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« Le ciel rayonne, la terre jubile»

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018

16 mai 2018 - Paris

CyclOpe 2017

 

LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

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CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

 

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

 Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de Cyclope, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport Cyclope sur l’économie et les marchés mondiaux. Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

27 mars

Algérie

 

L’armée lâche Bouteflika et la tragédie algérienne prend une nouvelle dimension. Depuis plusieurs décennies, c’est l’armée qui, au quotidien, détient le pouvoir en Algérie laissant quelques miettes au FLN et à ses militants historiques. C’est l’armée qui était allée chercher Bouteflika pour panser les plaies d’un pays déchiré par la guerre civile et l’insurrection islamique. Comme bien d’autres pays, de l’Égypte à l’Iran, c’est l’armée qui tient le pouvoir économique ce qui n’a pas manqué d’enrichir nombre de généraux. Mais contrairement à la plupart des armées, on ne prend pas sa retraite dans l’armée algérienne et le chef d’état-major actuel a 79 ans ! C’est ce « jeune homme » qui vient de signifier au clan Bouteflika que l’heure de la sortie était venue. Le problème est que l’on voit mal les militaires prendre le pouvoir comme cela a été le cas en Égypte. On ne sait pas quel est le moral de la troupe et si elle serait prête à réprimer les manifestants du vendredi.

Le drame est que pour l’instant, il n’y a aucune alternative démocratique en Algérie et que les partis d’opposition tolérés ne sont pas crédibles et leurs dirigeants souvent compromis avec le pouvoir. Le pétrole et le gaz ont tant pourri la société algérienne que l’on peine à imaginer quelque transition que ce soit.

 

 

25 mars

Elections européennes

 

Les carrières politiques des « écolos » sont souvent surprenantes, en particulier en France où le mélange des genres est devenu la règle. L’écologie politique a la particularité de n’avoir jamais réussi à s’organiser en un mouvement adoptant une démarche unique et cohérente pour des objectifs parfaitement louables. Depuis plusieurs décennies, les « Verts » n’ont de cesse que de se déchirer, leurs multiples passages au gouvernement (en général à gauche, mais pas toujours) ayant contribué à leur brûler les ailes. Privés de représentation nationale du fait de l’effondrement des socialistes, ils avaient, pour les plus médiatiques d’entre eux, investi un champ plus prometteur, moins démocratique et donc moins dangereux, celui des ONG, le WWF et Oxfam en particulier et les avaient transformées en véritables machines de guerre.

Pascal Canfin, ancien ministre de François Hollande, puis patron de WWF France et que l’on avait beaucoup entendu de Montagne d’or au glyphosate, fait un retour inattendu et quand même assez paradoxal comme numéro deux de la liste En Marche aux élections européennes. Après avoir critiqué l’inaction macronienne en matière environnementale et salué le départ de Nicolas Hulot, voilà un retour qui montre les capacités d’adaptation de « l’homoécologicus » dont l’échine fait preuve d’une souplesse inattendue.

 

 

23 mars

Chine/Europe

 

Xi Jinping vient en Europe : l’Italie, premier pays du G7 à céder au mirage de routes de la soie qui pendant des siècles passèrent par les comptoirs génois et vénitiens, Monaco qui va découvrir les joies de la 5G grâce à Huawei et la France. L’escale française n’était pas prévue à l’origine. Xi devait aller en effet à Mar de Lago, chez Donald Trump, pour signer le traité économique et commercial que Chinois et Américains négocient depuis maintenant plus de trois mois.

Mais voilà, les discussions butent sur le cœur même des demandes américaines : la propriété intellectuelle et l’accès au marché des services. Les Chinois sont prêts à bien des concessions, en particulier sur le plan agricole, mais l’agressivité américaine provoque une réaction presque épidermique. Tous les Chinois ont en effet en tête ces « traités inégaux » qui à partir de 1840 obligèrent la Chine à sortir de son splendide isolement, à accepter l’opium britannique, à ouvrir ses ports, à vivre un long siècle d’humiliation. Il y aura certainement un accord, les deux parties en ont trop besoin, mais les États-Unis devront être un peu plus souples…

En attendant, Xi a dû se replier vers la France et il faut saluer l’initiative d’Emmanuel Macron de la réunir à paris avec Angela Merkel et Jean-Claude Juncker pour bien lui montrer qu’unie, l’Europe peut traiter la Chine d’égal à égal.

 

 

20 mars

Philippe de Villiers

 

On peut être le remarquable « inventeur » d’un spectacle – Le Puy du Fou – qui depuis des années draine les foules en Vendée avec des reconstitutions historiques de qualité, on peut se lancer avec brio dans la reconstitution historique certes de qualité, mais quelque peu orientée, on peut légitimement être un homme politique opposé à la construction européenne, mais Philippe de Villiers n’a pas le droit à coups d’à peu près et d’erreurs factuelles de refaire l’histoire sous un angle complotiste dérisoire.

Ce qu’il écrit sur la fondation de l’Europe est connu depuis longtemps. Dans le contexte du début de la guerre froide à la fin des années quarante, le plan Marshall marqua la rupture entre les pays qui l’acceptèrent et ceux qui le refusèrent en obéissant aux ordres de Moscou. Les États-Unis poussèrent les premiers à s’organiser et encouragèrent au rapprochement entre la France et une Allemagne occidentale qu’ils avaient porté sur les fonts baptismaux. Dans une certaine mesure, ils furent ainsi à l’origine de la construction européenne.

Si Monsieur de Villiers avait quelque culture historique, il saurait combien ce coup de main américain relayé par des hommes comme Monnet, Schumann, Adenauer et de Gasperi, a contrasté avec l’attitude des États-Unis en 1919 lorsqu’ils ont tourné le dos à l’Europe et exigé le remboursement des dettes de guerre. Mais il se contente de signer des livres…

 

 

16 mars

Inégalités salariales

 

Le patron de la Shell vient de s’octroyer une hausse de salaire (et autres revenus) de 126 % à plus de vingt millions d’euros. Il gagne ainsi 143 fois le salaire moyen d’un employé de cette prospère compagnie pétrolière qui gagne lui-même 140 000 euros ce qui n’est pas mal. Et Shell cette année (2018) a dégagé un bénéfice en hausse de 36 % à $ 21 milliards.

Mais Ben van Beurden – le patron de Shell – n’est pas une exception. Ainsi, les patrons des entreprises du FTSE 100, l’équivalent britannique du CAC 40, mais pour les cent plus importantes capitalisations, ont gagné en moyenne en 2017 £ 5,7 millions, deux d’entre eux ayant même dépassé les £ 40 millions. Ains, en 2018, il a suffi de deux jours et demi pour un dirigeant pour gagner l’équivalent du salaire moyen britannique (un peu moins de £ 40 000). Et bien sûr, on ne compte pas là les innombrables banquiers et traders millionnaires !

Tout ceci n’est bien sûr pas très raisonnable et nous renvoie d’ailleurs au salaire perçu par le très « cher » Carlos Ghosn. En France, comme au Japon, on n’aime pas parler d’argent, héritage de nos cultures catholiques ou bouddhistes. L’avantage des Anglo-saxons et de leur tradition protestante est que leur relation à l’argent est totalement désinhibée. Il est d’autant plus symptomatique que les éléments qui précèdent proviennent d’une source aussi « révolutionnaire » que le Financial Times !

Un peu partout, les entreprises ont beau se doter de comités d’éthique et bercer leurs actionnaires de leur responsabilité sociale, l’appât du gain reste le plus fort et donne un goût bien amer à ces inégalités qui marquent tant le monde en ce début de siècle.

 

15 mars

Environnement

 

Comme désormais tous les vendredis, quelques étudiants de l’Université rejoignent le mouvement des jeunes pour le climat qu’a lancé, il y a quelques mois, une écolière suédoise de 16 ans, Greta Thunberg. Il y a quelque chose de rafraîchissant dans cette insurrection de la jeunesse qui s’indigne de l’incapacité des adultes à traiter enfin les racines du mal qui ronge notre planète. Et que cette initiative soit venue à l’origine d’adolescents (14/16 ans) n’en est que plus fort. Plus tard, en effet, à l’âge des étudiants, il y a moins de place pour l’idéalisme et la générosité.

Et sur le fond, comme ils ont raison. À Katowice, c’était la vingt-quatrième fois que se réunissaient les dirigeants de la planète ou leurs représentants : un quart de siècle pour de bien maigres résultats et fort peu de progrès alors même que la croissance économique mondiale se traduisait par une accélération des mutations climatiques. De Kyoto à Rio puis Paris, les accords – sans grande ambition – ont été à peine mis en œuvre et le débat croissance versus climat demeure entier.

Alors oui, nos enfants ont raison de nous bousculer. Mais attention à la récupération, et en particulier à celles d’ONG de plus en plus politisées et fort peu « démocratiques ». Attention aussi à une sorte de pensée unique angélique caractéristique des pays du nord et imposant dans un discours presque néocolonialiste le bio et le renouvelable et condamnant charbon, OGM et viandes…

Au XIIe siècle, des enfants se mirent en marche en Occident pour libérer Jérusalem. Cette « croisade des enfants » se termina bien mal. L’histoire en reste ouverte…

 

 

12 mars

Brexit

 

Un film récent, « La Favorite » campe la cour britannique au XVIIIe siècle au temps de la reine Anne, la dernière des Stuart qui apparaît comme le malheureux jouet de ses favorites et notamment de la duchesse de Marlborough, la femme du célèbre capitaine qui devait rentrer « à Pâques ou à la Trinité ». La politique britannique était alors déchirée entre les whigs, partisans de la guerre sur le Continent (c’était la guerre de succession d’Espagne contre la France de Louis XIV) et les tories qui souhaitaient la paix et… moins d’impôts.

Il y avait aujourd’hui un peu de cela aux Communes : au-delà de partis déchirés, l’affrontement fut intense autour de ce Brexit dont la date se rapproche, mais que la majorité tant de la classe politique que des Britanniques regrettent amèrement d’avoir déclenché en un jour de folie. Theresa May est surprenante de courage et de détermination, souvent à la limite de l’épuisement. Son combat est sans issue et ce soir encore, elle a été sévèrement battue : son projet de compromis a été rejeté par une large majorité, mais personne n’a idée de ce que pourra être le coup d’après. En 1713, l’Angleterre avait accepté la paix d’Utrecht, mais en 1714, la mort de la reine Anne avait donné la couronne à un prince allemand, George I de Hanovre. Et la guerre avait repris.

Les chances de survie de Theresa May sont bien minces dans un combat qu’elle n’a pas souhaité et que lui ont abandonné des irresponsables comme David Camron ou Boris Johnson. Mais l’observateur français, toujours un peu goguenard à propos de ces Britanniques avec lesquels la guerre de Cent Ans n’est jamais terminée, ne peut que saluer sa bravoure dans l’adversité.

 

 

 

7 mars

Eglise catholique

 

La condamnation du cardinal Barbarin à Lyon pour ne pas avoir dénoncé un prêtre pédophile est le point d’orgue – en France au moins – d’une période marquée par une véritable mise à l’index d’une Église catholique accusée de toutes les perversions qu’il s’agisse de pédophilie, d’homosexualité et même de viols de religieuses.

Il est exact que l’Eglise, en France et ailleurs a trop longtemps fermé les yeux, se retranchant derrière un trop facile secret de la confession (mais ne peut-on au moins refuser l’absolution). Les dérives pédophiles ne sont pas nouvelles et à l’image de Montherlant il y eut bien des enfants « princes et traumatisés ». Dans des sociétés de « vieux garçons », la tentation homosexuelle devait être réelle tout comme pour les autres quelques « bonnes de curé » et autres gouvernantes et dans certains cas donc des religieuses. Que de mensonges, que d’hypocrisie à l’opposé des enseignements du Christ et du discours de Rome au fil des siècles. Tout ceci est vrai, méritait d’être dit et condamné et le pape François n’avait pas attendu pour le mettre sur la place publique.

Pour autant, on ne peut que ressentir un immense malaise tant sur le terrain il y a des saints parmi ces milliers de prêtres et de religieuses qui pratiquent au quotidien l’amour véritable du prochain. Parfois mystérieuse et secrète l’Église catholique (la plus ancienne multinationale de la planète) est un bouc émissaire parfait pour des sociétés qui cherchent leurs marques.

Ceci ne vaut pas défense et l’Église doit être capable de se remettre en cause, ce qu’elle a déjà fait, et d’aller aussi plus loin dans la promotion des femmes en son sein ce que même François a du mal à mettre à l’ordre du jour !

 

 

6 mars

Europe

 

« Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie, nous ne pouvons rester dans la routine et l’incantation ». Pour cette seule phrase, le texte rédigé par Emmanuel Macron et publié dans toute la presse européenne hier devra passer à la postérité, au moins pour sa première partie, celle du constat de la crise, celle aussi de l’engagement pour l’Europe. Et il est vrai qu’il y a du somnambulisme dans les doutes et les hésitations européens.

La suite du texte, adressé aux « citoyens d’Europe » est moins engageante. Comme à son habitude, E. Macron y décline trois points : liberté, protection, progrès. Mais pour toute solution il propose la création d’une agence, de deux conseils, d’un office, d’une banque (du climat) et enfin de tenir une conférence associant comme il se doit des panels de citoyens. Tout ceci n’est pas bien excitant et donne même l’impression de renforcer le « machin » bruxellois. Pas un mot, par contre, sur le renforcement du fédéralisme européen, sur la nécessité de disposer d’un budget et d’un véritable « Trésor » européen. Pas un mot non plus sur la manière dont sera menée la nomination de la prochaine Commission et de son président (alors qu’Orban a fait de l’inoffensif Juncker sa bête noire). Certes, il sait que ces idées, dont il s’était fait l’écho lors de son discours de la Sorbonne, ont peu de chances de séduire, y compris en France où la cote de popularité du président regagne pourtant quelque vigueur.

Alors ce texte, terriblement « techno », a-t-il un sens ? Son influence en Europe risque en tout cas d’être limitée, pouvant même éloigner un peu plus du choix européen les tièdes qui en craignent la dérive bureaucratique. Et puis, l’exemple venant d’en haut, on espère que la liste « En marche » aux Européennes sera constituée autrement que de « seconds couteaux », une vieille habitude française.

 

 

4 mars

Chine

 

Que penser du ralentissement chinois ? En février, l’indicateur des directeurs d’achat calculé par les autorités est passé en dessous de 50 pour le deuxième mois de suite. Le niveau de 50 sépare normalement la récession de l’expansion… Par contre, le même indicateur calculé par Markit qui est la référence au niveau international a nettement rebondi. L’analyse des importations de matières premières sur les deux premiers mois de 2019 montre un net rebond qu’il s’agisse de pétrole, de charbon, de cuivre et même de minerai de fer. C’est là, le résultat des mesures de relance prises à l’automne et du relâchement des normes environnementales qui normalement affectent les industries lourdes pendant l’hiver.

Mais le gouvernement lui-même prépare l’opinion à un atterrissage en douceur et lors de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale, il va présenter un objectif de croissance dans une fourchette de 6 % à 6,5 %. 6 % est un chiffre plus que symbolique pour la Chine, car c’est le niveau de croissance nécessaire pour maintenir les créations d’emplois suffisantes pour une population où l’exode rural joue encore un rôle majeur. Une croissance inférieure à 6 % provoquerait des déséquilibres sociaux importants que même la poigne de plus en plus ferme de Xi Jinping aurait du mal à étouffer.

C’est probablement une des raisons pour lesquelles les Chinois semblent jouer le jeu des négociations engagées avec les États-Unis qui ont accepté de repousser la date limite du 1er mars. Tout comme Donald Trump, Xi Jinping a besoin d’un accord qui lèvera une des hypothèques qui pèse sur l’économie chinoise.

 

 

1er mars

Algérie

 

L’annonce de la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat en Algérie provoque pour la première fois une réaction violente de la part d’une jeunesse dont le seul espoir est celui de traverser la Méditerranée.

L’Algérie est l’un des plus tristes exemples de la malédiction des matières premières et dans ce cas précis des hydrocarbures. Pratiquement dès l’indépendance, le pétrole puis le gaz naturel ont joué un rôle délétère en étant à l’origine de toutes les erreurs politiques et économiques possibles. Ce fut d’abord, sous Ben Bella puis Boumedienne, le choix d’une économie « socialiste » orientée vers l’industrie lourde (le concept de « l’industrie industrialisante»). Dans les années soixante-dix, l’explosion de la rente pétrolière encouragea une politique sociale qui devait permettre de limiter la contestation d’une population en très forte croissance et aux débouchés limités au-delà de l’assistance la plus élémentaire. Ceci n’empêcha pas la montée de la contestation islamique et la guerre civile que Bouteflika, un vieux cheval sur le retour du FLN, parvint à calmer en profitant aussi à partir de 2004 de la flambée des prix du pétrole. Depuis, l’Algérie vit sous l’empire de la drogue du pétrole et du gaz dont les vapeurs ont perverti toute la société en concentrant les richesses au sein d’un petit clan au pouvoir appuyé sur l’armée. Toutes choses égales par ailleurs, c’est à une petite échelle la même situation que celle du Venezuela.

L’histoire de ces dernières décennies en Algérie est celle d’un immense gâchis. Il n’est même pas sûr que les manifestations actuelles pourront changer le sens de cette malheureuse histoire.

 

28 février

Jules

 

Jules a dix ans ! Il est né en 2009 au cœur de la crise économique la plus profonde que le monde ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale. J’avais essayé alors de lui raconter ce que serait « son » XXIe siècle (« Le siècle de Jules », Bourin éditeur, 2009). Dix ans plus tard, on peut essayer de faire un bilan de cette première décennie de la vie de Jules.

Le premier constat est positif. La crise est oubliée et le monde a repris un rythme de croissance proche de 4 % tiré en particulier par les États-Unis et la Chine. De la crise, il reste quand même un monceau de dettes qui pèsera longtemps sur la tête de Jules et de ses petits camarades.

Mais force est de constater que depuis quelques années d’autres nuages se sont accumulés : nombre de pays émergents comme le Brésil ont trébuché et l’avenir des BRICS est soudain apparu beaucoup moins radieux. Aux États-Unis, après huit années d’Obama, Donald Trump a changé les règles du jeu et s’est lancé tous azimuts dans des guerres commerciales qui font souffler un vent nouveau sur le monde.

Mais c’est l’Europe qui doit le plus inquiéter Jules : une Europe qui stagne et se déchire, qui va de Brexit en populismes, une Europe sans projets qui se replie dans de frileux nationalismes. Quant à la France, Jules, qui joue au football, a vibré à la victoire de l’équipe de France au Mondial de 2018 et a préféré pour son anniversaire un maillot siglé Mbappe à un gilet jaune. Il faut laisser une part au rêve des enfants…

 

 

24 février

Fiscalité

 

C’est une bonne idée, mais elle va tellement peu dans le sens de la démagogie ambiante qu’elle a été immédiatement rejetée : faire payer par tous l’impôt sur le revenu ! L’impôt progressif sur le revenu est de loin le plus juste de tous, mais il a le défaut d’être le plus visible et de provoquer chez les Français, y compris la grosse moitié de ceux qui ne l’acquittent pas des poussées d’urticaire. La TVA, la TICPE sont bien plus injustes, pesant sur tous, à commencer par les moins riches, mais au moins on ne les voit pas.

Toute la politique de ces dernières années, à droite comme à gauche, a été au contraire de sortir un maximum de foyers fiscaux du rôle de l’impôt sur le revenu. Certes, on a cherché à faire payer les plus riches, mais comme ceci a des limites, il a fallu augmenter ces impôts indirects si discrets, presque inodores et bien commodes pour équilibrer (et encore !) les budgets.

Revenir à l’impôt sur le revenu serait donc plutôt une bonne idée surtout si on en enlève toutes les scories des niches fiscales et s’y l’on y intègre toutes les allocations perçues, quitte d’ailleurs à supprimer leurs plafonnements. On le voit, il y a l’idée, souvent caressée, mais jamais mise en œuvre, d’une véritable mise à plat de la fiscalité directe.

Il faudrait toutefois décider d’un plancher correspondant au coût minimal d’un tel impôt par les services fiscaux.

Mais rejeter cette idée d’un revers de la main comme l’a fait le Premier ministre n’est pas raisonnable. C’est une nouvelle fois traiter les citoyens comme des irresponsables, ce qu’ils ne sont pas toujours…

 

 

19 février

Antisémitisme

 

Le chancre revient. Comme trop souvent lorsque la société française est en crise et se révèle incapable de raisonnements calmes, on cherche un bouc émissaire. C’est généralement l’autre, celui qui est différent, l’étranger, celui qui n’appartient pas à la communauté ou à ce qu’il en reste. Et puis, à un moment, revient le juif. On retrouve-là l’antisémitisme musulman et puis surtout la résurgence d’un vieil antisémitisme gaulois qui, historiquement, fut un des plus prononcés de toute l’Europe occidentale. L’horreur de la Shoah l’avait fait taire, mais le voilà qui revient, à droite comme à gauche. Il est injustifiable, inimaginable même en notre siècle.

Le problème est que la communauté juive a profondément changé et que le conflit israélo-palestinien y a suscité des clivages entre libéraux et traditionalistes : religion et politique s’en sont mêlées et de l’antisémitisme on serait passé à l’antisionisme. Pour éradiquer le premier faut-il condamner le second alors même qu’au nom d’un sionisme dévoyé, Israël mène une politique suicidaire d’annexions territoriales et de rejet de ses citoyens non juifs.

Condamner l’antisionisme comme le fait le gouvernement français est une erreur, cédant à l’émotion, qui risque d’aggraver un peu plus la fracture avec une communauté qui, à juste raison, se sent menacée, mais qui mérite mieux que le démarchage intéressé et électoraliste de B. Netanyaou.

 

 

18 février

Grâce à Dieu …

 

Procès à Lyon, sortie d’un film relatant l’affaire, publication d’un ouvrage dont le titre « Sodoma » est cruellement explicite et enfin, prochaine tenue à Rome d’un « sommet » sur les abus sexuels, l’Église catholique se trouve assiégée de toute part et comme à l’habitude « les mystères du Vatican » font la une, désolant les uns et faisant ricaner les autres. Au milieu de tout cela, le pape François est à la recherche d’un subtil équilibre entre condamnation et pardon.

Trop longtemps, c’est le silence qui a régné : on savait depuis Montherlant, on imaginait depuis les Borgia. Les embardées conciliaires avaient eu au moins le mérite de déchirer le voile de l’hypocrisie et nombre de séminaristes et de jeunes prêtres étaient retournés au siècle. Mais pour le reste, yeux et oreilles se fermaient encore. Pas plus qu’ailleurs certainement et combien de clubs sportifs, d’associations ou d’écoles laïques n’ont-elles fait de même.

Mais bien sûr, l’Église a un devoir d’exemplarité et ce qui reste probablement marginal rejaillit sur tous ceux qui vivent – parfois difficilement – leurs engagements de chasteté. Sanctionner les déviants est une évidence même, n’est-ce pas aussi le moment de poser sereinement quelques nouvelles pierres au débat sur la mixité dans l’Église : mariage des prêtres peut-être, mais surtout ordination des femmes qui permettrait à tous ces « vieux garçons » de retrouver quelque bon sens.

 

 

14 février

A380

 

On est toujours triste quand un rêve s’écrase. C’est bien le cas ce matin à l’annonce de l’abandon par Airbus du programme de l’A380. Trop grand, trop cher, mal adapté aux évolutions les plus récentes tant de l’aéronautique que du transport aérien.

À l’origine, l’idée d’Airbus était de s’attaquer au monopole de Boeing sur les très gros porteurs (le célèbre 747). À l’époque se développaient de très gros « hubs » aéroportuaires comme Atlanta, Dubaï, Londres et quelques autres. De très gros avions allaient relier ces hubs à partir desquels des avions plus petits desserviraient des destinations régionales. On visait donc le transocéanique et à l’époque le choix du quadri réacteur était une évidence. Ce fut donc l’A380, le plus gros avion commercial au monde, un quadriréacteur capable de transporter dans certaines versions près de 700 personnes. Airbus damait le pion à Boeing.

Malheureusement, le succès ne fut pas au rendez-vous malgré le soutien d’Emirates, la compagnie de Dubaï. Autant l’A380 convenait parfaitement au modèle des compagnies du Golfe, autant il ne correspondait pas aux besoins des compagnies américaines, européennes ou chinoises qui avaient du mal à le remplir et pour lesquelles les coûts en termes de consommation de kérosène étaient trop importants.

Airbus rejoint donc le Concorde au cimetière des rêves d’Icare qui se brûle au soleil des réalités comptables…

 

 

7 février

Vatican

 

Le pape François rentre de la péninsule arabique ou au moins de l’un de ses confettis, l’émirat d’Abu Dhabi, le plus ouvert des états de la région – avec Oman – à la coexistence religieuse. Il n’est pas le premier – longtemps après François d’Assise – à rêver d’un dialogue serein avec l’Islam. La montée de l’islamisme pour les uns, les tensions liées à l’immigration pour les autres ont rendu l’idée même de rencontres entre les deux principales spiritualités, certes louable, mais pratiquement impossible. C’est bien pour cela que ce voyage est historique.

Abu Dhabi s’enorgueillit d’être une terre de tolérance. À l’aune de ses voisins, Qatar, Arabie Saoudite et même certains émirats, c’est vrai, mais il ne faut pas exagérer : les autres religions sont tolérées dans une logique qui reste celle de la dhimmitude. Certes, nombre des « esclaves » asiatiques qui travaillent dans les soutes des économies du Golfe sont chrétiens et la visite de François a été pour eux un moment fort de reconnaissance. Mais la notion de liberté religieuse en terres d’Islam reste à relativiser.

C’est pourquoi la déclaration signée par François et le recteur de l’université d’Al Azhar est une première et il faut saluer le courage dont ce dernier a fait preuve en allant aussi loin dans la reconnaissance de la diversité des parcours religieux. Peut-on aller plus loin en particulier en ce qui concerne les conversions ? Autant François a des marges de manœuvre, autant l’absence de véritables autorités au sein de l’Islam pose problème et cela d’autant plus que les autorités politiques, à la notable exception de la Jordanie et du Maroc, ont tendance à s’appuyer sur les franges les plus traditionalistes de l’Islam.

Une petite ouverture, mais le chemin est long !

 

 

6 février

Alstom - Siemens

 

Faut-il interdire la fusion des activités ferroviaires d’Alstom et de Siemens ? La Commission européenne a en tous cas tranché par la négative. Son argumentation est claire : sur le marché européen le nouvel ensemble se serait trouvé en position dominante voire en situation de monopole dans deux secteurs au moins : la grande vitesse et plus encore peut-être la signalisation ferroviaire. Nombre de pays européens étaient d’ailleurs hostiles à cette fusion, leurs compagnies ferroviaires nationales ne souhaitant pas dépendre d’un seul fournisseur. En son temps, la Commission se serait probablement opposée aux fusions qui ont donné le jour à Airbus ! Mais le marché du ferroviaire est beaucoup plus large, mondial en vérité avec un acteur chinois (CRRC) aux dents longues. À l’échelle mondiale, les jeux sont ouverts et ce sont Alsrom et Siemens, isolés, qui sont des « petits poucets ».

L’analyse de la Commission est erronée et ce n’est pas la première fois. À l’époque où Mario Monti était commissaire à la concurrence, il s’était opposé à une fusion « entre pairs » dans l’aluminium entre Péchiney, Alusuisse et le canadien Alcan. Quelque temps plus tard, Alcan acheta un Péchiney isolé et affaibli. Péchiney disparut et Rio Tinto, qui entre temps avait racheté Alcan, en a bradé les derniers actifs. On ne souhaite bien sûr pas le même sort à Alstom, l’ultime pépite de la vieille CGE d’Ambroise Roux.

La seule compensation française et que cet Airbus du ferroviaire aurait été plutôt allemand. Les syndicats se réjouissent de conserver Alstom en France. Mais n’est-ce pas une victoire à la Pyrrhus ?

 

 

4 février

Facebook

 

Il y a quinze ans, dans une chambre d’Harvard naissait Facebook. On connaît la suite et le succès phénoménal de « l’invention » du jeune (à l’époque) Mark Zuckerberg. Facebook fait désormais partie de la vie quotidienne de plus d’un milliard de personnes – plutôt jeunes – dans le monde. Le génie de Zuckerberg a été de ne pas céder comme tant de start-ups aux sirènes de l’argent facile, de ne pas se vendre au plus offrant, mais au contraire d’utiliser sa puissance de feu ($ 65 milliards de recettes publicitaires, seul Alphabet fait mieux) pour acheter d’autres applications comme Instagram et WhatsApp qui assurent le relais, en termes de croissance d’un Facebook proche de la saturation.

 

Car Facebook a profondément changé les rapports sociaux notamment chez les jeunes en surfant sur une vague de narcissisme d’adolescents prompts à se mettre en scène à l’image des « selfies » postés sur Instagram. Facebook est devenu l’instrument d’une socialisation virtuelle pouvant déboucher sur le meilleur (parfois) et sur le pire. Dans ce nouveau « meilleur des mondes », Facebook est au cœur de tous les réseaux. C’est grâce à Facebook que Barack Obama a pu mobiliser des soutiens pour financer sa première campagne, mais c’est Facebook que Donald Trump a utilisé pour faire circuler nombre de « fake news » sur Hillary Clinton. Et en France, la mobilisation des gilets jaunes s’est faite à partir de Facebook. Le danger est bien sûr que le gentil réseau ne se transforme en un « Big Brother » échappant à ses créateurs au profit de quelques forces obscures.

 

30 janvier

Slowbalisation 

 

En 2015, le néerlandais Adjiedj Bakas inventa le néologisme de « slowbalisation » qui fait cette semaine la couverture de « The Economist ». On entend par là le ralentissement de la croissance des échanges mondiaux non seulement du fait de barrières nouvelles, mais surtout parce que nous sommes au bout des effets de la grande période de mondialisation qui a commencé vers 1990. Il n’y a plus guère d’économies à réaliser au fil des chaines de valeur et des délocalisations industrielles. L’âge d’or de la mondialisation semble révolu. Alors que la mondialisation appuyée par les nouvelles technologies de la troisième révolution industrielle devait permettre à l’humanité de toucher le « Graal » du bonheur économique à l’image des pays émergents de la dernière décennie, l’heure est à la désillusion : les BRIC vacillent, les inégalités se creusent partout alors que les vieux États-providence se révèlent incapables d’assurer les transferts nécessaires. Partout, nationalisme et populismes se font plus vociférants : Donald Trump n’est pas une exception et le crédo mondialiste de Xi Jinping peut légitimement laisser sceptique.

Au-delà des polémiques et des postures, il est clair que le monde est à un tournant marqué par la fin de la croissance quelque peu « miraculeuse » tournée vers l’ouverture des économies. Les déséquilibres qu’elle a suscités provoquent des réactions légitimes que le seul discours libéral ne peut satisfaire. La « slowbalisation » marque peut-être l’entrée dans une nouvelle période de l’histoire.

 

 

29 janvier

Brexit

 

On ne sait ce qu’il faut admirer le plus : la résilience de Theresa May et sa capacité à rebondir d’échec en échec ou l’acharnement des députés britanniques à marcher au bord du précipice en votant, au prix d’improbables alliances, des motions souvent contradictoires. Après avoir subi l’échec le plus cuisant infligé à un Premier ministre de toute la longue histoire parlementaire britannique, Theresa May avait survécu à une motion de censure et vient maintenant de gagner quelques semaines même si formellement la date du 29 mars pour le Brexit demeure la borne ultime de ce débat surréaliste.

Désormais, il est clair que l’option du « no deal » n’est plus soutenue que par quelques extrémistes. Prolonger la période de négociations paraît difficile du fait notamment des élections européennes (auxquelles les Britanniques ne participeront pas) et du changement du personnel de la Commission. L’idée du second referendum fait certes son chemin dans l’opinion, mais pas vraiment chez les politiques. Le mieux reste, sur la base du texte actuel de compromis, d’arrondir les angles et notamment ce qui concerne la frontière irlandaise. Ce peut être une question de formulation permettant par exemple à l’Irlande du Nord de rester en Union douanière avec l’UE (comme c’est le cas pour Jersey, Man ou l’Andorre). Une correction à la marge permettant à chacun de sauver la face : les Européens peuvent tendre un peu plus la main, mais il n’est pas sûr que la classe politique britannique soit capable de la saisir.

 

 

23 janvier

Venezuela - Congo

 

Deux élections présidentielles ont eu lieu dans deux pays confrontés à des crises politiques et économiques majeures. Dans un cas comme dans l’autre, des régimes dictatoriaux cherchent à se dédouaner en manipulant grossièrement la voix des urnes : le Venezuela et la République « Démocratique » du Congo ont en commun leurs dictateurs, Maduro et Kabila, tous les deux enfants lointains d’un castrisme dénaturé en cleptocratie (Kabila père avait fait ses premières armes dans un maquis monté avec Che Guevara).

Mais la comparaison s’arrête là. Face au Venezuela, des pays comme les États-Unis, le Canada et plusieurs pays européens ont reconnu un gouvernement provisoire dirigé par le principal opposant, président de l’Assemblée nationale. Par contre, Russie et Chine continuent à soutenir Maduro. Mais au moins, y a-t-il débat.

En RDC, Kabila junior a manifestement roulé tout le monde en poussant non plus son candidat, mais le fils de son plus vieil opposant dont « le denier de Judas » est une présidence croupion puisque Kabila contrôle le parlement. Mais là, le silence international est assourdissant malgré les chiffres publiés par la conférence des Évêques. Les pays européens se taisent. Les pays africains hésitent et puis reculent. Quant aux Chinois, ils ont déjà applaudi tant les ressources congolaises en métaux sont stratégiques.

Maduro trébuche, Kabila triomphe !

 

 

22 janvier

Europe

 

Aix-la-Chapelle, une ville à la croisée des frontières entre l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, mais surtout la première capitale de l’Europe, celle de l’empire carolingien avec sa cathédrale qui abrite la tombe de Charlemagne dans un merveilleux édifice du haut moyen-âge. À Aix-la-Chapelle donc, cinquante-six ans après De Gaulle et Adenauer, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont signé un nouveau traité franco-allemand.

L’encre à peine sèche, la polémique a fait rage en France sur la coopération diplomatique et sur l’éventualité d’un « partage des rôles » au sein des Nations Unies. Il n’y a pourtant là rien de nouveau et au contraire, la symbolique de ce traité est forte au moment où avec le Brexit, le populisme italien, les critiques hongroises ou polonaises, l’Europe a plus que jamais besoin de cet axe franco-allemand qui a fait ses grandes heures. Affaiblis, tant Macron que Merkel ont besoin de s’appuyer l’un sur l’autre pour éviter que leurs difficultés nationales ne contaminent les enjeux européens.

De Gaulle n’avait pas négocié le traité de Rome (l’aurait-il accepté ? ce n’est pas sûr, car quelques années plus tôt ce sont les gaullistes qui avaient torpillé le projet de CED – Communauté européenne de défense). Mais il sut avec Adenauer lui donner une dimension prophétique. Il n’y a plus aujourd’hui le même élan. Mais d’Aix-la-Chapelle, au-dessus du tombeau de Charlemagne, c’est un peu de l’esprit des pères fondateurs qui a soufflé.

 

 

19 janvier

Gilets jaunes

 

Les gilets jaunes, acte X. Toujours autant de manifestants (plus de 80 000) et une surprenante résilience alors que les manifestations changent de nature : Paris n’est plus le centre du monde jaune, et encore moins les Champs-Élysées. Ce sont les grandes villes de province (Toulouse, Bordeaux…) qui mobilisent tout comme les moins grandes jusqu’à… Saint-Jean-de-Luz. Le mouvement revient aussi à ses racines. Il semble avoir éliminé – ou marginalisé – les casseurs. L’atmosphère est celle – bon enfant – que l’on retrouvait sur certains ronds-points (de moins en moins occupés d’ailleurs) : à Saint-Jean-de-Luz, on a défilé au son des fanfares dans la rue Gambetta avant que de danser sur la place Louis XIV. Mais au-delà, la structuration politique du mouvement reste toujours aussi floue et imprécise.

Pendant ce temps-là, les cahiers de doléances se remplissent et de premiers débats se tiennent après l’inauguration marathon d’Emmanule Macron face aux maires de l’Eure et avant un véritable tour de la France profonde du président. Cela suffira-t-il pour marginaliser peu à peu les gilets jaunes quitte à doubler les élections européennes d’un referendum dont les questions, suffisamment fermées, pourraient conforter le pouvoir en donnant l’illusion de la concertation.

En vérité, ni les uns ni les autres ne savent ce que sera demain. L’horizon est limité de samedi en samedi. On commence même à s’y habituer, mais le fond demeure et la fracture d’incompréhension reste béante.

 

 

16 janvier

Brexit

 

Le refus par une très large majorité du traité du Brexit par les parlementaires britanniques ouvre un nouveau chapitre de l’histoire déjà houleuse de ce divorce. On ne voit plus guère de solution rationnelle qui puisse s’imposer : Teresa May n’a pas de plan B et les « 27 » ne peuvent pas aller très loin dans de nouvelles concessions. A posteriori, on se rend compte maintenant de l’erreur originelle de la première ministre : elle avait cru possible de faire éclater le front continental (une vieille tactique qui avait admirablement réussi… au XVIIIe siècle). Or il n’en a rien été ce qui tient effectivement du prodige quand on sait ce que sont aujourd’hui les clivages européens. Le Brexit et la maladresse – voire l’arrogante – britannique ont été l’improbable ciment de l’Europe, mais il faut aussi saluer le talent de Michel Barnier qui n’a pas pour autant gagné ses galons d’éventuel président de la future Commission.

Que peut-il se passer ? Repousser la date du Brexit paraît la solution la plus sensée, mais elle pose un problème politique et juridique majeur : celui des élections européennes et de la participation des électeurs britanniques puisque le Royaume-Uni ferait alors encore partie de l’UE. La solution d’un deuxième referendum dont le résultat permettrait d’annuler le premier paraît aussi relativement sensible, mais ni Theresa May ni Jeremy Corbyn ne la privilégient. Enfin, renégocier, mais quoi ? Tout est sur la table, mais rien n’est bien satisfaisant. Comme le titre « The Economist », c’est bien « The mother of all messes », la mère de tous les désordres.

 

 

13 janvier

Religion

 

« Nous sommes la première génération de l’histoire pour laquelle l’acte religieux n’est pas naturel ». Au détour de son sermon dominical, notre curé a fait ce constat d’une profonde vérité au moins en ce qui concerne la société française confrontée à son héritage chrétien. Mais le raisonnement serait à peu près identique pour tous les pays d’Europe occidentale de tradition chrétienne.

Longtemps, en effet, la démarche religieuse a fait partie de la vie quotidienne et l’on montrait du doigt au contraire les quelques « esprits forts » qui pouvaient y être rétifs. Chaque moment de l’existence, de l’individu comme du groupe jusqu’à la nation, était marqué par des références religieuses vécues avec plus ou moins d’intériorité, mais de toute manière incontournable, même dans un pays comme la France pourtant marqué par les conflits autour de la religion (le catholicisme). Tout ceci a effectivement disparu à quelques spectaculaires exceptions comme la messe à Notre-Dame pour les funérailles de François Mitterrand.

La normalité actuelle est celle de l’absence du religieux, cantonné désormais à quelques minorités plus ou moins actives, certaines cherchant à se faire les moins visibles et prosélytes possibles (les catholiques conciliaires, les juifs, l’islam traditionnel) d’autres au contraire s’estimant en terre de mission (évangélistes, islamistes…). Mais pour tous les autres, la religion n’est au mieux qu’un objet de curiosité dont par ailleurs ils ne possèdent plus les clés de lecture.

 

 

9 janvier

Allemagne

 

Les nouvelles en provenance d’outre-Rhin ne sont guère réconfortantes : il est presque certain que l’Allemagne est en récession technique (deux trimestres consécutifs en négatif). En novembre, la production industrielle a reculé de 1,9 %. Au-delà de « l’effet automobile », lié au scandale Volkswagen, c’est maintenant le « made in Germany » tout entier qui est affecté. Pour 2019, les prévisions pour l’économie allemande tournent autour de 1,5 %, ce qui est bien sûr inquiétant pour le reste de l’Europe qui perd son principal moteur : les prévisions pour la zone euro sont d’ailleurs identiques à celles de l’Allemagne.

L’Allemagne paye ainsi la relative paralysie de l’ère Merkel qui se termine dans une orthodoxie budgétaire étouffante. Mais personne n’a l’outrecuidance d’imaginer quelque plan de relance que ce soit. Le risque est grand, qu’au fil d’élections régionales médiocres, Angela Merkel ne perde toute marge de manœuvre et en soit réduite à gérer les affaires courantes jusqu’aux élections générales.

Il est clair en tous cas que sa position en Europe est affaiblie, tout autant d’ailleurs que celle d’Emmanuel Macron pris dans les rets des gilets jaunes. La panne de l’Europe n’est que plus marquée alors que justement, avec le Brexit, c’est une relance de la dynamique européenne qui apparaît nécessaire.

On en est bien sûr loin : les élections européennes vont se dérouler dans un climat économique morose, avec une croissance médiocre, sans perspectives et offriront un boulevard aux populistes et aux démagogues. Voilà qui n’est guère réjouissant.

 

 

 

1er janvier 2019

Perspectives 2019

 

Voici que s’ouvre la vingtième année du vingt et unième siècle. C’est le temps des vœux et surtout des anticipations et autres prévisions. Sur le plan économique, l’humeur est en demi-teinte avec un peu partout la crainte de ralentissements voire de retournements conjoncturels. Ceci ne devrait toutefois pas affecter les deux principales économies de la planète, États-Unis et Chine, dont les fondamentaux apparaissent solides. Parmi les régions avancées, c’est l’Europe qui devrait souffrir le plus non seulement du fait de la panne du moteur germanique et de l’instabilité sociale française, mais surtout avec l’approche de la date fatidique du Brexit suivi d’élections européennes dont les enjeux seront malheureusement beaucoup plus nationaux qu’européens.

Quant à la scène géopolitique, elle dépendra des humeurs imprévisibles d’un Donald Trump qui a déjà l’œil tourné sur les échéances électorales de 2020. Tout est possible jusqu’à un certain point tant Donald Trump est maître dans l’art de s’arrêter à la limite des points de rupture : on le verra à l’œuvre avec la Chine, l’Iran, Israël et bien sûr la Russie. Le « grand jeu » moyen-oriental va se poursuivre au détriment des minorités chrétiennes, kurdes ou yézidis qui seront impitoyablement broyées par les nouveaux impérialismes ottomans, arabes, perses et bien sûr russes. Le prix du pétrole sera, parmi d’autres, un bon indicateur de ces tensions.

 

Après l’échec de Katowice, il y a peu de chances que la cause de la planète évolue de manière très positive. Mais ceux qui la défendent sont souvent par leurs excès les premiers responsables de ces échecs. Alors, un 2019 un peu noir…