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LES MARCHES MONDIAUX

« Vent d'Est, Vent d'Ouest »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2017

15 mai 2017 - Paris

CyclOpe 2016

 

LES MARCHES MONDIAUX

« A la recherche des sommets perdus »

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2016

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CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

3 Juin

Régions

 

Encore une occasion manquée ! En soi la réforme des collectivités territoriales est une bonne chose que l’on parle des communes, des intercommunalités, des départements ou des régions. La situation politique empêche de procéder à une réforme en profondeur qui obligerait à une modification de la constitution. Il faut donc se contenter d’une retouche à la carte régionale. Pourquoi pas mais convenons que l’ébauche qui vient d’être présentée n’obéit qu’à la seule logique de la préservation des fiefs de quelques grands barons socialistes.

Une région n’a de sens qui si elle est le fruit d’une dynamique à la fois historique et géographique : la fusion des deux Normandies, celle de la Bourgogne et de la Franche Comté (reconstituant ainsi l’ancien duché de Bourgogne) et même celle de Languedoc et de Midi Pyrénées (l’ancien comté de Toulouse) ont un sens. C’est déjà moins évident pour l’Alsace et la Lorraine et pas du tout pour les deux « monstres » formés par Limousin/Poitou-Charentes/Centre et par Picardie/Champagne-Ardennes. Le parti pris de ne pas toucher aux frontières des régions est absurde et souligne un peu plus le caractère artificiel de certaines régions. Tout ceci n’est pas bien sérieux et fleure bon le bricolage qu’un tel sujet ne mérite pas.

 

 

4 Juin

Genève

 

Genève – sous la pluie aujourd’hui – reste la place centrale du commerce mondial des matières premières. Même si on assiste à quelques délocalisations vers Dubaï et surtout Singapour, c’est à Genève que l’on trouve la plus forte concentration au monde de négociants, de banquiers et de tous les métiers liés de près ou de loin aux marchés de matières premières et de commodités. Même si Genève a une vieille tradition bancaire – qui remonte à Calvin – et si la Suisse n’est pas dénuée d’avantages fiscaux, le développement de Genève est assez récent et remonte en fait à la fin du XXe siècle avec l’émergence et du négoce de l’énergie et des métaux (plutôt à Zurich et Zug pour ces derniers). Vers la Suisse ont convergé des filiales de groupes américains et européens puis des opérateurs du Moyen Orient et de l’ex URSS. Il s’est alors développé un phénomène de « cluster », un peu identique à la Silicon Valley mais dans le domaine du négoce : ce qui compte c’est la concentration des hommes et des compétences. Peu à peu les autres places européennes se sont vidées à l’image de Londres qui a perdu la plupart de ses « vraies » entreprises de négoce, celles qui traitent du physique et pas seulement des produits financiers. Mais face à Genève, qui de Singapour, de Hong Kong ou même de Shanghai l’emportera en Asie ?

 

 

5 Juin

Tien An Men

 

Il y a vingt-cinq ans, Tien An Men et cette image qui a fait le tour du monde d’un manifestant, seul face à un char. Tout ceci parait bien lointain alors que la Chine est en train de dépasser les Etats-Unis en termes de PIB en parité de pouvoir d’achat. Doit-on mettre la répression de Tien An Men au débit d’un Deng Hsiao Ping incapable de respecter un élan démocratique ou bien au crédit d’un homme qui avait compris que ce mouvement ne pouvait déboucher que sur instabilité et guerre civile.

On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec la France de 1848. Guizot, le ministre de Louis Philippe, tenait le même discours que Deng, « Enrichissez-vous , la démocratie viendra bien assez tôt ». En France la royauté fut balayée et il s’en suivit deux ans de chaos politique avant que le futur Napoléon III ne prenne le pouvoir sans véritable inflexion ni politique ni économique. Deng n’a pas voulu prendre ce risque et au contraire a mis en place un système original qui a depuis fonctionné sans accrocs : pas de démocratie certes mais au sein du parti la transmission du pouvoir à une nouvelle équipe tous les dix ans : une subtile alternance donc au sein d’une aristocratie où cohabitent princes rouges et apparatchiks. Insuffisant certes pour un occidental mais les chinois s’enrichissent …

6 Juin

BCE

 

Mario Draghi a donc utilisé ses dernières cartouches et est allé plus loin qu’aucun gouverneur de Banque Centrale n’avait jamais osé aller. Les dépôts des banques auprès de la BCE « rapportent » désormais un taux négatif ! Le patron de la BCE ne pouvait guère aller plus loin et à vrai dire n’avait plus de munitions. Une banque peut en effet utiliser l’arme des taux à la hausse pour calmer « l’exubérance irrationnelle » des marchés financiers mais à la baisse on arrive vite au plancher zéro comme l’avait constaté Ben Bernanke à la tête de la Fed ou les dirigeants de la Banque du Japon depuis une bonne vingtaine d’années. Dans ce cas il ne reste plus qu’une option : ouvrir en grand le robinet à liquidités, ce que l’on appelle le « quantitative easing ». Cela peut marcher dans la situation d’un pays dominant qui utilise le privilège de l’émetteur de la devise de référence sur la planète, le dollar. Dans ce cas du Japon, force est de constater qu’après quelques mois d’euphorie, le soufflé des Abenomics est en train de retomber. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Mario Draghi a légèrement ouvert la porte mais n’a pas pris le risque d’aller au-delà des intentions en une période de vacances de pouvoir à Bruxelles.

Les marchés ont bien compris son impuissance et l’euro est resté soutenu, bien au-dessus de ce qui devrait être sa parité de pouvoir d’achat avec le dollar. Les politiques monétaires sont bien compliquées !

 

7 Juin

Industrie française

 

Une carte publiée par le Financial Times illustre mieux que de longs discours le déclin industriel français. Il s’agit du marché mondial des robots qui se trouvent au cœur du développement des grandes industries, de l’automobile à l’électronique. C’est en Chine qu’en 2013 on a installé le plus grand nombre de robots (36560) devant le Japon (26015), la Corée et les Etats-Unis, puis l’Allemagne (18297) devant Taïwan et la Thaïlande, le Canada et le Mexique mais aussi l’Italie (4701), l’Espagne et même le Royaume Uni. Avec 2161 robots installés en 2013, la France fait bien pâle figure même si son « stock » de robots en fonctionnement, le résultat du passé, la situe encore au septième rang mondial à égalité avec Taïwan.

En ce domaine, la régression française est donc bien récente mais elle s’est singulièrement accélérée ces dernières années. Or la technologie des robots est essentielle en termes de productivité et est un des éléments favorisant des relocalisations industrielles.

Sur 180 000 robots installés dans le monde en 2013, à peine plus de 1 % l’ont été en France – et ce malgré le poids historique de l’industrie automobile dans notre pays. Cela donne une image bien cruelle de la dynamique industrielle française. Rappelons par ailleurs que les grands fabricants de robots sont japonais, allemands et suisses. Sans commentaires !

 

 

8 Juin

Cap Ferret

 

Un festival de philosophie sur la plage, Cap Philo, nous donne l’occasion de retrouver le Cap Ferret et le Bassin d’Arcachon. C’est là un peu de mon enfance puisque le « bassin » était – et reste toujours- le lieu privilégié de villégiature des bordelais. Il y eut le temps d’Arcachon dès la fin du XIXe siècle avec les Pereire et puis plus tard les plus aventureux allèrent vers la pointe du Ferret, plus sauvage avec ses « cabanes » noyées dans la forêt de pins, peu à peu mitée par des constructions au style d’une parfaite hétérogénéité. Malgré cet apparent désordre, malgré le côté parfois un peu « rutilant » de certains nouveaux habitants qui ont fait du Ferret un lieu « branché », l’ensemble conserve son charme, son caractère sauvage dès que l’on sort un peu des sentiers les plus battus. Il y a l’océan et puis le bassin, le mouvement des marées, les vastes étendues découvertes maillées de chenaux que parcourent les dernières pinasses.

La ministre de l’écologie était justement là pour le lancement d’un parc naturel régional : « sans moyens » soulignent quelques élus locaux qui fustigent une décision « parisienne » qui se cantonne à trouver des locaux et du personnel sans véritable cahier des charges. En France Clochemerle n’est jamais bien loin mais il faut bien reconnaître que notre mille feuilles administratif y met du sien. 

 

11 Juin

Europe

 

A Bruxelles, le jeu des pronostics sur la composition et la présidence de la Commission bat son plein. Pour la présidence le front « anti-Juncker » se lézarde d’autant plus qu’il n’a pas de véritable alternative crédible à l’exception paradoxale de deux … français ! Il se trouve en effet que les deux personnalités disposant de la stature internationale nécessaire pour l’exercice d’une fonction aussi ambiguë que celle de président de la Commission, à mi-chemin du politique et du technocrate, sont Christine Lagarde et Pascal Lamy.

Christine Lagarde est directrice générale du FMI et son éventuelle succession suscite déjà des appétits notamment de la part des pays émergents qui souhaitent briser le monopole de l’Europe. D’autre part l’expérience européenne de Christine Lagarde reste un peu limitée même si sa stature internationale est incontestable. Pascal Lamy a l’avantage d’être disponible, d’être socialiste (quand même pour François Hollande qui devra le nommer à la Commission), d’avoir un passé européen (il a déjà été commissaire)  et d’avoir accompli deux mandats à la tête de l’OMC, enfin de se situer dans la filiation d’un Jacques Delors qui sut donner du corps à la dynamique européenne. Lagarde ou Lamy, c’est en tout cas ce que la France peut offrir de mieux à l’Europe.

 

12 Juin

OGM

 

L’Europe vient à sa manière de régler le problème des OGM en le confiant au libre arbitre des états membres. Jusque-là en effet ceux-ci se défaussaient sur la Commission de la responsabilité de l’autorisation ou de l’interdiction d’OGM. Sur les dossiers d’OGM, il était en général impossible d’obtenir une majorité  qualifiée et dans ce cas, c’était à la Commission d’assumer le poids de la décision que contestaient les états anti-OGM, et au premier rang la France, qui pouvaient ainsi mettre en œuvre des mesures de sauvegarde certes illégales sur le plan juridique mais fort rentables sur le plan du populisme politique…

Dans le cas de la France qui s’est dotée d’un Haut Conseil des Biotechnologies (HCB), cadeau empoisonné du Grenelle de l’Environnement, il fallait coexister avec l’instance européenne, l’EFSSA, dont les avis sont systématiquement remis en cause par les « faucheurs » et leurs amis.
Au prix d’un recul européen, on retrouve enfin une certaine cohérence. Chaque état est désormais libre d’autoriser ou d’interdire. Pour la France la réponse est claire et les politiques – de gauche comme de droite – ne veulent surtout pas rouvrir le débat. Mais dans une Europe de plus en plus ouverte, la coexistence entre états OGM et non-OGM promet maints conflits et incompréhensions.

 

13 Juin

Pouyanne

 

A Orthez aujourd’hui, la Banque Pouyanne fêtait son cent onzième anniversaire. Orthez, une petite ville du Bearn, patrie de Gaston Febus et de Jeanne d’Albert, haut lieu du protestantisme, aujourd’hui englobée dans la communauté de communes de Lacq, célèbre autrefois pour son gaz naturel : un bourg austère au cœur d’une riche région agricole mais les traces de la crise sont bien visibles au long des vitrines fermées des commerces du centre ville.

Orthez abrite donc l’une des trois dernières banques familiales de France avec Inchauspe au Pays Basque et Martin Maurel à Marseille. Toutes les autres ont disparu victimes de l’appétit des grands réseaux nationaux. La situation est bien différente en Allemagne où les banques de proximité jouent un rôle fondamental dans l’accompagnement des entreprises (le célèbre concept de « Hausbank »). Or sur le territoire, la dynamique économique dépend des hommes – et notamment des entrepreneurs – et de leur financement, et donc des investisseurs et des banquiers. C’est la clef du succès des plus célèbres des « clusters », de la Silicon Valley aux districts italiens en passant par le Pays Basque espagnol. En France, les décisions remontent toujours plus haut et l’ancrage au territoire est trop souvent vidé de son sens. Orthez a sa banque … et un peu plus !

 

15 Juin

Football

 

Premier match de l’équipe de France au mondial de football au Brésil. Les rues sont vides, la vie s’est arrêtée et dans les cafés ne brillent que les étranges lucarnes et le vert de la pelouse d’un stade brésilien.

En ce moment de crise où la France est au bord de la récession, où le moral des français est au plus bas et leur confiance dans l’exécutif encore plus déprimée, on a l’impression que ce qu’il reste d’espérance se concentre sur les performances de ces quelques mercenaires à l’autre bout du monde. Inconsciemment bien sûr  on pense aux temps heureux de 1998. La France était championne du monde avec son équipe « black-blanc-beur » ; sous la cohabitation, la croissance de l’ordre de 4 % était le double de celle de l’Allemagne. Les français étaient heureux et sifflotaient la petite valse d’Amélie Poulain. Alors s’il pouvait y avoir un miracle au Brésil, si les Bleus – ridicules il y a quatre ans en Afrique du Sud – trouvaient le chemin de la rédemption, cela vaudrait bien quelques dixièmes de point de PIB et de consommation estivale. Sommes-nous donc tombés si bas pour mettre ainsi un espoir improbable dans un jeu dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas exemplaire ! Finalement la France a battu le Honduras et l’espérance revient …

 

16 Juin

CNUCED

 

Il y a cinquante ans se terminait à Genève la première Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED ou UNCTAD en anglais). Après l’échec de la conférence de la Havane sur le commerce international en 1947, l’heure était au développement alors que tant de jeunes pays accédaient à l’indépendance. L’économiste Raul Prebish avait lancé la dynamique lors d’une première conférence tenue au Caire en 1962.

La première CNUCED de 1964 réunit plus de 4000 délégués à Genève (Che Guevara menait la délégation de Cuba …). Un secrétariat permanent fut installé au Palais des Nations et rapidement les projets de la CNUCED se firent plus ambitieux : en 1976 la IVe CNUCED à Nairobi lança le célèbre Programme Intégré des Produits de Base qui visait à stabiliser et garantir les prix des matières premières exportées par le Tiers Monde. Ce fut un échec total. Tribune du Tiers-mondisme militant, la  CNUCED fut incapable de s’adapter à la nouvelle donne de la croissance économique de la fin du siècle. En butte à l’hostilité affichée des Etats-Unis, elle fut peu à peu marginalisée au profit notamment de l’OMC sa voisine genevoise.

Cet anniversaire est au fond celui du rêve brisé de toute une génération (celle de 1968 au sens large) pour un « nouvel ordre économique international » qui ne fut qu’illusion. Mais la crise sur les marchés mondiaux et le mal développement montrent que les problèmes demeurent.

 

17 Juin

Timbre

 

C’est un petit morceau de papier rouge (magenta plus exactement) qui est vendu aujourd’hui aux enchères par Sotheby’s à New York. Il n’a aucun intérêt artistique mais c’est le timbre le plus rare et le plus cher au monde : c’est le « British Guyana one-cent Black on Magenta » de 1856 : un timbre d’un cent édite à Georgetown en Guyane britannique dont c’est le seul exemplaire connu. Son histoire, bien documentée, est fascinante car la philatélie fut extrêmement populaire dès la fin du XIXe siècle et tout au long du XXe siècle. Il appartint à un aristocrate autrichien vivant à Paris qui avait à l’époque la plus belle collection du monde. Celle-ci – et donc notre timbre – fut vendue à Drouot en 1922 au titre des réparations de guerre : il fut alors acquis par un américain plus de 350 000 francs de l’époque. Après quelques vicissitudes, il appartint ces dernières années à un excentrique héritier de la famille Du Pont de Nemours. Il est estimé entre $10 et $20 millions, ce qui au fond n’est pas énorme quand on sait ce que sont les prix de l’art contemporain par exemple à la foire de Bâle qui ouvre ses portes aujourd’hui. Mais l’objet, un morceau de papier octogonal de moins de trois centimètres de côté fascine par sa banalité et cela au moment même où le courrier électronique précipite la disparition des timbres. Finalement il a été vendu dans le bas de la fourchette d’estimation pour $ 9.5 millions soit € 7 millions.

 

19 Juin

Transition énergétique

 

Un projet de loi ne peut satisfaire tout le monde. Mais celui sur la transition énergétique laisse beaucoup plus d’insatisfaction et de déçus sur tout l’échiquier, notamment des partisans et opposants au nucléaire.

De manière dogmatique, la loi rappelle l’objectif gravé dans le marbre de l’accord entre le parti socialiste et les verts de réduire de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité en France à l’horizon 2025. Mais on ne va guère au-delà de cette déclaration de principe ce qui est au fond un sacrifice au principe  de réalisme notamment budgétaire. L’état actuel des énergies renouvelables ne permet d’en faire une alternative crédible sur le court terme. La comparaison avec l’Allemagne est de ce point de vue éclairante : la capacité installée en énergies renouvelables (60 GW) est à peu près équivalente au nucléaire français pour un coût de 25 % supérieur. Mais la production d’électricité y est cinq fois inférieure ce qui est logique étant donné la nature intermittente du vent et du soleil. L’Allemagne a fait le choix politique de la sortie du nucléaire mais vient d’entrouvrir la porte aux gaz de schiste afin de sortir de la malédiction du charbon. En France il serait absurde de tourner le dos à une filière nucléaire qui représente un de nos rares pôles d’excellence pour satisfaire une poignée d’idéologues écolâtres. La loi proposée ménage tant la chèvre et le chou qu’elle ne peut que laisser insatisfaits tous ceux que la transition énergétique préoccupe.  

 

 

21 Juin

Pétrole

 

L’Irak est en voie d’implosion et le pétrole bouge à peine. Il a clôturé hier soir à Londres pour le Brent un peu au-dessous de  $ 115 le baril : l’effondrement du pouvoir de Bagdad n’a coûté que $ 3 ou $ 4. C’est que les marchés sont réalistes ! Les régions conquises par l’insurrection sunnite ne produisent  presque pas de pétrole et les kurdes en ont profité pour sécuriser à leur profit Kirkouk. L’Irak produit à peu près 3 millions de bj et en exporte 2.5 en quasi-totalité par le port de Basra, au Sud, en pays chiite. Au pire la partition du pays sur des bases ethno confessionnelles laisserait pratiquement tout le pétrole utile – et donc exportable – aux mains des chiites. Les kurdes en profiteraient simplement pour prendre le contrôle définitif de leurs ressources et exporter par la Turquie grâce à l’oléoduc qui débouche en Méditerranée à Ceyhan (ils ont d’ailleurs commencé et une première cargaison aurait finalement refait surface … en Israël). Pour perturber vraiment le marché, il faudrait qu’au-delà de la chute éventuelle de Bagdad, le chaos et la guerre civile s’étende aux provinces chiites au Sud : un scénario du pire que nul aujourd’hui n’envisage vraiment. Pour l’instant en tout cas l’Arabie Saoudite a les moyens en termes de capacité de production d’équilibrer le marché ce qu’elle a fait avec brio ces trois dernières années. Voilà le paradoxe du pétrole : stable au cœur des tempêtes.

 

 

 

22 Juin

Alstom

Fallait-il vraiment « claquer » 2 milliards d’euros pour sauver la face gouvernementale dans l’affaire Alstom et renouer ainsi avec la vieille tradition française de « l’état touche à tout ». Arnaud Montebourg était bien dans son rôle lorsqu’il faisait monter les enchères et surtout lorsqu’il exigeait des garanties tant en termes d’emplois que de sécurité des activités les plus stratégiques. Mais une fois l’accord formalisé avec Général Electric, fallait-il que l’état devienne actionnaire du nouvel Alstom ?  En ces temps de disette budgétaire, n’y avait-il pas d’autres cibles prioritaires d’investissement ? En fait on touche là une des racines du mal français : l’absence de confiance. Toute la logique de la sphère publique française est fondée sur le refus d’accorder à l’autre quelque confiance que ce soit : ainsi la vieille règle que le fonctionnaire ordonnateur ne doit pas être le fonctionnaire payeur. L’état parraine un accord entre des entreprises privées mais s’invite dans la chambre nuptiale pour bien vérifier que l’union se passe dans les règles convenues. L’état sait mieux, fait mieux !  Rien ne change donc dans une France dont les dirigeants – à gauche comme à droite – demeurent imprégnés de la culture de l’intervention publique fondée sur leur méfiance profonde vis-à-vis de l’économie de marché.

 

23 Juin

Maroc

 

On en parle peu en France mais le Maroc vit comme une véritable agression un certain nombre de maladresses françaises vis-à-vis de certains de ses représentants : dernière en date et totalement involontaire l’agression dont a été victime au Val de Grâce l’un des plus hauts gradés de l’armée marocaine. S’ajoutant à plusieurs autres incidents, cela a fait la une des journaux et des conversations à Casablanca et à Rabat. Le Maroc souffre d’être mal-aimé en particulier d’une gauche française qui lui préférerait – notamment pour des raisons gazières – l’Algérie de Bouteflika et de ses généraux. Vrai ou faux, supposé ou exagéré, le malaise n’en est pas moins sensible au fil des conversations au cours d’une visite à Casablanca. 

Dans un monde arabo-musulman où règne trop souvent le chaos et la corruption, le Maroc fait figure d’oasis de stabilité tant politique qu’économique et le roi Mohammed VI a su parfaitement lâcher le minimum de lest dans un processus de transition démocratique qui reste exemplaire. Certes tout n’est pas rose au Maroc : la croissance reste limitée, inférieure à ce que devrait être celle d’un pays émergent ; les inégalités augmentent et surtout les jeunes diplômés peinent à s’insérer sur le marché du travail (comme en Tunisie il y a quelques années). Mais le Maroc regarde de plus en plus vers le Sud de l’Afrique subsaharienne où il commence à se heurter aux intérêts français. Ceci peut expliquer cela !

 

26 Juin

Europe

 

Jean Claude Juncker sera donc le prochain président de la Commission Européenne. Dire qu’il suscite l’enthousiasme serait un doux euphémisme. Il est le fruit d’un processus de sélection bancal et ambigu et il faut reconnaitre à ce vieux routier de l’Europe qu’il a su en maitriser toutes les subtilités. Peut- être au fond sera-t-il une bonne surprise, capable de relancer une dynamique européenne en panne, à l’image d’une Jacques Delors dont, lorsqu’il arriva à Bruxelles, le parcours n’avait jusque-là rien d’excitant.

Juncker a surtout « bénéficié » de la campagne menée contre lui par David Cameron. Celui-ci ne songe guère à l’Europe mais devait donner des gages à ses opposants et notamment au parti anti-européen de l’UKIP. Mais Cameron en a rajouté à titre presque personnel et vu du continent il a contribué à faire de Juncker un résistant fédéraliste face à la morgue libérale britannique.

Ceci pose bien sûr le problème britannique (avec ou sans l’Ecosse mais ceci est une autre question) : l’option « Brexit » (Britain exit) fait son chemin, et  est de plus en plus ouvertement discutée. Elle a ses avantages et permettrait à l’Europe d’aller plus vite et plus loin. Mais elle affaiblirait l’Europe et la priverait aussi d’une voix certes dissidente mais souvent réaliste à l’aune de la qualité des fonctionnaires et des parlementaires britanniques à Bruxelles.

Le dossier britannique sera le premier test de Jean Claude Juncker et il faudra trancher : « to be in or not to be ! ».

 

30 Juin

BNP-Paribas

 

BNP-Paribas vient de passer sous les fourches caudines de la justice américaine avec une amende record (plus de $9 milliards) et l’interdiction de financer des opérations d’énergie en 2015. Les erreurs et dans une certaine mesure l’arrogance de la banque française sont incontestables : avoir sous-estimé les contraintes de la réglementation américaine et surtout l’indépendance de la justice (vieux complexe de supériorité des inspecteurs des finances français) et puis surtout ne pas avoir contrôlé des équipes de financement du négoce des matières premières certes brillantes et inventives mais toujours à la limite et ayant fait de Genève une forteresse quasi extra territoriale. Ils ont joué, ils ont perdu mais on peut quand même critiquer, voire s’indigner des règles d’un jeu définies et imposées par un pays dont, après ses échecs militaires et diplomatiques, c’est là le dernier véritable pouvoir « impérial ».

De quel droit en effet, si ce n’est celui du plus fort, les Etats-Unis utilisent-ils leur emprise sur le dollar, qui est – de facto – la monnaie universelle, pour imposer leur politique au reste du monde. BNP-Paribas a violé des embargos qui ne s’imposaient pas à elle en tant que banque française ou suisse mais parce qu’à un moment d’opérations complexes le dollar a été utilisé comme référence. Il y a là un abus de pouvoir inquiétant qui devrait alerter la communauté internationale.