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Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

A propos de la régulation agricole

On va beaucoup parler d’agriculture et surtout de régulation agricole à l’occasion de la tenue en France fin Juin du « G20 agricole ». En soi, c’est là une excellente nouvelle que de remettre l’agriculture sur le sommet de la pile des dossiers dont doivent se préoccuper les grands de ce monde. Et il est vrai que la situation céréalière mondiale offre une parfaite « étude de cas pratique » illustrant l’ampleur des problèmes et la faiblesse des marges de manœuvre des politiques, du moins à court terme.

 

La campagne 2010/11 qui s’achève a été marquée par une baisse de 70 millions de tonnes de la production céréalière mondiale (hors riz)  particulièrement sensible pour le blé et l’orge avec un net recul des productions de la « mer Noire » (Russie, Ukraine, Kazakhstan) du fait de l’intensité de la canicule estivale mais aussi en Europe  du Danube ainsi qu’aux Etats-Unis pour le maïs. Au même moment la demande mondiale continuait à augmenter avec des importations « de précaution » en début d’année de la part des pays susceptible d’être contaminés par le « printemps arabe », avec des besoins accrus de mais aux Etats-Unis pour satisfaire la montée en puissance du programme éthanol, avec même l’apparition de besoins chinois en maïs et blés fourragers pour répondre aux besoins d’une alimentation animale en plein développement. Le résultat en a été une forte baisse des stocks de fin de campagne notamment chez les grands exportateurs comme les Etats-Unis (- 40 %), la Russie (- 53 %), l’Union Européenne (- 36 %). Fort logiquement les prix mondiaux se sont appréciés dans un climat de forte volatilité. Si les prix du blé sont restés en deça  des records de 2008 (tout en se trouvant quand même multipliés par deux en un an sur le marché européen) c’est pour le maïs et l’orge que les tensions ont été les plus fortes.

Dés le début du printemps, les inquiétudes se sont reportées sur la campagne 2011/12. Bien sûr les agriculteurs ont un peu partout augmenté leurs emblavements (539 millions d’hectares) mais la nature reste bien capricieuse : ainsi le mois d’Avril a été catastrophique aux Etats-Unis et du fait des pluies et d’autres tornades les emblavements de maïs et de blés de printemps ont pris un retard considérable. En Europe c’est la sécheresse en France, en Allemagne, en Pologne et au Royaume Uni qui inquiète : ainsi en France elle provoquerait une baisse de 13 % des rendements moyens et surtout une diminution par deux du potentiel français à l’exportation.

Heureusement la situation climatique s’annonce bien meilleure à l’Est : la Russie devrait lever son embargo à l’exportation le 1er juillet prochain et l’Ukraine supprimer ses quotas. De bonnes pluies sur le Maghreb diminueraient aussi les besoins de pays comme le Maroc et même l’Egypte. Début Juin on pouvait anticiper une légère détente pour les prix du blé mais une persistance des tensions pour le maïs qui dépendra - in fine – du niveau des pluies estivales dans la « Corn Belt »  américaine, ce que l’on appelle couramment un « Weather market ».

Voila donc la situation mondiale : une plus grande concertation internationale aurait-elle permis d’éviter pareilles tensions ? Faudrait-il par exemple limiter la spéculation « financière » ? C’est là l’exemple même d’un faux débat tant le récit de cette année montre bien le primat des fondamentaux, amplifiés de surcroit en Europe par l’instabilité monétaire. Il apparait seulement nécessaire d’assurer un suivi par les autorités de régulation compétentes (et qui n’existent pas en Europe) des positions des différents opérateurs afin de limiter, si besoin était, les mouvements les plus irrationnels.

 

Faudrait-il obtenir une plus grande concertation entre les principaux états et par exemple interdire l’embargo de Poutine tout comme la politique éthanol d’Obama. Dans l’un et l’autre cas à un an d’élections présidentielles on est dans le domaine des vœux pieux. Pourrait-on au moins mieux anticiper les productions et mieux connaître les stocks disponibles ? Si l’incertitude météorologique n’est pas prête de changer, de gros progrès peuvent être faits en matière d’appréciation des stocks mais là aussi il faut être modeste : nul ne sait exactement le niveau des stocks chinois, les autorités chinoises pas plus que les autres.

 

Au fond il vaut mieux poser la question différemment. Qui souffre de cette crise : les pauvres des pays pauvres et les éleveurs des pays riches. Pour les premiers, le G 20 doit rédire le besoin de véritables politiques agricoles et puis peut-être aussi bâtir des stocks régionaux disponibles pour répondre aux situations d’urgence. Pour les seconds, et on pense là en France à l’élevage bovin allaitant, là aussi la réponse se trouve dans des politiques agricoles faisant la part belle aux solidarités.

Il a trop plu aux Etats-Unis et pas assez en France. On peut toujours interdire baromètres et thermomètres mais l’important n’est-il pas d’aider le monde à gérer la plus ancienne de toutes les instabilités, celle de la nature.