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« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

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15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

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24 mai 2016 - Paris

CyclOpe 2015

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Pour qui sonne le glas ?

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20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

1er mai

          Trois manifestations parisiennes aujourd’hui autour de la symbolique du 1er mai (qui est aussi la Saint Joseph, patron des travailleurs…) : le Front national autour de Jeanne d’Arc, les syndicats et la gauche plus ou moins rassemblés et enfin l’UMP qui souhaitait autour du « Vrai » Travail célébrer son candidat.

          Historiquement, le 1er Mai est effectivement la fête des Travailleurs. Il est né de la répression violente des grèves dans les usines de machinisme agricole de Chicago à la fin du XIXe siècle, puis en France lorsque la troupe chargea les ouvriers à Fourmies. Le 1er Mai est alors célébré par les ouvriers, par les syndicats souvent interdits. Ce sont les travailleurs contre les rentiers, le travail contre le capital. Le 1er Mai ce fut le grand jour d’expression des classes populaires contre les bourgeois. À moins d’une curieuse transgression, tout ceci n’a plus guère de sens aujourd’hui. Sans aller jusqu’à « la fin du Travail », celui-ci revêt aujourd’hui des formes multiples : il n’est ni vrai, ni faux et il est excessif de voir syndicats et partis de gauche se l’annexer. Alors que d’habitude les défilés en sont peu fréquentés, tous les cinq ans il tombe en pleine campagne électorale… Et puis, il y a quand même le muguet…

 

2 mai

          Le Monde publie ce soir un appel que j’ai cosigné en faveur de Nicolas Sarkozy. Le texte en est très mesuré et même critique sur le bilan du président sortant. Il ne souligne probablement pas assez les seules vraies réussites de son quinquennat notamment quand il présida l’Europe au pire moment de la crise. Mais comme c’est un appel d’économistes, il ne dit rien de l’échec total de la politique des banlieues et de la fracture sociale de plus en plus béante qui nous guette.

          Tous les sondages étant défavorables à Nicolas Sarkozy et ses chances de réélection infimes, notre prise de position est un salut à un homme politique maladroit, mais qui a « mouillé la chemise » et qui ne peut laisser indifférent. À l’heure où nombre d’autres se taisent ou cherchent à se placer dans la perspective d’un nouveau régime, c’est là presque un acte gratuit qui ne manque pas d’insolence.

          Il ne changera rien au fil du destin électoral des deux intéressés, mais n’est-ce pas là l’honneur d’une démocratie.

 

3 mai

          Le débat Sarkozy/Hollande ressemblait au match retour d’une coupe de football. À l’aller, l’équipe socialiste avait gagné et Hollande menait. Sur son terrain, la télévision, Sarkozy devait marquer au moins un but, voire plusieurs. Alors Hollande a bétonné sa défense, blessant l’attaquant par des pointes rapides. Au bout de près de trois heures de débat, malgré une certaine domination, notamment sur la partie économique, Sarkozy n’avait marqué aucun but et son adversaire n’avait même pas chancelé. Hollande avait gagné même si le débat, technique, foisonnant de chiffres comme toujours tronqués, n’a rien apporté à tous ceux qui étaient ce soir-là devant leur écran.

          Mais comment ne pas admirer aussi ces deux « gladiateurs ». Leur maîtrise technique était remarquable et les flottements furent rares. Mais ni l’un ni l’autre n’a su insuffler la part de rêve qui aurait pu nous transporter.

 

4 mai

          François Bayrou a franchi le Rubicon et vient probablement de sortir – dans sa dignité à lui – de la vie politique française. Sa décision était devenue presque inévitable alors que Nicolas Sarkozy en « rajoutait » de manière un peu excessive pour tenter de récupérer une partie de l’électorat du FN. Difficile de faire le grand écart entre la droite nationale et les derniers héritiers de la démocratie chrétienne !

          Mais le choix de François Bayrou entraîne de facto l’éclatement du dernier parti héritier de tous les avatars du MRP, du CDS à l’UDF en terminant par le bien modeste MODEM. Il ouvre désormais la voie à la création d’un grand parti de droite, allant des « nationaux » aux libéraux, des conservateurs aux derniers démocrates chrétiens, un parti capable, comme le parti socialiste, d’avoir un débat d’idées, d’organiser des primaires, de se grouper derrière un candidat, de fonctionner en un mot comme un vrai parti et non comme un groupe « bonapartiste » autour d’un Sarkozy ou d’un Bayrou. Le Centre est mort aujourd’hui : tant mieux.

 

5 mai

          Adolescent en Angleterre, résident dans une famille d’accueil à Bournemouth, je découvris un curieux produit qui au moment du petit déjeuner semblait constituer le comble de la gastronomie britannique chez mes hôtes : il s’agissait de céréales, de blocs d’orge je crois, que l’on baignait dans du lait froid : version britannique du muesli suisse, les « Weetabix » m’ont toujours semblé particulièrement indigestes.

          Et voici que Weetabix est racheté par le Chinois Bright Food ! Ce véritable symbole du « British way of life » passe sous le contrôle d’un chinois qui, il y a quelques mois s’était fait souffler Yoplait. L’empire du Milieu est décidément sur tous les fronts et là on ne peut l’accuser de chercher à sécuriser ses approvisionnements. Il n’est pas sûr en effet que les Chinois soient mûrs pour la consommation de Weetabix ! Mais Bright Food cherche manifestement à se constituer un portefeuille de marques internationales. C’est là une nouvelle stratégie qui montre que les entreprises chinoises jouent déjà la carte de la mondialisation.

 

6 mai

          À 20 heures sur les écrans du studio de la chaine qatari Aljazirah, pour laquelle je commente les élections présidentielles, c’est donc François Hollande qui est apparu. Peu à peu, la place de l’Étoile où nous nous tenons retentit des klaxons de voitures qui la traversent pour aller vers la Bastille où se tiendra la grande fête.

           Les discours des deux présidents sont dignes et bien dans l’ambiance d’une transition démocratique qui se doit harmonieuse. Nicolas Sarkozy n’annonce pas clairement son retrait de la vie politique française. Quant à François Hollande, devant la cathédrale de Tulle, il incarne une France un peu éloignée des « bobos » que les télévisions interrogent sur la place de la Bastille et dont certains ont des parfums de revanche de 2002 et de nostalgie de 1981. Mais il faut aussi expliquer aux auditeurs d’Aljazirah que Hollande n’a pas le couteau entre les dents, que la gauche de 2012 n’est plus celle de 1981, que la France est un pays adulte…

 

9 mai

          Le colloque de lancement du rapport CyclOpe intervient dans un contexte de crise européenne. Notre dernier débat est consacré à un dialogue entre deux économistes, Élie Cohen et Jacques Delpla. Celui-ci, avec réalisme ne voit guère de marges de manœuvre pour l’équipe de François Hollande tant la situation européenne est grave. C’est moins la crise grecque qui le préoccupe, mais bien ce qu’il appelle la « grippe espagnole » qui vient justement d’emporter aujourd’hui la quatrième banque espagnole, Bankia, que le gouvernement de Madrid vient de nationaliser en partie. Jusque-là le système bancaire espagnol avait résisté au désastre immobilier qui l’a frappé. Mais cela s’est payé par la paralysie du financement de l’économie et par la montée du chômage qui frappe la moitié de la population jeune du pays, le quart de la population active. François Hollande ne pouvait commencer un mandat dans un contexte plus difficile. Ceci le contraindra probablement à se rallier encore plus vite au réalisme. Qu’il est dommage que les législatives soient si loin.

 

10 mai

          Les Grecs ont aussi voté… et de telle manière que la formation d’un gouvernement est presque impossible. Un de mes collègues grecs de Dauphine me dit que c’est là le résultat de l’aveuglement des Européens et de la Troïka. La révolte des Grecs et surtout des électeurs qui se sont portés sur les partis les plus populistes n’a pas d’autres raisons, estime-t-il. Il a raison, mais il est aussi un peu de mauvaise foi tant est grande la responsabilité des grandes dynasties politiques grecques, des Papandréou aux Caramanlis qui ont dilapidé la masse des fonds structurels européens dont a bénéficié la Grèce. L’heure, de toute manière, n’est pas aux querelles de préséance en matière de responsabilité. Le nouveau gouvernement, quel qu’il soit devra faire le choix entre l’adoption du scénario de sauvetage européen et son cortège de rigueur (qu’il faudra faire partager aux riches grecs…) et la sortie de l’euro accompagnée, de facto, du défaut et de la faillite du pays. Le drame est que la deuxième solution apparaisse aujourd’hui de plus en plus plausible.

 

11 mai

          On débat beaucoup ces jours-ci, de radios en télévisions du programme de François Hollande et des premières mesures qu’il va mettre en œuvre. Les débats sont courtois et il est plus agréable d’être (déjà) dans l’opposition que de faire l’exégèse de promesses qui sont parfois obsolètes. Curieusement, je trouve mes interlocuteurs peu révolutionnaires et même parfois timorés : pas de grand soir fiscal comme je le rêve, mais quelques modifications à la marge sur l’ISF, sur la fameuse tranche à 75 %, sur la TVA sociale; un sommet social qui se veut consensuel ce qui en France est rarement bon signe alors que c’est tout le partage capital/travail qu’il faut remettre en cause. Et puis, il y a cette insistance sur l’Europe dont on attend la croissance. Quelle illusion! Certes il faut à côté des mesures de rigueur un paquet de croissance, mais celui-ci ne pourra être efficace que dans une Europe en ordre de bataille ce qui nous demandera encore quelques sommets de crise. Et puis, il y a tant d’urgence en Europe, Grèce, Portugal, Espagne…que la France devra pour l’essentiel se débrouiller toute seule dans les mois à venir et en tous cas pour les cent jours de François Hollande.

 

15 mai

En Malaisie, une des plus belles réussites de la politique de développement agricole des années soixante-dix, la FELDA, va s’introduire en bourse. Il s’agit d’une structure très originale qui avait été créée afin de permettre à des petits paysans malaisiens – la plupart d’origine malaise, des « bumiputras » ou fils du sol – de se lancer dans la plantation de palmiers à huile. La FELDA réunissait ces petites plantations familiales dans le cadre d’unités plus vastes, gérées de manière centrale avec leurs propres usines de transformation. Les planteurs avaient un statut mixte à la fois agriculteurs et employés.

          La FELDA fut un des éléments clefs qui permit le développement de l’huile de palme en Malaisie dont elle représente encore 18 % de la production mondiale. Elle était assez représentative du « modèle » malaisien mis en place à l’époque du premier ministre Mahathir : un capitalisme d’État donnant la première place aux Malais, jusque-là dominés sur le plan économique par les Chinois. L’IPO de Felda est symptomatique de l’évolution de la Malaisie, d’une réussite aussi assez exceptionnelle dans le domaine agricole et qui pourrait servir d’exemple dans nombre de pays en développement soucieux de maintenir des structures d’exploitation familiale sans pour autant sacrifier la rentabilité.

 

16 mai

Olympe, ma première petite fille, vient de naître à Toulouse. Elle est le premier enfant de Caroline et Romain qui ont choisi ce prénom romantique qui fut notamment porté par Olympe de Gouges, l’une des premières féministes de l’histoire. Elle fréquenta les milieux des Encyclopédistes, rédigea en 1789 une Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne et périt sur l’échafaud avec les Girondins.

          À l’instant même où naissait Olympe, le premier gouvernement de la présidence Hollande était dévoilé. En un point au moins, il aurait réjoui Olympe de Gouges : pour la première fois une parité parfaite est respectée : autant de femmes que d’hommes, et cela, sans Martine Aubry! À vrai dire les ministères occupés par les femmes ne sont pas les plus importants à l’exception de la justice. Les ministères majeurs demeurent l’apanage des éléphants mâles, Ségolène Royal se réservant pour le perchoir de l’Assemblée. Cette volonté de parité donne d’ailleurs quelques résultats improbables avec de parfaites inconnues aux qualifications parfois limitées surtout lorsqu’elles présentent l’avantage de représenter d’autres minorités visibles (ethnique, régional, partis alliés). Mais les temps ont changé : personne n’ose brocarder les hollandettes! Et en tous cas bienvenue à Olympe!

 

18 mai

À nouveau de fortes tensions sur les marchés céréaliers : à Chicago, le boisseau est remonté au-dessus de $ 7. Alors qu’il y a quelques semaines encore la campagne 2012/2013 s’annonçait largement excédentaire, voilà que les doutes climatiques reprennent les marchés : sécheresse en Russie et en Ukraine, problèmes aux États-Unis, conséquences de la vague de froid de cet hiver en Europe…

          Et voilà, les certitudes les mieux étayées remises en cause. Au 30 juin prochain, à la clôture de la campagne, les bilans mondiaux seront juste suffisants : une mauvaise récolte aurait des conséquences dramatiques.

          La planète vit toujours sous la menace du moindre aléa climatique de quelque ampleur :, et cela, sans même parler des catastrophes plus locales comme la famine qui affecte plusieurs millions de personnes en Afrique sahélienne.

          La faim, la précarité alimentaire, voilà des mots que l’on avait un peu trop vite oublié au cœur de notre propre abondance et de nos gaspillages en tout genre. L’année dernière, on en avait beaucoup parlé grâce au G20. Rien n’a changé, sauf le silence.

 

21 mai

On ne peut tout réussir! Mark Zuckerberg vient d’officialiser son mariage, mais l’introduction en bourse de Facebook est un véritable flop!

          Au lieu de rebondir au lendemain de son introduction, l’action n’a cessé de rechuter bien en dessous de sa première cotation. On a accusé tous les responsables possibles : le Nasdaq, la banque Morgan Stanley, les erreurs de la direction financière de Facebook, mais la véritable raison n’est-elle pas l’âpreté au gain, la « greediness » de ces jeunes gens qui voulaient dépasser les cent milliards de dollars de capitalisation boursière, et qui, avec leurs « sweats » à capuche ne valent guère mieux que les financiers en costumes qui les entourent.

          L’invention de Facebook valait-elle pareille débauche financière : rien n’est moins sûr et la notion de création de valeur pour le bien commun se trouve là bien galvaudée.

          Malheureusement, il ne semble pas que l’humilité soit la qualité la mieux partagée dans les couloirs de Facebook. La gifle était d’autant plus nécessaire.

 

22 mai

À Paris, la tenue d’un congrès d’assureurs maritimes donne une occasion d’échanger avec des armateurs grecs. Ceux-ci sont bien entendu traumatisés par la situation actuelle et n’ont qu’une seule question : « allez-vous nous abandonner? » Ma réponse est claire et cynique : « On ne peut pas vous lâcher, car nos sorts sont liés, mais ce n’est pas pour autant que nous vous aimons. Il y a bien longtemps que nous avons soldé la dette que nous avions vis-à-vis de la philosophie grecque, de Platon et d’Aristote. Nous sommes dans le même bateau et vous jeter par-dessus bord nous déséquilibrerait tous ».

          Et puis, dans la conversation, une remarque s’impose vite : dans le débat grec, des voix sont inaudibles : celles des patrons, des armateurs, des gens riches et Dieu sait s’ils sont nombreux puisque la Grèce contrôle le tiers de la flotte marchande mondiale. Certes, les européens ont été aveugles, les politiques grecs pourris et irresponsables, le peuple inconséquent, mais que dire de l’égoïsme et du cynisme de ces grandes fortunes maritimes qui ont souvent déjà quitté la Grèce.

 

23 mai

Trafigura quitte Genève pour Singapour! La nouvelle a fait du bruit sur les bords du lac Léman, devenu le principal centre mondial du négoce des matières premières.

          Trafigura est dans le « top dix » du négoce international des matières premières : une entreprise fondée il y a une trentaine d’années par des Français, anciens de l’équipe du légendaire Marc Rich : une entreprise de droit hollandais dont certains dirigeants vivent à Londres, mais dont le quartier général était à Genève; un des poids lourds du négoce de l’énergie, des métaux, de l’acier et des ferrailles. À Genève, Trafigura côtoyait la plupart des autres « grands » du négoce mondial, de Louis Dreyfus à Vitol ou Merkuria sans oublier Glencore, basée un peu plus loin à Zug.

          Mais la planète change : la Chine est au cœur de tous les marchés et les Chinois utilisent Singapour (beaucoup plus que Hong Kong) pour leurs activités « offshore ». En quelques années, Singapour est ainsi devenu le Genève asiatique : au point de le dépasser un jour?

 

29 mai

Après la Chine, voilà l’Inde qui ralentit : 5,3 % seulement de croissance en rythme annuel au premier trimestre 2012. C’est la plus mauvaise performance depuis 2003 d’une Inde qui nous avait habitués à flirter avec les 9 %. L’Inde ces derniers mois inquiétait moins que la Chine. Certes le pays n’est pas un modèle de gouvernance et la corruption y est plus que jamais endémique.

          Mais la plus grande démocratie de la planète a une certaine habitude d’une gestion apparemment chaotique, mais dont la logique reste autocentrée. L’ouverture de l’Inde à la mondialisation reste limitée et au moindre accident, les autorités n’hésitent pas à fermer les frontières afin de protéger, agriculture, industrie et services.

          À la différence de la Chine, l’Inde n’a pas maîtrisé sa démographie : cela implique un taux de croissance minimal de l’ordre de 5 à 6 % afin de parvenir à un meilleur équilibre au sein d’une société par nature totalement inégalitaire.

          Le ralentissement de ce début 2012 peut donc inquiéter même s’il est beaucoup plus lié à des problèmes intérieurs (inflation) qu’à l’évolution de la conjoncture internationale. Et pour l’instant, il reste de faible conséquence pour le reste de l’économie mondiale.

 

30 mai

On parle d’argent en France. Le gouvernement fait pression pour que chez Air France et Safran, les bonus, primes de départ det autres parachutes dorés soient limités, voire supprimés. Et la règle du 1/20 devrait s’appliquer immédiatement à tous les patrons du secteur public. Fort bien, c’est logique et au fond le retour à un éventail de salaires conforme à ce qu’il était au temps des « Trente glorieuses » n’a rien de choquant.

          Au même moment, sont annoncées les primes dont vont bénéficier les joueurs de football sélectionnés en équipe de France pour l’euro qui se déroule en Ukraine et en Pologne en juillet : on parle de 100 000 euros pour une qualification au premier tour, de 300 000 euros en cas de victoire. Ceci s’ajoutera aux 65 millions d’euros perçus dans leurs clubs respectifs par les onze joueurs les mieux payés de l’Équipe de France. Quant à Laurent Blanc, dont le poste correspond au fond à celui d’un manager de grande entreprise, il touche 100 000 euros par mois avant toute prime : par rapport à l’employé de base d’un stade, rémunéré au SMIC, on est là bien loin de la règle de 1 à 20!

          Mais en France, sportifs et artistes (la plupart du temps intermittents du spectacle) sont intouchables qu’il s’agisse de leurs salaires ou de leurs impôts. Malheur quand même à un pays qui les préfère à ses entrepreneurs.

 

31 mai

Pour le jubilé de la Reine, les Britanniques viennent de s’offrir une parade navale sur la Tamise, « à la manière » de celle qui avait été organisée à la fin du XVIIe siècle pour le roi Charles II. Le Royaume-Uni a beau être en récession et les scandales – à l’image de celui du News of the World – égratigner les partis au pouvoir, rarement la monarchie britannique aura été aussi populaire après avoir triomphé de tous les soucis conjugaux qui ont émaillé ces dernières années. À quelques semaines des Jeux Olympiques de Londres, la famille royale est le meilleur vecteur de communication d’un pays qui depuis des siècles trace son chemin à l’écart du reste de l’Europe.

          Quel contraste quand même entre les jubilés de Victoria et d’Élisabeth II. Victoria régnait sur un Empire et Londres était au centre de « l’économie monde ». Il reste le Commonwealth, mais Londres, et notamment son « square mile » de la City, est redevenu le centre des marchés financiers de la planète.

          Mais aujourd’hui, la planète entière, et aussi la France républicaine, ont regardé et admiré ces fastes royaux, « So british »!