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« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

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LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

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Pour qui sonne le glas ?

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CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

12 novembre

Arnaud Montebourg ne manque ni de dynamisme ni d’enthousiasme lorsqu’il s’efforce de sauver des pans entiers de l’industrie française. Mais il rêve aussi beaucoup de sauveteurs étrangers tombant un peu du ciel! Sur le dossier de Florange, on a beaucoup parlé du russe Severstal qui semble s’être retiré, mais il y aurait d’autres étrangers intéressés par le site (en totalité?). Voilà que, pour la raffinerie Petroplus de Petit Couronne, apparaît le plus improbable des acheteurs : la Libye! On pourrait penser que ce malheureux pays, en proie à la guerre civile, a d’autres urgences que de participer au sauvetage d’une raffinerie normande. Pourtant, il est exact qu’il reste de l’époque Khadafi un Fonds d’Investissement qui n’a peut-être pas été encore intégralement pillé. À l’époque du Guide, la Libye investissait en Europe et fut même pendant quelques années un actionnaire majeur de Fiat. Pour un producteur de pétrole, l’intérêt de posséder une raffinerie dans un pays consommateur pourrait se comprendre. Mais franchement, la Libye doit avoir d’autres priorités.

La réalité est bien cruelle : il n’y a pas de repreneurs sérieux pour des industries de base plombées par les surcapacités européennes. Les incertitudes politiques françaises n’arrangent rien. Petit Couronne et Florange sont probablement condamnés.

 

13 novembre

Présentation à la presse du rapport au Parlement de l’Observatoire de la Formation des Prix et des Marges des Produits alimentaires que je préside. La conjoncture est marquée par la hausse des prix non seulement des grains, mais aussi – heureusement – des produits animaux comme la viande porcine ou bovine. Cette hausse des prix n’a pas été intégralement répercutée au consommateur et sur un an on a assisté à un tassement des marges brutes tant de l’industrie que même de la grande distribution. Manifestement, le souci du pouvoir d’achat du consommateur en période de crise a prévalu. Il n’en reste pas moins que cette compression des marges ne pourra durer et de ce point de vue 2013 risque d’être difficile.

La grande nouveauté de notre rapport est de présenter un calcul de la marge nette de la grande distribution pour un certain nombre de rayons : la grande surprise est qu’elle soit négative en moyenne pour la boucherie (-1,6 %) et à peine à l’équilibre pour les fruits et légumes. Certes, il y a encore des zones d’ombre dans nos calculs, mais le résultat est là et illustre en particulier la crise de la filière bovine. À la question traditionnelle des journalistes (« Qui s’en met plein les poches? »), la réponse dans ce cas est assez simple et claire : personne!

 

14 novembre

Une bonne partie de la planète céréales remplissait aujourd’hui les couloirs de l’hôtel Intercontinental de Genève pour la World Grain Conference. C’est l’occasion pour les « traders » de se rencontrer qu’ils viennent de la Mer Noire, de la Méditerranée ou d’Asie. Genève est la plaque tournante du commerce mondial des grains et la plupart des grandes maisons de négoce y sont présentes.

Dan Basse, le gourou américain, y a fait un véritable « show » et n’a pas eu besoin de dramatiser la situation des marchés mondiaux. Il estime ainsi les pertes américaines, après la pire sécheresse depuis 1956, à 100 millions de tonnes de maïs et 9 millions de tonnes de soja. À cela, s’ajoutent des pertes russes qu’il chiffre à 28 millions de tonnes de céréales. Au total, les exportations de la Mer Noire (Russie, Ukraine, Kazakhstan) diminueraient de 23 millions de tonnes. La situation la plus tendue est celle du marché du blé auquel il manque 7 à 10 millions de tonnes pour assurer la jointure d’ici le mois de mai et la nouvelle récolte de l’hémisphère nord. Le marché est véritablement sur le fil du rasoir et le prix du blé devrait atteindre $ 400 la tonne au mois de mars.

La vraie question est celle du financement des importations pour les pays du Sud de la Méditerranée : pour l’Égypte, le premier importateur mondial, la facture pourrait monter à $ 5 milliards. Qui paiera?

 

17 novembre

Nous étions nombreux dans les rues de Paris à manifester contre « le mariage pour tous » : 100 000 probablement dans une manifestation calme et bon enfant qui ne fut récupérée ni par les politiques, ni par les milieux du traditionalisme catholique.

Certes la foule qui a marché à Paris, de Denfert aux Invalides, lisait plus facilement Le Figaro que Libération, mais ce n’était pas non plus une caricature du XVIe arrondissement ou de Versailles. Il y avait même une certaine spontanéité qui a échappé aussi au piège de l’homophobie.

Il s’agissait en fait de rappeler qu’au-delà de choix sexuels légitimes (et ne devant rien à la prétendue théorie du genre), un enfant est le fruit de l’union d’un homme et d’une femme et que le passage par un tiers introduit une rupture fondamentale dans l’ordre naturel de nos sociétés. Curieusement, ce sont les mêmes qui luttent pour défendre la nature contre les attaques et les manipulations de l’homme (les OGMn, par exemple), qui sont les partisans les plus virulents de la liberté donnée à ce même homme de se soumettre lui-même à des manipulations bien plus fondamentales.

Au fond, c’est l’éternelle interrogation de Prométhée face aux dieux. « Jusqu’où puis-je voler votre feu? » À chacun sa réponse.

 

18 novembre

Il y a exactement cinquante ans, durant une brève période d’ouverture, le gouvernement soviétique de Kroutchev autorisait la publication d’un petit texte qui allait faire découvrir au monde entier l’horreur quotidienne du goulag : « Une journée d’Ivan Denissovitch » de Solyénitsine dut arriver en France quelques années plus tard et ce petit livre, publié en poche, chez 10/18, je crois, marqua toute une génération à l’époque même du Printemps de Prague.

Rappelons aux plus jeunes que la France des années soixante était largement « sovietophile » de son parti communiste stalinien au général de Gaulle qui utilisait l’URSS dans son opposition à l’hégémonie américaine. Budapest en 1956, au moment même de la crise du Suez, était presque passé inaperçu. Prague fit beaucoup pour détacher une partie de l’intelligentsia française des rets de Moscou. Mais Ivan Dennissovitch fut le vrai révélateur, beaucoup plus que la publication, quelques années plus tard, d’un Archipel du Goulag quelque peu indigeste. Ce fut la révélation de l’horreur au quotidien et surtout de l’absurdité d’un système carcéral niant toute dignité à l’individu.

Cinquante ans plus tard, il n’est pas sûr que le goulag ait vraiment disparu et en tous cas Poutine est un enfant de ce système.

 

19 novembre

Si le ridicule tuait… la droite serait morte depuis longtemps! Il était déjà quelque peu curieux au lendemain d’une défaite électorale majeure de s’offrir le luxe de primaires pour la présidence d’un parti écartelé entre la droite dure et l’ouverture au centre. Les deux candidats visent la candidature aux prochaines présidentielles en 2017 et leur confiance relative dans le fonctionnement de la démocratie interne de leur parti fait qu’ils estiment que le contrôle de la présidence fera des primaires de 2016 une simple formalité.

Il y a quelques semaines encore, les jeux semblaient faits en faveur de François Fillon. Mais Jean-François Copé a labouré le terrain des militants et le résultat, avec quelques bourrages d’urnes, est qu’ils se retrouvent à égalité, à quelques dizaines de voix près dans l’un ou l’autre sens. Voilà l’UMP au bord de l’implosion.

Certes, le Parti socialiste avait pu se remettre dans des circonstances un peu analogues son désastreux Congrès de Reims (mais Aubry et Royal avaient perdu au passage leurs chances présidentielles). La chose est, là, plus grave pour l’UMP et puis c’est la France qui vient de reculer un peu plus dans la modernisation de sa vie politique.

 

22 novembre

L’Europe vient de donner l’autorisation du rachat de Xstrata par Glencore, créant ainsi non seulement un géant minier (le troisième après BHP et Rio Tinto), mais aussi un objet hybride, le mariage improbable entre un négociant et un mineur.

Glencore, ce fut à l’origine, Marc Rich ou Richco, l’entreprise fondée par un sulfureux génie du négoce qui, bien avant les autres, avait compris que le pétrole serait un jour une « commodité » comme les autres et que les négociants auraient leur place sur son marché. Glencore appartient aujourd’hui à ses cadres, devenus pour nombre d’entre eux milliardaires au moment de l’introduction en bourse de l’entreprise.

Glencore détenait aussi 35 % de Xstrata, une entreprise minière suisse qu’il avait contribué à développer et qui était devenue le cinquième mineur mondial présent notamment dans le charbon et le plomb et le zinc. Avec les autres actifs détenus directement par Glencore, l’ensemble forme un géant minier ainsi que le premier négociant mondial en énergie, minerais et métaux et même produits agricoles.

Il reste à voir comment vont cohabiter les logiques du « trader » et du mineur. Jusque-là, de tels mariages ont toujours échoué. À suivre…

 

24 novembre

Les couteaux étaient tirés et les armes posées sur la table au sommet européen de Bruxelles. On y a parlé d’argent, de contribution des uns et des autres, de « chèques » et bien sûr de dépenses. David Cameron a poursuivi la vieille entreprise britannique de destruction de l’Europe qui reste un des grands succès de la diplomatie des gouvernements de sa gracieuse Majesté sur les vingt dernières années, celle-ci s’accompagnant d’un efficace noyautage des couloirs de Bruxelles. Les autres européens restent divisés alors que l’axe franco-allemand n’a plus la même efficacité qu’autrefois. Pour défendre la PAC, qui risque d’être la principale victime des économies à venir, la France s’appuie sur la Pologne dont les convictions européennes sont pour le moins fluctuantes. La PAC pèse encore un tiers du budget européen ce qui peut apparaître excessif, mais qui reflète en réalité l’absence de toute autre véritable politique européenne, les transferts vers les régions les plus défavorisées ne pouvant vraiment s’assimiler à un acte politique.

Le sommet n’a rien décidé et en fait l’Europe s’oriente de plus en plus vers un schéma à plusieurs vitesses au sein duquel seule compte la zone euro. Et quelques heures plus tard, on a sauvé la Grèce. Ouf!

 

27 novembre

La France va-t-elle nationaliser Florange? On croyait oublié ce genre de vieilles lubies et voilà qu’Arnaud Montebourg le ressuscite en voulant même bouter Mittal hors de France. Il avait gagné du temps en faisant accepter à Mittal un délai de deux mois pour trouver un repreneur pour les hauts fourneaux de Florange. Manifestement, il n’y en a pas eu, mais semble-t-il quelque intérêt se seraient manifesté pour l’ensemble du site, c’est-à-dire pour les laminoirs et la filière aval, restés rentable. Mittal refuse et voilà le spectre de la nationalisation.

Ces dernières années on a assisté à des nationalisations de « force majeure » : des banques au Royaume-Uni et aux États unis et puis surtout General Motors aux États-Unis. Remarquons d’ailleurs que Raymond Barre n’avait pas fait autre chose avec la sidérurgie française à la fin des années soixante-dix. Appelons cela, la nationalisation des pertes…

La question serait ici un peu la même si l’objectif était raisonnable. Mais peut-on maintenir sous perfusion des hauts fourneaux en Lorraine dont la survie est hypothétique? L’acharnement thérapeutique a-t-il un sens? En tous cas, le message de la nationalisation passe mal à l’international. Investir en France?

 

28 novembre

La vie des hommes est toujours suspendue à un fil bien précaire et qui craque souvent sans prévenir. Il vient d’en être ainsi pour Erik Izraelewicz. Erik était un ami d’une bonne vingtaine d’années connu dans ses années de journalisme économique aux Échos et au Monde. Il avait travaillé sur la Chine et dans son livre avait repris beaucoup des idées de CyclOpe sur les relations entre la Chine et les marchés de matières premières. Mais il avait aussi su être un « patron » de journal, un des métiers les plus durs qui soient tant les communautés de journalistes sont difficiles à animer, motiver et gérer. Je me souviens d’une conversation que nous avions eue au moment où il se demandait s’il allait postuler à la direction du Monde, élection qui était tout sauf acquise. « Vas-y », lui disais-je, « Sinon tu le regretteras quel que soit le résultat. C’est le sens de la vie ». Il fut élu presque dans un fauteuil et sous sa houlette, Le Monde retrouva quelque peu de son prestige et surtout de son intelligence de la planète. La mort est brutale qui l’arrache à son univers.

Une autre disparition, plus discrète, celle du délicieux Alain Gilles Minella qui avait été mon éditeur au sens le plus propre du mot (en tapant même mes manuscrits), en sachant corriger et conseiller. L’un et l’autre furent des passeurs.

 

30 novembre

La Méditerranée n’existe plus sur la carte de la planète sinon comme une frontière entre une Europe qui doute de son destin et un Maghreb plus déchiré que jamais. Tel est le cruel constat dressé à la fin d’une journée d’échanges organisée à Barcelone par un « Think tank » spécialisé dans les affaires internationales, le CIDOB.

Le Maghreb se sent délaissé par une Europe qui l’abandonne à ses vieux démons. Il cherche encore en Europe et curieusement en France la réponse à ses incertitudes démocratiques, partagé qu’il est, entre une dictature d’une oligarchie militaire (l’Algérie), une révolution mal maîtrisée hésitant entre islamisme et incompétence (la Tunisie) et une royauté légitime, mais encore profondément inégalitaire (le Maroc). L’Europe absente, le Maghreb n’existe pas. Alors que le projet européen s’est bâti au début des années cinquante sur le charbon et l’acier, un projet identique au Maghreb autour de l’énergie et des phosphates demeure parfaitement utopique. Le Maroc qui a besoin de gaz naturel pour aller plus loin dans la transformation de ses phosphates ne peut se fournir en Algérie! Pourrait-il y avoir une sorte de Jean Monnet maghrébin? Pour l’instant cela tient manifestement du rêve.