AGENDA

CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

 Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de Cyclope, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport Cyclope sur l’économie et les marchés mondiaux. Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

 

19 avril 2016

 

EDF et Hinkley Point

 

Faut-il y aller ? Telle est la question existentielle qui se pose à EDF, à son actionnaire essentiel et donc au politique réuni aujourd’hui à l’Élysée pour trancher. Faut-il construire à Hinkley Point au Royaume-Uni, deux réacteurs EPR au moment même où celui de Flamanville accumule les déboires ? C’est là pratiquement du quitte ou double.

D’un côté, il y a des risques financiers considérables et des inconnues technologiques majeures. Areva – et donc désormais EDF – est engluée en Finlande. EDF ne parvient pas à boucler Flamanville et chaque jour on découvre de nouveaux problèmes technologiques. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit presque de prototypes et il est logique d’essuyer les plâtres d’autant qu’on est là fort loin de la grande série de la cinquantaine de centrales qui ont équipé la France en des temps radieux pour la filière nucléaire française. La raison voudrait que l’on en reste là.

Mais renoncer, c’est abdiquer. C’est laisser le champ libre aux Chinois (et le premier EPR à fonctionner sera chinois). C’est capituler alors que les conditions financières faites par les Britanniques en termes de rachat de l’électricité sont très favorables. C’est jouer chez EDF et dans le nucléaire les financiers au détriment des ingénieurs. Le courage du politique serait de faire confiance aux ingénieurs comme au temps de la Caravelle ou du TGV. Mais le courage fait bien souvent défaut aux politiques aujourd’hui.

 

 

18 avril 2016

Brésil

 

C’est le début de la fin pour Dilma Rousseff mais malheureusement pas pour le Brésil. La chambre des députés a donc voté en faveur d’un processus dont on voit mal comment il pourrait ne pas aboutir à sa destitution. Dans les dernières heures précédant le vote, la démocratie brésilienne ne s’est pas montrée sous son meilleur jour avec des tentatives « d’achats » de votes par nul autre que le président Lula pour tenter de sauver celle qui fut son héritière. Rien n’y a fait, même la perspective d’avoir à la tête du pays, pendant l’intérim, un personnage incontestablement pourri, représentant du vieux système brésilien des féodaux et caciques que Lula et le PT ne sont pas parvenus à réformer.

Car au fond, c’est là le triste bilan. Bien peu de choses ont changé au Brésil. Le PT a fait illusion et tout le monde a voulu croire que Lula avait initié une nouvelle donne. En fait, on était passé d’un clientélisme à l’autre sans même que le pouvoir fédéral parvienne à s’attaquer aux bastions régionaux. Le curseur de la corruption s’est simplement déplacé et la croissance, soutenue par le prix des matières premières – du fer au soja – a créé l’illusion du décollage économique. La fête s’est finie le jour d’une défaite à domicile au football. La récession et la crise sont arrivées. Et voilà la marmite politique qui explose. Pauvre Brésil qui a trop rêvé.

 

 

17 avril 2016

Pétrole

 

Échec à Doha : les pays de l’OPEP se réunissaient avec la Russie pour décider du gel des productions de pétrole à leur niveau du début de 2016. À plus de $ 40 le baril, le marché avait « acheté » l’accord des principales parties prenantes et nul n’imaginait que l’Arabie Saoudite ne soit prête à arrondir les angles avec l’Iran. Quelle illusion ! Il ne pouvait y avoir d’accord à Doha et d’ailleurs l’Arabie Saoudite avait même refusé la participation de l’Iran à la réunion. Les Russes – alliés de Téhéran en Syrie – ont été les dindons d’une farce dont on a quand même du mal à comprendre la logique même du point de vue saoudien.

Il était évident en effet que l’Iran ne pouvait accepter d’accord portant sur le gel de sa production et de ses exportations : en mars au contraire, l’Iran a pour la première fois dépassé à nouveau les 2 millions bj d’exportations. Tout accord devait tenir compte de cette dimension et Russes et Saoudiens avaient dû en parler. Alors, pourquoi risquer un échec aussi prévisible et envoyer aux marchés pareil signal d’impuissance : au mieux, c’est de l’amateurisme, au pire de l’inconscience et en tous cas une source d’inquiétude sur les capacités saoudiennes à mettre en œuvre une stratégie cohérente.

 

 

16 avril 2016

François à Lesbos

 

Visite du pape François à Lesbos, en Grèce, là où abordent les réfugiés en provenance de Turquie, là où ils sont désormais confinés avant que d’être rejetés pour la plupart. Le pape est reparti avec symboliquement douze réfugiés (douze, le symbole des apôtres…) qui seront accueillis au Vatican.

Après Lampedusa, quelques jours à peine après son sacre, François est donc le seul « chef d’état » européen à être allé au-devant de ceux que toute l’Europe voudrait oublier. Il n’était pas seul puisque l’accompagnaient Bartholomée, le patriarche de Constantinople et Jérôme, l’archevêque d’Athènes. Le symbole était fort en un moment où l’Europe semble se défausser des migrants et où sur le terrain en Syrie, le régime d’Assad grâce au soutien russe marque quelques points sans pour autant que s’éloignent le chaos et la terreur.

Et maintenant ? Diront les bons esprits. Que faire sans aller au-delà du raisonnable, sans provoquer des réactions de rejet déjà sensibles un peu partout. L’histoire du peuple juif, la matrice du christianisme, est toute faite d’errances et d’exodes. Mais chacun rêvait de « l’année prochaine à Jérusalem ». L’humanité s’est faite au fil de grandes migrations et les peuples qui ont survécu sont ceux qui ont su accueillir, intégrer et peu à peu absorber. C’est là le défi de l’Europe compliqué par une culture et surtout une religion plus difficiles à assimiler. Mais encore faut-il essayer. Les réactions indignées sur le fait que les douze ramènes à Rome aient été tous musulmans montre tout le chemin qui reste à faire.

 

 

14 avril 2016

Charbon

 

Aux États-Unis, faillite de Peabody. Ce nom n’était guère connu en Europe, mais aux États-Unis, où les mines de charbon n’ont jamais été nationalisées, Peabody, fondée en 1883, a été longtemps le premier producteur du continent nord-américain, et en fait le premier producteur privé au monde.

Longtemps, l’énergie aux États-Unis a reposé sur le pétrole et le gaz naturel d’une part et le charbon d’autre part. Le charbon représentait ainsi plus de 50 % de la génération d’électricité et ceci encore dans les années quatre-vingt-dix alors que fermaient les dernières mines en France puis au Royaume-Uni. Tout ceci a changé avec le développement des gaz de schiste. L’effondrement des prix du gaz naturel a rendu celui-ci compétitif pour la production d’électricité et a tiré vers le bas les prix du charbon sur le marché américain. Alors que la part du gaz naturel dans la génération d’électricité passait de 10 % à 33 % (en 2016), celle du charbon s’effondrait à 32 %. Certes le charbon américain est compétitif à l’international, mais les vieilles mines souterraines de Virginie ne peuvent tenir bien longtemps face aux mines à ciel ouvert de Colombie, d’Indonésie ou d’Australie.

Les unes après les autres, les mines sont tombées et voilà la faillite de Peabody dont la capitalisation boursière était de $ 20 milliards en 2011 encore et de $ 38 millions hier ! Le charbon est mort : voilà une bonne nouvelle !

 

 

12 avril 2016

Loi El Khomry

 

Encore une nouvelle mouture de la loi El Khomry. Cette fois-ci, Matignon a cédé en particulier aux « jeunes », comme si les syndicats lycéens et étudiants avaient quelque légitimité si ce n’est de servir de marche pied à quelques futurs apparatchiks socialistes. Passons sur le catalogue des mesures proposées (400 à 500 millions d’euros en année courante quand même) et attardons-nous sur la mesure phare : la surtaxation du CDD.

La France est vraiment un merveilleux pays où tout se termine par un impôt nouveau ! Au départ, il y a un constat : le développement des CDD, certains très courts, rendus possibles par le système actuel de l’assurance chômage qui pousse paradoxalement à une certaine forme d’intermittence du travail. Mais à la base, il y a le problème du CDI, un « Graal » dont la rigidité fait peur aux employeurs potentiels et que la loi El Khomry était censée assouplir. À la fin du jour, l’assouplissement ne sera que virtuel et le problème du CDD sera réglé par une taxation, c’est-à-dire un obstacle supplémentaire que les moins sourcilleux contourneront probablement par un peu plus de travail au noir.

Au sortir de Matignon, les « représentants » étudiants étaient satisfaits. Le chômage va continuer à augmenter, mais ils auront bientôt des allocations universelles qui leur permettront de survivre en attendant…

 

 

11 avril 2016

Prix et Marges agricoles

 

Présentation du Rapport au Parlement de l’Observatoire de la Formation des Prix et des Marges des Produits Alimentaires dont j’assure la présidence. Dire que les temps sont durs pour le monde agricole est un doux euphémisme : aucun producteur de toutes les filières que nous couvrons (céréales, lait, viandes…) ne parvient à couvrir la réalité de ses coûts surtout si on lui donne une rémunération (1,5 SMIC…) et si l’on imagine une modeste rentabilité du capital immobilisé. Pour l’élevage, et notamment le porc et la viande bovine, la situation est dramatique.

Mais pour autant faut-il s’en prendre à l’aval des filières (industrie et distribution) ? Certes, la baisse des prix agricoles en 2015-2016 a permis – à prix alimentaires à peu près stables – une certaine reconstitution de marges. Mais en réalité, il n’y a pas de lien entre les prix agricoles et les prix alimentaires. Les marchés agricoles, depuis l’abandon des systèmes de stabilisation de la PAC, sont directement en phase avec la scène mondiale, qu’il s’agisse des céréales, des produits laitiers et dans une moindre mesure de la viande.

Il ne sert à rien dans une Europe de plus en plus libérale (au moins en matière agricole) de bloquer les hypermarchés. On doit comprendre la colère mais la boîte à outils est vide…

 

 

8 avril 2016

Europe

 

Sale coup – encore un – pour l’Europe. Les électeurs néerlandais viennent de refuser par referendum (30 % de participation seulement) l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’Ukraine. Il ne s’agit certes que d’un referendum consultatif et le gouvernement néerlandais pourrait passer outre. Mais ce vote négatif (à 53 %) illustre bien le malaise européen, le rejet par les citoyens d’une politique étrangère illisible.

Car au fond les électeurs néerlandais n’ont peut-être pas tort. Après un élargissement fait dans la hâte et aujourd’hui contesté par certains des intéressés eux-mêmes, de Varsovie à Bratislava ou Budapest, faut-il vraiment continuer à ouvrir la porte à une Ukraine, ingouvernable et ingérable ? Faut-il continuer à diluer l’idée européenne en ouvrant des portes qui ne donnent que sur le vide ? Il faut bien sûr soutenir l’Ukraine, mais l’Europe ne peut assumer seule le poids de l’héritage d’un pays aussi improbable. De grâce, arrêtons cet angélisme suicidaire !

Si ce non donne des ailes aux Britanniques partisans du Brexit, peut-être fera-t-on d’un mal un bien. Le Royaume-Uni est en effet un des responsables de l’affaiblissement du projet européen. Le départ de Londres – loin d’être une catastrophe – pourrait être une chance d’un renforcement de l’Europe politique autour d’un noyau dur, bien loin de Londres et de Kiev, et de trouver aussi une réponse à la fois cohérente et humaine au défi que représente l’afflux des réfugiés.

 

 

6 avril 2016

Chine

 

Les étudiants du master « Affaires Internationales » de Dauphine organisaient leur colloque annuel sur la Chine. Quelques jours après l’annonce par le premier ministre du programme des cinq années à venir dans le cadre du plan quinquennal c’était là une bonne occasion de faire le point sur les grands défis chinois.

Paradoxalement, le défi majeur de la Chine reste celui de sa population, de sa pyramide des âges et de son urbanisation. On commence à peine à mesurer les conséquences humaines de la politique de l’enfant unique avec l’arrivée à l’âge adulte de toute cette génération d’enfants gâtés qui forment aujourd’hui l’essentiel de consommateurs chinois largement digitalisés : il y a en Chine 700 millions d’internautes.

Et puis il y a autant de campagnards, 500 à 600 millions de paysans qui vivent encore au Moyen-Âge et que le miracle chinois a à peine touchés (et qui ont en partie échappé à l’enfant unique).

C’est ce contraste majeur de la société chinoise qu’il va falloir résoudre entre les 750 millions d’urbains (64 millions en 1950) et les 600 millions de ruraux encore largement délaissés. Les Chinois ont beau jeu de rappeler d’ailleurs que leur situation – en termes de répartition du PIB – est comparable à celle de l’Occident des années cinquante. Mais la grande différence est que le modèle chinois a creusé les inégalités alors que l’état providence peine à assurer un filet protecteur minimal. Avant tout le défi chinois est humain.

 

 

4 avril 2016

Panama Papers

 

Publication à la une d’une centaine de journaux de la planète des « Panama papers », une fuite de documents provenant de l’un des plus importants cabinets d’avocats de Panama, spécialisé dans la création d’entreprises à Panama et dans nombre de paradis fiscaux de la planète. On se délecte de quelques noms jetés en pâture, de David Cameron à l’entourage de Poutine, du premier ministre islandais à Michel Platini sans oublier l’insubmersible Patrick Balkany ! On s’indigne, bien sût et l’on feint d’oublier que tout ceci est connu depuis longtemps et que la complaisance internationale en la matière est presque sans limites.

Distinguons quand même paradis fiscaux et réglementaires. Les paradis fiscaux jouent de l’avantage de fiscalité faible, voire nulle. En Europe, l’Irlande ou le Luxembourg sont des paradis fiscaux et ce n’est pas uniquement pour l’amour des tulipes que des entreprises comme Airbus ou Renault sont de droit néerlandais. Tout autres sont les paradis réglementaires dont l’opacité est la règle, et dont les autorités financières sont d’une insigne faiblesse (quand elles existent…). Le Panama en est un bel exemple comme les îles Vierges et en Europe, Gibraltar, Jersey ou Monaco. Rien bien sûr n’y est illégal, mais tout y est permis. C’est là la face insoutenable d’un capitalisme déviant et intolérable. Malheureusement, la survie de ces chancres est garantie par la masse des intérêts qui y circulent et bien peu de choses ont évolué ces vingt dernières années. Rien de neuf à Panama.

 

 

2 avril 2016

La rumeur de Cologne

 

Il circule une rumeur qui vaut d’être contée avec toutes les précautions nécessaires : la « rumeur de Cologne ». La nuit de la Saint-Sylvestre, aux abords de la gare de Cologne, plus de trois cents femmes ont fait l’objet d’agressions sexuelles de la part d’étrangers, pour l’essentiel de migrants. Pour une Allemagne jusque-là plutôt accueillante pour les étrangers et qui avait relativement approuvé la politique de la chancelière Merkel, ce fut un choc et même un véritable tournant. À partir de ce moment, on assista à un divorce entre Angel Merkel et une partie de l’opinion publique allemande, à un affaiblissement politique de la chancelière qui s’est traduit par des reculs électoraux et la montée d’un nouveau parti de droite nationaliste. L’affaiblissement d’Angela Merkel est un signe positif pour la Russie tant la chancelière s’est faite la championne de la fermeté européenne dans le conflit ukrainien.

Le problème est qu’il n’y eut à Cologne que deux ou trois viols ! Nombre de spécialistes s’étonnent que tant d’agressions aient donné lieu à si peu de viols. On a l’impression que l’on voulait faire peur, que ces foules ont été manipulées, voire financées, pour faire peur, mais surtout sans aller plus loin, que la nuit de Cologne a peut-être été une gigantesque manipulation. Mais alors quel en serait le commanditaire, qui profite de l’affaiblissement d’Angela Merkel ? On se tourne vers l’Est, on regarde vers la Russie et ses services. On s’interroge…

 

29 mars 2016

Agriculture chinoise

 

La Chine est en train de réaliser une nouvelle « révolution culturelle », cette fois dans l’agriculture : en octobre, au début de la prochaine campagne agricole, le système de prix garanti et d’achats publics du maïs va disparaître. Jusque-là, la Chine, dont on sait l’insistance à maintenir son autosuffisance alimentaire, au moins pour les céréales, avait appliqué une logique de prix garantis de plus en plus décalés des prix mondiaux. Résultat, la production chinoise avait augmenté, mais aussi les achats et donc les stocks publics qui dépasseraient à la fin de la campagne 2015-2016 les 100 millions de tonnes. Par ailleurs, si les importations chinoises de maïs étaient vérouillées (avec en particulier l’interdiction « politique » de certains OGM), tel n’était pas le cas des produits de substitution (sorgho, orge, drêches de brasserie et de distillation…). Il y en aurait eu en 2015 pour quelques 40 millions de tonnes. Ceci – stocks gonflés et importations de produits de substitution – ressemble furieusement à ce que l’Europe connut dans les années quatre-vingt avec la PAC. À l’époque, la seule porte de sortie fut la baisse des prix et la mise en place d’aides directes. C’est exactement ce qu’envisage de faire la Chine qui supprimerait les prix garantis – et donc, les stocks publics – pour les remplacer par des aides directes. Le problème est que pareil système ne s’invente pas, que l’on voit bien, vingt-cinq ans après la première réforme de la PAC, les difficultés rencontrées pour gérer un mécanisme aussi complexe, surtout dans un pays qui commence à peine à clarifier son droit du foncier. On n’a pas fini de parler d’agriculture en Chine.

 

 

28 mars 2016

Indécences

 

Deux événements sans lien apparent l’un avec l’autre ; deux chiffres sans rapport l’un avec l’autre et pourtant, tombés à peu près en même temps. Je n’ai pu m’empêcher de les associer tout en me disant que ceci n’avait aucun sens.

D’un côté, il y a les 15 millions d’euros gagnés en 2015 par Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan. De l’autre, il y a les 3 951 000 chômeurs comptés en France à la fin février 2016. Il n’y a aucun lien rationnel entre ces deux nouvelles et je me suis longtemps demandé pour quelle raison je les ai associées. Et puis, une évidence s’est imposée : il n’y a aucune corrélation entre le salaire de Carlos Ghosn et le nombre de chômeurs en France si ce n’est que l’un et l’autre sont parfaitement indécents et scandaleux au sens propre du mot.

Indécent oui, que l’on compte en France près de 4 millions de chômeurs, et que l’on discute encore d’un Code du travail dépassé qui est en réalité devenu une machine à fabriquer des chômeurs, à détruire l’emploi en le rendant toujours plus compliqué à gérer.

Indécent aussi un salaire sans commune mesure avec quelques minima que ce soit et qui doit représenter un bon millier des ouvriers français ou japonais de Renault-Nissan (sans parler des Roumains ou des Marocains). Certes, on fait bien pire dans la finance ou dans la nouvelle économie. Mais là, ce sont des entrepreneurs, pas des « managers ».

Indécence, pour indécence, je ne sais quelle est la pire. L’une et l’autre sont « scandale ».

 

 

27 mars 2016

Pâques 2

 

En ce matin de Pâques, un ami musulman sénégalais m’envoie un message chaleureux de « Joyeuses Pâques ». Alors qu’en France, Pâques a perdu presque toute signification (si ce n’est un week-end prolongé), il est réconfortant de lire son texte qui rappelle combien Pâques est le sommet du calendrier chrétien, le symbole de l’espérance.

Et puis au même moment, un massacre aveugle de chrétiens dans un parc de Lahore au Pakistan est perpétré au nom de l’Islam. Bien sûr, ce n’est pas le même et il y a bien peu de choses communes entre l’Islam des confrèries mâtiné de soufisme que l’on pratique au Sénégal et le salafisme dans sa version wahhabite tel qu’il domine aux confins du Pakistan et de l’Afghanistan. Mais que d’extrêmes !

Le christianisme n’a en la matière guère de leçons à donner tant, dans notre histoire, il a pu être à la fois doux et fanatique, tant les disciples de Dominique ou même de François d’Assise ont pu faire preuve de la plus totale intolérance. Mais nous voilà au XXIe siècle, en un temps où l’intelligence des idées et des êtres devrait seule dominer. Comment tolérer justement l’intolérable ? Quel mal avaient fait ces chrétiens du Pakistan ? Quelle justification à leur mort tout aussi injuste que celles de Paris ou de Bruxelles, mais des morts de pauvres que l’on oubliera bien vite.

Merci, ami sénégalais, de m’avoir quand même rappelé à l’espérance pascale.

 

 

26 mars 2016

Pâques 1

 

Dans l’opéra de Budapest, dégoulinant de dorures du temps de la splendeur de l’empire austro-hongrois, on donnait en ce soir de veillée pascale, la Passion selon Saint-Jean de Bach, mise en scène à la manière d’un mystère du Moyen-Âge dominé par un Christ admirable autour duquel de sobres danseurs reprenaient les grands moments du texte. Ce fut un admirable spectacle et l’on imagine que c’est ainsi que Bach l’avait imaginé.

Et puis, ce fut l’occasion de revenir sur cette Passion de l’Évangile de Jean que dans la liturgie catholique on lit durant l’Office du Vendredi saint. On y entend les doutes de Pilate, la colère puis le reniement de Pierre et enfin la seule parole de Jésus, la dernière, « Tout est accompli ».

C’est bien là le sommet de la foi chrétienne, le moment ou Jésus « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». Nous sommes au cœur du mystère chrétien, tout juste avant l’espérance pascale.

Dans la société française, laïque et déchristianisée, il y a longtemps que Pâques a cédé la place à Noël comme fête chrétienne de référence. La date mobile de Pâques ne s’accommode plus des contraintes de nos vacances. Pour beaucoup, il reste un long week-end et une vague histoire d’il y a deux mille ans en Palestine. Mais ce soir, à Budapest, le sens était là.

 

 

22 mars 2016

Attentats de Bruxelles

 

Il y a dans le destin une part que l’on doit laisser aussi au hasard comme si les fils invisibles de nos existences se mêlaient en d’inextricables nœuds. Ce matin, une fois de plus, la violence a frappé à Bruxelles, au métro Maelbeck, celui dont j’aurais dû descendre deux jours plus tard à la même heure… C’est rue de la Loi, une artère sans charme de Bruxelles qui va du parc Royal au Berlaymont, le siège de la Commission européenne. À cette heure, en général, on se presse pour les réunions dans les services européens, en particulier à la « DG6 », la direction générale de l’agriculture dont les bureaux sont à quelques dizaines de mètres.

Que visaient-ils ces fous de Dieu, ces enfants perdus d’un Islam mal digéré, ces épaves de l’échec de l’intégration sociale et économique des générations immigrées pendant les Trente Glorieuses ? Des attentats aveugles, sans autre motivation que la terreur et le suicide ; des vies sacrifiées d’un côté comme de l’autre pour un absolu vide de tout sens. L’Occident découvre là ce qui est depuis longtemps déjà le quotidien de nombre de cités du Proche-Orient. Les attentats suicides à Bagdad, à Beyrouth, à Istanbul ou à Karachi ne faisaient plus la une des informations. À Paris et maintenant à Bruxelles, le temps de la peur est venu.

Dans un sens ils ont gagné, ceux qui poussent à la destruction de l’homme par l’homme et ceux qui y répondront par encore plus de violence.

 

 

17 mars 2016

Église catholique

 

L’Église de France est au cœur de la tourmente avec ce que l’on doit appeler l’affaire « Barbarin » du nom du Primat des Gaules accusé d’avoir fermé les yeux sur des prêtres au passé lourd de pédophilies plus ou moins assumés. Sur les écrans de cinéma, le film américain Spotlight raconte exactement la même histoire qui coûta son siège au cardinal archevêque de Boston. Peut-il, doit-il en être de même pour Mgr Barbarin ?

Sans être responsable (les faits sont anciens même si la notion de prescription n’a là aucun sens), il est malheureusement coupable comme représentant d’une institution qui trop longtemps a fermé les yeux sur de telles dérives. Oh, certes, cela n’a rien de nouveau et il suffit de relire Montherlant. Et l’Église n’est pas la seule institution à en avoir souffert même si l’exigence du célibat a certainement obligé les clercs à un niveau d’ascèse auquel certains n’ont pu parvenir. Mais alors même qu’elle n’est plus que minoritaire dans une France dont même la culture chrétienne s’évanouit peu à peu, l’Église catholique continue à porter un message d’Amour et d’Espérance qu’elle ne peut trahir, aussi dur que cela puisse être pour ses membres les plus faibles et les plus vulnérables. L’heure n’est plus au déni, mais à la méditation active de la parole du Christ à propos du bon grain et de l’ivraie que l’on brûle…

 

 

15 mars 2016

SDF à Paris

 

Faut-il ouvrir un centre d’accueil pour SDF ou migrants en lisière du Bois de Boulogne, dans le XVIe arrondissement de Paris ? Telle était la question qui devait être traitée lors d’une réunion d’information qui se tenait hier soir dans le grand amphi de l’Université Paris-Dauphine.

Soyons francs : cela s’est très mal passé et le président de l’Université a dû lever la séance au milieu d’injures, d’invectives et même de violences inattendues de la part d’une population « bourgeoise » et CSP+ ! Au-delà de la polémique, il s’agit là d’une illustration par l’absurde des blocages et égoïsmes français. À l’origine, il y a une volonté de répartir géographiquement dans Paris les lieux de prise en charge des SDF et autres migrants. Mais la décision est manifestement venue du centre sans véritable concertation : en réalité, le permis de construire était déjà accordé avant même la réunion à Dauphine ; permis de construire accordé par ailleurs sur un espace vert qu’en d’autres circonstances les Verts de la majorité municipale auraient défendu becs et ongles. Voilà pour la forme… discutable.

Sur le fond, est-il aberrant de consacrer un peu d’espace à ceux qui n’en ont pas et ce d’autant plus qu’à la belle saison les bois de Boulogne et de Vincennes fleurissent de campements sauvages. Il y avait dans les réactions de ces « nantis » de la haine, et puis aussi de la peur, guère de cette charité qu’ils aiment tant à mettre en avant.

Tout ceci frisait, d’un côté comme de l’autre, la caricature. Quel gâchis…

 

 

8 mars 2016

Code du travail

 

Le débat sur la loi El Khomry et donc sur le Code du travail fait rage et l’on ne peut que s’étonner au fond qu’un texte aussi anodin, aussi peu révolutionnaire, fasse l’objet de pareilles réactions et qu’on le compare même au célèbre CPE (le SMIC jeune) du gouvernement Villepin qui avait dû être retiré sous la pression de la rue.

Une pétition en ligne a recueilli en quelques jours plus d’un million de signatures. C’est la première fois que ce type de contestation est utilisé à une telle échelle. On peut très légitimement s’interroger sur le modèle économique de l’entreprise – Change.org – qui l’a hébergé et lancé à l’initiative d’une apparatchik socialiste passée par l’UNEF et les cabinets ministériels. Un million de « clics » peuvent-ils représenter quelque chose : probablement quand même, d’autant plus que des sondages, plus classiques, montrent que deux tiers des Français sont opposés à la réforme du Code du travail.

À y regarder de près, il n’y a pourtant pas grand-chose et ce n’est pas – et loin de là – le texte révolutionnaire présenté par ses défenseurs et ses détracteurs. On peut même se demander s’il est souhaitable qu’il soit adopté en l’état et s’il ne vaudrait pas mieux attendre une refonte complète sur le modèle du texte de Robert Badinter qui en sert de prologue.

Fallait-il en tout cas faire de ce malheureux texte pareil symbole à quelques mois des élections de 2017 ? C’est là un choix de basse politique et en tout cas une démonstration par l’absurde de l’aversion française au changement.

 

 

7 mars 2016

Migrants

 

Sommet de la dernière chance… encore un pour une Europe qui y est bien habituée et qui en a connu d’autres de crises agricoles en drames grecs. Mais là, c’est l’un des derniers lambeaux de l’Europe, Shengen, qui va être au cœur de toutes les attentes, et puis au-delà l’intolérable problème de ces réfugiés ballottés d’un camp à l’autre, d’un mur vers des barbelés, de Calais à Lampedusa.

Après le temps de la générosité est venu celui du réalisme. Alors on invite les Turcs et on leur prépare un chèque et quelques autres friandises pour qu’ils servent de tampons. Quant aux Grecs on fermera les yeux sur leurs galipettes budgétaires… Et puis surtout on ferme, on construit des murs comme il y en a déjà tant sur la planète, le long du Rio Grande et maintenant des Balkans. Heureux au fond les pays insulaires comme le Japon ou le Royaume-Uni qui combattent plus facilement les débarquements…

Bien sûr, il n’y a pas de solution qui puisse satisfaire à la fois la raison et le cœur. Mais c’est presque la première fois que les « riches » se ferment aussi hermétiquement. Des migrations provoquées par des guerres ou des pogroms, il y en a toujours eu, mais il y avait aussi des espaces encore libres (ou que l’on avait « libéré » de leurs premiers habitants…). Aujourd’hui, la Terre est pleine et il n’y a plus guère de place pour l’étranger.

Ce qui est clair c’est que l’Europe doit « digérer » les 1,2 million de demandeurs d’asile de 2015. La solution turque peut être un répit temporaire. Mais au-delà ?

 

 

6 mars 2016

Fils prodigue

 

L’Évangile de ce quatrième dimanche de Carême est celui de la parabole du fils prodigue qu’il faut méditer avant tout comme un signe de l’amour infini du Père pour ses fils quelle que soit leur indignité. Mais on y parle aussi beaucoup d’argent. En chaire ce matin, notre curé a trouvé un angle inattendu en nous rappelant que ce fils prodigue qui dépensait son héritage n’était autre que tous les gouvernements qui se sont succédés en France depuis une trentaine d’années, de droite comme de gauche, tous ceux qui ont pourfendu les « cagnottes » et qui se sont faits les avocats d’une dépense publique sans freins ni limites. Nous voilà réduits à manger des « glands » comme dans la parabole en rêvant de quelque « veau gras ». Convenons cependant que l’autre fils, celui qui est resté avec son père, n’est pas bien drôle et qu’il est un peu germanique…

Qu’avons-nous fait de nos héritages ? En réalité, il n’y en a plus guère si l’on mesure le poids des dettes sur chacun de nos enfants et surtout celui de tous les déséquilibres notamment sociaux qui ne cessent de s’accumuler. Au-delà de l’argent et des dettes, notre génération a bien été prodigue de tout ce dont elle avait hérité des « Trente glorieuses », d’un temps où un certain nombre de valeurs marquaient encore la société française. Au fond, nous sommes tous des « fils prodigues » et malheureusement la fête est finie.

 

 

2 mars 2016

Taux négatifs

 

Il y a donc quatre-vingts ans que Keynes publiait son « grand-œuvre », la Théorie Générale, qui a tant marqué les politiques économiques de la deuxième partie du XXe siècle. Que dirait Keynes aujourd’hui de la floraison de par le monde de taux d’intérêt négatifs : le Japon vient ainsi de placer des Bons du Trésor à 10 ans à -0,024 %, ce qui donne une valeur actualisée non mesurable et en réalité proche de l’infini mathématique.

Sans aller jusqu’à ces réflexions quelque peu vertigineuses, il faut bien convenir que nous vivons là une période exceptionnelle et anormale. Certes, le débat sur les taux d’intérêt est fort ancien et depuis Aristote toute une école de pensée remet en cause leur principe même selon l’adage latin « Pecunia, pecuniam non paret » (à traduire librement par l’argent ne fait pas de petits). L’Église catholique hier, l’Islam aujourd’hui ont interdit les prêts à intérêt, mais nul n’avait jamais rêvé de taux négatifs. L’idée même en est absurde : payer pour acheter un titre de dette, c’est là nier toute valeur constructive à l’investissement auquel cette dette pourrait être consacrée. Autant garder ses liasses de billets sous son matelas ou bien acheter de l’or. Dans la logique du partage capital/travail, ce serait bien là le triomphe ultime du second, mais cette extinction du capital ne peut qu’être un prélude à une crise plus profonde. Sur longue période certes, il faut parvenir à ruiner le rentier et pour cela l’inflation (et ses taux réels négatifs) reste la meilleure solution. Mais avoir comme aujourd’hui des taux nominaux négatifs est une preuve par l’absurde du désarroi qui règne au cœur de banques centrales dont les boîtes à outils sont vides.

 

 

27 février 2016

Crise agricole

 

Ouverture houleuse du Salon de l’Agriculture : François Hollande qui débarquait d’Amérique du Sud a été un peu chahuté et le stand du ministère de l’Agriculture légèrement bousculé. Rien de bien grave cependant alors que le malaise agricole atteint son paroxysme : les prix baissent ou sont au plus bas, les contraintes administratives et réglementaires ne cessent de s’accumuler et dans leurs discours lénifiants, les politiques se renvoient les responsabilités de Paris à Bruxelles et retour. Tous ceux qui à l’image du Président ce matin promettent « des prix » mentent, car ils n’en ont plus le pouvoir. La PAC qu’ils ont connue, celle des prix administrés et politiques est morte et malheureusement on ne peut revenir en arrière et toute promesse en ce sens n’est que pure démagogie. Dans le reste de l’Europe, on l’a compris et on s’y est préparé depuis longtemps en mettant en place notamment des systèmes de contractualisation, en cherchant aussi à réduire les coûts de production et les charges sociales, fiscales et parafiscales. Mais en France, discours et attitudes n’ont pas changé et on attend toujours tout d’un état qui a pris l’habitude de se défausser sur Bruxelles à la première crise venue.

Ajoutons à cela des Verts et autres ONG particulièrement archaïques, mais experts en manipulation de l’opinion et des consommateurs et on a là tous les ingrédients d’une crise agricole sans précédent, car elle est plus morale qu’économique.

 

 

20 février 2016

Christianisme américain

 

En marge des primaires américaines, le pape François a fait un « tabac » en célébrant une messe au bord du Rio Grande puis en doutant du comportement chrétien de Donald Trump qui veut construire un mur le long du fleuve.

Sur le plan de la charité, de l’amour du prochain et de toutes les valeurs que porte le christianisme, il a bien sûr raison et il est là dans son rôle comme il le sera devant tous les murs de la Palestine à Calais. Mais le « latino » qu’il est n’a peut-être pas mesuré la force de l’empreinte religieuse dans des États-Unis dominés par un protestantisme de plus en plus évangélique et fondamentaliste.

La remarque de François a été vécue comme une intrusion inqualifiable d’une autorité religieuse dans la liberté de conscience chère aux protestants américains rétifs à toute hiérarchie ecclésiastique. « De quel droit peut-il dire que je ne suis pas chrétien ? » : la réponse de Donald Trump a été partagée par tous les candidats républicains d’autant plus que les primaires se déplacent maintenant vers la « Bible belt », les états du sud marqués par un protestantisme encore plus personnaliste.

Les États-Unis sont probablement un des seuls pays où le fait religieux pèse aussi lourd et cela François ne peut l’ignorer.

 

 

19 février 2016

Brexit

 

Il y avait quelque chose de surréaliste ce soir à écouter à quelques minutes d’intervalle les déclarations de David Cameron et de François Hollande à Bruxelles à l’issue d’un sommet européen qui a satisfait à peu près à toutes les exigences britanniques. David Cameron fut à raison triomphant et parlant pour ses électeurs d’outre-Manche, il fut d’un cynisme absolu : « non, il n’aimait pas l’Europe, oui le Royaume-Uni avait obtenu un statut dérogatoire et les Britanniques pouvaient voter sans crainte contre le « Brexit » puisque bientôt l’Europe ne serait plus qu’une zone de libre-échange.

S’exprimant après lui, François Hollande commença par noyer le poisson en parlant du problème des réfugiés et du Moyen-Orient, certes essentiel, mais quand même là secondaire. Pour défendre l’accord de Bruxelles, il n’eut ensuite que de bien pauvres mots puisqu’il savait bien que l’Europe – et la France – étaient dans le camp des vaincus. Il y avait chez lui un peu du Daladier rentrant de Munich en 1938 après avoir sacrifié la Tchécoslovaquie à Hitler et pensant en atterrissant au Bourget que la foule allait le conspuer. Comme on le sait, il n’en fut rien, il fut acclamé et un an plus tard, Hitler s’attaquait à la Pologne.

La comparaison peut sembler excessive, mais c’est bien la construction européenne qui vient d’être ainsi sacrifiée. Après les Britanniques, Polonais, Hongrois et Slovaques vont réclamer des passe-droits. La légitimité même de l’euro va se trouver remise en cause. Certes, la machinerie bruxelloise continuera à mouliner, mais sans légitimité politique. Charles de Gaulle avait dit en 1967 lors de son troisième veto à l’adhésion britannique : « Faire entrer l’Angleterre, ce serait pour les Six donner d’avance leur consentement à tous les artifices délais et faux semblants qui tendraient à dissimuler la destruction d’un édifice qui a été bâti au prix de tant de peine et au milieu de tant d’espoirs ». Qu’aurait-il pensé de ce Munich et de la médiocrité de ceux qui lui ont succédé !

 

 

16 février 2016

Pétrole

 

L’accord signé entre l’Arabie Saoudite, le Vénézuéla et la Russie a de quoi laisser perplexe. Ces pays se sont engagés à ne pas augmenter leur production par rapport à ses niveaux de janvier 2016, c’est-à-dire à un moment où ils étaient pratiquement en train de pomper à pleine capacité (à l’exception probable de l’Arabie Saoudite et puis aussi de la Russie, mais pour le gaz naturel). Il n’y a donc pas de baisse de la production annoncée. Et puis, il y a quelques absents de marque comme l’Irak et l’Iran sans oublier les États-Unis.

Quelle lecture géopolitique faire de cet accord ? L’Arabie Saoudite, à l’origine de la débâcle pétrolière est à la tête du camp sunnite (le sud du Golfe, l’Irak, l’opposition syrienne), mais lutte aussi contre l’Etat Islamique. La Russie soutient Bachar contre l’Etat Islamique certes, mais avant tout contre la révolte laïque et sunnite. L’autre allié de Bachar est l’Iran qui s’oppose de manière frontale à l’Arabie Saoudite au Yémen sans oublier l’antagonisme entre sunnites et chiites (et la situation de la minorité chiite en Arabie) et plus profondément entre perses et arabes. Enfin, il ne faut pas oublier la situation de l’Irak dont une partie de la production pétrolière est de facto contrôlée par les Kurdes qui l’exportent au travers de la Turquie, elle-même en froid avec la Russie.

Peut-on dès lors espérer quelque accord concret au-delà des formules creuses ? Rien n’est moins sûr et au contraire, il y a de fortes chances que la désunion l’emporte. Le maillon le plus faible en tous cas est l’Arabie Saoudite : non pas financièrement, mais politiquement avec les divergences au sein de la famille royale, la contestation fondamentaliste d’un côté, moderniste de l’autre. C’est là que le baril peut exploser !

 

 

15 février 2016

Syrie

 

La Syrie s’enfonce dans l’horreur et Alep n’est plus qu’un champ de ruines. Comment ne pas voir là la démonstration de l’échec de la diplomatie américaine et très clairement de Barack Obama qui après avoir joué au pyromane, s’est refusé à quelque engagement que ce soit au nom de la recherche d’une hypothétique neutralité.

La position actuelle des États-Unis et leur responsabilité dans la catastrophe syrienne nous renvoient à une période un peu comparable dans les années vingt du siècle précédent. Les États-Unis qui n’avaient pas ratifié le traité de Versailles étaient sortis les immenses vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Leur intransigeance sur la question des dettes interalliées et donc des réparations, leur refus d’assumer quelque responsabilité que ce soit d’un nouvel ordre mondial pourtant largement défini par le président Wilson dès 1917, fut une des causes de la faillite des démocraties de l’Allemagne au Japon et de l’enchaînement fatal qui mena de la crise de 1929 à la Seconde Guerre mondiale. On peut lire à ce sujet, le remarquable livre d’Adam Tooze, « Le déluge 1916-1931, un nouvel ordre mondial » récemment publié en français qui éclaire de manière magistrale la faillite de la politique internationale des États-Unis de Wilson au premier mandat de Roosevelt.

Il y a effectivement dans le système politique américain un primat du local sur le global et les primaires actuelles le montrent bien. Mais cette irresponsabilité américaine devient dramatique lorsqu’elle se heurte aux réalités complexes du Moyen-Orient.

 

 

13 février 2016

Œcuménisme

 

Une pièce anonyme à l’aéroport de La Havane. On ne pouvait imaginer lieu plus improbable pour une rencontre attendue depuis un millier d’années : François et Kyril, le pape et le patriarche de Moscou, pas le plus important dans la hiérarchie orthodoxe, mais celui dont les troupes sont les plus nombreuses (57 % des orthodoxes de la planète).

La rupture remonte à 1054 (excommunication des uns, anathème des autres) et les questions théologiques (le « filioque » notamment) furent certes importantes, mais quelque peu secondaires face aux divergences politiques. L’évêque de Rome pouvait-il imposer sa suprématie à une église de Constantinople dont le chef était en réalité non pas le patriarche, mais l’empereur, le « basileus ». Au lendemain de la chute de Byzance, Moscou assuma donc le relais de l’orthodoxie, l’empereur de Russie, héritier des princes de Kiev, assumant l’autorité suprême sur un monde orthodoxe écartelé entre les terres d’Islam et les terres chrétiennes.

À la différence du catholicisme et encore plus du protestantisme, l’orthodoxie ne s’est jamais coupée de son lien privilégié avec le Prince, avec l’état dont elle se concevait comme le bras spirituel : le bras et non la tête. Cela explique toutes les ambiguïtés d’un patriachat de Moscou qui s’accommode sans trop de questions de ses relations privilégiées avec le Kremlin dans une logique qui est presque redevenue celle d’une religion d’État.

Un millénaire après le schisme, le politique l’emporte donc sur le théologique et il n’y a pas grand-chose à espérer de cette rencontre cubaine qui aurait pu aussi bien ne pas avoir eu lieu.

 

 

 

11 février 2016

Gouvernement

 

François Hollande est décidément un grand poète qui s’ignore. Quelle inventivité, quel sens du mot, quel art du titre dans ce qui sera probablement son dernier gouvernement (au moins pour sa première mandature, car il ne faut pas insulter l’avenir…). Tout y passe : le compassionnel avec « l’aide aux victimes », le volontariste avec « l’égalité réelle » (c’est vrai que l’autre, celle de la devise de la nation ne l’était plus vraiment), le social avec « la lutte contre l’exclusion », l’environnement avec la « biodiversité » et puis bien sûr les petits adjectifs qui marquent : l’habitat ne peut être que « durable », les personnes âgées doivent être « autonomes », la vie doit au fond être bien rose à un an des élections.

Comment aussi ne pas admirer les subtiles harmonies de ce gouvernement qui a gagné un peu de vert et quelques roses cassoulet du Sud-Ouest, qui respecte bien sûr la parité et qui équilibre vieux barbons et jeunes pousses.

Ce serait là un chef-d’œuvre si on avait envie d’en rire, si c’était là simplement le bureau de Conseil général de Corrèze. Mais il s’agit de la France, pratiquement le plus mauvais élève économique de l’Europe, un pays en proie à une véritable crise d’identité, rétif à toute idée de réforme et conscient pourtant de leur caractère inéluctable. Il est vrai que ceux qui entrent dans ce gouvernement ne se font guère d’illusion. En un an, avant les élections, ils ne feront rien et auront à peine le temps de caresser le cuir de leurs jolis maroquins. Mais à l’Élysée, le magicien les regarde danser.

 

 

8 février 2016

Sidérurgie

 

Voilà l’acier européen de nouveau en crise et une initiative originale d’Emmanuel Macron qui, à la tête d’un groupe de ses collègues européens, a interpellé la Commission de Bruxelles face au dumping chinois.

Il est vrai que les nouvelles sont mauvaises : le prix de l’acier a diminué de près d’un quart en 2015 (exprimé en dollar, il est vrai). Arcelor-Mittal vient d’annoncer des pertes record de $ 8 milliards, en partie toutefois liées à des provisions sur ses investissements dans des mines de fer (le minerai de fer a plongé de 40 % en 2015). Un peu partout en Europe, on annonce des fermetures de capacité temporaires ou définitives que ce soit chez Arcelor ou chez Tatasteel (l’ex-British Steel). En dehors de l’Europe, les sidérurgies russes, turques ou indiennes souffrent. L’Inde vient d’ailleurs d’imposer un prix minimum pour ses importations. L’association des producteurs de ronds à béton (l’acier le plus basique) parle de la pire période jamais rencontrée.

Bien entendu, tout le monde montre du doigt la Chine dont pour la première fois en 2015, la consommation d’acier a stagné et dont les surcapacités sont estimées à quelque 300 millions de tonnes. En 2015, la sidérurgie chinoise aurait réalisé quelques $ 10 milliards de pertes et on peut estimer que certaines exportations se sont faites à coup de dumping (même si les prix ont aussi baissé sur le marché chinois).

Il y aura donc probablement plainte de l’Europe et de quelques autres contre la Chine à l’OMC. Mais cela ne sera pas suffisant et la sidérurgie européenne va devoir encore s’adapter, se spécialiser pour que puissent survivre ses derniers fleurons.

 

 

5 février 2016

Agro-chimie

 

La nouvelle est bien confirmée : ChemChina vient de racheter Syngenta. Le premier chimiste chinois rachète le deuxième acteur mondial de l’agrochimie actif notamment dans le domaine des phytosanitaires et des semences. Il y a quelques mois, Monsanto, le leader incontesté du monde des semences, avait échoué à prendre le contrôle de Syngenta. Les Chinois ont mis $ 43 milliards sur la table pour enlever le morceau et entrer dans le club très fermé des entreprises au cœur de l’application directe des biotechnologies à l’agriculture. Ils seront désormais le numéro deux mondial de l’agrochimie, juste derrière le numéro un, résultat de la fusion fin 2015 entre Dow Chemical et Du Pont. Ceci étant, dans le domaine plus stratégique des semences, ils restent loin de Monsanto.

En fait, ce domaine, stratégique pour l’avenir agricole et alimentaire de l’humanité,  est désormais contrôlé par un oligopole de cinq acteurs multinationaux : deux Américains (Dow Du Pont et Monsanto), un chinois et deux « Allemands » (Bayer et BASF), ces deux derniers étant fort peu actifs dans le monde des semences. Malgré l’existence historique d’un pôle français autour de Rhône Poulenc, celui-ci fut sacrifié sur l’autel des ambitions pharmaceutiques de ce qui est devenu Sanofi. Et puis la France, avec sa culture du « bio » et de l’anti OGM, n’était pas un terroir approprié pour le développement d’une activité pourtant stratégique. Dommage !

 

 

3 février 2016

Risque

 

À Lille, le congrès de l’AMRAE, l’association des spécialistes du risque dans les entreprises, tente de faire le point sur « les climats du monde » avec des intervenants comme Nicolas Baverez, Denis Kessler ou le frère Samuel Rouvillois. Quelques mots ont dominé l’après-midi : ceux de « disruptions » (événement improbable, extrême, irréversible), ceux « d’enthropie » (la fonction permettant de mesurer la déstabilisation d’un système), celui peut-être encore plus fort « de monde de l’inédit ».

Bien sûr, on peut essayer de prévoir et d’anticiper, on peut faire de la prospective, mais rarement l’improbable nous aura autant menacés. Au-delà de l’instabilité généralisée des marchés et donc de toutes les valeurs matérielles, ce qui frappe c’est l’accélération de l’histoire, la coïncidence de plus en plus rapprochée d’événements extrêmes entretenant entre eux des relations d’ordre systémique. Monde de l’inédit, monde de l’improbable, fantastique leçon d’humilité aussi pour l’homme qui croit aujourd’hui tout maîtriser et qui se retrouve ballotté dans la démesure.

Au lieu du repli sur soi face à toutes ces peurs, au lieu de céder à la maladie de la protection, ne faut-il pas au contraire remettre au cœur de toutes choses la personne humaine et sa dignité transcendantale. Le risque, c’est avant tout du courage, et comme le dit Frère Samuel en paraphrasant la dernière encyclique du pape François, « Loué sois-tu le risque ! ». Laudato Si !

 

 

2 février 2016

Nouvelles technologies

 

Google vient de dépasser Apple comme première capitalisation mondiale avec quelques $ 544 milliards. Voilà la revanche définitive du « soft » sur le « hard », du contenu sur le contenant. En soi, Google ne crée rien et se contente de rapprocher, son moteur de recherche n’étant au fond rien sans toutes les informations qu’il collecte. Mais il est fascinant de voir que dans ce classement des capitalisations boursières (toutes américaines, pour les dix premiers, il n’y a plus de chinoises…) certes un peu artificiel puisque dépendant des « modes » chez les investisseurs, on trouve après Google et Apple deux autres « ex start ups », Facebook et Amazon : ce sont bien là les GAFA dont la capitalisation cumulée représentait hier 1668 milliards de dollars. Microsoft, qui est quand même en troisième position ($ 423 milliards) fait presque figure d’ancien face à ces quatre jeunots qui n’existaient pas il y a vingt ans.

Jamais dans l’histoire économique on n’avait connu pareil phénomène, pareille explosion de nouveaux métiers, de nouveaux services. Bien sûr, on peut s’interroger sur la réalité de leur valeur ajoutée, sur la pérennité de leur modèle, sur leur propre avenir aussi et puis aussi sur cette bulle frénétique qui a saisi les marchés. Nous sommes en pleine épopée « schumpeterienne» mais on aurait tort d’oublier la capacité des systèmes en de tels moments à broyer leurs propres créations. Les GAFA ne sont-ils pas déjà un peu du passé ?

 

 

1er février 2016

Football

 

Dans le monde du football, c’est la fin du « mercato » d’hiver. Les clubs font leurs courses dans ce véritable marché aux esclaves : on achète, on vend bien sûr, mais aussi on prête, on loue en réalité des joueurs pour quelques semaines ou quelques mois. Pas de grosses transactions en ce milieu de saison, les transactions portant plutôt sur des seconds couteaux. Le football et ses mercenaires au quotidien…

Mais il y a désormais un nouveau facteur sur le marché et le football rejoint là tous les produits, toutes les marchandises pour lesquels la Chine devient déterminante. En 2015 la Chine a été la sixième nation la plus dépensière derrière les cinq grands championnats européens. Ainsi, un club de Tianjin, qui évolue en deuxième division, a dépensé 41 millions d’euros en achat de joueurs étrangers. Au total, les clubs chinois auraient dépensé durant ce mercato quelque 200 millions d’euros, c’est-à-dire autant que la Première ligue britannique ou la Bundesliga allemande.

Au-delà des Jeux Olympiques, c’est à la mondialisation du sport professionnel que l’on assiste. Jusque-là, les marchés restaient continentaux autour notamment de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Le cyclisme s’est essayé à une modeste internationalisation, mais reste centré sur l’Europe. Le football est probablement la meilleure chance. Il reste bien sûr à donner au football en Chine, une véritable assise au-delà des politiques et des oligarques. Il n’est pas certain que les Chinois y parviennent en s’achetant ainsi des mercenaires de second plan.

 

27 janvier 2016

Taubira

 

Démission de Christiane Taubira. Sous les applaudissements, elle a quitté – à vélo – la Place Vendôme. Cet ultime pied de nez est bien à l’image du personnage, démagogue et populiste certes, brillante et passionnée en d’autres instants. Sa démission, à propos de la déchéance de nationalité, a au moins le mérite de la cohérence même si on peut la soupçonner de quelque ultime manipulation.

Responsable – en partie par sa candidature – de l’échec de Lionel Jospin en 2002, Christiane Taubira aura été un électron libre particulièrement incontrôlable de la vie politique française. Sa remarquable maîtrise de l’art oratoire, sa capacité à utiliser à tout moment des références littéraires, son habileté à jouer de sa singularité de femme ultramarine ne peuvent toutefois faire oublier la vacuité de son action politique au-delà de ce qui aura été sa grande affaire, le mariage pour tous. Il n’est pas certain que l’appareil de la justice, bien ébranlé et perclus de dysfonctionnements, ait eu besoin de pareil ministre.

Pour le gouvernement, elle risque d’être encore plus encombrante dehors que dedans même si son retour à la vie « civile » perturbera un peu plus les rangs de la gauche « non-hollandaise » dont elle a vocation à devenir un des porte-drapeaux face à Mélenchon. Christiane Taubira n’a pas fini de nuire, notamment pour ses « amis ».

 

 

26 janvier 2016

Phibro

 

Phibro revient ! L’entreprise qui au tournant des années quatre-vingt fut le plus important négociant mondial en matières premières est rachetée par quelques anciens « traders » de Wall Street.

Philipp Brothers a ses origines en Allemagne au début du XXe siècle. Après Londres, il s’installa à New York et devint un acteur majeur du négoce des métaux. Au début des années soixante-dix, l’un de ses plus brillants cadres, un certain Marc Rich, qui dirigeait son bureau de Madrid, inventa le négoce du pétrole. Cela fit la fortune de Phibro, même après le départ de Marc Rich. En 1980, Phibro put même s’acheter Salomon Brothers, qui était alors un des grands de Wall Street. Ce fut le coup de trop : rapidement, dans la nouvelle entité, les hommes de Salomon prirent le pas sur ceux de Phibro : les marchés financiers étaient beaucoup plus porteurs que ceux de matières premières. Phibro disparut peu à peu, dévoré par Salomon qui lui-même fut avalé dans les grandes fusions de Wall Street pour faire partie de Citi Group. Il ne resta guère qu’une niche profitable de trading pétrolier que Citi démantela en 2015.

Aujourd’hui, un ancien de Morgan Stanley rachète donc la marque Phibro et quelques derniers actifs. Cela va probablement être du trading financier et pas du négoce. De Phibro, il ne restera vraiment que la légende !

 

 

25 janvier 2016

Spéculation

 

Les Suisses ont de délicieuses traditions qui assurent la stabilité de leur vie politique en permettant aux citoyens de s’exprimer sur pratiquement n’importe quel sujet au travers de « votations », qui sont en fait de véritables referenda assez souvent utilisés ces dernières années à des fins populistes, voire xénophobes.

Dans un mois, le 28 février, les Suisses devront se prononcer sur une proposition des Jeunes socialistes visant à interdire la spéculation sur les marchés de produits agricoles. On reconnaît là une idée qui traîne depuis longtemps dans les milieux des ONG activistes comme Oxfam et qui a déjà inspiré les débats parlementaires à Bruxelles ou Paris. Mais là où l’initiative prend un certain sel, c’est que la Suisse est un des poumons du commerce mondial et du négoce des produits agricoles, notamment au bord du lac Léman. Or, on ne peut concevoir le négoce actuel sans recours aux marchés dérivés et donc indirectement à la spéculation.

Le quotidien de Genève « Le Temps », qui est plutôt progressiste, a qualifié le texte de cette votation de « chef d’œuvre du moralisme protestant » (mais le pape François ne le renierait pas…) Il est surtout d’une profonde stupidité, s’attaquant à l’illusion spéculative plutôt qu’aux fondements réels de l’instabilité des marchés. Supprimer la spéculation ne résoudra pas, en effet, les problèmes provoqués par l’instabilité agricole. Les Suisses l’ont bien compris, qui ont maintenu leur politique intérieure de soutien à l’agriculture. Mais il n’y aura certainement pas de votation sur la légitimité de l’aide aux vaches helvètes.

 

 

23 janvier 2016

Révolution industrielle

 

Cette année, la grand-messe de Davos a pour thème « la quatrième révolution industrielle ». Davos est avant tout un rendez-vous, un lieu de contacts où il faut voir et être vu. Ses organisateurs ont la faiblesse de croire qu’ils sont aussi porteurs d’un message ce qui peut laisser l’observateur quelque peu sceptique.

Mais le sujet de cette année est un véritable contre-sens historique : comment peut-on parler de « quatrième » révolution industrielle ? Nous sommes bien d’accord sur les deux premières (si l’on ne prend pas en compte l’invention de l’outil au néolithique…) Il y eut la première à la fin du XVIIIe siècle avec la machine à vapeur et les premières machines textiles ainsi que le passage de l’atelier artisanal à l’usine. La deuxième à la fin du XIXe siècle fut celle du moteur à explosion, de l’électricité, de la chimie et puis de la production de masse avec le taylorisme et le fordisme. Ces grandes innovations ont irrigué presque tout le XXe siècle. La troisième révolution « industrielle » débute dans les années soixante-dix, autour de deux piliers, les technologies de l’information et les biotechnologies auxquelles sont venues se greffer un peu plus tard d’autres innovations comme les nanotechnologies. La puce et le gène ont eu des vitesses de diffusion bien différentes et nous commençons à peine à en comprendre et en apprécier les relations. Mais nous continuons à tirer le fil des grandes inventions de la fin du XXe siècle, de la troisième révolution industrielle au sens du temps long de l’histoire. À Davos, on préfère le temps court !

 

 

22 janvier 2016

Dakar

 

Dakar, 4 millions d’habitants qui occupent désormais la totalité de la péninsule du Cap-Vert au sud de laquelle les autorités françaises avaient créé le port et la ville coloniale à la fin du XIXe siècle. À la différence des métropoles « pétrolières » et de leur luxe clinquant, il y a peu, à Dakar, de grands immeubles modernes et la ville est un invraisemblable bric-à-brac où se côtoient les restes de la présence coloniale (la mairie qui ne déparerait pas une sous-préfecture française, la gare avec devant le monument au « Tirailleur sénégalais »), le modernisme décati des années soixante et puis l’improvisation la plus totale. C’est une ville africaine qui vit la nuit, dont les embouteillages sont homériques, jonchée de déchets malgré l’existence d’un service de ramassage et dont les infrastructures souffrent d’une absence d’entretien au fil des décennies alors qu’elle n’a cessé de s’étendre.

C’est aussi une ville de la tolérance avec le merveilleux Islam des confréries aux antipodes de l’obscurantisme wahabite, un catholicisme profondément ancré dans l’histoire sénégalaise et puis un vieux fond animiste qui a largement imprégné la culture maraboutique.

Le Sénégal a eu la « chance » de n’avoir ni pétrole, ni matières premières et il est le seul pays africain à avoir maintenu la démocratie sans coups d’état depuis l’indépendance. Certes, c’est un pays pauvre, et même un PMA, mais il y a dans ce bouillon de Dakar une dynamique peut-être chaotique par moments, mais porteuse d’espérance.

 

 

20 janvier 2016

Esclavage

 

Au large de Dakar, l’île de Gorée a des airs d’île de Ré avec ses demeures colorées dont les plus anciennes remontent au XVIIIe siècle, au temps où le chevalier de Boufflers avait installé là – plutôt qu’à Saint-Louis – le siège de la traite française. La traite était avant tout l’échange de marchandises européennes contre des produits africains. Elle fut longtemps légitime jusqu’au moment où des hommes et des femmes en devinrent l’objet. Gorée fut un de ces postes de traite où des navires européens venaient faire le plein d’esclaves destinés aux Amériques. Il n’était probablement pas le plus important, mais les Sénégalais ont su en faire un symbole universel d’un âge qui a duré plusieurs siècles et qui n’a vraiment disparu qu’il y a quelques décennies.

L’esclavage exista toujours dans le sillage des guerres et longtemps ne suscita aucun rejet dans le monde gréco-romain par exemple. La grande nouveauté de la traite arabe, à partir du IXe et Xe siècle fut d’utiliser un continent comme source d’approvisionnement et zone de chasse. Cette traite-là, en Afrique de l’Est, a perduré jusqu’au XXe siècle.

La traite atlantique a innové par son caractère systématique et presque industriel. Elle a duré trois siècles avec un « âge d’or » au XVIIIe siècle. Elle a contribué à briser toute velléité de décollage d’une Afrique subsaharienne privée de tant d’adultes.

Gorée reste une tâche dans la mémoire d’un Occident qui ne prit conscience que bien tardivement de l’horreur que représentait le commerce des hommes.

 

17 janvier 2016

Iran

 

Accord définitif sur le programme nucléaire iranien et levée de l’embargo qui frappait l’Iran depuis en fait plusieurs décennies en ce qui concerne les États-Unis : la page ouverte au moment de la prise de l’ambassade américaine à Téhéran par des « étudiants révolutionnaires » est donc tournée. Anticipé depuis plusieurs mois, cet accord ne va pas manquer de susciter maintes interrogations tant économiques que géopolitiques.

Il y a bien entendu avant tout les conséquences sur le marché du pétrole. Même si le marché avait déjà intégré dans les prix à terme les quelque 500 000 bj supplémentaires que va exporter l’Iran, la simple confirmation de l’accord va probablement coûter deux ou trois dollars supplémentaires à la baisse. Ceci ne va pas arranger le budget iranien et réduira l’attrait que le marché iranien peut avoir pour les firmes occidentales.

Mais, c’est du point de vue géopolitique que les conséquences de l’accord deviennent les plus difficiles à analyser. Au-delà des différences religieuses, il y a la très ancienne rivalité entre Arabes et Perses que longtemps les États-Unis – au temps du Shah – surent maintenir à égale distance. Aujourd’hui, principal soutien de Damas, directement ou par le biais de ses alliés libanais, l’Iran est de facto plus proche de la Russie. La normalisation internationale de l’Iran risque en fait d’approfondir la cassure entre les deux rives du Golfe, le régime perse apparaissant même plus solide qu’une dynastie des Saoud manifestement à bout de souffle. Une nouvelle ère s’ouvre pour le Moyen-Orient : pas forcément plus paisible.

 

 

16 janvier 2016

Attentats

 

Attentats meurtriers cette semaine à Istanbul, Djakarta, Ouagadougou. En perte de vitesse en Syrie et en Irak, l’EI cherche manifestement à internationaliser le califat en frappant l’Islam modéré, ou perçu comme tel. C’est la première fois qu’un pays asiatique comme l’Indonésie (le plus important pays musulman au monde) est touché, même si l’attentat, mal préparé, a été relativement bénin.

Il y a là, une sorte de stratégie jusqu’au-boutiste visant toutes les régions du monde où, tant bien que mal, l’Islam s’adapte, peu à peu, à la modernité. Beaucoup plus qu’avec les attentats parisiens, il y a une volonté de « mouiller » l’ensemble de la communauté des croyants quels que soient les choix politiques des pays concernés. Mais ce peut-être aussi un signe de faiblesse surtout face à des régimes forts comme la Turquie d’Erdogan qui se trouve menacée dans ses bastions touristiques comme le fut l’Égypte, il y a quelques années.

Tout ceci pourrait effectivement déboucher sur une véritable « guerre civile » musulmane planétaire et tel doit bien être le projet ruminé à Raqqa sur fond de concurrence avec Al Qaeda et les talibans. Si l’on ajoute à cela le conflit historique entre sunnites et chiites, force est de constater que c’est bien la stratégie du chaos qui s’étend à l’ensemble d’un monde musulman qui pouvait espérer mieux du cinquième anniversaire des « printemps arabes ».

 

 

12 janvier 2016

Pétrole

 

Le pétrole vient de franchir vers le bas la barre des $ 30 le baril. Cela n’a rien de bien surprenant, mais tout est dans le symbole ! Le marché mondial est excédentaire de l’ordre de 1,5 million de barils/jour. Pour la première fois depuis le premier choc pétrolier (1973), des navires chargent ces jours-ci du pétrole brut américain pour l’exporter… vers la Chine. Si la production américaine de pétroles de schiste baisse un peu (pas assez pour l’instant), les autres producteurs, OPEP et non-OPEP, Arabie Saoudite en tête, continuent à pomper alors que l’Iran charge déjà ses tankers. Le problème n’est plus de savoir si le marché va continuer à baisser, mais à quel niveau il trouvera un quelconque soutien : $ 25, $ 20… ?

Personne n’avait anticipé pareil effondrement : à l’automne dernier, les plus prudents des pays producteurs faisaient leurs budgets 2016 sur la base de $ 50 le baril, avec la bénédiction du FMI. En ce début d’année, l’Arabie Saoudite cherche à réduire dépenses et subventions, la Russie diminue de 10 % son budget, le Kazakhstan vide son fonds souverain, partout, l’heure est à la malédiction du pétrole.

Réalisée ces jours-ci, la prévision de CyclOpe pour le prix moyen du Brent en 2016 ($ 40 le baril) devient presque optimiste puisqu’elle table sur un rebond des cours au second semestre. Pour l’instant, on n’en est pas là et le pire n’est pas encore arrivé.

 

 

9 janvier 2016

Etats-Unis

 

Les États-Unis ont créé 2,7 millions d’emplois en 2015 et le chômage y a pratiquement disparu (à 5 %, étant donné la taille du pays et malgré la mobilité des américains, on ne peut guère tomber plus bas). Et dans ces chiffres, il faut intégrer 120 000 emplois détruits dans le secteur de l’énergie avec la chute des prix du pétrole et du gaz. Seule ombre au tableau, les salaires n’ont pas suivi et restent bas. L’économie américaine « tourne » à un peu moins de 3 % de croissance et les dernières prévisions du CBO (Congressional Budget Office qui est indépendant des pouvoirs politiques) pour 2016 sont de 2,7 %.

Plein emploi donc, mais aussi augmentation des inégalités concentrées sur les 0,1 % les plus riches. Même des économistes relativement libéraux comme Paul Krugman commencent à s’en inquiéter. Et c’est probablement là l’échec majeur de Barack Obama qui n’est pas parvenu à enrayer la paupérisation de la « classe moyenne inférieure » (lower middle class), celle des « blue collars » qui ont peu profité d’une reprise surtout tirée par les nouvelles technologies.

On ne peut parler – comme en France – de fracture dans la société américaine qui reste largement ouverte à l’ascenseur social. Et cette prospérité fait bien rêver de l’autre côté de l’Atlantique. Mais, le virus inégalitaire est bien là, comme en 2008 ou en 1929. Sans tomber dans le « pikettisme » primaire, il y a là quand même une ombre dans un tableau économique presque radieux.

 

 

7 janvier 2015

Charlie

 

Il y a un an Charlie… L’émotion demeure et le souvenir d’amis aussi comme Bernard Maris. Mais pourquoi faut-il que les survivants et l’équipe actuelle de Charlie gâchent ce moment en retombant dans les pires excès de leur sectarisme militant. La couverture du dernier numéro – tiré pour l’anniversaire à un million d’exemplaires – en est la triste confirmation : on y voit l’image d’un Dieu – plutôt chrétien dans sa représentation – marchant avec une Kalachnikov sous le bras : « le coupable court toujours » nous dit-on puisque pour son auteur – et pour Charlie – le coupable c’est bien Dieu, c’est bien le fait religieux au sens le plus large.

Certes, ceci permet d’éviter de se focaliser sur l’Islam et de mettre dans le même sac toutes les religions. Le journal revendique d’ailleurs son athéisme et renoue, là, avec une vieille tradition qui eut en France son heure de gloire au XIXe siècle. Pourquoi pas au fond, et il est important qu’en France de telles opinions puissent librement s’exprimer.

Mais on était en droit d’espérer mieux, plus intelligent aussi, de la part d’une publication qui a – dans le sang – acquis un statut de symbole. Charlie veut continuer comme avant, comme si rien ne s’était passé, comme lorsque c’était une publication moribonde qui vendait péniblement à 20 000 exemplaires. L’occasion eut été belle de répondre à l’intolérance religieuse par un message d’ouverture, de pardon et de compréhension. Rien de cela, mais au contraire un peu plus de haine sous le masque de la dérision. Il y a un an, nous étions tous Charlie. Aujourd’hui, je ne suis pas Charlie…

 

 

5 janvier 2015

Emploi

 

La question de l’emploi domine la rentrée d’autant plus qu’elle est une clef pour la candidature de François Hollande en 2017… À la suite des vœux du chef de l’état, on parle de former 500 000 chômeurs « aux métiers d’avenir » pour un coût d’un milliard d’euros. Ceci a-t-il quelque sens alors que l’on sait que la formation professionnelle est déjà un véritable tonneau des Danaïdes, fort juteux toutefois pour les organismes qui y prospèrent. La véritable formation est celle du début de la vie, de l’école qui doit donner les clefs du savoir à des jeunes qui vivent à l’heure du SMS et de la « novlangue ». La véritable formation – plus tard – c’est l’entreprise qui peut la donner et là il faut saluer l’insistance mise sur l’apprentissage dont la perte de vitesse est bien inquiétante.

Au-delà de l’effet arithmétique de la baisse du nombre de chômeurs, confortant la candidature de François Hollande, il n’y a là rien de bien positif si ce n’est quelques dépenses supplémentaires.

Le problème est en fait beaucoup plus celui de l’employabilité de nombre de chômeurs et en particulier des jeunes en situation d’échec. De ce point de vue, on ne peut que regretter la fatale décision de Jacques Chirac de supprimer le service national sans avoir à l’époque imaginé quelque solution de remplacement. L’accent mis aujourd’hui sur le service civil est le bienvenu, mais il manque cruellement de moyens et peut-être aussi d’un cadre d’obligations.

Apprentissage, service civil sont en tous cas des solutions beaucoup plus concrètes et efficaces que le serpent de mer de la formation qui ne sera dans le meilleur des cas qu’un cosmétique bien artificiel.

 

 

3 janvier 2016

Épiphanie

 

Dimanche de l’Épiphanie chez les catholiques. L’Évangile du jour est celui des rois-mages qui viennent adorer l’Enfant. L’évangéliste nous dit que ce sont des mages venus d’Orient. L’Orient de la Palestine, c’était probablement la Mésopotamie et les mages suivaient les étoiles depuis leurs tours comme celles de Babylone. Héritiers de cultes anciens, il s’agissait certainement de mazdéens, l’antique religion perse qui fut balayée quelques siècles plus tard par l’Islam. Leurs ultimes descendants sont ces Yesidis qui ont été les victimes de l’État islamique dans le nord de l’Irak.

Quel beau symbole que celui de cette religion qui a traversé les âges et dont trois représentants, étrangers au judaïsme, vinrent offrir de l’or, de l’encens et de la myrrhe à l’Enfant-dieu qui sera à l’origine du christianisme.

Les siècles ont passé. Les religions du Livre se déchirent. Bientôt, il ne restera plus rien ni des Yesidis, ni du christianisme oriental. Au cœur de l’Islam, sunnites et chiites s’affrontent et disparaissent les derniers témoins des racines de notre civilisation.

Il reste la légende de ces mages, Gaspard, Melchior et Balthazar, ainsi qu’on les nomma beaucoup plus tard. Ils sont l’image de la sagesse, au-delà des Hérode et des César-Auguste de l’époque. Ils rêvaient probablement d’un monde de justice et d’amour. Nous aussi…

 

 

1er janvier 2016

2016

 

Nous voici en 2016 à l’heure des vœux et un peu aussi des prévisions. En matière de géopolitique, les points de conflits sont si nombreux que l’on ne peut ici qu’en évoquer les principaux : la Syrie et l’Irak bien sûr autour de l’État islamique, le Sahel au sens le plus large, la Libye… L’Islam restera en 2016 le problème majeur de la planète et il le restera tant que ses théologiens ne seront pas parvenus à proposer une lecture moins fondamentale et plus adaptée au monde contemporain du Coran et de la Sunna. Mais l’Islam est aussi un révélateur des faiblesses politiques de la planète.

Ce sera la dernière année de la présidence Obama et les États-Unis risquent d’être encore plus absents d’une scène internationale qu’ils ont contribué à assombrir. Il y aura bien d’autres élections, peut-être même un referendum britannique ou catalan, des primaires en France et le retour des jeux politiciens. Au Brésil, malgré la crise et les doutes politiques se dérouleront des jeux olympiques, malgré le climat délétère qui règne en maints endroits de la planète sportive.

Le prix du pétrole restera déprimé et avec lui celui de la plupart des matières premières. Les taux d’intérêt remonteront un peu – mais pas beaucoup – aux États-Unis. La Chine continuera à nous inquiéter. 2016 ne devrait pas être un grand cru ni économique, ni malheureusement politique.