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« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

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« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

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Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Avril 2011

1er avril

Depuis la Chine où se tenait la réunion monétaire du G20, Nicolas Sarkozy vient donc d’annoncer qu’il ne se représenterait pas aux élections de 2012. Avec le décalage horaire, cela a pris les Français au saut du lit. Chez Jean-Michel Apathie sur RTL, François Fillon a dit toute sa détermination à assumer ses responsabilités et ce d’autant plus que toute la Sarthe est “derrière lui”. Sur Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach recevait Jean-François Coppé qui, en plein débat sur la laïcité, a dit se mettre à la disposition de l’UMP. Alain Juppé, ce matin, était silencieux, mais il pourrait préparer un « appel du Charles de Gaulle » qu’il doit visiter au large de la Libye. En dehors de l’UMP, on s’agite aussi : Jean-Louis Borloo sur France Infos s’est lancé sur un ticket anti nucléaire et OGM et a proposé à Nicolas Hulot de le rejoindre. Dominique de Villepin, sur France Culture, a annoncé qu’il ferait une déclaration sur la plage de l’île d’Elbe. Quant à Marine Le Pen, elle a ouvertement tendu les bras aux élus de la droite “la plus large possible”. Seul François Bayrou semblait ce matin désarçonné : il perdait son plus vieil ennemi et le souvenir de tant de combats lui a donné un ton mélancolique. Au fond, ils étaient tous deux de la même génération, avaient partagé les mêmes rêves que seul Nicolas était parvenu à réaliser. Mais François Bayrou s’est vite repris en annonçant que poisson d’avril ou pas il serait candidat en 2012. Au moins une certitude !

 

2 avril

Alors que la cause du département semble entendue, la République jamais avare de contradictions vient de se doter de son cent unième, Mayotte ! ll s’agirait là d’une obscure promesse du président qui récompense ainsi la fidélité mahoraise face au chaos comorien.

Sans verser dans les poncifs néo-coloniaux, il est évident que le statut de département était la pire des solutions que l’on pouvait trouver à la situation de Mayotte. Son seul avantage est d’avoir écarté le risque de retour de Mayotte aux Comores. Mais fallait-il pour autant donner à ses 200 000 habitants les avantages des DOM. Sans même parler des coûts que tout ceci va impliquer, comment ne pas avoir tenu compte de l’échec total, social, économique et humain des autres DOM, Antilles, Guyane et Réunion qui vivent de manière totalement artificielle, sous perfusion, aux crochets d’une métropole qui par ses défiscalisations ne fait qu’agraver leurs problèmes. L’échec de l’outremer français n’est-il pas assez évident pour que l’on veuille en élargir encore le périmètre ?

Dans l’Océan Indien, il suffit de comparer la Réunion et Maurice (l’ancienne île de France) pour comprendre le drame qu’a pu être la départementalisation et son néocolonialisme républicain. La Réunion détient ainsi le triste record des RMI. Gageons que Mayotte lui contestera bientôt ce douteux privilège tant il sera difficile pour ce malchanceux nouveau département de gérer ses flux démographiques et migratoires. Mais que la farce continue…

 

3 avril

Déjeuner à la campagne chez des amis agriculteurs du nord du Bassin Parisien. La conjoncture leur est favorable et il ne faut pas prendre trop au sérieux leurs plaintes : à € 250 la tonne, ce qui donne « bord champ » au minimum € 200, ils peuvent largement reconstituer leur trésorerie (j’estime leur prix de revient à € 150 la tonne au plus). Mais ils ne peuvent s’empêcher de grogner et sont incapables d’anticiper un avenir que je ne vois guère favorable à l’agriculture.

C’est aujourd’hui en effet que le parti socialiste a publié son programme marqué par un net verdissement ; aujourd’hui aussi que se tenait le Congrès des Verts et que ceux-ci ont décidé des modalités de leurs primaires en donnant un avantage très net aux « apparatchiks » face à Nicolas Hulot. Il est clair que les Verts seront une des clefs de l’élection présidentielle de 2012 et qu’ils sauront monnayer pareille situation.

Le monde agricole doit ainsi se préparer à une éventualité qui soulève encore le scepticisme dans les campagnes : un vert au ministère de l’Agriculture ou pire même, la disparition du ministère de l’agriculture noyé dans un ministère de l’écologie. Dans la mesure où le vrai débat portera sur le nucléaire, un gouvernement, de gauche ou de droite d’ailleurs, sera toujours enclin à sacrifier l’agriculture sur l’autel du conformisme écologique. C’est ce qui s’est passé en Allemagne sous Gerhard Schröder lorsque la Verte Renate Künast fut ministre de l’Agriculture et rêvait d’une Allemagne « bio ». Le monde agricole français doit se préparer à ce choc culturel.

 

4 avril

D’après les calculs réalisés par les équipes du Conseil des Ventes volontaires, la Chine a supplanté les États-Unis en 2010 comme première place mondiale du marché de l’art : 37 % du total des ventes aux enchères mondiales ont été réalisés sur le sol chinois (Hong Kong compris). Parmi les 50 plus importantes sociétés de vente au monde, près de la moitié (23) sont chinoises. Leur chiffre d’affaires aurait été de € 8,5 milliards en 2010.

Mais, il n’y a pas que les ventes en Chine. Les Chinois se ruent sur toutes les antiquités arrivées en Occident au XIXe siècle au gré des pillages : le 26 mars à Toulouse un rouleau de peinture réalisé au XVIIIe siècle pour l’empereur Qianlong a été adjugé € 22 millions à un acheteur de Hong Kong. Et le même jour dans une autre vente toulousaine un sceau impérial a réalisé € 12,3 millions. Il s’agit bien sûr de pièces exceptionnelles et de provenance impériale. Mais à la même époque Sotheby’s vendait pour $ 10 millions une toile d’un artiste contemporain Zhang Xiaogang, une toile datée de 1988.

L’art est un excellent indicateur de la croissance économique : il est ce superflu dans lequel on investit une fois satisfaits les besoins du quotidien. Il est surtout le signe extérieur de richesse par excellence et les « nouveaux riches » chinois ne s’y trompent pas tout comme les oligarques russes. Mais ce qui est frappant c’est la vitesse avec laquelle le marché de l’art s’est développé en Chine à la fois sur des créneaux traditionnels (il suffit de trainer aux puces de Pékin), mais aussi sur les segments les plus pointus de la création contemporaine. Étonnante Chine !

 

5 avril

Audition au Conseil économique e Social (et environnemental dans sa dernière mouture). Cette assemblée, sise dans un superbe bâtiment des années, cinquante dont le mobilier est resté « dans son jus », le Palais d’Iena, a toujours quelque mal à justifier de son existence si ce n’est en finançant assez généreusement des dirigeants de syndicats professionnels et salariés ainsi que des personnalités « qualifiées » dont la qualification saute surtout aux yeux de leurs parrains politiques. Les fonctionnaires du CESE sont de grande qualité et rédigent en général des rapports excellents qui sont signés ensuite par les membres « rapporteurs ». Le CESE ne sert à peu près à rien et surtout doublonne allègrement avec d’autres instances comme le CAS (l’ancien Plan), le CAE et tant d’autres comités Théodules !

Ils étaient pourtant nombreux cet après-midi pour m’auditionner sur le thème du G20 et de la présidence française, une question sur laquelle l’Assemblée et le Sénat sont en train de plancher de leur côté ! L’échange est courtois et les questions intéressantes et variées.

Le grand mérite de cette présidence française du G20 aura été au moins de lancer un débat et notamment de remettre la question agricole sur le sommet de la pile des préoccupations à la fois mondiales et françaises. Au-delà de rapports que bien peu liront, ces échanges comptent.

 

6 avril

À un an d’un scrutin présidentiel, la question essentielle est de savoir ce qui doit primer : la personnalité du candidat arrivé en tête aux primaires ou bien le programme du parti. Le PS vient de sortir son « projet », curieux exercice de style qui engagera quand même un peu le candidat qui sera choisi, mais qui doit rester suffisamment consensuel pour que chacun s’y retrouve et surtout pour aller chasser sur des terres à conquérir au centre, chez les verts et même à gauche face au « mélenchonisme ».

Le résultat est un gentil catalogue, très « bisounours » dans sa tonalité et qui couvre à peu près tous les poncifs imaginables comme la proposition 9 « pour que notre alimentation soit plus saine et que les agriculteurs vivent de leur travail, nous orienterons les achats alimentaires des collectivités vers l’agriculture de proximité » (on s’arrête là à la limite du bio). Au-delà de ce côté « nous voulons que tout le monde soit beau et gentil », on retrouve quelques fondamentaux comme la retraite à 60 ans et 300 000 emplois jeunes baptisés « emplois d’avenir dans les domaines de l’innovation environnementale et sociale » : comment pourrait-il en être autrement ! Les 10 000 nouveaux gendarmes et policiers devront être « de proximité » (ce qui serait une bonne chose). Plus originale, mais tout à fait dans l’air du temps la limitation à 20 des écarts de rémunération dans les entreprises à capitaux publics, la taxation des « superprofits » des pétroliers qui devient une habitude et quelques autres taxes diverses.

Le tout est responsable, mais sans beaucoup de souffle : un exercice de style qui sera vite oublié par le candidat.

 

7 avril

Après une conférence à Strasbourg, retour par le TGV du début d’après-midi. La session du Parlement européen vient de se terminer et le wagon est plein de députés regagnant Paris. Il y a là un curieux mélange de « repêchés » des élections françaises, de battus du suffrage universel, des responsables aussi de partis politiques marginalisés par notre système à deux tours et puis quelques vieilles gloires au-delà de la retraite. Dans mon seul wagon, il y a Jean-Luc Mélenchon, Vincent Peillon, Marielle de Sarnez, Dominique Baudis… Pour eux tous, le Parlement européen est un pis aller, une manière de rester en politique (et de survivre financièrement), mais ils gardent l’œil fixé sur la scène nationale qui est la seule qui compte pour eux. C’est humain, mais quel dommage.

Quel paradoxe aussi que la France qui se bat pour maintenir le Parlement à Strasbourg au moins à mi-temps, continue à n’y envoyer que des seconds couteaux, des déchus de la politique nationale et quelques anciens. Certes, le Parlement européen a moins de pouvoir que les parlements nationaux, mais son rôle devient de plus en plus fondamental en matière de normes et de règlementations. C’est une assemblée technique qui réclame compétence, assiduité et enthousiasme européen.

Mais dans le wagon vers Paris on parlait des enjeux hexagonaux et l’Europe était loin, très loin… Dommage.

 

8 avril

L’Indre est un département marqué au Nord par les grandes cultures et en avril déjà par les fleurs jaunes des champs de colza et puis au sud par l’élevage allaitant de charolais et de limousines. La session de la Chambre d’Agriculture porte à la fois sur les marchés des céréales et puis sur la situation de l’élevage et ma conférence aborde les deux problématiques. Rarement, les situations auront été aussi contrastées : d’un côté les uns sont confrontés au choix spéculatif d’un prix de vente, mais qui leur garantit de toute manière une très large marge bénéficiaire, de l’autre les éleveurs peinent à boucler et en réalité ne couvrent pas la plupart du temps leurs charges des structures. Sur un même département, ce sont deux mondes de plus en plus différents. Pour les premiers s’était tenu la veille, dans les locaux de la Chambre, un séminaire sur les marchés à terme ; pour les autres la question essentielle est celle de l’avenir des paiements qui assurent l’essentiel de leurs revenus.

La discussion est animée, mais intelligente, un peu fataliste même à l’image de cette question posée par un agriculteur de la Confédération paysanne (classée à gauche) « L’homme est-il fait pour vivre dans l’instabilité permanente ? » À cette question, je n’ai trouvé que le « dû à l’homme » cher à Jean-Paul II pour embryon de réponse. Et puis, on me rappelle qu’en 1847, la « Jacquerie de Buzençais », provoquée par de mauvaises récoltes et dont George Sand et Victor Hugo se firent l’écho, fit partir de l’Indre la révolution de 1848 !

 

9 avril

Jules a maintenant plus de deux ans. Nous ne l’avions pas vu depuis plus de trois mois et à cet âge les changements sont bien rapides : il parle et en tous cas se fait comprendre ; il sait jouer, s’éveille et développe son sens de la propriété, le sentiment de son propre territoire.

Il y a un peu plus d’un an j’avais publié un livre sur « Le siècle de Jules » et j’ai prononcé, depuis, d’assez nombreuses conférences en utilisant le personnage de mon petit fis (la dernière à Strasbourg, il y a deux jours). Depuis la naissance de Jules, le monde a bien changé. Il était né presque « le jour le plus bas » au cœur de la pire crise financière que le monde ait connue depuis 1929. Tout ceci est déjà presque complètement oublié : en dehors de quelques scories européennes, de la Grèce à l’Irlande ou au Portugal, la croissance mondiale a repris son cours et les marchés ont vraiment tout oublié puisque le cours des matières premières a été multiplié par plus de trois depuis la naissance de Jules. La Chine, l’Inde, le Brésil même assurent le fond de la croissance de la planète ce qui est un message d’espérance pour la génération de Jules. Par contre les difficultés du « Printemps arabe » sont là pour nous rappeler que le rêve de Jules (et de son grand-père) celui de connaître la fin de l’histoire, au sens d’Hegel et des contes de fées, n’est pas prêt de se réaliser.

 

10 avril

C’était grand beau temps aujourd’hui sur la route de Paris-Roubaix, la plus célèbre des classiques cyclistes du Printemps, au moins pour un Français, car pour un Belge, le Tour des Flandres de dimanche dernier (la Ronde) est probablement plus important. C’est d’ailleurs un Belge, un équipier un peu obscur dont c’est le jour de gloire, qui triomphe dans la chaleur et la poussière des pavés. Paris-Roubaix a fait le plein au fil de ses secteurs pavés et la célèbre trouée d’Arenberg rassemble des deux côtés de l’étroite chaussée une véritable marée humaine. Car Paris-Roubaix ce sont des pavés désormais entretenus avec un soin jaloux pour le grand jour.

Ces pavés nous parlent d’un autre temps et au fond une partie de l’attachement à cette course mythique vient du fait qu’elle plonge ses racines dans le monde agricole et ouvrier du début du XXe siècle. On traverse les grandes régions agricoles du Nord de la France, les terres à blé et à betterave qui furent les premières à connaître la révolution agricole. On longe les terrils des anciennes mines de charbon. On traverse de petites cités industrielles avant que d’arriver à Roubaix, la vieille capitale du textile. La course nous raconte toute cette histoire de révolution agricole et industrielle, de travail dur et pénible comme ceux des coureurs qui peinent sur ces vieux pavés.

 

11 avril

Laurent Gbagbo est donc tombé. Depuis quelques jours sa chute ne faisait aucun doute, mais on ne savait exactement comment elle aurait lieu : le scénario habituel en Afrique, celui de l’exfiltration du président, de sa famille, de ses amis et d’une partie de leur fortune vers un pays d’accueil, de l’Afrique du Sud à l’Arabie Saoudite (la France ne donne plus dans ce genre depuis Duvallier et Bokassa) avait été refusé par un Laurent Gbagbo probablement trop gourmand. On avait peine à imaginer une scène finale, façon « crépuscule des dieux » et Berlin 1945 dans les ruines du bunker de la présidence. Finalement, il semble bien que les troupes françaises aient donné le coup de pouce final pour que Gbagbo tombe vivant dans les mains des troupes de Ouattara et se retrouve en captivité à l’Hôtel du Golf. Les images nous montrent un Gbagbo pitoyable sous l’œil de sa femme Simone qui a échappé de peu au lynchage. L’heure est aux règlements de compte.

Quels gâchis cependant ! Comment interpréter et comprendre cette fuite en avant dans une sorte de délire mystique inspiré par des prédicateurs évangéliques américains (et Dieu sait s’ils sont nombreux sur le continent africain) ? Tout ceci ne doit pas faire pour autant oublier dix ans d’exactions, de corruptions, de mal gouvernance. Le bilan de Gbagbo est aussi pitoyable que ce malheureux en pyjama qu’encensa longtemps la gauche française. Et puis je ne peux pardonner à lui ou à son entourage l’assassinat de Guy André Kieffer, un des rédacteurs de CyclOpe.

 

12 avril

Christophe de Margerie a l’art de gâcher mes vacances avec Jules ! Il a suffi au président de Total de déclarer dans un entretien au Parisien que le scénario de l’essence à 2 euros le litre était « inéluctable » pour que toutes les radios (ou presque) me demandent une réaction. Le chiffre a fait mouche alors que nous sommes « seulement » à 1,54 ou 1,55. Mais à y bien réfléchir cela n’a rien d’extraordinaire. L’essence ce sont des impôts, du pétrole et du dollar. Ne touchons pas aux impôts dont une partie (la TVA) est proportionnelle. Pour le pétrole, nous sommes à $ 120 le baril (base Brent) et il ne faut pas beaucoup d’imagination pour nous voir à $ 150 ou au-delà si les manifestations déstabilisaient un peu plus l’Algérie ou le Yémen, la Syrie ou le Bahrain, voire l’Arabie Saoudite au moment où de manière inéluctable, la demande des pays émergents ne cesse d’augmenter. Ce n’est pas « si », c’est « quand » ?

Mais ce pétrole il est coté en dollars et il faut imaginer aussi la relation dollar-euro. Grâce à ce bon Monsieur Trichet qui augmente les taux de la BCE, l’euro devrait rester ferme, voire se renforcer. Tant mieux, le pétrole et donc l’essence en euros couteront moins cher. Mais si jamais enfin l’euro se dépréciait, ce qui serait une bonne nouvelle macro-économique, s’il tendait vers sa parité de pouvoir d’achat ($ 1,15 et non $ 1,42 aujourd’hui) alors le pétrole vaudrait encore plus cher. Au hasard des mouvements désordonnés du pétrole et du dollar, nous toucherons bien la barre des 2 euros le litre.

Tant mieux, nous serons alors plus sages et commencerons alors à renoncer à la voiture et surtout au camion !

 

13 avril

Nicolas Hulot se lance donc dans la course aux primaires écologiques. Il l’a fait ce matin depuis Sevran, une ville de banlieue, car il estime – avec juste raison – que c’est dans ces banlieues en crise que se joue une partie de l’avenir de la société française.

Mais arrêtons là les compliments. Comment prendre en effet au sérieux ce pur produit cathodique, cet aventurier télévisuel dont il faut reconnaître l’incontestable talent à monnayer la nature en flacons et shampoing ? À la tête d’une « fondation » à la légitimité limitée à sa seule popularité et à la bénédiction de Jacques Chirac, Nicolas Hulot est une sorte de croisement entre Ronald Reagan et Al Gore mais dans un contexte hexagonal. Face à cette candidature, les verts hésitent, fascinés qu’ils sont par la notoriété qu’elle peut leur apporter (Hulot à la télé c’est autre chose qu’Éva Joly), mais inquiets par l’amateurisme du personnage, par son côté superficiel, par le grand écart qui lui permet de soutenir la thèse de la « décroissance » tout en maintenant des amitiés à droite et au centre.

L’adversaire déclaré des verts et au principe même d’un parti écologique que je suis (la réflexion « verte » ne doit-elle pas transcender tous les clivages politiques) s’interroge : cette candidature va-t-elle faire sombrer dans le ridicule les primaires écologiques, mais à tout prendre ne vaudrait-il pas mieux un adversaire de qualité comme D. Cohn Bendit ?

 

14 avril

L’écologiquement correct et surtout le déminage politique à un an des élections font décidément des dégâts. La France n’est pas pour rien la patrie d’un « principe de précaution » où chacun trouve sa vérité ? La dernière victime en sont les gaz de schistes (Shale gas) dont la prospection et a fortiori l’exploitation sont désormais interdites en France avant même que la commission technique qui avait été constituée il y a quelques semaines ait rendu son rapport. Un projet de loi sera discuté en urgence début mai et certainement voté tant par la droite que par la gauche convergentes dans leur verdissement : il scellera définitivement le sol français : les gaz de schiste ne passeront pas !

La technologie d’exploitation des gaz de schistes faisant appel à de l’eau sous pression pose bien entendu des problèmes environnementaux. Mais faut-il pour autant les condamner sur la seule foi d’un film à charge (Gasland) qui circule actuellement sur le net ? Au minimum, ceci mériterait études, analyse de l’expérience américaine et débat public. Car il faut quand même rappeler que l’on ne peut en même temps s’indigner des hausses du prix du gaz, vouloir sortir du nucléaire et fermer la porte à la moins polluante des énergies fossiles.

On réclame actuellement – à juste raison – un débat public sur le nucléaire. Mais au même moment, on l’escamote sur le gaz naturel. Il est vrai que l’un des trois permis accordés couvrait le sud des Cévennes et l’Aveyron jusqu’à la région de Millau. Ce pauvre José Bové qui n’a plus d’OGM à faucher a trouvé une nouvelle cause à défendre !

 

15 avril

Avec un peu de retard, je vois le film britannique qui a obtenu cette année l’Oscar aux États-Unis. « Le discours d’un roi » est une œuvre intéressante que je voyais moins pour son caractère historique plutôt mal traité, notamment le personnage de Churchill, que pour le bégaiement dont était affecté le malheureux duc d’York, futur George VI. Entre bègues on se comprend…

Pour un enfant le bégaiement est une épreuve : on est différent des autres ; on fait rire. Bègue, j’ai tout essayé de la lecture à voix haute au théâtre sans que jamais ne disparaisse l’angoisse du mot qui ne sortirait pas, de la lettre sur laquelle on bute et qu’il faut s’efforcer de contourner. À la différence du film, un bègue une fois lancé peut normalement faire un discours sans s’arrêter alors que dans une conversation normale « il n’en décroche pas une ». Mais il faut aussi tenir compte de l’émotion. Mon plus beau souvenir restera celui de l’oral d’histoire « hors programme » de l’agrégation : un oral public dans la salle Louis Liard de la Sorbonne. J’avais tiré « L’art romain à l’époque d’Auguste » et avait disposé de sept heures de préparation et de toute la bibliothèque de la Sorbonne. Voulant illustrer ma leçon, je passais une diapositive du bas-relief de l’Ara Pacis à Rome et pour faire bonne impression je voulus montrer en latin le défilé du peuple romain : « Populus romanus ». Jamais je ne pus prononcer le P de Populus qui resta dans ma gorge alors que j’entendais les rires de la salle !

Mon métier est aujourd’hui d’enseigner et de faire des conférences. Je n’ai jamais oublié ce P.

 

16 avril

Dans l’île d’Hainan, au sud de la Chine, se tient le sommet des BRICS : le S est celui de « South Africa », l’Afrique du Sud dont la présence vide un peu plus de tout sens économique cette curieuse notion de BRIC inventée il y a une dizaine d’années par un économiste de Goldman Sachs. La Chine et l’Inde sont deux continents émergents et le Brésil les a rejoints plus récemment. La Russie et l’Afrique du Sud ont en commun leur dépendance vis-à-vis des matières premières et puis leur mal gouvernance et leur népotisme : les oligarques d’un côté, le « black empowerement » de l’autre, mais ni pour l’une ni pour l’autre on ne peut vraiment parler d’émergence économique ni même d’ailleurs de développement tout court.

Néanmoins, ces cinq pays pèsent 42 % de la population mondiale et 18 % du PIB. Mais surtout, alors qu’au G20, la Chine est sur la défensive, au sein des BRICS elle peut tout naturellement tenir son rang de leader économique de la planète émergente et faire sentir à ses partenaires son poids financier et commercial (à fin mars 2011, la Chine a passé les $ 3000 milliards de réserves de change). Pour se développer encore le modèle chinois, tout autarcique qu’il soit, a besoin de matières premières (Russie, Brésil, Afrique du Sud) de ressources agricoles (Afrique), de soutien aussi dans les négociations commerciales internationales que l’Inde a toujours beaucoup mieux maîtrisées.

Hainan, c’est au fond un autre Bandoeng où les discours comptent moins que la puissance financièr

 

17 avril

Le dimanche des Rameaux marque pour les chrétiens l’entrée dans la semaine la plus importante de l’année liturgique, celle de la Passion et de la Résurrection. C’est aussi une fête fortement ancrée dans la culture populaire : on bénit des rameaux, ceux-là même utilisés pour l’entrée de Jésus à Jérusalem, et ces rameaux seront conservés dans les maisons pendant toute l’année. À Ciboure, au Pays Basque, la bénédiction des rameaux a lieu sur le parvis de l’Église et pour cette occasion l’église est bien pleine tant de « locaux » que d’estivants. Chants basques et français résonnent dans la vieille église avec même un peu de latin, un « Credo » que bien peu des quelques jeunes présents peuvent comprendre.

Cette année, la Pâque chrétienne correspond à peu près avec la Pessah juive. Mais dans la France laïque, tout ceci ne compte plus guère. Les concours des grandes écoles commencent justement cette semaine. Il y a bien longtemps que les chrétiens ont abandonné toute forme de revendication calendaire (le lundi de Pâques est férié, mais c’est presque une tradition républicaine) : personne n’est choqué qu’un examen puisse avoir lieu le jour du Vendredi saint (qui est férié en Espagne). Pour les juifs, pour lesquels Pessah est la fête communautaire par excellence, ceci pose un problème et cette année apparemment les autorités de l’Éducation Nouvelle n’ont pas souhaité être accommodantes. Dommage.

Dans « Le Monde », Caroline Fourest, l’une des grandes donneuses de leçons de la gauche laïcarde s’en réjouit au contraire : « Entre le ramadan, Pessah et, pourquoi pas, Carême ou des fêtes hindoues, plus aucun examen ne pourraient avoir lieu » (Le Monde du 16 avril). Mais la vraie laïcité n’est-elle pas la tolérance de l’autre, dans la différence de sa spiritualité ? Et puis quel mépris dans la référence au carême ! Dur le pardon pascal !

 

18 avril

Agnès a perdu son portable ! ce simple fait a plongé toute notre maisonnée dans le plus profond émoi. C’est que le « portable » aujourd’hui ce n’est plus un simple téléphone. C’est un agenda, un carnet d’adresses, une base pour les « mels », un appareil de photo et donc aussi un album de photos. On ne peut plus imaginer aujourd’hui vivre sans son portable, baptisé désormais « smartphone » et qui se situe à des années-lumière des premiers portables de… la fin du XXe siècle !

Peu de produits ont autant bouleversé notre vie quotidienne que ces appareils qui font maintenant partie des objets les plus usuels : il y en aurait près de 50 millions en France et je me demande à quel âge Jules aura son premier portable ! Ils ont profondément modifié nos modes de communication en créant même leur propre langage tant pour les SMS que pour les mels. De tous les objets de la grande révolution des technologies de l’information, le portable est le plus emblématique, le plus répandu, le plus banalisé alors même qu’il existait à peine il ya dix ans. L’ordinateur demande un minimum de formation, les tablettes (modèle Ipad) se situent plus dans le champ culturel. Le « portable » (en anglais on dit « mobile ») lui est universel et ne pas en avoir est aujourd’hui la forme la plus achevée d’originalité, encore plus que d’écrire ces chroniques avec un stylo à encre. Comment en effet peut-on vivre en 2010 en France sans portable ? En quelques années le budget communication a explosé, mais autant on pleure sur le prix du gaz ou de l’essence à la pompe, autant notre portable ne nous a jamais coûté aussi cher !

 

19 avril

Les élections ne sont que dans un peu plus d’un an, mais les vents ne soufflent pas dans un sens très favorable pour l’actuelle majorité même si le centre se déchire – ce qui en soi n’est guère nouveau – tout comme les écologistes alors que les socialistes sont partagés entre Tulle et Washington.

Néanmoins, les membres du gouvernement actuel qui n’ont pas de fief électoral commencent à s’inquiéter de leurs survies post-2012 et doivent regarder avec envie Alain Juppé, le duc de Bordeaux, qui pratique avec allégresse un cumul de mandats qui n’a aucun équivalent dans aucune autre grande démocratie occidentale. Mais passons…

On vient donc d’apprendre que Chantal Jouhanno serait tête de liste UMP aux sénatoriales à Paris en repoussant un peu plus les rejetons du clan corse qui longtemps domina la capitale. Et puis, Christine Lagarde et Éric Besson héritent de très précieuses circonscriptions des Français de l’étranger, de joyeuses sinécures où l’élection est garantie et le service minimal. Après avoir truffé le conseil économique et social de personnalités « qualifiées » sans grand relief, voilà qui sent un peu plus la fin de règne. On est surpris de voir Christine Lagarde en pareille compagnie. La ministre de l’Économie et des Finances a suffisamment de « surface » pour ne pas avoir besoin de gagner sans combattre un mandat de député. Là aussi, il est peu de démocraties où pareil népotisme, lié au seul bon vouloir du Prince, prospère de telle manière, ceci étant d’ailleurs tout autant valable pour la droite que pour la gauche. C’est cela aussi que les Français rejettent.

 

20 avril

En cette semaine sainte, l’affaire « Piss Christ » fait la une de l’actualité. Il s’agit d’une « œuvre » de l’artiste américain Andres Serrano remontant à 1987, présentée dans le cadre de la collection Lambert en Avignon : c’est une photo représentant un Christ en croix baignant dans un liquide qui est un mélange d’urine et de sang. Des vandales liés aux milieux catholiques traditionalistes et intégristes l’ont en partie détruite. L’artiste se prétend chrétien et nous propose de voir dans cette œuvre le symbole du Christ méprisé et souillé à l’image des plus pauvres parmi les hommes. En y réfléchissant bien l’image est forte, mais compréhensible et invite même à une relecture de la Passion au fond proche de la vérité historique : la croix n’était-elle pas le plus infamant des supplices celui que l’on infligeait en particulier aux esclaves ! Et le Christ est mort dans son urine et son sang !

Convenons toutefois que l’image choque et peut être vécue comme une véritable provocation à laquelle peu de religions accepteraient d’être soumises. Dans le même genre d’ailleurs « l’artiste » Maurizio Cattelan, exposé notamment à la Fondation Pinault de Venise, a fait bien pire avec des mannequins de Jean-Paul II. Quelles limites peut-on, doit-on, mettre à la liberté de création artistique ? L’artiste ne doit-il pas s’interroger sur la manière dont peut être comprise son œuvre au-delà du message qu’il veut faire passer ?

Et puis chez ceux qui exposent l’œuvre n’y a-t-il pas une certaine volonté de provocation surtout si elle n’est pas accompagnée de l’appareil critique nécessaire ? Tout ceci ne peut excuser les vandales issus des milieux les plus étroits d’esprit du catholicisme. Mais on doit les comprendre tout comme on peut comprendre sinon apprécier Andres Serrano. La tolérance en un mercredi saint…

 

21 avril

La « relique barbare » vient de passer la barre des $ 1500 l’once ! C’est ainsi que Keynes qualifiait l’or qu’il avait voulu éliminer du système de Bretton Woods. Keynes avait raison tant l’or est l’investissement le plus stupide qui soit : « il coûte cher à extraire et ensuite on l’enterre à nouveau dans un coffre » disait à propos de l’or Warren Buffet : en plus il ne rapporte rien, il ne crée aucune richesse puisque par essence il est stérile.

Dans un monde idéal, rationnel et prédictible, Keynes aurait raison et l’or ne servirait vraiment plus à rien sinon à rendre un peu plus belles nos compagnes. Ce serait une sorte de « fin de l’histoire ». Mais nous en sommes bien loin : les déficits publics notamment américains deviennent abyssaux et on menace la dette américaine de l’ultime outrage de la dégradation en salle de marché public ! Les guerres aussi durent et s’enlisent de la Libye à l’Afghanistan…

De la même manière qu’en de pareils moments on voit revenir tous les nationalismes populistes (comme l’ont encore montré les élections finlandaises sans oublier cette date symbolique de 21 avril… 2002 pour la France), on se précipite sur l’or, la valeur refuge par excellence. On, ce sont les Chinois et les Indiens, las d’acheter des Bons du Trésor qui ressemblent de plus en plus aux assignats révolutionnaires. Les Indiens préfèrent d’ailleurs l’argent qui bat tous les records à $ 45 l’once. Ce n’est pas cher payé et l’once d’argent devrait valoir $ 100 pour respecter la parité de 1 à 15 fixée dit-on par un roi de Libye nommé Crésus. La relique barbare a de beaux restes.

 

22 avril

Le Vendredi saint est peut-être le plus beau des moments de l’année chrétienne. Le sacrifice du Christ est un acte de pur Amour, celui d’un dieu, mais qui s’est fait homme, qui souffre dans sa chair jusqu’à cette plainte « pourquoi m’as tu abandonné ? » Dans bien d’autres religions, les dieux périssent aussi de mort violente à l’image d’Osiris chez les anciens Égyptiens. Mais on est là dans des mythologies où les dieux agissent à l’image des hommes.

Le mystère chrétien est tout autre me semble-t-il et il est si difficile à comprendre qu’il a largement échappé aux contemporains du Christ – à commencer par ses disciples – et à nous plus encore. Ce Christ – fait de chair (et donc de sang et d’urine pour reprendre le débat du moment) – se met à notre portée, pauvre parmi les pauvres, pour mieux se – et nous – transcender. Toutes les polémiques actuelles autour de la représentation artistique du Christ, de la Vierge ou de la Passion viennent aussi de la recherche chez les artistes contemporains de ce Christ de pauvreté au cœur des bidonvilles et des favelas qui fourmillent sur notre planète.

Ce Vendredi saint, c’est pour le croyant comme l’incroyant celui qui doute, qui ne sait pas, qui hésite, c’est l’occasion de regarder en face la pauvreté et les inégalités de ce monde ; de les regarder sans comme toujours s’indigner de l’inaction de l’état ou de l’inefficacité des services publics, sans aussi vouer les riches aux gémonies, mais en cherchant à répondre à la question que ces pauvres nous posent chaque jour et que nous ne voulons pas entendre : « pourquoi nous abandonnes-tu ? Pourquoi ne fais-tu rien ? »

 

23 avril

La fébrilité est manifeste dans le camp gouvernemental à un an des élections et on n’hésite pas à faire le grand écart entre le populisme anti-capitaliste et la défense du patrimoine. D’un côté il y a donc cette décision d’imposer une prime pour les salariés d’une entreprise qui augmenterait ses dividendes versés aux actionnaires. Venant du président le plus « bling-bling » de la Ve République, le plus fasciné par les riches et les puissants, cette mesure illustre sa profonde méconnaissance non seulement du fonctionnement de l’économie, mais son ignorance pour les logiques de la cogestion telle qu’elle peut se pratiquer en Allemagne. De Gaulle avec ses ordonnances sur la participation avait une autre intelligence du partage capital-travail dont nombre d’études récentes (notamment le rapport Cotis au CAE) ont montré qu’il était beaucoup moins déséquilibré qu’on ne le suppose. En termes d’inégalités, la suppression des stocks options et le plafonnement des bonus dans les professions financières seraient autrement plus efficaces. Voilà en tout cas un coup de barre à gauche, mais aussi à l’extrême droite avec des relents de poujadisme.

Mais en même temps la réforme de l’ISF serait accélérée dès 2011 avec une hausse à 1,3 million d’euros du seuil d’imposition ce qui permettrait de « sortir » 300 000 contribuables de cet impôt que l’on se plaît à traiter de « confiscatoire ». Coût de l’opération, 300 à 400 millions d’euros qui viendront gonfler nos déficits sans pour autant que l’on puisse faire l’économie d’une vraie réforme de l’ISF. Ainsi va la France comme un bateau ivre dans une ambiance de fin de règne.

 

24 avril

À midi en ce jour de Pâques, toutes les télévisions du monde diffusaient la même scène : un vieillard du haut de la tribune de Saint-Pierre de Rome donnant sa bénédiction à la ville et au monde (Urbi et Orbi) et disant quelques mots en 65 langues ! L’Église catholique est la plus ancienne et la plus importante « multinationale » de la planète avec son milliard de fidèles plus ou moins pratiquants, mais se reconnaissant dans le primat de Rome et du successeur de Pierre, dans cette structure à la fois très hiérarchisée, mais aussi souple et décentralisée. Aucune organisation, aucun état ne peuvent se prévaloir ainsi de deux millénaires de continuité avec bien entendu ses crises, ses schismes, ses dérapages, ses folies, mais aussi ses saints. Dans l’histoire universelle, l’Église catholique est un cas unique qui s’offre le luxe de bains de jouvence en ce début du XXIe siècle avec ses journées mondiales de la Jeunesse (à Madrid en août 2011).

Aucune personnalité religieuse ne dispose d’un magistère aussi étendu que celui d’un pape. Nulle religion en réalité ne s’est dotée d’une structure aussi hiérarchisée : les églises protestantes et orthodoxes sont éclatées entre de multiples dénominations. L’Islam chiite ne dispose pas d’une autorité unique même si son clergé est relativement hiérarchisé. Seul le bouddhisme tibétain avec le Dalaï-Lama bénéficie d’un chef religieux incontesté et dans le champ spirituel – mais aussi temporel – le Dalaï-Lama actuel est le seul dirigeant de grande religion à bénéficier d’une aura internationale.

Or plus que jamais dans un monde profitant d’une croissance matérielle extraordinaire le message du spirituel, comme ce matin à Rome, est essentiel.

 

25 avril

Ce week-end pascal a été marqué par les fiançailles de Caroline et de Romain. Fiançailles… comme ce mot apparaît aujourd’hui désuet à l’heure du pacs et de toutes les formes de cohabitation jetables à plus ou moins brève échéance.

Le temps des fiançailles est pourtant essentiel que d’ailleurs le mariage soit civil ou religieux ou même qu’il n’y ait pas de mariage du tout à partir du moment où un homme et une femme prennent la décision de vivre ensemble et d’avoir des enfants. Du mariage on peut toujours sortir, mais les enfants eux sont et restent là, innocentes victimes de désirs adolescents. Le moins qu’on leur doive c’est bien un temps de réflexion et de préparation : pas seulement le choix de la robe, du traiteur ou du champagne, mais un moment de recul et d’échange sur ce qui peut former un projet de vie qui pourra mieux peut-être résister aux tempêtes de la vie.

La France a la plus belle fécondité d’Europe, mais la moitié des naissances ont lieu hors mariage : la plupart des enfants auront la chance d’une vraie famille, mais combien, ballotés et déchirés, vivront dans leur chair la liberté que leurs parents ont prise sans qu’ils le sachent.

À nos fiancés de Pâques à Ciboure, la vie offre un merveilleux terrain de jeu ; ils rentrent dans l’Espérance des hommes, dans celle de leur foi aussi. Mais ils doivent en connaître aussi le prix, celui de l’effort, de la volonté de construire et d’avancer : une bien folle aventure…

 

 

26 avril

La question de l’immigration est de plus en plus prégnante dans la société française. La rencontre aujourd’hui entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi a tourné autour de l’application des accords de Schengen et du blocage de la frontière française à des immigrants tunisiens que l’Italie avait laissé entrer. Poussée par son électorat de droite nationale (une expression nouvelle qui permet de banaliser le FN), la majorité au pouvoir se raidit et rend le problème de l’immigration chaque jour un peu plus difficile à résoudre.

Pourtant les chiffres sont clairs : la France a toujours été une terre d’immigration : 300 000 par an dans l’entre-deux-guerres, 200 000 par an aujourd’hui. Là-dessus, les non européens se comptent un peu plus de 150 000. Il faut cependant en déduire des émigrations de l’ordre de 100 000 par an ce qui signifie que le solde migratoire annuel est à peu près de 100 000 personnes. Du point de vue économique, leur coût reste faible, voire négatif. Ils sont certes surreprésentés dans des dispositifs comme le RMI, mais, jeunes travailleurs, ils contribuent à un certain équilibre des régimes de retraite en palliant au vieillissement démographique. Le problème au fond n’est ni le nombre des immigrés ni leurs différences sociales ou religieuses, c’est leur concentration dans certaines zones urbaines qui développent de véritables cultures de ghetto.

Fermer la porte à l’étranger n’a jamais été la bonne réponse et attiser la peur de l’autre ne sert à rien. Et les tribunes politiques sont bien le pire endroit pour aborder cette question avec la délicatesse et la retenue nécessaire.

 

27 avril

Un meurtre à Nantes fait depuis quelques jours la Une de toute la presse : un père de famille a assassiné sa femme et ses quatre enfants avant de disparaître. Mais derrière l’image lisse d’une famille issue de l’aristocratie quelque peu décatie, appartenant aux milieux catholiques nantais, on découvre un homme menant une double vie à coups d’expédients et de métiers plus ou moins fumeux. Une fois son crime commis il a disparu quelque part dans le sud de la France, toutes les polices désormais à ses trousses.

Fait divers atroce dont se repaissent tous les médias tant ses ingrédients permettent de plonger dans des milieux (aristocratie, catholicisme) qui semblaient jusque-là préservés. Comment expliquer pareille « folie », même si le mot semble là peu approprié dans la mesure où ce quintuple crime paraît avoir été préparé et même planifié, prémédité en tout cas : ultime fuite d’un homme qui ne pouvait supporter de voir ses mensonges étalés au grand jour.

On cherche bien sûr à comprendre dans le passé familial, dans toutes les zones d’ombre d’une jeunesse versaillaise plus caricaturale que nature ; on cherche à gratter le vernis derrière une notice du Bottin mondain, la bible des gens « comme il faut ». Mais dans sa brutalité froide, l’horreur est telle qu’on en vient presque à souhaiter que jamais le meurtrier ne réapparaisse, tant expliquer paraît impossible. À Nantes a eu lieu une « marche blanche », le plus beau des silences.

 

28 avril

À Cannes se tient la réunion annuelle des assureurs maritimes européens. C’est l’occasion de faire le point sur ce qui sera probablement le plus gros sinistre de l’année : le tremblement de terre puis le tsunami du 11 mars dernier. Le coût en est estimé à $ 300 milliards (à titre de comparaison, les attentats du 11 septembre avaient coûté $ 50 milliards) soit 4 à 5 % du PIB nippon, mais étalé en termes de dépenses de reconstruction sur plusieurs années (le fameux tremblement de terre de San Francisco en 1906 avait représenté 2 % du PIB américain de l’époque).

L’impact économique en est donc limité pour l’économie japonaise et pratiquement nul pour l’économie mondiale (le véritable impact planétaire est avant tout nucléaire et donc énergétique). Ceci peut apparaître un peu paradoxal, mais la réalité est que le Japon est de plus en plus une économie « hors du temps ». La région de Fukushima était d’ailleurs, du fait de son climat, particulièrement appréciée des personnes âgées qui ont été les plus touchées par le tsunami, mais qui ont fait preuve d’une admirable abnégation. Faut-il rappeler qu’à la fin de ce siècle, il ne restera plus que 65 millions de Japonais dans l’archipel contre 125 aujourd’hui si les tendances démographiques ne se modifient pas ce qui semble peu probable. On imagine mal le Japon s’ouvrir à l’immigration et au fond le Japon sera peut-être le premier pays au monde à atteindre ce stade de la « fin de l’histoire » dont rêvent tant Hegel et les contes de fées. Mais dans les belles histoires de nos enfances, princes et princesses ont des enfants ce que ne parvient même pas à faire la famille impériale japonaise !

 

29 avril

Difficile d’échapper au « Royal wedding » non seulement chez les Britanniques qui profitent aujourd’hui d’un jour férié, mais dans le monde entier : en France les chaînes de télévision ont fait assaut d’envoyés spéciaux et de commentateurs « autorisés » qui initient les roturiers aux subtilités de l’aristocratie britannique. À bien des égards les Français sont plus royalistes que les Britanniques, ceux-ci ne se privant de critiquer leurs « royals » dont le comportement a été bien peu exemplaire par le passé : le jeune William est de ce point de vue tout à fait représentatif avec une éducation qui n’a donné aucune place à l’apprentissage d’une langue étrangère ce qui peut paraître paradoxal pour un souverain du XXIe siècle !

En ce qui concerne la France, nous avons failli redevenir une monarchie à la fin du XIXe siècle, en 1872, lorsque la majorité à la chambre était monarchiste et il aurait suffi que le comte de Chambord accepte les trois couleurs pour qu’Henri V monte sur le trône. Que se serait-il passé ensuite ? A priori la monarchie française aurait survécu à la Première Guerre mondiale et probablement au Front populaire. Mais qu’aurait fait le roi de France en 1905 au moment de la séparation de l’Église et de l’État et surtout en 1940 ? Aurait-il suivi alors Pétain ou de Gaulle ? En réalité la question ne se serait pas posée ainsi, mais le choix eut été entre le départ comme la reine Juliana des Pays-Bas ou l’exil intérieur comme le roi Léopold de Belgique. La présence de De Gaulle en 1945 eut peut-être sauvé la monarchie, mais il n’est pas sûr que les Français à la fin des années quarante eussent ratifié ce choix. Au fond comme aujourd’hui devant leurs écrans ils préfèrent être monarchistes par procuration.

 

30 avril

L’attentat au cœur de Marrakech, dans un des cafés de la place Jemaa El Fna les plus fréquentés par les touristes, a fait au moins une quinzaine de morts, et à l’heure des révolutions « pacifiques » de Tunisie ou d’Égypte, il nous ramène au schéma somme toute classique du terrorisme islamique. Le choix de Marrakech n’est en effet pas neutre : c’est une des villes les plus ouvertes du Maroc à la fois par le nombre des touristes qui la fréquentent et par les très nombreux Occidentaux qui y ont acheté des propriétés et autres riads. Marrakech illustre jusqu’à la caricature le grand écart du Maroc entre une partie de la population occidentalisée ou souhaitant l’être et la grande masse encore peu alphabétisée et dont le mode de vie commence à être bouleversé.

Le Maroc est à un moment clef de son histoire. Il a la « chance » de ne pas avoir de pétrole et donc de pouvoir bénéficier d’un véritable processus de développement endogène. Avec la Turquie, il est un des seuls pays du monde arabo-musulman que l’on puisse qualifier d’émergent et il se trouve dans la phase la plus délicate de cette émergence, celle où la croissance est incontestable, mais encore insuffisante pour satisfaire tous les besoins, mais où déjà elle contribue à creuser les inégalités alors même que les moyens de l’état providence demeurent trop limités. Toute croissance, tout décollage sont porteurs de déséquilibres qui parfois peuvent être fatals à des sociétés incapables d’en assumer les contradictions. Cet attentat est un dramatique avertissement. Mais le Maroc reste un symbole.