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Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

1er décembre

Il y a donc eu un accord à Florange! Vers dix heures hier soir, Jean-Marc Ayrault a annoncé l’abandon du projet de nationalisation du site en échange d’un engagement par Mittal de procéder au reclassement de l’ensemble du personnel et de poursuivre l’entretien des hauts fourneaux qui restent fermés dans l’attente d’une hypothétique aide européenne à la production d’acier avec récupération de CO2. Enfin, Mittal s’engagerait à investir « au moins 180 millions d’euros sur cinq ans » sur le site.

À voir les visages fermés des ouvriers de Florange, on comprend leur déception, eux, auxquels on avait fait miroiter l’espoir d’une reprise de l’état. Plus dure sera la chute…

En fait, ce fut dans ces derniers jours une véritable partie de poker menteur. Il est fort probable qu’Arnaud Montebourg n’a jamais eu de repreneur sérieux dans sa manche. Mais d’autre part Lakhsmi Mittal ne pouvait se laisser bouter hors de France et a dû prendre au sérieux la détermination de l’état français. Au final, il remporte quand même la partie à moindre coût (un plan social et des promesses… pour demain). Les ouvriers lorrains, ballotés entre des promesses contradictoires, ont de bonnes raisons d’être amers tant au fond on a joué avec leurs espérances. Il y a peu de chances que l’acier en fusion coule à nouveau en Lorraine. Mais il eut été courageux de le dire. Ni à droite, ni à gauche, les politiques n’ont eu ce courage.

 

3 décembre

Avec le retour de l’hiver, et cette année en pleine récession, les Français redécouvrent la grande pauvreté : celle des sans-logis, des mal-nourris, des jeunes aussi sans avenir parce que « mal appris » (l’expression était de François Bayrou). Chaque année, le constat est plus cruel, l’indignation plus forte, mais toujours sur le thème « Que fait l’état? ».

Cette année, la ministre du Logement, la verte Cécile Duflot, qui représente au gouvernement un parti dont la place demeure bien ambigüe, a lancé une idée nouvelle : réquisitionner les bâtiments vides et au premier chef ceux de l’Église catholique dont les effectifs ne cessent de fondre et donc libèrent de l’espace.

Le problème est que ce sont les mouvements catholiques (Secours catholique, Auteuil…) ou d’origines catholiques (Emmaus, ATD…) qui sont aujourd’hui les plus actifs vecteurs d’une solidarité qui fait tant défaut à la société française. Montrer du doigt une église à laquelle les lois de 1905 ont fait le merveilleux cadeau de la pauvreté est quand même quelque peu exagéré même si à Paris quelques congrégations disposent encore de vastes ensembles qu’ils protègent de la convoitise de promoteurs certainement peu enclins à faire du logement social. Mais voilà, un bouc émissaire facile pour ministre en panne d’idées pour survivre politiquement.

 

5 décembre

À peine rendu, le jugement de Salomon sur l’avenir du site de Florange se trouve contesté. Les syndicats découvrent un peu tard que Mittal n’a pris que bien peu d’engagements. Au même moment, l’identité de l’éventuel repreneur du site est dévoilée : il s’agit d’un ancien directeur de Florange, revenu dans la sidérurgie en Belgique et associé au russe Severstal. Mais leur projet était-il viable financièrement? Rien n’est moins sûr.

La position de Mittal est par contre cohérente : pas question de lâcher l’aval du site, une pépite qui fabrique des tôles automobiles parmi les plus techniques au monde et qui fournit le gotha de l’industrie automobile allemande. Le problème, ce sont les hauts fourneaux dont, Guy Dollé, l’ancien patron d’Arcelor, le perdant de la bataille contre Mittal, vient de rappeler que l’avenir est condamné.

Et puis, il faut tenir compte de facteurs « secondaires » : Mittal a une usine (Basse Indre) près de Nantes, fief du premier ministre. Peut-on sauver Paul sans déshabiller Pierre?

On comprend la colère des ouvriers lorrains : on salue quand même le courage et la volonté du patron indien; on ne peut que fustiger la lâcheté des politiques.

 

8 décembre

Belle ouverture à la World Policy Conference organisée par Thierry de Montbrial à Cannes : Bartolomé I, le patriarche de Constantinople, « primus inter pares » de toutes les églises orthodoxes présente une analyse « spirituelle » de la crise qu’il voit comme une rupture dans les certitudes que nous entretenions jusque-là sur les capacités autorégulatrices des économies. Il ne peut que constater le véritable déficit spirituel dont souffre l’Europe (à la grande différence des États-Unis). Oui, la crise du sens va beaucoup plus loin que nos seuls états d’âme et ce jugement s’applique tout particulièrement à la France.

Et puis comment ne pas parler de la situation au Moyen-Orient et de la disparition de certaines des plus anciennes cultures de la planète : « l’humanité détruit les ressources mémorielles beaucoup plus vite que les ressources naturelles. » Il pensait à Bagdad, Damas ou à l’antique Antioche, mais on pourrait y ajouter Tombouctou. L’intolérance et plus encore l’ignorance balaient ainsi des cultures vivantes que les musées ne pourront jamais remplacer. Et puis, quelle vanité d’imaginer des sociétés laïques là où la plupart des conflits sont de religion. Le défi est de bâtir des sociétés donnant toute leur place aux spiritualités sans pour autant verser dans l’intolérance et l’obscurantisme. La France n’en est pas le meilleur.

 

9 décembre

Pascal Lamy est, de tous les dirigeants des organisations internationales, celui dont la lucidité sur les limites de la gouvernance de la planète est la plus grande. Son diagnostic sur la crise des institutions internationales n’en est que plus averti : « il faut renoncer à tout espoir de Big Bang de la gouvernance globale ». Imaginer un gouvernement planétaire tient de l’utopie la plus complète même en une période de crise. Au plus, note-t-il quelques progrès : en matière de finance, le G20 a donné à la Banque des Règlements internationaux de Bâle des marges de manœuvre et les règles de Bâle commencent à être appliquées un peu partout et même aux États-Unis. Malgré la panne du Cycle de Doha, la crise n’a pas engagé de sursaut du protectionnisme. Par contre, on ne peut pas partager son optimisme en matière agricole. Et puis comment ignorer l’échec, hier encore, de la conférence de Doha sur le changement climatique : le protocole de Kyoto ne couvre que 15 % des émissions de Co2 de la planète et se trouve presque réduit à la seule Europe. La crise de la gouvernance est bien une réalité alors même que la véritable ambition est de bâtir les fondements d’une civilisation commune qui existe plus aujourd’hui dans des convergences négatives que dans des complémentarités positives. C’est là, ce que Pascal Lamy appelle la « Face Nord » de la gouvernance globale.

 

10 décembre

« Il y a un an, l’Italie était le foyer d’incendie potentiel de la zone euro. Aujourd’hui, il n’en est plus rien ». Voilà ce que nous disait Mario Monti samedi à l’heure du déjeuner. Savait-il que le soir même, rentré à Rome, il annoncerait sa démission, provoquant ainsi un bouleversement du calendrier électoral italien, des élections anticipées et peut-être enfin la défaite ultime de Silvio Berlusconi.

Mario Monti avait pourtant réussi l’improbable : sans adoucir la crise italienne ni la nécessaire cure d’austérité budgétaire, il est parvenu à réformer en profondeur le fonctionnement même de la société italienne. Son gouvernement de « technos » est parvenu à mettre en œuvre des réformes dont nul n’aurait rêvé à commencer – ou finir – par la suppression de nombre de divisions administratives. Avec lui, l’Italie est redevenue un maillon fort de l’Europe politique, dont elle n’était plus que la risée.

La démission de Mario Monti, lâché au Parlement par le parti berlusconien est peut-être une fine manœuvre politicienne; elle est aussi probablement une protestation, un certain refus des compromissions de la politique. Des élections auront lieu en février. Pour l’Italie, mais aussi pour l’Europe, il serait bon que Mario Monti reste au Quirinal.

 

12 décembre

Adieu donc, Gérard Depardieu ! On ne sait s’il faut se moquer ou sincèrement regretter le départ d’un acteur qui pendant si longtemps a fait partie de nos existences depuis le temps lointain du Café de la Gare, de l’épopée des Valseuses, d’un merveilleux Cyrano et de tant d’autres rôles dans lesquels il fut un peu le témoin d’une époque… la notre. Même en Obélix il savait être touchant.

Mais voila, comme tant d’autres de sa génération, le gentil post-soixante huit tard a grossi au propre comme au figuré. Il est devenu un homme d’argent, probablement d’ailleurs moins naïf que Johnny, l’autre icône exilée. Le voila qui fuit le fisc en oubliant simplement ce qu’il doit à la France, lui l’acteur de cinéma qui bénéficia du régime des intermittents du spectacle aux frais du régime général de la sécurité sociale, de la commission des avances sur recettes et de la fiscalité des Sofica qui lui permirent de vivre sa carrière cinématographique. Au moins nous épargnera-t-il l’image dégradée et un peu repoussante d’un acteur à bout de souffle, d’une fin de vie se vautrant dans le grotesque.

Pauvre Obélix, tu es resté, toi, dans ton village gaulois malgré la hausse de l’impôt sur les menhirs !