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CyclOpe 2015

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

 Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de Cyclope, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport Cyclope sur l’économie et les marchés mondiaux. Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

5 mars 2017

Trocadero

 

Malgré la pluie, il y avait beaucoup de monde sur l’esplanade du

Trocadéro à Paris à l’appel de François Fillon : 50, 100, 200 000,

la bataille des chiffres n’a guère de sens : la vaste place et les

avenues adjacentes étaient bondées, les manifestants serrés et

les drapeaux tricolores claquaient sous un vent frais.

À la tribune, le carré des derniers fidèles et peu de têtes d’affiche

à l’exception de quelques sarkozystes. Mais le gros de l’état-major

des Républicains brillait par son absence tout comme un centre qui

n’existe plus guère de toute manière. Qu’importe au fond puisque

François Fillon a franchi le Rubicon : il ira donc jusqu’au bout fort

d’une légitimité qui n’est plus celle des appareils.

Curieusement, il rejoint ainsi Emmanuel Macron dans sa démarche.

Celui-ci a bâti En Marche en dehors du PS et a refusé de participer

à la primaire de la gauche. François Fillon, blanchi sous le harnais

politique, a mis plus de temps à s’affranchir de la pesanteur des

appareils. Et il le fait aujourd’hui sous la contrainte fort de la

légitimité que lui a donné son écrasante victoire à la primaire.

Au Trocadéro, cet après-midi, il y avait probablement quelques

militants des Républicains mais surtout des Français qui ne voulaient pa

s que d’un tour de passe-passe judiciaire, on élimine l’homme dans

lequel ils ont placé leurs espoirs. Il faut aussi les entendre.

 

 

3 mars 2017

Programme Macron

 

L’« affaire Fillon », qui se poursuit avec de nouveaux départs, a quelque

peu éclipsé le reste de la campagne et notamment la présentation

– enfin – du programme d’Emmanuel Macron. C’est un étrange mélange

de ruptures fondamentales et de mesures convenues. Le risque, dans pareil

exercice, est de tomber dans un patchwork informe destiné à brasser large.

Il y a un peu de cela dans le programme de Macron, mais l’ensemble demeure cohérent et on reconnaît là la patte de Jean Pisani.

Au chapitre des ruptures bienvenues, il y a l’acte de décès du paritarisme

issu de la Résistance et que nous trainons comme un boulet depuis des

décennies sans oser y toucher. Par contre, l’extension de l’assurance

chômage peut laisser un peu sceptique. Autre rupture majeure, celle des

retraites, mais là le calendrier paraît bien long et il est dommage

qu’il n’ose pas s’attaquer au « tabou » des 62 ans.

La question des calendriers choisis n’est pas bien claire, mais Emmanuel

Macron ne semble pas privilégier la rapidité d’action : il est vrai que

s’il est élu, il perdra bien deux mois à se chercher une majorité parlementaire.

Au chapitre des déceptions, l’absence de réforme fiscale si ce n’est pour

privilégier les revenus du capital immobilier et puis l’annonce de nombre

de mesures d’exonérations ou de subventions qui vont complexifier un

peu plus la vie quotidienne.

Enfin sur l’éducation, bien peu de choses au-delà de quelques bonnes

paroles sur l’autonomie des établissements.

Au final, une bonne copie qui est loin quand même de tenir ses

promesses de la part d’un élève doué qui cède à la facilité : 12/20 !

 

 

2 mars 2017

Fillon

 

En meeting ce soir à Nîmes, François Fillon faisait front et imperturbable

présentait son programme alors qu’autour de lui les abandons se multipliaient.

Ceux-là mêmes qui, à la fin de l’année dernière, dans la certitude de

la victoire se partageaient déjà ministères et maroquins, sentent aujourd’hui

le vent de la défaite et préfèrent rentrer à l’écurie : Bruno Le Maire,

qui se voyait au quai d’Orsay, a été le premier à se draper dans le voile

auguste de la morale et de l’éthique. Les centristes de l’UDI, craignant

pour leurs chères circonscriptions ont emboîté le pas. Et puis, ce

furent dans le désordre des députés, des sénateurs ou des maires,

petits seigneurs attachés à leurs fiefs et prêts à porter ailleurs leurs

serments de vasselage.

Même l’observateur le plus cynique de la vie politique portant le

regard le plus sceptique sur les élans lyriques de ses représentants

ne peut qu’être surpris de pareille lâcheté collective. Il est exact que

François Fillon échappait un peu aux appareils et que les logiques de clan

(sarkozystes, juppéistes…) ont repris le dessus. Mais il y a dans cette

curée quelque chose d’indécent. François Fillon est à terre et aucune

main ne se tend vers lui, ni de ses amis ni de ses ennemis. Tous

voudraient déjà l’oublier.

C’est l’assassinat consciencieux d’un homme politique en prime time

à la télévision. Que demander de mieux ?

 

 

 

1er mars 2017

François Fillon

 

La convocation de François Fillon par les juges chargés de son dossier le 15 mars, c’est-à-dire deux jours avant la date limite du dépôt des candidatures à la présidentielle bouleverse à nouveau la scène politique.

Il n’est pas question bien entendu de remettre en cause la démarche judiciaire et on peut imaginer que les juges ont cherché à accélérer leur instruction pour éviter justement l’après 17 mars qui aurait rendu leur démarche encore plus difficile.

Mais quand même, on ne peut que s’étonner de pareille célérité pour un dossier qui reste relativement mince à l’aune des pratiques du parlement français. La seule logique du droit a bon dos dans une affaire dont le calendrier a été admirablement maitrisé par les « gorges profondes » qui en sont à l’origine. La sortie du Canard Enchaîné fin janvier a été faite juste à temps pour que le parquet financier puisse agir et suffisamment tard pour ne pas laisser de temps ni à la défense de François Fillon ni à un éventuel plan B.

De plus lier le sort de François Fillon à celui de Marine Le Pen, une « vieille » affaire européenne, connue depuis plusieurs mois, mais ressortie opportunément au même moment, tient presque du machiavélisme. En effet, Marine Le Pen n’est pas l’objectif principal tant sa place au second tour de la présidentielle paraît assurée. En associant le sort judiciaire de Marine Le Pen et de François Fillon, c’est bien ce dernier qui est visé et la manœuvre est pour l’instant plutôt réussie.

Bien entendu, il ne s’agit là que d’hypothèses, que de raisonnements poussés au bout de leur logique. La justice en France est indépendante et ne saurait se prêter à pareilles manœuvres…

 

27 février 2017

Présidentielles

 

À moins de deux mois du premier tour des élections présidentielles françaises, le moins que l’on puisse dire est que la situation est de plus en plus confuse pratiquement sur toutes les cases de l’échiquier politique. Deux candidats sont l’objet de poursuites judiciaires : si Marine Le Pen en est peu affectée auprès d’un électorat de toute manière anti-européen, tel n’est pas le cas de François Fillon qui ne peut que souffrir du doute persistant à son égard même si toute idée de plan B semble désormais abandonnée. À gauche, les écologistes ont entériné par vote électronique le retrait de Yannick Jadot (contre quelques plats de lentilles électorales bio ?) au profit de Benoît Hamon. Mais celui-ci n’est pas parvenu à convaincre Jean-Luc Mélenchon du même détachement. Au centre plutôt gauche, Emmanuel Macron continue à engranger des soutiens parfois bien opportunistes.

L’heure est aussi aux programmes. L’avantage de ce côté reste à François Fillon. Emmanuel Macron, quant à lui, a fait du Hollande/Valls à peine retouché, une eau tiède un peu similaire à sa célèbre loi qui était la juxtaposition de mesures (des autocars aux notaires) sans véritable colonne vertébrale. Il en est de même du projet économique qu’il a présenté : une collection d’idées – souvent bonnes – sorte de catalogue à la Prévert, destinées à balayer large, du centre droit aux socialistes, sans heurter personne. Mais c’est ce qui plait, semble-t-il.

 

 

22 février 2017

François Bayrou

 

François Bayrou vient de lever une des incertitudes de cette improbable campagne présidentielle. Il ne se présentera pas mettant un terme au rêve qui l’avait porté presque depuis son entrée dans la vie politique. En 2007, il fut près de créer la surprise avec 18 % des voix au premier tour, mais seulement en troisième position. Héritier de la démocratie chrétienne (le centre démocrate de Jean Lecanuet dans le sillage du MRP), François Bayrou se révéla incapable de fédérer un parti autour de lui et fit peu à peu le vide du CDS à Force Démocrate puis au MODEM. Leader sans troupes d’un centre sans colonne vertébrale, c’est quand même à la droite qu’il a dû d’être élu à la mairie de Pau, ce qui dans la curieuse république jacobine lui a donné la légitimité d’un fief.

En renonçant à se présenter, il a écouté la voix de la raison tant c’eut été pour lui l’élection de trop avec un résultat probablement ridicule.

Mais il a décidé aussi de rejoindre Emmanuel Macron, tout comme l’écologiste éliminé de la primaire de la gauche, François de Rugy. François Bayrou parle des « affaires » et du « programme dangereux » de François Fillon. Il reste en cela attaché, à l’idée d’une France qui pourrait se contenter de demi-mesures comme le fit François Hollande pour lequel François Bayrou appela à voter en 2012.

Fin de la partie, en tout cas, pour François Bayrou et ses rêves.

 

 

20 février 2017

La colonisation

 

La colonisation est-elle un crime contre l’humanité ? À ce beau sujet d’histoire, le candidat Macron à Alger a répondu oui. Le jugement de l’historien doit être beaucoup plus nuancé. Qu’est-ce d’abord qu’un crime contre l’humanité ? C’est bien sûr un crime contre l’homme comme tous les meurtres depuis celui d’Abel par Caïn. En ce sens aussi, toute guerre est un crime contre l’humanité. L’histoire serait longue alors des repentances alors qu’en général dans les traités de paix ce sont les vainqueurs qui imposent leur loi aux vaincus.

La notion de crime contre l’humanité n’apparaît vraiment que dans la deuxième partie du XXe siècle avec une référence absolue et indiscutable : la Shoah. Depuis, on a pu y ajouter quelques épisodes tout aussi barbares au Cambodge ou au Rwanda. L’application rétroactive de cette notion pose bien entendu nombre de problèmes tout comme pour la question du génocide qui lui est lié : l’Arménie certainement, mais la Vendée ; l’URSS stalinienne, mais la crise maoïste ; la traite atlantique, mais la traite arabe… S’il est bien d’ailleurs un crime contre l’humanité, c’est bien l’esclavage, qui fut pourtant la règle tout au long des siècles. Il n’est d’ailleurs peut-être pas inutile de rappeler que l’intervention française en Algérie venait de la volonté de purger Alger, depuis toujours nid de pirates « barbaresques » et plaque tournante de l’esclavage méditerranéen. La conquête française suivit celle des Romains, des Vandales puis des Arabes. Elle ne fut pas exemplaire et la guerre d’Algérie fut l’occasion d’un côté comme de l’autre de véritables crimes. Mais il y eut aussi Albert Camus !

 

 

19 février 2017

Xavier Beulin

 

L’annonce de la mort brutale de Xavier Beulin touche tous ceux qui, proches du monde agricole, avaient été touchés par ce dirigeant atypique dont le discours conciliait tradition et modernité. Xavier Beulin venait d’annoncer qu’il souhaitait « rempiler » pour un troisième mandat de président de la FNSEA. En même temps, il présidait le groupe Avril (autrefois Sofiproteol) autour duquel s’est structuré l’ensemble de la filière oléagineux.

En un temps où le monde agricole est confronté à des défis existentiels et où ses détracteurs critiquent en vrac, la « malbouffe » et le progrès technique, et rêvent d’une « agroécologie » peuplée de « petits » agriculteurs bios livrant en circuits courts les bobos des grandes villes, Xavier était au contraire l’image même de l’agriculteur entrepreneur. Non pas qu’il fut un « gros » : orphelin très jeune, il avait repris l’exploitation familiale et par la suite s’était associé pour créer une unité certes importante, mais dont il fallait diviser les revenus par deux ou trois. Autodidacte, il était à la fois capable d’incarner une agriculture moderne et sans complexes et de défendre les éleveurs malmenés par la réforme de la PAC et la chappe de normes et de réglementations s’abattant sur eux. À la veille du Salon de l’Agriculture, il laisse un monde agricole désemparé auquel il manquera cruellement. À nous aussi !

 

 

18 février 2017

Nucléaire

 

Décidément, le nucléaire n’est pas une industrie de tout repos : après les déboires d’Areva en Finlande et d’EDF à Flamenville, voilà Toshiba en crise après avoir du provisionner $ 6,3 milliards pour couvrir les pertes potentielles de sa filiale américaine Westinghouse qui accumule retards et dépassements de budget dans la construction de quatre réacteurs nucléaires de nouvelle génération en Georgie et en Caroline du Sud. Les chantiers auraient trois ans de retard et les coûts estimés dépasseraient de $ 10 milliards au moins, les budgets initiaux de $ 23 milliards.

En Europe comme aux États-Unis, une partie des retards et de l’inflation budgétaire est venue des contraintes supplémentaires liées à la sécurité des installations qui doivent pouvoir résister à une attaque du type de celle du 11 Septembre ou à un accident sismique comme à Fukushima. Cela aurait représenté au total un surcoût de $ 1,5 milliard. Mais le reste est venu des chantiers eux-mêmes et de la difficulté technique à gérer des projets nouveaux. C’est à la fois rassurant pour les déboires français, mais aussi inquiétant sur les capacités réelles des industries nucléaires ; inquiétant aussi quand on sait que d’autres pays comme la Chine, la Corée et même la Russie affichent des résultats beaucoup plus positifs, mais avec des normes de sécurité probablement plus « souples ».

Une chose est sûre en tous cas : les perspectives du nucléaire n’ont jamais été aussi limitées. Une page se tourne.

 

 

17 février 2017

France

 

Deux éditoriaux dans la presse internationale traitent ce matin de la France et de l’inquiétude qu’elle suscite chez les investisseurs internationaux. Le Wall Street Journal est de beaucoup le plus pessimiste faisant remarquer que la seule perspective de l’élection de Marine Le Pen coûte plus de 50 points de base supplémentaires dans le « spread » avec les taux allemands. La perspective de l’élection de Marine Le Pen, mais aussi de Benoît Hamon fait frémir tant leurs programmes apparaissent irréalistes. Le WSJ n’est guère plus tendre pour Emmanuel Macron dans le discours duquel il ne voit que platitudes.

Le Financial Times est un tantinet plus optimiste. Certes, lui aussi fustige les programmes de Le Pen et d’Hamon. Mais il ne croit pas non plus dans le « grand soir » des réformes de François Fillon et on le sent séduit par l’approche par petites touches de Macron. Et le quotidien britannique d’enfoncer le clou : la France ne va pas si mal et son potentiel est « considérable ». Il suffirait simplement que les Français travaillent un peu plus et pour cela, il n’est pas nécessaire de brûler le système actuel.

Mais d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, nos amis anglo-saxons sont conscients de la « désespérance » française et des extrêmes vers lesquels celle-ci peut diriger des électeurs désorientés. Et c’est bien cela qui les inquiète comme cela inquiète l’autre moitié des Français qui réclament un peu de réalisme économique. Mais ceux-là sont bien silencieux.

 

 

15 février 2017

Automobile

 

L’annonce de l’entrée en négociations de PSA avec General Motors pour le rachat de sa filiale européenne, Opel, a suscité des réactions positives en France et de légitimes inquiétudes en Allemagne. Pour Peugeot, Opel est un gros morceau qui emploie 35 000 personnes, dont plus de la moitié en Allemagne, et qui produit un peu plus d’un million de véhicules. Mais la mariée perd beaucoup d’argent et ne brille pas par ses performances technologiques. Les autorités allemandes ont raison de s’inquiéter pour l’emploi outre-Rhin d’autant plus que Peugeot a commis d’emblée l’erreur de ne pas se rapprocher des syndicats, ce qui dans le pays de la cogestion augure mal de la suite des événements.

Au même moment, le gouvernement français est confronté à la même situation que Berlin sur le dossier des Chantiers de Saint-Nazaire. En grande difficulté, le groupe coréen qui y est majoritaire souhaite s’en défaire et la seule offre valable est venue de l’italien Fincantieri, l’autre grand acteur mondial de la construction de navires de croisière. Paris, pour l’instant, bloque l’opération en exigeant que la participation publique soit augmentée, ce que ne peuvent accepter les italiens.

Nous sommes bien sûr en Europe et ce sont des groupes internationaux (États-Unis et Corée) qui vendent. Mais chacun compte ses emplois et ses derniers lambeaux industriels.

 

 

13 février 2017

Football

 

Pour un économiste, la lecture de l’Équipe, le quotidien sportif est un « must » matinal. Ce matin, une double page centrale attirait l’attention : « Un choc à 1,3 milliard d’euros ». De quoi s’agit-il : du match qui aura lieu demain pour les huitièmes de finale de la ligue des Champions entre le FC Barcelone (le « Barca ») et le PSG. La somme correspond à la valeur marchande des vingt-deux joueurs alignés au coup d’envoi. Le Barca domine avec 850 millions d’euros dont 450 millions pour deux joueurs, l’Argentin Messi (250) et le Brésilien Neymar (200) auxquels on pourrait ajouter les 100 millions de l’Uruguayen Suarez. Le PSG, avec ses 450 millions pèse presque deux fois moins, ses stars l’Uruguayen Cavani et l’Italien Verratti ne valant que 80 millions pièce. Mais entre 20 et 25 millions, on peut s’offrir les gardiens !

En 2016, le marché mondial des transferts a dépassé les 4 milliards d’euros, mais la valeur du stock sous-jacent est comme on le voit bien supérieure.

On est là, bien sûr, au comble de la marchandisation du sport et ces équipes n’ont rien à voir avec les villes qu’elles représentent (3 Français au PSG, 5 Espagnols au Barca). C’est le monde des franchises bien connu dans le sport américain. L’extraordinaire, c’est qu’il y a encore des supporters pour s’enthousiasmer pour « leurs » clubs !

 

 

12 février 2017

François Fillon

 

 

En ce dimanche, François Fillon était en déplacement à l’île de la Réunion et il est allé à la messe. Jusque-là, rien de bien extraordinaire même si les journalistes qui couvrent ce déplacement ont fait mine de s’en étonner. Qu’un candidat affiche sa pratique religieuse catholique régulière est ainsi devenu source de surprise et de « scandale », au sens propre du mot. En ce dimanche, le sixième du temps ordinaire, l’ensemble des textes proposés tournent autour de la Loi, celle des Prophètes et de l’Ancien Testament. L’évangile est un très long texte de Matthieu (5-17/37) au long duquel Jésus revient sur les interdits de la loi mosaïque : meurtre, adultère, répudiation, serments… Il dit aussi « mets-toi d’accord avec ton frère pendant que tu es en chemin avec lui pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge… Amen, je te le dis, tu ne t’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou ». L’occasion était belle pour faire de cette phrase sortie de son contexte une admonestation directe à François Fillon et c’est bien tout ce que les journalistes ont retenu, repris et quelque peu amplifié. Le tribunal médiatique fonctionne ainsi, incapable de garder la moindre sérénité. C’est là, bien sûr, le jeu de la politique dont les candidats sont trop heureux de profiter lorsque le vent les porte. Mais est-ce trop demander que ceci s’arrête à la porte des sanctuaires ?

 

 

1er février 2017

François Fillon

 

Pour la deuxième semaine consécutive, la une du Canard Enchaîné bouleverse la scène politique française. François Fillon fait désormais figure d’accusé et le retournement de l’opinion publique à son encontre est spectaculaire. Dans son entourage même, on commence à évoquer l’éventualité d’un retrait et on cherche quelque hypothétique « Plan B ». Rarement, aura-t-on assisté dans la vie politique française à pareil lynchage, et on peut effectivement s’interroger sur les « gorges profondes » qui ont nourri le palmipède qui n’en est pas à son coup d’essai si on se souvient de la feuille d’impôt de Jacques Chaban Delmas ou de la plaquette de diamants centrafricains de Valéry Giscard d’Estaing. Assez curieusement, la gauche a toujours bénéficié d’une certaine indulgence : que n’aurait-on pu dire sur l’entretien du deuxième ménage de François Mitterrand sur fonds publics !

Mais la question n’est plus là. Il y a quelques semaines, on se demandait quel petit caillou pourrait dévier François Fillon de sa marche à l’Élysée. Le voilà et chaque jour il grossit un peu plus sous la pression – légitime – de médias avides de sang et de larmes. En tout état de cause, l’homme méritait mieux, mais que de maladresses passées et présentes.

 

30 janvier 2017

Optimisme français

 

Il y a quand même un paradoxe français ! Alors que tombaient les chiffres de la croissance française, à 1,1 % en 2016 dans la partie la plus basse de la fourchette des anticipations malgré un dernier trimestre à peu près correct (+0,4 %), on apprenait que le moral des Français avait spectaculairement rebondi. L’enquête de l’INSEE sur le moral des ménages montre en effet un niveau de confiance qui n’avait pas été atteint depuis 2007 et le fugace optimisme lié alors à l’élection de Nicolas Sarkozy. En 2012, François Hollande n’avait guère suscité d’enthousiasme et le moral des Français avait atteint un point bas historique en 2013-2014.

Comment interpréter pareil optimisme à quelques semaines d’élections indécises et dont les candidats promettent pour la plupart des réformes radicales. Certes le chômage a commencé à diminuer et en l’absence d’inflation le pouvoir d’achat des ménages s’améliore quelque peu, la baisse des taux ouvrant des perspectives à des Français qui ont toujours eu une âme de propriétaires immobiliers. Les Cassandres ont beau – souvent avec raison – fustiger les blocages de la société française, il y a l’évidence un certain « bonheur » que reflètent ces enquêtes, un bonheur, certes subjectif, mais dont il faut espérer qu’il se traduira en matière économique de manière sonnante et trébuchante. Un rayon de soleil pour 2017 ?

 

 

29 janvier 2017

 

Elections

 

Curieuse journée qui conforte, au moins en matière sportive, les anciens et les valeurs sûres : Roger Federer remporte les Internationaux d’Australie de tennis après une longue absence ; la France remporte chez elle les championnats du monde de handball.

Qu’en conclure sur la scène politique française ? En pleine « Penelope gate », François Fillon a lancé sa campagne par un grand meeting à La Vilette à Paris. Le discours du candidat fut excellent, digne à propos de son épouse, mordant sur les principaux thèmes de son programme, en s’installant bien à droite. Fallait-il pour autant subir une litanie de discours de soutien des barons et autres dirigeants historiques ? Fallait-il saluer un Nicolas Sarkozy dont quelques mauvaises langues suggèrent qu’il n’est pas étranger aux malheurs de la pauvre Pénélope ? D’une manière ou d’une autre, François Fillon va devoir s’émanciper de tous ces encombrants alliés, d’autant que les derniers sondages face à Emmanuel Macron ne lui sont pas favorables.

À gauche, comme on pouvait s’y attendre, Benoît Hamon l’emporte avec plus de 58 % de près de deux millions de suffrages. Là, on est quand même dans le camp des perdants et plus qu’à Bernie Sanders, c’est à Jeremy Corbyn qu’il faut le comparer : il gagne sans contestation le vote des militants qui marquent bien leur refus de quelque réalisme gouvernemental que ce soit. Voilà un boulevard pour Emmanuel Macron qui, lui aussi, va devoir gérer l’afflux des barons de la social-démocratie. Mais on se prend aussi à rêver d’un second tour Fillon-Macron.

 

 

26 janvier 2017

Primaire de la Belle Alliance Populaire

 

D’après les sondages, Benoît Hamon a largement remporté le dernier débat de la primaire de la gauche qui l’a opposé à Manuel Valls. On ne peut pourtant pas dire que son discours ait été marqué au coin du réalisme. Il l’a d’ailleurs dit lui-même : il ne veut pas « placer le débat sur le champ de la vérité » et il n’a jamais répondu aux questions précises sur le financement de ses propositions et sur les hausses d’impôts qui en découleraient.

Mais le plus frappant peut-être, était le caractère catastrophiste des propos de Benoît Hamon. À l’entendre, la fin du monde est proche et il semble tout particulièrement obsédé par les « perturbateurs endocriniens » qu’il a mentionnés à plusieurs reprises, sans oublier les couplets traditionnels sur notre mauvaise alimentation. On aurait pu bien sûr lui rappeler que jamais l’espérance de vie des Français n’avait été aussi élevée. Mais son discours se situait bien au-delà de toute raison. Comme cette idée que passer de l’agriculture intensive à l’agro-écologie permettrait de doubler les emplois agricoles. Pour Benoît Hamon, la seule dette est environnementale et même les « économistes » condamnent l’austérité.

Le drame est que ce discours plaît, bien au-delà de la gauche. Les Français sont décidément incorrigibles.

 

 

25 janvier 2017

Trump

 

Les premiers pas de Donald Trump président sont conformes au pire de ce que l’on pouvait attendre : protectionnisme et isolationnisme sont les lignes directrices de tous les décrets (executive orders) qu’il a signé depuis samedi dernier. En matière de protectionnisme, c’est l’annulation du Traité Trans-Pacifique (TPP) au grand dam des alliés traditionnels des États-Unis et pour le plus grand plaisir de la Chine ; c’est la remise en cause de l’Alena (ou NAFTA) avec le Mexique et le Canada. Du côté du Mexique, c’est bien sûr la construction d’un mur et puis l’arrêt de l’immigration en provenance d’une bonne partie du Moyen-Orient. Et puis, il y a l’autorisation des oléoducs Keystone XL et Dakota Access. Enfin, cerise sur le gâteau, le transfert de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem. Et puis aussi le démantèlement progressif de l’Obamacare.

On le voit, cela part dans tous les sens et on ne peut reprocher à Donald Trump de ne pas tenir ses promesses électorales, même les plus dangereuses. L’inquiétant bien sûr est le glissement progressif de « America First » à « America alone ». Or jusqu’à maintenant, l’équilibre du monde « post-westphalien » tenait à l’exercice du pouvoir impérial par les États-Unis. En leur absence, le chaos nous guette. Tout ceci ressemble un peu à la fin de l’âge d’or de l’Empire romain, le siècle des Antonins. Le dernier d’entre eux, Marc Aurèle, aimait à philosopher plus qu’à agir (Obama ?). Il choisit pour successeur son fils Commode, un histrion qui adorait les jeux du Cirque (Trump ?). Ce fut le début du déclin de Rome et du retour à la barbarie.

 

 

22 janvier 2017

Primaire de gauche

 

À gauche toute ! Tel est le résultat du premier tour des primaires de la « Belle alliance populaire ». Benoît Hamon sort largement en tête, élimine son rival Arnaud Montebourg qui se rallie à lui. Manuel Valls est en seconde position, mais le seul renfort de Silvia Pinel paraît bien insuffisant pour lui permettre de remporter le second tour. Un peu plus de 1,5 million d’électeurs se sont déplacés et ont donc mis le curseur à gauche plébiscitant l’approche verte et rose de Benoît Hamon et ses sympathiques utopies à commencer par un revenu universel qui mérite mieux que le brouillon à peine ébauché et si mal financé qu’en a présenté le candidat.

Est-ce là, comme le disent certains, la fin du PS du Congrès d’Epinay, du PS conçu par François Mitterrand comme un parti de gouvernement ? La porte de la social-démocratie vient en tous cas d’être claquée. Benoît Hamon marche sur les plates-bandes de Jean-Luc Mélénchon et laisse le champ libre à Emmanuel Macron qui apparaît au fond comme le grand vainqueur de ce scrutin. L’horizon se dégage en effet avec toutefois le risque de « requalifier » Macron en candidat de gauche et en lui enlevant quelque peu l’originalité de son indépendance.

Pour l’instant, Benoît Hamon va devoir confirmer son option pour ce qui n’est qu’un strapontin au grand spectacle de la présidentielle.

 

 

21 janvier 2017

Laïcité

 

Un séjour à l’hôpital me permet d’approfondir cette notion de laïcité à la française qui pose tant de problèmes à notre société. La scène se passe à l’hôpital Saint-Joseph à P

Paris. C’est une fondation catholique du XIXe siècle qui est aujourd’hui un groupe hospitalier privé à but non lucratif au conseil duquel siègent encore aujourd’hui des représentants des congrégations fondatrices. Au cœur même de l’hôpital, une vaste église néogothique rappelle l’origine chrétienne de l’établissement.

Cherchant à connaître les horaires de la messe dominicale, je ne pus obtenir d’informations du personnel. Sur les panneaux d’information dans les chambres on trouvait tout sur les chaines de télévision, la wifi ou la bibliothèque mais rien sur les offices. Finalement, un responsable de l’aumônerie me répondit, mais trop tard. À ma remarque concernant cette lacune d’information, il s’étonna presque de cette critique : ceci serait vécu par les personnels et les patients comme un intolérable prosélytisme. L’hôpital se devait d’être laïc et irréprochable quitte à ce que l’Église ne trouve sa place que dans les catacombes.

Je pense au contraire que dans un établissement qui met en avant dans sa charte le « dévouement évangélique » une offre spirituelle – et ici catholique – a sa place. « Vous êtes le sel de la terre »…

 

 

20 janvier 2017

Trump

 

Investiture de Donald Trump à Washington comme quarante-cinquième président des États-Unis. Quelle étonnante longévité que celle de cette démocratie américaine qui nous livre là pourtant un de ses résultats les plus déconcertants. Dans un cadre parfaitement corseté, tout s’est passé de manière classique sous l’œil des anciens présidents, de Jimmy Carter à Barack Obama. Trump n’a vraiment fait du Trump que dans son discours d’investiture sur le thème « America first » renouant avec ses promesses électorales et fustigeant au passage les échecs de ses prédécesseurs qui ont poussé à la paupérisation d’une bonne partie de la population américaine, ces petits blancs qui ont fait sa victoire.

Le spectateur de cette cérémonie ne pouvait être – une fois encore – que frappé de la place du fait religieux pratiquement à chaque instant : prières œcuméniques (avec cette année un rabbin), serment sur la bible… Dans leur profonde incompréhension, les télévisions françaises « coupaient le son » dans ces moments leur préférant d’insipides commentaires de leurs « spécialistes ». Il est vrai que la laïcité à l’américaine met en avant le fait  religieux, un phénomène qui s’est d’ailleurs accentué ces dernières décennies, alors que la laïcité à la française le nie purement et simplement. Soyons honnêtes toutefois, ni l’un ni l’autre ne sont parvenus à régler le problème de l’Islam. Au-delà de ses déclarations, ce sera un des défis majeurs de Donald Trump.

 

 

18 janvier 2017

Trump et le Brexit

 

Dans un entretien avec des journalistes européens, Donald Trump a estimé que le vote du Brexit avait été la conséquence de l’ouverture des frontières aux migrants décidée par la chancelière Merkel. Il a poursuivi en prédisant la fin de l’Europe avec de nouveaux départs si la politique de migrations ne change pas. La déclaration de Trump a suscité, comme on pouvait s’y attendre, des réactions indignées de l’autre côté de l’Atlantique. Pourtant Donald Trump n’a pas totalement tort lorsqu’il fait un lien entre Brexit et migrations. Même si le Royaume-Uni n’a pas été en première ligne des grandes migrations de 2015 et même si beaucoup de rêves britanniques des réfugiés et migrants se sont brisés dans la jungle de Calais, les images ont probablement porté dans le vote du Brexit une certaine responsabilité. Si Trump n’a pas tort sur ce point, il reste quand même un peu court sur l’Europe. Certes, il n’est guère pire que son prédécesseur Barack Obama, qui, en dehors de quelques bonnes paroles, a traité l’Europe avec un souverain mépris. Mais dans son style inimitable, Trump va certainement souffler sur les braises, tendre la main à Teresa May quitte à entretenir des espérances déraisonnables chez les Britanniques, allant même peut-être jusqu’à affaiblir l’Europe face à la Russie de Poutine. Que de si, que d’interrogations !

 

 

15 janvier 2017

Hollande et la primaire

 

« Un président ne devrait pas faire ça », ou du moins s’il le fait de manière consciente, il doit s’attendre à ce que cela suscite maintes polémiques. Durant le débat de la primaire de la gauche, François Hollande, tout juste rentré du Mali, était au théâtre, à la dernière d’un certainement inoubliable spectacle de Michel Drucker, l’un des intellectuels marquants et assez inoxydables de ces dernières années.

Que le président non candidat ne se mêle pas des affaires de la primaire de gauche est bien sûr souhaitable. Il ne favorise ni l’un ni l’autre même s’il pourrait avoir un peu de reconnaissance du ventre pour Manuel Valls qui a tenu la barre du hollandisme ces deux dernières années. Mais que de manière ostensible et publique, François Hollande fasse savoir que ces débats ne sont plus les siens, qu’il est ailleurs, a quand même de quoi inquiéter la rue de Solférino.

Il y a bien sûr une explication possible : Emmanuel Macron, qui a enregistré ces derniers jours le ralliement de quelques amis proches du président. Si la primaire n’intéresse manifestement pas le président – et qu’il le fait savoir – c’est qu’il a fait son choix ailleurs, vers ce candidat qui l’a certes abandonné, mais dont le parcours ces dernières semaines doit le fasciner.

Comme tout sortant, il rêve probablement de transmettre le pouvoir à quelqu’un dont il se sentirait proche. On imagine Obama face à Trump le 20 janvier. François Hollande préfèrerait Macron à Fillon quitte à abandonner ses amis socialistes. Du hollandisme pur jus.

 

 

13 janvier 2017

Primaire de gauche

 

Était-ce lié à leur tenue vestimentaire, mais le premier débat télévisé de la primaire de la « Belle Alliance Populaire », tenait presque de la veillée funèbre : tenues sombres, cravates noires ou bleu nuit (seul col ouvert, celui de Jean-Luc Bennahmias qui a d’ailleurs été le seul sourire de la soirée). Pour la plupart, à l’exception justement du trublion, ils avaient été ministres ou dignitaires de ce régime dont les dernières lampes commencent à s’éteindre. Le débat a été courtois, mais sans éclat. Manuel Valls, qui avait tout à perdre, a plutôt bien négocié la soirée. Benoît Hamon a gagné la bataille des idées en campant sur une position de gauche écologique. Mais pour ses propositions notamment celle concernant le revenu universel, tout comme pour celles de ses camarades, la dimension financière a été soigneusement laissée de côté.

C’est là un peu le côté surréaliste de ce débat. En tenant compte des candidatures de Macron et de Mélenchon, aucun des sept, ni même des « quatre », s’il emporte cette primaire n’a de chance de figurer au second tour tout de la présidentielle. Pour autant, le vote aura quelque importance en particulier pour Emmanuel Macron : une victoire de Manuel Valls limiterait ses perspectives dans la mesure où elle regrouperait l’essentiel du parti socialiste historique. Par contre, si Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon l’emportaient, cela libèrerait l’espace du centre gauche pour Emmanuel Macron qui serait alors probablement rallié par nombre de « vallsistes ». Méfions-nous toutefois des coups de billard trop sophistiqués.

 

 

10 janvier 2017

 

Que fait en France une personnalité politique battue ou en passe de perdre son poste ? En période d’élections européennes, elle cherche un mandat à Strasbourg et il est bien rare que ses amis lui refusent cette dernière gâterie (Jean-Luc Mélenchon, Michelle Alliot-Marie) quitte à affaiblir un peu plus la représentation française et plus globalement l’image de la France.

Mais il y a mieux : pour Nicolas Sarkozy, on avait évoqué – sans vraiment y croire – la présidence de l’Europe. À un autre niveau, il y a quelques « fromages » au sein du système des Nations Unies : Philippe Douste Blazy, dont les performances ministérielles n’ont pas été marquantes (mais qui à l’avantage d’être médecin), est candidat à la direction générale de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève. Et voilà que l’on s’agite aussi pour trouver un point de chute à Ségolène Royal : la ministre de l’Écologie se verrait bien à la tête du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), une agence des Nations Unies relativement sérieuse qui n’a certainement pas besoin de pareil personnage dont la capacité à tirer parti des efforts des autres a été amplement démontrée du moment de la COP 21.

La notion de retraite pour un politique est en France une question taboue que seul Lionel Jospin a transgressée. Mais l’exportation de nos retraités politiques n’est pas raisonnable. Et, à propos, quid de François Hollande?

 

 

9 janvier 2017

 

« Nous nous opposerons à Donald Trump et à son équipe de milliardaires, de bigots et de banquiers de Wall Street ». Élisabeth Warren, la très « gauchiste » sénatrice du Massachusetts, aurait pu ajouter quelques septuagénaires et généraux en retraite pour décrire l’équipe que Donald Trump est en train de composer. Et c’est vrai que l’on est bien loin de ce que l’on aurait pu imaginer venant d’un candidat « populiste ». Il ne pouvait éviter de donner quelques sucres à la droite chrétienne et au Tea Party. Va aussi pour les généraux même s’ils font en général de piétres politiques. Mais que dire des patrons de Goldman Sachs et d’Exxon, de Carl Icahn, le grand-père de tous les raiders, de ces avocats qui ont servi le « grand capital » bancaire en 2009 et qui prennent aujourd’hui les manettes de la justice.

L’équipe qui va assurer la responsabilité du pouvoir américain le 20 janvier est donc pour le moins surprenante tout comme d’ailleurs son patron dont les « tweets » assassins font désormais trembler. On est en tous cas aux antipodes de ce que pouvaient imaginer les électeurs qui au dernier moment ont poussé à la très relative victoire de Donald Trump par rejet d’une Hillary Clinton trop liée aux « riches et puissants ». Jamais en Europe un leader de la « droite dure » ne serait ainsi allié au grand capital (quoiqu’en d’autres temps ce fut la stratégie d’un certain Adolf Hitler). Rarement, en tous cas, il aura été aussi difficile d’imaginer ce que pourront être les premiers pas d’un nouveau président à la Maison-Blanche. Et c’est bien inquiétant pour le monde.

 

 

4 janvier 2017

Oman

 

Oman est un émirat discret à la corne de l’Arabie dont la stabilité politique depuis près d’un demi-siècle est exemplaire malgré tous les tourments – entre le Yémen et l’Arabie Saoudite – qui ont entouré ses premières années en dehors de la férule britannique (l’histoire de l’émirat, partagé entre Mascate et la « Côte des esclaves » jusqu’à Zanzibar est par ailleurs fascinante). À l’aune de la région, Oman est un « petit » producteur de pétrole (un peu plus d’un million de bj en 2016) et de gaz naturel, mais qui n’a jamais voulu adhérer à l’OPEP (même s’il va respecter les engagements des NOPEP de décembre dernier de réduire sa production de 45 000 bj).

En un Moyen-Orient déchiré, le sultan Qaboos est ce qu’il y a de plus proche d’un monarque éclairé : pas de folies somptuaires comme à Doha ou à Dubaï à la seule exception de l’opéra royal, à l’image de l’Opéra du Caire que le Khedive Ismaïl avait fait construire à la fin du XIXe siècle ; moins de travailleurs étrangers (un tiers de la population quand même, mais les chauffeurs de taxi sont omanais). Et pourtant la chute des prix du pétrole touche Oman de plein fouet. L’équilibre fiscal (fiscal breakeven) est à $ 80 le baril de pétrole et le déficit budgétaire a été de 17,2 % du PIB en 2016. Les réserves de change du pays devraient fortement diminuer d’ici 2018. Le pays s’est engagé dans un programme drastique d’économies et de réformes fiscales comme l’introduction de la TVA. Mais les hydrocarbures continuent à représenter 70 % des recettes publiques et l’essor du tourisme reste insuffisant pour compenser l’attrition de la manne pétrolière : hors hydrocarbures, la croissance du PIB ne sera que de 2 % en 2017. Oman n’est donc pas encore un contre-exemple de la malédiction du pétrole. Mais il y a pire dans la région !

 

31 décembre 2016

Voeux

 

Il y avait une certaine solennité dans les derniers vœux aux Français de François Hollande, un exercice codifié de dix minutes sur toutes les chaines de télévision à 20 heures. En l’écoutant se féliciter de son bilan et donner aux Français d’ultimes recommandations pour les échéances 2017, on ne pouvait s’empêcher d’une certaine mélancolie teintée de regrets. Ces cinq années ont été perdues pour la France et aucune des réformes nécessaires n’a été menée à bien. François Hollande a réussi le prodige de mécontenter tout le monde, en dehors peut-être d’un carré de fidèles qu’il a quand même souvent désorienté. Ses cadeaux fiscaux aux entreprises ont choqué à gauche sans convaincre à droite faute de véritable « pensée fiscale ». À l’international, à l’exception de son volontarisme au Mali et dans une moindre mesure en Syrie, on le sentait « à la remorque » en particulier de la chancelière allemande. Son ministre le plus populaire, Jean-Yves le Drian à la Défense, illustre bien le seul domaine où il s’est montré capable de chausser les bottes du Général de Gaulle.

Et pourtant, il avait tous les pouvoirs. Il était un « souverain » au sens propre du mot. Comment un homme intelligent et fin a-t-il pu sombrer ainsi dans la médiocrité, incapable de donner à ceux qui l’avaient élu au moins leur part de rêve. Et au fond, c’est peut-être ce qui frappait le plus l’auditeur ce soir : ni rêve, ni projet, simplement un honnête homme un peu dépassé par sa fonction, conscient enfin que sa place dans les livres d’histoire de France sera bien mince. Voilà de bien tristes vœux.

 

 

26 décembre 2016

Chomâge

 

François Hollande en avait fait le marqueur symbolique de son quinquennat et, mois après mois, il n’a cessé de le décevoir, le chômage (catégorie A) se rapprochant même de la barre des 4 millions de personnes. Et voilà que depuis trois mois le mouvement semble enfin inversé : 31 800 chômeurs de moins en novembre, 133 000 depuis le début de l’année. Trop tard certes pour François Hollande qui a décidé de ne pas se représenter, mais cette légère amélioration lui permettra au moins une sortie honorable. Pourtant, que cette baisse du chômage s’est faite attendre malgré tous les moyens qui ont été concentrés : baisser les charges sur les bas salaires, prime à l’embauche pour les PME, CICE, formations de chômeurs… c’est toute l’artillerie dont dispose l’état en France qui a été concentrée sur le traitement et la réduction du chômage. Au moins, cela commence à donner des résultats que la seule conjoncture économique serait insuffisante à justifier.

Il y a là bien sûr beaucoup d’artificiel et le marché du travail demeure en France marqué au coin de trop de rigidités. Ceci étant, ne boudons pas ce joli résultat, ce beau cadeau de Noël pour un président qui n’en espérait pas tant. Le coût en est élevé et on ne pourra s’en offrir d’autres avant de longs mois. Mais pour un soir de Noël…

 

 

 

21 décembre 2016

Uber

 

Longtemps oser critiquer Uber était faire preuve de l’obscurantisme le plus absolu. N’était-ce pas le nec plus ultra de l’économie collaborative susceptible de transformer des milliers d’inactifs en auto-entrepreneurs. Et voilà ces derniers qui osent faire grève et qui comparent leur situation à celle de véritables esclaves.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. D’un côté une société valorisée en bourse $ 69 milliards ($ 15 milliards de plus que General Motors) mais qui a perdu $ 2 milliards sur les trois premiers trimestres de 2016 soit à peu près la moitié de son chiffre d’affaires et qui vend aux investisseurs le rêve de voitures autonomes sans chauffeurs. De l’autre, des chauffeurs justement, souvent exploités en cascade par des intermédiaires sans scrupules, bien loin de l’image idyllique véhiculée par Uber. Un chauffeur nous confiait qu’il louait son véhicule avec la « licence » Uber pour € 2500 par mois pour 12 heures par jour. La voiture rapporte donc € 5000 par mois ce qui l’amortit en quatre mois ! Le propriétaire avait ainsi quatre voitures « travaillant » pour Uber et cette forme de sous-traitance représenterait plus de la moitié des effectifs d’Uber.

Nous sommes bien là dans un monde de maîtres et d’esclaves. Les maîtres contrôlent les algorithmes, tirent les ficelles digitales et vendent du rêve à des maquignons et à leurs esclaves. Mais de défenseurs de la liberté d’entreprendre les voilà accusés d’exploitation. La roue tourne.

 

 

 

19 décembre 2016

Attentats

 

Attentat au camion fou au cœur d’un marché de Noël à Berlin ; assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara ; voilà deux événements qui n’ont à priori rien à voir l’un avec l’autre si ce n’est qu’ils sont la conséquence des tensions accumulées au Moyen-Orient. À Ankara, l’assassin a voulu venger Alep. À Berlin, il s’est attaqué à l’Occident, mais dans le pays qui s’est révélé le plus accueillant pour les réfugiés du Moyen-Orient et il a probablement affaibli la chancelière Angela Merkel.

Les armes se sont tues à Alep, mais la guerre se poursuit au nord de la Syrie et en Irak et puis en fait un peu partout où les haines religieuses restent des braises sous une cendre bien fugace. D’un côté, il y a le « grand jeu », celui des Russes et des Américains dont les avions et les drones tuent et massacrent à l’aveugle sans se mouiller sur le terrain. De l’autre, il y a l’Europe devenue le rêve de tant de désespérés, mais surtout l’enjeu de tous les extrémismes. L’honneur de l’Allemagne – et tout particulièrement d’Angela Merkel – est d’avoir été – et d’être encore – une terre d’accueil pour les désespérés du Moyen-Orient. Dans une certaine manière, l’Allemagne s’est purifiée une ultime fois de sa culpabilité et des horreurs de la période nazie. L’attentat de Berlin est injuste, mais il faut saluer la détermination allemande de ne pas céder aux peurs. Il y aura demain d’autres marchés de Noël en Allemagne.

 

 

16 décembre 2016

Primaire socialiste

 

Décidément, le chiffre sept – l’un des plus symboliques de la Bible – est une des clefs permettant de déchiffrer les arcanes de la politique française. Après les « sept républicains », il y aura donc les « sept socialistes et apparentés » : quatre socialistes, deux écologistes compatibles et là aussi une seule femme radicale de gauche. Le « casting » est un peu moins relevé qu’à droite, mais on compte quand même un ancien premier ministre et quatre anciens ministres de François Hollande. Trois d’entre eux (Valls, Montebourg et Hamon) étaient déjà candidats aux primaires du PS en 2011, ce qui montre bien qu’à gauche aussi on peine à se renouveler, la seule candidature bouleversant un peu les règles – celle d’Emmanuel Macron, quand même ancien ministre – se situant d’emblée à l’écart de ces primaires.

Seul Arnaud Montebourg a bâti sa candidature depuis relativement longtemps. Tous les autres se jetant à peine dans l’arène, on comprendra qu’à la différence des primaires de droite, les programmes soient à peine esquissés ; les vieilles haines remâchées de congrès en congrès sont bien suffisantes pour motiver les troupes moins nombreuses et motivées qu’à droite dans cette ambiance de fin de règne qui va caractériser le dernier hiver de François Hollande. Celui-ci doit bien tirer encore quelques ficelles même si la plupart des membres du gouvernement Cazeneuve soutiennent Manuel Valls. Au-delà du vainqueur de cette primaire, c’est cependant le taux de participation qui permettra de mesurer son audience face aux « dissidents » Macron et Mélenchon.

 

 

13 décembre 2016

Alep

 

C’était à l’été 1972, il y a donc quarante-deux ans. De jeunes Français, sac à dos, découvraient le Moyen-Orient : Damas, Hama, Palmyre et puis Alep : Alep, la ville de tous les rêves, au carrefour de l’Orient des croisés et de celui de l’Islam, Alep et ses fabuleux souks, les plus beaux qu’il m’ait été permis de découvrir au pied de la vieille citadelle,  Alep et son carrefour de civilisations où coexistaient encore chrétiens, Arméniens, Kurdes et bien d’autres… De tout cela, il ne reste rien et pour reprendre l’expression d’un journaliste du New York Times, Alep n’est plus qu’un champ de ruines comme « Dresde en 1945 ». La ville est tombée : les troupes gouvernementales, mais surtout les bataillons libanais du Hezbollah, afghans et russes et puis surtout le pilonnage de l’aviation russe, comme autrefois à Grozny, sont parvenus à leur fin pour un bilan humain que l’on peine à mesurer. La soi-disant « communauté internationale » n’a rien fait se heurtant à l’ONU aux vétos indien et chinois (sans parler des Russes) et puis surtout aux lâchetés des dirigeants occidentaux à commencer par un Barack Obama dont Alep sera l’ultime tâche sur un bilan déjà si médiocre.

Dresde 1945, ou plutôt Varsovie 1944, lorsque les troupes soviétiques restèrent l’arme au pied pour laisser le temps aux Allemands de liquider l’insurrection polonaise afin de préparer le terrain pour la prise de pouvoir par les communistes. De Staline à Poutine, reconnaissons au moins une certaine continuité dans la stratégie « russe ».

 

 

 

9 décembre 2016

 

« Ce qu’on fait avec du pétrole ? De la misère, de la guerre, de la laideur. Un monde misérable ». Telle est la réponse faite à une question de la Folle de Chaillot dans la pièce de Jean Giraudoux dont la première eut lieu quelques mois après sa mort en 1945. A l’époque la grande aventure du pétrole, matière première stratégique par excellence du XXème siècle, commençait à peine et le développement de sa production, encore étroitement contrôlée par les « majors » semblait devoir être une bénédiction pour les pays producteurs. Mais soixante-dix ans plus tard, le constat de Giraudoux se révèle d’une cruelle réalité et la malédiction du pétrole pèse sur des producteurs qui en sont désormais captifs. Entre temps, il y a eu trois chocs pétroliers, deux contrechocs, la fin de deux cartels, celui des compagnies et celui de l’OPEP, de multiples tentatives de replâtrage dont la dernière fin novembre 2016 peut susciter quelque scepticisme. Entre temps la manne du pétrole a été la plupart du temps gâchée et perdue tandis qu’elle corrompait les économies et les hommes.

Le constat est malheureusement sans appel tant les vapeurs du pétrole sont montées à la tête d’hommes comme Saddam Hussein, Khadaffi, Chavez et tant de généraux algériens ou nigérians, tant l’argent du pétrole a pu financer toutes les folies somptuaires dans le Golfe, en Asie Centrale ou en Afrique. La Norvège – et dans une moindre mesure le Royaume Uni – sont les seuls contre-exemples quelque peu vertueux de pays qui ont su se préserver en isolant la rente du pétrole et, pour la Norvège, en la consacrant aux générations futures. A contrario la Russie n’a cessé d’augmenter ces dernières années son addiction au pétrole et aux hydrocarbures en général quitte à hypothéquer quelques bijoux de famille (19,5 % de Rosneft début décembre 2016) pour tenir son train de vie.

Dans ce contexte, les promesses faites à Vienne le 30 novembre 2016 ressemblent un peu à celles de drogués en état de manque jurant un peu tard, à l’image de l’Arabie Saoudite de leur prochaine désintoxication. Sur le papier l'accord est séduisant avec une baisse d’au moins 1,5 million de barils-jour qui correspond grosso modo à l’excédent qui a pesé sur le marché mondial en 2016. Mais le diable étant dans les détails on peut se demander sur quelle base de production vont être calculées ces coupures : entre octobre et novembre 2016,  la production des membres de l’OPEP a augmenté de 370 000 bj et celle de la Russie de plus de 100.000 bj. Quel crédit apporter aussi aux engagements de l’Irak dont le contrôle effectif sur la production et les expéditions du Kurdistan est tout théorique. Et puis il y a bien sûr l’hypothèque américaine : les Etats Unis ont vu leur production diminuer d’un million de barils/jour depuis le début de 2015 à la suite de la baisse des prix. Depuis les coûts de production des pétroles « captifs » n’ont cessé de diminuer et sont désormais bien inférieurs à 50 dollars le baril. L’administration Trump promet d’être moins sourcilleuse en matière d’environnement et sera dès janvier confrontée à l’épineux dossier de la construction d’un oléoduc qui pour sortir le pétrole du Dakota traverserait les territoires de tribus indiennes qui y sont fortement opposées (toute comparaison avec des affaires en France comme Sivens ou Notre Dame des Landes est largement valable…). Les Etats Unis seront en 2017 le producteur d’appoint du marché pétrolier mondial et pour eux au moins la malédiction du pétrole est à peu près maîtrisée.

2017 sera donc encore une année d’incertitudes pétrolières. Les pays producteurs vont devoir apprendre à vivre avec du pétrole quelque part autour de 50$ le baril et guère plus. On est loin des équilibres budgétaires qui pour la plupart d’entre eux se situent autour de 80$ à 90$ le baril. Certains ont encore des poches profondes mais pour les autres, du Venezuela à l’Afrique subsaharienne et à l’Asie Centrale ce sera un temps de vaches encore bien maigres. Peut-être pourront-ils alors méditer la phrase de Giraudoux et trouver les moyens d’en desserrer l’étreinte. Pour le reste du monde ce pétrole à 50$ est aussi une autre forme de malédiction qui menace les belles intentions de transition énergétique harmonieuse. Giraudoux, en ce sens, avait tort : le pétrole a été un maillon essentiel d’une croissance économique qui a permis à la planète de triompher des défis démographiques et sociaux qui furent les siens dans la deuxième partie du XXème siècle. Le grand enjeu du XXIème siècle sera lentement de s’en détacher.

 

 

7 décembre 2016

Pétrole  de schiste

 

Il n’y a pas qu’en France que des manifestants bien organisés peuvent bloquer des projets d’infrastructures controversées comme le fut le cas à Sivens ou encore à Notre-Dame des Landes. Les États-Unis sont en train de vivre la même expérience dans le Dakota, au nord du pays à propos d’un projet de pipe-line destiné à évacuer la production locale de pétrole de schiste. La construction déjà bien entamée bute sur un passage d’un barrage de retenue, traversant par ailleurs des territoires sacrés de la tribu des Sioux « Standing Rocks » (rochers debout ?). Comme en France, des activistes de tout poil se sont retrouvés sur le terrain dans un vaste village improvisé, ont quelque peu débordé les responsables locaux et ont affronté les forces de l’ordre. Mais le blizzard et la neige dans ce Grand Nord américain ont peu perturbé les manifestants.

Comme en France aussi, les experts sont divisés et l’US Corps of Army Engineers a refusé ainsi de donner les autorisations nécessaires à la poursuite des travaux.

Pourtant, là aussi, ce pipe-line apparaît bien nécessaire. Avec le développement de la production de pétrole de schiste dans le Dakota du Nord se pose le problème de plus en plus crucial de son évaluation. Celle-ci se fait pour l’instant surtout par wagons-citernes ce qui ne manque pas de poser nombre de problèmes étant donné l’état du réseau ferré et du parc ferroviaire américain. La solution de l’oléoduc semble la plus rationnelle quitte à trouver le bon itinéraire. Mais l’opposition ici – tout comme en France – est plus fondamentale et c’est l’exploitation même des pétroles de schiste qui est contestée. Voilà un joli dossier pour Donald Trump, une fois passés les frimas de l’hiver.

 

 

5 décembre 2016

Manuel Valls

 

Le cadre était parfait : la mairie d’Évry et derrière Manuel Valls, un échantillon subtilement composé de Français de toutes origines, races et couleurs, vraiment trop représentatif de la France du candidat pour être spontané. Le Premier ministre a donc annoncé sa candidature à la primaire du Parti socialiste et sa démission de Matignon. La primaire socialiste est donc bien lancée, mais force est de constater que l’annonce de Manuel Valls n’a pas suscité l’enthousiasme des barons d’un parti quelque peu déboussolé et dont la géographie des « courants » est devenue d’une lecture bien difficile.

A priori, cette primaire « de la gauche et de ses alliés » devrait compter au moins autant de candidats que la primaire de la droite et du centre, mais ils se battront pour un gâteau nettement moins fourni, diminué qu’il sera des « parts » d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon : 15 à 20 % de l’électorat français dans le meilleur des cas, pas assez a priori pour figurer au second tour de la présidentielle. Manuel Valls, s’il tient à imprimer sa marque au sein du PS, a probablement d’autres ambitions : reprendre à Emmanuel Macron l’aile sociolibérale des socialistes et puis, et c’était très clair dans son discours récupérer la gauche du parti par des accents presque « mélenchoniens ». C’est là un grand écart qu’il lui sera difficile de tenir d’autant qu’il est aussi porteur – qu’il le veuille ou non – d’un héritage hollandais bien encombrant. Résultat des courses, sans vrai favori, à la fin janvier.

 

 

4 décembre 2016

Europe

 

L’Europe était aux urnes en ce dimanche. En Autriche, le candidat de l’extrême droite a été assez largement battu par un écologiste soutenu sans grande conviction par les partis traditionnels. Tout est dans le symbole dans la mesure où le président autrichien occupe avant tout une fonction de représentation.

Le vote italien a été d’une tout autre importance. Matteo Renzi avait fait de ce referendum constitutionnel un véritable plébiscite pour la politique qu’il mène depuis un millier de jours (une éternité en Italie). Il a été sèchement désavoué et dans la foulée a annoncé sa démission. Renzi est tombé victime, certes des mouvements populistes et notamment de l’inclassable Beppe Grillo et de ses « Cinq Étoiles », mais aussi des manœuvres de certains de ses adversaires à l’image d’un Mario Monti qui, en son temps, avait été tout aussi réformateur. Le bilan de Renzi est pourtant largement positif : l’Italie n’est plus l’homme malade de l’Europe et quelques-unes de ses réformes font l’envie d’une France bien immobile. Ces derniers mois, cependant, il peinait à convaincre et nombre de décrets d’application de ses textes les plus emblématiques tardaient à sortir. Mais son départ est une mauvaise nouvelle tant pour l’Italie, qui risque de nouvelles élections, que pour l’Europe qui se serait bien passée de ce nouveau maillon faible.

Et pendant ce temps-là, Ségolène Royal vantait à Cuba la « démocratie » castriste. Là au moins, il n’y a pas d’élection.

 

 

2 décembre 2016

Hollande 2

 

« Sans moi ». C’est ce que disent les joueurs de poker pour passer lorsqu’ils estiment que, même en bluffant, leur main est insuffisante et qu’ils ont vraiment peu de chances de remporter le pot. « Sans moi », c’est ce matin la une de Libération avec bien sûr la photo de François Hollande. Lentement, la France se remet du choc que, malgré son impopularité, a représenté la décision de François Hollande de ne pas chercher un second mandat.

« Sans moi », c’est surtout à gauche que la place est vide même si Manuel Valls est prêt à l’occuper. Pas de doutes, il y aura bien une primaire de la gauche socialiste avec déjà au moins cinq candidats déclarés et probablement quelques autres. À cela il faut ajouter Macron et Mélenchon et puis même Jadot pour les Verts et Sylvia Pinel pour les radicaux de gauche. On le voit, le « vide » laissé par François Hollande sera vite comblé même si les perspectives électorales de tout ce petit monde demeurent bien limitées. Seul en réalité Emmanuel Macron peut vraiment jouer un rôle de troisième homme derrière Le Pen et Fillon en récupérant les centristes qui jugent le discours de François Fillon trop conservateur. De toutes les combinaisons, François Hollande sera l’absent, déjà oublié.

Qu’il est loin le temps du « Moi président ». « Sans moi » en est le triste écho : le constat d’un échec au-delà d’un bilan économique, certes médiocre, mais moins catastrophique que certains se sont plus à le décrire. Mais sans lui, la gauche déchirée se prépare à des lendemains difficiles.

 

 

1er décembre 2016

Hollande 1

 

20 heures. Télévisions et radios sont en alerte. L’Elysée est à l’antenne. François Hollande parle : après un long panégyrique de son action de ces cinq dernières années, la chute est brutale : pour la première fois de l’histoire de la Ve République, un président sortant ne se représentera pas. Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy avaient été battus, François Mitterrand et Jacques Chirac avaient obtenu leur second mandat, François Hollande s’en va donc…

Les sondages du début de la semaine étaient – il est vrai – bien cruels et – pour parler golf – François Hollande était bien loin de passer le « cut », crédité de moins de 10 % de voix. Sa candidature n’avait plus guère de sens, et le fin politique qu’il est, avait certainement anticipé le concert de louanges – de tous côtés – qui a accueilli une sortie aussi élégante !

Il est trop tôt – à chaud – pour faire le bilan de sa mandature. Convenons simplement que cet homme, d’une incontestable bonne volonté, s’est révélé un piètre dirigeant et que la France sort de ces cinq années plus faible et plus divisée qu’elle ne l’était en 2012. Comme nombre de souverains, accablés par l’ampleur de leur tâche, François Hollande n’a pas supporté le carcan de l’étiquette républicaine, en vérité régalienne. Son livre d’entretien avec des journalistes était une forme de fuite. Il est désormais libre et va pouvoir à nouveau jouer et tirer les fils d’une scène socialiste qui est un véritable champ de ruines.

François Hollande ou le destin refusé.

30 novembre 2016

Pétrole

 

À Vienne vers cinq heures, les pays membres de l’OPEP sont parvenus à un accord : une diminution de 1,2 million de barils/jour de la production des membres de l’organisation (33,8 mbj en octobre 2016). L’Arabie Saoudite a fait une grosse partie du chemin (500 000 bj) avec les Émirats du Golfe (300 000 bj) et aussi l’Irak (200 000 bj) malgré ses besoins liés au financement de la guerre. Dans un geste politique qui a dû lui coûter, l’Arabie Saoudite a accepté que l’Iran plafonne à peine sa production. Mais la Russie, alliée de l’Iran en Syrie, a quelque peu compensé le geste saoudien en annonçant une réduction de 300 000 bj dans le courant du premier semestre 2017.

1,5 million bj donc, voilà qui avait de quoi séduire les marchés qui, en fin de soirée, payaient le Brent au-delà de $ 50 le baril. Mais peut-on aller beaucoup plus loin ? Le diable étant dans les détails, il va falloir bien sûr analyser tous les éléments de cet accord dont il ne faut quand même pas exagérer l’ampleur : en janvier 2017, la production de l’OPEP retrouvera son niveau de janvier 2016 (32,6 mbj). Néanmoins, même en tenant compte de quelques nouveaux gisements comme Kashagan au Kazakhstan, le marché devrait se rééquilibrer en 2017 après un excédent moyen de 1,5 mbj en 2016. Il reste cependant une inconnue véritable : au-delà de $ 50 les pétroles de schiste américains retrouvent toute leur compétitivité dans un système de production très souple. En toute logique, les marchés devraient rester dans plage $ 50/60 ce qui n’est pas mal avec en plus un dollar fort !

 

 

27 novembre 2016

Primaires

 

François Fillon a donc largement remporté la primaire de la droite et du centre avec deux tiers de plus de 4 millions de suffrages : un résultat net qui renvoie en sa mairie de Bordeaux un Alain Juppé qui avait fait la course en tête jusqu’au début du mois de novembre. Ce score massif fait désormais de lui le favori de la présidentielle, une position qu’il va occuper durant cinq mois et qui l’expose désormais à tous les coups de ses adversaires. Les attaques ont d’ailleurs commencé dès la soirée électorale sur le thème du conservatisme d’une part, du libéralisme d’autre part.

Dans l’un et l’autre cas, la posture est bien sûr exagérée. Le conservatisme de François Fillon se limite à des prises de position sur les dérives les plus récentes concernant le droit de la famille. En son temps, Lionel Jospin eut des opinions encore plus marquées et n’aurait probablement jamais laissé passer un texte comme la loi Taubira. Quant au libéralisme – le crime absolu en France –, constatons que le programme de François Fillon est fort loin du modèle thatchérien auquel on a trop vite tendance à l’assimiler. Là aussi, Jacques Delors, Pierre Beregovoy et encore Lionel Jospin furent à cette aune des libéraux qui l’ignoraient. De tous les candidats, François Fillon avait le programme le plus cohérent et le plus abouti. Sa victoire est légitime et lui apporte le soutien populaire nécessaire aux fameux « cent jours » sur lesquels l’histoire le jugera. Nous n’en sommes pas là et il reste à voir qui l’affrontera en avril 2017.

 

 

26 novembre 2016

Castro

 

La mort de Fidel Castro tourne une page, empreinte d’une certaine nostalgie, celle des années romantiques de la révolte de la jeunesse des années soixante qui contestait la société de consommation des Trente Glorieuses finissantes. Qu’il était beau ce jeune révolutionnaire descendant de sa montagne à la tête d’une poignée de « barbudos » et renversant le régime honni de Batista qui avait laissé la mafia américaine mettre La Havane en coupe réglée. L’ancien élève des jésuites promettait de libérer Cuba de l’emprise américaine et d’en faire un havre de liberté. Poussé par la maladresse des États-Unis dans les bras de l’URSS, il parvint quand même à garder une certaine indépendance et dans nombre de domaines, l’éducation et la santé en particulier, le modèle cubain fut même exemplaire. Que n’en est-il resté là ! Che Guevara dut le comprendre, lui qui chercha, dans d’improbables aventures révolutionnaires, une fin qui le porta au panthéon des héros romantiques. René Dumont en avait douté dès la fin des année soixante.

Mais voilà Fidel s’enfonça à Cuba dans une logique sécuritaire et dictatoriale ; l’île devint une immense prison à ciel ouvert, l’hostilité américaine renforçant chaque jour un peu plus la paranoïa castriste. Il fallait les œillères de quelques compagnons de route, dont beaucoup de Français, pour voir encore en Cuba un paradis socialiste.

Fidel ne mérite guère les éloges qui l’ont célébré ce matin. Au contraire, il fait partie de ceux qui ont brisé les illusions de toute une génération qui avait cru en sa flamme de révolutionnaire. Cela ne vaut guère de larmes.

 

 

24 novembre 2016

Primaires

 

« Au secours, Jésus revient ! » La une de Libération de ce matin consacré à la primaire de la droite et du centre interpelle avec le contour de la France dessiné avec un chapelet. La France serait donc à nouveau la proie des « lobbys catholiques ». Et il est vrai qu’en ce début de semaine les deux candidats se sont disputés pour savoir lequel était le plus en phase avec la pensée du pape François. Alain Juppé en a profité pour attaquer son adversaire sur ses positions anciennes à propos de l’avortement.

N’en déplaise aux laïcards de tout poil, la France reste un pays de culture catholique. Certes, entre 1986 et 2013, le pourcentage de Français se déclarant catholiques est passé de 81 % à 56 % dont seulement 12 % sont des pratiquants réguliers (une fois par mois à la messe), ce qui ne représente donc que 6 % de la population française (un peu plus de 3 millions de personnes). Près de 20 millions de personnes sont des pratiquants occasionnels, sensibles toutefois au message de l’Église comme le montre l’accueil fait au message des papes et notamment à des encycliques comme Laudato Si. Réduire le catholicisme français à quelques réseaux traditionalistes est un véritable contresens que n’aurait certainement pas commis un François Mitterrand dont la recherche spirituelle se fondait sur le terreau de son éducation catholique. Le quotidien français le plus équilibré dans ses analyses politiques et sociales n’est-il pas La Croix !

Il est vrai qu’il y a probablement une dimension catholique dans le vote pour François Fillon. Mais elle ne correspond pas à un repli frileux vers le conservatisme social. Les catholiques ne sont-ils pas dans bien des domaines à la pointe du combat social tant l’amour du prochain peut être révolutionnaire !

 

 

 

22 novembre 2016

Doha

 

La World Policy Conference organisée par Thierry de Montbrial se tenait dans le même hôtel, le Sheraton de Doha, où – il y a quinze ans exactement – avait eu lieu la conférence de l’OMC, quelques semaines à peine après le 11 septembre. À l’époque, on rêvait encore d’une mondialisation heureuse sous-tendue par la croissance de la production et des échanges. À Doha fut lancé un nouveau cycle de négociations : le Doha Round qui devait être celui du développement. Et puis la Chine devint membre de l’OMC. Sur ce dernier point, on peut estimer que c’est alors vraiment que le monde changea de siècle et passa du XXe, qui avait commencé en août 1914 au XXIe marqué ainsi par le début de l’émergence chinoise.

Pour le reste, le cycle de Doha est pratiquement mort. Un temps, on put croire que ce serait au profit d’accords bilatéraux plus ou moins élargis. Mais avec l’élection de Donald Trump, le plus ambitieux de tous, le TPP, transpacifique, a de fortes chances de ne jamais être ratifié. Quant à l’accord transatlantique, il resterait à l’état de projet. Au contraire, confronté à des tensions géopolitiques sans équivalent depuis la fin de la guerre froide, le monde se replie et se fracture à nouveau de barrières tant pour les hommes que pour les marchandises. C’est que le « doux commerce », s’il a aidé au maintien d’une croissance mondiale supérieure à 3 %, a contribué aussi à creuser les inégalités et à broyer des classes sociales dont le résultat des votes en 2016 a surpris et choqué des élites mondialisées qui ont peu à peu perdu contact avec les réalités de cette nouvelle « lutte des classes ». Alors c’est le Brexit, Trump, Podemos et les cinq étoiles italiennes, peut-être même un peu Fillon et puis aussi les communautarismes et même l’islamisme : aux portes de Doha…

 

 

21 novembre 2016

Quatar

 

Doha, la capitale du Qatar, frappe le visiteur par son caractère artificiel. Le long de la corniche s’alignent des immeubles impeccables des plus grands architectes de la planète dominant des pelouses d’un vert admirable et d’une étonnante propreté. Même le souk a quelque chose de suisse !

Le pétrole et surtout le gaz ont transformé une péninsule désertique en un curieux pays dont 95 % des habitants sont étrangers. Aucun autre pays du golfe ne connaît pareille situation : au sommet de la hiérarchie, il y a les 250 000 Qataris « de souche » ; ensuite viennent les mercenaires occidentaux qui font tourner l’économie ; et puis en descendant, on trouve les travailleurs importés du sous-continent indien et d’Afrique dont le statut est parfois encore proche de l’esclavage. Mais derrière un vernis de modernité, derrière l’image du Qatar qui s’est acheté les plus grandes compétitions sportives de la planète, il y a une société rétrograde tenante d’un islam intégriste issu du wahabisme saoudien.

Le Qatar ressemble un peu aux anciennes cités grecques : quelques citoyens laissant leurs femmes dans leurs gynécées, des étrangers (les métèques) et puis des esclaves, beaucoup d’esclaves. La comparaison bien sûr s’arrête là, mais le visiteur ne peut s’empêcher de s’interroger sur la capacité d’évoluer et même de survivre pour cet émirat sorti du néant par la grâce de ses réserves en hydrocarbures.

Pour l’instant, tout n’est que courbettes pour ces élégants Qataris accompagnés par les ombres noires de leurs épouses. Un peuple d’esclaves (terme utilisé par un chauffeur de taxi kenyan, prisonnier de son contrat) les sert et des mercenaires les flattent tandis qu’ils rêvent d’être la Suisse d’un Moyen-Orient qui finira peut-être par les broyer.

 

 

20 novembre 2016

Élections

 

Ce fut la première soirée électorale de la présidentielle 2017, vécue dans un bar d’un hôtel du golfe arabo-persique avec quelques compatriotes penchés sur leurs portables pour obtenir les premiers résultats. Et quelle surprise ! Certes, depuis quelques jours le mouvement en faveur de François Fillon se confirmait, mais de là à imaginer qu’il sortirait en tête avec plus de 43 % des suffrages d’un « corps électoral » qui a dépassé les 4 millions de votants, il y a un pas que même ses plus ardents supporters n’avaient pas franchi. Et puis il y a l’élimination de Nicolas Sarkozy et l’anéantissement des espoirs des « petits » candidats à commencer par Bruno Le Maire et Jean-François Copé qui finit bon dernier.

En quelques semaines François Fillon a rattrapé plus de vingt points de retard sur des sondages rendus il est vrai sujets à caution par le caractère aléatoire de la composition d’un corps électoral au sein duquel il fallait tenir compte de votes venant des marges du PS et du FN. Ce qui est clair c’est qu’il a fait le plein de voix d’une sorte de majorité silencieuse de droite, provinciale, sensible à ses racines chrétiennes sans être pour autant conservatrice qui ne souhaitait ni l’agressivité et le côté affairiste de Nicolas Sarkozy, ni les tendances technocratiques d’Alain Juppé. Il est probablement exagéré d’en faire un vote « anti-establishment » à la Trump, mais il y a eu certainement un rejet des élites « bobos » et énarchiques par une sorte de majorité morale longtemps laissée de côté.

Le second tour verra donc s’affronter Fillon et Juppé avec un net avantage pour le premier. Mais il y a eu tant de surprises électorales en 2016…

 

 

19 novembre 2016

COP22

 

La COP22 vient de se terminer à Marrakech. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle aura eu peu d’échos au-delà du cercle des « afficionados » qui ne rateraient pour aucun empire ces rendez-vous quitte à faire exploser leur compte-carbone.

Marrakech devait permettre de travailler les détails de l’accord de Paris et n’avait pas d’autre ambition : le rêve d’un accord effectif sur le prix du carbone était repoussé à des COP ultérieures (heureusement, il y en a tous les ans ce qui permet de donner un objectif – au moins touristique – au militantisme vert…).

Mais bien sûr, c’est Donald Trump qui a été l’acteur principal de cette COP22, malgré la présence lénifiante d’un John Kerry sur le départ. À vrai dire, il n’a presque rien dit si ce n’est de nommer à la tête de l’EPA (agence de l’environnement) un climatosceptique notoire qui avait été brûlé en effigie à Paris l’an dernier. Mais bien sûr, tout le monde pense à l’accord de Paris, signé par le président Obama sous la forme d’un « executive agreement » et non d’un traité, ce qui avait permis à l’époque d’éviter l’obstacle du Congrès. Mais c’est aujourd’hui la faiblesse de cet engagement sur lequel Donald Trump a la possibilité de revenir de manière unilatérale. Au-delà des arguties juridiques, il est clair que les États-Unis vont désormais freiner des quatre fers en matière climatique. Soyons honnêtes : le processus engagé était tellement lent que certains doivent se réjouir d’avoir trouvé en Donald Trump un parfait bouc émissaire pour leurs propres limites.

 

 

18 novembre 2016

Trump

 

Une bonne semaine après l’élection de Donald Trump, il est temps d’en établir un premier bilan au moins en ce qui concerne les marchés financiers. Le premier moment de panique n’a duré que quelques heures et au contraire il a été suivi par la prise de conscience que la partie la plus facile à réaliser du programme économique de Donald Trump (grands travaux et infrastructures) se traduirait au moins à court terme par une relance de la croissance américaine. La Fed n’aurait dès lors aucune raison de reculer encore le resserrement de sa politique monétaire et donc la hausse des taux annoncée comme quasi certaine dès le mois de décembre. Devant le Congrès, Janet Yellen a implicitement confirmé un scénario qui n’a que trop tardé.

Le résultat ne s’est pas fait attendre avec la hausse du dollar et certains n’hésitent pas déjà à parler de parité avec l’euro. En tout cas, Donald Trump aura permis l’accélération d’un mouvement en réalité déjà à l’œuvre depuis le début de l’été 2016 : la remontée des taux longs et la fin de la gratuité de l’argent. En soi, c’est une bonne nouvelle tant le monde des taux négatifs était bien anormal, mais on ne peut écarter le risque d’un atterrissage difficile voire d’un krach obligatoire.

Remontée des taux, dollar plus fort, voilà en tout cas quelques bonnes nouvelles pour une Europe qui continue à se boucher le nez en parlant de Trump et qui préfère célébrer un Obama qui aura été l’image même du « faux ami » prêt à toutes les trahisons et à toutes les lâchetés.

 

 

17 novembre 2016

Primaire

 

Dernier débat télévisé avant le premier tour de la primaire de « droite et du centre » : à nouveau nos sept personnages devant des journalistes dont le seul souci semble être de limiter l’espace de parole et puis aussi de faire saigner un peu. Jusqu’à il y a quelques jours, les jeux semblaient faits : le second tour se jouerait entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, serait remporté par le premier, qui, en deuxième position derrière Marine Le Pen au premier tour des présidentielles, sortirait vainqueur en mai 2017 et serait le prochain président de la République. Les ralliements en cascade à la bannière d’Alain Juppé semblaient confirmer cette mécanique que même la présence d’Emmanuel Macron ne paraissait pas susceptible de perturber.

Et puis voilà depuis quelques jours la remontée de François Fillon qui ce soir l’a nettement emporté aux points. Le duel attendu est devenu une triangulaire et au-delà de programmes relativement proches sur le fond, c’est le caractère des hommes que l’on juge maintenant. L’un des trois sera éliminé dimanche soir (et bien sûr les quatre autres…) et l’incertitude est d’autant plus grande que la géométrie du corps électoral de cette première primaire de droite est variable rendant bien aléatoires sondages et pronostics. Quant à la suite, gardons-nous de certitudes que la lassitude des Français pourrait bien bouleverser.

 

 

16 novembre 2016

Macron

 

François Hollande est à Marrakech pour la COP22. À droite, les candidats à la primaire jettent leurs dernières forces pour contrer le duo Juppé/Sarkozy. Et voilà Emmanuel Macron qui se lance et qui officialise – depuis Bobigny (un symbole un peu facile) – sa candidature indépendante de tout parti.

Ce n’est bien sûr pas la première fois que se présente en France un candidat indépendant des partis. Mais jusque-là, il s’agissait de candidatures de témoignage plus ou moins fantaisistes. Tel n’est pas le cas d’Emmanuel Macron, même si ses chances de l’emporter apparaissent objectivement limitées.

Certes, il vient de la gauche quoiqu’il n’ait jamais été membre du parti socialiste. Mais il a fait sa fulgurante carrière auprès de François Hollande, à l’Élysée d’abord (après avoir été une des plumes de la commission Attali, sous Sarkozy) puis comme ministre. Mais l’originalité de sa démarche est de refuser tout héritage de ce côté-là, de ne pas participer aux futures primaires socialistes et « d’y aller tout seul » hors parti en cherchant à élargir son électorat potentiel au centre et à droite.

Candidature de rupture pour un personnage qui jusque-là était parfaitement représentatif de « l’establishment » : inspecteur des finances, banquier chez Rothschild… Mais une citadelle ne se prend-elle pas mieux de l’intérieur ? C’est en tous cas un moment de fraîcheur dans un climat politique pesant. Le créneau d’Emmanuel Macron demeure étroit. Il ne tient qu’à lui de l’élargir.

 

 

13 novembre 2016

Anniversaire

 

Le Bataclan, un an après… Alors que l’État islamique est bousculé à Mossoul, la France se réveille après une longue année marquée par d’autres attentats collectifs comme à Nice ou individuels comme près de Rouen : une année d’état d’urgence et de banalisation des tensions islamistes, une année de fractures aussi dans la société française, bien loin de l’élan fraternel des lendemains de l’attentat de Charlie Hebdo.

On connaît à peu près maintenant les principaux fils des réseaux franco-belges qui montèrent les attentats du 13 novembre 2015 puis ceux de Bruxelles. On sait aussi que les autres attentats furent le fait d’isolés, recrutés au hasard et que la menace a changé de nature, qu’elle s’est enracinée en quelque sorte dans les villes et les quartiers. Au-delà en effet de la guerre au Moyen-Orient, c’est la France qui affronte le défi majeur de l’intégration de populations de plus en plus marginalisées dont l’expression religieuse n’est qu’une preuve supplémentaire de désespérance.

Force est cependant de constater que ce sujet-là, celui de la fracture sociale, est à peine abordé par les différents candidats à la présidentielle de 2017. Depuis la campagne de Jacques Chirac élu sur ce thème il y a près de vingt ans pour l’oublier immédiatement, la situation n’a cessé de se dégrader, les fossés de se faire plus profonds. Ni la répression et le tout-sécurité, ni l’aveuglement de l’état providence ne sont des solutions là où il s’agit de rebâtir une société et même une nation. Malheureusement personne ne semble avoir mesuré l’ampleur du défi auquel est confronté la France dans les prochaines années. La messe à Notre-Dame de Paris ce soir ne suffira pas à panser nos plaies.

 

 

11 novembre 2016

Crèches

 

Noël approche et donc le temps de l’Avent, celui de ses calendriers (déclinés maintenant en chocolat par quelques « épiciers » avisés) et aussi celui des crèches.

Pour mettre un terme aux polémiques à propos de l’installation de crèches dans l’espace public, le Conseil d’État vient de rendre un véritable jugement de Salomon dans lequel il s’efforce de distinguer le culturel du religieux. Les crèches sont autorisées dès lors qu’elles appartiennent à une tradition culturelle (assimilée en quelque sorte à un innocent folklore). Mais elles ne peuvent en aucune manière avoir une dimension religieuse et restent proscrites dans les bâtiments publics.

Doit-on quand même rappeler ce que commémore de manière naïve la crèche : c’est la naissance de Jésus, le fils de Dieu, et le point de départ du Christianisme qui fut longtemps la spiritualité partagée par la plupart des Français et à partir de laquelle s’est bâtie une grande partie de l’identité française. La symbolique de la crèche est chrétienne et ne peut se comprendre que dans la lecture du mystère chrétien. Noël va bien au-delà des seules « fêtes de fin d’année » et ne peut se limiter au seul sapin et au père Noël dérivé lui-même de Saint-Nicolas. La crèche est un tout, et il n’y a pas seulement « le bœuf et l’âne gris ». Mais en ce domaine, la bêtise laïcisante n’a, on le voit, pas de limite.

 

 

10 novembre 2016

La France et Trump

 

L’élection américaine ne pouvait manquer d’avoir des conséquences en Europe et en particulier sur la scène politique française. Bien sûr, une grande partie des commentaires s’est engouffrée dans la vulgate populiste. L’essentiel de la classe politique, comme la plupart des Français d’ailleurs souvent prisonniers d’une vision caricaturale de la vie politique américaine, avait soutenu Hillary Clinton et traité avec dédain le phénomène Trump.

Fort logiquement, c’est Marine Le Pen qui la première a cherché à tirer les marrons du feu : cependant il ne faut pas exagérer la comparaison entre le FN et l’électorat de Donald Trump. En perte de vitesse, Nicolas Sarkozy a lui aussi insisté sur la capacité d’un candidat populaire à renverser l’establishment, et dans son esprit il avait bien entendu Alain Juppé qui pour l’instant fait figure de favori de la primaire de « droite et du centre » et donc, de facto, de la présidentielle. À la limite, François Hollande peut lui aussi penser que les jeux ne sont pas faits. Et puis, la victoire de Trump, contre l’appareil des partis peut inspirer Emmanuel Macron qui est sur le point de se lancer, à l’écart – semble-t-il – des primaires de droite comme de gauche. Au fond, un candidat maitrisant bien les médias peut bousculer les appareils. N’est-ce pas de cela qu’a besoin aussi la France ?

 

 

9 novembre 2016

Donald Trump

 

Donald Trump sera donc le prochain président des États-Unis. La surprise est totale, un peu identique à celle que nous avions éprouvée au petit matin du Brexit. Trump l’emporte sans contestation y compris en termes de nombre de voix du vote populaire. Au passage, il permet aux républicains de conserver le contrôle absolu du Congrès, Chambre des représentants et surtout Sénat.

En quelques jours, il a rattrapé le retard que lui attribuait des sondages qui avaient probablement surévalué la mobilisation des noirs et des latinos en faveur de Clinton et sous-évalué le rejet par l’électorat blanc de cette Amérique de Washington représentée par Hillary Clinton et même Barack Obama qui doit vivre aussi cette élection comme un échec personnel que l’on peut estimer mérité.

Voilà donc Donald Trump, celui dont la perspective de l’élection faisait frémir à l’image du dernier éditorial de « The Economist », le voilà président des États-Unis. Il a certainement des qualités et en a fait preuve durant la campagne. Il a aussi dévoilé des aspects bien inquiétants et notamment sa propension à exagérer, voire à mentir. Comme autrefois pour « Tricky Dicky » (Richard Nixon) lui achèteriez-vous une voiture d’occasion.

Pour le reste, comme pour Nixon ou Reagan, peut-être Donald Trump se révèlera-t-il un bon président pour les États-Unis et le monde, après une présidence Obama qui, répétons-le, a été particulièrement médiocre. Tout est possible, même l’imprévisible, saluons l’artiste et… espérons !

 

 

8 novembre 2016

Élections américaines

 

Aux États-Unis, les Américains votent et mettent un terme à une bien curieuse campagne électorale : un populiste doublé d’un homme d’affaires assez peu recommandable opposé à la femme d’un ancien président dont la vie conjugale ne fut pas exemplaire… Franchement, les États-Unis ont connu mieux que ce soit avec John Kerry chez les démocrates ou John Mac Cain chez les Républicains.

Vu de l’extérieur pourtant, tout devrait aller bien aux États-Unis : un chômage très faible presque à la limite du plein emploi, une croissance régulière à un niveau presque deux fois plus élevé que celui de l’Europe, des entreprises prospères qui restent à la pointe de l’innovation technologique et même une nouvelle indépendance énergétique. Tout serait rose dans l’Amérique d’Obama s’il n’y avait pas une inquiétante montée des inégalités qui en deux décennies a broyé une bonne partie de la classe moyenne  la « lowermiddleclass » des cols bleus (les « blue collars ») qui a l’impression d’être exclue du rêve américain et qui a écouté les sirènes populistes de Donald Trump pour les uns, les accents presque socialistes de Bernie Sanders pour les autres.

Ce soir, les derniers sondages donnent Hillary Clinton gagnante… quand même, serait-on tenté d’ajouter. Mais il s’agit bien d’un vote à reculons tant la candidate a eu du mal à imposer une image de renouveau, tant aussi l’héritage d’Obama, qu’il lui faudra bien assumer, est médiocre. La nuit risque d’être plus longue que nous le pensons.

 

 

7 novembre 2016

Mélenchon et le PCF

 

La Conférence nationale du PCF vient d’infliger un cinglant désaveu à son secrétaire général, Pierre Laurent, en refusant d’endorser la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Bien entendu, cela peut prêter à sourire : le parti communiste ne pèse guère plus que quelques pour cent d’un électorat qui l’a majoritairement délaissé. Il tient encore quelques bastions historiques souvent d’ailleurs assez bien gérés. Par contre, Jean-Luc Mélenchon a su prospérer sur une frange non négligeable de l’échiquier politique, de la gauche du parti socialiste aux nostalgiques de l’extrême gauche, en utilisant un registre populiste non dénué de talent. Mais le PCF lui apporte la force d’un réseau sur le terrain avec de véritables militants et puis la garantie des fameuses 500 signatures. Ceci étant, on peut comprendre les cadres du parti, ceux qui sont restés fidèles malgré les purges et les déceptions, ceux qui n’ont renié ni Lénine ni même Staline. Ils n’ont rien de commun avec ce Mélenchon qui parle encore de révolution. En 1936, en Espagne, Mélenchon aurait probablement, comme George Orwell, adhéré au POUM dont les dirigeants furent décimés par les staliniens dans une stratégie suicidaire. Les cadres du PCF préfèrent disparaître ainsi… la tête haute.

 

 

5 novembre 2016

François Hollande

 

Jamais un président de la République n’a été aussi bas dans les sondages de cotes de popularité : 4 % seulement des Français s’en estiment satisfaits. François Hollande est au plus bas et la publication de son livre d’entretiens plus ou moins autorisés avec des journalistes du Monde n’a fait qu’aggraver la chose, du moins pour l’instant.

Il y a pourtant une certaine logique chez ce président « normal » qui poursuit méthodiquement son entreprise de désacralisation de la fonction présidentielle. Là, il est allé très loin même si ses saillies sur les magistrats (lâches) ou sur les joueurs de football (décérébrés) ne manquent pas d’une certaine vérité. Au mieux, il amuse, au pire, il incite au crime de lèse-majesté.

Car tous républicains qu’ils soient depuis plus de deux siècles, les Français restent profondément monarchistes. Avec la Ve République, ils élisent un Prince auquel ils accordent un pouvoir sans équivalent dans les démocraties occidentales. En retour, ils lui demandent un comportement quasi régalien et peu de faiblesses, au moins connues. Il en fut ainsi de De Gaulle et de Mitterrand qui, tous deux, renouvelèrent leurs mandats, ce que ne firent ni Giscard, ni Sarkozy qui, de manière différente, avaient essayé de rejeter ou moins d’atténuer la monarchie présidentielle. François Hollande est allé beaucoup plus loin et est tombé logiquement beaucoup plus bas.

 

 

4 novembre 2016

Ken Loach

 

 

La palme d’or à Cannes pour le dernier film de Ken Loach « I, Daniel Blake » était bien méritée. On reconnaît bien la patte d’un maître qui revient sur ses sujets de prédilection : l’Angleterre des pauvres, des exclus du modèle thatchérien. Daniel Blake est un menuisier qui, à la suite d’un accident de santé, est balloté entre invalidité et chômage, aux prises avec une bureaucratie privatisée, victime aussi de la difficulté à s’adapter à une société dominée par des technologies de communication qui sont autant d’obstacles pour ceux qui ne les maîtrisent pas.

Ken Loach parle de gueux, un président français aurait – dit-on – parlé de « sans dents ». Le spectateur français en regardant ce film peut se rassurer quelque peu. Vraisemblable au Royaume-Uni, avec les purges réalisées depuis Margaret Thatcher jusqu’à David Cameron, il est assez loin d’un univers français où au contraire on accuse facilement l’état providence d’en faire trop et par le biais de multiples programmes d’assistance de créer de véritables « trappes à pauvreté ».

Au sortir de ce film, on ne peut s’empêcher de penser à cette phrase de Jean-Paul II dans son encyclique économique de 1991, Centesimus Annus : « avant toute logique de marché, il y a un dû à l’homme parce qu’il est homme en raison de son éminente dignité ». Admirable logique et bien difficile politique.

 

 

1er novembre 2016

Toussaint

 

Fête de la Toussaint pour les quelques pratiquants catholiques, long week-end avec un « pont » au milieu des vacances scolaires pour les autres et éventuellement passage rituel dans les cimetières. La Toussaint est vécue comme la fête des Morts, le jour où l’on honore les défunts familiaux. Il y a certes de cela, mais ce serait oublier la célébration des vivants ponctuée par le merveilleux évangile des Béatitudes de l’office de ce jour : « Heureux les pauvres… » En ces temps marqués par l’afflux des réfugiés, des « pauvres » de la planète entière, ce texte prend une résonance toute particulière. Dans sa traduction de la Bible, André Chouraqui a préféré à « Heureux », « En marche ». Et là, la signification est bien différente : « En marche, les pauvres… », c’est bien ce qu’ils font, ceux qui n’ont pas d’état providence, pas de protection sociale, plus de pays non plus. « En marche… » vers un monde meilleur sous le regard du Créateur. Les Béatitudes prennent ici tout leur sens : ce n’est plus de l’angélisme promettant un au-delà meilleur, c’est « ici et maintenant » que se construit le Royaume : c’est le cœur du message révolutionnaire du christianisme. Il est bon d’honorer la mémoire de nos défunts, mais que faisons-nous pour les vivants. Tous saints ?

 

31 octobre 2016

Primaires

 

Le temps des primaires révèle quelques perles : il y a d’abord ce duel de titans entre deux candidats verts tout émus encore du meurtre de la mère, de l’élimination de Cécile Duflot. Reconnaissons quand même que Yannick Jadot admet qu’il n’a aucune chance de remporter la présidentielle. Voilà une jolie preuve de réalisme…

Du côté des Républicains, l’heure est au centre. Certes, il n’y a pas de candidat centriste aux primaires et en réalité le centre est éclaté en de multiples chapelles, entre le Modem, l’UDI et quelques autres, sa seule figure nationale, François Bayrou, étant plus ou moins retiré en sa principauté de Béarn. Mais voilà, les centristes ont fait allégeance à Alain Juppé et Nicolas Sarkozy les soupçonne – peut-être avec quelque raison – d’avoir monnayé leur ralliement.

Mais que représente bien le centre en France ? Rien au-delà de quelques notables élus avec la bienveillance du RPR de l’époque. L’âge d’or du centre est bien lointain : ce fut la démocratie chrétienne et le MRP repoussés au centre (contrairement à l’Allemagne et à l’Italie) par l’irruption du gaullisme. Entre la droite gaullienne puis chiraquienne et la gauche socialiste, le centre a périclité, parfois utilisé comme tremplin par Giscard ou Barre sans parvenir à exister. François Bayrou, qui l’avait fait rêver en 2007, en aura été l’ultime fossoyeur. Il n’est pas certain qu’Alain Juppé gagne quelque chose de ces fréquentations.

 

 

26 octobre 2016

François Mitterrand

 

Centenaire de François Miterrand. Thuriféraires et hagiographes s’en donnent à cœur joie et ils n’ont pas tort, car François Miterrand a été, avec le général de Gaulle, le président le plus marquant de la Ve république : étonnant destin que celui de ce politicien madré qui avait traversé avec bonheur la période de la guerre et celle de la IVe république. Qui aurait cru alors en son destin, en sa capacité d’unir la gauche pour finalement l’emporter en 1981. Et là, alors que d’autres ont été broyés par une fonction qui en France fait du président un monarque de droit presque divin, il s’est révélé et a été littéralement transcendé au point d’incarner la France et toutes ses contradictions. Lui, dont l’économie n’était guère une passion, a vite tourné la page des illusions du Programme commun et a orchestré le grand virage libéral qui a marqué la France en ces années. Cet agnostique chrétien a su contenir les excès les plus laïcards de ses troupes et on sait maintenant quelle fut la richesse de sa vie intérieure.

Il y a certes bien des choses que l’on peut lui reprocher : à l’international, il n’a pas imaginé ni compris vraiment la chute de l’URSS lui qui pourtant avait contribué à marginaliser le communisme en France. En France, il a laissé prospérer un climat affairiste marqué au coin d’une insidieuse corruption quotidienne. Détaché à sa manière des problèmes d’argent, il eut autour de lui un cercle de « roués » à la manière du Régent qui fut au XVIIIe siècle le meilleur dirigeant que la France ait connu. Il aurait probablement aimé cette comparaison qui l’eut fait sourire.

 

 

25 octobre 2016

Guerres au Moyen Orient

 

Au Moyen-Orient, le « grand jeu » se poursuit, cette fois entre la Russie et les États-Unis. Le « grand jeu » ce fut, à la fin du XIXe siècle, l’affrontement feutré entre la Russie et le Royaume-Uni en Asie centrale, autour de l’Afghanistan, entre la vallée de Khyber tenue par les Britanniques aux portes de l’Inde et celle de la Ferghana gagnée par la poussée russe.

Le grand jeu aujourd’hui se passe entre Alep et Mossoul par Syriens et Irakiens interposés. À Alep, c’est la Russie qui pousse la médiocre armée de Bachar el Assad soutenue aussi par des contingents chiites libanais et iraniens. Malgré d’intenses bombardements russes, l’offensive piétine. À Mossoul, ce sont les États-Unis et quelques autres (dont la France…) qui poussent la médiocre armée irakienne heureusement associée aux troupes kurdes. Malgré l’aide occidentale et les frappes aériennes, l’offensive avance peu face à un ennemi qui se révèle insaisissable.

Officiellement, l’ennemi est le même : l’EI à Mossoul, Al Qaeda à Alep, mais en Syrie la situation est beaucoup plus complexe. Mais ne nous trompons pas : l’affrontement est aussi désormais celui de la Russie et des États-Unis, de Poutine et d’Obama. Officiellement, on ne se salit pas les mains : des drones, des frappes aériennes, du matériel pour de la chair à canon… C’est le « grand jeu » moderne ! Mais une fois Alep et Mossoul prises, il restera l’anarchie irakienne et le désordre syrien. Le grand jeu pourra continuer.

 

 

23 octobre 2016

La Bohème

 

Il y a cent vingt ans au Teatro Regio de Turin était donnée la première de « La Bohème » de Puccini. Ce soir, dans un Teatro Regio reconstruit après l’incendie de 1936, c’était l’ouverture d’une nouvelle saison avec justement une nouvelle mise en scène de la Bohème.

On connaît le livret de cette bluette inspirée de scènes de la vie de la bohème parisienne de la fin du XIXe siècle. L’histoire en est bien mince et est surtout destinée à mettre en valeur quelques grands moments du bel canto. Pourtant, le metteur en scène, Alex Ollé, a donné un coup de jeune et d’actualité à cette Bohème en la transposant dans les « quartiers » et en utilisant une distribution volontairement multiculturelle (Musette, la cocotte, est africaine) à l’image du grand marché qui se tient à quelques centaines de mètres de là. L’Italie qui est en première ligne face aux migrations au travers de la Méditerranée fait preuve d’une assez remarquable cohésion surtout quand on la compare à la situation de la France où justement demain va être évacuée la désormais célèbre « jungle de Calais ».

Nous sommes là bien sûr loin de la Bohème et pourtant cette mise en scène contemporaine nous plonge dans ces réalités bien cruelles. Il y a cent vingt ans, les Piémontais émigraient aux Amériques. Aujourd’hui, comme Mimi, les migrants meurent en rêvant d’Europe. Triste bohème.

 

 

20 octobre 2016

Chine

 

Pour le troisième trimestre consécutif, la Chine aurait eu un taux de croissance de 6,7 %, pile au milieu de la fourchette (6,5/7) annoncée par le gouvernement chinois en mars dernier. Pour nombre d’analystes, c’est trop beau pour être vrai.

Les statisticiens et économistes chinois font en effet des merveilles : aucun autre pays ne sort aussi rapidement ses données trimestrielles et surtout les corrige aussi peu. Autrefois, on soupçonnait les chiffres d’être surévalués, aujourd’hui on a des doutes inverses sur la fabrique statistique chinoise. Cette fois-ci, le moteur chinois serait la consommation des ménages, ce qui est plausible, alors que la croissance de la production industrielle se maintient à peine au-dessus de 6 %.

Des chiffres donc à manier avec des pincettes d’autant plus qu’ils sont dopés par les mesures procycliques du gouvernement. Cependant, force est de constater que les importations de matières premières ont atteint ces dernières semaines des niveaux record qu’il s’agisse du minerai de fer, du pétrole ou même de la viande porcine ! Les importations de charbon sont aussi en progression, et cela parce que les autorités ont volontairement limité la production des mines trop polluantes ce qui a provoqué la flambée des cours sur les marchés mondiaux. Dans un autre domaine, Pékin essaie de ralentir et de calmer l’euphorie immobilière qui règne aujourd’hui.

Alors, certes on peut douter de cette apparente stabilité à 6,7 %. La réalité est plus complexe, mais faut-il s’en inquiéter ?

 

 

19 octobre 2016

CETA

 

La Belgique fait donc des siennes et le parlement wallon bloque la signature finale de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (CETA) qui doit avoir lieu normalement la semaine prochaine. Il avait fallu sept ans de négociations pour parvenir à un accord en septembre 2014 et les Wallons (ainsi que Bruxelles) remettent en cause quelques points à priori secondaires notamment en matière d’environnement. En réalité, les vraies raisons sont plutôt à chercher dans les méandres de la politique belge (les socialistes wallons en l’occurrence).

Ceci étant, le CETA pose un problème bien plus fondamental. Il a été négocié du côté européen par 28 pays, mais il ne sera mis en place que pour 27 puisque le Royaume-Uni n’en sera pas partie prenante, une fois le Brexit entériné. Or c’est avec le Royaume-Uni que les échanges du Canada sont les plus importants pour des raisons historiques bien compréhensibles. Qu’adviendra-t-il des clauses spécifiques que contient l’accord ? Les producteurs français de viande bovine peuvent s’inquiéter du devenir du quota d’exportation de plus de 50 000 tonnes de viande canadienne normalement destiné au marché britannique et qui risque de se retrouver sur un marché continental qui n’en a guère besoin. Mais ce n’est là qu’un exemple.

Au-delà des drames belges, il faut accepter l’idée que le CETA devrait être remis sur la table à 27 et en tirer toutes les conséquences.

 

 

17 octobre 2016

Pétrole

 

Kashagan a commencé enfin à produire du pétrole pour l’exportation et les premiers barils de ce gisement du nord de la Caspienne devraient arriver dans quelques jours sur le marché mondial.

Kashagan ? Un véritable serpent de mer, un gisement géant qui depuis plus d’une vingtaine d’années a accumulé tous les déboires à la fois techniques et politiques. Certes, le nord de la Caspienne est une région difficile au climat particulièrement rude en hiver lorsque la mer est prise par les glaces. Le pétrole extrait s’est révélé aussi difficile à exploiter ce qui a entraîné des dépassements budgétaires considérables. Finalement, le coût total du projet a bondi en deux décennies à $ 55 milliards !

Mais le cauchemar a été aussi politique avec un gouvernement kazakh qui s’est révélé être un partenaire peu fiable et velléitaire. Enfin, l’opérateur initial, l’italien ENI, a été incapable de gérer toutes ces contraintes. Il a fallu ouvrir le capital du consortium aux autres grandes compagnies pétrolières : Total, Shell, Exxon, qui détiennent comme ENI et la compagnie nationale kazakhe 16,1 % du projet chacun, le reste revenant à des Japonais et à des Chinois.

Plus de vingt ans donc : le temps du pétrole est un temps long, mais voilà le brut de Kashagan qui va enfin arriver sur les marchés en un moment où il n’est pas vraiment le bienvenu : 30 000 bj d’ici la fin de l’année, 370 000 bj à la fin de 2017. C’est à peu près la moitié de ce que l’OPEP a l’intention de réduire sa production en novembre à Vienne. Voilà un caviar de la Caspienne dont le marché se serait bien passé.

 

 

14 octobre 2016

Primaires

 

Ils étaient donc sept hier soir devant les caméras de télévision pour un exercice inédit, les premières primaires de la droite en France : du beau et du vieux linge : un ancien président, deux anciens premiers ministres, trois anciens ministres et un simple député (le seul véritable « inconnu »). Sept, chacun derrière son pupitre, quelque peu crispés, face à trois journalistes censés refléter les attentes des Français.

Autant le dire, ce ne fut pas un grand moment ni de politique ni même de télévision. Le corset était bien trop étroit dans une illusoire égalité horaire (15 minutes chacun au total) et avec des questions qui n’ont guère élevé le débat : on a en effet donné dans le pointillisme le plus absurde qu’il s’agisse de l’âge de la retraite, de la durée du travail ou des déficits. À aucun moment, il n’y a eu de souffle sur la vision de la France et de ses blocages, sur le chantier immédiat des réformes : Jean-François Copé a parlé d’ordonnances, Alain Juppé de dialogue social, mais il n’y avait là rien de bien approfondi. Un peu de boue est remontée des bas fonds que l’ouvrage de deux journalistes du Monde sur les « confidences » de François Hollande avait quelque peu agités. Mais les fleurets étaient mouchetés.

Au sortir de ce débat insipide, pour l’essentiel du fait de la médiocrité de son animation, les premiers sondages n’indiquent guère de changement dans la cote des candidats et l’affrontement reste entier entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy qui pourtant ne furent ni l’un ni l’autre au meilleur de leur forme. Un débat pour rien ?

 

 

13 octobre 2016

Bob Dylan

 

Bob Dylan, prix Nobel de littérature ! Ces dernières années, les académiciens suédois nous avaient habitués à des choix obscurs destinés à mettre en valeur des littératures peu connues et traduites. Les Prix Nobel passaient sans qu’on les remarque vraiment (mais qui se souvient que le premier Nobel fut décerné au Français Sully-Prudhomme aujourd’hui totalement oublié y compris en France). Il y a une vingtaine d’années, il y avait eu le précédent Dario Fo (décédé aujourd’hui même), mais il avait au moins une grande œuvre théâtrale.

Avec Bob Dylan on change de registre. Certes poète, il est avant tout un interprète de ses œuvres, mais aussi de tout un répertoire populaire américain (le folk) dans lequel il a baigné. C’est au fond toute une génération, celle de la culture contestataire américaine des années soixante qui est ainsi distinguée. On aurait pu aussi bien nommer Joan Baez ou même Leonard Cohen.

Les puristes se demanderont si c’est bien là de la littérature : car les textes de Dylan sont avant tout des chansons, comme dans la Grèce Antique lorsque les poètes s’accompagnaient de la lyre. La littérature devient là orale pour des générations qui ne savent plus guère lire et qui se limitent aux raccourcis brutaux de leurs écrans.

Célébrer Dylan et tous les autres (et pourquoi pas Brassens et ses contemporains en France) à l’heure du rap, c’est là un parti pris courageux que l’on ne peut que saluer d’autant qu’il nous renvoie en une époque bien oubliée.

 

 

10 octobre 2016

Jeux Olympiques

 

Il y a quelques jours, le président du Comité International Olympique (CIO) était en visite à Paris et on l’a même vu chevauchant fièrement un Vélib. La candidature de Paris aux JO de 2024 aurait le vent en poupe et réunit en tout cas en France une rare unanimité. C’est là bien dommage tant ce projet dépasse les bornes du raisonnable et ressemble à une véritable fuite en avant.

Les J.O font-ils en effet encore rêver ? La prédominance des intérêts financiers et de la marchandisation du sport, le cynisme des apparatchiks qui en tiennent les clés en faisant de la guimauve coubertinnienne un fonds de commerce, la montée des nationalismes au-delà d’un serment olympique que plus personne n’écoute, tout cela a de quoi donner la nausée. On est depuis longtemps passé d’Olympie aux Jeux du Cirque à Rome.

Parlons justement de Rome et de la sage décision de ses édiles de renoncer à la candidature de leur ville. Ils sont réalistes, savent que c’est là au-dessus de leurs moyens, que les budgets sont toujours dépassés, que le somptuaire est bien éphémère. À Londres même, dont les Jeux furent cités en exemple, combien d’infrastructures gisent aujourd’hui à l’abandon. Il en sera de même à Paris alors qu’il y a tant à faire dans les quartiers et les banlieues.

 

 

7 octobre 2016

Migrants

 

Il y a deux jours, les navires qui patrouillent au large de la Sicile ont sauvé, en une seule journée, plus de 6000 migrants. Alors qu’Alep flambe, l’essentiel de cette immigration n’est plus syrienne, ni même du Moyen-Orient. Par la Libye, ce sont des migrants africains qui cherchent à gagner l’Europe : des réfugiés en provenance d’Érythrée et du Soudan, mais surtout des migrants « économiques » d’Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment du Nigeria. C’est là une immigration beaucoup plus classique liée aux crises économiques et à la malgouvernance. L’Europe reste l’espoir insensé de tous ces subsahariens qui se sentent prisonniers de l’échec de leurs propres pays.

L’Italie les sauve et les accueille, mais après ? Au Royaume-Uni, Theresa May tient un discours s’alignant sur le vote du Brexit : l’immigration y est bloquée. Partout ailleurs, on atteint la saturation et les discours populistes deviennent un peu partout la règle plus que l’exception.

Dans la campagne électorale française, on s’en tient à l’hypocrisie des textes et des règlements : on peut accueillir quelques demandeurs d’asile c’est-à-dire les situations d’urgence. Mais les autres qui forment désormais les plus gros bataillons des migrants, de ceux que l’on repêche au large de l’Italie : les reconduire, les renvoyer, fermer les yeux, les laisser s’enfoncer à la marge ? L’Europe doit répondre sachant qu’il n’y aura jamais une seule bonne réponse. Et puis au-delà, chacun d’entre nous peut et doit agir.

 

 

6 octobre 2016

Pétrole et acier

 

À Genève, un groupe bancaire réunit quelques experts pour parler de l’avenir des marchés de matières premières. Pour le pétrole, les experts d’Argus, l’une des sociétés spécialisées dans la publication de cotations de référence, sont plutôt optimistes estimant que les membres de l’OPEP seront contraints d’ajuster tôt ou tard leurs niveaux de production. Néanmoins leurs prévisions, un peu au-delà de $ 50 le baril restent fort mesurées. A leur avis, la mutation la plus importante est le développement des importations de pétrole brut par les « petites » raffineries chinoises du Shandong, les désormais célèbres « Teapot refineries » qui sur les sept premiers mois de l’année ont acheté 2,4 millions de bj contre 1,5 l’année précédente. À suivre.

La Chine est bien sûr au premier plan sur le marché de l’acier : sa production a probablement atteint son pic, mais sa consommation s’inscrit désormais en forte baisse : plus de 700 millions de tonnes en 2014, moins de 600 en 2020, de 500 en 2030. la différence ce sont des exportations qui explosent, les fermetures de capacités annoncées demeurant bien insuffisantes. Sur les huit premiers mois de 2016, la production chinoise a diminué de 0,11 %, la consommation de 3,6 % et les exportations ont augmenté de 6,2 %. On comprend le marasme du marché mondial d’autant plus que la flambée des prix du charbon à coke n’arrange pas les choses. Difficile de garder un moral… d’acier !

 

 

5 octobre 2016

Alstom

 

À tout prix éviter un nouveau Florange ! La mission du gouvernement était claire pour Alstom à Belfort. La solution trouvée est certes d’une remarquable cohérence, mais le prix de cet électoralisme forcené est considérable non seulement en termes financiers, mais aussi en crédibilité politique. L’état va donc acheter des rames TGV qu’il fournira ensuite à la SNCF pour circuler sur des lignes classiques à la place de trains intercités bien moins onéreux… mais que l’on ne construit pas à Belfort ! Ces « Ferraris du rail » vont donc rouler comme de modestes « Clios » en attendant l’hypothétique construction des lignes TGV concernées. On aimerait en rire si ce n’était pas là le symbole d’un mal français bien au-delà des clivages politiques. Bien sûr, il y avait Belfort, sa citadelle qui avait résisté aux Prussiens, son passé industriel et l’image aussi du rail, cher aux Français. Mais on ne supprimait pas d’emplois : les 400 postes concernés étaient déplacés de 200 kilomètres vers une Alsace devenue soudain un goulag.

Confrontés à une baisse de charge qu’ils auraient peut-être pu anticiper, les dirigeants d’Alstom ont en tout cas admirablement réussi leur opération de chantage. Ils ne doivent pas en être fiers, mais cela a marché jusqu’au plus haut sommet de l’état. Manuel Valls a osé parler de politique industrielle. La méthode Coué trouve là ses limites.

 

28 septembre 2016

Pétrole

 

Accord surprise à Alger. Les membres de l’OPEP ont annoncé qu’ils envisageaient de reconduire leur production d’une quantité indéterminée à un horizon indéfini, le tout devant être précisé à Vienne à la fin novembre. On peut difficilement faire plus flou et pourtant marchés et analystes ont « acheté » cet accord hâtivement qualifié d’historique. En réalité, la seule chose à mentionner est que l’Arabie Saoudite et l’Iran se sont parlés sans passer par le canal de quelques missiles yéménites ou syriens. Mais pour le reste il n’y a rien à dire : face à un marché excédentaire de quelques 1,5 million de barils par jour (bj) auxquels il faut ajouter au moins 200 000 bj de production nouvelle en 2017, notamment du champ de Kashagan au Kazakhstan, l’OPEP va de record en record alors même que deux de ses membres – la Libye et le Nigéria – perdent au moins un million bj du fait du chaos politique qui y règne. Et dans le meilleur des cas, on parle d’une réduction de production de 700 000 bj qui retomberait pour l’essentiel sur l’Arabie Saoudite et les émirats vassaux du Golfe. Non seulement il y a peu de chances que l’Arabie Saoudite se prête au jeu et même que l’Iran et l’Irak acceptent de geler leur production à ses niveaux actuels, mais tout ceci restera bien insuffisant et les excédents pétroliers persisteront. En tout état de cause les $ 50 le baril de Brent devraient longtemps rester un plafond.

 

 

27 septembre 2016

Le Gallion de Manille

 

À Madrid, au Musée Naval, se tient une exposition sur le « Gallion de Manille », l’une des pièces maîtresses et peu connues de l’empire colonial espagnol. Après la découverte de l’Amérique, les Espagnols cherchèrent en effet à aller plus loin et à trouver le chemin vers « les Indes ». Magellan passa par le Sud et trouva la mort aux Philippines. Mais c’est aux Philippines qu’abordèrent d’autres navigateurs partis du Mexique, d’Acapulco. Rapidement, la traversée du Pacifique fut maîtrisée en une volte profitant des vents porteurs et les Espagnols s’installèrent à Manille dont ils firent un lieu d’échanges privilégiés avec la Chine : des épices, des porcelaines, de l’or surtout payé avec de l’argent du Mexique. Car l’économie du système était fondée sur la différence de parité de l’or et de l’argent entre la Chine et l’Europe. L’argent produit dans les mines mexicaines était beaucoup mieux valorisé en Chine où il était à la base du système monétaire. Par contre, l’or était prédominant en Europe. Pendant deux cent cinquante ans, le commerce entre Acapulco et Manille fit l’objet d’un monopole, un seul navire assurant les échanges : le Gallion de Manille.

Le système disparut avec la chute des Bourbons en Espagne au début du XIXe siècle. L’arrêt des flux d’argent vers la Chine y provoqua une crise monétaire majeure qui précipita le déclin de l’Empire chinois. Le Gallion de Manille a été ainsi un maillon essentiel de la première mondialisation, celle de la Renaissance.

 

 

26 septembre 2016

Chômage

 

50 000 chômeurs de plus… Alors que la campagne des primaires bat son plein à droite (et chez les Verts que l’on aurait garde d’oublier…) et qu’à gauche François Hollande multiplie les annonces martiales pour préparer sa probable candidature, ce chiffre glace un peu plus l’optimisme de ceux qui ont pensé un peu vite que la France sortait enfin de la crise. 3,5 millions de chômeurs et au total 5,5 millions de « mal employés » (en additionnant toutes les catégories) et cela malgré un traitement social important et pléthore de formations en tout genre, le constat est accablant et il faudra au futur candidat Hollande encore plus de souplesse et de subtilité qu’à son habitude pour s’affranchir de ses promesses.

Certes, nul ne commande la conjoncture et la croissance zéro enregistrée ces derniers mois pèse lourd dans la balance. Mais la France est aussi l’un des plus mauvais élèves de l’Europe et malgré d’indéniables atouts traine une image déplorable d’un vieux pays arcbouté sur son modèle et incapable du moindre changement si ce n’est pour le pire. De ce point de vue, le bilan des cinq années qui viennent de s’écouler se passe de commentaires. Et malheureusement, il n’y a rien à attendre des mois à venir. Bâti sur des hypothèses « optimistes » (1.5 % de croissance en 2017), le budget fait la part belle aux cadeaux électoraux et une fois de plus la barre des 3 % des déficits publics risque d’être franchie. Mais en France les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

 

 

25 septembre 2016

Négationnisme économique

 

Le petit monde des économistes frémit sous les coups assénés par deux d’entre eux dans un pamphlet évocateur : le négationnisme économique. La thèse des auteurs (Cahuc et Zylbelberg) est simple : l’économie est désormais une science expérimentale fondée sur la collecte et le traitement de données dans d’énormes machines à modéliser. Le résultat en est la publication de travaux à forte teneur en mathématiques dans des revues internationales de référence sous le contrôle de la profession elle-même. Que ces « papiers » soient en général illisibles, que ces revues de toute manière soient de toute manière peu lues, que les conclusions en soient en général d’une banalité affligeante, tout ceci est secondaire pour nos modernes Trissotin qui se rengorgent de leurs vérités « scientifiques ».

En face, il y a des « idéologues » qui professent des théories et réclament le droit à penser autrement. Même si on ne partage pas leurs idées (ce sont en France par exemple « les économistes atterrés »), il faut soutenir leur droit à ne pas penser comme la « doxa » d’une pseudoscience.

L’auteur de ces lignes étant historien, il ne peut que sourire de la vanité de ces économistes qui se croient à la tête d’une science exacte alors que justement l’économie n’est que l’art de gérer la maison commune et bute en permanence sur l’irrationalité profonde du comportement humain. L’économie est un art. C’est bien plus beau.

 

 

22 septembre 2016

Afrique

 

Présentation à Dakar de l’édition du rapport CyclOpe 2016 consacrée à l’Afrique. Si l’Afrique dépend encore cruellement des matières premières, force est de constater qu’à quelques exceptions comme les phosphates du Maroc, le cacao de Côte d’Ivoire et du Ghana et quelques métaux précieux d’Afrique australe, elle ne pèse plus guère sur les grands équilibres mondiaux des marchés.

La discussion porte sur un des mythes les plus tenaces de la pensée politique et économique africaine : l’Afrique devrait cesser d’exporter ses matières premières et les transformer sur place. Au Sénégal, on parle de l’arachide, en Côte d’Ivoire du cacao, ailleurs des minerais voire du pétrole. Autant la première transformation peut se justifier pour satisfaire des besoins locaux – le cas du raffinage du pétrole alors que le Nigéria importe de l’essence – autant il est absurde de faire de la première transformation, sans véritable valeur ajoutée, un objectif en soi. Ainsi le Sénégal produit du coton qu’il exporte à l’état de fibre. Il n’y a guère de sens à imaginer une industrie du coton sénégalaise (la production de filés) alors que par contre la main-d’œuvre disponible permettra de développer une production de vêtements délocalisée de l’Asie. L’intérêt de l’Afrique est d’exporter – le mieux possible – ses matières premières. Mais son développement est ailleurs.

 

 

20 septembre 2016

Hinkley Point

 

Finalement, Theresa May a donné son feu vert au projet de centrale EPR d’Hinkley Point. Le Premier ministre britannique a préféré éviter une crise diplomatique avec la Chine, alors même que l’opinion de la plupart des analystes – à commencer par ceux du Financial Times – était partagée entre le scepticisme et l’opposition marquée pour un projet qui s’annonce fort coûteux pour le Trésor britannique.

EDF l’emporte donc par défaut, mais, si les Chinois financent, c’est bien l’entreprise française qui va devoir construire cet EPR alors même que le calvaire de Flamanville est encore loin d’être consommé.

En signant Hinkley Point, EDF reste dans la course du nucléaire mondial. Mais c’est presque du quitte ou double : un échec ou même un retard face à des Britanniques qui ne feront pas de cadeaux (encore moins que les Finlandais avec Areva) mettrait presque un terme à l’aventure nucléaire française. Après les échecs d’Areva, c’est EDF qui concentre l’essentiel de l’expertise de la France dans ce domaine. Réussir Hinkley Point est avant tout un pari technologique, mais aussi managérial, un véritable chantier de Sisyphe. C’est au fond tout ce qui reste du complexe industriel public pompidolien. Il fallait jouer, mais… pourvu qu’ils gagnent.

 

 

19 septembre 2016

Russie

 

Voilà une élection dont on a peu parlé tant son résultat paraissait acquis d’avance : Vladimir Poutine a renforcé un peu plus son contrôle sur la Douma où l’opposition est réduite à une portion encore un peu plus congrue. Certes, il y a eu du bourrage d’urnes, mais il n’est pas certain qu’il ait été nécessaire au-delà des mauvaises habitudes d’un ex-membre du KGB. Car les Russes dans leur immense majorité (plus de 80 %) soutiennent et ont confiance en Vladimir Poutine qui a redonné à la Russie sa place sur la scène internationale en montrant, de la Crimée à la Syrie, une détermination qui manque cruellement à Barack Obama. Même sur le dossier pétrolier, la Russie s’est révélée comme l’interlocuteur privilégié de l’Arabie saoudite dans ce qui reste un dialogue de sourds.

Il y a bien sûr un parallèle fascinant entre Vladimir Poutine et les « grands » tsars impérialistes du XIXe siècle, comme Nicolas I, qui avaient repoussé les frontières russes au sud du Caucase et en Asie Centrale. Il s’inspire de leur exemple pour renforcer l’alliance du trône et de l’autel avec une Église orthodoxe dont le patriarcat de Moscou est à son entière dévotion. Certes l’économie russe souffre de sa dépendance aux matières premières (pétrole, gaz, métaux, grains), mais Poutine offre aux Russes la part de rêve dont ils étaient privés presque depuis Staline. Le rêve vaut bien une élection !

 

 

15 septembre 2016

Monsanto

 

Monsanto a finalement dit « oui » à Bayer pour $ 60 milliards payés en numéraire. Le monde de l’agro-fourniture poursuit donc sa concentration après DuPont/Dow, ChemChina/Syngenta et dans le domaine des engrais l’annonce de la fusion entre Potash Corp et Agrium. Bien entendu toutes ces opérations devront passer sous les fourches caudines des autorités de la concurrence, mais entre Monsanto et Bayer les complémentarités l’emportent sur les doublons. Bayer est le numéro deux mondial des phytosanitaires et Monsanto le leader incontesté du monde des semences. Au-delà des discours classiques sur les synergies, le partenariat entre égaux ou la co-entreprise, c’est quand même le rachat de Monsanto qui est la grande surprise, un peu comme si Google rachetait Microsoft. Monsanto occupe en effet une place centrale dans l’univers des biotechnologies végétales qui sont une des clefs de l’avenir alimentaire des hommes au XXIe siècle. Mais à la différence des technologies de l’information qui vivent au rythme d’innovations dont la vitesse de propagation ne cesse de s’accélérer, le temps des biotechnologies est un temps lent parsemé d’obstacles tant culturels et éthiques que réglementaires. Monsanto en a pâti tout comme d’une communication déplorable. Le mariage avec Bayer peut se comprendre, mais on peut être dubitatif quant à ses chances de succès.

 

 

13 septembre 2016

Alstom

 

À peine lancée la campagne des primaires à droite, voilà une affaire comme les politiques – de quelque bord que ce soit – les adorent : Alstom menace de fermer son usine de locomotives de Belfort et de transférer cette activité – en recul en termes de charge de travail – sur un autre site… en Alsace, à quelques dizaines de kilomètres de là ! Et tous, comme à la belle époque de Florange et de Gandrange, de se lever pour sauver Alstom à Belfort. Le président et le Premier ministre ont fait assaut de promesses de commandes publiques, de la RATP ou de la SNCF, et on peut même se demander si ce n’était pas là l’objectif ultime de la direction d’Alstom en lançant ce pavé dans la mare aux symboles à quelques mois des échéances électorales de 2017 : obtenir quelques commandes publiques accélérées. Mais est-ce là bien raisonnable que de transférer le fardeau sur des entreprises aux finances elles-mêmes bien chancelantes. On comprend bien sûr le désarroi des salariés d’Alstom et au-delà de toute une région qui perd un de ses derniers pôles industriels, et bien au-delà encore d’une France dont la désindustrialisation se poursuit. Derrière ce transfert de Belfort à Reichshoffen, il y a le constat cruel de l’échec des politiques industrielles menées en France depuis au moins deux décennies. A soutenir des champions nationaux gonflés aux hormones des commandes publiques, on ne récolte que des déceptions.

 

 

11 septembre 2016

 « nine eleven »

 

À la sortie de la messe dominicale au Pays basque, notre curé regrette : « nous avons oublié de prier pour les victimes du 11 septembre ». « 9.11 », quinze ans déjà ! Il y a quinze ans, en fin de matinée, nous regardions ébahis ces avions s’enfoncer dans les tours du World Trade Center et ces symboles orgueilleux de Manhattan s’effondrer dans la poussière et le sang. C’était le « vieux monde » qui s’écroulait et l’islamisme qui semblait triompher. Rien ne serait plus comme avant disaient les experts et analystes convoqués à la chaine sur les écrans de télévision.

Quinze ans ce sont écoulés : la guerre s’est poursuivie en Afghanistan, a repris en Irak, s’est propagée à la Libye et à la Syrie au gré d’improbables printemps arabes. Ben Laden a été finalement éliminé et Al Qaeda bien fragilisée. Mais l’islamisme combattant est plus vigoureux que jamais avec Daesh et son califat, sa capacité aussi de frapper à Madrid, Paris ou Bruxelles.

Le 11 septembre a bien marqué une entrée en guerre, jusque-là sourde et confinée de l’Afghanistan à la Bosnie. Cette guerre a cependant peu à peu changé de visage en s’intégrant aux banlieues de l’Occident. Elle est une guerre classique en Syrie et en Irak, mais elle est de plus en plus avant tout un conflit culturel dans un Occident qui doute de lui-même. C’est là bien plus dangereux que « 9.11 ».

 

 

5 septembre 2016

Allemagne

 

« Mutti » vient de prendre une gifle ! Dans le petit Land du Mecklembourg dans l’ancienne Allemagne de l’Est dont est originaire Angela Merkel, son parti, la CDU, est arrivé péniblement en troisième position derrière le SPD, mais surtout derrière un nouveau parti de droite, plus nationaliste et surtout ouvertement opposé à la politique de la chancelière en matière d’immigration, l’AfD. L’AfD créé en 2013 a réuni un peu plus de 20 % des voix, coiffant sur le fil la CDU. En réalité, tous les partis « classiques » ont perdu quelques pourcentages au profit du nouveau venu qui rejoint ainsi la longue liste des partis populistes européens, de droite comme de gauche.

Pour autant, il y a peu de chances qu’Angela Merkel ne puisse constituer une nouvelle majorité aux élections de 2017 pour ce qui serait son quatrième mandat de chancelière. Curieusement en effet, malgré ce vote, de l’un des Länder parmi les plus pauvres, les Allemands continuent à la soutenir et près de la moitié partagent son optimisme quant à la capacité d’intégration des réfugiés : « nous pouvons le faire », ne cesse-t-elle de marteler. Et de l’autre côté du Rhin, entre polémiques sur le Burkini et manifestations à Calais, on ne peut qu’admirer cette Allemagne, qui non seulement dégage des excédents budgétaires, mais a été capable en 2015 d’accueillir un million de réfugiés. « Alles ist so gemütlich » !

 

 

4 septembre 2016

Mère Teresa

 

À Rome, canonisation de Mère Teresa. De tous les saints canonisés depuis le pontificat de Jean-Paul II, Mère Teresa est sans conteste l’un des plus fascinants, portant un message bien proche de ce François d’Assise dont le pape actuel porte le nom.

Catholique albanaise née à l’époque de l’empire ottoman, religieuse enseignante aux enfants de la bonne société de Calcutta et puis se plongeant au cœur de la pauvreté indienne, parmi les plus pauvres, mis à l’écart d’une société de castes profondément inégalitaire. Aujourd’hui 5000 missionnaires de la Charité perpétuent son apostolat, vêtues d’un sari blanc brodé de bleu, portant un voile qui est pour elle symbole d’espérance et non pas d’aliénation. En ces temps de guerres et d’incompréhension religieuse, y compris en Inde, Mère Teresa a simplement par son action su apporter un peu d’amour sans quelque prosélytisme que ce soit.

Le plus admirable peut-être, est que l’on sait aujourd’hui que la vie de cette femme fut marquée par le doute, par la sécheresse de son rapport à Dieu, que l’amour qu’elle a su porter aux autres n’a pas eu d’équivalent dans son itinéraire spirituel. En cela, elle est plus proche de nous qui cheminons bien souvent à l’aveugle.

En canonisant Mère Teresa, l’Église catholique a ouvert les bras à tous ces pauvres qui butent sur les frontières européennes et s’entassent dans des bidonvilles. Elle est entrée dans Saint-Pierre de Rome avec leur cortège.

 

 

1er septembre 2016

Apple

 

Peu d’entreprises ont autant qu’Apple atteint un statut d’icône à l’échelle de la planète. Et Steve Jobs, son « double » fondateur, compte parmi les hommes les plus admirés de la fin du XXe siècle. Apple est le modèle même de ces entreprises de Californie qui se gaussent de la « vieille » économie et n’hésitent pas à donner des leçons en termes de gestion, de management de l’innovation et même d’éthique. Sur ce dernier point au moins Apple peut effectivement servir de modèle, ou plutôt de repoussoir y compris du point de vue du contribuable américain. Avec Apple (mais il en est quelques autres), l’optimisation fiscale est devenue un art et parvenir à ne payer que 0,005 % d’impôts au malheureux Trésor irlandais tient du chef-d’œuvre. On apprend ainsi qu’Apple a $ 215 milliards de liquidités hors des États-Unis et qu’il va falloir les rapatrier et donc payer des impôts aux autorités fédérales. Quant à Bruxelles, la Commission a donné l’ordre à l’Irlande de faire payer € 13 milliards d’arriérés d’impôts à Apple. Et l’on découvre que les gentils bobos californiens sont aussi peu recommandables que les golden boys de Wall Street, que ces prétendus agneaux œuvrant pour le bien commun ne sont que des loups qui ne connaissent que la loi du plus fort. Saluons – pour une fois – l’initiative de la Commission et espérons qu’elle maintiendra sa fermeté.