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Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

 

2 janvier

          Faut-il, comme le souhaite désormais le gouvernement mettre en place la TVA sociale ? Le débat reste ouvert et on en connaît les arguments : l’avantage de la TVA sociale est d’asseoir les cotisations sociales sur la consommation et donc d’inclure les produits importés dans le champ des prélèvements. C’est une manière élégante de répondre au dumping social. Bien entendu, cela a un coût en matière de prix à la consommation, coût supporté par les consommateurs et donc en priorité par les milieux populaires, ceci sans progressivité ni indexation sur les revenus ou les salaires. D’autre part pour que le transfert des cotisations sociales vers la TVA ait vraiment un impact en termes de concurrence, l’augmentation du taux moyen de la TVA doit être forte, de l’ordre au moins de 4 à 5 %. C’est ce qu’avait fait l’Allemagne en 2006. Malheureusement en 2012, la France part d’un taux de TVA déjà élevé (19,6 %) et passer à 23 ou 24 % (qui est en fait un niveau un peu supérieur à la moyenne européenne) en pleine période de crise et d’augmentation du chômage peut sembler excessif. Le vrai problème est en fait celui du coût du système social et de l’état providence à la française. La TVA sociale n’est malheureusement qu’un leurre.

          Une chose est certaine en tout cas : le débat fiscal sera un des plus importants de l’élection présidentielle et quelque soit l’élu du mois de mai, il devra consacrer ses « cent jours » à ce grand soir fiscal et social dont beaucoup rêvent en conjuguant équilibre et équité.

 

3 janvier

          Nouvelles tensions pétrolières en ce début d’année avec le baril de brut américain au dessus des $ 100 et celui de Brent au-delà de $ 110 : la raison en est la crise iranienne et l’escalade verbale autour du détroit d’Ormuz.

          Pourtant ce qui frappe la scène énergétique en ce début d’année c’est le véritable choc technologique que représente le « fracking » pour la production non seulement de gaz naturel, mais aussi de pétrole : le fracking c’est la fracturation des roches pour en dégager des poches captives de gaz ou de pétrole. Pour le gaz naturel, c’est ce que l’on a appelé les « shale gas » et la technologie est maintenant bien connue même si elle n’est pas acceptée partout (et notamment en France…) : Total et le Chinois Sinopec viennent encore d’investir près de 5 milliards de dollars aux États-Unis.

          Mais le pétrole est aussi concerné et ceci a provoqué un rebond de la production continentale américaine permettant au Dakota du Sud de devenir le troisième état pétrolier des États-Unis. Une société américaine spécialisée dans le développement de ces techniques est en négociations avec l’Aramco saoudienne et le chinois Sinopec.

          Bien entendu, il faudra évaluer avec précision et objectivité le coût environnemental de ces techniques, mais on ne peut les rejeter d’emblée.

 

5 janvier

          Nicolas Sarkozy reprend la main et l’initiative sur deux sujets qui auront été les « serpents de mer » de son quinquennat : la TVA sociale et la « taxe Tobin ». Dans l’un et l’autre cas, il veut aller vite… trop vite ?

          Sur la TVA sociale, le débat est bien connu : on en connaît les avantages et les inconvénients. C’est une manœuvre difficile qu’il faut réaliser par vent économique favorable puisqu’elle revient quand même à taxer immédiatement la consommation pour un profit en termes d’emploi qui est forcément différé.

          L’Allemagne avait pu le faire en 2006 dans un cadre plus vaste « d’aggiornamento » de son modèle social. Mais en 2012, avec la France en récession, le risque d’empannage est clair. À tout prendre ne vaut-il pas mieux attendre la grande réforme fiscale que le nouveau président devra de toute manière entreprendre à l’été 2012 ?

          Quant à la « Taxe Tobin » (une expression générique qui a depuis longtemps dépassé son auteur), disons-le tout net, elle n’a aucun sens si elle se limite à la France et même à la zone euro. Il n’est pas sûr que l’idée soit bonne ni même efficace, mais de toute manière elle ne peut être « essayée » sans nos chers « amis » britanniques qui en feront un « casus belli ». Il est probablement beaucoup plus efficace de passer par la case régulation…

 

6 janvier

          Deux affaires marquent la scène sociale française en ce début d’année : la menace de liquidation de l’armement de ferries Seafrance à Calais et la fermeture des raffineries du groupe suisse Petroplus en pleine asphyxie financière. Dans l’un et l’autre cas, les réflexes ont été identiques : se tourner vers l’état pour lui demander d’intervenir et de sauver : d’abonder le capital d’une hypothétique coopérative de marins dans le cas de Seafrance, de contraindre les banques à ouvrir des lignes de crédits pour Petroplus. Pourtant il y avait des repreneurs pour Seafrance qui est contrôlée en réalité par un groupuscule syndicaliste. Quant à Pétroplus, ce fut une des plus belles opérations du fonds de capital-risque Carlyle. Dans l’un et l’autre cas, il n’y a aucune logique ni légitimité pour l’intervention de l’état pompier.

          Mais nous sommes en France et les réflexes sont là : on demande tout à l’État et, soyons honnêtes, les politiques, de droite comme de gauche, sont trop heureux d’agiter et de s’agiter sur ces dossiers. À la fin du jour, il y aura des déçus, ceux auxquels on a pu faire croire que dans le village gaulois, le temps s’était arrêté.

 

 

 

10 janvier

          L’économie américaine repart bien. En décembre 2011, le secteur marchand a créé 212 000 emplois. Au total, 1,64 million d’emplois ont été créés en 2011 s’ajoutant aux 940 000 de 2010 : 2,5 millions d’emplois en deux ans qui ne compensent certes pas les 7 millions d’emplois détruits durant la récession de 2008 et 2009. Le chômage diminue, mais il est encore à 8,5 % ce qui est élevé pour les États-Unis.

          Mais ces créations d’emploi sont bien la preuve que l’économie américaine est repartie et des prévisions pour 2012 de 2 % de croissance – voire même un peu plus – sont tout à fait plausibles, la perspective d’une courte récession s’éloignant peu à peu. Les Américains consomment, mais surtout les entreprises investissent profitant de taux faibles et de liquidités abondantes.

          Tout n’est pas rose toutefois aux États-Unis : la médiocrité des candidats républicains, empêtrés dans leurs « affaires » et surtout dans leur absence totale de vision de la planète en dehors de leur credo évangélique ou mormon, ouvre un boulevard à un Barack Obama qui ne le mérite guère tant il aura déçu tous ceux qui – un peu trop vite – en avaient fait un nouveau Roosvelt.

          Les États-Unis s’en sortent : tant mieux. Mais le reste du monde continue à financer leurs déficits et leur endettement et cela, de plus en plus à fonds perdus.

 

11 janvier

          Toujours au chapitre des bonnes nouvelles, l’Allemagne a connu une croissance de 3 % en 2011. Voilà un admirable résultat qui en fait le modèle de l’Europe. Si l’on ajoute à cela un déficit public qui ne dépasse pas le 1 % du PIB, on a là de loin le meilleur élève de la classe européenne, le chouchou des professeurs et autres agences de notation.

          L’Allemagne profite ainsi des réformes initiées au début du siècle par le chancelier Schröder et plus largement du mouvement né il y a une dizaine d’années autour de la prise de conscience du retard allemand : « Allemagne réveille-toi » fut ainsi le leitmotiv de nombreux rapports et débats qui débouchèrent sur les grandes réformes de l’État-providence des années 2006. Certains y virent la fin du système bismarckien. Force est de constater qu’il n’en a rien été et que la cogestion a encore de beaux jours devant elle.

          Certes tout n’est pas aussi rose : les entreprises allemandes ont profité des délocalisations à l’Est ainsi que des flux de main d’œuvre intérimaire à bas prix en provenance de ces pays : dans le nord de l’Allemagne, la compétitivité de l’industrie de la viande repose sur des bouchers polonais en contrats d’intérim… polonais ! Et puis la chancelière Merkel n’a pas le génie de son prédécesseur. Le dogme de l’équilibre des finances publiques allemandes est un frein pour tout le reste de l’Europe : 3 % tant mieux pour eux, mais il n’y a pas beaucoup de miettes pour les autres.

 

13 janvier

          Le premier « vendredi 13 » de l’année n’a guère porté chance à l’Europe avec une vague de dégradation des notes de Standard and Poors en Europe à commencer par la « dégradation » de la France qui perd son AAA ! La nouvelle est tombée vers quatre heures de l’après-midi et a circulé à la vitesse éclair : il est frappant de voir combien ce concept abstrait de notation est désormais adopté par le grand public et fait partie de notre vie quotidienne. Au fil des débats et discours politiques, il a acquis un statut emblématique, il est un totem que l’on accroche sur l’arbre devant la case du chef, signe de sa puissance et de sa virilité.

          Sous le choc, la France s’est sentie humiliée, dégradée en cour martiale : on a brisé son AAA devant le front des troupes.

          De radios en télévisions, on a beau jeu d’expliquer que cette décision était logique, inéluctable et presque sans importance tant les marchés l’avaient déjà anticipé. On peut même lui trouver quelque avantage. L’euro devrait baisser ce qui est une bonne chose pour l’économie (mais l’essence coutera plus cher). Et puis, en pleine campagne électorale, cela va obliger les candidats à un peu de réalisme. Comme me le dit le dirigeant d’un institut de sondage : « la promesse était suspecte, elle est désormais interdite ».

          Voilà qui vaut tous les AAA de la terre.

 

15 janvier

          La Chine a trouvé le moyen de calmer la douleur française d’avoir perdu son AAA. Il aura suffi qu’elle loue deux pandas à un zoo du Val de Loire pour que toute la presse oublie Standard and Poors pour ces deux sympathiques nounours. La une des journaux dominicaux se partage de manière presque égale entre l’AA+ détenu désormais par la France et la préparation de l’arrivée de Yuan Zi et d’Huan Huan. Voilà bien la preuve que l’Empire du Milieu soutient la vieille Europe dans les moments les plus difficiles. Autant la perspective de l’achat par la Chine de dette européenne avait suscité la méfiance voire l’opposition des milieux les plus nationalistes de gauche comme de droite, autant l’arrivée de ce corps expéditionnaire de pandas n’a provoqué aucune réaction négative en pleine campagne électorale. En quelques heures, le AAA est retourné dans les pages intérieures de nos quotidiens, évincé de la une par les pandas et par le naufrage d’un navire de croisière au large de Rome.

          La vie continue donc, mais espérons quand même que l’avertissement sera compris par le corps social français et que celui-ci acceptera enfin le concept même de la réforme. Pour nous le rappeler pourquoi d’ailleurs ne pas surnommer ces pandas Standard et Poor !

 

17 janvier

          Débat entre économistes sur les perspectives au-delà la perte du AAA. Nous convenons tous que les conséquences en seront minimes à court terme, mais que le débat électoral s’en trouve modifié au profit des « petits candidats » (Bayrou, Le Pen), ceux de la nomenklatura (Sarkozy, Hollande) devant porter la responsabilité collective de cet échec français.

          Mon ami Marc Touati s’enflamme sur les perspectives ouvertes par ce qu’il appelle les NTE et les NTA (nouvelles technologies de l’énergie et de l’agroalimentaire). Il m’est facile de lui rappeler que dans l’un et l’autre domaine, la France est hors jeu. Dans le premier cas, c’est le rejet – droite et gauche confondues – de l’exploitation des gaz de schiste et des technologies fractales qui révolutionnent à l’heure actuelle la scène énergétique américaine. Dans l’autre cas, c’est le refus – partagé d’ailleurs avec presque toute l’Europe – d’autoriser le développement des OGM. Aujourd’hui d’ailleurs, BASF (qui avait racheté la partie agricole de Rhône Poulenc) vient d’annoncer l’arrêt de ses activités en Europe et leur transfert aux États-Unis. Il n’y a pratiquement plus en France de recherche dans le domaine des biotechnologies végétales. Shale gas et OGM sont certes des exemples un peu extrêmes, mais ils ne plaident guère pour une France tournée vers l’avenir…

 

18 janvier

          Présentation des prévisions de CyclOpe sur les marchés mondiaux en 2012. L’exercice 2011 a été plutôt positif et le taux d’erreur largement inférieur à certaines années. 2011 restera probablement comme le point haut du choc des marchés mondiaux commencé en 2006 (en moyenne les prix ont augmenté de 35 %). Pour 2012, nous pensons que les prix vont dans l’ensemble rester soutenus. Mais ceci est fondé sur un pari qui n’est pas toujours partagé : celui du maintien de la croissance chinoise au-delà de 9 %. La plupart des analystes tablent en effet sur une croissance qui ralentirait vers 8 % voire moins. Or, la Chine est la clef de la plupart des marchés mondiaux qu’il s’agisse du minerai de fer ou du soja, du cuivre ou du coton. Que la Chine ralentisse et ses importations ne permettraient plus de soutenir le niveau actuel des prix mondiaux et, cela malgré l’apparente meilleure santé de l’économie américaine. Un diagnostic au-delà de 9 % se fonde sur les marges de manœuvre des autorités chinoises pour relancer la machine une fois les problèmes d’inflation – le grand souci de 2011 – résolus. 2012 sera une année de passation de pouvoir en Chine à l’automne et nul doute que Hu Jintao tiendra à céder les rênes du pouvoir d’une Chine florissante. 9 % ou plus de croissance en Chine ne tient donc pas d’un optimisme débridé et les marchés des matières premières devraient en profiter. Pour l’instant, les Chinois s’apprêtent à partir en vacances. Tout se jouera dans l’année du dragon.

 

19 janvier

          En campagne électorale, toutes les promesses sont bonnes à faire, mais il y a quand même quelques lignes rouges ! François Hollande vient d’en franchir une en se déclarant partisan d’un « blocage temporaire du prix de l’essence ». Voilà revenu un vieux fantasme, celui de la capacité de l’État de fixer les prix indépendamment de toute réalité économique.

          L’essence, c’est du pétrole, du dollar et des impôts, les uns fixes et les autres variables (la TVA). Il est exact que lorsque le prix de l’essence avant impôts augmente, la recette fiscale augmente aussi grâce à la TVA. Le principe de la TIPP flottante était censé compenser cette augmentation en valeur absolue du prélèvement public en s’ajustant aux rentrées liées à la TVA.

          Mais là, le candidat socialiste va plus loin : plafonner le prix de l’essence n’est possible que si l’on utilise le prélèvement fiscal comme un matelas que l’on serait prêt à réduire au fur et à mesure de la hausse du prix de l’essence avant impôt. C’est faisable, mais cela revient à signer un chèque en blanc puisque nul ne sait à quel prix sera le pétrole en juin ni surtout ce que sera le taux de change euro-dollar : un taux de 1.20 serait une bonne chose pour l’économie française, une mauvaise pour le prix de l’essence. L’état et surtout le budget auraient-ils les moyens de la compenser ? Voilà en tout cas une promesse bien démagogique.

 

20 janvier

          À mon séminaire ce matin, un industriel nous dit qu’à son sens, le principal obstacle au développement industriel, la principale raison à la désindustrialisation encore illustrée ces jours derniers par des fermetures de sites (Lejaby à Yssingeaux aujourd’hui) est l’aversion au risque.

          Il est vrai que la société française dans son ensemble est devenue prisonnière et victime d’un principe de précaution qui en vient à refuser toute forme de risque. Il en est de la vie quotidienne alors que les normes et réglementations en vigueur font de la moindre activité collective une véritable odyssée (adieu les colonies de vacances et le scoutisme de notre enfance condamnés par cette véritable peur collective de l’accident qui caractérise nos sociétés). Mais il en est aussi de toutes les activités industrielles freinées par tout un carcan de règles souvent nécessaires, mais parfois aussi absurdes qui en viennent à concrétiser le rêve des écolos intégristes d’une France sans usines ni décharges voire même sans agriculteurs.

          Le risque domine aujourd’hui l’actualité et ceux qui la distillent : les risques alimentaires, industriels, énergétiques qu’il faut tellement éradiquer que la France ne sera plus, au bout de cette logique, qu’un gigantesque parc naturel et culturel pour touristes chinois en goguette.

          Est-ce bien là notre avenir ?

 

21 janvier

          L’Italie bouge ! Du point de vue économique, les perspectives ne sont pas réjouissantes : la prévision de CyclOpe de -0,5 % est bien « charitable » et nombre d’amis italiens penchent beaucoup plus vers -2 % en 2012 : une vraie récession qu’aggraverait encore un plan de rigueur annoncé pour le printemps 2012.

          Mario Monti vient d’annoncer toute une vague de libéralisation d’activités jusque-là réservées, des notaires aux taxis. Mais ses marges de manœuvre sont limitées et il n’est pas sûr qu’il soit capable de provoquer le choc nécessaire dans la population italienne.

          Paradoxalement, ce choc est venu du commandement du Costa Concordia, le navire de croisière qui s’est échoué au large de Civitavecchia. Le comportement de cet officier, parmi les premiers à avoir quitté le navire, a été tellement choquant qu’il est devenu l’homme le plus détesté d’Italie, comparé au pire des Berlusconis. L’Italie est probablement mûre pour des réformes vigoureuses permettant de relancer un appareil industriel – fondé sur les célèbres « district » (clusters) – qui reste de qualité. Malgré les difficultés un rebond italien n’aurait rien de surprenant (2013 ?) là où la France risque de souffrir beaucoup plus longtemps. Mais dans l’un et l’autre cas, que la pente est rude !

 

22 janvier

          Début d’année électorale : si en Chine les choses sont à peu près claires, tel n’est pas le cas aux États-Unis et en France.

Aux États-Unis, Obama profite de la conjoncture et des bourdes des républicains : Mitt Romney, empêtré dans des « affaires » remontant à l’époque où il dirigeait Bain, ne donne pas beaucoup d’espérance alors que la bataille des primaires a à peine commencé. Quant à Obama, avec le chômage au dessus de 8 %, il reste peu crédible au point de voir surgir le vieux rêve du « troisième homme » qui ne s’est jamais concrétisé dans l’histoire politique américaine : Mike Bloomberg, pourquoi pas ?

          En France, il y a plutôt abondance de troisième homme, ou femme. Quatre candidats font presque jeu égal : Sarkozy et Hollande qui ne cessent de baisser, Le Pen et Bayrou qui montent, alors que Jean-Luc Mélenchon est un distant cinquième. Sur les quatre, Bayrou est le seul qui au deuxième tour battrait les trois autres ; à l’inverse, Marine Le Pen perdrait tous ses duels. Pour l’instant, Hollande l’emporterait sur Sarkozy malgré une campagne bien médiocre. On est là peu dans le débat d’idées et comme aux États-Unis ce sont les hommes et l’image que les électeurs peuvent en avoir qui priment.

          À tout prendre la « démocratie » chinoise a quelque mérite.

 

23 janvier

          François Hollande a décidé de durcir sa campagne et de s’en prendre à un adversaire contre lequel il peut « balayer large » : la finance. Sur un thème pareil, il peut pratiquement réunir un consensus tant les Français se méfient des financiers et banquiers. Il est vrai que ceux-ci n’ont pas occupé dans l’histoire de la France une place marquante : Jacques Cœur fut emprisonné tout comme Fouquet; Law n’eut guère de succès; les Pereire se ruinèrent sous Napoléon III…

          Pourtant, le rôle des marchands et des financiers a toujours été essentiel dans le développement économique : l’argent doit circuler, être investi, être risqué en de nouvelles entreprises. Les « espaces-monde » qui se dessinent à partir de Venise, d’Anvers, d’Amsterdam puis de Londres le furent grâce aux « marchands de Venise » et autres compagnies de banque. Les seuls moments où la France fut au cœur de tels réseaux - les foires de Champagne au XIIIe siècle et Lyon dans une moindre mesure au XVIe siècle - elle le dut à des banquiers et autres hommes de finance.

          Fustiger la finance revient au fond à condamner le sang qui irrigue le corps et à risquer de tuer le patient à force de saignées. Il faut au contraire contrôler les flux sanguins, réguler donc la finance sans pour autant lui imposer tant de carcans qu’elle disparaîtrait. Mais la France a toujours eu avec la finance et l’argent des rapports ambigus que François Hollande illustre aujourd’hui.

 

24 janvier

          Nous voici donc dans l’année du dragon après celle du lapin. Il y a quelques années encore ce n’eut été qu’un aimable folklore et l’occasion de quelques défilés colorés dans les « Chinatowns » de la planète. Mais c’est aujourd’hui un tournant essentiel de l’année : pendant près d’une dizaine de jours, l’Empire du Milieu s’arrête : sur les marchés, dès le 15 janvier l’activité se ralentit avant que de s’arrêter complètement : les Chinois ne sont plus aux achats. Si les entreprises ferment pendant deux ou trois jours, la période de vacances dure en réalité plus d’une semaine et ce n’est que début février que les marchés retrouveront une activité normale.

          Le Nouvel An chinois est désormais plus important sur la scène internationale que le mois d’août en Europe et c’est là bien la preuve d’un renversement complet du centre de gravité de la planète.

          Convenons d’ailleurs qu’en cette année du Dragon – un signe particulièrement propice – la Chine est au cœur de toutes nos préoccupations tant elle représente le seul véritable moteur de la croissance mondiale : au-delà de 9 %, le monde respire; en deçà de 8 %, il est au bord de la crise!

          Les marchés sont calmes aujourd’hui : le lapin rentre dans son terrier et le dragon n’est point encore sorti.

 

25 janvier

          Le petit « milieu » parisien ne bruisse que de l’ « affaire » Sciences Po à la suite de la publication d’une enquête puis d’articles et de tribunes dans le Monde à propos de la rémunération de son directeur et plus largement de son financement.

          Sciences Po est un incontestable succès. La vieille école de la rue Saint-Guillaume est devenue une des principales institutions d’enseignement supérieur en France bien au-delà de la simple « prépa ENA » qu’elle était encore il y a quelques années. À mi-chemin des grandes écoles et des universités, elle est le seul débouché de haut niveau des littéraires dans une France qui a toujours privilégié les « matheux ».

          Elle doit beaucoup de sa transformation à son médiatique directeur, à un mode de gouvernance plus proche d’une entreprise que d’une université, à un statut privilégié et à des financements beaucoup plus généreux de la part de la puissance publique. Dans une tribune au Monde, le président de Dauphine estime que pour des établissements comparables, la dotation de l’État est supérieure de 25 millions d’euros en faveur de Sciences Po.

          Cette polémique n’intéresserait que le microcosme parisien si elle ne posait la vraie question du financement de l’enseignement supérieur en France et de la répartition public-privé.

 

 

26 janvier

          François Hollande vient de publier son programme. Il est à son image : propre, clair, raisonnable, mais sans part de rêve et surtout désespérant de banalité socialisante. On y retrouve au fond les piliers de ce que fut le programme du PS en 1997, mais dans une version adoucie presque homéopathique : les emplois jeunes quelque peu rebaptisés, les 35 heures avec la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires et puis la retraite à 60 ans. Tout ceci a un coût qu’il faudra financer avec des prélèvements supplémentaires qui augmenteraient encore. En dehors de la question des retraites qui est une véritable régression et un message trompeur adressé aux intéressés, ces « mesurettes » sont plutôt réalistes, mais il n’y pas a là guère l’électrochoc dont la France aura besoin à l’été 2012. Certes, les grandes réformes ne peuvent s’annoncer à trois mois des élections, mais il y a quinze ans Lionel Jospin l’avait fait et cela lui avait plutôt réussi. Il n’est pas sûr que les électeurs se retrouvent dans ce brouet social-démocrate bien trop clair à mon goût.

          Que la France soit en récession pendant la campagne présidentielle est un handicap pour Nicolas Sarkozy, mais aussi pour François Hollande qui à force d’être raisonnable ne nous fait guère rêver en reprenant les plus vieilles rengaines de la gauche du siècle dernier.

 

27 janvier

          La crise a éclaté au haut Conseil des Biotechnologies (HCB) avec le départ de son Comité économique éthique et social de pratiquement tous les membres qui prônaient la tolérance en faveur des OGM, de la FNSEA à l’ANIA (industries agroalimentaires) et même à la CFDT.

          Ceci est le résultat de cinq années de travaux difficiles marqués par la montée des tensions et une intolérance grandissante des « antis OGM » qui se sentaient soutenus par les politiques de droite comme de gauche. Ainsi, alors que l’interdiction du célèbre MON 810 a été annulée par le Conseil d’État, Nathalie Kosciusko-Morizet vient d’annoncer la mise en place d’une nouvelle clause de sauvegarde à la fin février afin que le délai nécessaire au Conseil d’État pour l’invalider soit de toute manière trop long pour empêcher les agriculteurs de semer du MON810 en 2012, en pleine campagne électorale !

          La crise du HCB est liée à la définition du seuil de tolérance admis pour faire se coexister les cultures : 0,1 % ou 0,9 % ce qui est quand même fort hypocrite tant nous consommons chaque jour, sans dommages pour la santé des produits contenant des OGM (volailles par exemple). Elle montre bien les limites du dialogue avec l’intégrisme vert tel qu’il se pratique en France. Il n’y a pas que dans les champs que la coexistence est difficile !

 

29 janvier

          Beaucoup de commentateurs ont été choqués des fréquentes références à l’Allemagne dans le discours ce soir de Nicolas Sarkozy. L’Allemagne serait le modèle et la référence pour la France.

          Au-delà de toute polémique, c’est là au fond bien normal : la croissance allemande a été de 3 % en 2011 avec des finances publiques presque à l’équilibre. Mais l’essentiel n’est pas là : il est dans la manière dont l’Allemagne a su rebondir après une bonne décennie de crise à la fin du XXe siècle. On l’a oublié, mais vers 2002/2003, l’Allemagne était en pleine période de doute et de mal de vivre : on parlait alors d’un sentiment d’« UngemütlichKeit ». La croissance allemande était régulièrement inférieure de 1 % à celle de la France. Le gouvernement allemand commanda alors un rapport au titre fameux : « Deutchland erwache » (Allemagne réveille-toi !). Ce fut la base des grandes réformes du modèle social lancées par le chancelier Schröder en 2005 et 2006. Soyons honnêtes l’Allemagne profita alors de la croissance économique mondiale et de l’intégration des PECO – ses voisins – à l’Europe. Mais aujourd’hui, les réformes sont derrière elle alors qu’en France nous avons attendu d’être en récession et en élection pour agir. Ce sera plus dur, mais il n’est jamais trop tard.