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CyclOpe 2015

LES MARCHES MONDIAUX

Pour qui sonne le glas ?

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2015

20 mai 2015 - Paris

CyclOpe 2014

LES MARCHES MONDIAUX

Dans le rêve du Pavillon Rouge

A l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2014

14 mai 2014 - Paris

Vient de sortir en librairie

Philippe Chalmin

"Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances"
2013

François Bourin éditeur

Les billets du jour - le blog de Philippe Chalmin

photo philippe Chalmin

 Diplômé d’HEC, Agrégé d’histoire et Docteur es lettres, Philippe Chalmin est professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Master Affaires Internationales. Il est le président fondateur de Cyclope, le principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières qui publie chaque année le rapport Cyclope sur l’économie et les marchés mondiaux. Il a été nommé en Octobre 2010, Président de l’Observatoire de la Formation des prix et des Marges Alimentaires auprès du Ministre de l’Agriculture et du Ministre de l’Économie et des Finances. Il a été membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre, du Haut Conseil des Biotechnologies et du Conseil des Ventes Volontaires. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dont parmi les plus récents « Le monde a faim » (2009), « le siècle de Jules » (2010), « demain, j’ai 60 ans, journal d’un économiste » (2011), « Crises, 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances » (2013)

15 septembre 2016

Monsanto

 

Monsanto a finalement dit « oui » à Bayer pour $ 60 milliards payés en numéraire. Le monde de l’agro-fourniture poursuit donc sa concentration après DuPont/Dow, ChemChina/Syngenta et dans le domaine des engrais l’annonce de la fusion entre Potash Corp et Agrium. Bien entendu toutes ces opérations devront passer sous les fourches caudines des autorités de la concurrence, mais entre Monsanto et Bayer les complémentarités l’emportent sur les doublons. Bayer est le numéro deux mondial des phytosanitaires et Monsanto le leader incontesté du monde des semences. Au-delà des discours classiques sur les synergies, le partenariat entre égaux ou la co-entreprise, c’est quand même le rachat de Monsanto qui est la grande surprise, un peu comme si Google rachetait Microsoft. Monsanto occupe en effet une place centrale dans l’univers des biotechnologies végétales qui sont une des clefs de l’avenir alimentaire des hommes au XXIe siècle. Mais à la différence des technologies de l’information qui vivent au rythme d’innovations dont la vitesse de propagation ne cesse de s’accélérer, le temps des biotechnologies est un temps lent parsemé d’obstacles tant culturels et éthiques que réglementaires. Monsanto en a pâti tout comme d’une communication déplorable. Le mariage avec Bayer peut se comprendre, mais on peut être dubitatif quant à ses chances de succès.

 

 

13 septembre 2016

Alstom

 

À peine lancée la campagne des primaires à droite, voilà une affaire comme les politiques – de quelque bord que ce soit – les adorent : Alstom menace de fermer son usine de locomotives de Belfort et de transférer cette activité – en recul en termes de charge de travail – sur un autre site… en Alsace, à quelques dizaines de kilomètres de là ! Et tous, comme à la belle époque de Florange et de Gandrange, de se lever pour sauver Alstom à Belfort. Le président et le Premier ministre ont fait assaut de promesses de commandes publiques, de la RATP ou de la SNCF, et on peut même se demander si ce n’était pas là l’objectif ultime de la direction d’Alstom en lançant ce pavé dans la mare aux symboles à quelques mois des échéances électorales de 2017 : obtenir quelques commandes publiques accélérées. Mais est-ce là bien raisonnable que de transférer le fardeau sur des entreprises aux finances elles-mêmes bien chancelantes. On comprend bien sûr le désarroi des salariés d’Alstom et au-delà de toute une région qui perd un de ses derniers pôles industriels, et bien au-delà encore d’une France dont la désindustrialisation se poursuit. Derrière ce transfert de Belfort à Reichshoffen, il y a le constat cruel de l’échec des politiques industrielles menées en France depuis au moins deux décennies. A soutenir des champions nationaux gonflés aux hormones des commandes publiques, on ne récolte que des déceptions.

 

 

11 septembre 2016

 « nine eleven »

 

À la sortie de la messe dominicale au Pays basque, notre curé regrette : « nous avons oublié de prier pour les victimes du 11 septembre ». « 9.11 », quinze ans déjà ! Il y a quinze ans, en fin de matinée, nous regardions ébahis ces avions s’enfoncer dans les tours du World Trade Center et ces symboles orgueilleux de Manhattan s’effondrer dans la poussière et le sang. C’était le « vieux monde » qui s’écroulait et l’islamisme qui semblait triompher. Rien ne serait plus comme avant disaient les experts et analystes convoqués à la chaine sur les écrans de télévision.

Quinze ans ce sont écoulés : la guerre s’est poursuivie en Afghanistan, a repris en Irak, s’est propagée à la Libye et à la Syrie au gré d’improbables printemps arabes. Ben Laden a été finalement éliminé et Al Qaeda bien fragilisée. Mais l’islamisme combattant est plus vigoureux que jamais avec Daesh et son califat, sa capacité aussi de frapper à Madrid, Paris ou Bruxelles.

Le 11 septembre a bien marqué une entrée en guerre, jusque-là sourde et confinée de l’Afghanistan à la Bosnie. Cette guerre a cependant peu à peu changé de visage en s’intégrant aux banlieues de l’Occident. Elle est une guerre classique en Syrie et en Irak, mais elle est de plus en plus avant tout un conflit culturel dans un Occident qui doute de lui-même. C’est là bien plus dangereux que « 9.11 ».

 

 

5 septembre 2016

Allemagne

 

« Mutti » vient de prendre une gifle ! Dans le petit Land du Mecklembourg dans l’ancienne Allemagne de l’Est dont est originaire Angela Merkel, son parti, la CDU, est arrivé péniblement en troisième position derrière le SPD, mais surtout derrière un nouveau parti de droite, plus nationaliste et surtout ouvertement opposé à la politique de la chancelière en matière d’immigration, l’AfD. L’AfD créé en 2013 a réuni un peu plus de 20 % des voix, coiffant sur le fil la CDU. En réalité, tous les partis « classiques » ont perdu quelques pourcentages au profit du nouveau venu qui rejoint ainsi la longue liste des partis populistes européens, de droite comme de gauche.

Pour autant, il y a peu de chances qu’Angela Merkel ne puisse constituer une nouvelle majorité aux élections de 2017 pour ce qui serait son quatrième mandat de chancelière. Curieusement en effet, malgré ce vote, de l’un des Länder parmi les plus pauvres, les Allemands continuent à la soutenir et près de la moitié partagent son optimisme quant à la capacité d’intégration des réfugiés : « nous pouvons le faire », ne cesse-t-elle de marteler. Et de l’autre côté du Rhin, entre polémiques sur le Burkini et manifestations à Calais, on ne peut qu’admirer cette Allemagne, qui non seulement dégage des excédents budgétaires, mais a été capable en 2015 d’accueillir un million de réfugiés. « Alles ist so gemütlich » !

 

 

4 septembre 2016

Mère Teresa

 

À Rome, canonisation de Mère Teresa. De tous les saints canonisés depuis le pontificat de Jean-Paul II, Mère Teresa est sans conteste l’un des plus fascinants, portant un message bien proche de ce François d’Assise dont le pape actuel porte le nom.

Catholique albanaise née à l’époque de l’empire ottoman, religieuse enseignante aux enfants de la bonne société de Calcutta et puis se plongeant au cœur de la pauvreté indienne, parmi les plus pauvres, mis à l’écart d’une société de castes profondément inégalitaire. Aujourd’hui 5000 missionnaires de la Charité perpétuent son apostolat, vêtues d’un sari blanc brodé de bleu, portant un voile qui est pour elle symbole d’espérance et non pas d’aliénation. En ces temps de guerres et d’incompréhension religieuse, y compris en Inde, Mère Teresa a simplement par son action su apporter un peu d’amour sans quelque prosélytisme que ce soit.

Le plus admirable peut-être, est que l’on sait aujourd’hui que la vie de cette femme fut marquée par le doute, par la sécheresse de son rapport à Dieu, que l’amour qu’elle a su porter aux autres n’a pas eu d’équivalent dans son itinéraire spirituel. En cela, elle est plus proche de nous qui cheminons bien souvent à l’aveugle.

En canonisant Mère Teresa, l’Église catholique a ouvert les bras à tous ces pauvres qui butent sur les frontières européennes et s’entassent dans des bidonvilles. Elle est entrée dans Saint-Pierre de Rome avec leur cortège.

 

 

1er septembre 2016

Apple

 

Peu d’entreprises ont autant qu’Apple atteint un statut d’icône à l’échelle de la planète. Et Steve Jobs, son « double » fondateur, compte parmi les hommes les plus admirés de la fin du XXe siècle. Apple est le modèle même de ces entreprises de Californie qui se gaussent de la « vieille » économie et n’hésitent pas à donner des leçons en termes de gestion, de management de l’innovation et même d’éthique. Sur ce dernier point au moins Apple peut effectivement servir de modèle, ou plutôt de repoussoir y compris du point de vue du contribuable américain. Avec Apple (mais il en est quelques autres), l’optimisation fiscale est devenue un art et parvenir à ne payer que 0,005 % d’impôts au malheureux Trésor irlandais tient du chef-d’œuvre. On apprend ainsi qu’Apple a $ 215 milliards de liquidités hors des États-Unis et qu’il va falloir les rapatrier et donc payer des impôts aux autorités fédérales. Quant à Bruxelles, la Commission a donné l’ordre à l’Irlande de faire payer € 13 milliards d’arriérés d’impôts à Apple. Et l’on découvre que les gentils bobos californiens sont aussi peu recommandables que les golden boys de Wall Street, que ces prétendus agneaux œuvrant pour le bien commun ne sont que des loups qui ne connaissent que la loi du plus fort. Saluons – pour une fois – l’initiative de la Commission et espérons qu’elle maintiendra sa fermeté.

 

30 août 2016

Emmanuel Macron

 

Démission d’Emmanuel Macron ! Le ministre de l’Économie brûle donc ses vaisseaux et décide de se lancer dans la campagne à la présidentielle de 2017. En réalité, il n’avait guère le choix et tous ceux qui lui conseillaient d’attendre 2022 faisaient fausse route tant en cinq années, les Français auraient oublié celui qui reste un homme sans parti. Sa seule fenêtre de tir est sans conteste la présidentielle de 2017 qu’il va aborder dans une configuration nouvelle pour la Ve république : jusque-là, en effet, les candidats indépendants n’avaient d’ambition que de témoigner et se partageaient quelques maigres pour cent de l’électorat. Pour la première fois, un homme sans parti peut ambitionner un score élevé, voire même, une présence au second tour. Dans un « petit » pays comme la France, plus que de réunions politiques et de manifestations, un candidat a besoin de réussir ses grands oraux télévisés et là, Emmanuel Macron peut faire mouche.

Il permet en tous cas de sortir d’un clivage gauche-droite qui n’a plus guère de sens, alors même que le centre a cessé d’exister. A priori, il ne mordra pas dans les électorats populistes, mais il devrait attirer tous ceux qui se refusent à un affrontement Sarkozy-Hollande arbitré par Le Pen. Les chances de succès sont minces, mais sa seule candidature est un bel acte de courage et d’audace politique. La fortune ne sourit-elle pas aux audacieux.

 

 

25 août 2016

Primaire

 

Il n’y aura pas cette année d’universités d’été des grands partis politiques français. Il est vrai que l’heure n’est plus à l’union, mais à la fébrilité des candidatures aux primaires de droite ou de gauche, ou même directement au scrutin de 2017 : Hamon, Montebourg d’un côté, Sarkozy (enfin !), Juppé, Le Maire de l’autre sans oublier Duflot puisqu’il y aura aussi une primaire chez les Verts.

La course est donc lancée ! Elle l’est presque avec les mêmes chevaux qu’en 2012 au moins en ce qui concerne la gauche. À droite, il y aura bien sûr, Nicolas Sarkozy confronté – seule nouveauté de cette campagne – à une forte opposition menée par l’instant par Alain Juppé qui n’est pas exactement un homme nouveau. Ailleurs, de Le Pen à Mélenchon, on prend les mêmes et ceci a quelque chose de désespérant comme si en cinq années de médiocrité politique, rien n’avait changé en France, comme si les Français devaient se contenter de tous ces hommes qui en leur temps ont brillé par leur incapacité à faire évoluer notre pays.

Alors, saluons au moins le sang neuf, celui de Bruno Le Maire pour l’instant distancé dans la primaire de droite et puis celui de la seule véritable inconnue de cet automne, Emmanuel Macron qui aura peut-être le courage de se lancer seul, en dehors des partis, dans une aventure certes suicidaire, mais qui aurait le mérite d’apporter un peu de fraîcheur à une campagne qui s’annonce bien terne.

 


 

20 août 2016

Burkini

 

Alors que la chaleur – et même la canicule – saisit la France, la polémique autour du « burkini » ne cesse de grossir et est en passe de devenir la grande cause politique de l’été. Curieux destin pour un vêtement inventé, semble-t-il, en 2004 par une styliste australienne d’origine libanaise dans le but initial de libérer la femme musulmane et de lui permettre de s’adonner à des loisirs dans l’espace public. Car c’est bien là le paradoxe : pour les plus rigoristes des musulmans, le burkini marque une intolérable émancipation de la femme avec en particulier son visage découvert.

Instrument de libération et même d’émancipation pour les uns, le burkini est perçu en France comme un indicateur de radicalisation religieuse, ce qu’il est dans certains cas. Mais faut-il pousser le ridicule jusqu’à l’interdire et en faire un symbole ? Ne ressemble-t-il pas aux tenues des baigneuses du début du XXe siècle et dans la mesure où il ne cache pas les formes, on peut même lui trouver une certaine dimension érotique. Que n’a-t-on dit d’ailleurs au moment de l’apparition des premiers bikinis !

En 1905, les plus extrêmes des laïcards voulaient interdire le port de la soutane ! Il en est un peu de même de ce malheureux burkini devenu un symbole de repli identitaire par la grâce de quelques édiles en mal de reconnaissance populiste. Le burkini doit rester du champ de la sphère privée, identitaire peut-être pour certains, émancipé pour d’autres. Qui sommes-nous pour juger ?

 

 

 

17 août 2016

Révolte laitière

 

La colère gronde dans l’ouest de la France chez les producteurs de lait. Depuis la suppression des quotas en 2015, l’Europe n’est plus isolée et subit de plein fouet les aléas d’un marché mondial dominé à l’exportation par la Nouvelle-Zélande dont les prix font autorité et soumis aux aléas des humeurs de quelques importateurs comme la Chine et la Russie. Sur un marché étroit par rapport à la production mondiale, le moindre écart climatique, économique ou politique peut avoir des conséquences dramatiques sur les grandes matières premières laitières comme le beurre et la poudre de lait dont les prix ont évolué entre $ 2 500 et $ 4 500 la tonne ces dernières années. Actuellement on est proche des points les plus bas et les prix payés aux producteurs par les industriels couvrent difficilement leurs coûts de production. Cette situation qui concerne toute l’Europe prend en France une tournure dramatique tant les relations entre producteurs laitiers et industriels y sont marquées au coin du féodalisme et même du servage : aucune transparence dans la fixation des prix, aucune confiance entre les acteurs, aucun dialogue au-delà des manifestations de force.

Le premier industriel français, Lactalis, est emblématique de cette attitude qui rappelle le patronat du XIXe siècle sans même l’approche sociale de l’époque. Dans ces terres de l’Ouest, où se concentre la production française de lait, règne une ambiance de jacquerie qui vient battre les murs des châteaux… non des usines !

 

 

14 août 2016

Forum social mondial

 

À Montréal, plutôt ignoré des médias, se tient le quatorzième Forum Social Mondial. On est bien loin de l’enthousiasme du premier Forum tenu en 2000 à Porto Alegre, dans le seul état brésilien que contrôlait alors le PP de Lula. Porto Alegre fut presque un moment l’anti Davos. Et puis tout cela s’est étiolé non seulement parce qu’au Brésil, le PP, arrivé au gouvernement, a été condamné à un réalisme bien éloigné des rêves de Porto Alegre, mais aussi parce que le principal initiateur du Forum, l’association française ATTAC, qui avait connu son heure de gloire, s’est embourbé dans la dérivé « castro-chaviste » du Monde diplomatique dont les dirigeants avaient joué un rôle déterminant dans l’émergence d’ATTAC et du Forum Social Mondial.

Ayant quitté Porto Alegre, le FSM a navigué sur plusieurs continents dans une indifférence de plus en plus grande. Comme la plupart des mouvements « altermondialistes » (une expression bien passée de mode), le FSM s’est recentré sur les questions environnementales et sur la lutte contre l’énergie nucléaire qui reste « payante » en termes médiatiques. C’est là une évolution déjà constatée dans les grandes conférences internationales : on ne se déplace plus pour les réunions de l’OMC par contre on noyaute la « société civile » pour les COP.C’est donc la fraction dure de cette société civile qui était à Montréal, sans grand écho, mais pour préparer d’autres échéances comme la COP 22 à Marrakech

 

 

11 août 2016

Pogba et Airbnb

 

Quelques chiffres glanés dans l’actualité estivale sans grands liens entre eux si ce n’est leur caractère improbable en rupture complète avec nos vies quotidiennes.

Ce sont d’abord les € 120 millions que le club de football anglais Manchester United a payés à la Juventus de Turin pour l’achat du jeune joueur français, Pogba. C’est là un nouveau record historique et lentement le prix du joueur de football se rapproche de ceux du marché de l’art dominé pour l’instant par les $ 175 millions payés en 2015 pour un Picasso. Au moment où quelques vrais « amateurs » disputent les Jeux olympiques dans des disciplines confidentielles pareille somme peut laisser songeur (que vaudrait Ussein Bolt ?)

Et puis, il y a les $ 30 milliards de valorisation d’Airbnb, l’une des étoiles de cette économie « collaborative » qui fait tant rêver au côté d’Uber ou de Blablacar. Le concept a remarquablement pris notamment en France, mais à ce niveau de prix cela fait quand même très cher de l’algorithme !

Il y a bien là l’univers des « manipulateurs de symboles » capable de vendre une image ou une idée pour des sommes démesurées quand on les compare aux revenus des supporters de football ou des loueurs de chambres avec petit déjeuner. Là où le vase déborde, c’est lorsque l’on ose parler d’idéal sportif ou d’économie collaborative. L’appât du gain n’est jamais pire que lorsqu’il se pare de bons sentiments.

 

 

9 août 2016

Ressources disponibles

 

Aujourd’hui, la planète vient d’épuiser ses ressources renouvelables et jusqu’à la fin de l’année elle puisera dans le patrimoine par essence limité de l’humanité. Sans chercher à contester les détails d’un calcul aléatoire, l’image est forte et le message a le mérite de la clarté. En termes de ressources naturelles et d’environnement, nous vivons à crédit et chaque année nous tirons un peu plus sur un actif limité.

Qu’il s’agisse d’énergies fossiles, de minerais et métaux ou de la couche d’ozone, notre horizon se chiffre en décennies, les écueils majeurs se situant quelque part au début du siècle prochain. Pourtant, à considérer les niveaux actuels des marchés qu’il s’agisse du pétrole, du charbon ou même des métaux et surtout l’incapacité internationale à donner un prix réaliste au carbone, on ne peut dire que les acteurs économiques subissent quelque pression que ce soit pour modifier leur comportement. Or c’est bien de la pression des marchés dont nous avons besoin pour accélérer les évolutions technologiques pour aller vers un monde « durable ». C’est de pétrole à $ 100 le baril, de carbone à $ 100 aussi la tonne de CO2 que le monde à besoin pour accélérer la transition énergétique et le recours à une économie de plus en plus circulaire.

Par le passé, ce sont les bonds technologiques qui ont permis à l’humanité de répondre aux défis qui furent les siens. Il n’y a pas de fatalité au déclin, mais on aurait bien besoin d’un coup de pouce de la main invisible des marchés !

 

 

8 août 2016

Céréales en France

 

Mauvaise nouvelle pour l’agriculture française : la récolte de céréales – et notamment de blé – s’annonce catastrophique avec des rendements en baisse en moyenne de 30 % (et même de 50 % dans certaines régions) et une production qui serait inférieure de plus de 10 millions de tonnes à 2015. Le problème est que le mauvais temps n’a vraiment touché que la France et qu’au niveau mondial la production de blé devrait battre un nouveau record grâce notamment aux États-Unis et à la Russie : résultat les cours des céréales continuent à baisser et les producteurs français ne pourront compenser par les prix leur diminution de production. Aux niveaux actuels (€ 165/170 la tonne fob Rouen ce qui fait moins de € 150 bord champ) de nombreux céréaliers ne couvrent pas leurs frais de production.

Bien sûr dans de tels cas on se tourne vert l’état (Bruxelles ou Paris) mais celui-ci est quelque peu démuni. Et puis on peut faire valoir que les céréaliers viennent de connaître – depuis 2007 – quelques belles années. Le problème est qu’ils n’ont pas la possibilité, comme des entreprises normales, de constituer des provisions pour fluctuations des cours. Malgré les demandes réitérées, « Bercy » s’est toujours refusé à cette réforme de bon sens. Alors, les agriculteurs achètent du matériel pour se faire des amortissements. Mais il faut bien payer un jour lorsque les prix sont bas et les rendements faibles…

 

 

6 août 2016

Jo à Rio

 

Ouverture des Jeux olympiques à Rio. Rarement, le contraste aura été aussi grand entre la vanité hypocrite de ce rassemblement commercial au nom de valeurs sportives bafouées au quotidien et le désarroi d’un pays confronté à une crise politique et économique majeure. Les Jeux auraient dû être le couronnement et l’apothéose de l’ère Lula, l’homme qui avait transformé le Brésil en un pays émergent et qui avait tourné la page du populisme et de la corruption. Le Brésil était le troisième grand émergent de la planète et après la coupe du monde de football, les Jeux apparaissaient comme une légitime consécration. Et au fond y avait-il une grande différence entre le Carnaval de Rio et des Jeux Olympiques saisis de mégalomanie ?

Mais voilà, tout s’est retourné : Dilma Roussef a été « empêchée » ; l’économie brésilienne est en récession depuis maintenant près de deux ans ; les prix des matières premières – pétrole, fer, grains – se sont effondrés ; le chômage a plus que doublé. La fête olympique aura bien lieu, mais sur des sites hâtivement bâtis en expropriant quelques favelas.

Certes, pour quelques sports peu médiatisés, les jeux représentent un rendez-vous essentiel et bienvenu. Mais pour les autres, il ne s’agit souvent – à l’image du tennis, du golf ou du basket – que d’une compétition secondaire qui ne mérite guère pareille célébration. Et là, à Rio, encore moins qu’ailleurs. La France est candidate pour les jeux de 2024. N’y a-t-il pas dans notre pays de chantiers plus urgent que pareille illusion ?

 

 

 

1er août 2016

Le « terrorisme » de l’argent

 

De retour des Journées mondiales de la Jeunesse de Cracovie, le pape François s’est entretenu à bâtons rompus avec les journalistes dans l’avion à propos du terrorisme et des religions. Avec juste raison, il a souligné que la violence n’était pas un monopole de l’islam et que toutes les religions avaient eu ou avaient encore leurs violences. Mais il est allé plus loin : « quant au centre de l’économie mondiale il y a le dieu argent et pas la personne c’est cela le premier terrorisme qui s’attaque à la merveille de la création. C’est un terrorisme de base contre toute l’humanité ».

Voilà un raccourci qui rappelle un peu trop les blocages du catholicisme romain face aux questions économiques et aux relations à l’argent : cette image de l’argent sale et corrupteur que l’on retrouve tout au long de l’histoire de l’Église non sans une certaine ambiguïté. Les encycliques de Jean-Paul II et surtout de Benoît XVI avaient permis de tourner un peu la page, mais François revient en arrière comme peut le faire un jésuite argentin marqué par la faillite de son pays et même en partie du continent. Comme le dit le Christ dans la parabole du serviteur infidèle ou dans celle des talents, l’argent est un outil au service de la création : il n’est ni dieu ni diable. Bien sûr, l’homme compte avant toute chose, mais l’histoire nous enseigne que c’est durant les périodes d’économie de marché que la condition matérielle des hommes a progressé. Difficile de voir là quelque terrorisme…

 

26 juillet 2016

Mort d’un prêtre

 

Mort d’un prêtre. En un petit matin dans une banlieue ouvrière de Rouen, un prêtre a été égorgé alors qu’il célébrait la messe, par deux adolescents en mal de djihad. L’horreur qui nous apparaissait lointaine et irréelle dans les vidéos de l’état islamique est maintenant proche et presque quotidienne. Quelle dérision que de s’attaquer ainsi à un vieux prêtre d’une paroisse particulièrement engagée dans le dialogue avec l’Islam. Non bien sûr, ce n’est pas là l’Islam et cet islamisme-là n’en est que la caricature. Mais il ne suffit plus maintenant de le dire comme l’ont fait tous les responsables musulmans français. Il ne suffit pas de s’en laver les mains de ces hérétiques et de compatir avec les chrétiens et les juifs. Il faut maintenant que la communauté musulmane réagisse, qu’elle fasse la police de ses mosquées, qu’elle cesse de fermer les yeux sur les radicaux sous le prétexte qu’ils sont des frères, qu’elle ne tolère plus des imams étrangers sous le prétexte de financements plus ou moins obscurs.

Les catholiques ne peuvent réagir que par l’amour et le pardon. La république a atteint ses limites en matière de répression et d’état d’urgence. La dernière carte est dans les mains des musulmans eux-mêmes qui doivent rejeter la chape du néocolonialisme religieux qui les paralyse aujourd’hui. C’est à l’Islam de combattre l’islamisme.

 

 

25 juillet 2016

Un milliard d’Iphones

 

Il y aura bientôt un milliard d’Iphones dans le monde, ou au moins un milliard vendus depuis 2007 sachant que certains utilisateurs en sont probablement à leur troisième ou quatrième version. Et si à l’iPhone on rajoutait toutes les copies et imitations à l’image de Samsung et quelques autres, on doit reconnaître le génie de Steve Jobs qui a mis au monde ce que l’on peut considérer comme l’icône de ce début de XXIe siècle, le Smartphone. Alors que tour à tour Motorola, Nokia, BlackBerry disparaissaient, Apple a su créer un produit vite devenu indispensable alliant une certaine beauté du contenant à l’infinie variété des contenus. Alors que le Mac n’avait pu détrôner les ordinateurs utilisant Microsoft, l’iPhone a fait longtemps le vide autour de lui. Ce succès porte cependant ses signes de faiblesse : l’iPhone représente 60 % des revenus d’Apple et il est maintenant imité et dans certains cas presque dépassé. La « rente » de l’iPhone ne durera plus longtemps et ce sera le vrai test pour les successeurs de Steve Jobs. Quelle nouvelle icône inventer ? Jusqu’où pousser la digitalisation de notre société ? Le temps des innovations dans le champ des technologies de l’information est de plus en plus court et le terrain de jeu est mondial. Pour l’instant Apple fait encore la course en tête. Pour combien de temps ?

 

 

20 juillet 2016

CNUCED

 

Personne n’en parle et aucun journal n’a pris la peine d’envoyer même un pigiste courir à Nairobi la quatorzième Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED ou UNCTAD en anglais). Pourtant, c’est à Nairobi que s’était tenu en 1976, il y a quarante ans, la quatrième CNUCED. C’était alors la grande époque du dialogue nord-sud et on était en plein choc sur les marchés des matières premières (un choc un peu identique à celui que les marchés ont connu de 2006 à 2014). À Nairobi fut lancé un grand programme de stabilisation des marchés de matières premières dans une optique de garantie des revenus des producteurs : c’était la célèbre révolution 93 (dite 93-IV) qui prévoyait la mise en place s’un « programme intégré des produits de base » (PIPB) avec un Fonds Commun qui aurait été presque l’équivalent de la Banque Mondiale et dix-huit accords spécifiques pour les matières premières essentielles au Tiers-Monde : agriculture et métaux, le pétrole – alors cartellisé par m’OPEP – n’étant pas concerné.

Ce fut un gigantesque échec à la fois sur le plan de la méthode, des conflits politiques et de la conjoncture des marchés. Plus aucun accord-produit ne fonctionne aujourd’hui et la CNUCED peine à trouver encore quelque légitimité, à l’ombre de l’OMC. Le temps des accords internationaux semble bien révolu et manifestement la CNUCED n’intéresse plus guère. Dommage quand même !

 

 

 

17 juillet 2016

Turquie

 

L’attentat de Nice a occulté un événement majeur dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences : la tentative de coup d’État militaire en Turquie et la victoire du président Erdogan, devenu en quelques heures un parangon de toutes les vertus démocratiques.

D’où venait le coup d’État ? Des milieux islamiques de l’ancien mentor d’Erdogan ou bien de la vieille garde des militaires Kemalistes, et peut-être des deux à la fois. Mal préparé, le coup a échoué et Erdogan en est sorti renforcé, fort même du soutien de tous les partis représentés au Parlement, y compris les Kurdes. Rien ne s’oppose plus à ce qu’Erdogan instaure en Turquie un régime présidentiel quasi dictatorial et pousse un peu plus loin les pions de son islamisme modéré, mais bien ambigu.

Il serait en effet trop simple de réduire le problème turc à un affrontement entre une laïcité soutenue par l’Armée et un islamisme même modéré. Il faut y introduire le nationalisme turc et ses relations ambiguës avec l’Europe et surtout la Grèce (et le problème de Chypre), l’héritage ottoman et le non-dit du génocide arménien sans oublier bien entendu les Kurdes. Erdogan fait un peu le grand écart entre le « Grand Turc » (au zénith de l’Empire ottoman) et Mustapha Kemal qui sauva la Turquie de la honte de Versailles. L’échec du coup d’État le renforce, mais il n’est pas sûr qu’il saura profiter de cet état de grâce.

 

 

15 juillet 2016

Nice

 

Sinistre rappel à l’état de guerre que vit désormais la France depuis bientôt deux ans : Nice, la promenade des Anglais, juste après les feux d’artifice du 14 juillet, 84 morts…

L’horreur est là totale d’autant plus qu’il n’y a pas de mise en scène sophistiquée, de bombes ou d’armes de guerre : un simple camion lâché au milieu de la foule, un homme peut-être seul, l’entrée dans la folie ordinaire, celle des « assassins » au sens le plus historique de la secte de XIIe siècle.

Et au lendemain de Nice, la même horreur que le Bataclan ou Charlie, mais  l’union nationale a fait long feu, les politiques se fustigeant les uns et les autres alors que seul le silence serait convenable.

Pourtant des trois grands attentats, celui de Nice est celui dont les répercussions pourraient être les plus profondes : il n’y a pas là de cellules dormantes, de prédicateur commandité par Daesh. Il y a ce monde bien connu de la petite délinquance des cités, de la fracture sociale, d’une religion mal comprise et digérée débouchant sur la violence aveugle de pulsions suicidaires. L’attentat de Nice nous touche par sa cruelle banalité qui a permis à son auteur de déjouer tous les systèmes de sécurité. Il fait peur tant au fond il serait facile à reproduire, tant le passant, le voisin, l’inconnu peuvent frapper à tout moment de manière aussi aveugle.

C’est en cela que la banalité porte l’horreur absolue qui a frappé la Promenade des Anglais en ce 14 juillet.

 

 

13 juillet 2016

Irlande

 

L’Irlande vient de réviser ses comptes pour 2015. Finalement, la croissance économique aura été cette année-là de +26,3 % ! C’est un record historique, mais aussi un chiffre presque ubuesque mettant simplement en évidence l’avantage comparatif du parasitisme fiscal.

On compte en effet dans le PIB irlandais en 2015, le chiffre d’affaires de toutes les multinationales qui utilisent l’Irlande comme boîte postale et fiscale en y localisant de manière artificielle leur siège européen. Il n’y a pas là d’activité réelle. Par contre, l’Irlande a profité de véritables délocalisations, plus anciennes celles-là, liées là aussi à des considérations fiscales et sociales et puis à la culture anglo-saxonne : sans espérer attirer la City à Dublin, l’Irlande devrait prendre sa part des migrations économiques post-Brexit.

Alors tant mieux pour l’Irlande et puis tant pis pour l’Europe. Car ce chiffre aberrant c’est la démonstration par l’absurde du détricotage européen. L’absence de règles ne peut qu’encourager les passagers clandestins et les comportements opportunistes. Il ne sert à rien de condamner Google ou l’Irlande qui se contentent d’optimiser l’inexistant.

Jusque-là, les dirigeants européens se réfugiaient derrière une – réelle – opposition britannique. Celle-ci, disparue, il va falloir agir. Pour l’instant, l’Irlande en profite…

 

 

11 juillet 2016

Le Royaume Uni

Theresa May sera donc après demain la cinquante-quatrième premier ministre de sa gracieuse majesté, la reine d’un Royaume encore uni. Reconnaissons au système politique britannique un incontestable pragmatisme qui a permis au pays de sortir d’une crise institutionnelle majeure et de lui éviter de s’embourber dans des primaires dont les relents n’auraient pas manqué d’être fort nauséabonds.

Curieux hasard, une fille de pasteur, sans enfants, va se retrouver face à Angela Merkel, elle aussi fille de pasteur et sans enfants. Comme Margaret Thatcher, Theresa May est un fruit d’une méritocratie britannique moins limitée qu’on ne le croit en France : elle est passée par Oxford et a même fait un peu de finance.

Elle va avoir la lourde tâche de gérer le Brexit, ce qui va se traduire par un recul de la croissance britannique et par le renforcement de déséquilibres à la fois économiques, budgétaires et surtout sociaux : derrière l’apparent succès d’un taux de chômage à 5 %, la misère est réelle dans l’Angleterre profonde que filme Ken Loach et qui vient de voter massivement pour le Brexit, peut-être moins contre l’Europe que contre le libéralisme à la Cameron. Dans ses premiers propos, la nouvelle « dame de fer » a marqué nettement une inflexion sociale dans son discours. À suivre.

 

 

10 juillet 2016

Lecture d’été

 

L’agrément d’un séjour quelque peu forcé dans une chambre d’hôpital est que l’on peut y lire, en oubliant même les étapes pyrénéennes du Tour de France à la télévision.

Il s’est agi d’abord de terminer la trilogie romanesque de Marc Dugain consacrée à la vie politique française : médiocre et sans grand intérêt. Certes, tous les personnages existent – ou au moins des parties d’entre eux – et l’on s’amuse à épingler Henri Proglio, Anne Lauvergeon et nombre de politiques plus ou moins emblématiques. Mais il n’y a pas de souffle et Dugain se contente d’un vernis cultureux qui lasse à la longue. Passons et oublions…

La révélation de mon séjour ce fut « La septième fonction du langage » de Laurent Binet qui est un merveilleux délire partant d’une enquête improbable au lendemain de la mort de Roland Barthes en 1980. C’est une occasion de plonger dans le monde des intellectuels français de l’époque, le jeune BHL côtoyant Althusser ou Derrida, de rire avec une bonne trentaine d’années de recul de leurs ridicules (seul Umberto Eco échappe à peu près au massacre). Voilà un livre comme je n’en avais pas lu depuis des années.

Et puis un petit bijou : un court texte retrouvé d’Hermann Hesse sur Saint François d’Assise. Laudato Si !

 

 

8 juillet 2016

Barroso

 

José Manuel Barroso, l’ancien président de la Commision Européenne rentre chez Goldman Sachs. Ce pantouflage suscite l’indignation à peu près générale de la classe politique française et un peu européenne. Et cette indignation est parfaitement justifiée.

Barroso n’aura certes guère marqué l’histoire européenne. Premier ministre portugais, il était parvenu à la présidence de la Commission parce qu’il représentait un « plus petit commun dénominateur » et qu’il ne risquait pas de faire de l’ombre aux « grands pays ». Ce n’était pas de sa faute, mais le temps n’était plus aux visionnaires à la Delors. Il ne fit là aucune vague, affronta la crise grecque plutôt bien que mal (les Grecs qui avaient été conseillés par Goldman Sachs…), mais se révéla incapable de porter quelque projet que ce soit. C’est avec Barroso que la Commission s’est vraiment enlisée dans sa dérive bureaucratique.

Voilà donc Barroso qui s’imagine un destin affairiste à la Blair et qui pousse la pire des portes, mais celle où le denier de Judas est le plus confortable.

Aux États-Unis, pareil pantouflage serait culturellement impossible : un homme politique à la retraite s’engage dans le caritatif ou les fondations, donne des cours. Imaginerait-on un ancien vice-président américain travaillé pour une banque chinoise ? Quel coup de pied de l’âne pour l’Europe !

 

 

5 juillet 2016

CyclOpe Afrique

 

 

Présentation de l’édition spéciale que CyclOpe consacre à l’Afrique en 2016. Ce « CyclOpe-Afrique » est sous-titré d’une phrase d’un poète et diplomate sénégalais Birago Diop : « Leurres et lueurs ».

Pour l’Afrique, les matières premières demeurent essentielles, voire fondamentales pour l’économie d’une bonne moitié des pays du continent. Pourtant l’Afrique pèse peu sur les marchés mondiaux à l’exception de quelques produits comme le cacao ou le thé. Ainsi l’Afrique ne pèse-t-elle que 3 % de la consommation mondiale d’énergie ; elle a perdu de beaucoup de son importance dans le domaine minier (à l’exception des phosphates du Maroc) malgré l’importance de son potentiel ; et elle est toujours loin de l’autosuffisance alimentaire. Même du point de vue environnemental, la situation est inquiétante : la déforestation en République Démocratique du Congo est plus importante chaque année que dans l’Amazonie brésilienne !

Bien entendu, le problème le plus fondamental reste celui de l’état de droit qui existe bien peu et qui est menacé par l’exploitation de ces matières premières dont le pouvoir corruptif demeure entier. Ce n’est pas là propre à l’Afrique, mais c’est en Afrique que le problème est le plus aigu comme une cruelle illustration de la malédiction des matières premières.

 

 

4 juillet 2016

Michel Rocard

 

Avec Michel Rocard, c’est encore un pan de nos illusions de jeunesse qui disparaît : on a un peu oublié en effet le temps où le leader du PSU, partisan de l’autogestion et du « modèle » yougoslave, campait, lors des élections présidentielles de 1969, presque à l’extrême gauche de l’échiquier politique.

Pourtant, il eut le parcours le plus classique du monde politique français de l’époque : Sciences Po ; Ena, inspection des finances, un moule qui a formé certes les meilleurs, mais pas forcément les plus pragmatiques. Michel Rocard était, avant tout, un intellectuel : j’ai eu le privilège de débattre avec lui un soir au Temple de l’Étoile sur un thème qui deviendra fondamental quelques années plus tard : « Y a-t-il des inégalités légitimes ? » Il était brillant, mais, à l’époque en tous cas, se réfugiait plus que de raison dans l’univers de la théorie.

On ne pouvait pas ne pas aimer Michel Rocard tant intellectuellement il représentait le modèle français dans sa meilleure, mais aussi dans sa pire expression. Son bilan politique est bien maigre, à l’image d’ailleurs d’un Pierre Mendes France, l’autre fulgurance de la gauche française.

C’est l’honneur de la France que de produire des élites politiques pareilles. C’est aussi son problème.

 

 

3 juillet 2016

40 ans de mariage

 

C’était le 3 juillet 1976, l’année de la sécheresse et de son impôt. Il faisait très chaud en Béarn dans une petite église sur le chemin de Saint-Jacques où nous nous sommes mariés, Agnès et moi, il y a quarante ans donc.

Quarante années se sont écoulées et nous voilà encore passant le relais à nos trois filles et à nos neuf petits-enfants : quarante années de bonheur avec bien sûr des crises, des hésitations, mais que de moments forts aussi et puis au cœur de nous-mêmes la force de cet engagement dans la durée, dans cette indissolubilité qui fait la grandeur du mariage dans l’Église catholique.

En une époque où trop souvent l’engagement a une durée de vie aussi courte qu’une génération de « smart phones » et où la recomposition des familles est célébrée comme une nouvelle norme, tout ceci peut paraître un peu anachronique. Il n’y a bien sûr aucun modèle absolu, mais l’union d’un homme et d’une femme, la fondation d’une famille représentent encore aujourd’hui une des plus belles aventures de l’existence, une aventure qui vaut d’être entreprise et qui dure encore quarante ans plus tard.

Tolstoï, dans Anna Karenine, disait que « tous les couples heureux se ressemblent alors que les malheureux le sont de manière différente ». C’est toujours d’actualité.

 

 

1er juillet 2016

La Somme

 

Le centenaire de la bataille de la Somme tombe au beau milieu du Brexit et alors que les partis politiques britanniques se déchirent : pourtant c’est bien ce genre d’horreur que la lente construction de l’Europe à partir de 1951 (le 18 avril et la signature du traité de Paris créant la communauté du charbon et de l’acier) a permis d’éviter pour ma génération et celles qui nous suivent.

Le 1er juillet 1916 s’ouvrit la bataille la plus sanglante – et la plus vaine – de toute la Première Guerre mondiale : 20 000 Britanniques furent tués ce jour-là et en quatre mois c’est plus d’un million d’hommes qui disparurent (1,2 million de tués et blessés en 141 jours). La Somme fut bien pire que Verdun, plus internationale aussi avec toutes les troupes de l’Empire britannique dont le souvenir marque tant la cathédrale d’Amiens.

Peut-on imaginer pareille boucherie, pareil mépris de l’humanité par tant de galonnés « viandards » avides de gagner quelques mètres de tranchées. Et comment, en songeant à la Somme ou à Verdun, peut-on vouloir aujourd’hui tourner le dos à l’Europe ? Ce sont ces mêmes Britanniques qui ont tenu sur la Somme, et craqué à Dunkerque quelques années plus tard, qui viennent de poignarder un peu l’Europe dont l’origine tient dans la réconciliation franco-allemande. Cette année les coquelicots sont bien fanés.

 

29 juin 2016

Europe

 

On aurait aimé être une petite souris hier soir et assister au dernier dîner de David Cameron avec ses 27 collègues de l’UE : un dîner qui – dit-on – fut assez gai, mais marqué quand même au coin de l’amertume avec un Cameron accusant implicitement ses collègues de ne pas l’avoir assez soutenu sur le dossier de l’immigration et de la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de l’UE. L’amertume était compréhensible même si elle fait encore moins regretter le calvaire qu’aurait été la négociation de la mise en œuvre des accords de février 2016 si le Bremain l’avait emporté.

La balle est maintenant dans le camp des 27 qui ne doivent pas attendre le déclenchement formel du départ britannique avec le recours à l’article 50. Au contraire, la fermeté européenne et les difficultés britanniques doivent être un message fort pour tous ceux qui en Europe rêvent, eux aussi, de sortir. Le Brexit a au moins le mérite de mettre un terme à une situation ambiguë et de montrer aussi que la sortie de l’Europe implique des ruptures fortes aux conséquences économiques majeures.

Ceci étant, l’Europe ne peut être une prison. Il faut lui redonner le souffle nécessaire, aller plus loin en utilisant un principe de subsidiarité trop souvent bafoué par la technocratie bruxelloise. À 27, cela reste compliqué et c’est probablement du noyau dur de la zone euro que pourra venir la dynamique nécessaire. Au moins, espérons-le !

 

 

27 juin 2016

Brexit bis répétât

 

Il est des symboles bien cruels. Ce soir, c’est l’élimination-surprise de l’Angleterre par l’Islande en huitième de finale de l’Euro de football : l’Islande, un pays minuscule au bord de la faillite en 2009 et qui, il y a quelques mois avait décidé de mettre un terme à sa candidature à l’Union européenne ! Après le Brexit, cette défaite a remué un peu plus le couteau dans la plaie de tous ces Britanniques qui se sont réveillés un peu orphelins au lendemain du referendum. Il est en effet frappant de constater que ni les vaincus, ni surtout les vainqueurs de ce scrutin n’avaient envisagé de manière réaliste et pragmatique les conséquences d’une victoire du Brexit. Boris Johnson semble tout aussi désarmé face à l’Europe que les malheureux footballeurs anglais face à l’Islande : passes incertaines, déclarations maladroites. La fin du match a été sifflée, mais personne ne veut quitter la pelouse rêvant d’une improbable troisième mi-temps ou d’un deuxième referendum, voire d’un vote au Parlement. Tel est d’ailleurs le ton, non des journalistes sportifs, mais des analystes politiques britanniques et même américains. Malheureusement, il n’y aura pas de match retour au moins pour l’Angleterre, car il pourrait y avoir un rattrapage pour nos vaillants Écossais. Mais pour Albion, « It’s game over ».

 

 

25 juin 2016

L’Europe au pied du mur

 

Le Royaume-Uni parti, l’Europe a perdu son bouc émissaire préféré ! Que de fois en effet n’a-t-on accusé les Britanniques de la responsabilité de la paralysie des institutions européennes. Certes Londres a bloqué nombre de dossiers et a contribué à l’affaiblissement de l’Europe. Une assez jolie « uchronie » nous a été proposée : que se serait-il passé si le non l’avait emporté au referendum britannique de 1975 ? L’Europe sans le Royaume-Uni aurait-elle su se bâtir une légitimité institutionnelle suffisante pour réussir les différentes phases de l’élargissement : la dernière – celle des PECO – aurait-elle eu lieu ?

Mais l’heure n’est pas à l’uchronie alors que partout en Europe, les adversaires de l’Union se réjouissent. La balle est maintenant dans le camp des dirigeants européens. Tout ce que les Britanniques ont combattu doit être relancé : l’Europe fiscale, sociale et puis surtout – au moins pour la zone euro – l’approfondissement institutionnel. Il faut donner au fait européen une légitimité politique et aller en fait vers plus de fédéralisme. Le problème est que les dirigeants européens font bien pâle figure à la notable exception de la chancelière allemande. Italie, Espagne, Benelux ne pèsent guère et en France, la paralysie politique s’ajoute à la médiocrité des hommes. Les Britanniques partis, l’Europe doit aller de l’avant ou disparaître.

 

 

24 juin 2016

Brexit 2

 

Brexit ! À la surprise générale, aux premières heures du jour, c’est donc le refus de l’Europe qui l’a emporté et de manière suffisamment importante (presque 52 %) pour qu’il n’y ait pas de contestation. Les tenants de l’Europe, l’establishment politique et économique, les milieux académiques, les jeunes sont « KO debout » alors que les vainqueurs ont le souffle coupé de leur audace et de ce que cela signifie pour le Royaume-Uni : un Royaume qui risque de l’être de moins en moins. Les Écossais ont voté pour rester européens et les tentations indépendantistes vont certainement refaire surface.

Avec le Brexit, l’Angleterre – et c’est le vote anglais qui a été déterminant – a tout à perdre sur le plan économique et bien sûr peu à gagner même en ce qui concerne les migrations. Mais qui parle de raison ? Le précédent « Brexit » avait eu lieu en 1534 lorsque Henry VIII décida de rompre avec Rome pour régler ses problèmes matrimoniaux. En 2016, Boris Johnson a joué le Brexit pour éliminer Cameron et il a gagné au moins la première manche.

Laissons les Britanniques régler leur problème et acceptons leur vote y compris dans ce qu’il comprend de critiques – fondées – sur une Europe qui n’a pas su faire rêver ni d’un côté ni de l’autre de la Manche.

 

 

23 juin 2016

Brexit 1

 

 

Actualité oblige, le vote britannique sur le « Brexit » fait la une et nombre de médias ont fait le voyage de Londres pour essayer de comprendre les curieuses mœurs politiques d’outre-Manche. La tenue de ce referendum est une promesse de David Cameron qui l’avait utilisée pour se rallier la frange eurosceptique des conservateurs, neutraliser l’UKIP et écraser le labour aux dernières élections. Et voilà qu’il a contre lui quelques-uns des poids lourds des tories et le premier d’entre eux, le flamboyant ancien maire de Londres, Boris Johnson. Le soutien bien tiède du travailliste Jeremy Corbin ne lui sera d’aucun secours.

En toute logique, les Britanniques devraient pourtant voter pour rester dans l’Europe : certainement pas par passion, mais par raison : l’accord de février 2016 leur a donné tous les avantages de l’Europe en gommant l’essentiel des contraintes. Ils ont tout à perdre avec le Brexit et franchement pas grand-chose à gagner. Ce serait là se tirer une balle dans le pied et les marchés n’y croient guère comme le montre la bonne tenue du sterling aujourd’hui probablement encouragée par les sondages commandés par les banques.

À 23 h 30, alors que l’on quitte les studios de télévision après un ultime débat, le « Bremain » semble devoir l’emporter assez largement même si les sondages « sorties des urnes » n’existent pas vraiment au Royaume-Uni. La nuit promet d’être longue.

 

 

21 juin 2016

Edgard Pisani

 

Avec Edgard Pisani, c’est un des pères fondateurs de l’Europe agricole qui disparaît. Ministre de l’Agriculture du général de Gaulle au début des années soixante, s’il ne négocia pas les principes fondateurs de la Politique agricole commune, il en détermina  la mise en œuvre et notamment en 1962 la mise en place des premiers règlements européens. Mais surtout en France, il fut à l’origine des grandes lois qui au début des années soixante contribuèrent à la modernisation de l’agriculture française, à cette « révolution silencieuse » dont parlait Michel Debatisse qui fut – en face de lui – le président des Jeunes Agriculteurs, puis de la FNSEA.

Par la suite, commissaire européen en charge du développement et des relations avec ce que l’on appelait le Tiers Monde, puis ministre responsable de la Nouvelle-Calédonie, il garda un intérêt marqué pour les questions agricoles. À la fin des années quatre-vingt-dix, il réunit ainsi un groupe d’une vingtaine de responsables agricoles et de chercheurs pour réfléchir à ce que pourraient être l’agriculture et les politiques agricoles dans l’Europe du XXIe siècle. Le document que nous avons alors publié de ce « groupe de Seillac » fut à l’origine des grandes évolutions de la PAC même si sa logique en fût trop souvent trahie par des contingences politiques. Mais là aussi Edgard Pisani avait été un visionnaire.

 

 

20 juin 2016

Rente pétrolière

 

La chute du prix du pétrole continue à faire des victimes : après le Vénézuéla qui n’en finit pas de s’effondrer, voilà le Nigéria contraint de dévaluer la naira en la laissant flotter : résultat, en quelques heures, un effondrement de 40 %. Le Nigéria, dont on célébrait la résilience il y a quelques mois encore, tombe victime de cette inexorable malédiction des matières premières qui frappe les producteurs en particulier d’hydrocarbures.

Bien sûr, il n’y a pas que le Nigeria. En 2015, les producteurs membres de l’OPEP ont enregistré un déficit public combiné de $ 99 milliards après un excédent de $ 238 milliards en 2014. C’est là le premier déficit enregistré depuis 1998. En 2015, leurs recettes d’exportation furent de $ 518 milliards (en baisse de 45 %) et 2016 ne s’annonce guère plus favorable avec un baril de Brent pour l’instant en moyenne au-dessous de $ 40.

Or là où il y a du pétrole – et du gaz –, il n’y a en général rien d’autre : industrie et même agriculture ont disparu. Quelques émirats de pacotille peuvent faire illusion, mais pas les pays les plus peuplés bien souvent ravagés par des conflits ethniques, ou religieux, mais en fait liés à la répartition de la manne pétrolière comme c’est le cas aujourd’hui au Nigéria, ce qui contribue à faire remonter le cours du baril : du pétrole et des larmes.

 

 

16 juin 2016

Orthodoxie

 

Cela aurait dû être un événement historique comme il n’y en avait pas eu depuis un millénaire, depuis le temps où à Constantinople, un patriarche – fortement lié à l’empereur – était le pasteur de l’Église orthodoxe. Depuis 1453, le patriarche de Constantinople n’est plus dans l’orthodoxie que « primus inter pares » et plus d’une dizaine d’églises autocéphales ont vu le jour, souvent turbulentes et fort nationalistes. Et puis Moscou est devenue la nouvelle Constantinople et là au moins il y avait un empereur sur lequel s’appuyer. Depuis plusieurs siècles déjà, l’histoire de l’orthodoxie est celle de querelles de clocher, de relations ambiguës avec les pouvoirs politiques, de persécutions aussi, de compromis un peu.

Alors la nouvelle de la tenue d’un concile panorthodoxe réunissant en Crète les quatorze églises et patriarcats orthodoxes à l’invitation du patriarche de Constantinople était une belle promesse d’autant plus que la voix de l’orthodoxie est trop souvent inaudible sur les grandes questions de notre planète.

La rencontre de Crète a bien commencé aujourd’hui, mais quatre églises manquent : les Bulgares, les Géorgiens, Antioche et surtout Moscou. Le patriarcat russe a trouvé là quelque mauvaise raison pour s’abstenir probablement sur l’ordre du Kremlin. Rénovant avec la tradition des tsars, Vladimir Poutine aura vu d’un mauvais œil cette internationalisation de la foi orthodoxe sous la bannière de Constantinople et l’Église russe a fait preuve de sa servilité habituelle. Dommage.

 

 

13 juin 2016

Linked-In

 

Chaque jour, trois ou quatre personnes me proposent de devenir un membre de leur réseau Linked-In. Bonne pâte, j’accepte sans vraiment saisir l’intérêt de ce réseau virtuel supplémentaire. Cela ne me coûte rien et si cela peut leur faire plaisir… Mais mes deux ou trois mille contacts apportent un peu d’eau à un moulin que Microsoft vient de payer $ 26 milliards en numéraire.

Linked-In comptait au début de 2016 plus de 400 millions d’utilisateurs dans le monde, ou du moins de personnes inscrites comme votre serviteur. C’est un peu le Facebook du professionnel qui intéresse les entreprises pour leurs recrutements. De là à dire que cette immense base de données peut valoir $ 26 milliards !

Linked-In est racheté par Microsoft, la « vieille » star des technologies de l’information, longtemps en situation de monopole naturel qui cherche désespérément à réinventer son modèle de manière quelque peu désordonnée. Le rachat de Nokia (plus de $ 5 milliards en 2013) a été une coûteuse erreur et montre bien que n’est pas Apple qui veut. Microsoft a eu la main plus heureuse avec Skype et plus récemment avec le jeu virtuel Minecraft du Suédois Mojang. Tout ceci ne fait pas une stratégie et montre bien la fragilité d’entreprises dont le cœur de métier est en permanence remis en cause par l’évolution des technologies et des modes de communication. C’était probablement le moment de vendre Linked-In. Mais de l’acheter ?

 

 

11 juin 2016

Football

 

Début de l’euro : la France va vivre « foot » pendant trois semaines et les politiques (ceux au pouvoir notamment) rêvent que les jeux du stade (ou du cirque) prennent un moment le pas sur les soucis du quotidien, sur les grèves, les inondations et la malgouvernance.

Il y a plus de trente ans, en 1984, l’Euro de football n’avait guère dépassé les pages sportives des quotidiens. Il en fait maintenant la une, numéros spéciaux et premières de couverture à l’appui. Hier, pour le premier match – petitement gagné par les Bleus contre la Roumanie – la France était à l’arrêt et dans la rue on entendait les rugissements des spectateurs devant leur télévision à la moindre action offensive. Pour une fois aussi, les casseurs ne sont pas Français, mais des hooligans anglais ou russes.

La manipulation politique est bien sûr grossière. Les grèves s’accumulent : à peine oubliées les raffineries et essouflés les cheminots, voilà les éboueurs et – cerise sur le gâteau – les pilotes de ligne. Le moral des Français est au plus bas tout comme la côte de popularité de l’exécutif. Alors, après les inondations, le foot n’est-il pas un dérivatif idéal pour les tensions françaises. Et si d’aventure, la France gagnait, comment ne pas rêver à l’épopée des « Blacks, blancs, beurs » de 1998, au temps révolu de la cohabitation Chirac/Jospin et de 4 % de croissance pour le France. Au-delà des races, des religions et des milieux sociaux, le foot est la seule vraie passion française, le seul creuset de notre communauté. C’est bien là aussi le problème.

 

 

8 juin 2016

Etats-Unis

 

Donald Trump versus Hillary Clinton. Voila donc le casting final des présidentielles américaines : une surprise et une confirmation obtenue à l’arraché sans grande conviction.

La surprise c’est bien sûr Donald Trump qui a éliminé tous les cadors du parti républicain avec un discours surréaliste ponctué d’excès populistes en phase avec une Amérique profonde qui se sent abandonnée sur le bord de la route. Trump est un comédien et au fond il est allé au bout de la logique de cette grande comédie que sont devenues les campagnes électorales dans nombre de pays et pas seulement aux États-Unis. Avis aux charlatans de tout genre qui peuvent trouver là un créneau partiellement prospère !

Quant à Hillary Clinton, le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas enthousiasmé les foules face à un improbable « socialiste » qui, lui, a su mobiliser la frange la plus éduquée – et blanche – de l’électorat démocrate. Elle gagne aux points, sans panache, et le fait d’être la première femme investie pour la candidature à la présidence aux États-Unis n’est vraiment guère plus qu’un argument de marketing.

Et maintenant ? Logiquement, la voie est largement ouverte pour Hillary Clinton, mais pas à la manière d’un second tour Chirac-Le Pen à la française. Trump est un caméléon et Hillary s’est révélée bien médiocre. Les jeux restent ouverts et le reste du monde retient son souffle.

 

 

7 juin 2016

Programmes scolaires

 

Il n’y a qu’en France que, selon une conception quasi stalinienne du savoir, le contenu des moindres programmes scolaires est décidé au sommet par une poignée d’apparatchiks de la pédagogie. Ceux-ci ont une nouvelle fois frappé.

Il y a en classe de seconde un enseignement optionnel (mais suivi par les trois quarts des élèves) de sciences économiques et sociales. A raison de 1 h 30 par semaine, on donne aux élèves un premier goût de la chose économique. Mais son contenu est tellement encyclopédique que rares sont les enseignants qui parviennent à boucler le programme. Aussi – à leur demande – a-t-il été décidé de l’alléger en supprimant un des derniers chapitres. Il fallait choisir et plutôt que « individus et cultures » ou « formation et emploi » c’est le marché qui est passé à la trappe sous prétexte que c’est compliqué alors que l’économie de marché – du troc à la marchandisation – règne en maître dans les cours de récré. L’aveuglement idéologique atteint là le comble de la bêtise, y compris pédagogique, car quoi de plus ludique qu’un marché, de billes, de jus d’orange ou de pétrole.

La vraie question est de savoir s’il faut un enseignement d’économie en classe de seconde. Et là, la réponse est franchement négative. À quinze ans on est encore en phase d’apprentissage des savoirs fondamentaux et il vaudrait mieux utiliser cette 1 h 30 pour approfondir un peu l’histoire, la géographie, la littérature, toutes choses inutiles, mais qui plus tard permettront de mieux comprendre… le marché !

 

 

6 juin 2016

Ramadan

 

C’est le début du ramadan. Force est de constater qu’en France on en parle beaucoup plus que du carême et que le Mercredi des Cendres ne fait la une des médias que de manière fort discrète. On peut le regretter pour les chrétiens, mais comment ne pas s’en réjouir pour les musulmans tant le ramadan s’inscrit dans une démarche de purification, dans une éthique de privation que les chrétiens ont peut-être trop oubliée. Dans une société de consommation, l’homme a besoin à certains moments de faire retraite tant de son esprit que de son corps. La prière et le jeûne, le silence et l’abstinence en sont essentiels.

Il y a bien sûr une autre dimension dans le ramadan, celle de la recherche identitaire. Nombre de mes étudiants, peu ou pas pratiquants et bien souvent consommateurs d’alcool, font le ramadan, comme ces chrétiens qui fêtent Pâques et surtout Noël. C’est le moment où l’on s’identifie à la communauté, où l’on fait aussi la fête le soir au moment de la rupture du jeûne (c’est paradoxalement une période de forte consommation alimentaire marquée par exemple par de fortes importations de sucre et d’huile dans les pays concernés).

Tout en souhaitant à ses amis musulmans un bon Ramadan, le chrétien ne peut que regretter l’évolution de la société française qui au nom d’un laïcisme militant s’attache à dénigrer d’autres signes religieux comme les crèches. Mais là, la balle est dans notre camp.

 

 

5 juin 2016

Mohamed Ali

 

La mort de Mohamed Ali nous plonge dans une période d’histoire bien oubliée, celle des tourments des années soixante, cette époque qui fut marquée par la contestation à peu près généralisée du modèle occidental des Trente Glorieuses. Aux États unis ce furent la contestation sur les campus, la montée des revendications noires de Martin Luther King à Malcom X, le poing levé des athlètes vainqueurs du 200 mètres olympique à Mexico, les manifestations contre la guerre du Vietnam. En Europe, il y eut bien sûr Mai 68 et ses équivalents en Allemagne et en Italie, la révolution des œillets au Portugal… Au début des années soixante-dix, ce fut la flambée des cours des matières premières et l’illusion du pouvoir du Tiers-Monde. Ce n’est pas un hasard si la célèbre rencontre entre Mohamed Ali et George Foreman a eu lieu à Kinshasa, financée par un Mobutu enrichi par la hausse des prix du cuivre. Il y eut aussi l’année suivante le combat de Manille à l’invitation du président Marcos.

Mobutu, Marcos et puis les caïds de la pègre américaine, et pourtant plus qu’aucun autre sportif de l’époque, Mohamed Ali a été une icône pour la plupart des mouvements contestataires de son époque. Il a incarné l’orgueil nouveau des Afro-Américains enfin dégagés de l’image du « bon noir », de l’Oncle Tom d’une Amérique qui n’a toujours pas exorcisé ses démons.

Le paradoxe est que ce personnage hors-norme, paradoxal et bien peu exemplaire est célébré comme une icône au moment de son décès par une société américaine qui l’a longtemps méprisé.

 

27 mai 2016

Rome

 

Une promenade dans Rome est, pour tout sexagénaire français mâtiné de culture latine et dont le Gaffiot fut longtemps un outil de travail, une plongée dans un monde de souvenirs marquée de la rencontre de vieux amis.

Au bord du Tibre, c’est l’Ara Pacis, l’autel de la paix d’Auguste, avec sa frise de citoyens qui valut à l’auteur de ces lignes l’un de ses plus cruels bégaiements (sur « populusque romanus ») à l’oral de l’agrégation d’histoire. Ce sont ces gigantesques tombeaux – mausolées, le Panthéon et le château Saint-Ange, l’âge d’or de la dynastie cooptée des Antonins. C’est le Capitole et la statue équestre de Marc Aurèle et toute proche la Roche Tarpéienne.

Et puis, c’est toujours la Rome chrétienne, celle qui ne comptait plus que 20 000 habitants au retour d’Avignon et dont un peu plus d’un siècle plus tard, l’exubérance baroque allait couvrir la ville.

Se promener comme aujourd’hui dans Rome, traverser le Trastevere, monter au Janicule, paresser le long du Tibre et puis entrer en ces innombrables églises et chapelles et y voir, comme à San Egidio dans le Trastevere, une chrétienté qui vit et se transforme, il n’est en vérité de plus grand plaisir. Chacun de nous est un peu romain.

 

 

26 mai 2016

Révolution Culturelle

 

Encore un anniversaire, celui des cinquante ans de la Révolution Culturelle en Chine. Le 26 mai 1966, un dazibao était affiché à la porte de la cantine de l’Université de Pékin. Il critiquait les autorités et la hiérarchie qu’il accusait de trahir la pensée de Mao qui était alors presque en semi-retraite. Le mouvement prit de l’ampleur, reçut la bénédiction de Mao et plongea la Chine dans un chaos qui dura – avec des hauts et des bas – jusqu’à la mort de Mao en septembre 1976. En Occident, nous n’avons compris que bien plus tard ce que fut vraiment la Révolution Culturelle : il était de bon ton en 1968 d’être maoïste (voire « mao-spontex ») ou au moins d’avoir sur sa table de chevet un petit livre rouge. On préférait les illusions de Maria Antonieta Macciochi au réalisme de Simon Leys (mais relisez au moins aujourd’hui « Le sac du Palais d’été » de Pierre-Jean Rémy , qui était à l’époque diplomate à Pékin). Les Chinois encore ne parlent qu’avec émotion de cette période qui affecta le destin de toutes les familles.

Cinquante ans ont passé, quarante depuis la mort de Mao, quarante années exceptionnelles sans équivalent dans l’histoire universelle. Qui aurait, en 1966, en 1976 même, parié que la Chine en quatre décennies deviendrait la seconde économie de la planète et se convertirait à l’économie de marché tout en conservant les portraits de Mao !

 

 

25 mai 2016

Essence

 

La France en panne, ou plutôt menacée de panne sèche par le blocage des raffineries et des dépôts de carburants provoqué par une CGT, vent debout contre la loi El Khomry.

Plus de quarante ans après le premier choc pétrolier, la France découvre qu’elle est toujours aussi dépendante de cette huile magique dans la fonction transports qu’il s’agisse des hommes ou des marchandises. Rien n’a vraiment changé et les queues aux stations-service en attestent alors que les Français remplissent leurs réservoirs comme autrefois ils faisaient des stocks de sucre. Et au fond, les opposants à la réforme – même bien limitée – du travail en France ont raison de s’en prendre à l’essence comme meilleur moyen de paralyser le pays, sans pour autant utiliser les dernières armes que seraient la SNCF ou les contrôleurs aériens.

Ceci étant, il n’est pas certain que leur calcul soit le bon : le mouvement est en effet minoritaire et Hollande et Valls en restant fermes sur leur position peuvent espérer regagner un peu de cette estime des Français qui leur échappe tant. Et ce d’autant plus que la CGT est manifestement débordée par des « autonomes » qui cherchent l’affrontement à tout prix. C’est que, avec ou sans essence, la France est au plus bas.

 

 

24 mai 2016

CyclOpe

 

CyclOpe a 30 ans ! C’est en 1986 que nous avons publié notre premier rapport sur les marchés mondiaux. Avec le recul du temps, on ne peut qu’être frappé de l’identité des situations sur les marchés en 1986 et en 2016, à trente ans d’intervalle : contre-choc pétrolier et énergétique, guerres commerciales en gestation, effondrement quasi général des prix. Dans les deux cas, on se trouve au lendemain de fortes tensions, celles des années soixante-dix et celles de 2006/2014. De là à penser qu’il y a devant nous une longue période de prix déprimés comme ce fut le cas à la fin du XXe siècle, il n’y a qu’un pas que nous sommes prêts à franchir tant ce scénario apparaît le plus probable, au moins pour les prochaines années.

Mais en trente ans que de changements : la généralisation de l’instabilité tout d’abord avec l’apparition de nouvelles « commodités » (un mot nouveau) comme le fer et l’acier, les diamants et les grains en Europe ; la globalisation de marchés qui courent désormais en temps réel la quasi-totalité de la planète ; l’échec de la gouvernance mondiale enfin de la CNUCED à l’OMC. Jamais, en tous cas, les marchés n’auront été aussi instables, une instabilité liée certes au climat, mais surtout aux aléas géopolitiques bien souvent provoqués par cette malédiction des matières premières qui reste une constante de l’histoire et singulièrement de ces trente années.

 

 

23 mai 2016

Autriche

 

Il a fallu attendre le milieu de l’après-midi pour que tombe le verdict autrichien et l’élection par la plus infime des marges d’un vieux professeur d’économie proche des verts contre le candidat de l’extrême droite, longtemps donné vainqueur. Dans un ultime sursaut, les Autrichiens ont échappé à ce qui aurait été un cruel retour à des périodes bien troubles. C’eût été une première en Europe occidentale que l’avènement de ce populisme rance qui domine déjà en Hongrie et sous une forme un peu édulcorée en Pologne et en Slovaquie.

Bien sûr, l’afflux des migrants est passé par là. L’Autriche est en première ligne et a fait jusqu’à présent plus que son devoir en termes d’accueil, beaucoup plus en tous cas qu’un pays comme la France qui a la condamnation facile, mais l’exemplarité faible. En Autriche, l’extrême droite a pris soin de se dépouiller de ses oripeaux néonazis pour camper sur une image « volkish » beaucoup plus respectable : culotte de peau et bal à Vienne. Devant la débâcle des partis traditionnels, le sursaut est probablement venu d’un réflexe pro-européen de la part d’électeurs qui savent bien que l’Autriche ne peut plus exister hors de l’Europe. Mais l’avertissement est bien là pour tous ceux qui en douteraient : le populisme et son cortège d’égoïsmes peuvent l’emporter en Europe. Alors en France en 2017 ?

 

20 mai 2016

Bayer/Monsanto

 

$62 milliards : voilà la somme que l’allemand Bayer offre pour prendre le contrôle de Monsanto, le premier semencier mondial, l’entreprise qui focalise sur son seul nom la haine de tous les écologistes de la planète. C’est que Monsanto est – toutes choses égales par ailleurs – au monde des biotechnologies végétales ce que longtemps Microsoft fut pour celui des logiciels à l’aube de l’informatique. Monsanto dispose notamment d’une banque de « caractères » sans équivalent dans le monde. Mais le géant a des pieds d’argile : son développement dans les OGM est contrarié par les réticences, réelles ou manipulées, des autorités et des populations concernées. Dans le domaine des phytosanitaires, son produit phare, le Round-up, est lui aussi contesté et en passe d’être interdit dans plusieurs pays. Pour trouver son équilibre, Monsanto doit croître : l’américain a essayé d’acheter le suisse Syngenta et se l’est fait souffler par un chinois. Cette fois, le prédateur est devenu proie sur un modèle à peu près similaire d’alliance semences/phytosanitaires avec une dimension chimie fine et pharmacie plus marquée pour Bayer. Nous ne sommes bien sûr qu’au prologue de l’opération (Monsanto a décliné sans fermer la porte). Mais l’enjeu est capital et les Chinois sont à l’aguet.

 

 

17 mai 2016

Acier et libre-échange

 

Alors que l’Europe tergiverse et décide d’ouvrir une enquête sur les importations d’acier chinois, les États-Unis agissent avec leur violence coutumière en ce genre de domaines : multiplication par cinq des droits de douane sur la catégorie la plus sensible des aciers en provenance de l’Empire du Milieu : on tire d’abord, on s’expliquera ensuite ! Le pragmatisme américain est aux antipodes du formalisme européen.

Voilà qui devrait alerter et inquiéter alors que les négociations du traité de libre-échange transatlantique entrent dans ce qui pourrait être une phase finale. Barack Obama voudrait terminer là son mandat, mais il y a de fortes chances que les négociations ne soient pas suffisamment avancées à l’automne, avant les élections américaines. En tout état de cause, il vaudrait mieux qu’elles ne le soient pas au vu de la propension européenne à lâcher des concessions sans compensations et des probables réticences du Congrès à donner en la matière un blanc-seing à La Maison-Blanche. De toute manière, que ce soit dans le domaine agricole ou celui des marchés publics, les États-Unis ne lâcheront rien pour obtenir beaucoup. Et l’Europe est en général d’une maladresse insigne dès qu’il s’agit de marchander au comptoir que ce soit avec les États-Unis ou la Chine. Et en ce domaine, la naïveté coûte cher.

 

 

14 mai 2016

Loi El Khomry 2

 

Le gouvernement a donc décidé de dégainer le « 49-3 » et comme on pouvait s’y attendre cela suscite la colère tant à droite que surtout à gauche. Oublions un peu la droite – qui boit du petit lait – et parlons de la gauche ; si du moins ce mot à quelque sens. Le parti socialiste est éclaté en de multiples chapelles et courants ; les frondeurs n’ont toutefois pas réussi à réunir les voix nécessaires pour leur motion de censure : il s’en est fallu de deux signatures, mais on peut légitimement se demander si tout n’était pas convenu d’avance. Les écologistes n’existent plus et ne cessent de se déchirer les derniers lambeaux des ors de la République, de la vice-présidence de l’Assemblée (de « feu » Denis Baupin) à la présidence de leur groupe croupion. Au-delà, le Front de gauche est moribond, éclaté lui aussi en de multiples chapelles et autant d’egos. La scène syndicale n’est guère plus encourageante où l’on se radicalise d’autant plus que l’on perd d’influence. Il reste la société « civile » et la tentative de susciter un Podemos à la française à partir de Nuit Debout et de tous ceux qui rêvent d’un joli mois de mai. Pour tous, la loi El Khromry – ou ce qu’il en reste – est une aubaine qui permet de fustiger la réaction et de s’offrir, pour pas cher, le frisson de la révolte. Ah les jolis mois de mai !

 

 

13 mai 2016

Brésil-Philippines

 

Au Brésil, Dilma Roussef est suspendue de ses fonctions pour six mois. Aux Philippines, les électeurs portent à la présidence un populiste à côté duquel Donald Trump ferait figure de modéré. Décidément, la démocratie responsable est bien difficile à vivre au quotidien. Voilà deux pays qui avaient fait notre admiration en mettant un terme aux dictatures militaires (le Brésil et l’Argentine aussi) ou civiles (Marcos aux Philippines). Des élections avaient porté au pouvoir d’anciens opposants et un moment on s’est pris à rêver. Mais voilà, la vieille maladie de la corruption a gangréné le Brésil et celle – plus atypique – de la dérision populiste, les Philippines. Voilà le Brésil et les Philippines, gouvernés par des personnages qui peuvent légitimement inquiéter.

Mais la fragilité de ces démocraties pose une question plus fondamentale : n’y a-t-il de salut que dans les « démocratures » (l’expression est de Nicolas Baverez), c’est-à-dire la dérive dictatoriale que l’on retrouve dans la Turquie d’Erdogan, la Russie de Poutine, l’Iran des mollahs et quelques autres en Afrique. C’est là le vieux thème de l’homme providentiel qui devient rapidement irremplaçable. À vouloir systématiquement des élections, voilà des résultats qui peuvent inquiéter.

 

 

11 mai 2016

Cerises

 

Parlons un peu du « Temps des cerises ». Non pas de cette merveilleuse chanson des lendemains de la Commune que récemment encore, Mélenchon a su nous rappeler avec sa verve habituelle. Non, parlons du fruit ou plutôt des arbres encore en fleurs aujourd’hui du fait des frimas de la fin du printemps. Nos cerisiers sont attaqués par une mouche asiatique répondant au nom poétique de drosophilia suzukii. Celle-ci provoque un pourrissement précoce des cerises. Il existe bien un traitement, mais le produit utilisé, le diméthoate, vient d’être brutalement retiré du marché par les autorités françaises : intervenant à la fin février 2016 et sans possibilité de traitement de remplacement, il y a fort à parier que la récolte 2016 de cerises en pâtisse lourdement. Certes, les experts (l’ANSES en l’occurrence) ont rendu un avis négatif, mais fallait-il l’appliquer avec pareille célérité sans même rechercher de solution alternative. Faute de cerises françaises, il faudra en importer pour nos confitures et nos yaourts ! Pourtant José Bové, que l’on ne peut taxer de laxisme écologique, me dit que bien appliqué, sur le tronc de l’arbre, la diméthoate ne pose pas de problèmes. Qui croire ? Comme d’habitude, le politique s’est contenté d’ouvrir le parapluie.

 

 

10 mai 2016

Loi El Kjomry 1

 

Le gouvernement passe donc en force et sort l’arme atomique du « 49-3 ». Était-ce là bien nécessaire pour un texte qui n’est guère révolutionnaire dans sa deuxième mouture largement édulcorée et pratiquement corédigée avec la CFDT ? Soyons honnêtes, la droite est quelque peu hypocrite à critiquer l’utilisation du « 49-3 » alors que les principaux candidats à la primaire savent bien que leurs ambitieux programmes de réformes des « cent jours » ne pourront s’affranchir de méthodes musclées comme les ordonnances. Mais à un an des échéances de 2017, alors que l’exécutif donne de plus en plus l’impression d’être un bateau ivre, la brutalité de l’exercice a quelque chose de puéril comme si les hommes au pouvoir, à l’Élysée et à Matignon, voulaient absolument montrer leurs mâles résolutions. La vérité est que la France est de plus en plus paralysée dans une ambiance de fin de règne. Un vent de panique commence à souffler dans les rangs socialistes et les députés de gauche se demandent combien d’entre eux reviendront dans l’hémicycle en juin 2017 : 50, 100, guère plus… Alors perdu pour perdu, autant ne pas renier ses convictions et camper sur des positions que d’aucuns pourraient qualifier d’archaïques. De toute manière, cette loi ne marquera guère et a de fortes chances d’être bien vite oubliée.

 

 

8 mai 2016

Arabie Saoudite

 

Ali Al Naimi, qui depuis des années était ministre du Pétrole d’Arabie Saoudite vient d’être remplacé par le président de l’Aramco, Khalid Al Falih. Au-delà des hommes, c’est en réalité la confirmation de la prise en main de la politique saoudienne par le fils du roi Salman, vice-héritier du trône, le prince Mohamed bin Salman (MBS).

La chute d’Al Naimi ne surprend pas. Il était le partisan d’un compromis sur le gel des productions de pétrole et semblait prêt à autoriser l’Iran à continuer son rattrapage postembargo. À Doha, à la mi-avril, il avait dû s’incliner devant la volonté royale et manifestement il était revenu en arrière sur ses propositions au grand dam des Russes.

Les choses sont désormais claires. En Arabie Saoudite triomphe une ligne à la fois dure et moderne : dure vis-à-vis des autres producteurs et surtout de l’Iran : pas question de baisser la production. Moderne parce que l’Arabie doit être capable de survivre à la baisse des prix en diversifiant son économie et en la rendant moins dépendante et plus attractive. On ne sait jusqu’où ira ce vent de réformes, mais ce pourrait être une véritable révolution pour une Arabie devenue l’archétype du conservatisme rentier.

 

 

6 mai 2016

Donald Trump

 

Qui aurait parié, il y a un an, sur les chances de Donald Trump ? À côté de lui, Bernard Tapie paraît presque respectable ! Ni l’établishment républicain, ni la droite religieuse et le « Tea party » ne pouvaient se reconnaître dans cet histrion ayant fait fortune dans l’immobilier et les casinos avant de se faire un nom à la télévision en usurpant en grande partie une réputation d’entrepreneur (beaucoup de traits communs donc avec notre Tapie national).

Et voilà que Trump les a tous balayés : les héritiers comme Jeb Bush, les chrétiens évangéliques comme Ted Cruz, une femme d’affaires comme Cary Fiorina et toute une floppée de gouverneurs et de sénateurs. Trump a touché la corde nationaliste et populiste, en caressant le sentiment « anti-Washington » qui reste une constante de la démocratie américaine surtout lorsque celle-ci est aussi médiocrement représentée par Obama et les Clinton. Les électeurs démocrates ne s’y sont pas trompés en donnant un écho, lui aussi imprévu, à la candidature de Bernie Sanders, lui aussi à sa manière « anti-système ».

Qui maintenant va parier sur les chances de Donald Trump de l’emporter le 4 novembre ? Personne, mais Hillary Clinton ne séduit guère. À moins que ne survienne un troisième candidat : Michael Bloomberg ?

 

 

4 mai 2016

Master 2012

 

Les entretiens de recrutement du Master « Affaires internationales » (le « 212 ») de Dauphine sont d’une infinie cruauté. 300 dossiers de candidature, plus d’une centaine d’admissibles à l’oral et seulement quarante places. En quelques minutes nous devons juger d’un candidat, de la cohérence de son parcours, de sa capacité à s’intégrer dans un groupe et d’y apporter sa contribution.

En ces temps où il est de bon ton de brocarder l’université, comment ne pas s’émerveiller de ces itinéraires combinant souvent la « fac », des prépas, des IUT et autres BTS et puis nombre de traverses sans parler des années de césure, des stages et autres jobs alimentaires. Ce soir, les entretiens par Skype nous ont promenés en Chine, au Cambodge en Australie ou en Argentine. Et la France sait aussi accueillir des candidats étrangers venant des cinq continents.

La devise de notre master, « le monde est notre jardin » s’applique bien à ces jeunes qui ont repoussé les frontières et dont les rêves ne sont pas ceux de cette France repliée sur elle-même qui suinte à longueur de journaux.

Le choix du jury est cruel, car on aimerait bien en prendre deux fois plus. Mais quelle belle espérance !

 

30 avril 2016

Carlos Ghosn

 

Le « salaire » de Carlos Ghosn fait polémique à juste raison : en faisant la somme de ses deux « mi-temps », Renault et Nissan, il approche les 15 millions d’euros. C’est parfaitement indécent dans le contexte à la fois français et nippon et personne dans le patronat ne s’est levé pour défendre un personnage arrogant, méprisant et dont on avait mesuré la lâcheté managériale dans l’affaire d’espionnage industriel dont il y a quelques années Renault avait cru être victime.

Ceci étant, deux remarques s’imposent : la première est que de pareils revenus sont chose courante dans la finance et dans le sport : un grand patron vaut quand même mieux qu’un trader ou un footballeur. La deuxième est que ce n’est pas à l’état de légiférer ni réglementer. En la matière, une entreprise doit pouvoir conserver sa liberté quitte à ce qu’elle mette en place ses propres contre-pouvoirs (et pas un conseil « à la botte » comme chez Renault). Au-delà, nous sommes dans le champ de la morale et de l’éthique personnelle. Si Carlos Ghosn ne perçoit pas l’énormité de ce qu’il touche, par rapport au salaire d’un ouvrier français, marocain ou roumain, si pris par son ego il a tellement perdu contact avec la réalité, alors il ne mérite plus son poste et il est un danger pour l’entreprise elle-même. La conclusion est claire.

 

 

29 avril 2016

La Nouvelle-Calédonie et le nickel

 

Le premier ministre français, Manuel Valls, est en Nouvelle-Calédonie. L’ordre du jour est bien sûr politique avec la perspective du referendum sur l’avenir du territoire prévu en 2018. Mais le sujet du moment est bien celui du nickel. Le « caillou » détient en effet des réserves de l’un des plus « beaux » minerais au monde dont est extrait le nickel après un long et complexe processus métallurgique. Mais à $ 9 000 la tonne au moment où Manuel Valls atterrit à Nouméa, le prix du nickel ne couvre pas les coûts de production et soudain c’est toute l’île qui doute et dont l’économie chancelle.

Car la Nouvelle-Calédonie est esclave de son nickel et toute la vie politique tourne autour du « métal du diable ». De manière simpliste certains – en particulier dans les milieux indépendantistes – pensent qu’il suffirait de nationaliser mines et entreprises pour retrouver la prospérité. Ils ne font en réalité qu’enfoncer un peu plus les esprits dans la dépendance d’un métal dont les prix ces dernières années ont évolué entre $ 4 000 et $ 55 000 la tonne (pour un coût de production en Nouvelle-Calédonie guère inférieur à $ 15 000). Le nickel en Nouvelle-Calédonie est un parfait exemple de cette malédiction des matières premières qui frappe la plupart des pays producteurs, du Congo au Pérou, et qui envenime un peu plus le débat autour de l’avenir du territoire.

 

 

26 avril 2016

Rhune

 

La Rhune est une fière montagne qui du haut de ses 900 mètres domine le littoral basque. Isolée, comme l’ultime éperon pyrénéen plongeant dans l’Océan, elle est partagée entre la France et l’Espagne : un petit train la gravit côté français et des « ventas » sont installées sur le flanc espagnol pour les amateurs de tabac, d’alcool et autres « souvenirs ». Mais la Rhune, c’est aussi une belle course, sauvage au milieu des fougères puis des rochers, où l’on croise chevaux en liberté et moutons.

Ce soir, Jules et moi avons « fait » la Rhune, quelques semaines après son septième anniversaire. À sept ans, il a avalé sans problème les huit cents mètres de dénivelé et à la descente, en sautant de rocher en rocher sur le sentier, il distançait sans peine son grand-père.

Comme bien souvent, le sommet de la Rhune était dans les nuages et là-haut il faisait froid. Nous étions seuls après le départ du dernier train et alors que toutes les ventas étaient fermées ; un grand père et son petit fils pensant déjà à d’autres sommets, à d’autres conquêtes de l’inutile, à d’autres dépassements.

Il y eut un soir, il y eut un sommet, c’était la première course de Jules !

 

 

25 avril 2016

L’Autriche et le Brenner

 

Il est loin le temps où Mussolini massait les troupes italiennes au col du Brenner pour impressionner Hitler et garantir l’indépendance de l’Autriche face à l’Allemagne. Aujourd’hui c’est l’Autriche qui veut construire une barrière au Brenner pour empêcher l’afflux des migrants débarqués en Italie, à Lampedusa et ailleurs.

L’Autriche vient justement de voter pour élire son président (sans véritable pouvoir exécutif) et les Autrichiens ont dès le premier tour éliminé les deux partis de gouvernement en apportant plus du tiers de leurs suffrages au candidat de l’extrême droite.

Bien sûr, les deux faits sont liés et le vote autrichien vient conforter le retour des nationalismes populistes de la Pologne à la Slovaquie ou à la Hongrie sans oublier bien sûr l’Allemagne et la France : jamais depuis la Seconde Guerre mondiale les deux pôles politiques majeurs, la social-démocratie et la démocratie chrétienne n’ont été aussi affaiblis, moins par leur gauche que par leur droite. Les migrants ne sont en la matière qu’un révélateur de fractures beaucoup plus profondes, de la difficulté aussi de trouver des réponses satisfaisantes face au défi des migrations.

Fermer le Brenner, au cœur de l’Europe, voilà qui nous replonge dans les années trente et leur cortège d’intolérances dont on sait la fin.

 

 

22 avril 2016

Taux d’intérêt

 

Alors que l’univers des taux négatifs ne cesse de s’étendre (le Japon et maintenant une bonne partie de l’Europe), il a rarement été aussi facile que d’être un emprunteur. Ainsi l’Argentine est-elle revenue sur les marchés pour la première fois depuis 2001 après avoir tourné la page des « fonds vautours ». Son emprunt de $ 10 à$ 15 milliards a été sursouscrit puisque ce sont $ 70 milliards qui ont été offerts à un taux de 7,5 % intégrant une jolie prime de risque. Les Saoudiens ont une meilleure signature, mais le fait qu’ils lèvent $ 10 milliards (120 pb au-dessus du Libor) est en soi tout un symbole. Nul pourtant ne devrait sous-estimer les risques géopolitiques saoudiens ou même argentins.

Si la Belgique paraît plus sûre, elle a pu réaliser une opération symbolique : lever € 100 millions à cent ans et cela à 2,3 % ce qui est à peine l’inflation anticipée. On est là presque dans le perpétuel, que connaîtront quand même quelques-uns des enfants qui naissent aujourd’hui. C’est en tous cas une belle preuve de confiance dans la solidité d’un royaume dont on disait autrefois que ses deux seuls ciments étaient le roi et… la dette justement !

Le monde est liquide. Trop peut-être, mais le coût du risque diminue. C’est une bonne nouvelle pour les entrepreneurs, un pousse au crime pour les autres.

 

 

19 avril 2016

EDF et Hinkley Point

 

Faut-il y aller ? Telle est la question existentielle qui se pose à EDF, à son actionnaire essentiel et donc au politique réuni aujourd’hui à l’Élysée pour trancher. Faut-il construire à Hinkley Point au Royaume-Uni, deux réacteurs EPR au moment même où celui de Flamanville accumule les déboires ? C’est là pratiquement du quitte ou double.

D’un côté, il y a des risques financiers considérables et des inconnues technologiques majeures. Areva – et donc désormais EDF – est engluée en Finlande. EDF ne parvient pas à boucler Flamanville et chaque jour on découvre de nouveaux problèmes technologiques. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit presque de prototypes et il est logique d’essuyer les plâtres d’autant qu’on est là fort loin de la grande série de la cinquantaine de centrales qui ont équipé la France en des temps radieux pour la filière nucléaire française. La raison voudrait que l’on en reste là.

Mais renoncer, c’est abdiquer. C’est laisser le champ libre aux Chinois (et le premier EPR à fonctionner sera chinois). C’est capituler alors que les conditions financières faites par les Britanniques en termes de rachat de l’électricité sont très favorables. C’est jouer chez EDF et dans le nucléaire les financiers au détriment des ingénieurs. Le courage du politique serait de faire confiance aux ingénieurs comme au temps de la Caravelle ou du TGV. Mais le courage fait bien souvent défaut aux politiques aujourd’hui.

 

 

18 avril 2016

Brésil

 

C’est le début de la fin pour Dilma Rousseff mais malheureusement pas pour le Brésil. La chambre des députés a donc voté en faveur d’un processus dont on voit mal comment il pourrait ne pas aboutir à sa destitution. Dans les dernières heures précédant le vote, la démocratie brésilienne ne s’est pas montrée sous son meilleur jour avec des tentatives « d’achats » de votes par nul autre que le président Lula pour tenter de sauver celle qui fut son héritière. Rien n’y a fait, même la perspective d’avoir à la tête du pays, pendant l’intérim, un personnage incontestablement pourri, représentant du vieux système brésilien des féodaux et caciques que Lula et le PT ne sont pas parvenus à réformer.

Car au fond, c’est là le triste bilan. Bien peu de choses ont changé au Brésil. Le PT a fait illusion et tout le monde a voulu croire que Lula avait initié une nouvelle donne. En fait, on était passé d’un clientélisme à l’autre sans même que le pouvoir fédéral parvienne à s’attaquer aux bastions régionaux. Le curseur de la corruption s’est simplement déplacé et la croissance, soutenue par le prix des matières premières – du fer au soja – a créé l’illusion du décollage économique. La fête s’est finie le jour d’une défaite à domicile au football. La récession et la crise sont arrivées. Et voilà la marmite politique qui explose. Pauvre Brésil qui a trop rêvé.

 

 

17 avril 2016

Pétrole

 

Échec à Doha : les pays de l’OPEP se réunissaient avec la Russie pour décider du gel des productions de pétrole à leur niveau du début de 2016. À plus de $ 40 le baril, le marché avait « acheté » l’accord des principales parties prenantes et nul n’imaginait que l’Arabie Saoudite ne soit prête à arrondir les angles avec l’Iran. Quelle illusion ! Il ne pouvait y avoir d’accord à Doha et d’ailleurs l’Arabie Saoudite avait même refusé la participation de l’Iran à la réunion. Les Russes – alliés de Téhéran en Syrie – ont été les dindons d’une farce dont on a quand même du mal à comprendre la logique même du point de vue saoudien.

Il était évident en effet que l’Iran ne pouvait accepter d’accord portant sur le gel de sa production et de ses exportations : en mars au contraire, l’Iran a pour la première fois dépassé à nouveau les 2 millions bj d’exportations. Tout accord devait tenir compte de cette dimension et Russes et Saoudiens avaient dû en parler. Alors, pourquoi risquer un échec aussi prévisible et envoyer aux marchés pareil signal d’impuissance : au mieux, c’est de l’amateurisme, au pire de l’inconscience et en tous cas une source d’inquiétude sur les capacités saoudiennes à mettre en œuvre une stratégie cohérente.

 

 

16 avril 2016

François à Lesbos

 

Visite du pape François à Lesbos, en Grèce, là où abordent les réfugiés en provenance de Turquie, là où ils sont désormais confinés avant que d’être rejetés pour la plupart. Le pape est reparti avec symboliquement douze réfugiés (douze, le symbole des apôtres…) qui seront accueillis au Vatican.

Après Lampedusa, quelques jours à peine après son sacre, François est donc le seul « chef d’état » européen à être allé au-devant de ceux que toute l’Europe voudrait oublier. Il n’était pas seul puisque l’accompagnaient Bartholomée, le patriarche de Constantinople et Jérôme, l’archevêque d’Athènes. Le symbole était fort en un moment où l’Europe semble se défausser des migrants et où sur le terrain en Syrie, le régime d’Assad grâce au soutien russe marque quelques points sans pour autant que s’éloignent le chaos et la terreur.

Et maintenant ? Diront les bons esprits. Que faire sans aller au-delà du raisonnable, sans provoquer des réactions de rejet déjà sensibles un peu partout. L’histoire du peuple juif, la matrice du christianisme, est toute faite d’errances et d’exodes. Mais chacun rêvait de « l’année prochaine à Jérusalem ». L’humanité s’est faite au fil de grandes migrations et les peuples qui ont survécu sont ceux qui ont su accueillir, intégrer et peu à peu absorber. C’est là le défi de l’Europe compliqué par une culture et surtout une religion plus difficiles à assimiler. Mais encore faut-il essayer. Les réactions indignées sur le fait que les douze ramènes à Rome aient été tous musulmans montre tout le chemin qui reste à faire.

 

 

14 avril 2016

Charbon

 

Aux États-Unis, faillite de Peabody. Ce nom n’était guère connu en Europe, mais aux États-Unis, où les mines de charbon n’ont jamais été nationalisées, Peabody, fondée en 1883, a été longtemps le premier producteur du continent nord-américain, et en fait le premier producteur privé au monde.

Longtemps, l’énergie aux États-Unis a reposé sur le pétrole et le gaz naturel d’une part et le charbon d’autre part. Le charbon représentait ainsi plus de 50 % de la génération d’électricité et ceci encore dans les années quatre-vingt-dix alors que fermaient les dernières mines en France puis au Royaume-Uni. Tout ceci a changé avec le développement des gaz de schiste. L’effondrement des prix du gaz naturel a rendu celui-ci compétitif pour la production d’électricité et a tiré vers le bas les prix du charbon sur le marché américain. Alors que la part du gaz naturel dans la génération d’électricité passait de 10 % à 33 % (en 2016), celle du charbon s’effondrait à 32 %. Certes le charbon américain est compétitif à l’international, mais les vieilles mines souterraines de Virginie ne peuvent tenir bien longtemps face aux mines à ciel ouvert de Colombie, d’Indonésie ou d’Australie.

Les unes après les autres, les mines sont tombées et voilà la faillite de Peabody dont la capitalisation boursière était de $ 20 milliards en 2011 encore et de $ 38 millions hier ! Le charbon est mort : voilà une bonne nouvelle !

 

 

12 avril 2016

Loi El Khomry

 

Encore une nouvelle mouture de la loi El Khomry. Cette fois-ci, Matignon a cédé en particulier aux « jeunes », comme si les syndicats lycéens et étudiants avaient quelque légitimité si ce n’est de servir de marche pied à quelques futurs apparatchiks socialistes. Passons sur le catalogue des mesures proposées (400 à 500 millions d’euros en année courante quand même) et attardons-nous sur la mesure phare : la surtaxation du CDD.

La France est vraiment un merveilleux pays où tout se termine par un impôt nouveau ! Au départ, il y a un constat : le développement des CDD, certains très courts, rendus possibles par le système actuel de l’assurance chômage qui pousse paradoxalement à une certaine forme d’intermittence du travail. Mais à la base, il y a le problème du CDI, un « Graal » dont la rigidité fait peur aux employeurs potentiels et que la loi El Khomry était censée assouplir. À la fin du jour, l’assouplissement ne sera que virtuel et le problème du CDD sera réglé par une taxation, c’est-à-dire un obstacle supplémentaire que les moins sourcilleux contourneront probablement par un peu plus de travail au noir.

Au sortir de Matignon, les « représentants » étudiants étaient satisfaits. Le chômage va continuer à augmenter, mais ils auront bientôt des allocations universelles qui leur permettront de survivre en attendant…

 

 

11 avril 2016

Prix et Marges agricoles

 

Présentation du Rapport au Parlement de l’Observatoire de la Formation des Prix et des Marges des Produits Alimentaires dont j’assure la présidence. Dire que les temps sont durs pour le monde agricole est un doux euphémisme : aucun producteur de toutes les filières que nous couvrons (céréales, lait, viandes…) ne parvient à couvrir la réalité de ses coûts surtout si on lui donne une rémunération (1,5 SMIC…) et si l’on imagine une modeste rentabilité du capital immobilisé. Pour l’élevage, et notamment le porc et la viande bovine, la situation est dramatique.

Mais pour autant faut-il s’en prendre à l’aval des filières (industrie et distribution) ? Certes, la baisse des prix agricoles en 2015-2016 a permis – à prix alimentaires à peu près stables – une certaine reconstitution de marges. Mais en réalité, il n’y a pas de lien entre les prix agricoles et les prix alimentaires. Les marchés agricoles, depuis l’abandon des systèmes de stabilisation de la PAC, sont directement en phase avec la scène mondiale, qu’il s’agisse des céréales, des produits laitiers et dans une moindre mesure de la viande.

Il ne sert à rien dans une Europe de plus en plus libérale (au moins en matière agricole) de bloquer les hypermarchés. On doit comprendre la colère mais la boîte à outils est vide…

 

 

8 avril 2016

Europe

 

Sale coup – encore un – pour l’Europe. Les électeurs néerlandais viennent de refuser par referendum (30 % de participation seulement) l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’Ukraine. Il ne s’agit certes que d’un referendum consultatif et le gouvernement néerlandais pourrait passer outre. Mais ce vote négatif (à 53 %) illustre bien le malaise européen, le rejet par les citoyens d’une politique étrangère illisible.

Car au fond les électeurs néerlandais n’ont peut-être pas tort. Après un élargissement fait dans la hâte et aujourd’hui contesté par certains des intéressés eux-mêmes, de Varsovie à Bratislava ou Budapest, faut-il vraiment continuer à ouvrir la porte à une Ukraine, ingouvernable et ingérable ? Faut-il continuer à diluer l’idée européenne en ouvrant des portes qui ne donnent que sur le vide ? Il faut bien sûr soutenir l’Ukraine, mais l’Europe ne peut assumer seule le poids de l’héritage d’un pays aussi improbable. De grâce, arrêtons cet angélisme suicidaire !

Si ce non donne des ailes aux Britanniques partisans du Brexit, peut-être fera-t-on d’un mal un bien. Le Royaume-Uni est en effet un des responsables de l’affaiblissement du projet européen. Le départ de Londres – loin d’être une catastrophe – pourrait être une chance d’un renforcement de l’Europe politique autour d’un noyau dur, bien loin de Londres et de Kiev, et de trouver aussi une réponse à la fois cohérente et humaine au défi que représente l’afflux des réfugiés.

 

 

6 avril 2016

Chine

 

Les étudiants du master « Affaires Internationales » de Dauphine organisaient leur colloque annuel sur la Chine. Quelques jours après l’annonce par le premier ministre du programme des cinq années à venir dans le cadre du plan quinquennal c’était là une bonne occasion de faire le point sur les grands défis chinois.

Paradoxalement, le défi majeur de la Chine reste celui de sa population, de sa pyramide des âges et de son urbanisation. On commence à peine à mesurer les conséquences humaines de la politique de l’enfant unique avec l’arrivée à l’âge adulte de toute cette génération d’enfants gâtés qui forment aujourd’hui l’essentiel de consommateurs chinois largement digitalisés : il y a en Chine 700 millions d’internautes.

Et puis il y a autant de campagnards, 500 à 600 millions de paysans qui vivent encore au Moyen-Âge et que le miracle chinois a à peine touchés (et qui ont en partie échappé à l’enfant unique).

C’est ce contraste majeur de la société chinoise qu’il va falloir résoudre entre les 750 millions d’urbains (64 millions en 1950) et les 600 millions de ruraux encore largement délaissés. Les Chinois ont beau jeu de rappeler d’ailleurs que leur situation – en termes de répartition du PIB – est comparable à celle de l’Occident des années cinquante. Mais la grande différence est que le modèle chinois a creusé les inégalités alors que l’état providence peine à assurer un filet protecteur minimal. Avant tout le défi chinois est humain.

 

 

4 avril 2016

Panama Papers

 

Publication à la une d’une centaine de journaux de la planète des « Panama papers », une fuite de documents provenant de l’un des plus importants cabinets d’avocats de Panama, spécialisé dans la création d’entreprises à Panama et dans nombre de paradis fiscaux de la planète. On se délecte de quelques noms jetés en pâture, de David Cameron à l’entourage de Poutine, du premier ministre islandais à Michel Platini sans oublier l’insubmersible Patrick Balkany ! On s’indigne, bien sût et l’on feint d’oublier que tout ceci est connu depuis longtemps et que la complaisance internationale en la matière est presque sans limites.

Distinguons quand même paradis fiscaux et réglementaires. Les paradis fiscaux jouent de l’avantage de fiscalité faible, voire nulle. En Europe, l’Irlande ou le Luxembourg sont des paradis fiscaux et ce n’est pas uniquement pour l’amour des tulipes que des entreprises comme Airbus ou Renault sont de droit néerlandais. Tout autres sont les paradis réglementaires dont l’opacité est la règle, et dont les autorités financières sont d’une insigne faiblesse (quand elles existent…). Le Panama en est un bel exemple comme les îles Vierges et en Europe, Gibraltar, Jersey ou Monaco. Rien bien sûr n’y est illégal, mais tout y est permis. C’est là la face insoutenable d’un capitalisme déviant et intolérable. Malheureusement, la survie de ces chancres est garantie par la masse des intérêts qui y circulent et bien peu de choses ont évolué ces vingt dernières années. Rien de neuf à Panama.

 

 

2 avril 2016

La rumeur de Cologne

 

Il circule une rumeur qui vaut d’être contée avec toutes les précautions nécessaires : la « rumeur de Cologne ». La nuit de la Saint-Sylvestre, aux abords de la gare de Cologne, plus de trois cents femmes ont fait l’objet d’agressions sexuelles de la part d’étrangers, pour l’essentiel de migrants. Pour une Allemagne jusque-là plutôt accueillante pour les étrangers et qui avait relativement approuvé la politique de la chancelière Merkel, ce fut un choc et même un véritable tournant. À partir de ce moment, on assista à un divorce entre Angel Merkel et une partie de l’opinion publique allemande, à un affaiblissement politique de la chancelière qui s’est traduit par des reculs électoraux et la montée d’un nouveau parti de droite nationaliste. L’affaiblissement d’Angela Merkel est un signe positif pour la Russie tant la chancelière s’est faite la championne de la fermeté européenne dans le conflit ukrainien.

Le problème est qu’il n’y eut à Cologne que deux ou trois viols ! Nombre de spécialistes s’étonnent que tant d’agressions aient donné lieu à si peu de viols. On a l’impression que l’on voulait faire peur, que ces foules ont été manipulées, voire financées, pour faire peur, mais surtout sans aller plus loin, que la nuit de Cologne a peut-être été une gigantesque manipulation. Mais alors quel en serait le commanditaire, qui profite de l’affaiblissement d’Angela Merkel ? On se tourne vers l’Est, on regarde vers la Russie et ses services. On s’interroge…

 

29 mars 2016

Agriculture chinoise

 

La Chine est en train de réaliser une nouvelle « révolution culturelle », cette fois dans l’agriculture : en octobre, au début de la prochaine campagne agricole, le système de prix garanti et d’achats publics du maïs va disparaître. Jusque-là, la Chine, dont on sait l’insistance à maintenir son autosuffisance alimentaire, au moins pour les céréales, avait appliqué une logique de prix garantis de plus en plus décalés des prix mondiaux. Résultat, la production chinoise avait augmenté, mais aussi les achats et donc les stocks publics qui dépasseraient à la fin de la campagne 2015-2016 les 100 millions de tonnes. Par ailleurs, si les importations chinoises de maïs étaient vérouillées (avec en particulier l’interdiction « politique » de certains OGM), tel n’était pas le cas des produits de substitution (sorgho, orge, drêches de brasserie et de distillation…). Il y en aurait eu en 2015 pour quelques 40 millions de tonnes. Ceci – stocks gonflés et importations de produits de substitution – ressemble furieusement à ce que l’Europe connut dans les années quatre-vingt avec la PAC. À l’époque, la seule porte de sortie fut la baisse des prix et la mise en place d’aides directes. C’est exactement ce qu’envisage de faire la Chine qui supprimerait les prix garantis – et donc, les stocks publics – pour les remplacer par des aides directes. Le problème est que pareil système ne s’invente pas, que l’on voit bien, vingt-cinq ans après la première réforme de la PAC, les difficultés rencontrées pour gérer un mécanisme aussi complexe, surtout dans un pays qui commence à peine à clarifier son droit du foncier. On n’a pas fini de parler d’agriculture en Chine.

 

 

28 mars 2016

Indécences

 

Deux événements sans lien apparent l’un avec l’autre ; deux chiffres sans rapport l’un avec l’autre et pourtant, tombés à peu près en même temps. Je n’ai pu m’empêcher de les associer tout en me disant que ceci n’avait aucun sens.

D’un côté, il y a les 15 millions d’euros gagnés en 2015 par Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan. De l’autre, il y a les 3 951 000 chômeurs comptés en France à la fin février 2016. Il n’y a aucun lien rationnel entre ces deux nouvelles et je me suis longtemps demandé pour quelle raison je les ai associées. Et puis, une évidence s’est imposée : il n’y a aucune corrélation entre le salaire de Carlos Ghosn et le nombre de chômeurs en France si ce n’est que l’un et l’autre sont parfaitement indécents et scandaleux au sens propre du mot.

Indécent oui, que l’on compte en France près de 4 millions de chômeurs, et que l’on discute encore d’un Code du travail dépassé qui est en réalité devenu une machine à fabriquer des chômeurs, à détruire l’emploi en le rendant toujours plus compliqué à gérer.

Indécent aussi un salaire sans commune mesure avec quelques minima que ce soit et qui doit représenter un bon millier des ouvriers français ou japonais de Renault-Nissan (sans parler des Roumains ou des Marocains). Certes, on fait bien pire dans la finance ou dans la nouvelle économie. Mais là, ce sont des entrepreneurs, pas des « managers ».

Indécence, pour indécence, je ne sais quelle est la pire. L’une et l’autre sont « scandale ».

 

 

27 mars 2016

Pâques 2

 

En ce matin de Pâques, un ami musulman sénégalais m’envoie un message chaleureux de « Joyeuses Pâques ». Alors qu’en France, Pâques a perdu presque toute signification (si ce n’est un week-end prolongé), il est réconfortant de lire son texte qui rappelle combien Pâques est le sommet du calendrier chrétien, le symbole de l’espérance.

Et puis au même moment, un massacre aveugle de chrétiens dans un parc de Lahore au Pakistan est perpétré au nom de l’Islam. Bien sûr, ce n’est pas le même et il y a bien peu de choses communes entre l’Islam des confrèries mâtiné de soufisme que l’on pratique au Sénégal et le salafisme dans sa version wahhabite tel qu’il domine aux confins du Pakistan et de l’Afghanistan. Mais que d’extrêmes !

Le christianisme n’a en la matière guère de leçons à donner tant, dans notre histoire, il a pu être à la fois doux et fanatique, tant les disciples de Dominique ou même de François d’Assise ont pu faire preuve de la plus totale intolérance. Mais nous voilà au XXIe siècle, en un temps où l’intelligence des idées et des êtres devrait seule dominer. Comment tolérer justement l’intolérable ? Quel mal avaient fait ces chrétiens du Pakistan ? Quelle justification à leur mort tout aussi injuste que celles de Paris ou de Bruxelles, mais des morts de pauvres que l’on oubliera bien vite.

Merci, ami sénégalais, de m’avoir quand même rappelé à l’espérance pascale.

 

 

26 mars 2016

Pâques 1

 

Dans l’opéra de Budapest, dégoulinant de dorures du temps de la splendeur de l’empire austro-hongrois, on donnait en ce soir de veillée pascale, la Passion selon Saint-Jean de Bach, mise en scène à la manière d’un mystère du Moyen-Âge dominé par un Christ admirable autour duquel de sobres danseurs reprenaient les grands moments du texte. Ce fut un admirable spectacle et l’on imagine que c’est ainsi que Bach l’avait imaginé.

Et puis, ce fut l’occasion de revenir sur cette Passion de l’Évangile de Jean que dans la liturgie catholique on lit durant l’Office du Vendredi saint. On y entend les doutes de Pilate, la colère puis le reniement de Pierre et enfin la seule parole de Jésus, la dernière, « Tout est accompli ».

C’est bien là le sommet de la foi chrétienne, le moment ou Jésus « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». Nous sommes au cœur du mystère chrétien, tout juste avant l’espérance pascale.

Dans la société française, laïque et déchristianisée, il y a longtemps que Pâques a cédé la place à Noël comme fête chrétienne de référence. La date mobile de Pâques ne s’accommode plus des contraintes de nos vacances. Pour beaucoup, il reste un long week-end et une vague histoire d’il y a deux mille ans en Palestine. Mais ce soir, à Budapest, le sens était là.

 

 

22 mars 2016

Attentats de Bruxelles

 

Il y a dans le destin une part que l’on doit laisser aussi au hasard comme si les fils invisibles de nos existences se mêlaient en d’inextricables nœuds. Ce matin, une fois de plus, la violence a frappé à Bruxelles, au métro Maelbeck, celui dont j’aurais dû descendre deux jours plus tard à la même heure… C’est rue de la Loi, une artère sans charme de Bruxelles qui va du parc Royal au Berlaymont, le siège de la Commission européenne. À cette heure, en général, on se presse pour les réunions dans les services européens, en particulier à la « DG6 », la direction générale de l’agriculture dont les bureaux sont à quelques dizaines de mètres.

Que visaient-ils ces fous de Dieu, ces enfants perdus d’un Islam mal digéré, ces épaves de l’échec de l’intégration sociale et économique des générations immigrées pendant les Trente Glorieuses ? Des attentats aveugles, sans autre motivation que la terreur et le suicide ; des vies sacrifiées d’un côté comme de l’autre pour un absolu vide de tout sens. L’Occident découvre là ce qui est depuis longtemps déjà le quotidien de nombre de cités du Proche-Orient. Les attentats suicides à Bagdad, à Beyrouth, à Istanbul ou à Karachi ne faisaient plus la une des informations. À Paris et maintenant à Bruxelles, le temps de la peur est venu.

Dans un sens ils ont gagné, ceux qui poussent à la destruction de l’homme par l’homme et ceux qui y répondront par encore plus de violence.

 

 

17 mars 2016

Église catholique

 

L’Église de France est au cœur de la tourmente avec ce que l’on doit appeler l’affaire « Barbarin » du nom du Primat des Gaules accusé d’avoir fermé les yeux sur des prêtres au passé lourd de pédophilies plus ou moins assumés. Sur les écrans de cinéma, le film américain Spotlight raconte exactement la même histoire qui coûta son siège au cardinal archevêque de Boston. Peut-il, doit-il en être de même pour Mgr Barbarin ?

Sans être responsable (les faits sont anciens même si la notion de prescription n’a là aucun sens), il est malheureusement coupable comme représentant d’une institution qui trop longtemps a fermé les yeux sur de telles dérives. Oh, certes, cela n’a rien de nouveau et il suffit de relire Montherlant. Et l’Église n’est pas la seule institution à en avoir souffert même si l’exigence du célibat a certainement obligé les clercs à un niveau d’ascèse auquel certains n’ont pu parvenir. Mais alors même qu’elle n’est plus que minoritaire dans une France dont même la culture chrétienne s’évanouit peu à peu, l’Église catholique continue à porter un message d’Amour et d’Espérance qu’elle ne peut trahir, aussi dur que cela puisse être pour ses membres les plus faibles et les plus vulnérables. L’heure n’est plus au déni, mais à la méditation active de la parole du Christ à propos du bon grain et de l’ivraie que l’on brûle…

 

 

15 mars 2016

SDF à Paris

 

Faut-il ouvrir un centre d’accueil pour SDF ou migrants en lisière du Bois de Boulogne, dans le XVIe arrondissement de Paris ? Telle était la question qui devait être traitée lors d’une réunion d’information qui se tenait hier soir dans le grand amphi de l’Université Paris-Dauphine.

Soyons francs : cela s’est très mal passé et le président de l’Université a dû lever la séance au milieu d’injures, d’invectives et même de violences inattendues de la part d’une population « bourgeoise » et CSP+ ! Au-delà de la polémique, il s’agit là d’une illustration par l’absurde des blocages et égoïsmes français. À l’origine, il y a une volonté de répartir géographiquement dans Paris les lieux de prise en charge des SDF et autres migrants. Mais la décision est manifestement venue du centre sans véritable concertation : en réalité, le permis de construire était déjà accordé avant même la réunion à Dauphine ; permis de construire accordé par ailleurs sur un espace vert qu’en d’autres circonstances les Verts de la majorité municipale auraient défendu becs et ongles. Voilà pour la forme… discutable.

Sur le fond, est-il aberrant de consacrer un peu d’espace à ceux qui n’en ont pas et ce d’autant plus qu’à la belle saison les bois de Boulogne et de Vincennes fleurissent de campements sauvages. Il y avait dans les réactions de ces « nantis » de la haine, et puis aussi de la peur, guère de cette charité qu’ils aiment tant à mettre en avant.

Tout ceci frisait, d’un côté comme de l’autre, la caricature. Quel gâchis…

 

 

8 mars 2016

Code du travail

 

Le débat sur la loi El Khomry et donc sur le Code du travail fait rage et l’on ne peut que s’étonner au fond qu’un texte aussi anodin, aussi peu révolutionnaire, fasse l’objet de pareilles réactions et qu’on le compare même au célèbre CPE (le SMIC jeune) du gouvernement Villepin qui avait dû être retiré sous la pression de la rue.

Une pétition en ligne a recueilli en quelques jours plus d’un million de signatures. C’est la première fois que ce type de contestation est utilisé à une telle échelle. On peut très légitimement s’interroger sur le modèle économique de l’entreprise – Change.org – qui l’a hébergé et lancé à l’initiative d’une apparatchik socialiste passée par l’UNEF et les cabinets ministériels. Un million de « clics » peuvent-ils représenter quelque chose : probablement quand même, d’autant plus que des sondages, plus classiques, montrent que deux tiers des Français sont opposés à la réforme du Code du travail.

À y regarder de près, il n’y a pourtant pas grand-chose et ce n’est pas – et loin de là – le texte révolutionnaire présenté par ses défenseurs et ses détracteurs. On peut même se demander s’il est souhaitable qu’il soit adopté en l’état et s’il ne vaudrait pas mieux attendre une refonte complète sur le modèle du texte de Robert Badinter qui en sert de prologue.

Fallait-il en tout cas faire de ce malheureux texte pareil symbole à quelques mois des élections de 2017 ? C’est là un choix de basse politique et en tout cas une démonstration par l’absurde de l’aversion française au changement.

 

 

7 mars 2016

Migrants

 

Sommet de la dernière chance… encore un pour une Europe qui y est bien habituée et qui en a connu d’autres de crises agricoles en drames grecs. Mais là, c’est l’un des derniers lambeaux de l’Europe, Shengen, qui va être au cœur de toutes les attentes, et puis au-delà l’intolérable problème de ces réfugiés ballottés d’un camp à l’autre, d’un mur vers des barbelés, de Calais à Lampedusa.

Après le temps de la générosité est venu celui du réalisme. Alors on invite les Turcs et on leur prépare un chèque et quelques autres friandises pour qu’ils servent de tampons. Quant aux Grecs on fermera les yeux sur leurs galipettes budgétaires… Et puis surtout on ferme, on construit des murs comme il y en a déjà tant sur la planète, le long du Rio Grande et maintenant des Balkans. Heureux au fond les pays insulaires comme le Japon ou le Royaume-Uni qui combattent plus facilement les débarquements…

Bien sûr, il n’y a pas de solution qui puisse satisfaire à la fois la raison et le cœur. Mais c’est presque la première fois que les « riches » se ferment aussi hermétiquement. Des migrations provoquées par des guerres ou des pogroms, il y en a toujours eu, mais il y avait aussi des espaces encore libres (ou que l’on avait « libéré » de leurs premiers habitants…). Aujourd’hui, la Terre est pleine et il n’y a plus guère de place pour l’étranger.

Ce qui est clair c’est que l’Europe doit « digérer » les 1,2 million de demandeurs d’asile de 2015. La solution turque peut être un répit temporaire. Mais au-delà ?

 

 

6 mars 2016

Fils prodigue

 

L’Évangile de ce quatrième dimanche de Carême est celui de la parabole du fils prodigue qu’il faut méditer avant tout comme un signe de l’amour infini du Père pour ses fils quelle que soit leur indignité. Mais on y parle aussi beaucoup d’argent. En chaire ce matin, notre curé a trouvé un angle inattendu en nous rappelant que ce fils prodigue qui dépensait son héritage n’était autre que tous les gouvernements qui se sont succédés en France depuis une trentaine d’années, de droite comme de gauche, tous ceux qui ont pourfendu les « cagnottes » et qui se sont faits les avocats d’une dépense publique sans freins ni limites. Nous voilà réduits à manger des « glands » comme dans la parabole en rêvant de quelque « veau gras ». Convenons cependant que l’autre fils, celui qui est resté avec son père, n’est pas bien drôle et qu’il est un peu germanique…

Qu’avons-nous fait de nos héritages ? En réalité, il n’y en a plus guère si l’on mesure le poids des dettes sur chacun de nos enfants et surtout celui de tous les déséquilibres notamment sociaux qui ne cessent de s’accumuler. Au-delà de l’argent et des dettes, notre génération a bien été prodigue de tout ce dont elle avait hérité des « Trente glorieuses », d’un temps où un certain nombre de valeurs marquaient encore la société française. Au fond, nous sommes tous des « fils prodigues » et malheureusement la fête est finie.

 

 

2 mars 2016

Taux négatifs

 

Il y a donc quatre-vingts ans que Keynes publiait son « grand-œuvre », la Théorie Générale, qui a tant marqué les politiques économiques de la deuxième partie du XXe siècle. Que dirait Keynes aujourd’hui de la floraison de par le monde de taux d’intérêt négatifs : le Japon vient ainsi de placer des Bons du Trésor à 10 ans à -0,024 %, ce qui donne une valeur actualisée non mesurable et en réalité proche de l’infini mathématique.

Sans aller jusqu’à ces réflexions quelque peu vertigineuses, il faut bien convenir que nous vivons là une période exceptionnelle et anormale. Certes, le débat sur les taux d’intérêt est fort ancien et depuis Aristote toute une école de pensée remet en cause leur principe même selon l’adage latin « Pecunia, pecuniam non paret » (à traduire librement par l’argent ne fait pas de petits). L’Église catholique hier, l’Islam aujourd’hui ont interdit les prêts à intérêt, mais nul n’avait jamais rêvé de taux négatifs. L’idée même en est absurde : payer pour acheter un titre de dette, c’est là nier toute valeur constructive à l’investissement auquel cette dette pourrait être consacrée. Autant garder ses liasses de billets sous son matelas ou bien acheter de l’or. Dans la logique du partage capital/travail, ce serait bien là le triomphe ultime du second, mais cette extinction du capital ne peut qu’être un prélude à une crise plus profonde. Sur longue période certes, il faut parvenir à ruiner le rentier et pour cela l’inflation (et ses taux réels négatifs) reste la meilleure solution. Mais avoir comme aujourd’hui des taux nominaux négatifs est une preuve par l’absurde du désarroi qui règne au cœur de banques centrales dont les boîtes à outils sont vides.