faut espérer qu’il se traduira en matière économique de manière sonnante et trébuchante. Un rayon de soleil pour 2017 ?

 

 

29 janvier 2017

 

Elections

 

Curieuse journée qui conforte, au moins en matière sportive, les anciens et les valeurs sûres : Roger Federer remporte les Internationaux d’Australie de tennis après une longue absence ; la France remporte chez elle les championnats du monde de handball.

Qu’en conclure sur la scène politique française ? En pleine « Penelope gate », François Fillon a lancé sa campagne par un grand meeting à La Vilette à Paris. Le discours du candidat fut excellent, digne à propos de son épouse, mordant sur les principaux thèmes de son programme, en s’installant bien à droite. Fallait-il pour autant subir une litanie de discours de soutien des barons et autres dirigeants historiques ? Fallait-il saluer un Nicolas Sarkozy dont quelques mauvaises langues suggèrent qu’il n’est pas étranger aux malheurs de la pauvre Pénélope ? D’une manière ou d’une autre, François Fillon va devoir s’émanciper de tous ces encombrants alliés, d’autant que les derniers sondages face à Emmanuel Macron ne lui sont pas favorables.

À gauche, comme on pouvait s’y attendre, Benoît Hamon l’emporte avec plus de 58 % de près de deux millions de suffrages. Là, on est quand même dans le camp des perdants et plus qu’à Bernie Sanders, c’est à Jeremy Corbyn qu’il faut le comparer : il gagne sans contestation le vote des militants qui marquent bien leur refus de quelque réalisme gouvernemental que ce soit. Voilà un boulevard pour Emmanuel Macron qui, lui aussi, va devoir gérer l’afflux des barons de la social-démocratie. Mais on se prend aussi à rêver d’un second tour Fillon-Macron.

 

 

26 janvier 2017

Primaire de la Belle Alliance Populaire

 

D’après les sondages, Benoît Hamon a largement remporté le dernier débat de la primaire de la gauche qui l’a opposé à Manuel Valls. On ne peut pourtant pas dire que son discours ait été marqué au coin du réalisme. Il l’a d’ailleurs dit lui-même : il ne veut pas « placer le débat sur le champ de la vérité » et il n’a jamais répondu aux questions précises sur le financement de ses propositions et sur les hausses d’impôts qui en découleraient.

Mais le plus frappant peut-être, était le caractère catastrophiste des propos de Benoît Hamon. À l’entendre, la fin du monde est proche et il semble tout particulièrement obsédé par les « perturbateurs endocriniens » qu’il a mentionnés à plusieurs reprises, sans oublier les couplets traditionnels sur notre mauvaise alimentation. On aurait pu bien sûr lui rappeler que jamais l’espérance de vie des Français n’avait été aussi élevée. Mais son discours se situait bien au-delà de toute raison. Comme cette idée que passer de l’agriculture intensive à l’agro-écologie permettrait de doubler les emplois agricoles. Pour Benoît Hamon, la seule dette est environnementale et même les « économistes » condamnent l’austérité.

Le drame est que ce discours plaît, bien au-delà de la gauche. Les Français sont décidément incorrigibles.

 

 

25 janvier 2017

Trump

 

Les premiers pas de Donald Trump président sont conformes au pire de ce que l’on pouvait attendre : protectionnisme et isolationnisme sont les lignes directrices de tous les décrets (executive orders) qu’il a signé depuis samedi dernier. En matière de protectionnisme, c’est l’annulation du Traité Trans-Pacifique (TPP) au grand dam des alliés traditionnels des États-Unis et pour le plus grand plaisir de la Chine ; c’est la remise en cause de l’Alena (ou NAFTA) avec le Mexique et le Canada. Du côté du Mexique, c’est bien sûr la construction d’un mur et puis l’arrêt de l’immigration en provenance d’une bonne partie du Moyen-Orient. Et puis, il y a l’autorisation des oléoducs Keystone XL et Dakota Access. Enfin, cerise sur le gâteau, le transfert de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem. Et puis aussi le démantèlement progressif de l’Obamacare.

On le voit, cela part dans tous les sens et on ne peut reprocher à Donald Trump de ne pas tenir ses promesses électorales, même les plus dangereuses. L’inquiétant bien sûr est le glissement progressif de « America First » à « America alone ». Or jusqu’à maintenant, l’équilibre du monde « post-westphalien » tenait à l’exercice du pouvoir impérial par les États-Unis. En leur absence, le chaos nous guette. Tout ceci ressemble un peu à la fin de l’âge d’or de l’Empire romain, le siècle des Antonins. Le dernier d’entre eux, Marc Aurèle, aimait à philosopher plus qu’à agir (Obama ?). Il choisit pour successeur son fils Commode, un histrion qui adorait les jeux du Cirque (Trump ?). Ce fut le début du déclin de Rome et du retour à la barbarie.

 

 

22 janvier 2017

Primaire de gauche

 

À gauche toute ! Tel est le résultat du premier tour des primaires de la « Belle alliance populaire ». Benoît Hamon sort largement en tête, élimine son rival Arnaud Montebourg qui se rallie à lui. Manuel Valls est en seconde position, mais le seul renfort de Silvia Pinel paraît bien insuffisant pour lui permettre de remporter le second tour. Un peu plus de 1,5 million d’électeurs se sont déplacés et ont donc mis le curseur à gauche plébiscitant l’approche verte et rose de Benoît Hamon et ses sympathiques utopies à commencer par un revenu universel qui mérite mieux que le brouillon à peine ébauché et si mal financé qu’en a présenté le candidat.

Est-ce là, comme le disent certains, la fin du PS du Congrès d’Epinay, du PS conçu par François Mitterrand comme un parti de gouvernement ? La porte de la social-démocratie vient en tous cas d’être claquée. Benoît Hamon marche sur les plates-bandes de Jean-Luc Mélénchon et laisse le champ libre à Emmanuel Macron qui apparaît au fond comme le grand vainqueur de ce scrutin. L’horizon se dégage en effet avec toutefois le risque de « requalifier » Macron en candidat de gauche et en lui enlevant quelque peu l’originalité de son indépendance.

Pour l’instant, Benoît Hamon va devoir confirmer son option pour ce qui n’est qu’un strapontin au grand spectacle de la présidentielle.

 

 

21 janvier 2017

Laïcité

 

Un séjour à l’hôpital me permet d’approfondir cette notion de laïcité à la française qui pose tant de problèmes à notre société. La scène se passe à l’hôpital Saint-Joseph à P

Paris. C’est une fondation catholique du XIXe siècle qui est aujourd’hui un groupe hospitalier privé à but non lucratif au conseil duquel siègent encore aujourd’hui des représentants des congrégations fondatrices. Au cœur même de l’hôpital, une vaste église néogothique rappelle l’origine chrétienne de l’établissement.

Cherchant à connaître les horaires de la messe dominicale, je ne pus obtenir d’informations du personnel. Sur les panneaux d’information dans les chambres on trouvait tout sur les chaines de télévision, la wifi ou la bibliothèque mais rien sur les offices. Finalement, un responsable de l’aumônerie me répondit, mais trop tard. À ma remarque concernant cette lacune d’information, il s’étonna presque de cette critique : ceci serait vécu par les personnels et les patients comme un intolérable prosélytisme. L’hôpital se devait d’être laïc et irréprochable quitte à ce que l’Église ne trouve sa place que dans les catacombes.

Je pense au contraire que dans un établissement qui met en avant dans sa charte le « dévouement évangélique » une offre spirituelle – et ici catholique – a sa place. « Vous êtes le sel de la terre »…

 

 

20 janvier 2017

Trump

 

Investiture de Donald Trump à Washington comme quarante-cinquième président des États-Unis. Quelle étonnante longévité que celle de cette démocratie américaine qui nous livre là pourtant un de ses résultats les plus déconcertants. Dans un cadre parfaitement corseté, tout s’est passé de manière classique sous l’œil des anciens présidents, de Jimmy Carter à Barack Obama. Trump n’a vraiment fait du Trump que dans son discours d’investiture sur le thème « America first » renouant avec ses promesses électorales et fustigeant au passage les échecs de ses prédécesseurs qui ont poussé à la paupérisation d’une bonne partie de la population américaine, ces petits blancs qui ont fait sa victoire.

Le spectateur de cette cérémonie ne pouvait être – une fois encore – que frappé de la place du fait religieux pratiquement à chaque instant : prières œcuméniques (avec cette année un rabbin), serment sur la bible… Dans leur profonde incompréhension, les télévisions françaises « coupaient le son » dans ces moments leur préférant d’insipides commentaires de leurs « spécialistes ». Il est vrai que la laïcité à l’américaine met en avant le fait  religieux, un phénomène qui s’est d’ailleurs accentué ces dernières décennies, alors que la laïcité à la française le nie purement et simplement. Soyons honnêtes toutefois, ni l’un ni l’autre ne sont parvenus à régler le problème de l’Islam. Au-delà de ses déclarations, ce sera un des défis majeurs de Donald Trump.

 

 

18 janvier 2017

Trump et le Brexit

 

Dans un entretien avec des journalistes européens, Donald Trump a estimé que le vote du Brexit avait été la conséquence de l’ouverture des frontières aux migrants décidée par la chancelière Merkel. Il a poursuivi en prédisant la fin de l’Europe avec de nouveaux départs si la politique de migrations ne change pas. La déclaration de Trump a suscité, comme on pouvait s’y attendre, des réactions indignées de l’autre côté de l’Atlantique. Pourtant Donald Trump n’a pas totalement tort lorsqu’il fait un lien entre Brexit et migrations. Même si le Royaume-Uni n’a pas été en première ligne des grandes migrations de 2015 et même si beaucoup de rêves britanniques des réfugiés et migrants se sont brisés dans la jungle de Calais, les images ont probablement porté dans le vote du Brexit une certaine responsabilité. Si Trump n’a pas tort sur ce point, il reste quand même un peu court sur l’Europe. Certes, il n’est guère pire que son prédécesseur Barack Obama, qui, en dehors de quelques bonnes paroles, a traité l’Europe avec un souverain mépris. Mais dans son style inimitable, Trump va certainement souffler sur les braises, tendre la main à Teresa May quitte à entretenir des espérances déraisonnables chez les Britanniques, allant même peut-être jusqu’à affaiblir l’Europe face à la Russie de Poutine. Que de si, que d’interrogations !

 

 

15 janvier 2017

Hollande et la primaire

 

« Un président ne devrait pas faire ça », ou du moins s’il le fait de manière consciente, il doit s’attendre à ce que cela suscite maintes polémiques. Durant le débat de la primaire de la gauche, François Hollande, tout juste rentré du Mali, était au théâtre, à la dernière d’un certainement inoubliable spectacle de Michel Drucker, l’un des intellectuels marquants et assez inoxydables de ces dernières années.

Que le président non candidat ne se mêle pas des affaires de la primaire de gauche est bien sûr souhaitable. Il ne favorise ni l’un ni l’autre même s’il pourrait avoir un peu de reconnaissance du ventre pour Manuel Valls qui a tenu la barre du hollandisme ces deux dernières années. Mais que de manière ostensible et publique, François Hollande fasse savoir que ces débats ne sont plus les siens, qu’il est ailleurs, a quand même de quoi inquiéter la rue de Solférino.

Il y a bien sûr une explication possible : Emmanuel Macron, qui a enregistré ces derniers jours le ralliement de quelques amis proches du président. Si la primaire n’intéresse manifestement pas le président – et qu’il le fait savoir – c’est qu’il a fait son choix ailleurs, vers ce candidat qui l’a certes abandonné, mais dont le parcours ces dernières semaines doit le fasciner.

Comme tout sortant, il rêve probablement de transmettre le pouvoir à quelqu’un dont il se sentirait proche. On imagine Obama face à Trump le 20 janvier. François Hollande préfèrerait Macron à Fillon quitte à abandonner ses amis socialistes. Du hollandisme pur jus.

 

 

13 janvier 2017

Primaire de gauche

 

Était-ce lié à leur tenue vestimentaire, mais le premier débat télévisé de la primaire de la « Belle Alliance Populaire », tenait presque de la veillée funèbre : tenues sombres, cravates noires ou bleu nuit (seul col ouvert, celui de Jean-Luc Bennahmias qui a d’ailleurs été le seul sourire de la soirée). Pour la plupart, à l’exception justement du trublion, ils avaient été ministres ou dignitaires de ce régime dont les dernières lampes commencent à s’éteindre. Le débat a été courtois, mais sans éclat. Manuel Valls, qui avait tout à perdre, a plutôt bien négocié la soirée. Benoît Hamon a gagné la bataille des idées en campant sur une position de gauche écologique. Mais pour ses propositions notamment celle concernant le revenu universel, tout comme pour celles de ses camarades, la dimension financière a été soigneusement laissée de côté.

C’est là un peu le côté surréaliste de ce débat. En tenant compte des candidatures de Macron et de Mélenchon, aucun des sept, ni même des « quatre », s’il emporte cette primaire n’a de chance de figurer au second tour tout de la présidentielle. Pour autant, le vote aura quelque importance en particulier pour Emmanuel Macron : une victoire de Manuel Valls limiterait ses perspectives dans la mesure où elle regrouperait l’essentiel du parti socialiste historique. Par contre, si Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon l’emportaient, cela libèrerait l’espace du centre gauche pour Emmanuel Macron qui serait alors probablement rallié par nombre de « vallsistes ». Méfions-nous toutefois des coups de billard trop sophistiqués.

 

 

10 janvier 2017

 

Que fait en France une personnalité politique battue ou en passe de perdre son poste ? En période d’élections européennes, elle cherche un mandat à Strasbourg et il est bien rare que ses amis lui refusent cette dernière gâterie (Jean-Luc Mélenchon, Michelle Alliot-Marie) quitte à affaiblir un peu plus la représentation française et plus globalement l’image de la France.

Mais il y a mieux : pour Nicolas Sarkozy, on avait évoqué – sans vraiment y croire – la présidence de l’Europe. À un autre niveau, il y a quelques « fromages » au sein du système des Nations Unies : Philippe Douste Blazy, dont les performances ministérielles n’ont pas été marquantes (mais qui à l’avantage d’être médecin), est candidat à la direction générale de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève. Et voilà que l’on s’agite aussi pour trouver un point de chute à Ségolène Royal : la ministre de l’Écologie se verrait bien à la tête du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), une agence des Nations Unies relativement sérieuse qui n’a certainement pas besoin de pareil personnage dont la capacité à tirer parti des efforts des autres a été amplement démontrée du moment de la COP 21.

La notion de retraite pour un politique est en France une question taboue que seul Lionel Jospin a transgressée. Mais l’exportation de nos retraités politiques n’est pas raisonnable. Et, à propos, quid de François Hollande?

 

 

9 janvier 2017

 

« Nous nous opposerons à Donald Trump et à son équipe de milliardaires, de bigots et de banquiers de Wall Street ». Élisabeth Warren, la très « gauchiste » sénatrice du Massachusetts, aurait pu ajouter quelques septuagénaires et généraux en retraite pour décrire l’équipe que Donald Trump est en train de composer. Et c’est vrai que l’on est bien loin de ce que l’on aurait pu imaginer venant d’un candidat « populiste ». Il ne pouvait éviter de donner quelques sucres à la droite chrétienne et au Tea Party. Va aussi pour les généraux même s’ils font en général de piétres politiques. Mais que dire des patrons de Goldman Sachs et d’Exxon, de Carl Icahn, le grand-père de tous les raiders, de ces avocats qui ont servi le « grand capital » bancaire en 2009 et qui prennent aujourd’hui les manettes de la justice.

L’équipe qui va assurer la responsabilité du pouvoir américain le 20 janvier est donc pour le moins surprenante tout comme d’ailleurs son patron dont les « tweets » assassins font désormais trembler. On est en tous cas aux antipodes de ce que pouvaient imaginer les électeurs qui au dernier moment ont poussé à la très relative victoire de Donald Trump par rejet d’une Hillary Clinton trop liée aux « riches et puissants ». Jamais en Europe un leader de la « droite dure » ne serait ainsi allié au grand capital (quoiqu’en d’autres temps ce fut la stratégie d’un certain Adolf Hitler). Rarement, en tous cas, il aura été aussi difficile d’imaginer ce que pourront être les premiers pas d’un nouveau président à la Maison-Blanche. Et c’est bien inquiétant pour le monde.

 

 

4 janvier 2017

Oman

 

Oman est un émirat discret à la corne de l’Arabie dont la stabilité politique depuis près d’un demi-siècle est exemplaire malgré tous les tourments – entre le Yémen et l’Arabie Saoudite – qui ont entouré ses premières années en dehors de la férule britannique (l’histoire de l’émirat, partagé entre Mascate et la « Côte des esclaves » jusqu’à Zanzibar est par ailleurs fascinante). À l’aune de la région, Oman est un « petit » producteur de pétrole (un peu plus d’un million de bj en 2016) et de gaz naturel, mais qui n’a jamais voulu adhérer à l’OPEP (même s’il va respecter les engagements des NOPEP de décembre dernier de réduire sa production de 45 000 bj).

En un Moyen-Orient déchiré, le sultan Qaboos est ce qu’il y a de plus proche d’un monarque éclairé : pas de folies somptuaires comme à Doha ou à Dubaï à la seule exception de l’opéra royal, à l’image de l’Opéra du Caire que le Khedive Ismaïl avait fait construire à la fin du XIXe siècle ; moins de travailleurs étrangers (un tiers de la population quand même, mais les chauffeurs de taxi sont omanais). Et pourtant la chute des prix du pétrole touche Oman de plein fouet. L’équilibre fiscal (fiscal breakeven) est à $ 80 le baril de pétrole et le déficit budgétaire a été de 17,2 % du PIB en 2016. Les réserves de change du pays devraient fortement diminuer d’ici 2018. Le pays s’est engagé dans un programme drastique d’économies et de réformes fiscales comme l’introduction de la TVA. Mais les hydrocarbures continuent à représenter 70 % des recettes publiques et l’essor du tourisme reste insuffisant pour compenser l’attrition de la manne pétrolière : hors hydrocarbures, la croissance du PIB ne sera que de 2 % en 2017. Oman n’est donc pas encore un contre-exemple de la malédiction du pétrole. Mais il y a pire dans la région !

 

31 décembre 2016

Voeux

 

Il y avait une certaine solennité dans les derniers vœux aux Français de François Hollande, un exercice codifié de dix minutes sur toutes les chaines de télévision à 20 heures. En l’écoutant se féliciter de son bilan et donner aux Français d’ultimes recommandations pour les échéances 2017, on ne pouvait s’empêcher d’une certaine mélancolie teintée de regrets. Ces cinq années ont été perdues pour la France et aucune des réformes nécessaires n’a été menée à bien. François Hollande a réussi le prodige de mécontenter tout le monde, en dehors peut-être d’un carré de fidèles qu’il a quand même souvent désorienté. Ses cadeaux fiscaux aux entreprises ont choqué à gauche sans convaincre à droite faute de véritable « pensée fiscale ». À l’international, à l’exception de son volontarisme au Mali et dans une moindre mesure en Syrie, on le sentait « à la remorque » en particulier de la chancelière allemande. Son ministre le plus populaire, Jean-Yves le Drian à la Défense, illustre bien le seul domaine où il s’est montré capable de chausser les bottes du Général de Gaulle.

Et pourtant, il avait tous les pouvoirs. Il était un « souverain » au sens propre du mot. Comment un homme intelligent et fin a-t-il pu sombrer ainsi dans la médiocrité, incapable de donner à ceux qui l’avaient élu au moins leur part de rêve. Et au fond, c’est peut-être ce qui frappait le plus l’auditeur ce soir : ni rêve, ni projet, simplement un honnête homme un peu dépassé par sa fonction, conscient enfin que sa place dans les livres d’histoire de France sera bien mince. Voilà de bien tristes vœux.

 

 

26 décembre 2016

Chomâge

 

François Hollande en avait fait le marqueur symbolique de son quinquennat et, mois après mois, il n’a cessé de le décevoir, le chômage (catégorie A) se rapprochant même de la barre des 4 millions de personnes. Et voilà que depuis trois mois le mouvement semble enfin inversé : 31 800 chômeurs de moins en novembre, 133 000 depuis le début de l’année. Trop tard certes pour François Hollande qui a décidé de ne pas se représenter, mais cette légère amélioration lui permettra au moins une sortie honorable. Pourtant, que cette baisse du chômage s’est faite attendre malgré tous les moyens qui ont été concentrés : baisser les charges sur les bas salaires, prime à l’embauche pour les PME, CICE, formations de chômeurs… c’est toute l’artillerie dont dispose l’état en France qui a été concentrée sur le traitement et la réduction du chômage. Au moins, cela commence à donner des résultats que la seule conjoncture économique serait insuffisante à justifier.

Il y a là bien sûr beaucoup d’artificiel et le marché du travail demeure en France marqué au coin de trop de rigidités. Ceci étant, ne boudons pas ce joli résultat, ce beau cadeau de Noël pour un président qui n’en espérait pas tant. Le coût en est élevé et on ne pourra s’en offrir d’autres avant de longs mois. Mais pour un soir de Noël…

 

 

 

21 décembre 2016

Uber

 

Longtemps oser critiquer Uber était faire preuve de l’obscurantisme le plus absolu. N’était-ce pas le nec plus ultra de l’économie collaborative susceptible de transformer des milliers d’inactifs en auto-entrepreneurs. Et voilà ces derniers qui osent faire grève et qui comparent leur situation à celle de véritables esclaves.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. D’un côté une société valorisée en bourse $ 69 milliards ($ 15 milliards de plus que General Motors) mais qui a perdu $ 2 milliards sur les trois premiers trimestres de 2016 soit à peu près la moitié de son chiffre d’affaires et qui vend aux investisseurs le rêve de voitures autonomes sans chauffeurs. De l’autre, des chauffeurs justement, souvent exploités en cascade par des intermédiaires sans scrupules, bien loin de l’image idyllique véhiculée par Uber. Un chauffeur nous confiait qu’il louait son véhicule avec la « licence » Uber pour € 2500 par mois pour 12 heures par jour. La voiture rapporte donc € 5000 par mois ce qui l’amortit en quatre mois ! Le propriétaire avait ainsi quatre voitures « travaillant » pour Uber et cette forme de sous-traitance représenterait plus de la moitié des effectifs d’Uber.

Nous sommes bien là dans un monde de maîtres et d’esclaves. Les maîtres contrôlent les algorithmes, tirent les ficelles digitales et vendent du rêve à des maquignons et à leurs esclaves. Mais de défenseurs de la liberté d’entreprendre les voilà accusés d’exploitation. La roue tourne.

 

 

 

19 décembre 2016

Attentats

 

Attentat au camion fou au cœur d’un marché de Noël à Berlin ; assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara ; voilà deux événements qui n’ont à priori rien à voir l’un avec l’autre si ce n’est qu’ils sont la conséquence des tensions accumulées au Moyen-Orient. À Ankara, l’assassin a voulu venger Alep. À Berlin, il s’est attaqué à l’Occident, mais dans le pays qui s’est révélé le plus accueillant pour les réfugiés du Moyen-Orient et il a probablement affaibli la chancelière Angela Merkel.

Les armes se sont tues à Alep, mais la guerre se poursuit au nord de la Syrie et en Irak et puis en fait un peu partout où les haines religieuses restent des braises sous une cendre bien fugace. D’un côté, il y a le « grand jeu », celui des Russes et des Américains dont les avions et les drones tuent et massacrent à l’aveugle sans se mouiller sur le terrain. De l’autre, il y a l’Europe devenue le rêve de tant de désespérés, mais surtout l’enjeu de tous les extrémismes. L’honneur de l’Allemagne – et tout particulièrement d’Angela Merkel – est d’avoir été – et d’être encore – une terre d’accueil pour les désespérés du Moyen-Orient. Dans une certaine manière, l’Allemagne s’est purifiée une ultime fois de sa culpabilité et des horreurs de la période nazie. L’attentat de Berlin est injuste, mais il faut saluer la détermination allemande de ne pas céder aux peurs. Il y aura demain d’autres marchés de Noël en Allemagne.

 

 

16 décembre 2016

Primaire socialiste

 

Décidément, le chiffre sept – l’un des plus symboliques de la Bible – est une des clefs permettant de déchiffrer les arcanes de la politique française. Après les « sept républicains », il y aura donc les « sept socialistes et apparentés » : quatre socialistes, deux écologistes compatibles et là aussi une seule femme radicale de gauche. Le « casting » est un peu moins relevé qu’à droite, mais on compte quand même un ancien premier ministre et quatre anciens ministres de François Hollande. Trois d’entre eux (Valls, Montebourg et Hamon) étaient déjà candidats aux primaires du PS en 2011, ce qui montre bien qu’à gauche aussi on peine à se renouveler, la seule candidature bouleversant un peu les règles – celle d’Emmanuel Macron, quand même ancien ministre – se situant d’emblée à l’écart de ces primaires.

Seul Arnaud Montebourg a bâti sa candidature depuis relativement longtemps. Tous les autres se jetant à peine dans l’arène, on comprendra qu’à la différence des primaires de droite, les programmes soient à peine esquissés ; les vieilles haines remâchées de congrès en congrès sont bien suffisantes pour motiver les troupes moins nombreuses et motivées qu’à droite dans cette ambiance de fin de règne qui va caractériser le dernier hiver de François Hollande. Celui-ci doit bien tirer encore quelques ficelles même si la plupart des membres du gouvernement Cazeneuve soutiennent Manuel Valls. Au-delà du vainqueur de cette primaire, c’est cependant le taux de participation qui permettra de mesurer son audience face aux « dissidents » Macron et Mélenchon.

 

 

13 décembre 2016

Alep

 

C’était à l’été 1972, il y a donc quarante-deux ans. De jeunes Français, sac à dos, découvraient le Moyen-Orient : Damas, Hama, Palmyre et puis Alep : Alep, la ville de tous les rêves, au carrefour de l’Orient des croisés et de celui de l’Islam, Alep et ses fabuleux souks, les plus beaux qu’il m’ait été permis de découvrir au pied de la vieille citadelle,  Alep et son carrefour de civilisations où coexistaient encore chrétiens, Arméniens, Kurdes et bien d’autres… De tout cela, il ne reste rien et pour reprendre l’expression d’un journaliste du New York Times, Alep n’est plus qu’un champ de ruines comme « Dresde en 1945 ». La ville est tombée : les troupes gouvernementales, mais surtout les bataillons libanais du Hezbollah, afghans et russes et puis surtout le pilonnage de l’aviation russe, comme autrefois à Grozny, sont parvenus à leur fin pour un bilan humain que l’on peine à mesurer. La soi-disant « communauté internationale » n’a rien fait se heurtant à l’ONU aux vétos indien et chinois (sans parler des Russes) et puis surtout aux lâchetés des dirigeants occidentaux à commencer par un Barack Obama dont Alep sera l’ultime tâche sur un bilan déjà si médiocre.

Dresde 1945, ou plutôt Varsovie 1944, lorsque les troupes soviétiques restèrent l’arme au pied pour laisser le temps aux Allemands de liquider l’insurrection polonaise afin de préparer le terrain pour la prise de pouvoir par les communistes. De Staline à Poutine, reconnaissons au moins une certaine continuité dans la stratégie « russe ».

 

 

 

9 décembre 2016